Le matin
La lumière a fixé la ligne nuageuse
Des coteaux recouverts de nocturne vapeur.
Le soleil est sorti de l’aurore brumeuse
Comme un brillant éclair du fond d’un œil rêveur.
Je contemple au matin la nature riante
Dans la vaste prairie où j’ai porté mes pas,
Qui foulent le gazon d’une rive charmante,
Bordure du ruisseau dont le lit est là-bas.
Ébranlé doucement, ainsi qu’une nacelle,
Le nénuphar vacille au sommet de ses flots :
C’est un nid parfumé qu’ils balancent pour l’aile
Du papillon léger qui vole sur les eaux.
À l’ombre d’un buisson, dans un étroit espace,
Se glisse du soleil un rayon épanché ;
Une fleur dont la tige à ce buisson s’enlace
Sous lui relève un front que l’ombre avait penché ;
Il ouvre cette fleur dont le stigmate humide
Reçoit par le zéphyr le pollen apporté.
Tel un pudique amour d’une vierge timide
Découvre le sein pur à l’époux accepté.
Soudain d’un chaut d’oiseau la suave harmonie
S’étend sur la nature, œuvre de l’Éternel,
Forme dont il revêt sa splendeur infinie,
Que même il rend ainsi sensible à l’œil charnel.
Sara BERTHET.
Paru dans l’Académie des muses santones en 1879.