Simple vie

 

 

OH ! laissez-moi mes rêveries

    Mes beaux vallons, mon ciel pur,

Mes ruisseaux coulant aux prairies,

Mes bois, mes collines fleuries.

    Et mon fleuve aux ondes d’azur.

 

Laissez ma vie au bord de l’onde

    Comme elle suivre son chemin,

Inconnue aux clameurs du monde

Toujours pure, mais peu profonde,

    Et sans peine du lendemain.

 

Laissez-la couler lente et douce,

    Entre les fleurs, près des côteaux

Jouant avec un brin de mousse

Avec une herbe qu’elle pousse,

    Avec le saule aux longs rameaux.

 

Mon âme est un oiseau qui chante

    Sous la ramée, au fond des bois ;

Sa plainte est naïve et touchante,

La solitude qu’elle enchante

    Donne mille échos à sa voix.

 

Mes heures à tout vent bercées

    S’en vont se tenant par la main ;

Sous leurs pas légers mes pensées

Éclosent belles et pressées

    Comme l’herbe au bord du chemin.

 

On dit que la vie est amère !

    Ô mon Dieu ! ce n’est pas pour moi,

La poésie et la prière,

Comme une sœur, comme une mère,

    La bercent pure devant toi.

 

Enfant, elle poursuit un rêve,

    Une espérance, un souvenir,

Comme un papillon sur la grève,

Et chaque beau jour qui se lève

    Lui semble tout un avenir.

 

Les jours lui tombent goutte à goutte,

    Mais doux comme un rayon de miel,

Il n’en est point qu’elle redoute,

Ô mon Dieu ! C’est ainsi sans doute

    Que vivent les anges au ciel.

 

La mort doit vous être donnée

    Douce après ces jours de bonheur ;

Comme une fleur demi fanée,

Au soir de sa longue journée

    On penche la tête et l’on meurt.

 

Et si l’on croit, si l’on espère,

    Qu’est-ce mourir ? fermer les yeux,

Se recueillir pour la prière,

Livrer l’âme à l’ange son frère,

    Dormir pour s’éveiller aux cieux.

 

 

Justin MAURICE.

 

Recueilli dans Recueil de poésies à l’usage

de la jeunesse américaine,

par Camille de Janon, 1882.

 

 

 

 

 

 

 

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