La grand’mère

 

 

LE CŒUR d’une grand’mère est un livre d’images

Plein de fresques d’argent et de tons nébuleux

Où les beaux enfants blonds penchent leurs têtes sages

Et contemplent ravis des tableaux fabuleux.

 

C’est l’enfance, pieds nus, avec des roses blanches,

La jeunesse aux aguets sous les pommiers en fleurs ;

Puis ce sont les chagrins aigus qui dans les branches

Jettent au fond du soir des cris d’oiseaux siffleurs.

 

La grand’mère, ô mon Dieu, vous la créez si douce,

Que son nom fait un bruit caressant et pareil

Au murmure confus d’un ruisseau sur la mousse.

On dirait qu’il y glisse un rayon de soleil.

 

La vie a bu le sang de son cœur. Elle est pâle

Et touche de ses doigts ridés son front terni.

Ses yeux ont la couleur laiteuse de l’opale,

Son rire est triste et doux comme un songe fini.

 

Grand’mères qui priez en inclinant la tête,

Laissez-nous, grand’mamans, nous les enorgueillis

Qui portons dans notre âme un souffle de tempête,

Baiser vos cheveux blancs et vos rêves vieillis.

 

 

 

Robert CHOQUETTE, À travers les vents, 1921.

 

 

 

 

 

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