L’art, c’est la vie et la joie
I
Depuis six mois, j’ai consacré
Mes jours, mes instants et mes veilles
À remplir un devoir sacré :
J’ai cliché toutes les merveilles
Que créa le génie humain
Des nations civilisées :
La France écartant, d’une main,
Les ténèbres coalisées,
De l’autre, alluma le flambeau
Des Beaux-Arts et de la Science.
Alors, spectacle vraiment beau,
Éclatant de magnificence,
On vit accourir au congrès,
Avec leurs drapeaux, leurs bannières,
Cent peuples amis du progrès
Et de ses divines lumières ;
Eux que le sort a divisés
Sur tous les points de notre sphère,
Dans ces palais improvisés
N’eussent fait qu’un seul peuple frère,
Sans les tristes confusions
Des races aux divers langages
Évoquant pour les nations
La tour Babel des anciens âges.
Mais le vieux mythe croulera,
Éclipsé par cet axiome :
« Que l’art divin inventera
« L’unique et commun idiome ! »
II
Évohé ! chantez l’avenir !
Poètes aux voix prophétiques,
Annoncez qu’elle va venir
La Genèse des temps bibliques !
Volant sur les chevaux de feu
Des Galvani, Watt, Isaïe,
Elle apporte la voie de Dieu
Dont s’inspire la poésie.
Oui, tout concourt à l’annoncer,
Ce grand messie humanitaire
Qui va venir pour remplacer
Le mal par le bien salutaire !
– Chantez donc les réels bienfaits,
Qu’apporte l’Art aux pures flammes,
Vous rendrez les cœurs satisfaits,
Et Dieu chantera dans les âmes,
Car il est temps, Humanité,
Que ton règne enfin s’accomplisse,
Au nom de la Fraternité
Et de l’éternelle Justice.
Th. VÉRON.
Paru dans l’Académie des muses santones en 1879.