La chanson de l’idéal
À Villiers de l’Isle Adam.
Poètes, légion bénie
Qui rêve aux pieds de la Beauté,
Fils du rythme et de l’harmonie,
Échos de la Divinité,
Nous que les baisers de l’Aurore
Pénètrent d’un feu virginal,
Qui croyons, qui chantons encore,
Amis, buvons à l’Idéal.
Nous sommes jeunes. L’Espérance
Nous accompagne en souriant.
Nous avançons pleins d’assurance,
Comme des mages d’Orient.
Devant nous, dans l’azur des choses,
S’étend un chemin triomphal,
Jonché de lauriers et de roses ;
Amis, buvons à l’Idéal.
Dans le cœur profond de la femme
Allons chercher l’idée en feu.
Dans la coupe trouvons une âme,
Et dans le vin le sang d’un Dieu.
Du choc de la foule insensée,
Comme l’éclair sort du cristal,
Faisons jaillir notre pensée.
Amis, buvons à l’Idéal.
Par-delà les monts et les nues
Et les astres brûlant d’amour,
Il est des plaines inconnues
Que nous parcourons chaque jour,
Et vers les rives éternelles,
Comme vers un pays natal,
Libres nous déployons nos ailes.
Amis, buvons à l’Idéal.
Vaillants dompteurs de la Chimère,
Venez, vous que nous chérissons,
Hugo, Dante, Virgile, Homère,
Sourire à nos jeunes chansons.
Assis au banquet poétique,
Plus riche qu’un festin royal,
Soulevez la coupe mystique.
Amis, buvons à l’Idéal.
Gabriel MARC.
Paru dans l’Académie des muses santones en 1879.