Deux sonnets
LA MORT DE MARIE-ANTOINETTE
Voici donc s’avancer le plus grand de leurs crimes,
Puisque voici venir au-devant des cyprès,
Seule dans la charrette, un prêtre seul auprès,
Cette reine, pour qui vont s’agiter leurs cimes...
Et prise de vertige au bord de ces abîmes
Voici notre pensée... Ils ont jeté leurs rets
Funèbres sur ces seins... Leurs rouges couperets
Veillent cet holocauste et ces augustes dîmes...
Leurs gueux en carmagnole et les piques aux mains,
Ces piques de Septembre et des sanglants trophées,
Encadrent la victime, ignobles coryphées...
Leur canaille en sabots, en bonnets phrygiens,
Hurle le « Ça ira « pour les têtes coupées...
Et Marie-Antoinette entend leurs priapées...
DE FERSEN
À Léon Séché, le preux éloquent chevalier d’Elvire et de l’amour pur.
Mais soudain son regard a rencontré deux yeux,
Pour elle si pleins d’aube, au travers de leurs larmes,
Que des fleurs d’aubépine ont répandu leurs charmes
Et leur neige à son front, comme du haut des cieux ;
Que tout ne lui fut plus que doux et lumineux,
Dans cette illusion où, couvrant les vacarmes
De ces ignobles voix, de ces cliquetis d’armes,
Ces anges lui chantaient leurs chants mélodieux ;
Et qu’absente de tout, et comme hypnotisée,
Ainsi que le fut Jeanne au milieu du bûcher,
Non vu d’elle, Sanson put la prendre et faucher...
Toi, dont l’amour si pur fait l’âme si brisée
De l’immatériel et doux rêve fini,
Ô Fersen, qu’elle vient d’entrevoir, sois béni !
Philippe PARDAILLAN.
Paru dans les Annales romantiques en 1906.