Sur sa tombe

 

                                                   « Le poète n’est plus !... »

 

Tout près de l’abbaye, aux rives de la Saône,

Sur la terre bénie, à l’ombre des lilas,

Des roses, des cyprès... tendre et suprême aumône,

              Que nous t’offrons, hélas !...

 

Tu dors, et nous pleurons, et le chant de ta lyre

S’éteint, inachevé, comme l’éclat du jour,

Qui se meurt dans la nuit, en un pâle sourire

              D’espérance et d’amour.

 

Tes yeux se sont fermés, et sur ton beau visage

N’existe nulle trace où se lit la douleur,

Car tu n’as pas souffert, et, mourir avant l’âge

              Est peut-être un bonheur !

 

Car, tu ne savais pas, âme sublime et tendre,

Ô père, époux, ami, doux poète inspiré,

Que la mort en nos bras, soudain, t’allait surprendre,

              Sans t’avoir préparé...

 

Et lorsque j’eus compris, nos baisers, nos prières,

Mon cri parti du cœur, plaintif et déchirant,

Ne purent obtenir, comme faveurs dernières,

              Qu’un seul regard mourant.

 

Depuis... dans la vallée où l’abbaye antique,

Recela d’Abeilard les combats et les maux,

Les muses dans le deuil, sous la voûte gothique,

              Font gémir les échos.

 

Elles errent, au loin, – et les nymphes santones,

À Saint-Point, à Nilly, vont éveiller leurs sœurs,

En pliant sous le poids d’immortelles couronnes,

              De lauriers et de fleurs...

 

Et quand, le soir, parfois, la feuille à peine éclose

Murmure quelque nom, dans les airs embaumés,

Une voix dit tout bas : « Au ciel, où je repose,

              J’attends mes bien-aimés !... »

 

 

 

Augusta BOISSIÈRE.

 

Paru dans l’Académie des muses santones en 1879.

 

 

 

 

 

 

 

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