La barque noire

 

 

Amarrée aux joncs, proche de la rive,

Il est une barque aux sombres couleurs ;

Le rameur est fort, et quiconque arrive

Doit franchir le lac fait avec des pleurs ;

 

Le lac où chacun apporte une larme ;

Le lac, miroir pâle où nage le deuil,

Et que l’âme passe avec grande alarme

Quand elle a laissé le corps au cercueil.

 

Là ne volent point les oiseaux agiles ;

Là ne croissent pas les baumantes fleurs...

Dans leur nudité s’y dressent des îles

Que heurte la barque aux sombres couleurs.

 

Le jour et la nuit, l’on y peut entendre

De rauques sanglots, des gémissements ;

Ici la fureur, là le soupir tendre

Qu’échangent dans l’air des ombres d’amants.

 

Qu’ai-je dit ?... Au lac des ondes funèbres

La nuit sans limite a chassé le jour,

Un soupir d’amant parmi ces ténèbres !...

Où l’espoir est mort ne vit plus l’amour.

 

Même y sait-on rien des choses passées ?

C’est vers l’inconnu qu’on est emporté...

Et l’âme en tremblant poursuit ses pensées

Devant le grand seuil de l’Éternité.

 

 

 

Alfred DES ESSARTS.

 

Paru dans l’Académie des muses santones en 1879.

 

 

 

 

 

 

 

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