Les fleurs de la montagne
Il est des fleurs mystérieuses,
Anémones ou lis des champs,
Qui se plaisent sur les penchants
Des montagnes religieuses.
Le pèlerin qui reconnaît
Un chef-d’œuvre de la Parole
Dans chaque petite corolle
Étoilant l’herbe ou le genêt,
Pour en composer des guirlandes
Recueille les frais boutons d’or
Que Dieu répand comme un trésor
Sur les collines et les landes.
Il voit, dans cet épitomé
Des merveilles de la nature,
Tout un monde en miniature,
S’offrir à son regard charmé.
Là, que de richesses cachées !
Le soir, aux mourantes lueurs,
L’âme invisible de ces fleurs
Qui sort de leurs urnes penchées,
C’est le don de la terre au ciel,
C’est un soupir, une harmonie
Qui monte à la voûte infinie,
C’est la prière d’Ariel.
Les rossignols avec leur gamme
Au bois préludent à l’envi.
Le silence auguste est ravi
De ces accents qui vont à l’âme.
Au loin résonne dans les champs
La voix du laboureur qui sème,
Les cieux racontent leur poème,
La nature est pleine de chants.
L’insecte aux bourdonnantes ailes,
Le phalène, habitant de l’air,
L’oiseau qui rase le flot clair,
Les mouches d’or, les demoiselles,
Tout frémit, palpite, et je sens
Vibrer dans ce confus murmure
La voix de l’immense nature,
Ce verbe aux millions d’accents.
Mais rien ici-bas n’a la grâce
Et le charme immatériel
Des fleurs, ces calices de miel
Qui s’évaporent dans l’espace.
Ailleurs, les parvis sont déserts,
Ici, Père de toutes choses,
L’incorruptible esprit des roses
Intercède pour l’univers.
Ô mon éternelle pensée !
Reconnais-le, ce doux séjour,
D’où vers ton âme, à pareil jour,
Une âme sœur s’est élancée.
Est-il sur terre un autre lieu,
Est-il un temple de prière
Où dans la paix et la lumière
Un encens plus pur monte à Dieu ?
Fernand de LOUBENS.
Paru dans l’Académie des muses santones en 1879.