Fantaisie musicale

 

                                             À Alphonse Glangeaud.

 

Lorsque le ciel s’emplit des clartés de l’aurore,

À l’heure où le soleil sur les sommets qu’il dore

Se lève éblouissant dans son nimbe de feu,

J’aime ouïr dans les prés ou les forêts profondes

Le concert des oiseaux, des feuilles et des ondes,

Harmonieux et pur, s’élever dans l’air bleu.

 

Lorsque sous les arceaux des hautes basiliques,

Comme un écho lointain des concerts angéliques,

Au milieu de l’encens et du parfum des fleurs,

Ranimant un vieil air des grands âges gothiques

Monte la voix de l’orgue et le chant des cantiques,

Souvent l’émotion m’a fait verser des pleurs.

 

Lorsque, par un jour froid et sombre de décembre,

J’entends, dans un concert de musique de chambre,

L’âme du violon ressuscitant Mozart

S’unir en soupirant au doux violoncelle,

Et le piano lutter avec la chanterelle,

Mon cœur s’épanouit sous le soleil de l’art.

 

Et l’été même, au parc, sous l’ombrage des branches,

Quand je vois les enfants avec leurs robes blanches,

Vifs et joyeux, courir, chanter, danser en rond,

Tandis que les accords des bruyantes fanfares

Déchirent les échos de leurs éclats bizarres,

Un rayon de gaîté vient éclairer mon front.

 

Car c’est un charme étrange et rempli de mystère,

Un pouvoir que je sens, mais ne m’explique guère,

Qui toujours me captive et s’empare de moi,

Quand le son musical, le nombre et la cadence

En rythme harmonieux entrelacent leur danse,

Je me sens plus léger et plus heureux qu’un roi.

 

Oh ! si jamais lassé sous le poids de la vie,

Le dégoût me venait de ce qui fit envie,

Sois-moi fidèle, au moins, ne me dis pas adieu,

Toi qui descends d’en haut à la voix du génie,

Blanche fille du ciel, ô vivante Harmonie,

Viens, prends-moi sur ton aile, et porte-moi vers Dieu.

 

 

 

G. DAVID.

 

Paru dans l’Académie des muses santones en 1879.

 

 

 

 

 

 

 

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