Dr ÉD. BERTHOLET
Lauréat de l’Université de Lausanne
MYSTÈRE ET MINISTÈRE
DES
ANGES
L’Ange gardien est l’ami le
plus sincère et le plus fidèle.
Padre Pio.

ÉDITIONS ROSICRUCIENNES
Pierre GÉNILLARD, éditeur
LAUSANNE

L’Ascension du Christ glorieux, adoré par les Anges.
Chartreuse de Pavie. Sculpture du XVIe siècle.

Préface
NOS études antérieures tendant à réaliser la synthèse de la pensée et des Secrets du Sâr Péladan, ainsi que celle du remarquable enseignement du Maître Philippe, de Lyon, nous ont valu d’aborder plus à fond le sujet capital, trop négligé à l’heure actuelle, du Mystère et du Ministère des Anges.
Entreprendre l’étude d’un tel sujet, en notre siècle de la bombe atomique, fera hausser les épaules à plus d’un esprit fort, qui ne se fera pas faute de dire qu’il n’y a pas lieu de réveiller les « superstitions » de nos ancêtres ayant trait à l’existence de telles entités de l’Au-delà !
Et cependant que voilà une notion de première importance. Il y a bénéfice direct pour l’homme qui réalise être sous la protection d’un Ange gardien, Ange dont la mission est de le guider et de le protéger tout au long du sentier de la vie si plein d’embûches variées.
Dans son livre les Anges et leur Mission d’après les Pères de l’Église, le P. Jean Daniélou exprime la même opinion : il est nécessaire, à l’heure actuelle, de parler de l’importante mission des Anges. Dès la première page de son Introduction, cet auteur situe bien le problème ; il dira : « Il peut paraître d’un intérêt secondaire de consacrer un livre aux anges. » Et de relever l’erreur trop répandue chez « les esprits rationalistes qui ramènent anges et démons à des personnifications de réalités psychologiques et y verraient volontiers l’interprétation mythique de données dont la psychanalyse nous fournit la clef ». Malheureusement, il faut reconnaître que ces esprits hypercritiques, qui se croient très à la page sous le couvert de leur jargon philosophico-scientifique, se rencontrent trop souvent dans certains milieux universitaires. Nous en avons eu la preuve un jour que nous avions conseillé à un jeune géologue, souffrant de dépression, d’avoir recours aux bons offices de son ange gardien. Du coup, nous avons perdu la face, et on nous fit comprendre que l’on n’était plus d’âge à croire encore à de telles « blagues ».
À côté de ces pseudo-savants qui pensent pouvoir motiver ainsi leur désintéressement de la question, il y a la foule de ceux qui passent à côté du problème de la mission des anges dans le monde, voire dans le cosmos. Et il faut enfin reconnaître et déplorer que beaucoup de chrétiens, malgré l’enseignement formel de la Bible, n’accordent pas une attention suffisante à ce problème capital ; en effet, lorsqu’on a réalisé la valeur et la réalité de l’assistance des anges, notamment de l’Ange gardien qui nous est attribué, toute l’orientation de la vie change ; une sérénité, que ni la matière ni ses joies factices ne peuvent offrir, s’empare de l’être qui, au moment de la méditation silencieuse, réalise qu’il a une présence amie qui le protège, le conseille et le guide. Aussi, avec le P. Danielou, nous dirons : « C’est pourquoi parler des anges ne sera pas inopportun. Au surplus, nous constatons que les plus grands d’entre les saints et les hommes de Dieu vivent dans la familiarité des anges, de saint Augustin à John-Henry Newman. Et la tradition de l’Église leur a toujours fait une place très large dans sa théologie. »
Enfin, point capital à retenir, le P. Danielou fera remarquer que « l’objet même de notre étude est de montrer que tout le rôle des anges est de conduire l’humanité au culte du seul Dieu véritable ».
Pour notre part, nous adopterons pour notre exposé le même plan que nous avons suivi dans la présentation de notre ouvrage : Le Christ et la guérison des maladies ; ainsi nous donnerons tout d’abord l’enseignement très complet de la Bible sur la mission des anges auprès des individus, dans le monde terrestre et même dans le cosmos, puis nous montrerons leurs manifestations tout au long des âges jusqu’à nos jours.
Nous pensons et même nous espérons que, de l’importante quantité de documents réunis, véritable petite anthologie angélique, jaillira une lumière qui réveillera un enseignement oublié, d’où naîtra une certitude nouvelle, bienfaisante et illuminative, à savoir : l’existence et l’action constante des anges parmi les hommes et dans le monde. On n’ignorera plus que chacun de nous a son Ange gardien qui lui est préposé, auquel nous pouvons faire appel en tout occasion, afin de bénéficier de ses judicieux conseils.
N’aspirant nullement à faire de cet ouvrage une œuvre purement littéraire, il n’y aura pas lieu de nous reprocher nos nombreuses répétitions, elles sont voulues pour mettre sous les yeux du lecteur les documents originaux, souvent difficiles à se procurer. On se rendra ainsi plus facilement compte du cheminement de l’idée et de l’action des anges à travers des siècles, dès la plus haute antiquité jusqu’à nos jours.
Qu’on ne s’étonne pas non plus de trouver le mot anges avec un A majuscule ou avec un a minuscule, en ce faisant nous avons respecté l’orthographe adoptée par les différents auteurs cités.
Maintenant ouvrons la Bible et voyons donc l’enseignement que les saintes Écritures nous donnent sur la nature et sur le ministère des anges.
Quant à la valeur des enseignements de la Bible, il y a lieu de rappeler ce que le guérisseur mystique Samuel Zeller disait à ses juges alors qu’il était poursuivi pour pratique illégale de la médecine :
La Bible ne doit-elle plus être qu’un livre de lecture à l’usage des écoles, ou bien, dans notre prétendue Chrétienté, est-il encore permis de vivre d’après elle ?

« Alors, il y eut un combat dans le ciel. Michel et ses anges combattaient contre le dragon. » Apocalypse 12, 7.

CHAPITRE PREMIER
Le Ministère des Anges d’après la Bible
UNE première constatation s’impose : dans la Bible, tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, nous trouvons des indications nombreuses et détaillées ayant trait à la nature, au mystère et au ministère des anges ; on peut compter plus de deux cent cinquante passages nous donnant des renseignements circonstanciés sur la création, la nature et l’activité de ces entités de l’Au-Delà ; et ces indications sont de première valeur ; elles ne doivent pas être regardées comme étant le fruit de l’imagination de poètes ou de mystiques plus ou moins visionnaires et avides de merveilleux ; au contraire, il faut en tenir compte. En effet, pour ce qui est du crédit que l’on doit accorder aux enseignements de la Bible, nous voulons rappeler quelques affirmations du Maître Philippe, de Lyon. Si, à ce sujet, nous faisons appel à l’autorité de cet Envoyé de Dieu, c’est que nous avons établi par ailleurs la valeur transcendante des leçons de ce Maître adombré par l’Esprit Saint. Voici ce qu’il nous enseigne sur l’utilité primordiale des Évangiles : « Il faut lire les Évangiles. Plus vous avancerez, plus ils vous donneront. On peut y étudier toute sa vie sans les épuiser, bien que tout n’y soit pas. » Et voici encore une affirmation du même mystique, grosse de conséquences : « L’Évangile contient toute initiation. » Et cet enseignement prend toute sa valeur quand on sait qu’il nous est transmis par un Envoyé de Dieu qui avait pouvoir sur la maladie, qui commandait à volonté aux éléments, auquel il était permis de lire dans le Livre de Vie et qui avait la faculté de se transporter dans tous les plans du cosmos ; écoutons donc son message : « Jésus n’a pas tout dit à ses disciples et ils ne comprenaient pas Sa parole entièrement. Toutefois les Évangiles se sont transmis avec quelques modifications peu importantes, sans que le texte en soit altéré. Dieu ne l’aurait pas permis. »
Afin de donner immédiatement une idée de l’ampleur des indications fournies par la Bible sur la nature et la mission des anges, nous pensons utile d’en faire une synthèse et de grouper, en un certain nombre de sections, les fonctions multiples de ces entités de l’Au-Delà, telles qu’elles ressortent de la lecture des textes sacrés. Voyons un peu ce que nous en pouvons tirer pour notre instruction :
I. Les anges ont été créés par Dieu, ils sont soumis au Christ. Ils adorent Dieu et le Christ. Ils célèbrent les louanges de Dieu et se tiennent constamment en Sa présence. Les anges ne doivent pas être adorés par les humains.
II. Les anges composent l’armée du ciel.
III. Les anges sont des esprits serviteurs de Dieu et obéissent à Sa volonté.
IV. La Loi a été donné par le ministère des anges. C’est l’Ange de l’Éternel qui a conduit les Israélites hors d’Égypte.
V. Les anges exécutent les desseins et les jugements de Dieu. Rôle des anges des sept Églises.
VI. Les anges ont servi Jésus-Christ avant et pendant son incarnation, puis après sa résurrection. Au dernier jour, les anges sépareront les justes d’avec les méchants. Il y a de la joie parmi les anges pour un seul pécheur repentant.
VII. Les anges font connaître la volonté de Dieu et du Christ.
VIII. Les anges sont immortels, puissants, saints et sages ; ils sont des exemples de douceur, innombrables, de différents ordres. À l’occasion, ils sont capables de fautes. Anges rebelles.
IX. Les anges ont annoncé la conception, la naissance et la résurrection du Christ, puis l’ascension et la seconde venue du Seigneur. Ils ont également annoncé la conception de Jean-Baptiste.
X. Il y a des anges gardiens et des anges exterminateurs.
XI. Cas d’humains et de fidèles ayant reçu la visite des Saints anges.
XII. Après la résurrection, les fidèles seront semblables aux anges. Les méchants ne croient pas à l’existence des anges.
XIII. Satan et les anges rebelles. Ils combattent contre les saints. Condamnation de Satan et des anges rebelles.
XIV. Nécessité et utilité de la pratique de la charité et de l’hospitalité ; parfois on la fait à un ange de Dieu sans le savoir.
XV. Les Anges du Jugement.
Que voilà donc, d’après la Bible même, un tableau complet, instructif, de la nature et du ministère des anges !
Abordons maintenant l’étude des passages de la Bible qui sont en rapport avec les différentes sections que nous venons d’énumérer.
Pour nos citations, nous nous sommes servi de la Version synodale de la Bible, mais nous avons eu recours aussi à la Sainte Bible des moines de Maredsous (M), à la Bible de Vence, au texte latin de la Vulgate (V) et à la traduction de Loisy (L).

SECTION I : Les Anges ont été créés par Dieu et sont soumis au Christ.
1) Création par la Parole de Dieu de l’armée céleste, des cohortes angéliques.
En matière de création, il y a lieu d’avoir toujours présente à l’esprit la déclaration de saint Jean, proférée au début de son Évangile : « Au commencement était le Verbe (la Parole) et le Verbe était avec Dieu et la Parole était Dieu... Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. En elle était la Vie... »
Au psaume 33, 6, nous lisons :
Les cieux ont été créés par la parole de l’Éternel. Et toute leur armée par le souffle de sa bouche. (Variantes : C’est le souffle de sa bouche qui a fait l’armée des étoiles (M). Et le souffle de sa bouche a produit toute leur vertu (et spiritus oris ejus omnes virtus eorum) (V).
Même affirmation chez Néhémie (9, 6) :
Toi seul tu es l’Éternel ! C’est toi qui as fait les cieux, les cieux des cieux et toute leur armée.
Saint Paul dans son Épître aux Colossiens (1, 15-17) précisera :
C’est Christ qui est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la Création. C’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre, le visible 1 et l’invisible, les trônes, les dominations, les autorités, les puissances ; tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et toutes choses subsistent en lui.
Dans la même Épître (Col. 2, 10) nous lisons encore : Christ est le chef de toute souveraineté et de toute puissance.
Leçon complétée par I Pierre 3, 22 : Jésus-Christ, qui, étant monté au ciel, est à la droite de Dieu et s’est assujetti2 les anges, les principautés et les puissances.
2) Les Anges célèbrent les louanges de Dieu et L’adorent.
Voici les passages qui confirment cette attitude des anges envers Dieu : Néhémie (9, 6) déjà cité complétera : Et l’armée des cieux se prosterne devant toi.
Au nom de Jésus, tout genou fléchit dans les cieux et sur la terre (Philippiens 2, 10-11).
Quand Dieu introduisit son Fils premier-né dans le monde, Il dit : « Que tous les anges de Dieu l’adorent ! » Des anges, Il dit ceci : « Il fait de ses anges des vents et de ses serviteurs une flamme de feu. »
Tous les dieux se prosternent devant l’Éternel (Ps. 97, 7) ; variante : Adorez-le, vous tous qui êtes ses anges (V).
Bénissez l’Éternel, vous, ses anges forts et vaillants,
Qui exécutez son commandement
Et qui obéissez à sa voix !
Bénissez l’Éternel, vous, toutes ses armées
Qui êtes à son service et qui faites sa volonté (Ps. 103, 20-22).
Même enseignement au Psaume 148, 2 :
Louez l’Éternel, vous, tous ses anges
Louez-le, vous, toutes ses armées.
Variante :
Louez-le, vous tous qui êtes ses anges.
Louez-le, vous tous qui êtes ses puissances.
Laudate eum, omnes angeli ejus.
Laudate eum, omnes virtutes ejus. (V.)
3) Les Anges se tiennent constamment en la présence de Dieu.
Dans l’apocalypse (7, 11) nous lisons :
Tous les anges se tiennent en cercle autour du trône ; et, se prosternant sur le visage devant le trône, ils adorent Dieu, disant : Amen ! Louange, gloire, sagesse, actions de grâces, honneur, puissance et force soient à notre Dieu, aux siècles des siècles ! Amen !
Encore dans Apocalypse (5, 11-15) :
Je regardai et j’entendis autour du trône... les voix d’une multitude d’anges. Il y en avait des myriades de myriades, des milliers de milliers qui disaient d’une voix forte : « L’agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, la gloire et la louange !
« J’ai vu, dit Michée, l’Éternel assis sur son trône et toute l’armée des cieux qui se tenait auprès de Lui, à sa droite et à sa gauche. » Ces paroles de Michée se trouvent rapportées identiquement dans II Chroniques (18, 18).
Faisant allusion à l’ange gardien des enfants, Jésus dira : « Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits, car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient (contemplent M) sans cesse la face de mon Père, qui est dans les cieux » (Matth. 18, 10).
4) Les Anges ne doivent pas être adorés.
Dans son Épître aux Colossiens, saint Paul dira : « Que nul ne vous prive de récompense, sous prétexte d’humilité ou de culte des anges. » (Col. 2, 18)
Autre rédaction, plus complète : « La réalité est en Christ. Ne vous laissez pas enlever le prix de la course par ces gens qui, sous prétexte d’humilité, veulent rendre un culte aux anges. »
Après avoir eu par le canal de l’ange de Dieu les révélations et les visions que saint Jean relate dans son Apocalypse, l’apôtre veut se jeter aux pieds de l’ange pour l’adorer, il se fait reprendre et reçoit ce conseil ou plutôt cet ordre : « Garde-toi de le faire » ; au demeurant voici l’épisode complet d’après Apocalypse 19, 9-10 : « L’ange me dit : Écris : « Heureux ceux qui sont invités au banquet des noces de l’Agneau ! » Il me dit encore : « Ce sont là véritables paroles de Dieu ». Alors je me jetai à ses pieds pour l’adorer ; mais il me dit : « Garde-toi de le faire ; je suis le serviteur de Dieu... Adore Dieu ! » L’Apocalypse de Jean prend fin sur une scène identique :
« C’est moi, Jean, qui ai vu et entendu ces choses. Après les avoir entendues et vues, je me jetai (tombai pour me prosterner M) aux pieds de l’ange qui me les montrait, pour l’adorer. Mais il me dit : « Garde-toi de le faire ! Je suis serviteur de Dieu comme toi et les prophètes... Adore Dieu ! » (Apo. 22, 8-9).
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SECTION II : Les Anges composent l’armée des cieux.
L’armée des cieux constituée par les cohortes des anges est mentionnée à plusieurs reprises dans les Écritures sacrées ; en voici quelques exemples typiques :
Jésus dit : « En vérité, en vérité, je vous le déclare, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur (au-dessus M) le Fils de l’homme. » (Jean 1, 51.)
Dans l’Ancien Testament, nous avons déjà la préfiguration de cette déclaration du Christ, à savoir la fameuse vision de Jacob ; durant un songe il aperçut une immense échelle se perdant au plus profond des cieux et le long de laquelle montaient et descendaient en un double courant les anges de Dieu (Gen. 28, 11-12).
Ce fut au moment de la naissance du Sauveur que l’armée des cieux se manifesta sur les monts de Galilée :
Et tout à coup, il y eut avec l’ange (du Seigneur) une multitude de l’armée céleste, louant Dieu et disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ». Après que les anges les eurent quittés, les bergers se dirent les uns les autres : « Allons jusqu’à Bethléhem ». (Luc 2, 13-15.)
L’armée des cieux intervient incessamment en toutes les occasions où doivent se manifester la force et la volonté de Dieu.
L’Éternel agit comme il lui plaît, tant avec l’armée des cieux qu’avec les habitants de la terre. (Daniel 4, 35.)
L’Ancien des jours s’assit. Son vêtement était blanc comme neige et les cheveux de sa tête étaient comme de la laine pure. Son trône était comme des flammes de feu, et les roues de son trône comme un feu ardent. Un torrent de feu jaillissait et se répandait devant lui. Mille milliers d’anges le servaient, et des myriades de myriades (10 000 myriades M) se tenaient debout devant lui. (Daniel 7, 10.)
J’ai vu l’Éternel assis sur son trône et toute l’armée des cieux qui se tenait auprès de lui à sa droite et à sa gauche. (I Rois 22, 19.) Même affirmation est donnée par Il Chroniques (18, 18).
Il y a lieu de revenir au Psaume 103 (20-21) qui nous renseigne sur la fonction importante de l’armée des cieux composée de la multitude des anges.
Bénissez l’Éternel, vous, ses anges forts et vaillants,
Qui exécutez son commandement
Et qui obéissez à sa voix !
Bénissez l’Éternel, vous, toutes ses armées,
Qui êtes à son service et faites sa volonté.
Cette armée céleste a un chef ainsi qu’il ressort d’un passage que nous trouvons dans Josué (5, 14) :
Un homme se tenait debout vis-à-vis de Josué, son épée nue à la main. Josué alla vers lui et lui dit : « Es-tu des nôtres, ou de nos ennemis ? » Il répondit : « Non, je suis le chef de l’armée de l’Éternel ; j’arrive maintenant... Ôte les chaussures de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est saint. » Nous trouverons encore ces précisions dans l’Épître aux Éphésiens : « C’est ainsi que maintenant, la sagesse de Dieu, infiniment diverse, est manifestée par l’Église aux dominations et aux puissances dans les lieux célestes suivant son dessein éternel qu’il a réalisé en Jésus-Christ » (Éph. 3, 10).
Rien d’étonnant si cette armée céleste est également au service du Christ : « Le mystère de la piété est grand. Celui qui a été manifesté en chair a été justifié par l’Esprit, il a été vu des anges... » (I Tim. 3, 16). Il ressort encore d’une déclaration de saint Pierre que « Les anges désirent plonger leurs regards dans le mystère du Christ » (I Pierre 1, 12).
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SECTION III : Les Anges sont des esprits serviteurs de Dieu, obéissant à sa volonté.
Non seulement les anges obéissent à la volonté de Dieu, mais ils sont encore soumis à Jésus-Christ qui leur est supérieur ; nous lisons en effet :
Auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit : « Tu es mon Fils... »
Et quand il introduit dans le monde son Fils premier-né, Il dit : « Que tous les anges de Dieu l’adorent ! » On trouve une affirmation identique au Psaume 304, 4.
Des anges il est dit ceci : « Il fait de ses anges des vents et de ses serviteurs une flamme de feu. »...
Les anges ne sont-ils pas tous des esprits au service de Dieu, envoyés par lui pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent recevoir un héritage de salut ? » (Hébr. 1, 5-14).
Sur l’ordre de Dieu, les anges sont préposés à la garde de ceux qui ont trouvé grâce devant l’Éternel :
Aucun fléau n’approchera de ta tente,
Car l’Éternel ordonne à ses anges
De te garder dans toutes tes entreprises.
Ils te porteront sur leurs mains,
De peur que ton pied ne heurte contre une pierre (Ps. 91, 10-12).
Un ange était préposé par le Seigneur à la piscine de Béthesda ; périodiquement, il devait en agiter l’eau qui devenait curative pour le premier malade qui s’y plongeait. Il faut suivre la version de la Bible de Maredsous pour avoir le texte complet : « Or, à Jérusalem, près de la porte des Brebis, il y a une piscine qui s’appelle en hébreu Béthesda, et qui est entourée de cinq portiques. Sous ces portiques étaient étendus un grand nombre de malades, des aveugles, des boiteux et des impotents qui attendaient le bouillonnement de l’eau. Un ange du Seigneur, en effet, descendait par intervalles dans la piscine et mettait l’eau en mouvement ; et quelle que fût son infirmité le premier qui y descendait après l’agitation de l’eau était guéri. » (Jean 5, 2-4.) Les traducteurs, en une note, indiquent que la fin du verset 3 et le verset 4 manquent dans les principaux manuscrits anciens grecs.
Une mission que l’Éternel confie aux anges est de s’occuper de l’âme des décédés et de les assister au cours de leur premier voyage dans l’Au-Delà ; Luc en donne un exemple : « Or il arriva que le pauvre Lazare mourut et il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. » (Luc 16, 22.)
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SECTION IV : La Loi a été donnée par le ministère des Anges.
1. Dans le désert. Moïse a reçu la Loi de la main des Anges.
C’est Moïse qui, dans l’assemblée du désert, était avec l’ange qui lui parlait sur le mont Sinaï… et qui reçut des paroles de vie pour nous les donner (Actes 7, 38) ; mais les Juifs au cou raide, incirconcis de cœur et d’oreilles, s’opposaient au Saint-Esprit, ce qui fait dire à l’apôtre : « Vous qui avez reçu la Loi par le ministère des anges et qui ne l’avez point gardée ! » (Actes 7, 53.)

Fig. 1. Un Ange de l’Éternel conduit les Hébreux hors de l’Égypte.
Bibl. nat., manuscrit du XIVe siècle.
Dans l’Épître aux Galates (3, 19), nous trouvons la même critique envers le peuple d’Israël : « La Loi a été promulguée par les anges et par l’entremise d’un médiateur. » Et l’Épître aux Hébreux, confirmant le fait, met en garde le peuple, car toute transgression de la Loi ne peut avoir que des conséquences fâcheuses : « En effet, si la parole annoncée par les anges a eu son accomplissement, si toute transgression, toute désobéissance a reçu sa juste rétribution, comment échapperons-nous si nous négligeons un si grand salut ? » (Héb. 2, 2.)
2. C’est l’Ange de l’Éternel qui a conduit les Israélites hors d’Égypte (fig. 1).
Lors de l’exode, l’ange du Seigneur a reçu à cette occasion une mission bien déterminée ; en voici la preuve : « L’ange de Dieu, qui marchait en avant du camp des Israélites, passa derrière eux ; et la colonne de nuée qui les précédait alla se placer derrière eux, entre le camp des Égyptiens et le camp des Israélites. Elle était pour les uns une nuée obscure et pour les autres, elle éclairait la nuit. » (Exode 14, 19-20.)
Dieu dit à Moïse : « Va maintenant, conduis le peuple là où je t’ai dit. Voici que mon ange marchera devant toi. » (Exode 32, 34.) Et plus loin, nous lisons encore : « Va, pars d’ici, toi et le peuple que tu as fait sortir d’Égypte... J’enverrai devant toi un ange, et je chasserai les Cananéens. » (Exode 33, 2.)
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SECTION V : Les Anges exécutent les desseins et les jugements de Dieu. Rôle des anges des sept Églises.
C’est encore dans l’Exode que nous trouvons cette indication : Dieu dit : « Je vais envoyer un ange devant toi pour te protéger en chemin et pour t’introduire dans le lieu que j’ai préparé. Prends garde à toi-même quand tu seras en sa présence, et écoute sa voix. Ne lui résiste point, car il ne pardonnerait pas ta désobéissance parce que mon nom est en lui... En effet, mon ange marchera devant toi. » (Exode 23, 20-23.)
Dans Nombres (20, 16), nous avons confirmation de cette assistance bénéfique et salvatrice de l’ange de Dieu : « Nous avons crié à l’Éternel ; il a entendu notre voix, il a envoyé un ange et il nous a fait sortir d’Égypte. »
À l’époque de la nativité, nous voyons un grand nombre d’anges missionnés par le Père pour annoncer l’incarnation de la Vierge et la venue du Sauveur.
Tout d’abord, retenons la prédiction de la naissance de Jean-Baptiste faite par un ange qui dit à Zacharie : « Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu ; j’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer cette bonne nouvelle. » (Luc 1, 19.)
Quant à l’annonce à Marie, l’ange missionné par Dieu, le même ange Gabriel jouera un rôle prédominant (fig. 2).

Fig. 2. L’Archange Gabriel porteur du Livre de vie avec la Salutation à Marie : « Ave, Maria, gratia plena. »
Dieu envoya l’ange Gabriel dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d’une Vierge... cette vierge s’appelait Marie. L’ange, étant entré dans le lieu où elle était, lui dit : « Je te salue, Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec toi. » (Luc 1, 26-29.) Comme Marie était troublée par cette apparition et par le message qui lui était délivré, l’ange lui dit : « Ne crains point, Marie, car tu as trouvé grâce devant Dieu. Voici que tu concevras et enfanteras un fils à qui tu donneras le nom de Jésus... » Alors, Marie dit à l’ange : « Comment cela arrivera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. » (Luc 1, 26-35.)
C’est encore l’ange de Dieu qui révèle à Jean les desseins du Seigneur ; le dernier chapitre de l’Apocalypse l’indique nettement :
Jean réalise que les prophéties annoncées dans ce livre sont illuminatives et de valeur : « Alors l’ange me dit : « Ces paroles sont certaines et véritables, et le Seigneur, le Dieu des esprits des prophètes a envoyé son ange pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver. »... C’est moi, Jean, qui ai vu et entendu ces choses. » Et quelques lignes plus avant, nous apprenons encore : « C’est moi, Jésus, qui ai envoyé mon ange pour vous rendre témoignage de tout cela devant les Églises. » (Variante : au sujet des Églises M.) (Apo. 22, 6-16.)
Dans l’Ancien Testament, nombreuses sont les références qui relatent la mission des anges exécuteurs des desseins de Dieu. Deux anges ont reçu l’ordre de détruire Sodome et Gomorrhe, ils viennent avertir Loth et sa famille d’avoir à fuir au plus vite ; les anges frappent d’éblouissement ceux qui les suivent et qui voulaient pénétrer de force dans la maison de Loth. (Gen. 19, 1-20.)
Voici encore le cas d’une mission punitive dévolue à un ange, ainsi qu’il est rapporté dans II Samuel 24, 16-17 : Le courroux de l’Éternel s’étant élevé contre David et son peuple, l’ange de Dieu est envoyé pour accomplir la sentence et « l’ange étendit sa main sur Jérusalem pour la ravager ; il s’ensuivit une peste qui fit 70 000 victimes ; au bout de trois jours, l’Éternel, pris de compassion, dit à l’ange qui ravageait le peuple : « Assez ! Retire maintenant la main. » L’ange de l’Éternel était alors près de l’aire d’Aravna (alias Oman M), le Jébusien.
La même scène est rapportée avec plus de détails dans I Chroniques 21, 14-20 :
L’Éternel fit donc sévir la peste en Israël, et il périt soixante-dix mille Israélites. Puis Dieu envoya un ange à Jérusalem pour la ravager. Et comme l’ange se livrait à cette œuvre de destruction, l’Éternel regarda. Il fut pris de regret devant une telle calamité, et il dit à l’ange destructeur : « Assez !... Retire maintenant ta main. » L’ange de l’Éternel se tenait alors près de l’aire d’Oman, le Jébusien. David, ayant levé les yeux, vit l’ange de l’Éternel qui se tenait entre la terre et le ciel, ayant à la main une épée nue, tournée contre Jérusalem... Oman, s’étant retourné, vit l’ange... L’ange de l’Éternel dit à Gad, le voyant de David, de lui transmettre l’ordre de construire un autel sur l’aire appartenant à Oman. Le roi l’acheta pour six cents sicles d’or et y éleva un autel.
Dans II Rois 19, 35, il est relaté l’assistance de l’ange de Dieu en faveur des Israélites : Pendant cette même nuit, un ange de l’Éternel alla dans le camp des Assyriens et y fit périr 185 000 hommes. Le même épisode est rapporté dans II Chroniques, 32, 20-21. Le roi Ezéchias ainsi qu’Ésaïe se mirent à prier, faisant monter leurs cris vers le ciel. L’Éternel envoya un ange qui extermina toute l’armée du roi d’Assyrie dans le camp même avec les chefs et les généraux (M).
Dans Ésaïe 37, 36, il est question du même secours accordé par l’Éternel en faveur des Israélites : Alors un ange de l’Éternel entra dans le camp des Assyriens et y fit périr 185 000 hommes.
Au Psaume 35, 5-6, le chantre s’écrie :
Prenez parti, Seigneur, contre mes adversaires.
Qu’ils soient comme la paille au vent,
Lorsque l’ange du Seigneur viendra les chasser.
On connaît la terrible punition du roi Hérode pour sa vie coupable et parce qu’il n’avait pas rendu grâce à Dieu : À l’instant même Hérode fut frappé par un ange du Seigneur... et il mourut. (Actes 12, 23.)
Jean, le voyant de Patmos, dans son Apocalypse, mentionne les anges des sept Églises ; une voix impérieuse lui avait ordonné : « Ce que tu vas voir, écris-le dans un livre, et envoie-le aux sept Églises, à Éphèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée. » (Apo. 1, 11.)
Les sept étoiles que tu as vues dans ma main droite sont les anges des sept Églises et les sept chandeliers d’or sont les sept Églises. (Apo. 1, 20.)
L’ordre d’écrire aux anges des sept Églises est repris successivement dans Apo, II, 1, 8, 12, 18 ; Apo. III, 1, 7, 14. L’ordre est libellé identiquement :
« Écris à l’ange de l’Église d’Éphèse.
Écris aussi à l’ange de l’Église de Smyrne. »
Et ainsi de suite dans l’ordre énoncé plus haut.
Les sept anges sonnent de la trompette. (Apo. 8-6.)
« Je vis sept anges qui tenaient sept fléaux. » (Apo. 15, 1.)
« Alors j’entendis une grande voix qui venait du Temple et qui disait aux sept anges : Allez, et versez sur la terre les sept coupes du courroux de Dieu. » (Apo. 16, 1.) Et l’opération se fit de la manière suivante :
Le premier ange versa sa coupe sur la terre ; et un ulcère malin et douloureux frappa les hommes qui avaient la marque de la bête.
Le deuxième ange versa sa coupe dans la mer ; et la mer devint du sang.
Le troisième ange versa sa coupe dans les fleuves et les sources des eaux ; et les eaux devinrent du sang.
Le quatrième ange versa sa coupe sur le soleil et il lui fut donné de brûler les hommes par le feu.
Le cinquième ange versa sa coupe sur le trône de la bête ; son royaume fut plongé dans les ténèbres.
Le sixième ange versa sa coupe sur le grand fleuve l’Euphrate ; et le fleuve fut mis à sec.
Le septième ange versa sa coupe dans l’air ; et une voix sortie du temple disait : « C’en est fait ! » Et il y eut des éclairs, du tonnerre et un tremblement de terre tel qu’il n’y en eut jamais. (Apo. 16, 2-18.)
On le voit, la mission des anges peut être des plus terribles.
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SECTION VI : Les Anges ont servi le Christ avant et pendant son incarnation, puis après la résurrection.
1. Les Anges serviteurs du Christ.
Nous avons déjà relevé que dans le Psaume 91, David fait allusion à la garde des anges ; on se rappelle qu’il est dit : « L’Éternel ordonnera à ses anges de te garder... Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte contre une pierre ». Ce thème a été repris par Satan lorsqu’il tenta le Christ durant son jeûne au désert. Dans Matthieu 4, 6, nous lisons en effet : « Après avoir transporté Jésus sur le faîte du temple, le diable dit au Christ : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera à ses anges des ordres à ton sujet ; ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre ». Jésus répondit : « Il est encore écrit : « Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu ». La suite du récit de Matthieu complète le tableau de la mission des anges à l’égard de Jésus (v. versets 8-11) : « Le diable transporta le Christ sur une haute montagne ; il lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire, et lui dit : « Je te donnerai toutes ces choses, si te prosternant devant moi, tu m’adores. » Alors Jésus lui dit : « Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : « Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu ne rendras de culte qu’à lui seul. » Alors le diable le laissa ; et voici que des anges s’approchèrent et le servirent. »
Marc, plus concis, relate le même incident et insiste tout spécialement sur la mission de service des anges : « Jésus passa quarante jours dans le désert, tenté par Satan ; il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient. » (Marc 1, 13.)

Fig. 3. Les Anges assistants, porteurs des symboles de la Passion. La mise au tombeau.
Peinture du XVe siècle se trouvant à la Cathédrale de Puy.
Alors que le Christ était en prière sur le mont des Oliviers et demandait que la coupe amère s’éloignât de ses lèvres et qu’il manifestait sa soumission en disant : « Toutefois que Ta volonté soit faite et non la mienne ! » Un ange lui apparut du ciel qui le fortifiait. (Luc 22, 43.)
Dans Jean (1, 51) nous trouvons relatée cette affirmation de Jésus : « En vérité, en vérité, je vous le déclare, vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l’homme. »
Au demeurant, Jésus était parfaitement conscient de cette assistance constante des anges qu’il lui suffisait de demander au Père. Lors de l’arrestation de Jésus au jardin de Gethsémani, on se rappelle l’épisode d’un partisan de Jésus qui tire son épée et coupe l’oreille du serviteur du grand prêtre. Alors Jésus lui dit : « Remets ton épée en place ; car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. Crois-tu que je ne pourrais pas invoquer mon Père, qui me donnerait aussitôt plus de douze légions d’anges ? » (Matth. 26, 51-54.)
2. Au dernier jour les Anges sépareront les justes d’avec les méchants.
À ce sujet, la parabole du semeur que l’on trouve dans Matthieu (13, 37-50) est fructueuse en enseignements ; les disciples ont demandé au Maître de leur expliquer plus clairement la parabole de l’ivraie dans le champ ; il leur répondit : « Celui qui sème la bonne semence, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; la bonne semence, ce sont les enfants du Royaume ; l’ivraie, ce sont les enfants du Malin ; l’ennemi qui l’a semée, c’est le Diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. Et comme on arrache l’ivraie et qu’on la brûle au feu, il en sera de même à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, qui feront disparaître de son Royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité... Il en sera de même à la fin du monde ; les anges viendront, et ils ôteront les méchants du milieu des justes. Puis ils les jetteront dans la fournaise. »
Matthieu (24, 30, 31), Marc (13, 26, 27), tous deux, en des termes identiques, font allusion à la fin des temps ; lorsque le signe du Fils de l’homme paraîtra dans le ciel, toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine, « et elles verront le Fils de l’hommes venir sur les nuées du ciel avec une grande puissance, et une grande gloire. Il enverra ses anges, qui, au son éclatant de la trompette, rassembleront ses élus... »
3. Il y a de la joie parmi les anges pour un seul pécheur repentant.
Les paraboles de la brebis perdue, de la drachme perdue et celle de l’enfant prodigue tendent à illustrer la même leçon du Christ qui dira : « De même, je vous le déclare, il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance. » (Luc 15, 7.) Également, après avoir parlé du comportement de la femme qui a perdu sa drachme et qui se réjouit de l’avoir retrouvée, le Christ conclut : « De même je vous le dis, il y a de la joie, devant les anges de Dieu, pour un seul pécheur qui se repent ». (Luc 15, 10.)
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SECTION VII : Les Anges font connaître la volonté de Dieu et du Christ.
Lorsqu’il était conduit à Rome pour y comparaître devant César, Paul avait dit à ses gardes de ne pas mettre à la voile et de ne pas quitter le port où ils se trouvaient présentement, car il voyait que la navigation ne se ferait pas sans grands périls, tant pour les personnes que pour la cargaison et pour le navire ; le capitaine ne voulut pas tenir compte de ce sage avertissement ; et, dès qu’ils furent en haute mer, une furieuse tempête se déclencha ; alors que le navire était désemparé, que la cargaison avait dû être jetée par-dessus bord, tous les passagers étaient désespérés et croyaient leur dernière heure venue ; cependant Paul les rassura et dit : « Je vous exhorte à prendre courage ; aucun de vous ne périra, et il n’y aura de perte que celle du navire. Cette nuit, en effet, un ange du Seigneur, à qui j’appartiens et que je sers, m’est apparu et m’a dit : « Paul, ne crains point ; il faut que tu comparaisses devant César ; et voici que Dieu t’a accordé la vie de tous ceux qui naviguent avec toi. » (Actes 27, 14-25.)
Dès le début de l’Apocalypse, l’auteur déclare : « Révélation de Jésus-Christ pour montrer à ses serviteurs ce qui doit bientôt arriver ; il l’a fait connaître en envoyant son ange à Jean, son serviteur. »
Pour hâter la conversion de Corneille, centenier de la cohorte Italique, un ange du Seigneur lui est envoyé. « Cet homme eut une vision ; un jour, vers la neuvième heure (vers trois heures de l’après-midi), il aperçut clairement un ange de Dieu qui entrait chez lui disant : « Corneille ! » Saisi d’effroi, les yeux fixés sur l’apparition, il répondit : « Qu’y a-t-il, Seigneur ? » L’ange reprit : « Tes prières et tes aumônes sont montées jusqu’à Dieu... Et maintenant envoie des hommes à Joppé et fais venir un certain Simon que l’on surnomme Pierre... » L’ange, lui ayant parlé, se retira. De son côté, Pierre eut une vision, et comme il réfléchissait, l’Esprit (ange) lui dit : « Il y a là trois hommes qui te demandent. Allons, descend et pars sans hésiter : c’est moi qui les ai envoyés. » (Actes 10, 1-21.)
Corneille décrit l’ange qui lui est apparu, comme « un homme en vêtements resplendissants ». (Actes 10, 30.)
La conversion d’un officier éthiopien survient après l’intervention d’un ange auprès de Philippe ; dans Actes (8, 26-40), il est relaté : « Un ange du Seigneur parla à Philippe pour l’envoyer vers l’officier éthiopien qui lisait, assis sur son char, le livre du prophète Ésaïe. L’Esprit (ange) dit à Philippe : « Approche-toi et rejoins ce char. » L’officier fut converti par la parole de Philippe et il fut baptisé. Alors Philippe disparut à ses yeux.
Après la naissance de Jésus, par deux fois, Joseph reçut la visite d’un ange de Dieu ; la première fois ce fut pour lui intimer l’ordre de s’enfuir en Égypte pour échapper au massacre des enfants, décrété par le roi Hérode ; à la mort de ce dernier, l’ange réapparut pour annoncer l’évènement à Joseph et pour l’engager à rentrer en Israël. (Matth. 2, 13-20.)
Daniel relate trois épisodes de sa vie où il fut gratifié de la vision et de l’assistance d’un ange : « Pendant que moi, Daniel, je contemplais cette vision et que je cherchais à la comprendre, je vis, debout devant moi, comme une figure d’homme. Et j’entendis la voix d’un homme qui s’élevait du milieu du fleuve Oulaï ; il appelait et disait : Gabriel, explique-lui la vision. » (Dan. 8, 16-17.)
En une autre occasion, Daniel priait et confessait ses péchés : « Je parlais donc encore dans ma prière, quand Gabriel, l’être qui m’était apparu en vision auparavant, vint à moi d’un vol rapide, vers l’heure de l’oblation du soir. Afin de m’instruire, il me parla et me dit : “Je suis venu maintenant pour te rendre sage et intelligent. Daniel, dès que tu as commencé à prier, l’Éternel a prononcé une parole et je suis venu te la faire connaître... Sois donc attentif à cette parole.” » (Dan. 9, 20-23.)
Après avoir été dans le deuil pendant trois semaines, Daniel dit : « Je levai les yeux et je vis un homme vêtu de lin, qui avait autour des reins une ceinture d’or fin. Son corps était comme de chrysolithe ; son visage brillait comme un éclair et ses yeux comme des flambeaux ardents, ses bras et ses pieds avaient l’aspect de l’airain poli, et le son de sa voix retentissait comme le bruit d’une multitude. Moi, Daniel, je fus le seul à voir cette apparition, et ceux qui étaient avec moi ne la virent point, mais une grande frayeur s’étant emparée d’eux, ils s’enfuirent pour aller se cacher. ... J’entendis le son des paroles de cet homme. Il me dit : “Ne crains point, Daniel... tes paroles ont été exaucées et c’est à cause de tes paroles que je suis venu. Le chef (ange) du royaume de Perse m’a résisté pendant vingt et un jours ; mais Michaël, l’un des principaux chefs, est venu à mon aide.” » (Dan. 10, 5-14.)
Dans les Actes (5, 20), il est dit que le grand prêtre avait fait arrêter les apôtres et les avait incarcérés dans la prison publique. « Mais un ange du Seigneur leur ouvrit, pendant la nuit, les portes de la prison, les fit sortir et leur dit : « Allez vous présenter dans le temple et annoncez au peuple les paroles de vie. »
Nous avons déjà relevé que Jean, le visionnaire, était en commerce constant avec les anges et qu’en fin de son Apocalypse, il affirme que l’ange de Dieu lui avait assuré que toutes ses paroles étaient certaines et véritables.
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SECTION VIII : Nature des Anges.
1. Les Anges sont immortels.
C’est le Christ lui-même qui fera mention de cette qualité des anges d’être immortels ; questionné par les sadducéens sur les modalités de la résurrection, le Maître répondit : « Ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au siècle à venir et à la résurrection des morts ne se marient pas et ne sont pas donnés en mariage. Car ils ne peuvent plus mourir, parce qu’ils sont semblables aux anges et qu’ils sont fils de Dieu, étant fils de la résurrection. » (Luc 20, 35-36.)
2. Les Anges sont puissants.
Il est dit au Psaume 103 (20) : « Bénissez l’Éternel, vous ses anges forts et vaillants ! »
Parlant des faux docteurs à venir, Pierre dira : « Audacieux et arrogants, ces hommes débauchés ne craignent pas de parler injurieusement des Gloires, tandis que les anges, leurs supérieurs en force et puissance, ne prononcent point contre elles, devant le Seigneur, de jugement injurieux. » (II Pierre, 2, 11.)
Au début de la deuxième Épître de saint Paul aux Thessaloniciens (1, 7-8), l’apôtre fait allusion à Jésus qui « apparaîtra, venant du ciel, avec les anges de sa puissance, au milieu des flammes de feu, pour faire justice de ceux qui ne connaissent point Dieu et qui n’obéissent pas à l’Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ ».
3. Les Anges sont saints.
Les chrétiens ont-ils vraiment saisi toute la valeur du sérieux avertissement du Maître que l’on trouve rapporté en termes similaires dans Marc (8, 38) et Luc (9, 26) ; voici la parole de Jésus :
« Si quelqu’un a honte de moi et de mes paroles, au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aura aussi honte de lui, lorsqu’il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. »
Il est dit que « celui qui a adoré la Bête sera tourmenté dans le feu et le soufre en présence des saints anges et de l’Agneau ». (Apo. 14, 10.)
Ce fut, nous l’avons déjà mentionné, un saint ange qui transmit l’ordre à Pierre de prendre contact avec Corneille.
4. Les Anges sont sages.
Dans l’Ancien Testament, nous trouvons cette précieuse indication : La femme, inspirée par Joab, dit au roi : « Mais mon seigneur, qui est sage comme un ange de Dieu, connaît tout ce qui se passe sur la terre ». (II Samuel 14, 20.)
5. Les Anges sont des exemples de modération et de douceur.
Même au plus fort de leurs luttes contre le Malin, les anges ne maudissent ni ne condamnent jamais, laissant le jugement à Dieu dont ils accomplissent les ordres. Dans Jude (5, 9), nous lisons : « Or l’archange Michel lui-même, lorsqu’il contestait avec le Diable et lui disputait le corps de Moïse, n’osa pas prononcer contre lui une sentence injurieuse. Il dit seulement : “Que le Seigneur te punisse !” »
6. Les Anges sont innombrables.
Les voyants de tous les temps, une fois ravis en extase, ayant pu contempler les merveilles des cieux, s’accordent tous pour signaler les multitudes d’anges qui composent l’armée céleste. Job dira : « À Dieu appartiennent l’empire du monde et la puissance redoutable... ses armées ne sont-elles pas innombrables ? » (Job 25, 2-3.)
Même indication donnée par David, au Psaume 68, 18 : « Les chars de Dieu se comptent par vingt mille, par milliers de milliers. »
De même, nous pouvons encore lire dans Daniel 7, 10 : « Mille milliers d’anges servaient l’Ancien des jours et des myriades de myriades se tenaient devant lui. »
Nous avons déjà rapporté la parole de Jésus au moment de son arrestation ; s’il avait voulu être libéré, il n’aurait eu qu’à invoquer l’assistance de son Père qui lui aurait « donné aussitôt plus de douze légions d’anges ». (Comme à cette époque une légion était composée d’environ six mille hommes, cela fait déjà une armée de soixante-douze mille anges.)
À la naissance de Jésus, nous savons qu’une multitude de l’armée céleste louait Dieu. (Luc 2, 13.)
Dans son Épître aux Hébreux, saint Paul dit à ses fidèles : « Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, cité du Dieu vivant, Jérusalem céleste, où se trouvent des myriades d’anges. » (Héb. 12, 22.)
Rappelons encore une fois le témoignage de Jean ravi en extase : « J’entendis les voix d’une multitude d’anges. Il y en avait des myriades de myriades, des milliers de milliers. » (Apo. 5, 11.)
Et ces visions révélant la multitude des armées célestes ne concernent pas seulement les fidèles des temps apostoliques, mais elles se sont encore produites tout au long des âges jusqu’à nos jours, où, comme nous le verrons plus tard, le P. Pio nous donne des indications très circonstanciées à ce sujet. Mentionnons cette vision d’Angèle de Foligno ravie en extase : « Je voyais Jésus-Christ descendre du ciel entouré d’innombrables troupes flamboyantes... leur nombre était tel que l’œil et l’esprit s’y perdaient. »
7. Les Anges sont de différents ordres.
Il y a en effet les neuf ordres ou chœurs, groupés en trois hiérarchies dont nous nous occuperons plus en détail au cours de notre exposé. La Bible contient de nombreuses allusions aux différents ordres d’anges ; il y est question de séraphins, de chérubins, de dominations, de puissances et des archanges, ayant chacun des fonctions bien déterminées ; il y a donc une hiérarchie dans la nombreuse armée des anges.
Ésaïe parle des séraphins qui se tenaient au-dessus de Dieu ; ils avaient chacun six ailes, deux leur couvraient la face, deux leur couvraient les pieds, deux leur servaient à voler... (Ésaïe 6, 2.)
Jésus-Christ a juridiction sur les différents ordres d’anges : « Jésus, étant monté au ciel, est à la droite de Dieu et s’est assujetti les anges, les principautés et les puissances. » (I Pierre 3, 22.) Voir fig. 1, frontispice.
Jude (5, 9) fait mention de l’archange Michel qui conteste avec le Diable. Il a été déjà parlé de la mission de l’archange Gabriel au moment de la conception du Sauveur.
C’est à la voix d’un archange que le Christ descendra du ciel au son de la trompette. (I Thes. 4, 16.)
8. Les Anges peuvent commettre des fautes.
Il n’y a de parfait que Dieu et les anges auxquels le Seigneur a laissé le libre arbitre peuvent à l’occasion commettre des fautes, et les plus graves furent celles de Lucifer et des anges rebelles.
Un passage de Job est très explicite en la matière ; il dit : « L’homme peut-il être juste devant Dieu ? L’homme sera-t-il pur en face de son Créateur ? Puisque Dieu ne se fie même pas à ses serviteurs et qu’il trouve des fautes chez ses anges eux-mêmes. » (Job 4, 17-18.)

Fig. 4. L’archange Gabriel conteste avec le diable. Gravure de Martin Schongauer, XVe siècle.
Dieu, en effet, n’a pas épargné les anges qui avaient péché (par orgueil), il les a précipités dans l’abîme. (II Pierre 2, 4.)
Dans l’Apocalypse (12, 7), nous voyons Michel et ses anges combattre contre le dragon et ses anges (rebelles) qui furent battus.
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SECTION IX : Rôle des Anges à l’égard du Christ.
Le rôle qu’ont joué les anges à l’égard du Seigneur est d’une telle importance qu’il est bon de reprendre certains passages des Évangiles qui donnent de claires lumières à ce sujet.
1. Les Anges ont annoncé la conception de Jésus-Christ.
Alors que Joseph songeait à répudier Marie, un ange du Seigneur lui apparut et lui dit qu’il n’avait rien à craindre, car l’enfant que Marie portait en son sein avait été conçu par l’Esprit Saint. (Matth. 1, 20-21.)
Quant à l’annonciation à Marie par le ministère de l’archange Gabriel, la scène est trop connue, nous n’y reviendrons pas ; il suffit de relire Luc 1, 26-38. Et l’on ne doit pas perdre de vue la même affirmation qui fut faite à Joseph : la conception se ferait par la force toute-puissante du Saint-Esprit.
2. Les Anges ont annoncé la naissance de Jésus-Christ.
Qui ne connaît et ne partage la joie de Noël, joie proclamée tout d’abord par la multitude des cohortes célestes ? La gloire du Seigneur resplendit sur les bergers qui sont, sur le moment, effrayés par cette lumière éblouissante, mais ils se rassurent à la voix de l’ange qui leur dit : « Ne craignez point, car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple une grande joie... Aujourd’hui, un Sauveur vous est né. » (Luc 2, 10-12.)
3. Les Anges ont annoncé la résurrection du Seigneur.
Nous trouvons le récit de la résurrection du Sauveur dans Matthieu, Marc et Luc ; comme les récits se complètent, il est intéressant de les mettre en parallèle :
Il se fit un grand tremblement de terre, car un ange du Seigneur descendit du ciel, fit rouler la pierre et s’assit dessus. Il était brillant comme un éclair, et son vêtement était blanc comme la neige. De la frayeur qu’il leur causa, les gardes furent tout bouleversés et ils devinrent comme morts. Mais l’ange, prenant la parole, dit aux femmes : « Pour vous, ne craignez point, car je sais que vous cherchez Jésus, qui a été crucifié. Il n’est pas ici ; il est ressuscité comme il l’avait dit. » (Matt. 28, 2-7.)
Les femmes virent un jeune homme assis du côté droit, vêtu d’une robe blanche. Elles furent épouvantées, mais il leur dit : « Ne vous effrayez point ! Vous cherchez Jésus de Nazareth qui a été crucifié, il est ressuscité. Il n’est pas ici... Allez dire à ses disciples et à Pierre que Jésus vous précède en Galilée. » (Marc 16, 5-7.)
Quelques femmes sont allées de grand matin au tombeau ; puis n’ayant pas trouvé le corps, elles sont venues nous dire que des anges leur sont apparus et leur ont déclaré qu’il était vivant. (Luc 24, 23.)

Fig. 5 L’Annonciation, par Martin Schongauer (vers 1445-1488).
4. Les Anges ont annoncé l’ascension et la seconde venue du Seigneur.
Alors que les disciples avaient les yeux levés au ciel et voyaient leur Maître s’élever dans les cieux, « deux hommes en vêtements blancs se présentèrent devant les apôtres et leur dirent : « Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder le ciel ? Ce Jésus, qui, du milieu de vous, a été élevé dans le ciel, en reviendra de la même manière que vous l’avez vu monter. » (Actes 1, 11.)
Les trois évangélistes s’accordent pour annoncer le retour du Christ dans sa gloire, entouré des cohortes célestes.
Le Fils de l’homme viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges. (Luc 9, 26.)
Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges... (Matth. 16, 27.)
Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s’assiéra sur son trône de gloire. (Matth. 25-31.)
Lorsque le Christ viendra dans la gloire du Père avec les saints anges... (Marc 8, 38.)
Le Seigneur Jésus apparaîtra, venant du ciel, avec les anges de sa puissance, au milieu des flammes de feu, pour faire justice... (II Thés. 1, 7.)
5. Les Anges ont aussi annoncé la conception de Jean-Baptiste.
L’ange du Seigneur se présente à Zacharie et lui dit : « Je suis Gabriel qui me tiens devant Dieu ; j’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer une bonne nouvelle : ta femme te donnera un fils que tu appelleras Jean. Il sera grand devant le Seigneur, il ne boira ni vin ni cervoise, et il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère. » Et le même ange dira à Marie : « Voici qu’Élisabeth, ta parente, a aussi conçu un fils. » (Luc 1, 13-36.)
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SECTION X : Anges gardiens et Anges exterminateurs.
La mission d’ange gardien des hommes est une des fonctions les plus importantes confiées à ces Entités de l’Au-Delà.
On connaît l’histoire de Daniel jeté dans la fosse aux lions qui en sortit indemne, les animaux ne lui ayant fait aucun mal ; et Daniel de dire au roi qui était ahuri de le voir encore en vie : « Ô roi, puisses-tu vivre éternellement ! Mon Dieu a envoyé son ange ; il a fermé la gueule des lions et ils ne m’ont fait aucun mal, parce que j’ai été trouvé innocent devant Dieu. » (Daniel 6, 22.) Qu’on retienne bien cette dernière phrase, c’est l’innocence, la pureté mentale et morale du sujet qui ouvre la porte à toutes les interventions bénéfiques de l’ange gardien. Et maintenant, si nous voulons bénéficier de son assistance constante, nous savons quel doit être notre comportement de tous les jours.
Saint Paul ne se fait pas faute d’enseigner à ses disciples et aux fidèles l’existence de ces anges protecteurs. « Les anges, dit-il, ne sont-ils pas tous des esprits au service de Dieu, envoyés par lui pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent recevoir en héritage le salut ? » (Hébr. 1, 14.)
Les anges ont pour mission principale de veiller sur les enfants des hommes ; le fait ressort nettement de plusieurs passages de l’Ancien Testament :
Deux anges protègent Loth et sa famille. (Gen. 19, 12.)
Abraham dit à son serviteur : « L’Éternel enverra son ange devant toi et tu prendras là une femme pour mon fils. » (Gen. 24, 7-8.)
Jacob bénit les deux fils de Joseph et dit : « Que le Dieu qui a été mon berger depuis ma naissance, jusqu’à ce jour, que l’ange qui m’a délivré de tout mal, bénisse ces enfants. » (Gen. 48, 16.)
La promesse que l’on trouve au Psaume 34, 8 doit retenir notre attention :
L’ange de l’Éternel campe autour de ceux qui le craignent. Et il les arrache au danger.
Nous avons déjà mentionné le Psaume 91 (10-12), où il nous est assuré que l’Éternel ordonne à ses anges de garder le juste dans toutes ses entreprises.
La vie du pécheur est livrée aux anges exterminateurs, mais s’il se trouve pour cet homme un ange intercesseur, qui lui fasse connaître son devoir, alors Dieu a pitié de lui. (Job 33, 23-24.)
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SECTION XI : Fidèles ayant reçu la visite des saints Anges.
Les cas de fidèles gratifiés d’apparitions angéliques sont nombreux dans la Bible ; nous en avons relaté déjà de multiples exemples. Il est facile d’allonger encore la liste :
Agar l’Égyptienne, l’esclave de Saraï, femme d’Abraham, dut s’enfuir au désert pour échapper aux sévices de Saraï. Un ange du Seigneur apparaît à la servante alors qu’elle se reposait au bord d’une source vers laquelle l’ange l’avait guidée ; il lui révéla en outre quelle serait sa postérité, il lui dit entre autres : « Voici que tu es enceinte ; tu enfanteras un fils, et tu le nommeras Ismaël. » (Gen. 16, 1-11.)
Une seconde fois Agar fut secourue par l’ange du Seigneur alors qu’elle avait de nouveau dû s’enfuir avec son fils Ismaël (Gen. 21, 1-20).
Trois « hommes », soit trois anges, apparaissent à Abraham dans sa tente et lui annoncent une prochaine grossesse de Sara qui, à l’ouïe de cette prédiction, rit, car elle se sait trop vieille ainsi que son mari, mais elle est reprise sévèrement par l’ange qui dit cette parole lourde de sens : « Y a-t-il rien qui soit impossible à l’Éternel ? » (Gen. 18, 2-16.)
Pour mettre à l’épreuve la foi d’Abraham, il lui fut ordonné d’offrir en sacrifice son fils Isaac ; au moment où Abraham s’apprête à exécuter l’ordre, l’ange de l’Éternel l’appela des cieux disant : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! » L’ange lui dit : « Ne porte pas la main sur l’enfant ! » (Gen. 22, 1-12.)
Deux anges rendent visite à Loth ; ils lui annoncent la destruction de Sodome, de plus ils frappent d’éblouissement des énergumènes qui voulaient envahir la maison de Loth pour se saisir de ces lumineux étrangers. (Gen. 19, 1-20.)
Pour avoir été maintes fois illustrée par la peinture, on connaît la lutte de Jacob avec l’ange (Gen. 32, 24-32). Il en est de même pour la fameuse vision de Jacob percevant une échelle qui s’élevait jusqu’aux cieux et le long de laquelle les anges montaient et descendaient sans cesse (Gen. 28, 11-12).
Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro sur le mont Horeb, l’ange de l’Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson ardent (Exode 3, 2).
D’autre part, il est recommandé à Moïse, comme nous l’avons déjà signalé, d’écouter la voix de l’ange et de prendre garde à lui-même lorsqu’il serait en sa présence (Exode 23, 21-22). Et l’ange de Dieu marchait en avant du camp des Israélites (Exode 14, 19). Et sa tâche accomplie, l’ange leur dit : « Je vous ai fait monter hors d’Égypte. » (Juges 2, 1-5.)
On sait que les animaux sont souvent plus sensibles et perçoivent mieux les esprits que la plupart des humains ; l’histoire de l’ânesse du prophète Balaam en est un exemple ; par trois fois elle vit l’ange de l’Éternel qui lui barrait la route avec son épée. Balaam la frappe rudement pour la faire avancer, mais en vain ; la troisième fois cependant le prophète, lui aussi, vit l’ange qui se tenait au milieu du chemin avec son épée nue à la main ; alors l’ange de l’Éternel dit à Balaam : « Va avec ces hommes, mais tu ne diras que ce que je dirai ». (Nombres 22, 22-35.)
Josué, alors qu’il était près de Jéricho, vit un homme qui se tenait debout, son épée nue à la main ; questionné, il répondit : « Je suis le chef de l’armée de l’Éternel, j’arrive maintenant ». (Jos. 5, 13-15.)
L’ange de l’Éternel apparaît à Gédéon sous le térébinthe d’Ophra et lui dit : « Vaillant guerrier, l’Éternel est avec toi ! » Il est donné à Gédéon l’assurance qu’il vaincra les Madianites ; alors Gédéon prépare un sacrifice de viandes et de pain sans levain ; il porte ces offrandes près du rocher, l’ange les touche de son bâton, le feu monte du rocher et les consume. Et Gédéon de dire : « J’ai vu l’ange de l’Éternel. » (Juges 6, 11-22.)
L’histoire de Manoha et de sa femme stérile est instructive à plus d’un égard. Un jour, un ange de l’Éternel apparut à l’épouse de Manoha et lui annonce une grossesse ; elle sera la mère du futur Samson qui délivrera Israël de la main des Philistins. Et l’ange de donner à la future mère cette importante règle d’eugénisme : « Prends donc bien garde, dès maintenant, de ne boire ni vin, ni boisson enivrante, et de ne manger rien d’impur. » La femme s’empressa de raconter sa vision à son mari et celui-ci pria l’Éternel de lui accorder la faveur de voir lui aussi son ange. Une deuxième fois, alors qu’elle était assise au champ, l’ange apparut à la femme et lui répéta les mêmes règles d’eugénisme qu’elle devait appliquer durant sa grossesse. Aussitôt la femme vint chercher son mari qui lui aussi vit l’ange ; ce dernier donna pour la troisième fois les mêmes recommandations d’eugénisme que devait suivre son épouse ; et l’ange de spécifier : « Ta femme observera tout ce que je lui ai prescrit ». (Juges 13, 3-21.)
Nous avons déjà mentionné la rencontre de l’ange de Dieu près de l’aire d’Aravna par David qui confesse sa faute et prie que l’ange intercède pour que l’épidémie de peste qui s’était abattue sur Israël prenne fin. Épisode consigné dans II Samuel 24, 16-17 et I Chroniques 21, 16.
Élie, ayant fait une journée de marche dans le désert, s’étendit épuisé et dit : « Éternel, reprends mon âme ! » Alors il s’endormit et voici qu’un ange le toucha et lui dit : « Lève-toi et mange ! » Il regarda et vit à son chevet un gâteau cuit sur la braise et une cruche d’eau. Il mangea, il but, puis il se recoucha. L’ange de l’Éternel vint une seconde fois et le toucha en disant : « Lève-toi, mange, car le chemin est trop long pour toi. » Il se leva donc, il mangea et il but. Puis, avec la force que lui donna ce repas, il marcha pendant quarante jours et quarante nuits (I Rois 19, 5-8).
Le roi Achazia, étant tombé de la chambre haute de son palais, en Samarie, fut très malade à la suite de cette chute ; il envoya des messagers consulter Baal-Zébub, pour savoir s’il relèverait de cette maladie. Mais l’ange de l’Éternel dit à Élie : « Lève-toi, monte à la rencontre des messagers du roi de Samarie et dis-leur : N’y a-t-il point de Dieu en Israël pour que vous alliez consulter Baal-Zébub ? » Et le prophète de prédire la mort prochaine du roi ; les messagers font rapport de l’incident et Achazia réalisa que cet avertissement émanait du prophète Élie ; il envoya cinquante hommes, commandés par un capitaine qui avait ordre de lui ramener Élie ; ce dernier se trouvait présentement au sommet d’une montagne. Il appela le feu du ciel sur ces hommes qui en voulaient à sa liberté et à sa vie. Le roi ne tint pas compte de ce sérieux avertissement ; il envoya cinquante autres hommes avec la même mission, mais ils subirent un sort identique ; une troisième troupe fut encore envoyée par le roi. Le capitaine supplie Élie de ne pas appeler le feu du ciel sur lui et sur ses hommes. À ce moment, l’ange de l’Éternel dit au prophète : « Descends avec lui sans rien craindre de sa part. » (II Rois 1, 13-16.)
Le livre de Tobie, supprimé dans les versions protestantes de la Bible, subsiste dans la Vulgate et dans les versions catholiques ; ce livre est riche en scènes où l’archange Raphaël se manifeste au jeune Tobie, l’accompagne durant son voyage et le protège au moment du danger, le dirigeant par ses sages conseils.
Le livre de Judith ne se trouve également pas dans les versions protestantes. On y relève un épisode où il est relaté qu’un ange protège Judith dans le camp des Assyriens (Judith 13, 20).
Le roi Nabucadnetsar, ayant fait ériger une statue d’or, prescrivit qu’au son du cor, au moment de l’inauguration, tous les assistants devraient se prosterner devant elle ; trois Juifs, Sadrac, Mésac et Abed-Négo, préposés par le roi à la direction de Babylone, refusent de se prosterner. Le roi les condamne à être jetés dans la fournaise ardente. Or, le roi vit quatre hommes dans la fournaise qui marchaient sans liens et sans avoir aucun mal. Le quatrième personnage avait l’aspect d’un fils des dieux. Ils sortent sains et saufs du brasier ardent ; et le roi de dire : « Béni soit le Dieu de Sadrac, de Mésac et d’Abed-Négo ! Ce Dieu a envoyé son ange et il a délivré ses serviteurs qui se sont confiés à lui. » (Daniel 3, 1-30.)
Daniel ayant eu une vision symbolique sur les temps à venir, l’archange Gabriel reçut de Dieu la mission d’en expliquer le sens. (Dan. 8, 1-27.)
Daniel, encore, relate l’exaucement de ses supplications ; alors qu’il était en prière, « l’ange Gabriel, l’être qui lui était apparu auparavant, vint à lui d’un vol rapide afin de l’instruire. Il lui dit : “Je suis venu maintenant pour te rendre sage...” » (Dan. 9, 21-22.) Lors d’une autre vision, Daniel eut le privilège de voir un homme resplendissant (un ange de Dieu) et d’entendre une série de révélations sur l’avenir (Dan. 10, 5-13).
Zacharie, le prophète, vit non seulement l’ange de Dieu à plusieurs reprises, mais encore il lui révéla le futur et le sens des visions qu’il avait eues en songe (Zacharie 1, 1-14).
Dans cette section doivent figurer encore les visions et les conversations de Joseph et de Marie avec l’archange Gabriel, de même que celles de Zacharie, le sacrificateur ; nous en avons déjà parlé en détail, nous n’y revenons pas. Il en est de même pour l’apparition des anges aux bergers, à Marie-Madeleine et aux autres femmes, au tombeau du Christ.
Pour mémoire rappelons les nombreuses visions d’anges ayant apporté un message ou un secours aux apôtres : Jean, Paul, Pierre, Philippe.
Comme type d’intervention d’un ange du Seigneur en faveur d’un apôtre, relevons le cas typique de Pierre qui avait été jeté en prison par ordre du roi Hérode. « Pierre, nous dit le texte des Actes (12, 1-18), était chargé de deux chaînes ; il dormait entre deux soldats. Des sentinelles étaient en faction devant les portes de la prison. Tout à coup survint un ange du Seigneur, et une lumière resplendit dans le cachot. L’ange réveilla Pierre en le frappant au côté, et lui dit : “Lève-toi vite !” Et les chaînes tombèrent de ses mains. L’ange lui dit ensuite : “Mets ta ceinture et tes sandales !” Pierre obéit. L’ange ajouta : “Mets ton manteau et suis-moi.” Pierre sortit et le suivit. Il ne pensait pas que l’intervention de l’ange fût réelle, mais il croyait avoir une vision. Quand ils eurent passé la première garde, puis la seconde, ils arrivèrent à la porte de fer qui donne sur la ville. Cette porte s’ouvrit devant eux d’elle-même, et, étant sortis, ils s’avancèrent dans une rue. Aussitôt l’ange le quitta... Alors Pierre revint à lui et dit : “Maintenant je reconnais vraiment que le Seigneur a envoyé son ange et qu’il m’a délivré de la main d’Hérode !” Après avoir réfléchi, il se rendit à la maison de Marie ; il frappa à la porte. La servante toute joyeuse reconnut la voix de Pierre et vint l’annoncer ; on la traita de folle, mais comme elle persistait dans ses dires, on dit : “C’est son ange.” Pierre continuant de frapper, on ouvrit enfin et tous furent dans l’étonnement en voyant que c’était bien Pierre en chair et en os. »
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SECTION XII : État des fidèles après la résurrection.
Par trois fois on trouve noté dans les Évangiles qu’après la résurrection les fidèles seront semblables aux anges :
Les ressuscités seront comme les anges du ciel (Matth. 22, 30).
Les ressuscités sont comme des anges dans les cieux (Marc 12, 25).
Ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au siècle à venir et à la résurrection... ne peuvent plus mourir parce qu’ils sont semblables aux anges (Luc 20, 36).
Les méchants ne croient pas à l’existence des anges, ainsi qu’il ressort des Actes (23, 8), où l’on lit : « En effet, les sadducéens disent qu’il n’y a pas de résurrection, et qu’il n’existe ni ange ni esprit, tandis que les pharisiens professent cette croyance. »
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SECTION XIII : Satan et les Anges rebelles.
Nous avons déjà noté que les anges, en vertu de leur libre arbitre, pouvaient commettre des fautes ; la plus grande fut celle de Lucifer, l’ange de lumière, qui, victime de son immense orgueil, crut pouvoir s’égaler à Dieu. Il entraîna dans sa chute les anges qui écoutèrent ses fallacieux propos.
Dans Matthieu (25, 41), nous lisons : « Au jugement dernier, le Fils de l’homme dira : “Retirez-vous de moi maudits, allez dans le feu éternel, préparé pour le Diable et pour ses anges.”«
Les bons anges sont en opposition constante et en luttes continuelles contre les mauvais : « L’archange Michel et ses anges combattent et vainquent le dragon (le Diable) et ses cohortes... Le Diable est rempli de fureur » (Apo. 12, 7-12).
L’orgueil est le péché majeur ; il est la porte par laquelle se glissent en l’homme toutes les autres fautes ; saint Paul en était parfaitement conscient lorsqu’il disait : « De peur que je ne fusse enflé d’orgueil par l’extraordinaire grandeur de ces révélations, il m’a été imposé une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter et m’empêcher de m’enorgueillir » (II Cor. 12, 7-8).
Satan et ses cohortes d’anges rebelles combattent contre les saints anges, combat toujours renouvelé, mais sans victoire finale possible pour le Malin. Dans le livre de Daniel (10, 13), il nous est révélé que Michaël, le vaillant archange, chef de l’armée céleste, combattit pendant vingt et un jours l’ange rebelle, protecteur de la Perse.
Même leçon dans Jude (9) : L’archange Michel conteste avec le Diable.
Dans l’Apocalypse (12, 7-9), nous apprenons que le champ d’action du Diable est la terre et son ambiance : « Le serpent antique, appelé le Diable et Satan, celui qui séduit le monde entier, fut précipité sur la terre et ses anges avec lui. »
Nous venons de voir que le sort final de Satan et de ses anges n’est pas enviable ; au dernier jour, le Christ les enverra au feu éternel et purificateur. Pierre le confirmera (II Pierre 2, 4) : « Dieu n’a pas épargné les anges qui avaient péché, il les a précipités dans l’abîme, où les ténèbres les tiennent prisonniers et où ils sont gardés pour le jugement. »
Nous trouvons encore la mention de ce terrible jugement du Seigneur contre les anges rebelles et leur chef dans l’Épître de Jude (5-6) : « Je veux vous rappeler, bien que vous soyez déjà instruits de tout cela, que le Seigneur... a réservé pour le jugement du grand jour, enchaînés éternellement dans les ténèbres, les anges qui n’ont pas gardé leur rang et qui ont abandonné leur propre demeure. »
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SECTION XIV : De la pratique de la Charité et de l’hospitalité.
Une seule citation suffira pour faire comprendre la nécessité, voire l’utilité de la pratique de la charité et de l’hospitalité. L’affirmation de saint Paul (Hébr. 13, 2) est nette et brève, mais grosse de conséquences : « N’oubliez pas l’hospitalité ; c’est en la pratiquant que quelques-uns ont reçu, chez eux, des anges sans le savoir. »

Fig. 6. Ange gardien protecteur et bénissant.
SECTION XV : Les Anges du Jugement.
Nous avons déjà mentionné l’existence de ces Anges du Jugement en section V, mais il faut s’en rapporter aux vingt-deux chapitres de l’Apocalypse pour se rendre compte du rôle important que certains membres de la cohorte des anges doivent jouer au moment du Jugement.
C’est à l’Archange saint Michel, qui a vaincu le malin, qu’est encore dévolue la tâche de peser les âmes.
« Je vois, dit l’auteur du livre, les sept Anges en faction devant Dieu auxquels on donne à chacun une trompette ; il y a encore l’Ange des parfums qui balance son encensoir d’or. » (Apo. 8, 2-3.)
Au chapitre X, il est question d’un autre Ange vigoureux qui descend du ciel. Au plus fort de la tribulation dernière, ce sont trois Anges qui prédisent la victoire. (Apo. 14, 6-9.)
En réponse à l’iniquité des peuples, il est ordonné aux sept Anges de verser sur la terre leurs coupes pleines de l’indignation divine (Apo. 16).
Arrivé au terme de notre étude qui avait pour but de présenter une vue synthétique de la nature et de la mission des anges, d’après les enseignements de la Bible, nous pensons que le lecteur attentif y aura gagné une compréhension plus claire de ces entités lumineuses et secourables de l’Au-Delà, constituées par les cohortes des saints anges.
Il va de soi que ce tableau n’aura de valeur que pour ceux qui regardent les Saintes Écritures comme étant la réelle et véritable expression de la volonté de Dieu. Quant à ceux qui pensent faire œuvre utile, en analysant et disséquant par le menu les textes de la Bible, et qui estiment pouvoir les éclairer avec les pauvres lumières de l’intelligence humaine, ils seront portés tout naturellement à critiquer notre tableau des anges de même que celui de leurs missions, comme étant entaché d’erreur parce que s’appuyant sur des textes dont la valeur est discutable. En partant de points de vue si différents, il est bien difficile de trouver un terrain d’entente.
À ce sujet, nous croyons utile de citer encore un enseignement de Maître Philippe, enseignement de nature à faire réfléchir les sceptiques endurcis : « Nous allons, tous ceux qui ont foi aux paroles de l’Évangile, en troupeau vers la lumière, mais malheur à celui qui ne voudra ni voir ni entendre, qui rejettera les paroles du Christ ; celui-là mourra, c’est-à-dire restera en arrière, à des milliers de siècles, dans les ténèbres, et sera forcé d’attendre de nouvelles générations. »

CHAPITRE II
Les Anges tels qu’ils sont définis par les Dictionnaires
UNE incursion à travers les Dictionnaires de différentes époques nous donnera des vues intéressantes sur la façon de définir la nature des anges et sur la compréhension de leur mission à l’époque de la parution du Dictionnaire. Nous commencerons par reproduire les détails circonstanciés que nous trouvons dans le Grand Dictionnaire historique de L. Moreri, prêtre et Docteur en théologie. Cet important ouvrage en six volumes in-folio, paru à Bâle en 1731, reflète bien les notions d’angéologie de cette époque, notions héritées du Moyen Âge et de la Renaissance. Étudions donc l’enseignement donné par ce savant Docteur sur les anges :
ANGE, nom commun à tous les esprits célestes. On l’attribue particulièrement à ceux du dernier Ordre de la troisième Hiérarchie. Ce mot vient du grec Aggelos qui signifie messager ou envoyé. On fait encore une autre différence des Anges aux Archanges, en ce que les Anges sont envoyés pour les choses ordinaires, et les Archanges pour les choses plus importantes. On sait qu’en général les Anges sont divisés en trois Hiérarchies et chaque Hiérarchie en trois Ordres. La première Hiérarchie est des Séraphins, des Chérubins et des Thrônes. La seconde des Dominations, des Vertus et des Puissances. Et la troisième ou dernière, des Principautés, des Archanges et des Anges.
Les Séraphins sont des esprits brûlant d’un amour plus ardent que les autres.
Les Chérubins sont plus éclairés que les autres, à qui ils communiquent leur lumière et leur science.
Les Thrônes sont des esprits qui servent comme de thrône à la majesté de Dieu.
Les Vertus excellent en force, pour opérer des choses miraculeuses.
Les Puissances arrêtent le pouvoir et la malice des démons.
Les Dominations ont emprise sur les hommes.
Les Principautés ont pouvoir sur les Royaumes pour les garder et les défendre.
Nous avons marqué la différence des Anges et des Archanges.
Les philosophes païens, et surtout les Platoniciens, ont enseigné qu’il y avait des êtres spirituels au-dessous de la souveraineté divine, qui avaient part au gouvernement du monde. Ils ont admis de bons et de mauvais génies : c’est ce que l’on appelle Anges et Démons. Les Samaritains même et les Caraïtes ne disconviennent pas qu’il y en ait. Les Mahométans les admettent. Jésus-Christ et les Apôtres ont rendu témoignage à l’existence des Anges et des Démons. Toute l’antiquité chrétienne a cru qu’il y en avait. Mais la plupart des anciens Pères ont supposé qu’ils avaient des corps, quoique subtils. Les Théologiens ont tenu, suivant la définition du Concile de Latran, qu’ils étaient des êtres purement spirituels, que Dieu avait créés avant de créer le monde corporel ou en même temps. Ils ont agité plusieurs questions sur le nombre, l’ordre, la nature et les facultés ; questions qui n’ont aucune solidité, et qui ne peuvent la plupart être décidées ni par l’Écriture, ni par la tradition. L’Auteur des livres de la Hiérarchie céleste, qui a écrit à la fin du Ve siècle et qui n’est point saint Denys l’Aréopagite, est le premier qui ait distingué les Anges en trois Hiérarchies, et en neuf Ordres. Les Juifs distinguent aussi différents ordres des Anges, et mettent à la tête des Anges un premier Ange qu’ils appellent Metraton, qui est le saint Michel des Chrétiens. Ils reconnaissent des Anges tutélaires des nations, et leur attribuent le gouvernement des astres ; ils ont honoré les Anges ; ils ont même poussé ce culte trop loin : les Juifs modernes les honorent encore, et leur adressent leurs prières...
Les Chrétiens croient que les Anges sont, comme dit saint Paul, les Ministres de Dieu, qu’il envoyait pour avoir soin des choses d’ici-bas, et que non seulement les Royaumes et les Provinces, mais même tous les Chrétiens en particulier ont des Anges gardiens. Ce sentiment n’est pas universel. Ils enseignent que tous les Anges ayant été créés saints et parfaits, plusieurs sont déchus de cet état par orgueil, et qu’ils ont été précipités dans l’enfer, et condamnés à des peines éternelles, pendant que les autres ont été confirmés en grâce, et qu’ils sont bienheureux pour toujours... À l’égard des bons Anges, on est persuadé qu’ils ne travaillent qu’au bien et au salut des hommes, à moins que Dieu ne leur commande de punir les méchants... Les Catholiques Romains n’honorent que trois Anges : Michel, Raphaël et Gabriel, dont il est fait mention dans les Écritures Saintes. Pour Uriel son culte est équivoque.
Dans le Dictionnaire encyclopédique théologique de Migne, nous trouvons, dû à la plume de l’Abbé Bertrand, un article détaillé sur la nature et le comportement des anges. Nous avons là un tableau des croyances des religieux vers 1848, date de la parution de cette étude.
ANGES : Messagers, parce que Dieu s’est servi plusieurs fois d’eux pour communiquer avec les hommes et faire connaître à ceux-ci ses volontés.
Il y a neuf Ordres ou Chœurs disposés en trois Hiérarchies. En voici le tableau :
Séraphins – Chérubins – Trônes
Dominations – Vertus – Puissances
Principautés – Archanges – Anges
D’après saint Denys, telles sont leurs qualités et attributions :
Les Séraphins excellent par leur amour.
Les Chérubins excellent par leur silence.
Sur les Trônes règne la majesté divine.
Les Dominations ont autorité sur les hommes.
Les Vertus renferment la force des miracles.
Les Puissances s’opposent aux démons.
Les Principautés veillent sur les empires.
Les Archanges et les Anges sont les messagers de Dieu.
Les missions les plus importantes sont réservées aux Archanges. Michel est considéré comme le prince de la milice céleste, le plus redoutable adversaire des démons. Gabriel annonce ce qui a rapport à l’incarnation. Raphaël signifie guérison de Dieu.
Les Anges prennent forme pour apparaître aux hommes.
Apparitions en corps : Abraham lava les pieds des trois Anges sous le chêne de Mambré.
Jacob lutta corps à corps avec un ange qui le blessa pour démontrer que la lutte avait été réelle.
Raphaël but et mangea pendant trois mois avec Tobie.
Manifestations en apparence d’un corps qu’on ne peut ni saisir ni toucher.
Manifestations sans corps, par le son ou la parole ; tel fut le cas de Moïse qui entendit l’Ange du Seigneur lui parler au nom de Dieu dans le buisson ardent.
D’autres fois les Anges parlent à l’occasion de visions extatiques ou dans un songe pendant la nuit. Jamais ils ne sont apparus avec des ailes, mais si on les gratifie d’ailes dans leurs représentations picturales, c’est là un symbole pour marquer la promptitude avec laquelle ils exécutent la volonté de Dieu.
Pour ce qui est de l’Ange gardien, tout chrétien en a un ; Origène dit que cet ange est donné au moment du baptême, tandis que saint Grégoire affirme que tout homme venant au monde a son Ange gardien.
L’Église célèbre le 29 septembre la fête de saint Michel et de tous les Anges et le 2 octobre celle des Anges gardiens.
Les Chrétiens orientaux ont une autre classification des Anges :
Anges – Archanges – Dominations
Magistrats – Trônes – Principautés
Puissances – Chérubins – Séraphins
Les Juifs enseignent que quatre anges environnent sans cesse le trône de la Majesté Divine : Michel se tient à droite, Uriel à gauche, Gabriel et Raphaël derrière. Les Juifs également reconnaissent dix classes d’Anges :
Khayoth = animaux
Ophanim = roues
Erélim = puissants
Élohim = les dieux
Béné-Élohim = fils de Dieu
Chérubim
Khaschmalim = ardents
Séraphim
Melachim = anges
Ischim = hommes
Les Musulmans professent les mêmes croyances quant aux anges que les Chrétiens. Voici ce que dit à ce sujet le catéchisme musulman : À l’égard de ce que nous devons croire aux anges, notre foi sera complète si nous croyons de cœur et si nous confessons de bouche que le Dieu Très-Haut a des serviteurs ou ministres auxquels on donne le nom d’anges, qui sont parfaitement nets de tout péché, qui assistent continuellement devant Dieu, qui exécutent ponctuellement Ses Ordres et ne lui sont jamais désobéissants. Les anges sont des corps subtils et purs, formés de lumière... Or il est nécessaire de croire à ces anges... et c’est aussi une des conditions absolues de la foi de les aimer. Celui qui ne croit pas en eux et ne les aime pas, qu’il soit tenu pour infidèle ! On doit saluer les anges après la prière en se tournant de droite à gauche, et en disant : Que la paix soit sur vous ! ou : Que la paix et la miséricorde de Dieu soit sur vous ! Les Archanges sont au nombre de six : Gabriel, Michel, Azraïl, Israfil, Mounkir, Nékir.
Si nous consultons dans la vaste encyclopédie théologique de Migne l’ouvrage consacré à la Liturgie catholique, nous y trouvons un utile complément d’instruction sur les anges : La vénération pour les Anges remonte aux premiers siècles de l’Église. Nous lisons dans les écrits des saints Pères que ces Esprits bienheureux sont nos intercesseurs et nos avocats auprès de Dieu... Il n’y a rien d’inconséquent à prier les Anges, à instituer des Fêtes en leur honneur. Il est vrai que dans les quatre premiers siècles de l’Église, nous ne trouvons aucune solennité établie pour leur rendre un culte de dulie. Ce culte a été réglé par suite de diverses apparitions de l’Archange saint Michel :
La première apparition de saint Michel eut lieu à Colosses, en Phrygie. Un temple fut élevé et un culte établi par l’empereur Constantin à Constantinople en souvenir de cette apparition.
La deuxième apparition eut lieu sur le mont Gargan, en Italie.
La troisième apparition, en 709, sur le Mont Saint-Michel, eut pour témoin Antebert, évêque d’Avranches.
Au sujet des Anges, saint Grégoire, pape, s’exprime ainsi : « Nous savons par les Saintes Écritures qu’il y a neuf Ordres d’Anges, savoir : les Anges, les Archanges, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Dominations, les Thrônes, les Chérubins et les Séraphins.
Presque toutes les pages sacrées attestent qu’il y a des Anges et des Archanges. Les livres des Prophètes parlent souvent, comme on sait, des Chérubins et des Séraphins. Saint Paul aux Éphésiens énumère quatre sortes de hiérarchies angéliques, lorsqu’il dit : « Au-dessus de toute Principauté, de toute Puissance, de toute Vertu et de toute Domination. » Le même écrivant aux Colossiens dit : « Soient les Trônes, soient les Dominations, soient les Principautés, soient les Puissances. » Ainsi lorsqu’à ces quatre Ordres on joint les Vertus, on en trouve cinq, et enfin lorsqu’aux Anges et Archanges on unit Chérubins et Séraphins, on trouve nécessairement neuf Ordres ou Chœurs.
Le terme Ange exprime moins la nature que la fonction pour laquelle ces Esprits furent créés ; aux Archanges sont réservés les messages les plus importants, et cela selon leur nature :
Michel = celui qui est semblable à Dieu
Gabriel = celui qui a la force de Dieu
Raphaël = le remède de Dieu
Dans un autre volume de l’Encyclopédie de Migne, traitant des Rites sacrés, nous trouvons le texte d’un Hymne et d’une Prière en l’honneur des saints Anges ; il est intéressant de les reproduire ici :
Ô Jésus, qui êtes la gloire et la vertu du Père éternel, ainsi que la vie de nos cœurs, nous vous louons avec les anges attentifs à recueillir les oracles qui sortent de votre bouche.
Des millions d’anges se pressent autour de vous, en nombreux bataillons ; à leur tête s’avance Michel, déployant l’étendard de la croix.
Michel refoule jusqu’au fond de l’abîme la tête du dragon infernal, et foudroie avec ses complices le chef des anges rebelles.
Rangeons-nous sous la bannière du chef de la milice céleste, et combattons avec lui le prince de l’orgueil, afin de recevoir la couronne de gloire au trône de l’Agneau.
Gloire soit à jamais, comme elle a toujours été, au Père, au Fils et à vous, ô Esprit-Saint ! Amen.
Ant.
Souvenez-vous de nous, glorieux archange saint Michel ; priez le Fils de Dieu pour nous, partout et toujours !
Rp.
Je chanterai des hymnes en la présence des anges, ô mon Dieu !
Prière
Angele Dei, qui custos es mei, me tibi commissum pietate superna, illumina, custodi, rege et guberna. Amen.
Ange de Dieu, qui êtes mon gardien et aux soins duquel j’ai été confié par la bonté divine, éclairez-moi, gardez-moi, conduisez-moi, gouvernez-moi. Ainsi soit-il.
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Si après avoir lu ces notes détaillées nous ouvrons le grand Dictionnaire encyclopédique de Trousset, en six volumes, parus vers 1890-1900, nous voyons que les rédacteurs de cet énorme ouvrage, reflétant la pensée rationaliste de cette époque, n’ont pas cru utile de consacrer à la question des anges plus de quelques lignes très sommaires :
ANGE. s. m. (gr. aggelos, messager ; lat. angélus). Créature purement spirituelle intermédiaire entre Dieu et l’homme et qu’on représente sous la figure humaine avec des ailes.
Que voilà bien le reflet d’une époque grisée par ses découvertes scientifiques et peu soucieuse des questions spirituelles, se désintéressant des problèmes de l’Au-Delà et des êtres qui l’habitent !
Si, par contre, nous ouvrons le Nouveau Larousse Illustré, nous trouverons à l’article Ange une étude détaillée que nous reproduisons ci-après : on y retrouvera des notions déjà énoncées ; ce sera une utile répétition et une confirmation de leur acceptation par bon nombre de croyants.
ANGE. La croyance aux anges, c’est-à-dire à des êtres supérieurs à la nature humaine, est une de celles sur lesquelles la tradition générale de l’humanité montre le plus d’accord. Elle tient une grande place, non seulement dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, mais dans les théories religieuses de l’Inde, de l’Égypte et de la Perse. On explique cette unanimité de deux manières : ou bien l’existence des anges faisait partie de cette révélation primitive que, d’après l’enseignement biblique, Dieu donna au premier homme et dont les peuples emportèrent les notions en se dispersant ; ou bien c’est une doctrine qui s’est imposée d’elle-même à l’esprit humain. Il y a parmi les êtres que nous voyons une gradation continue ; l’analogie veut qu’elle existe aussi bien parmi ceux et au moyen de ceux que nous ne voyons pas. La création est une échelle, dont les anges forment l’échelon suprême : purs esprits, comme il y a des êtres qui sont pure matière, et d’autres, les hommes, qui sont à la fois matière et esprit, corps et âme.
Les anges sont donc des substances incorporelles, intelligentes, supérieures à l’âme de l’homme. Suivant une classification habituelle qui remonte aux premiers siècles de l’ère chrétienne, on les partage en trois hiérarchies, distribuées chacune en trois chœurs. La première hiérarchie comprend les Séraphins, les Chérubins, et les Trônes ; la deuxième, les Dominations, les Vertus et les Puissances ; la troisième, les Principautés, les Archanges et les Anges. Ce dernier nom est employé aussi, on l’a vu, pour désigner tous ces esprits en général. Comme certains philosophes, Clément d’Alexandrie, Tertullien, Origène et quelques autres Pères, croyaient les anges revêtus de corps très subtils. Cette opinion, combattue par saint Basile, saint Athanase, saint Jean-Chrysostome, etc., est tombée d’elle-même, sans que l’Église ait eu besoin de la condamner.
L’Église enseigne que les anges n’existent point de toute éternité : ils ont été créés dans un état de bonheur et de grâce, mais avec la liberté de choisir entre le bien et le mal. C’est un article de foi qu’un certain nombre péchèrent et furent condamnés à un supplice qui n’aura pas de fin. L’opinion commune voit dans l’orgueil la cause de cette déchéance. Il y a aussi les anges qui ont persévéré, ou les bons anges et les anges déchus ou mauvais anges, qu’on appelle aussi « diables » ou « démons ». Il est de foi qu’il existe des rapports mystérieux entre le monde angélique et le monde humain ; les bons anges aident les hommes dans la voie du bien, tandis que les mauvais les poussent dans celle du mal. C’est même pour les Chrétiens une doctrine certaine, quoique non définie, qu’un ange est préposé par Dieu à la garde de chaque homme. On l’appelle ange gardien. Cette croyance est fondée sur l’enseignement des Pères et de divers passages de l’Écriture... Tout en réservant l’adoration à Dieu seul, l’Église catholique rend aux anges des honneurs religieux (culte de dulie, hommage rendu aux anges et aux saints, par opposition au culte de latrie, rendu à Dieu). Les protestants refusent aux anges ces honneurs.
On représente les anges avec des ailes et un vêtement blanc, pour exprimer leur essence immatérielle et la pureté de leur nature. En Orient, la couleur bleue, couleur céleste, a prévalu sur le blanc comme symbole de pureté.
On peut en juger maintenant, cette consultation de quelques Dictionnaires est déjà riche en enseignements sur la question du mystère et du ministère des anges dans le monde et plus spécialement dans la Chrétienté.


CHAPITRE III
Les Apocryphes et l’Angéologie
IL est intéressant de considérer comment la question des anges et leur mission est envisagée dans les différents Apocryphes qui nous sont parvenus ; bien qu’ils ne soient pas regardés comme textes reconnus officiellement, il vaut la peine de les consulter, car on voit que l’apparition et l’intervention des anges sont constantes dans ces textes. Pour notre étude, nous suivrons la version et l’ordre de succession établis par Migne dans ses deux volumes traitant des Apocryphes.
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1. Dans le Livre d’Énoch, nous relevons de nombreux passages où il est question des anges et de leur ministère.
Début du premier chapitre d’Énoch :
Voici les paroles d’Énoch par lesquelles il bénit les élus et les justes qui vivront au temps de l’affliction, quand seront réprouvés tous les méchants et les impies. Énoch, homme juste qui marchait devant le Seigneur, quand ses yeux furent ouverts, et qu’il eut contemplé une sainte vision dans les cieux, parla, et il prononça : Voici ce que me montrèrent les anges.
Ces anges me révélèrent toutes choses et me donnèrent l’intelligence de ce que j’avais vu. (Migne I/425, Énoch 1, 1-2.)
Après cela j’aperçus des milliers de milliers, des myriades de myriades, et un nombre infini d’hommes, qui se tenaient devant le Seigneur des esprits. Sous les quatre ailes du Seigneur des esprits, à ses quatre côtés, j’en vis encore d’autres, outre les premiers, qui se tenaient devant lui. J’appris en même temps leurs noms, parce que les anges qui étaient avec moi me les expliquaient, m’en révélant tous les mystères.
Alors j’entendis la voix de ceux qui étaient aux quatre côtés ; ils célébraient le Seigneur de toute gloire.
La première voix célébrait le Seigneur des esprits dans tous les siècles.
La seconde voix que j’entendis célébrait l’élu et les élus qui sont tourmentés pour le Seigneur des esprits.
La troisième voix que j’entendis suppliait et priait pour ceux qui sont sur la terre et qui invoquent le Seigneur des esprits.
La quatrième voix que j’entendis repoussait les anges impies, et leur défendait de se présenter devant le Seigneur des esprits afin qu’ils ne suscitent point d’accusation contre les habitants de la terre.
Après cela, je demandai à l’ange de paix qui était avec moi, de m’expliquer tous ces mystères. Je lui dis : Quels sont ceux que j’ai vus aux quatre côtés du Seigneur, et dont j’ai entendu et écrit les paroles ? Il me répondit : « C’est d’abord saint Michel, l’ange clément et patient. C’est ensuite saint Raphaël, l’ange qui préside aux douleurs et aux blessures des hommes. Vient ensuite Gabriel, qui préside à tout ce qui est puissant. Enfin, c’est Phanuel, qui préside à la pénitence et à l’espérance de ceux qui doivent hériter de la vie éternelle. Tels sont les quatre anges du Dieu très-haut. Ce sont leurs quatre voix que tu viens d’entendre. » (Migne I/450, En. 40, 1-9.)
Puis Énoch de préciser et de parfaire le tableau de sa vision :
Là je vis l’Ancien des jours, dont la tête était comme de la laine blanche, et avec lui un autre, qui avait la figure d’un homme. Cette figure était pleine de grâce, comme celle d’un des saints anges. Alors j’interrogeai un des anges qui étaient avec moi et qui m’expliquaient tous les mystères qui se rapportaient au Fils de l’homme. Je lui demandai qui il était, d’où il venait, et pourquoi il accompagnait l’Ancien des jours. Il me répondit en ces mots : « Ceci est le Fils de l’homme à qui toute justice se rapporte ». (Migne I/452, Énoch 46, 1-2.)
Je fus enlevé par un tourbillon... Et là mes yeux aperçurent les secrets du ciel et ceux de la terre, et j’interrogeai l’ange qui était avec moi. Et l’ange me répondit : « Toutes ces choses que tu as vues regardent l’empire du Messie. » (M. I/456, En. 51, 1-4.)
Je vis que le ciel des cieux fut ébranlé, et que les puissances très élevées, que des milliers de milliers et des myriades de myriades d’anges étaient dans une très grande agitation... Et je vis l’Ancien des jours assis sur son trône de gloire, entouré des anges et des saints... Je tombai prosterné, la face contre terre. Alors l’ange saint Michel, autre saint ange, fut envoyé pour me relever. (M. I/460, En. 58, 1.)
Alors l’autre ange qui était avec moi me parla. Et me révéla les premiers et les derniers secrets sur le ciel et sur la terre. (M. I/461, En. 59, 1-2.)
Dans ces jours, je vis des anges qui tenaient de longues cordes et qui, portés sur leurs ailes légères, volaient vers le septentrion. Et je demandai à l’ange pourquoi ils avaient en mains ces longues cordes ?... Il me répondit : « Ils sont allés mesurer. » L’ange qui était avec moi me dit encore : « Ce sont les mesures des justes (qui s’appuieront sur elles et sur le nom du Seigneur). » (M. I/463, En. 60, 1-3.)
Chapitre consacré à la punition des anges rebelles. Saint Michel dit à saint Raphaël : « Mon esprit se soulève et s’irrite contre la sévérité du jugement contre les anges (rebelles) »... Et saint Michel dit encore : « Je ne les défendrai point en présence du Seigneur, car ils ont offensé le Seigneur des esprits, en se conduisant comme des dieux, aussi la justice suprême s’exercera sur eux pendant toute l’éternité. Ni l’ange innocent ni l’homme n’en sentiront les effets, mais ceux-là seuls qui sont coupables. » (M. I/469, En. 67, 1-5.)
Après cela, mon esprit se cacha et s’envola dans les cieux... Alors je me prosternai devant le Seigneur des esprits. Et Michel, un des archanges, me prit par la main, me releva, et me conduisit dans le sanctuaire mystérieux de la clémence et de la justice. (M. I/472, En. 70, 1-4.)
Voici maintenant les chefs des princes qui président à toute la création, à toutes les étoiles.
L’année est composée de 364 positions plus quatre jours intercalaires.
Les saisons, les années et les jours tels qu’Uriel me les fit connaître. Uriel est l’ange que le Seigneur de gloire a préposé à toutes les étoiles. ... Ainsi Uriel me fit voir douze portes qui s’ouvrent pour le char du soleil. (M. I/478, En. 74, 1-10.)
Quant à vous, ô justes, je vous jure que dans le ciel les anges rappellent devant le trône du Tout-Puissant votre justice, et vos noms sont écrits devant le Très-Haut. (M, I/509, En. 104, 1.)
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2. Voyons maintenant la façon dont sont présentés les anges de la nativité dans le Protévangile de Jacques, le Mineur (Migne 1/1014-1021). Résumons les chapitres II à XXII :
Anne, assise sous le laurier, se lamente, déplorant sa stérilité, alors qu’elle contemplait un nid de moineaux gratifiés d’une nombreuse progéniture. Et voici qu’un ange du Seigneur vola vers elle et lui dit : « Anne, Dieu a entendu ta prière ; tu concevras et tu enfanteras. » Alors qu’elle réfléchissait à ce qui lui avait été annoncé par l’ange, voici que deux anges vinrent lui disant : « Voici, Joachim, ton mari, arrive avec ses troupeaux. » En effet, l’ange du Seigneur était descendu vers lui disant : « Joachim, Joachim ! Dieu a entendu ta prière, ta femme Anne concevra. »
La salutation angélique à Marie :
À la jeune et pure Marie avait échu de filer la pourpre pour le voile ou le tapis du temple du Seigneur. Elle va pour puiser de l’eau et elle entend une voix : « Je te salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi »... Et voici que l’ange du Seigneur parut en sa présence... Joseph, revenant après quelques mois d’absence, constatant la grossesse de Marie, lui reproche sa faute : « Pourquoi as-tu oublié le Seigneur ton Dieu ? Toi qui recevais dans le temple ta nourriture de la main des anges. » Et Joseph se demande ce qu’il va faire de Marie ; mais voici que l’ange du Seigneur lui apparut pendant son sommeil et lui dit : « Ne crains pas de garder cette femme... »
Lors du voyage à Bethléem, Joseph voyait Marie sur son ânesse, tantôt triste tantôt souriante ; elle lui explique qu’elle voit deux peuples, l’un heureux en suivant la voie du Seigneur qui allait naître, l’autre puni pour ne pas avoir voulu le reconnaître.
L’épisode de la punition de Salomé la sage-femme qui ne croit pas à la virginité de la Vierge Marie est relatée comme suit : la main de l’incrédule qui a touché le sexe de Marie lui brûle, les douleurs sont insupportables ; elle demande pardon à Dieu ; alors l’ange du Seigneur lui apparut et lui dit de prendre l’enfant sur son sein pour être guérie...
Les mages sont venus adorer l’Enfant, un ange leur apparaît et les avertit de ne pas retourner vers le roi Hérode...
Enfin lors de la fuite en Égypte, l’ange du Seigneur était avec Joseph, Marie et l’Enfant et il les gardait.
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3. Dans l’Histoire de Joseph le charpentier (Migne I/1030-1038, chapitres XXII et XXIII), nous trouvons ce récit de la mort du saint vieillard Joseph raconté comme suit : Prière de Jésus pour Joseph mourant : « Ô Père de toute clémence, œil qui vois et oreille qui entends ! Écoute mes supplications et mes prières pour le vieillard Joseph, et daigne envoyer Michel, le prince de tes anges, et Gabriel le héraut de la lumière, et toute la lumière de tes anges, et que tout leur cortège chemine avec l’âme de mon père Joseph. »
Michel et Gabriel vinrent donc vers l’âme de mon père Joseph. Et l’ayant prise, ils l’enveloppèrent dans un linceul éclatant.
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4. L’Évangile de Nicodème (Migne I/1102) nous donne au chapitre XIII (M. I/1115) un récit de la résurrection du Sauveur : Un des soldats qui avait été mis pour garder le sépulcre entra dans la synagogue et dit : « Tandis que nous veillions sur le tombeau de Jésus, la terre a tremblé, et nous avons vu l’ange de Dieu qui a ôté la pierre du sépulcre et qui s’est assis sur elle. Et son visage brillait comme la foudre ; ses vêtements étaient blancs comme la neige. Et nous sommes restés comme morts de frayeur. Et nous avons entendu l’ange qui disait aux femmes venues au sépulcre de Jésus : “Ne craignez point, je sais que vous cherchez Jésus le crucifié ; il est ressuscité, ainsi qu’il l’avait prédit. Venez et voyez l’endroit où il avait été placé.” »
Au chapitre XXVI il est parlé du Seigneur remontant des enfers, « tenant Adam par la main, le remettant à Michel archange, et tous les saints suivaient Michel. Il les introduisit dans la grâce glorieuse du paradis ».
Au chapitre suivant est relaté l’épisode du bon larron sur la croix : Jésus lui avait dit : « Tu seras avec moi aujourd’hui dans le paradis. » Et il lui donna le signe de la croix disant : « Entre dans le paradis en portant cela, et si l’ange gardien du paradis ne veut pas te laisser entrer, montre-lui le signe de la croix et dis-lui : “C’est Jésus-Christ, le Fils de Dieu, qui est maintenant crucifié qui m’a envoyé.” Alors l’ange du paradis, ayant entendu cela, ouvrit la porte. (M. I/1133.) Au chapitre suivant, il est encore fait mention de Michel, archange qui envoie les frères à Jérusalem, puis au-delà du Jourdain où ils attendront que Michel, archange, vienne leur permettre de la part du Sauveur ressuscité de révéler les mystères divins.
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5. Voici maintenant un épisode de l’Histoire de saint André, d’après l’Histoire apostolique d’Abdias (Migne II/57) ; au chapitre XXI, on nous apprend que le gouverneur Quirinus avait décidé de livrer André aux bêtes lâchées dans le cirque. Successivement un sanglier sauvage, un taureau redoutable tournent autour du saint et ne lui font aucun mal. Tandis que cela se passait, on vit un ange descendre du ciel et venir fortifier l’apôtre dans le cirque. Un léopard des plus féroces fut lâché ; il ne toucha pas à l’apôtre, mais bondit sur le fils de Quirinus et le tua. Saint André, rendant le bien pour le mal, ressuscita l’enfant.
Autre épisode : Une femme chrétienne du nom de Trophime, qui voulait garder sa virginité, fut jetée dans une maison de prostitution à la suite des manœuvres malicieuses de la femme du gouverneur Lesbius. Mais Trophime gardait sa Bible sur son sein et, ainsi protégée, elle échappait aux sollicitations des hommes ; cependant un jeune débauché arrache le vêtement de Trophime ; la Bible tomba et aussitôt un ange du Seigneur apparut. L’homme tomba aux pieds de la femme et mourut. (M. II/79.)
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6. Autre épisode curieux que l’on trouve dans Jacques le Majeur (Migne II/267) ; au chapitre III nous lisons : Les esprits malins vinrent à l’endroit où Jacques priait, et ils poussèrent dans l’air de grands hurlements, et ils dirent : « Jacques, apôtre de Dieu, aie pitié de nous, car avant que le temps des flammes ne vienne, nous serons brûlés. » Et Jacques leur dit : « Pourquoi venez-vous vers moi ? » Et les esprits dirent : « Hermogène nous a envoyés afin que nous t’amenions à lui ainsi que Philippe, mais aussitôt que nous sommes entrés ici, un ange de Dieu nous a liés avec des chaînes de feu, et nous souffrons des douleurs extrêmes. » Jacques leur répondit : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, que l’ange de Dieu vous délivre ! »
Au chapitre VI, il est mentionné que le Seigneur est élevé au-dessus des Chérubins.
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7. Dans l’Histoire de saint Jean l’Évangéliste (Migne II/336), au chapitre VIII, est rapportée la mort de la belle Drusiane, poursuivie par les assiduités de Callimaque ; la vierge avait repoussé ses avances, car elle voulait se garder pure pour le service du Seigneur. Callimaque pense pouvoir assouvir sa passion sur la morte. Il pénètre dans le tombeau et dénude la vierge, mais il est foudroyé. Saint Jean et Andronicus se rendent au tombeau et ils voient un beau jeune homme étendu près du sépulcre. Jean dit au jeune homme : « Pourquoi es-tu ici ? » Et une voix dit : « Je suis venu à cause de Drusiane que tu dois ressusciter »... Et quand le jeune homme eut parlé, il remonta au ciel en présence de Jean.
Callimaque trouvé mort dans le tombeau est d’abord rendu à la vie par Jean et questionné, il raconte qu’il a vu un beau jeune homme qui couvrait de ses vêtements le cadavre de Drusiane, et il jaillissait du visage de cet homme des étincelles de feu qui illuminaient tout le sépulcre ; une d’elles me frappa à mort. J’ignore qui était ce jeune homme, mais je suis sûr que c’était un ange de Dieu...
Dans la même Histoire est encore relatée la mort du jeune Stacteus qui avait seulement pensé à jouir de la vie, ignorant son Créateur, restant étranger à son véritable ami (le Seigneur et ses anges) ; ses compagnons de jeux et de débauches étaient les jeunes Atticus et Eugène. On conduisait le mort à sa dernière demeure. Le convoi rencontra l’apôtre Jean ; la mère du défunt se jeta aux pieds de l’apôtre et le supplia de ressusciter son fils comme il l’avait fait pour Drusiane. Jean se prosterna et se mit en prières. Alors, réalisant que le défunt avait péché plus par ignorance que par vice invétéré, il obtint du Seigneur la permission de rendre la vie à Stacteus et il lui dit : « Tu annonceras à Atticus et à Eugène, ici présents, quelle gloire ils ont perdue et quelle peine ils ont encourue. » Alors Stacteus, se levant, adora l’apôtre et commença à reprendre ses disciples, disant : « J’ai vu des anges qui pleuraient et les anges de Satan qui se félicitaient de votre chute. » (M. II/346.)
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8. Un curieux document donné par Migne (II/403) est le Testament du vertueux, glorieux et bienheureux Job, soit le Livre de Job nommé Joab ; sa vie et la copie du testament qu’il fit le jour où, étant tombé malade, il sentit que son âme allait se séparer de son corps.
Tandis que je sommeillais, j’entendis une voix qui disait : « Joab ! Joab ! Lève-toi et je te ferai voir celui que tu désires connaître... » Ayant entendu ces paroles, je tombai à terre... Et la voix dit : « Tu peux purifier ce lieu, car voici que je vais te dévoiler tout ce que le Seigneur m’a ordonné de te dire, car je suis un archange de Dieu. » L’archange l’avertit en détail des terribles sévices qu’il endurera dans sa lutte contre Satan ; alors Job de dire : « Et moi, mes enfants, je lui répondis : “Je suis disposé à souffrir pour l’amour de Dieu tout ce qui peut m’arriver jusqu’à la mort et je ne reculerai pas.” » Alors l’ange, m’ayant confirmé (marqué de son sceau), me quitta. »
Job, ayant donné une ceinture (écharpe) à chacune de ses trois filles, leur dit : « Donc, mes enfants, aujourd’hui, avec ces ceintures, vous n’avez plus à redouter les attaques de l’ennemi, ni même les pensées de votre âme. Car c’est ici la protection et la garde du Seigneur. Levez-vous donc et revêtez-vous de ces ceintures avant que je meure, afin que vous puissiez voir les anges assister à ma sortie de ce monde et que vous admiriez les puissances de Dieu. »
Job était couché très affaibli, mais il ne ressentait aucune douleur grâce à la vertu de la ceinture dont il avait été revêtu. Et, après trois jours, Job vit les saints anges qui venaient chercher son âme. Alors il donna à ses filles des instruments de musique pour qu’elles glorifiassent les saints anges qui venaient chercher son âme. (M. II/417-418.)
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9. Migne, à propos de ce qu’il dénomme Légendes et fragments sur l’histoire de Joseph (II/422), fait les remarques suivantes : « Le Coran, chap. 12, raconte fort au long l’histoire de Joseph, en l’embellissant de circonstances fabuleuses dont voici un échantillon : Jacob étant devenu aveugle, Joseph lui envoya son manteau et le vieillard recouvra la vue. Ce manteau avait été apporté à Abraham par l’ange Gabriel... et puis était venu en possession de Joseph.
Les rabbins ne le cèdent point aux Musulmans en fait d’anecdotes controuvées ; en voici une : « Les astrologues de Pharaon, irrités de voir Joseph en faveur auprès du roi, disaient : “Il faut, pour gouverner l’État, qu’il sache soixante-dix langues.” L’ange Gabriel vint et les lui enseigna. » (Migne 11/422.)
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10. Le Livre de Tobie.
Enfin une dernière citation puisée dans le Dictionnaire des Apocryphes de Migne (II/1061), où nous trouvons le texte complet de Tobie que nous avons déjà analysé par ailleurs. Retenons la déclaration que l’on trouve à la fin du chapitre XII : Le jeune homme dit (à savoir le jeune homme qui avait accompagné le fils de Job durant tout son voyage et qui l’avait protégé de tout péril) : « Je suis Raphaël, un des sept anges qui se tiennent debout devant Dieu et qui sont les ministres de sa volonté. » La Sainte Bible de Maredsous qui a gardé le livre de Tobie dans son canon, traduit ce verset (12, 15) avec une légère variante : « Je suis l’ange Raphaël, un des sept qui nous tenons en présence du Seigneur. »
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11. Nous voulons maintenant nous arrêter un peu plus longuement à résumer un Apocryphe, traduit d’après les anciens textes araméens et slavons par Edmond Székely : L’Évangile de la Paix de Jésus-Christ par le disciple Jean. Comme nous allons le voir tout au long de notre analyse, les anges de diverses catégories sont cités et jouent un rôle important. Jésus dit :
« Heureux êtes-vous de vouloir échapper au pouvoir de Satan, car je vous conduirai dans le royaume des anges de Notre Mère, là où le pouvoir de Satan ne peut pénétrer. »
« Heureux serez-vous lorsque vous serez arrivés à connaître votre Mère la Terre, et lorsque vous recevrez ses anges, et lorsque vous vous conformerez à ses lois. »
« Personne ne peut servir deux maîtres. En effet, ou l’on sert Belzébuth et ses diables, ou l’on sert notre Mère, la Terre et ses anges. »
« Voici toutes les choses qui sont très éloignées du vrai Dieu et de ses anges : La gourmandise, la beuverie, une vie dissipée dans les excès ou dans la luxure, la recherche des richesses et surtout la haine contre vos ennemis. »
« Pour vous purifier, jeûnez dans la solitude, jeûnez jusqu’à ce que Belzébuth et tous ses maléfices vous aient quittés et que tous les anges de notre Mère, la Terre, soient venus pour vous servir... Durant le jeûne, évitez les fils des hommes et recherchez la compagnie des anges de votre Mère, la Terre. »
ANGE DE L’AIR. Recherchez l’air pur de la forêt ou celui des champs, car c’est là que vous trouverez l’ange de l’air.
Quittez vos habits afin que l’ange de l’air embrasse votre corps.
Respirez profondément afin que l’ange de l’air puisse pénétrer en vous.
Je vous le dis, en vérité, l’ange de l’air chassera de votre corps toutes les impuretés qui le souillent...
Personne ne peut se présenter devant la face de Dieu si l’ange de l’air ne le laisse pas passer. Saint est l’ange de l’air.
ANGE DE L’EAU. Après l’ange de l’air, recherchez l’ange de l’eau. Laissez l’ange de l’eau embrasser tout votre corps. En vérité, l’ange de l’eau chassera de votre organisme toutes les impuretés qui le souillent tant au dehors qu’au dedans. En vérité, saint est l’ange de l’eau, il purifie tout ce qui a été souillé.
Personne ne peut se présenter devant la face de Dieu si l’ange de l’eau ne le laisse passer...
ANGE DE LA LUMIÈRE. Souffrez que l’ange de la lumière solaire embrasse tout votre corps. Faites appel à l’ange de la lumière ; il chassera de votre corps toutes les matières impures.
Personne ne peut se présenter devant la face de Dieu, si l’ange de la lumière ne le laisse pas passer.
Les anges de l’air, de l’eau et du soleil sont frères ; ils ont été donnés aux fils de l’homme pour leur service, afin qu’ils puissent toujours faire appel à l’un ou à l’autre.
Tous les péchés, toutes les souillures quittent en hâte le corps de celui qui est adombré par ces trois anges.
Si vous croyez aux anges de la Mère, la Terre, et si vous respectez leurs lois, votre foi vous soutiendra et vous ne verrez jamais la maladie...
Aimez-vous les uns les autres, car Dieu est amour, et c’est ainsi que ses anges connaîtront que vous marchez dans ses sentiers. Et alors tous ses anges viendront à vous et vous serviront.
Alors les hommes rendront grâce à Dieu qui leur envoie ses anges pour leur salut.
Au moment du baptême, l’ange de l’eau entre dans le corps. Cette affirmation est à rapprocher d’un verset de l’Apocalypse (16, 5) : J’entendis l’ange des eaux qui disait...
Si, au lieu de commettre des péchés, vous passiez vos jours à faire les œuvres de Dieu, alors ce serait les anges de Dieu qui inscriraient toutes vos bonnes actions dans le livre de votre corps et de votre esprit...
Et lorsque vous paraîtrez devant la face de Dieu, ses anges se porteront témoins pour vous de vos bonnes actions.
ANGE DE LA TERRE. Ce ne sont pas seulement les anges de l’air, de l’eau ou du soleil qui peuvent adoucir vos peines, il faut recourir aussi à l’ange de la terre. La boue argileuse, imprégnée de chaleur solaire, fait disparaître toutes les impuretés et les maladies.
Par la pratique de purification par la prière, on appelle le Seigneur de notre corps et ses anges, et Satan est contraint de s’enfuir, car dès le moment où l’on a commencé à jeûner et à prier, les anges de Dieu protègent le corps et le soustraient à l’emprise de Satan.
Adresse des louanges à Dieu qui a permis que ses anges te délivrent, et à l’avenir ne pèche plus...
ANGES GUÉRISSEURS. Remerciez votre Mère, la Terre, qui vous envoyé ses anges guérisseurs. Ne péchez plus afin que vous ne redeveniez plus la proie de la maladie. Et faites en sorte que les anges guérisseurs restent avec vous.
Qui tue pour manger mange le corps de mort, et les anges de notre Mère, la Terre, l’évitent et Satan prendra demeure en son corps.
Par contre, il faut faire la volonté de Dieu afin que ses anges puissent vous servir sur le sentier de la vie. Les légumes, les fruits sont les aliments mûris et préparés par le feu de vie, ce sont tous des dons des anges de notre Mère, la Terre. En fait, la force des anges de Dieu entre en vous avec les aliments vivants que le Seigneur vous offre de sa table royale.
Lorsque vous mangez, ne mangez jamais jusqu’à satiété. Fuyez les tentations de Satan et écoutez la voix des anges de Dieu... Vos jeûnes sont toujours agréables aux yeux des anges de Dieu.
Ne troublez pas l’œuvre des anges dans votre corps en faisant des repas trop fréquents. En vérité, celui qui mange plus de deux fois par jour accomplit en lui l’œuvre de Satan.
Et si vous voulez que les anges de Dieu se réjouissent en votre corps et que Satan s’enfuie bien loin de vous, dans ce cas, ne prenez place qu’une fois par jour à la table de Dieu. Alors vous ne verrez jamais la maladie.
Il faut se mettre à la table du Seigneur pour y manger, seulement lorsqu’on est poussé par l’ange de l’appétit.
Il faut encore faire appel aux anges de la joie qui vivifient tout ce qu’on mange. On ne doit jamais manger alors qu’on est sous l’empire de la colère, de la tristesse, ou sans désir, car alors tout se transforme en poison pour le corps.
ANGE DE LA CHALEUR et ANGE DU FROID. Chaque fois que votre corps sera refroidi, votre Mère, la Terre, enverra l’ange de la chaleur pour vous réchauffer. Et si vous êtes échauffés, l’ange du froid.
ANGES INNOMMÉS. Durant toute la journée, il faut demeurer en compagnie des anges du Seigneur dans le royaume du Père céleste. Dieu envoie chaque matin l’ange du soleil, obéissez aussitôt à l’appel de votre Père céleste, ne demeurez pas dans votre lit, car c’est en dehors que les anges de l’air et de l’eau vous attendent.
Travaillez toute la journée avec les anges de la Mère, la Terre.
Après le coucher du soleil, le Père céleste vous envoie son ange le plus précieux : l’ange du sommeil. Et aussi les anges innommés vous tiendront compagnie tout au long de la nuit. Et les anges innommés de votre Père céleste vous enseigneront maintes choses concernant le royaume de Dieu. Et, au matin, vous sentirez en vous la puissance des anges inconnus. Les anges de Dieu inscriront les commandements de Dieu dans vos cerveaux et dans vos cœurs.
ANGE DE L’AMOUR. Après avoir prié, le Christ quitta ses auditeurs en disant : « La Paix soit avec vous ! » Et sa paix descendit sur eux tous, et dans leur cœur prit place l’ange de l’amour.
Puis après avoir prié encore une fois, Jésus leur dit : « De même que vos corps ont été régénérés par les anges de votre Mère, la Terre, puisse votre esprit être régénéré de la même manière par les anges de votre Père céleste.
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12. À titre documentaire, mentionnons un écrit de A.-Ferdinand Hérold : « Le Livre de la Naissance, de la Vie et de la Mort de la Bienheureuse Vierge Marie ». L’auteur définit son œuvre comme étant une légende écrite d’après plusieurs Apocryphes et Apocalypses, apocryphes également, soit le Protévangile de Jacques et le Transitus Beate Mariae de Méliton, qui sont presque intégralement traduits. L’ouvrage parut en édition de luxe au Mercure de France, à Paris, en 1895.
Il va de soi que tout au long de l’ouvrage, il est constamment fait allusion à l’intervention des anges. Le récit commence au moment de l’apparition de l’ange à Anne qui se lamente d’être stérile ; l’envoyé céleste lui annonce qu’elle concevra et enfantera, et que toute la terre glorifiera sa race en la personne de la Vierge Marie ; le même ange se rend auprès de Joachim et lui annonce l’heureuse nouvelle : « Sache-le, Joachim, ta femme concevra, et de toi, elle enfantera une fille, qui vivra dans le temple de Dieu et en qui reposera le Saint-Esprit. » Or, dès qu’elle fut en âge de quitter la maison paternelle, Marie vécut dans le Temple du Seigneur telle une colombe et elle prenait sa nourriture de la main d’un ange.
Dans le temple, le sort a désigné Marie pour filer la pourpre, et les autres vierges plus âgées, auxquelles était dévolu de tisser seulement le lin, s’écrièrent en matière de raillerie : « Voici la reine des Vierges ! » Alors un ange du Seigneur apparut au milieu d’elles, et il disait : « Cette parole ne sera pas une raillerie vaine, mais une prophétie véridique. » Alors les vierges s’effrayèrent et s’humilièrent devant l’ange.
Marie, ayant eu besoin d’eau, prit sa cruche et sortit ; comme elle se penchait sur la margelle du puits pour y puiser de l’eau, elle entendit une voix : « Réjouis-toi, ô pleine de grâce, car le Seigneur est avec toi, et il t’a bénie entre les femmes. » Et la terre trembla, mais Marie ne vit personne. Rentrée au Temple et s’étant remise à filer la pourpre, l’archange Gabriel lui apparut et lui annonça qu’elle concevrait par la force du Saint-Esprit qui l’adombrerait. Puis vient la scène de Joseph, horrifié à la vue de la grossesse avancée de Marie ; il se demande ce qu’il doit faire. Et voici qu’un ange du Seigneur lui apparut et lui dit : « Ne crains rien, Joseph. La Vierge a conçu de l’Esprit-Saint, et elle enfantera un fils, et tu le nommeras du nom de Jésus. »
Durant le voyage à Bethléem, Joseph est intrigué de voir Marie tantôt souriante, tantôt triste ; il lui en demande la raison ; Marie dit à Joseph : « C’est que je vois de mes yeux deux peuples, l’un qui pleure et se frappe de douleur, l’autre qui rit et tressaille d’allégresse. » Et Joseph de répliquer : « Voilà de vaines paroles. » Alors un ange apparut qui disait : « Pourquoi traites-tu de vaines les paroles de Marie ? Elle a vu le sort qui attendait Juifs et Gentils. »
La naissance du Christ est décrite selon les Évangiles ; il y est joint l’épisode de l’incrédule Salomé, dont la main est guérie après qu’elle eut embrassé l’Enfant sur le conseil de l’ange qui lui était apparu.
Puis vient la visite des bergers, des mages et la fuite en Égypte avec les fréquentes apparitions d’anges annonciateurs et protecteurs. Dans le désert, épisode merveilleux du palmier qui sur l’ordre de Jésus s’incline devant sa mère afin qu’elle puisse en cueillir les fruits. Alors Jésus dit : « Palmier, je t’octroierai une grâce. Les anges descendront cueillir une de tes palmes, et elle sera plantée dans le Paradis de mon Père. Et un palmier en poussera qui sera le palmier de la victoire. C’est à lui que les anges cueilleront des palmes pour les tendre à ceux qui auront vaincu dans le combat de la foi. » Allusion aux palmes décernées aux saints et aux futurs martyrs chrétiens.
Retour en Israël, sur l’ordre donné à Joseph par un ange qui lui est apparu.
Scène de la mort du pieux Joseph :
Et le pieux Joseph mourut, plein de jours ; et Jésus et Marie priaient auprès de lui ; et les Archanges Michel et Gabriel descendirent du ciel, et ils bénissaient le vieillard mourant.
L’Ange avertit la Sainte Vierge de sa mort prochaine :
Après la mort de son Fils sur la croix, la Vierge, seule dans sa chambre, se lamente et, tout à coup, elle vit un ange, splendide et vêtu de lumière, qui se tenait devant elle. Et l’ange s’inclina et la salua de ces paroles : « Salut, Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. » Et elle répondit : « Grâces à Dieu. » L’ange dit : « Reçois cette palme que le Seigneur t’envoie de son Paradis ; tu la feras porter devant ton lit funèbre, car dans trois jours luira l’heure de ton assomption. Voici qu’avec les Trônes et les anges et toutes les Vertus célestes, ton Fils t’attend, ô Vierge bénie du Seigneur. » Marie demande à l’ange une faveur : que tous les apôtres soient réunis auprès d’elle. Et l’ange dit : « Aujourd’hui, par la grâce de mon Seigneur Jésus-Christ, tous les apôtres viendront vers toi. Le Seigneur ton Dieu t’a donné la bénédiction éternelle. » Et disant cela, l’ange disparut dans une grande splendeur.
Mort de la Sainte Vierge :
Alors apparut le Seigneur Jésus-Christ, entouré d’anges innombrables. Une grande splendeur descendit dans la chambre, et les anges chantaient des hymnes et louaient le Seigneur.
Marie demande à son Fils : « Prends-moi donc, moi, ta servante ; libère-moi de la puissance des ténèbres et fais que je ne voie ni Satan, ni les noirs Esprits. » Et le Sauveur répondit : « Tandis que, Messie de mon Père, j’étais pendu à la croix pour le salut du monde, le Prince des ténèbres vint à moi ; mais il ne trouva aucune ruse qui put me tenter, et, vaincu, il s’éloigna. Toi aussi, tu le verras, par la même loi humaine qui fait qu’on meurt ; mais il ne pourra pas te nuire, car je suis avec toi, et je t’aide. Viens, calme et sûre ; la céleste milice t’attend, pour te guider aux joies du Paradis. »
Les funérailles de la Sainte Vierge :
Jean marchait devant le cercueil, et il tenait la palme. Et des anges planaient dans le ciel, et ils chantaient un cantique très doux ; et la terre aussi chantait.
Le Grand-Prêtre, voyant passer le cercueil de la Vierge, plein de colère, voulut le renverser, mais ses mains se desséchèrent et s’attachèrent au lit mortuaire, et il ne pouvait plus les arracher. En même temps, les anges frappaient le peuple de cécité.
Les apôtres déposent le corps de la Vierge dans un tombeau de la vallée de Josaphat. Et voici tout à coup que la lumière céleste les entoura ; et ils tombèrent à terre. Et les anges descendirent ; et par eux fut ravi le corps saint.
Alors les apôtres virent les cieux ouverts, et Jésus et Marie, et tous les chœurs des anges glorifiant la bienheureuse Vierge Marie.
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13. Il est intéressant de mettre en parallèle le récit de la mort de la Vierge, tel que nous le présente Hérold avec le texte de Méliton rapportant le même évènement ; on verra que l’auteur s’en est inspiré jusqu’à en faire une traduction fidèle, voire littérale.
Méliton, évêque de Sardes, vivait au temps de Marc-Aurèle (161-180) et a composé le Livre du passage de la très-sainte Vierge, Mère de Dieu.
Nous en trouvons le texte reproduit dans l’Encyclopédie de Migne ayant trait aux Apocryphes (II/587-595).
La vingt-deuxième année après la mort du Sauveur, la Vierge désira revoir son Fils ; elle était dans un lieu retiré de sa maison et versait des larmes. Et voici qu’un ange resplendissant d’une grande lumière se présenta devant elle et prononça les paroles de la salutation disant : « Je te salue, toi qui es bénie par le Seigneur... J’ai apporté une branche du palmier venant du Paradis de Dieu que tu feras porter devant ton cercueil, lorsque dans trois jours tu auras été élevée au ciel en ton corps. Car ton Fils t’attend avec les Trônes, et avec les anges et toutes les puissances du ciel. » Alors Marie dit à l’ange : « Je te demande que tous les apôtres de Mon Seigneur Jésus-Christ se réunissent autour de moi. » Et l’ange dit : « Tous les apôtres seront amenés ici... » Et l’ange s’éloigna entouré d’une grande lumière…
Le Seigneur dit à Marie : « Lorsque j’étais suspendu sur la croix, j’ai vu Satan et tu le verras, suivant la loi commune du genre humain, à laquelle tu te conformeras en mourant, mais il ne pourra te nuire... et je serai avec toi pour te protéger. Viens donc en paix, car la milice céleste t’attend pour que je t’introduise dans les joies du Paradis. »
Le prince des prêtres des Juifs, voyant passer le cercueil de Marie, fut rempli de fureur et, s’approchant du cercueil, il voulut le renverser. Et aussitôt ses bras se desséchèrent à partir du coude et restèrent attachés au cercueil, et il éprouvait des souffrances horribles, tandis que les apôtres s’avançaient en chantant : « Les anges qui sont dans la nuée ont frappé le peuple d’aveuglement. »
Sur le conseil de Pierre, le Grand-Prêtre embrassa le cercueil, et ses bras et ses mains furent guéris. L’attouchement de la palme rendit la vue à ceux qui avaient été frappés d’aveuglement.
Après avoir déposé le cercueil dans un sépulcre, les apôtres demandent au Seigneur de ressusciter Marie et de l’emporter au ciel ; et le Sauveur dit : « Qu’il soit fait suivant votre parole. » Et il ordonna à l’archange Michel d’apporter l’âme sainte de Marie. Et aussitôt l’archange Gabriel enleva la pierre qui fermait le monument et le Seigneur dit : « Lève-toi, mon amie... » Et aussitôt Marie se leva et rendit grâce au Seigneur. Le Seigneur, l’ayant embrassée, remit la Vierge aux mains des anges pour qu’ils la portassent dans le paradis. Et il dit aux apôtres : « Approchez-vous de moi. » Et lorsqu’ils se furent approchés, il les embrassa et leur dit : « Que la paix soit avec vous ; je serai toujours avec vous jusqu’à la consommation du siècle. » Et le Seigneur, ayant dit ces paroles, fut enlevé par une nuée et remonta au ciel, et les anges l’accompagnèrent portant la bienheureuse Marie, Mère de Dieu, au paradis de Dieu. Et les apôtres furent rapportés par des nuées, chacun à l’endroit où il prêchait l’Évangile...
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14. Nous voulons maintenant encore parler d’un Apocryphe dont il existe quelques versions ; il s’agit de L’Évangile de l’Enfance, dont Migne, dans son Dictionnaire des Apocryphes, donne un texte en cinquante-cinq chapitres (I/973-1008). Nous analyserons plus spécialement un manuscrit découvert et traduit du latin par Catulle Mendès, manuscrit faisant partie de la riche bibliothèque de l’Abbaye de saint Wolfgang (dans la région du Salzkammergut). Ce manuscrit fort ancien avait pour titre : L’Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ selon saint Pierre. Vers 1890, il fut édité par la Revue illustrée, en un magnifique ouvrage in quarto, avec texte français et latin en regard, enrichi de nombreuses illustrations en couleurs de Carloz Schwabe, un des fidèles artistes des Salons de la Rose-Croix de Péladan ; plusieurs des compositions à pleine page de Schwabe figurèrent au premier Salon de la Rose-Croix, en 1892 (voir fig. 7 et 8).

Fig. 7. SCHWABE (CARLOZ). Anne adombrée par l’Ange du Seigneur. Des mains de l’Ange s’échappent les rayons bénissants et fécondateurs. Composition pour l’Évangile de l’Enfance. Premier Salon de la Rose-Croix.

Fig. 8. SCHWABE (CARLOZ). Marie recevant les présents des rois mages. Le double astral de la Vierge s’élève au-dessus d’Elle et bénit les Mages. Composition pour l’Évangile de l’Enfance. Premier Salon de la Rose-Croix.
Ce manuscrit, contrairement à celui retenu par Migne, ne comprend que vingt-six chapitres. Au chapitre premier, nous lisons :
Cependant Anne se désolait parce qu’elle était stérile... L’ange du Seigneur, plus luisant que le soleil, apparut et s’écria : « Ne te désole point, Anne, car ton rejeton vécut éternellement dans les desseins de Dieu, et la fille qui sortira de ton ventre sera bénie par-dessus toutes les filles des femmes, jusqu’à l’achèvement du dernier siècle. » Et la lumière de l’ange disparut...
Marie était élevée dans le lieu saint ainsi qu’une colombe, et elle recevait sa nourriture de la main des anges.
Le prêtre Abiathar se recueille dans le Saint des Saints et offre un sacrifice pour savoir à qui confier la garde de Marie, « et l’ange de Feu apparut disant : “Vois cette petite baguette (celle apportée par Joseph) que tu as regardée comme rien ; c’est d’elle que se manifestera le signe.”«
En effet, au moment de l’épreuve, c’est d’elle que s’envola la colombe. Et Marie fut confiée à la garde de Joseph. À Marie échoit, par le sort, de tisser la pourpre pour le voile du Temple.
Les autres vierges auxquelles a été dévolu le lin disent : « Comment la plus jeune a-t-elle mérité la pourpre ? » Et elles l’appellent, en riant, la reine des Vierges. Mais un ange plus luisant que l’or leur dit : « Ce que vous avez dit n’est pas une raillerie, mais s’accomplira véritablement. »
Effarement de Joseph lorsqu’il constate la grossesse de Marie, apparition de l’ange, scène racontée en détail dans les Évangiles et dans tous les manuscrits.
Départ pour Bethléem : Marie, assise sur l’ânesse, tantôt riait, tantôt se désolait. Joseph en demande la cause ; Marie dit qu’elle voit deux peuples, « l’un qui pleure et qui gémit, l’autre qui se réjouit et exulte de joie ». Joseph lui dit de ne pas proférer des mots superflus.
Mais un aigle qui traversait le ciel s’arrêta les ailes ouvertes, et dit à Joseph : « Pourquoi juges-tu superflu ce que Marie a proféré touchant ces deux peuples ? Elle a vu le peuple d’Israël qui pleurait parce qu’il s’est éloigné du Seigneur, son Dieu, et le peuple des Gentils qui se réjouissait parce qu’il s’est approché du Seigneur, son Dieu. » Et l’aigle s’envola au divin soleil.
Arrivée à Bethléem, Marie est contrainte d’accoucher dans une grotte.
Et toute la grotte resplendissait d’une céleste lumière, car déjà Marie avait mis au monde l’enfant, et les anges volant répandaient des étoiles et des rosés sur le sein de Marie, où riait l’enfant admirable.
Salomé, la sage-femme méfiante, ne peut croire à la virginité de Marie, elle demande à toucher le sexe de la Vierge. Sa main se dessèche, elle ressent d’affreuses douleurs et elle implore son pardon.
Mais l’un des anges qui volaient au-dessus des rosés répandues dit à Salomé : « Approche de l’enfant et adore-le, et touche-le de ta main et il la guérira... Et le divin enfant riait dans les bras de sa mère et les anges l’adoraient, et vinrent les bergers...
Persécution d’Hérode.
Hérode ordonna de tuer tous les mâles nouveau-nés à Bethléem et dans les environs. Mais l’ange du Seigneur apparut dans le sommeil de Joseph disant : « Prends Marie, et à travers le désert fuis avec eux vers la terre d’Égypte. »
L’épisode du palmier qui, sur l’ordre de Jésus, se penche vers Marie, est raconté avec une variante, ce n’est plus une palme seulement qui est portée par les anges dans le jardin de Dieu, mais l’arbre tout entier qui, sur un nouvel ordre de l’enfant, s’envole jusqu’aux cieux ; de ses racines jaillit une eau fraîche et Joseph put remplir ses outres qui étaient vides.
Après le retour d’Égypte, l’enfant Jésus aimait à se promener dans la nature :
Et une certaine nuit le petit Jésus était assis sous la lune ; et trois anges descendirent du ciel ; et avec l’enfant Jésus, enfants eux-mêmes, ils parlaient et jouaient comme c’est l’usage des jeunes garçons. Mais ils avaient des jouets que n’ont point les enfants des hommes ; car l’un à l’autre, comme des balles, ils se lançaient des étoiles que les anges avaient apportées du firmament...
Et entre les jeux Jésus enseignait les anges :
Un roi puissant et sage avait un ministre très prévoyant et un fils bien-aimé ; le roi envoie son fils pour voyager à travers les nations au loin. Et des terres où était le fils viennent des messagers qui rapportent de mauvaises nouvelles ; il est persécuté et bafoué. Enfin, dernier message, le fils du roi, frappé de verges et de pierres, parmi les clameurs du peuple, torturé de tous les tourments, avait subi les supplices suprêmes. Le père dans la sublimité de sa gloire se réjouissait et exultait, et le premier ministre célébrait le destin accompli.
Et le fils revint, ayant sur le front un diadème d’or, et la pourpre l’ornait ; il portait un sceptre fait de pierreries les plus précieuses.
Et l’enfant Jésus dit aux anges : « Le roi puissant et sage, c’est mon Père, qui est aux cieux, et le prévoyant ministre, c’est l’Esprit saint. Et je suis le Fils du Père, qui, ressuscité de la mort, rassemblera toutes les nations dans le royaume du ciel.
Et Jésus et les anges recommencèrent à jouer, et l’un à l’autre, ils se lançaient les étoiles du firmament.
Pour faire plaisir à ses parents, Jésus alla à l’école, mais comme il en savait plus que son maître Zacchaeus, ce dernier le renvoya à sa famille. Cependant l’enfant grandissait et se « renforcissait », plein de science, et la Grâce de Dieu était sur lui.
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15. Daniel-Rops. Les Évangiles de la Vierge.
En rapport direct avec la question de la valeur documentaire des Apocryphes et du crédit qu’il y a lieu de leur attribuer, nous pouvons consulter avec fruit le livre de Daniel-Rops : Les Évangiles de la Vierge, Évangiles apocryphes, ne faisant donc pas partie du Canon des Écritures, mais qui ont cependant une certaine importance, en ce sens qu’ils reflètent, pour une bonne part, les croyances de l’époque. Aussi, dès l’abord, l’auteur cherche à établir ce que ces écrits peuvent nous apporter ; il cite l’avis de Rufin qui vivait au IVe siècle et qui disait : « On définit Écritures apocryphes celles que les Pères n’admettaient pas pour la lecture publique. » Le pape saint Gélase (492-496) publia un décret rejetant les Apocryphes, définis comme « ouvrages qui ne sont pas approuvés par l’Église ». Ce qui n’empêchera pas l’abbé Migne de dire : « Laisser de côté l’étude des évangiles apocryphes, c’est renoncer à découvrir les origines de l’art chrétien. » Et Daniel-Rops d’abonder dans ce sens ; il estime que l’étude des Apocryphes mérite d’être faite avec discernement, car, dit-il : « Il est plus que probable que des éléments de traditions ont pu servir de soubassement à ces textes, ensuite déformés par les excès de l’imagination. » Il est donc « permis de penser que les Apocryphes ont recueilli des éléments de vérité ». Et l’auteur de bien insister : « Tout n’est pas faux dans ces faux évangiles, tout n’y est pas à rejeter, et il convient même de souligner que ces textes ont pu jouer un rôle utile dans le travail intellectuel accompli par les premières générations chrétiennes. »
On doit reconnaître que les arts religieux des siècles passés ont tiré leurs inspirations des Apocryphes, pour une bonne part, et que les productions religieuses modernes se sont appauvries en les ignorant. »
Pour les besoins de son étude, Daniel-Rops cite tout d’abord les passages des Écrits canoniques où il est question de la Vierge, Mère du Christ, en communion constante avec l’intervention des Anges et des cohortes célestes. Pour mémoire, voici les passages à retenir :
Annonciation (Luc I, 26-38).
Visitation (Luc 1, 39-56).
Craintes de Joseph (Matthieu I, 18-25).
Nativité de Jésus (Luc II, 1-7).
Les bergers (Luc II, 8-20).
La présentation au Temple (Luc II, 22-35).
Les mages (Matthieu II, 1-12).
La fuite en Égypte (Matthieu II, 13-15, puis 19-21).
Nazareth (Matthieu 11, 22-23).
Enfance de Jésus, l’incident du Temple (Luc II, 41-52).
Les noces de Cana (Jean II, 1-12).
Deux allusions à la Mère (Marc 111, 31-35 et Luc XI, 27).
Au pied de la Croix (Jean XIX, 25-27).
Après la mort de Jésus (Actes I, 12-14).
La Femme de l’Apocalypse (Apo. XII, 1-18).
Quant aux écrits apocryphes, l’auteur a retenu, comme étant en rapport avec la Vierge, assistée de nombreux anges, les documents ci-après :
Protévangile de Jacques.
Fragments de l’évangile de pseudo-Matthieu.
Un passage de « l’Ascension d’Isaïe ».
Évangiles de l’enfance.
Fragments de « l’Histoire de Joseph le Charpentier ».
Le Livre du Passage de Marie (Pseudo-Méliton).
Extraits du livre arabe du Passage.
D’après ces écrits, comme nous l’avons déjà mentionné plus haut, les Anges interviennent à tout instant.
Le livre de Daniel-Rops se termine par une suite de trente-deux tableaux où l’on voit la Vierge magnifiée par des peintres ayant pris pour thème de leurs œuvres des passages des Apocryphes. Dans la plupart de ces compositions picturales, la Vierge est représentée au milieu des anges qui la révèrent et qui l’assistent. Citons notamment les planches XXV et XXVI, reproduisant un diptyque d’ivoire du XIVe siècle, figurant la mort et la glorification de Marie, reçue par les cohortes des Anges, au son de multiples instruments de musique.
La planche XXVII est la reproduction d’un bas-relief d’Orcagna pour le tabernacle d’Or San Michele, à Florence, où l’on voit l’Ange de l’Éternel apportant à Marie la palme de la victoire, annonce de sa mort prochaine.
Que ce soit dans les écrits canoniques ou dans les apocryphes, on voit que les Anges sont en rapports intimes et constants avec la Vierge.
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16. L’Évangile de la Vie parfaite.
Pour terminer cette brève revue des Apocryphes, nous prendrons encore connaissance d’un document paraissant antérieur aux Évangiles canoniques ; de ce fait, cet écrit n’a pas subi les corrections et les suppressions des transcripteurs et copistes successifs des divers Évangiles ; il s’agit d’un manuscrit araméen, l’Évangile de la vie parfaite, reçu et traduit, en 1881, par le Rev. G. J. Ouseley qui, dans la préface à sa traduction, nous avise : « Cet Évangile ancien est conservé dans un monastère du Tibet où il fut caché par un disciple de la secte des Esséniens afin de le mettre en sûreté, hors des mains des faussaires. Ce texte est traduit pour la première fois de l’araméen. »
Quant aux idées générales, ce document est de la même inspiration que l’Évangile de la Paix de Jésus-Christ par le disciple Jean, que nous venons d’analyser plus haut (voir section 11).
M. le professeur R. Müller a commenté et annoté une traduction allemande de l’ouvrage du Rev. Ouseley : Das Evangelium des vollkommenen Lebens. Ein ursprüngliches und vollständiges Evangelium. Aus dem aramäischem Urtext ins Englische übersetzt und herausgegeben von Rev. G. J. Ouseley. Deutsche Ausgabe mit einem Vor- und Nachwort und Kommentaren von Rudolf Müller 3.
En matière d’introduction, M. Müller fera remarquer : « Cet Évangile renferme des faits et des enseignements qui ne se trouvent pas dans les Évangiles connus à ce jour, tandis que d’un autre côté on y trouve des passages qui correspondent mot à mot avec les textes de la Bible.
« Ces nouveaux passages ne seraient-ils pas ce qui, au cours des temps, a été perdu de l’enseignement du Grand Maître ou ce qui a été volontairement supprimé ? Dans ce cas, ces enseignements sont d’une inestimable valeur. »
Et dans la postface, M. Müller dit encore : « Le présent Évangile se distingue en deux points de tous ceux qui nous sont connus à ce jour, soit : par l’enseignement d’amour envers les animaux, d’où l’ordre de s’abstenir de toute nourriture carnée, et par la leçon de la réincarnation. »
Cet Évangile datant des premiers temps de la chrétienté envisage la question des Anges et celle de leur ministère auprès des hommes de la même façon que les Évangiles canoniques : L’ange Gabriel annonce les futures maternités d’Elisabeth et de Marie ; il apparaît à Zacharie ; il ordonne la fuite en Égypte et le retour en Galilée ; les cohortes angéliques chantent et annoncent aux bergers la naissance du Sauveur ; les Mages sont guidés par l’Ange de l’étoile ; les Anges sont présents au jardin des Oliviers ; ils sont présents au tombeau du Christ ; ils annoncent aux femmes la résurrection du Sauveur ; aux disciples qui ont vu leur Maître monter au ciel sur une nuée, ils déclarent qu’il en reviendra de même pour juger les vivants et les morts.
Nous y trouvons relatée cette affirmation de Jésus : « En vérité, en vérité, je vous dis, à partir de maintenant, vous verrez le ciel ouvert et les Anges de Dieu descendre sur le Fils de l’homme et en remonter » (10, 10).
La descente de l’Ange de Dieu dans la piscine de Béthesda est mentionnée avec l’épisode du paralytique qui ne peut y descendre le premier et qui fut guéri par Jésus.
Cet Évangile rapporte également le sort enviable du pauvre Lazare après son décès. « Son âme est portée par les Anges dans le sein d’Abraham » (47, 12). Quant à l’utilité, voire la nécessité de la souffrance, elle est justifiée comme suit : « Bénis sont ceux qui ont passé par de nombreuses expériences, car c’est par la souffrance qu’ils se seront accomplis, et ils ne mourront pas. Ils seront comme des Anges de Dieu dans le ciel ; ils ne renaîtront plus, car, mort et renaissance n’ont plus de prise sur eux » (37, 2).
Le Christ explique à ses disciples le sens de la parabole du semeur dans le champ : « La moisson, c’est la fin du monde et les moissonneurs ce sont les Anges » (40, 6). Dès lors on comprend mieux l’affirmation de Jésus disant à propos de la brebis égarée et retrouvée : « De même, je vous le dis, la joie régnera parmi les Anges pour un pécheur repentant » (58, 6).
Au tombeau du Christ, deux Anges en vêtements blancs et brillants s’adressent aux disciples et leur disent : « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? » (84, 8).
Le Christ enseigne à ses disciples que « la fin du monde sera annoncée par le Fils de l’homme, il sera vu venant sur les nuées du ciel avec grande puissance et grande magnificence. Et il enverra ses Anges avec des trompettes éclatantes. Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne le sait, pas même les Anges, car seul le Tout-Puissant, Père-Mère, le sait » (61, 11-13). La venue du Christ est encore indiquée comme suit : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire accompagné des saints Anges, alors il prendra place sur le trône de splendeur » (67, 7).
Une particularité de cet Évangile de la vie parfaite est de contenir quatre chapitres (91-94) qui sont d’un intérêt tout particulier, car il y est traité de l’organisation ou de l’ordonnance du royaume de Dieu ; ce sont là les derniers enseignements donnés par Jésus ressuscité à ses disciples.
On avait demandé au Christ si l’enfant devait être admis dans la communauté après circoncision ainsi que Moïse l’avait prescrit ? Réponse :
Pour ceux qui sont en Christ, il n’y a pas de circoncision ni de sacrifice sanglant... Huit jours après la naissance, présentez l’enfant au Père-Mère qui est dans le ciel, avec remerciements et prières ; les parents lui choisiront un nom et le prêtre versera de l’eau pure sur son crâne, ainsi qu’il est prescrit par les prophètes, et que l’on veille ensuite à ce que les parents élèvent l’enfant en toute loyauté ; l’enfant ne mangera pas de viande et ne consommera pas de boissons fortes ; et, de plus, il ne fera aucun mal aux êtres que Dieu a donnés aux hommes afin qu’ils les protègent. (91, 5-6.)
Un disciple demanda au Christ : « Maître, selon ta volonté, que doivent faire les enfants lorsqu’ils sont devenus grands ? » Réponse :
À l’âge de sept ans ou lorsque les enfants commencent à distinguer le bien d’avec le mal, et lorsqu’ils ont appris à rechercher le bien, qu’ils viennent à moi afin de recevoir la bénédiction par la main du prêtre ou par celle de l’Ange de la communauté ; qu’ils la reçoivent avec reconnaissance et prières. Puis on les instruira qu’ils aient à s’abstenir de viandes et de boissons fortes, et qu’ils ne fassent pas la chasse aux créatures de Dieu... (91, 7.)
Dans ce cas le terme « d’Ange de la communauté » ne signifie pas l’Ange invisible délégué à chaque église, mais seulement le chef élu de la communauté.
Autre demande : « Lorsqu’une personne vient à nous et qu’elle mange de la viande et consomme des boissons fortes, pouvons-nous l’accepter dans la communauté ? » Réponse :
Que de telles personnes restent dans les parvis jusqu’à ce qu’elles se soient purifiées de leur mal, car, aussi longtemps qu’elles ne le comprendront pas, elles ne pourront le regretter et elles ne seront pas capables de saisir les grands mystères. (91, 8.)
Question : « Quand doit-on baptiser (par immersion) les enfants ? » Réponse :
Sept ans encore s’étant écoulés ou lorsque les enfants connaîtront l’enseignement, lorsqu’ils auront appris à faire le bien et à travailler de leurs propres mains et qu’ils pourront en vivre ; lorsqu’ils marcheront d’un pas ferme sur le droit chemin, alors qu’ils demandent la consécration et qu’ils soient examinés par l’Ange ou l’Ancien de la communauté qui jugera s’ils sont dignes d’être baptisés. (91, 9.)
Cérémonial du mariage :
Il faut que l’homme et la femme soient parfaitement sains et qu’ils s’aiment d’un amour pur ; que devant témoins, ils se jurent fidélité. Alors quand le temps sera venu, que l’Ange ou l’Ancien de la communauté prie et rende grâces ; puisqu’il lie avec le cordon rouge-cramoisi (les époux) ainsi qu’ils le veulent ; il les couronnera et les conduira par trois fois autour de l’autel ; puis il les fera manger d’UN pain et boire d’UNE coupe ; enfin, joignant leurs mains, il dira : « Soyez deux en un ; que votre sainte union soit bénie. Ce que Dieu a uni, nul ne doit le rompre, aussi longtemps que la vie et l’amour dureront. » (92, 3.)
L’art de la procréation selon le Christ :
Et lorsque les époux procréent des enfants, qu’ils agissent avec réflexion et sagesse selon leur aptitude à les concevoir.
Cependant, pour ceux qui aspirent à la perfection et auxquels cela est donné, je dis : « Qu’ils soient comme les Anges dans le ciel qui ne recherchent pas le mariage et qui ne se marient pas, qui n’ont pas d’enfants et ne se préoccupent pas du lendemain, car ils sont libres de toute attache ainsi que je le suis moi-même ; ils gardent la force de Dieu en eux afin d’augmenter leur force pour leur ministère de guérison, comme je l’ai fait. Toutefois la plupart des gens ne peuvent comprendre ces paroles, accessibles seulement à ceux auxquels il est donné de comprendre. » (92, 4.)
Le Christ nous apprend quel est le sacrifice qui est le plus agréable à Dieu : « C’est un cœur pur. »
Instructions sur la mort et les incarnations successives :
Jésus de dire : « De même que tous les êtres procèdent de l’invisible dans ce monde, ils retournent à l’invisible ; ils reviendront jusqu’à ce qu’ils soient purifiés. Quant aux corps des morts, qu’ils soient rendus aux éléments, et le Père-Mère qui renouvelle toutes choses donnera l’ordre aux Anges de les recevoir. Et les Anciens prieront afin que les corps puissent reposer en paix et afin que leurs âmes se réveillent pour une joyeuse résurrection.
« Il y a une résurrection hors du corps et une résurrection dans le corps. Il y a une montée (ascension) de la vie hors de la chair et une descente de la vie dans la chair. Que l’on dise des prières pour ceux qui sont déjà partis dans l’Au-delà, pour ceux qui sont encore en vie et pour ceux qui viennent d’arriver, car tous forment une seule famille en Dieu. Ils vivent en Dieu, se meuvent en Lui et en tirent leur existence. Le corps que vous déposez dans le tombeau ou celui qui est détruit par le feu n’est pas le corps qui sera, car ceux qui viennent recevront d’autres corps, et même au cas où ce serait le même, ce qu’ils ont semé dans une vie, ils le récolteront dans une autre. Bienheureux ceux qui ont pratiqué la justice en ce monde, car ils recevront la couronne de vie. » (94, 2-4.)
Enfin, dernière affirmation de la pluralité des existences :
Nous croyons en la purification de l’âme par plusieurs naissances ; nous croyons en la résurrection des morts, en la vie éternelle et au repos en Dieu en toute éternité. Amen. (96, 23.)
Ce lumineux enseignement ultime du Christ prend fin sur ces paroles :
Ainsi doivent être faites toutes choses convenablement et selon l’ordre. Quant au reste, L’ESPRIT le réglera, lui qui procède du Père-Mère du ciel. Maintenant je vous ai enseigné les règles primordiales ; et voici je suis avec vous continuellement jusqu’à la fin des temps. (94, 10).
Cet Évangile de la Vie parfaite se termine par un acte de louanges et de foi (96, 24-25) :
Et comme les fumées de l’encens s’élevaient, on entendit la voix de plusieurs cloches et une multitude de l’armée céleste magnifiant Dieu et disant :
« Gloire, honneur, louanges et grâces soient rendus à Dieu, le Père, Époux et Fils, UN avec la Mère, Épouse et Fille, dont découle l’ESPRIT Éternel par lequel tous les êtres sont créés ; avant toute éternité, maintenant et en toute éternité ! Amen. – Alléluia ! – Alléluia ! – Alléluia ! »
À titre documentaire, mentionnons que l’on relève dans cet Évangile de la Vie parfaite plus d’une quarantaine de passages recommandant la bonté envers les animaux, nos frères en Dieu qui les a dotés du même souffle de vie que nous ; d’où découle cet enseignement que tous les sacrifices sanglants sont proscrits. La nourriture de l’homme, du chrétien notamment, sera fruito-végétarienne. Quelques exemples en administreront la preuve :
Malheur au sage qui blesse des créatures de Dieu ! Malheur au fort qui abuse de sa force ! Malheur aux chasseurs ! Car ils seront eux-mêmes chassés à leur tour. (14, 7.)
Bénis seront tous ceux qui s’abstiennent de toutes les choses que l’on obtient grâce au sang versé ou à la tuerie. Bénis sont ceux qui pratiquent le droit et la justice. Bénis sont-ils, car ils obtiendront la félicité éternelle. (20, 8.)
Et Jésus dit encore : « Je suis venu pour abolir les sacrifices sanglants ainsi que la fête du sang (Pâque juive, sacrifice de l’agneau). Et si vous ne voulez pas cesser de sacrifier la chair et le sang des animaux pour les manger, alors la colère de Dieu n’aura pas de fin : elle s’abattra sur vous comme c’est arrivé à vos ancêtres dans le désert ; ils se réjouissaient de manger de la viande et ils furent pleins de pourriture et décimés par les épidémies. » (21, 8.)
Nouvelle affirmation de Jésus en faveur de l’alimentation naturelle :
Car je mange seulement les fruits des arbres et les semences des plantes, et, par l’Esprit, ces substances sont transformées en ma chair et en mon sang. Vous qui croyez et qui êtes mes disciples, vous devez manger seulement de tels aliments, car c’est d’eux que, grâce à l’Esprit, seront données aux hommes : vie, santé et guérison. (32, 4.)
Le commandement : « Tu ne tueras point », ne s’applique pas seulement à la gent homme, mais à tout être ayant souffle de vie. « Vous ne devez supprimer la vie d’aucun être pour votre jouissance », dira le Christ (46, 10).
Et enfin cet avertissement : « Je vous le dis encore : Celui qui cherche à s’approprier le corps de n’importe quel être pour sa nourriture, pour son plaisir ou pour en tirer un gain, devient par cela même impur. » (47, 6.)
À retenir que dans cet Évangile, le retour de l’enfant prodigue n’est pas fêté par le sacrifice du « veau gras », mais en se réjouissant par la consommation des plus beaux fruits de la terre.
Nous terminerons par cette réaffirmation de Jésus, rapportée au chapitre 75, verset 9 :
« En vérité, je vous le dis : Voici pourquoi je suis venu dans le monde, c’est afin que tous les sacrifices sanglants et la consommation de la chair des animaux et des oiseaux soient abolis. »
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On peut encore mentionner l’existence d’un important Apocryphe, datant du début de l’ère chrétienne (68 ou 69) : l’Ascension d’Isaïe. Dans ce document, il est fait de nombreuses allusions aux cohortes angéliques peuplant les sept cieux. Le prophète Isaïe, sous la conduite d’un ange du septième ciel, s’élève successivement à travers les cieux (VI, 13). Plus il progresse, plus les anges sont lumineux et plus ils chantent la gloire du Seigneur. Et Isaïe de dire : « Je vis un ange glorieux, et il n’était pas selon la gloire des anges que j’avais toujours vus, mais il avait une grande gloire et une dignité telle que je ne puis décrire la splendeur de cet ange (VII, 2). »
Voici une vision du septième ciel, où l’avait conduit son guide céleste, telle que nous la donne le prophète :
Et je vis un être debout, dont la gloire dépassait celle de tous, et sa gloire était grande et merveilleuse... Les anges l’adoraient et le louaient d’une seule voix, et moi aussi je chantai avec eux... Et l’ange me dit : « Adore celui-ci... Il est le Seigneur de toutes les splendeurs... » Je vis un deuxième être glorieux qui lui était semblable. Les anges s’approchaient et l’adoraient... Et l’ange me dit : « Adore-le, car c’est l’Ange de l’Esprit-Saint qui est sur toi. » (IX, 27-36.)
Dans ce document, il est fait allusion aux Anges cosmiques, Ange du soleil, Ange de la lune. Au matin de Pâques, l’Ange du tombeau, aidé par l’Ange de l’Église et par l’Archange Saint-Michel, roule la lourde pierre du Sépulcre.
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De l’étude des Apocryphes que nous venons de faire, il ressort à l’évidence que, pour leurs rédacteurs, la notion du ministère des Anges en faveur des humains était notion courante.
Dans les chapitres suivants, nous allons voir comment cette croyance s’est propagée au cours des siècles, parmi la chrétienté.

CHAPITRE IV
Les Pères de l’Église ont cru à l’existence des Anges
LES Pères de l’Église ont cru à l’existence des anges et à leurs missions secourables et répétées en faveur des humains.
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SECTION I
1. Tertullien (vers 160-240), dans son De Paenitientia (7, 7-8), parle du dépit du Diable et de ses anges lorsqu’ils voient un pécheur qui se repent :
En effet, dit-il, notre ennemi irréconciliable ne fait jamais trêve à sa malice. Et c’est quand il sent l’homme pleinement libéré qu’il sévit le plus fort ; c’est lorsqu’on l’éteint qu’il s’enflamme davantage. Il faut bien qu’il s’afflige et qu’il gémisse quand, par le pardon des péchés, il voit tant d’œuvres de mort détruites chez l’homme, tant de chefs effacés d’une condamnation qui était comme son bien propre. Il s’afflige à la pensée que ce pécheur, devenu le serviteur du Christ, le jugera, lui et ses anges. Aussi il l’épie, il l’attaque, il l’assiège...
Dans le De Pudicitia (14, 28), du même auteur, il est parlé de saint Paul qui aurait fait rémission de sa faute à un pécheur et qui ainsi se « serait joué de son esprit et de l’ange de l’Église et de la vertu du Seigneur, s’il a révoqué l’arrêt porté d’après leur conseil ».
Dans le même ouvrage (13, 15), l’auteur fait état de la déclaration de saint Paul : « Il lui a été donné une épine, un ange de Satan, chargé de le souffleter pour rabattre en lui l’orgueil. » Par ces textes nous voyons que Tertullien redoutait les maléfices de Satan et de ses anges, ce qui implique comme corollaire la croyance à l’action bénéfique et secourable des anges du Seigneur. Au demeurant, Tertullien a été très sévère pour ceux qui ont pensé faire œuvre utile en discutant et disséquant les textes des Évangiles ; pour lui, « Jésus-Christ a enseigné sa doctrine à ses apôtres, qui l’ont communiquée aux églises comme ils l’avaient reçue. Il ne faut donc pas écouter d’autres docteurs que les apôtres et leurs successeurs (v. Prescriptions, ch. 20-27). Dans le même ouvrage, il dira nettement à l’adresse de certains contradicteurs en mal de critique : « Nous n’avons pas besoin de curiosité après Jésus-Christ, ni de recherches après l’Évangile » (ch. 8) et il conclura en disant : « D’ailleurs la dispute sur les Écritures n’est bonne qu’à épuiser la tête et les poumons » (ch. 16). Tertullien estime que lorsqu’on a trouvé la foi, il n’y a plus de discussion possible et utile : écoutons-le plutôt :
Tant il est vrai qu’il doit y avoir un terme à tout, soit qu’on cherche, qu’on frappe, ou qu’on demande ; car on donnera à celui qui demande, dit Jésus-Christ ; on ouvrira à celui qui frappe, et quiconque cherche trouvera. Faites-y attention, vous qui cherchez toujours sans trouver, vous cherchez où l’on ne trouve point ; vous qui frappez toujours sans qu’on ouvre, vous frappez où il n’y a personne ; vous enfin qui demandez sans qu’on vous accorde, vous demandez à qui ne peut rien accorder.
Dans son Apologétique, Tertullien consacre plusieurs chapitres aux démons, à leur nature, leur pouvoir, leurs fourberies. Ils sont soumis aux chrétiens et ils sont pleins de fureur contre eux ; au chapitre 22, il dira :
Les poètes savent qu’il y a des démons ; le peuple même le plus ignorant le sait ; il emploie fréquemment dans ses jurements le nom des démons et de leur chef qui est Satan. Platon reconnaissait aussi des anges. Mais comment de quelques anges qui se sont volontairement pervertis est venue la race plus perverse encore des démons...
Tertullien parle aussi dans son Apologétique des « songes dont les anges nous gratifient ».
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2. Justin, martyrisé vers 165, dans sa Première Apologie, parle de l’ange de Dieu envoyé à la Vierge et qui lui annonce qu’elle enfantera un fils auquel elle donnera le nom de Jésus :
Jésus est un nom hébreu qui en grec signifie sôter (sauveur). C’est pourquoi l’ange dit à la Vierge : « Vous l’appellerez Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés. » (Ch. 23.)
Dans sa Deuxième Apologie, Justin affirmera nettement sa croyance au ministère des anges : « Dieu a confié le soin de veiller sur les hommes et sur les créatures qui sont sous le ciel aux anges qu’il a mis à leur tête » (ch. 5, 2). Et deux chapitres plus avant, Justin dira encore : « Dieu a fait au commencement les hommes et les anges maîtres d’eux-mêmes, et c’est pourquoi ils seront punis du feu éternel du mal qu’ils auront fait. »
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3. Origène (185-254) a enseigné le ministère tutélaire et bénéfique de l’ange gardien. « Auprès de chaque homme, dira-t-il, il y a toujours un ange du Seigneur qui l’éclaire, le garde et le protège de tout mal. »
Migne, dans une note, fait remarquer que les Pères de l’Église, dans leurs récits des apparitions des anges, les décrivent presque toujours comme entourés d’une grande lumière. Dans la liturgie de saint Basile, les quatre anges, Michel, Gabriel, Raphaël et Sariel, sont appelés les quatre lucidi (lumineux). Saint Grégoire de Naziance appelle les anges lucida natura.
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4. La prière de sainte Marcine.
L’ultime prière de sainte Marcine est un exemple typique de la ferme croyance des premiers chrétiens en l’assistance des anges et notamment en celle de l’Ange gardien au moment de la mort.
C’est dans le livre du pasteur Georges Appia, Noël à travers les Âges, que nous avons trouvé la mention de cette dernière prière de sainte Marcine, prière qui mérite de retenir notre attention par sa profonde humilité et sa foi entière en l’assistance des anges et en la miséricorde du Tout-Puissant ; cette prière est rapportée par saint Grégoire de Nysse dans l’éloge funèbre qu’il fit à l’occasion de la mort de sa sœur ; en effet, sainte Marcine était la sœur aînée de deux futurs saints : Grégoire de Nysse et Basile le Grand. Sainte Marcine est morte en l’an 379 ayant gardé sa foi au travers de nombreuses tribulations. L’Église fête sa mémoire le 19 juillet.
Voici une partie de cette remarquable prière, telle qu’elle fut recueillie par le frère de Marcine qui l’assistait au moment du décès :
« Seigneur, Tu nous as affranchis de la crainte de la mort. C’est Toi qui as fait que la fin de cette vie fût pour nous le vrai commencement de la vie... Ô Toi à qui j’ai été consacrée dès le sein de ma mère, Toi que j’ai aimé de tout mon cœur et à qui j’ai consacré ma chair et mon âme dès ma jeunesse, envoie-moi ton Ange de lumière pour me conduire au lieu de rafraîchissement, là où coule l’eau de la paix éternelle près des saints Pères qui nous ont devancés. »
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Saint Denys, l’Aréopagite et la Hiérarchie céleste
5. Saint Denys, évêque d’Athènes et de Paris, fut envoyé en mission par saint Clément, le successeur direct de l’apôtre Pierre ; il mourut vers 121. Denys, entre autres, composa son livre célèbre : De la Hiérarchie céleste, livre qui est à l’origine de tous ceux qui, après lui, ont traité le même sujet, notamment saint Thomas d’Aquin, qui en fit la base de son exposé sur les anges. Saint Denys déclarait tenir sa science de saint Paul ravi au ciel sur le chemin de Damas.
Pour la critique moderne, le rédacteur de la Hiérarchie un Pseudo-Denys.
Résumons maintenant la riche matière de la Hiérarchie céleste. Dans cet ouvrage, Denys (ou Pseudo-Denys) parle des causes secondes que Dieu s’est associées, soit les anges ou coopérateurs de Dieu. Dieu est le guide, sa bonté produit les opérations. Les coopérateurs en imitation de l’opération divine forment la hiérarchie.
Hiérarchie.
La hiérarchie est à la fois ordre, science et action, se conformant, autant qu’il se peut, aux attributs divins et reproduisant par ses splendeurs originelles une expression des choses qui sont en Dieu. Or, la beauté incréée, parce qu’elle est simple, bonne et principe de perfection, est pure aussi de tout vil alliage ; toutefois, et selon les dispositions personnelles de chacun, elle communique aux hommes sa lumière, et par un divin mystère, les refait au modèle de sa souveraine et immuable perfection.
Le principe de toute hiérarchie est « la Trinité », source de vie, bonté essentielle, cause unique de tout, et qui, dans l’effusion de son amour, a communiqué à toutes choses l’être et la perfection. Dans le sein de son excellence et de sa bonté infinies, cette Trinité indivisible, dont le mode d’existence, ignoré des hommes, n’est connu que d’elle-même, nourrit le vœu de sauver toute créature intelligente, les Anges et les hommes ; mais le salut n’est possible que pour les esprits déifiés, et la déification n’est que l’union et la ressemblance qu’on s’efforce d’avoir avec Dieu.
Le but de la hiérarchie est d’assimiler et d’unir à Dieu, qu’elle adore comme maître et guide de sa science et de ses fonctions saintes. Or, les êtres, pour s’unir et s’assimiler à Dieu, ont besoin d’être purifiés, illuminés, perfectionnés. Dieu, toute pureté, toute lumière, toute perfection, en tant que cause première de tout ce qui possédera ces dons, est la source de la perfection des êtres ; mais, s’il perfectionne tout, il suit une loi qui consiste à associer les créatures à son action : les uns purifient, les autres sont purifiés ; les uns illuminent, les autres sont illuminés ; les uns perfectionnent, les autres sont perfectionnés. Les rangs supérieurs donnent aux inférieurs ; ainsi la hiérarchie est la distribution des êtres de plus en plus parfaits, en remontant à Dieu, de plus en plus imparfaits en descendant. Les plus voisins de Dieu sont comme imprégnés de Lui, transformés en Lui ; ils transforment et imprègnent les autres selon leurs dispositions, et ainsi les êtres imitent Dieu, s’unifiant avec Lui, dans la limite du possible. Cette loi de la gradation est le principe général qui domine tout, car l’harmonie ou la beauté résulte de l’unité dans la variété.
Au-dessus de l’échelle des êtres se trouve l’essence divine rayonnant comme un soleil infini. C’est de ce foyer suprême que les premiers rayons de la lumière céleste descendent immédiatement sur les intelligences les plus parfaites. Celles-ci, semblables à un miroir qui renvoie l’image reçue, réfléchissent sur les esprits d’un rang inférieur cette clarté dont elles brillent, et ainsi le rayon descend jusqu’au dernier degré de l’intelligence. Dans cette participation aux largesses divines, les saints ordres des substances célestes surpassent ce qui n’a que l’être, ce qui a la vie sans raison, ce qui a la raison comme nous. En effet, leur modelage intellectuel à l’imitation de Dieu, leur céleste contemplation de l’essence divine, leur désir d’y conformer davantage leur intelligence, leur en assignent à juste titre de plus vastes communications. Donc, ce sont ceux qui premièrement, et sans plus de rapports, communiquent avec la Divinité et, avant tout, et de plus de manières, manifestent la vie. C’est cette manifestation qui leur donne leur nom, car ils nous transmettent les dons qu’ils ont reçus. Aussi le nom d’Anges convient-il à tous ces ordres, même les plus élevés, bien qu’au propre il désigne les inférieurs.

Il y a donc trois Hiérarchies, chacune comprenant trois Ordres.
Première hiérarchie : Séraphins, Chérubins, Thrônes.
Cette hiérarchie siège immédiatement auprès de Dieu.
Séraphin, en hébreu, signifie incendiaire ; ce nom exprime d’une manière brillante le mouvement perpétuel et incessant des Séraphins vers les choses divines, l’ardeur, la subtilité, l’effervescence de leur activité ferme, inflexible, permanente, leur faculté énergique à élever jusqu’à leur similitude les êtres au-dessous d’eux, en les animant et excitant d’un feu pareil, ainsi qu’à les purifier dans des flammes éminemment dévorantes, leur propriété patente, indéfectible, toujours la même, de recevoir la lumière et de la transmettre, en même temps que de bannir et de repousser l’obscurité des ténèbres.
Le nom de Chérubins signifie Plénitude de gnose ou Effusion de sagesse ; il exprime leur aptitude à la gnose, leur capacité à absorber les flots de la suprême lumière, leur habileté à contempler la beauté souveraine dans son initiale irradiation, leur plénitude de largesses sapientifiques, et leur spontanéité à communiquer à leurs inférieurs immédiats les trésors dont la sagesse les a comblés.
Le nom de Thrônes exprime leur parfaite exemption de tout abaissement terrestre, leur ascension vers les sommets supramondains, leur ineffable éloignement des régions infimes, leurs complets efforts à se tenir constants et inébranlables auprès du Très-Haut par essence, leur immatérielle impassibilité à accueillir les visites de la théarchie, leur vigueur à porter le divin et leur soin à s’ouvrir pour la réception du divin.
C’est donc avec convenance que la première des hiérarchies comprend dans son noble ressort les substances les plus sublimes, attendu que son élévation au-dessus des autres la rapproche le plus près de la Divinité, qui, par de primordiales théophanies et perfections, se communique à elle au plus haut degré. Les substances qui composent cette première hiérophanie sont très éminemment pures, non pas seulement en ce sens que nulle tache, nulle souillure ne les avilit, et qu’elles ne subissent pas la loi de nos imaginations matérielles, mais parce que, inaccessibles à tout principe de dégradation et étant d’une sainteté transcendante, elles s’élèvent par là-même au-dessus des autres esprits, si divins qu’ils soient ; et encore parce qu’elles trouvent dans un généreux amour de Dieu la force de se maintenir librement et invariablement en leur ordre propre, et que nulle altération ne leur peut survenir, la fermeté d’une volonté invincible les attachant saintement aux frontières qui leur furent assignées. Elles sont aussi contemplatives ; et, par là, je ne veux pas dire qu’elles perçoivent les choses intellectuelles au moyen de symboles sensibles, ni que le spectacle de divines et pieuses images les élève à Dieu ; mais je comprends qu’elles sont admises, autant que leur nature le permet, à la vision de cette beauté suréminente, cause et origine de toute beauté ; et qui reluit dans les trois adorables personnes ; je comprends qu’elles jouissent de l’humanité du Sauveur, autrement que sous le voile de quelques figures où se retracent ses augustes perfections ; car, par l’accès libre qu’elles ont auprès de Lui, elles reçoivent et connaissent directement ses saintes lumières ; je comprends enfin qu’il leur est donné d’imiter Jésus-Christ d’une façon plus relevée, et qu’elles participent, selon leur capacité, au premier écoulement qui se fait de ses vertus divines et humaines. Enfin, elles sont parfaites, non point parce qu’elles savent expliquer les mystères cachés sous la variété des symboles, mais parce que, dans leur haute et intense union avec la Divinité, elles acquièrent, touchant les œuvres divines, cette science ineffable que possèdent les Anges ; car ce n’est point par le ministère de quelques autres et saintes natures, mais de Dieu immédiatement, qu’elles reçoivent leur initiation. Elles s’élèvent donc à Lui sans intermédiaire, par leur vertu propre et par le rang supérieur qu’elles occupent, et, par là encore, elles se fixent dans une sainteté immuable et sont appelées à la contemplation de la beauté purement intelligible. Ainsi constituées d’une façon merveilleuse par l’Auteur qu’elles entourent au premier rang, elles apprennent de Lui les hautes et souveraines raisons des opérations divines.
Les ordres inférieurs des pures intelligences sont instruits des choses divines par les ordres supérieurs ; et les esprits du premier rang à leur tour reçoivent de Dieu la communication de la science... Cette source divine purifie de toute ignorance, en communiquant à chaque intelligence, selon sa dignité propre, la connaissance des mystères ineffables ; elle éclaire aussi et, par la pureté qu’elle donne, permet aux esprits de contempler au grand jour de cette lumière suréminente les choses qu’ils n’avaient point encore vues ; enfin elle les perfectionne en les confirmant dans la claire intention des plus magnifiques splendeurs.
Fonctions de la première Hiérarchie.
Rangée comme en cercle autour de la Divinité, elle l’environne immédiatement, et, au milieu des joies d’une connaissance perpétuelle, elle tressaille dans la merveilleuse permanence de cet élan sublime qui emporte les Anges. Elle jouit d’une foule de suaves et pures visions ; elle brille sous le doux reflet de splendeurs immédiates, et est rassasiée d’une divine nourriture, très abondante, puisque c’est l’effusion du premier don, réellement une et parfaitement identique à cause de la simplicité de l’auguste substance. Elle a l’honneur d’être associée à Dieu et de coopérer à Ses œuvres en retraçant, dans la limite de Son pouvoir Ses perfections et Ses opérations. Elle connaît enfin d’une manière suréminente une foule de mystères ineffables et participe autant que le peut la créature, à la science et à la connaissance du Très-Haut.
Ces esprits entonnent incessamment le Trisagion, ce cantique de louanges et d’adoration :
« Saint, Saint, Saint est le Seigneur des armées (des anges). Toute la terre est pleine de sa gloire ! »

Seconde hiérarchie.
La seconde Hiérarchie se compose des trois Ordres suivants :
Dominations, Vertus, Pouvoirs ou Puissances.
Le nom de saintes Dominations désigne leur spiritualité sublime et affranchie de toute entrave matérielle, et leur autorité à la fois libre et sévère, que ne souille jamais la tyrannie d’aucune vile passion. Car ne subissant ni la honte d’un abject esclavage, ni les conditions d’une dégradante chute, ces nobles intelligences ne sont tourmentées que du besoin insatiable de posséder Celui qui est la domination essentielle et l’origine de toute domination ; elles se façonnent elles-mêmes et façonnent les esprits subalternes à la divine ressemblance, méprisant toutes choses vaines, elles tournent leur activité vers l’être véritable, et entrent en participation de son éternelle et sainte principauté.
Le nom sacré de Vertus me semble indiquer cette mâle et invincible vigueur qu’elles déploient dans l’exercice de leurs diverses fonctions et qui les empêche de faiblir et de céder sous le poids des augustes lumières qui leur sont départies. Ainsi portées avec énergie à imiter Dieu, elles ne font pas lâchement défaut à l’impulsion céleste ; mais, contemplant d’un œil attentif la vertu suressentielle originale et s’appliquant à en reproduire une parfaite image, elles s’élèvent de toutes leurs forces vers leur archétype, et, à leur tour, s’inclinent, à la façon de la Divinité, vers les essences inférieures pour les transformer.
Le nom de célestes Puissances, qui sont de même hiérarchie que les Dominations et les Vertus, rappelle l’ordre parfait dans lequel elles se présentent à l’influence divine et l’exercice légitime de leur sublime et sainte autorité ; car elles ne se livrent pas aux excès d’un tyrannique pouvoir, mais, s’élançant vers les choses d’En Haut avec une impétuosité bien ordonnée, et entraînant avec amour vers le même but les intelligences les moins élevées, d’un côté elles travaillent à se rapprocher de la puissance souveraine et principale, et de l’autre, elles la réfléchissent sur les ordres angéliques pour les admirables fonctions qu’il leur est donné de remplir.
Ornée de ces qualités sacrées, la seconde hiérarchie des esprits célestes obtient pureté, lumière et perfection, en la manière que nous avons dite, par les splendeurs divines que lui transmet la première hiérarchie et qui ne lui viennent ainsi qu’au second degré de leur manifestation.

Troisième hiérarchie.
La troisième hiérarchie comprend :
Principautés, Archanges et Anges.
Le nom des célestes Principautés fait voir qu’elles ont le secret divin de commander avec ce bon ordre qui convient aux puissances supérieures ; de se diriger invariablement elles-mêmes et de guider avec autorité les autres vers Celui qui règne par-dessus tout ; de se former, au degré où c’est possible, sur le modèle de sa principauté originale, et de manifester enfin son autorité souveraine par la belle disposition de leurs propres forces.
L’Ordre des Archanges appartient à la même division que les saintes Principautés. Il est vrai toutefois, qu’il forme aussi une seule et même division avec les Anges. Mais comme toute hiérarchie comprend des premières, des secondes et des troisièmes puissances, l’ordre sacré des Archanges est un milieu hiérarchique où les extrêmes se trouvent harmonieusement réunis. En effet, il a quelque chose de commun avec les Principautés et avec les Anges. Comme les Principautés, il se tient éperdument tourné vers le principe suressentiel de toutes choses et s’applique à lui devenir semblable par l’invincible ressort d’une autorité sage et régulière ; comme les Anges, il remplit les fonctions d’ambassadeur, et, recevant des natures supérieures la lumière qui lui revient, il la transmet avec une divine charité, d’abord aux Anges, et ensuite, par eux, à l’humanité, selon les dispositions de chaque initié.
Les Anges viennent compléter les différents Ordres des esprits célestes, et ce n’est qu’en dernier lieu et après tous les autres, que leur échoit la perfection angélique. Le nom d’ange convient parfaitement à leur fonction de Messagers des ordres célestes, ces esprits sont interprètes et envoyés d’une puissance supérieure.

Fig. 9. Saint Denys communié par Notre-Seigneur, accompagné par les Anges du Sacrifice. Manuscrit de la Bibliothèque Nationale.
En fin d’exposé, saint Denys insiste sur un point capital, disant : « On ne doit pas s’imaginer, avec l’ignorance impie du vulgaire, que ces nobles et pures intelligences aient des pieds et des visages, ni qu’elles affectent la forme d’un bœuf stupide ou du lion farouche, ni qu’elles ressemblent en rien à l’aigle impérieux ou aux légers habitants des airs. Ce ne sont ni des chars de feu qui roulent dans le ciel, ni des trônes matériels destinés à porter le Dieu des dieux, ni de coursiers aux riches couleurs, ni de généraux armés de lances, ni rien de ce que nomment les Écritures dans leur langage si fécond en pieux symboles. »
La classification de saint Denys se retrouve dans Plotin et Grégoire le Grand.
Par ce qui précède on peut se rendre compte de l’importance de l’ouvrage de saint Denys sur les Ordres angéliques. Pour cette étude de la pensée de saint Denys, nous nous sommes inspirés de l’ouvrage capital que l’abbé Vidieu a consacré à ce saint Père de l’Église primitive.
L’ouvrage, intitulé : Saint Denys, l’Aréopagite, patron de la France, dont la lecture est des plus instructives, a paru chez Firmin-Didot, Paris 1889.
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Palladius : Histoire Lausiaque.
6. Palladius (vers 363-425), dans son Histoire Lausiaque composée entre 419-420, raconte la vie des ascètes et des Pères du désert ; dans ces récits, on y voit fréquemment à l’œuvre les anges et les démons ; le contenu doctrinal de l’ouvrage peut se résumer comme suit : Dieu nous dirige, nous dispense la grâce par le canal des ordres des anges fidèles qui interviennent dans l’humanité pour être ses messagers, les conseillers de sa Providence, les gardiens de la vertu. Quant aux démons ou anges déchus, ils cherchent à tromper et sont chassés par la prière et par le jeûne.
Voici l’opinion de Dorothée, un ascète thébain, sur l’infatigable activité des anges ; le voyant exténué, son disciple lui conseille de prendre un peu de repos ; l’ascète de répondre : « Si tu arrives à persuader les anges de dormir, tu persuaderas aussi l’homme rempli de zèle. » Car pour lui l’ange était toujours à l’œuvre, sans repos aucun.
Macaire d’Alexandrie avait coutume de rester debout en méditation et de commander à son esprit : « Ne descends pas des cieux, tu as là des anges, des archanges, les puissances d’En Haut, le Dieu de l’Univers ; ne descends pas au-dessous du ciel. » Voyant l’application de cet ascète, le démon irrité de ne pouvoir le corrompre mit le feu à tous les objets de la cellule.
Le même Macaire raconte qu’il avait vu une fois un ange donner depuis l’autel l’oblation. « Je voyais, dit l’ascète, seulement l’ossature de la main de celui qui donnait. »
Valens, s’étant retiré au désert, ne put maîtriser son orgueil ; les démons en profitent pour le tromper petit à petit ; plein de superbe, Valens croit que les anges conversent avec lui ; Macaire le réprimande, mais il ne veut rien entendre. Le démon, profitant de cette disposition d’esprit, se déguise en Sauveur ; il se présente de nuit, dans une vision, accompagné d’un millier d’anges tenant des flambeaux ; ils sont entourés d’un cercle de feu. Valens se prosterne et adore le Diable ; il est frappé de folie. Alors Macaire et son compagnon, pris de pitié, le soignent ; au bout d’une année Valens perd sa superbe et redevient normal grâce aux prières des deux ascètes.
Un autre Père du désert, Élie, est tourmenté par la passion des femmes et par de violents désirs de volupté ; il en est délivré par l’intervention de trois anges ; étant en extase, Élie voit un des anges, armé d’un rasoir, qui le châtre ; au moment de l’opération, il ressent une vive douleur, mais l’intervention n’était que figurée et non réelle. Cependant, au réveil, l’ascète fut délivré de ses désirs de volupté.
Un ange révéla à une vierge du nom de Piamoun que des gens d’un pays voisin venaient en foule pour piller et détruire son village. Elle se mit en prière et demanda que les bandits soient cloués sur place au moment où sa prière serait portée devant le trône de Dieu. Le miracle se produisit et les assaillants firent la paix et se convertirent.
Le diacre Évagre, très fort en dialectique contre les hérésies, était assistant du bienheureux Nectaire ; Évagre avait beaucoup de succès et ses discours étaient appréciés non seulement par ses auditeurs, mais aussi par ses auditrices. Voici ce que nous raconte à ce sujet Palladius : « Dans la grande ville, Évagre était florissant, mettant la fougue de la jeunesse dans ses paroles contre chaque hérésie. Or il arriva que fort honoré par la ville entière, il fut empêtré par le fantôme d’une concupiscence féminine. À son tour la femelle s’amouracha de lui. Cela étant, Évagre craignant Dieu, ayant le respect de sa propre conscience et s’étant mis devant les yeux la grandeur de l’acte honteux et la joie malveillante des hérésies, pria Dieu, en le suppliant d’être entravé par lui. Quoi qu’il en soit, la femme le pressant et étant enragée, lui le voulant n’avait pas la force de se retirer, retenu par les liens de cette servitude. Or, peu après, sa prière ayant réussi, avant d’en arriver à la pratique, il se présenta à lui une vision angélique... » Alors il se voit traîné devant le gouverneur et chargé de fers. « Cependant l’ange, qui avait procuré la vision, se métamorphose pour représenter un ami authentique », il le met en garde contre le danger qu’il court et lui fait jurer sur la Bible de quitter la ville sur le champ ; il s’en vint à Jérusalem ; et le récit continue : « Là il fut accueilli par la bienheureuse Mélanie de Rome. Puis le diable lui ayant de nouveau desséché le cœur de même qu’à Pharaon, comme il était jeune et plein de sève pour son âge, il lui vint quelque doute et il eut de l’hésitation sans rien dire à personne ; et alors, il changea de nouveau d’habits et la vaine gloire l’engourdissait même dans son langage. Mais le Dieu, qui empêche notre perte à tous, le jeta dans un accès de fièvre, et à la suite, il lui exténua, dans une longue maladie pendant une période de six mois, la pauvre chair par laquelle il était entravé. Cependant les médecins étant embarrassés, la bienheureuse Mélanie lui dit : « Fils, ta maladie qui se prolonge ne me plaît pas. Dis-moi donc ce qu’il y a dans ta pensée. Car cette maladie que tu as n’existe pas sans Dieu. » Alors il lui avoua l’affaire complète ; elle lui fit promettre de se retirer dans le désert où il composa un traité sur les maléfices des démons, surtout le démon de la concupiscence. Un jour trois démons se présentent à lui en tenue de clercs ; ils veulent disputer avec lui, mais Évagre les domina par sa parole concise et par sa sagesse. Il vécut pendant seize ans de régime uniquement cru et mourut en odeur de sainteté.

Fig. 10. L’Orthodoxie entourée des embûches de l’Hérésie. Protection angélique. Gravure extraite du Livre des persécutions des chrétiens.
Autre épisode où il est encore question d’ange : l’ermite Euloge vient avec un estropié dont il s’occupait et dont il projetait de se séparer, étant donné l’affreux caractère du malade ; l’ascète veut prendre conseil de saint Antoine ; ce dernier leur dit : « Ne rôdez nulle part, partez, ne soyez pas séparés l’un de l’autre, excepté dans votre cella. C’est que déjà Dieu envoie vers vous... Ne faites donc pas quelque autre chose, et qu’alors en venant, l’Ange ne vous trouve pas dans cet endroit. » Antoine laisse entendre que pour eux deux la fin était proche. En effet, quarante jours après Euloge mourait et trois jours plus tard l’estropié rendait le dernier soupir.
Le sage Paphnuce enseignait à ses disciples que : « Tout ce qui arrive se partage en deux choses, la volonté de Dieu et sa permission. » Il les met en garde contre le terrible défaut qu’est l’orgueil, leur disant :
En effet, lorsque celui qui s’est enflé d’orgueil, en se prévalant de la bonté naturelle de ses discours, n’attribue pas à Dieu ce bon naturel ni le don gratuit de sa science, mais à son application ou à sa nature, Dieu éloigne de lui l’Ange de sa Providence. Quand celui-ci s’est détourné, celui qui se prévalait de son bon naturel est terrassé par l’Adversaire et tombe par présomption dans le dérèglement.
Enfin Palladius clôt son Histoire Lausiaque en citant le cas du Frère qui était avec lui et qui reçut par trois fois, de la main d’un ange, son nécessaire de nourriture.

SECTION II : Jean Danielou : La croyance des Pères de l’Église au ministère des Anges.
Si l’on veut être bien renseigné sur les croyances des Pères de l’Église en matière d’angéologie, il faut lire l’excellent livre du P. Jean Danielou : Les Anges et leur Mission d’après les Pères de l’Église. Cet ouvrage, paru en 1953, est une riche mine de renseignements ; il suffit de prendre connaissance des titres de dix chapitres pour réaliser la valeur de cette étude qui éclaire les croyances des premiers chrétiens sur le mystère des anges et sur leurs missions multiples ; qu’on en juge plutôt :
I. Les Anges et la Loi.
II. Les Anges et la Religion cosmique.
III. Les Anges de la Nativité.
IV. Les Anges de l’Ascension.
V. Les Anges et l’Église.
VI. Les Anges et les Sacrements.
VII. L’Ange gardien.
VIII. Les Anges et la Vie spirituelle.
IX. Les Anges et la mort.
X. Les Anges et la Parousie.
Nous voulons maintenant étudier dans le détail ce vaste programme.
I. Les Anges et la Loi.
À ce sujet les Écritures enseignent que l’archange Michel est le protecteur du peuple juif (Daniel X, 13, 20-22). Pseudo-Denys se fait l’écho de cette tradition, car il dit : « Michel est l’ange du peuple d’Israël. » Les anges viennent réconforter les serviteurs de Dieu dans l’accomplissement de leur tâche. L’Ancien Testament a été communiqué aux Juifs par l’intermédiaire des anges. Déjà dans le Deutéronome (33, 2), on trouve le début du développement de l’angéologie ; en effet, au lieu de lire la traduction habituelle : « Yahweh est venu du Sinaï ; de sa droite jaillissaient des traits de lumière », le texte grec dit : « À sa droite les anges l’accompagnaient. »
Le Livre des Jubilés montre Yahweh confiant à l’Ange de la présence la rédaction et la promulgation de la Loi. Yahweh dit : « Écris pour Moïse depuis le commencement de la création jusqu’à l’édification de mon sanctuaire parmi eux pour l’éternité. » Josèphe reprend l’idée : « Nous avons reçu de Dieu, par l’intermédiaire des anges, les plus belles des prescriptions et les plus saintes des lois. » Saint Paul, dans l’Épître aux Galates tient le même langage : « La Loi a été promulguée par les anges » (3, 19). Même affirmation dans les Actes (7, 53) ; Étienne dit : « Vous avez reçu la Loi par le ministère des anges. »
Saint Augustin écrira : « Les anges publient la Loi d’une voix terrible. » Pseudo-Denys précise : « Comme l’enseigne la théologie, la Loi est transmise par les anges. Dans les temps qui ont précédé la Loi, comme au temps même de la Loi, ce sont les anges qui ont guidé nos ancêtres vénérés vers les réalités divines. »
Saint Hilaire : « La Loi a été promulguée par les anges et l’homme a mangé le pain des anges »... Il dit encore : « (Lors de la crucifixion) l’honneur du voile est enlevé au Temple, avec la garde de l’ange protecteur. »
Origène : L’ange veillait sur la sainteté du Temple. Cette protection de l’ange restait attachée au Temple, tant que la présence de Dieu y demeurait ; à la mort du Christ le Temple est désaffecté et le voile enlevé. Après la mort du Christ, le rôle préparatoire des anges a varié, car depuis lors ils ont été soumis au Christ. Origène établit un parallélisme entre le rôle des anges dans la préparation historique du Christ et leur rôle dans la formation première de l’âme.
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II. Les Anges et la Religion cosmique.
Clément d’Alexandrie écrit : « Les présidences des anges ont été distribuées selon les nations et les villes. »
Saint Basile : « Qu’il y ait des anges préposés à des nations entières, c’est là l’enseignement de Moïse et des prophètes. »
Pseudo-Denys : « Les anges chargés du soin sacré de chaque nation élevèrent tous ceux qui voulurent bien les suivre vers l’unique principe universel. » Il en découle que des anges ont aussi pour mission de conduire les peuples païens à Dieu.
Clément d’Alexandrie : « Les anges ont communiqué la Loi aux Juifs et la philosophie aux Grecs. »
Origène : « Ce sont les anges qui ont donné la philosophie occulte et secrète des Égyptiens, la religion astrale des Chaldéens, les promesses des Hindous relatives à la science de Dieu. » Nous avons bien là, nettement indiquée, une alliance cosmique de Dieu avec les peuples par le ministère des anges.
Eusèbe : « Dieu a distribué toutes les nations, sauf les Juifs qu’il s’est réservés, aux gouverneurs invisibles des nations, qui sont les anges. »
Pseudo-Denys voit le grand obstacle à l’action des anges des nations dans la mauvaise volonté des hommes qui n’ont pas écouté la voix des bons anges, mais celle des démons qui essaient de les détourner du vrai Dieu.
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III. Les Anges de la Nativité.
À la naissance du Christ la mission des anges ne cesse pas ; les armées célestes sont mises à la disposition du Christ. Les anges à qui avait été confiée la direction des choses terrestres l’accueillent avec joie et se mettent à son service, et les anges du ciel descendent avec Jésus pour être les ministres et les témoins de son œuvre. Nous avons là déjà une nette indication de la hiérarchie des anges. Au demeurant, le Verbe s’incarne pour venir au secours des anges des nations qui n’ont pu gagner les hommes et les empêcher de faire retour à l’idolâtrie.
Eusèbe : « Le Sauveur vint vers les hommes en médecin, apportant secours à ses propres anges pour le salut des hommes. »
Voilà le grand mystère de Noël : à la naissance du Sauveur, nous assistons à la réunion des anges de la terre et des cieux, car les anges joyeux viennent pour servir le Christ ; il y eut à sa naissance « une multitude de la milice céleste louant et glorifiant Dieu. »
Saint Hilaire : « Lorsque le Christ descendit pour assumer la nature humaine, il fut accompagné d’une assistance céleste. »
Origène : « Quand les anges virent le prince de la milice céleste demeurer dans les lieux terrestres, ils entrèrent par la voie qu’il avait ouverte, suivant leur Seigneur et obéissant à la volonté de celui qui les distribue pour gardiens à ceux qui croient en Lui. Les anges sont au service de ton salut. Ils ont été concédés au Fils de Dieu pour le suivre. Et ils disent entre eux : Si Lui est descendu dans un corps, s’il a revêtu une chair mortelle, que restons-nous à ne rien faire. Allons, anges, descendons tous du ciel. C’est ainsi qu’il y avait une multitude de la milice céleste qui louait et glorifiait Dieu quand le Christ est né. Tout est plein d’anges. »
Les anges du ciel apparaissent donc comme les ministres et les serviteurs du Christ.
Grégoire de Naziance appelle les anges, « les initiés de l’incarnation ».
Les anges furent les premiers à recevoir le mystère de l’incarnation, révélé à Marie par l’ange Gabriel. Un autre ange apporte la bonne nouvelle aux bergers. Les anges deviennent les messagers du ministère du Christ auprès des hommes. La fuite en Égypte est annoncée à Joseph de la part du Père par un ange du Seigneur.
Les anges des hiérarchies supérieures qui descendent avec le Verbe, ne l’entourent pas seulement de leur adoration, mais ils sont les messagers auprès des anges inférieurs chargés du gouvernement des choses terrestres.
Pseudo-Denys en fera le corps de sa doctrine angélique lorsqu’il dit :
« L’ordre supérieur, composé des Chérubins, des Séraphins et des Thrônes, plus proche par sa dignité, du sanctuaire secret, initie mystérieusement le second ordre composé des Seigneuries, des Pouvoirs et des Puissances. Celui-là, à son tour, révèle les mystères aux Principautés, aux Archanges et aux Anges. » Nous avons là le processus nettement indiqué de l’illumination des ordres inférieurs par les supérieurs. Il appartiendra à Saint Thomas d’Aquin de développer cette leçon.
D’après Origène, les bergers, les pasteurs qui reçoivent la première bonne nouvelle, seraient les anges à qui sont confiés les hommes.
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IV. Les Anges de l’Ascension.
De la naissance à la tentation, à la mort et à la résurrection, les anges accompagnent fidèlement le Sauveur.
Grégoire de Naziance montre le Christ entrant au ciel et convoquant les puissances qui lui sont amies pour les associer à sa joie comme il les avait initiées à son incarnation.
Chrysostome : « Tu veux savoir comment les anges se réjouissent à l’Ascension ? Écoute le Seigneur disant qu’ils montent et descendent continuellement. »
Se basant sur les Actes des Apôtres (1, 10), Cyrille de Jérusalem est fondé d’affirmer : « Les anges assistaient à la montée du Christ. »
Eusèbe : « Les Vertus célestes, en voyant le Christ s’élever, l’entourèrent pour l’escorter, proclamant : “Levez-vous portes éternelles et le roi de gloire entrera.” » (Ps. 23, 9.)
De tout cela Danielou en tirera les conclusions suivantes : « La relation des anges à l’Ascension a une signification plus profonde. Elle fait partie de la substance du même mystère. Celui-ci n’est pas seulement le fait d’une élévation du Christ dans son corps au milieu des anges, il est théologiquement l’exaltation de la nature humaine, que le Verbe de Dieu s’est unie, au-dessus de tous les ordres angéliques qui lui sont supérieurs. C’est là un renversement de situation qui constitue pour les anges un spectacle inattendu. Dans l’Épître aux Éphésiens (1, 20-22), Paul dit que Dieu établit la royauté du Verbe incréé au-dessus de toute Principauté. Si le mystère de la Nativité est aussi celui de la révélation faite par les anges du ciel à ceux de la terre, celui de l’Ascension est le mystère de la révélation faite par les anges de la terre aux anges du ciel. Quand le Verbe est descendu s’incarner, il était accompagné par les anges du ciel, il remonte escorté par les anges de la terre qui rencontrent les anges gardiens des portes du ciel. »
Irénée montre le Christ s’élevant parmi les hiérarchies des anges stupéfaites, signifiant l’exaltation de l’humanité que le Christ s’est unie au-dessus de tous les mondes angéliques.
Pour Athanase, les anges qui accompagnent le Christ à sa montée ne sont pas les anges de la terre, mais ceux qui étaient descendus avec Lui ; il dira : « Les anges du Seigneur, qui le suivirent sur la terre, en le voyant monter, l’annoncent aux vertus célestes, pour qu’elles ouvrent leurs portes. Les puissances sont dans la stupeur en le voyant dans la chair. »
L’entrée du Verbe incarné au ciel apparaît bien comme une révélation inouïe faite aux puissances célestes. Et Danielou de préciser : « Le vrai mystère de la Nativité est l’abaissement de la personne divine du Verbe, “un peu au-dessous des anges”, conformément à ce que Paul dit (Hébr. 2, 5-7), “car ce n’est pas à des anges que Dieu a soumis le monde à venir... le Fils de l’homme, tu l’as fait pour un peu de temps inférieur aux anges”. Et le vrai mystère de l’Ascension est l’exaltation de la nature humaine au-dessus des mondes angéliques. »
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V. Les Anges et l’Église.
De ses nombreuses lectures, le P. Danielou en est arrivé à la conclusion que les Pères de l’Église expriment bien la joie des anges en voyant le Christ ramener à l’Ascension l’humanité perdue dans le ciel, et cela en s’appuyant sur la parabole de la brebis perdue ; les quatre-vingt-dix-neuf brebis sont les anges qui attendent le retour de la brebis égarée (l’humanité pécheresse), et ils manifestent leur joie à son retour.
Grégoire de Nysse : « Le plérôme de tous les anges adore celui qui vient avec le nom de Premier-Né. Il exulte du rappel des hommes... car il y a de la joie chez les anges pour ceux qui sont sauvés du péché. »
Le même thème est développé dans la parabole de l’enfant prodigue et dans celle de la drachme perdue.
Dans le Cantique des Cantiques, le rôle des amis de l’époux n’est-il pas de conduire l’épouse à celui qui lui est destiné et de s’effacer ensuite ? Cette attitude préfigure la conduite des anges attendant le retour du Seigneur ramenant l’Église son épouse, dans la maison du Père. Les noces du Verbe et de l’Église accomplies, se continuent tout le temps de l’Église dans « la chambre nuptiale des sacrements », notamment par le baptême et par l’eucharistie.
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VI. Les Anges et les Sacrements.
« Les plus antiques traditions chrétiennes, dira Danielou, nous montrent l’Église confiée à un ange comme l’était le peuple de Dieu dans l’Ancien Testament. Dans l’Ascension d’Isaïe, il est parlé de « l’ange de l’Église chrétienne » et Hermas désigne l’ange Michel comme « celui qui a pouvoir sur l’Église et qui la gouverne », et cela par délégation du Christ qui en est le chef suprême. Toute la tradition nous montre les anges veillant sur l’Église et la servant. Les anges des nations deviennent les anges des Églises, ils rassemblent les fidèles dans les nations païennes.
Origène : « On peut dire, en suivant l’Écriture, qu’il y a deux évêques par Église, l’un visible, l’autre invisible, qui participent à la même tâche. »
Les Pères du quatrième siècle continuent cette tradition.
Saint Grégoire de Naziance dira : « Le soin de cette Église a été confié à un ange. Et d’autres président à d’autres Églises comme saint Jean l’enseigne dans l’Apocalypse. » On connaît l’adieu de Grégoire aux anges de Constantinople lorsqu’il quitte son diocèse.
Les anges des Églises ont pour mission de préparer les futurs fidèles à bien recevoir le sacrement du baptême.
Saint Chrysostome nous apprend que « le diacre invitait les catéchumènes à prier l’Ange de la paix ».
De même Origène : « Viens, ange, reçois par la parole celui qui s’est converti de l’antique erreur de la doctrine du démon ; reçois-le comme un bon médecin : réchauffe-le ; prends-le pour lui donner le baptême de la seconde naissance. »
Tertullien : « Purifiés dans les eaux sous l’action d’un ange, nous sommes préparés pour l’Esprit-Saint. L’ange qui préside au baptême prépare les voies du Saint-Esprit par la purification des péchés. »
Et Danielou de noter : « Tous les Pères s’accordent à enseigner que les anges assistent au baptême. Ainsi l’Église terrestre des prêtres et l’Église céleste des anges sont-elles l’une et l’autre ministres de la régénération opérée par l’Esprit-Saint. Le baptême est une participation de l’exaltation du Christ au-dessus des anges. »
Les anges sont également présents à l’assemblée chrétienne et l’ange du Seigneur circule autour de ceux qui le craignent.
Origène : « Les anges sont attirés par la lecture de l’Écriture et y prennent plaisir. »
Les anges sont intimement associés au service eucharistique, à la messe.
Saint Jean Chrysostome dira à ce sujet : « Les anges entourent le prêtre. Tout le sanctuaire et l’espace autour de l’autel sont remplis de puissances célestes pour honorer celui qui y est présent sur l’autel... Représente-toi dans quels chœurs tu vas entrer... Voici la table royale. Les anges servent à cette table. Le Seigneur lui-même est présent. »
À ce propos, Danielou fera remarquer : « La liturgie de l’Église est présentée dans le Nouveau Testament comme une participation à la liturgie des anges » (Hébr. 12, 22-24). Les anges sont associés aux différents moments du sacrifice. Cette unité des deux cultes, la liturgie elle-même l’exprime dans la préface où elle invite la communauté ecclésiastique à s’unir aux Trônes et aux Dominations, aux Chérubins et aux Séraphins pour chanter l’hymne séraphique.
Chrysostome : « Réfléchis auprès de qui tu te tiens et avec qui tu vas invoquer Dieu : avec les Chérubins. Représente-toi dans quels chœurs tu vas entrer. Que personne ne s’associe avec négligence à ces hymnes sacrés et mystiques. Que personne ne garde de pensée terrestre (sursum corda), mais que, se dégageant de toutes les choses terrestres et se transportant tout entier dans le ciel, comme se tenant à côté du trône même de la gloire et volant avec les Séraphins, il chante l’hymne très saint du Dieu de gloire et de majesté. »
Chrysostome enseignera encore : « Le gloria in excelsis est le chant des anges inférieurs. Aussi les catéchumènes peuvent s’y associer. Mais le Sanctus est celui des Séraphins. Il introduit dans le sanctuaire même de la Trinité ; aussi est-il réservé aux seuls initiés, aux baptisés. » On comprendra mieux alors la sainteté de l’eucharistie qui nous introduit, avec les Séraphins, en présence du Dieu Très-Saint, voilé seulement par les fragiles espèces du pain et du vin.
Quant au rôle d’intercession des anges dans la prière, il est primordial ; ils portent à Dieu nos demandes. Les anges se prosternent devant le Seigneur ; les archanges prient.
Les anges participent à toutes les fêtes chrétiennes ; ils y assistent en foule et se réjouissent avec les fidèles.
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VII. L’Ange gardien.
La croyance à l’existence de l’ange gardien est la tradition la plus constante dans l’Église ; on la retrouve dans les plus anciens textes chrétiens.
Origène : « Chaque fidèle, même s’il est tout petit dans l’Église, est assisté d’un ange dont le Christ atteste qu’il contemple sans cesse la face du Père. L’ange reste aussi longtemps que nous ne le chassons pas par le péché. »
Voici les diverses expressions grecques pour qualifier l’ange gardien : gardien ou garde, préposé, intendant, surveillant, assistant, pasteur, berger.
Eusèbe : « De peur que les hommes pécheurs ne soient sans gouvernement et sans présidence, comme des troupeaux sans raison, Dieu leur a donné des préposés et des surveillants, les saints anges, en guise de bergers et de pasteurs. »
L’action de l’ange gardien accompagne toute la vie de l’homme ; il est donné à la naissance de tous les hommes et non seulement au baptême. À partir du baptême, le rôle de l’ange gardien est tout nouveau ; il devient plus puissant par l’assistance du Christ.
Origène enseigne que « les apôtres ont les anges pour aide dans l’accomplissement de la prédication, dans l’achèvement de l’œuvre de l’Évangile. Il y a même un ange de Pierre, comme un ange de Paul, ainsi qu’un ange pour chaque ministère inférieur. Ce sont des instructeurs. »
Danielou énumère les fonctions diverses des anges gardiens d’après les Pères de l’Église.
1. Messagers et instructeurs, ils protègent l’âme contre les troubles extérieurs et intérieurs.
2. Ils sont chargés de reprendre et de punir lorsque l’âme se détourne du droit chemin.
3. Ils assistent le fidèle dans sa prière et transmettent ses demandes à Dieu.
Chrysostome recommande de prier l’ange de la paix ; Hermas conseille de faire appel à l’ange de la pénitence et Tertullien invoque l’ange de la prière. L’ange de la paix est aussi désigné comme étant le protecteur des voyageurs ; l’Écriture ne nous apprend-elle pas que l’archange Raphaël fut le compagnon et le protecteur du jeune Tobie, tout au long de son voyage ; l’ange de la paix protège l’âme contre l’action des démons.
Origène : « Le Christ a donné ordre à ses anges de protéger le baptisé. Ce sont les justes qui ont besoin d’être aidés par les anges. »
Saint Hilaire : « Dans les combats que nous menons contre les puissances mauvaises les anges nous assistent. »
L’ange de la paix ne protège pas seulement contre les dangers, il fournit aussi une aide positive, à l’instar de l’ange que Luc nous montre réconfortant le Christ dans son agonie. Ce bon ange est déclaré « doux et paisible » par Hermas.
Grégoire de Nysse abondera dans cette croyance : « Le Seigneur des anges procure à ceux qui en sont dignes la vie et la paix par ses anges. »
Athanase : « La vision des saints (anges) agit doucement et paisiblement, suscitant joie et exultation. »
Saint Ignace donne la règle du discernement des esprits : « C’est le propre de Dieu et de ses anges, dans leurs motions, de donner la vraie joie et l’exultation spirituelle, en écartant la tristesse et le trouble que suscite l’ennemi. »
En parlant de l’ange de la pénitence, les Pères de l’Église ne font que continuer la tradition juive. Hermas enseigne que « l’ange de la pénitence tient le diable sous sa puissance ».
Dans le Livre d’Hénoch, sont mentionnés les archanges Michel, Raphaël et Gabriel ; à ces trois premiers s’ajoute Phanuel qui préside au repentir.
L’ange de la pénitence excite dans l’âme du pécheur le repentir. Or la pénitence n’est pas seulement punition, mais encore rémission des péchés et restauration de la santé de l’âme.
Clément d’Alexandrie, parlant de la nécessité de la prière, dira : « Même quand l’homme prie seul, il est mêlé aux chœurs angéliques. »
Tertullien recommande de ne pas s’asseoir quand on prie, par respect pour l’ange de la prière qui se tient à côté de nous.
Origène précise : « Les anges se rassemblent près de celui qui prie Dieu pour s’unir à sa prière. » Ainsi l’ange circule constamment entre l’âme et le ciel.
Danielou rapporte une tradition ancienne ayant trait à l’activité simultanée des bons et des mauvais anges dans l’homme :
L’homme a simultanément un ange et un démon qui s’occupent de lui. C’est la doctrine des deux voies. Comment distinguer l’action de ces deux entités ? Hermas dira : « L’ange de la justice est délicat, réservé, doux, paisible. Quand il entre dans ton cœur, il te parle aussitôt de justice, de sainteté, de tempérance, de toute œuvre juste. Lorsque ces pensées s’élèvent de ton cœur, sache que l’ange de la justice est avec toi. L’ange du mal est au contraire irascible, plein d’aigreur et de démence. Reconnais-le à ses œuvres. » Origène abonde en ce sens.
Enfin n’oublions jamais ce que dit saint Paul : « L’homme vit en spectacle aux hommes et aux anges. » Cette certitude de la présence continuelle des anges doit nous empêcher de mal agir et nous inciter à faire le bien.
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VIII. Les Anges et la Vie spirituelle.
Danielou résume l’opinion des Pères de l’Église : « L’assistance des anges se poursuit durant toute la vie, même les péchés ne la suppriment pas, ils attristent l’ange préposé à l’âme, car il s’efforce de faire progresser l’homme dans sa vie spirituelle. »
Le mystère chrétien doit être compris comme étant l’exaltation de l’humanité au-dessus de la sphère des anges, comme nous l’avons déjà noté. Cette progression a lieu tout d’abord en passant par les chœurs des anges selon leur ordre hiérarchique, l’action purificatrice finale appartient aux Séraphins, purification par leur feu fulgurant. Pseudo-Denys enseignera que cette purification est suivie d’illumination. Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une illumination par hiérarchies descendantes ; la supérieure communique à l’inférieure ce qu’elle est capable de recevoir de lumière.
Danielou fera remarquer, d’après l’enseignement des Pères, que ce qui apparente l’âme aux anges, c’est son dégagement de la vie sensible. Et les hommes sont destinés après la mort à participer à la vie des anges, à imiter leur pureté.
Méthode de Philippe : « Les ailes de la virginité conduisent dans le voisinage de la vie des anges. »
Thomas d’Aquin faisant allusion au processus de l’assomption de l’âme dit : « La grâce d’un homme peut l’amener au degré de grâce d’un ordre angélique, puis à celle de l’ordre supérieur. » Cet enseignement est conforme au rôle préparateur des anges. N’oublions pas que toute la mission des anges est de conduire les âmes au Roi des anges et de disparaître devant Lui. L’âme rentrée d’abord dans le monde angélique par la vie illuminative, le dépasse en entrant dans la vie unitive. Ainsi l’âme s’élève de transformation en transformation, jusqu’à l’union à Dieu au milieu des mondes angéliques.
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IX. Les Anges et la Mort.
Les anges jouent un rôle important au moment de la mort. L’Écriture parle de Lazare mourant « porté par les anges dans le sein d’Abraham »
Saint Michel est le conducteur des morts ; nous en trouvons la notion dans l’Épître de saint Jude (9) : « Or, l’archange Michel lui-même lorsqu’il contestait avec le Diable et lui disputait le corps de Moïse... »
La Liturgie des morts demande que « les anges te conduisent au Paradis ». Les Pères de l’Église enseignent tous que les anges assistent l’âme au moment de la mort.
Saint Éphrem nous montre « les anges, recevant l’âme à sa sortie du corps et l’emportant ».
Ces représentations, dira Daniélou, se continuent jusqu’au Moyen Âge. Ce thème a souvent été repris par les peintres et les sculpteurs ; un bel exemple se voit à Arles sur le portail de Saint Trophime.
Voici l’opinion de Grégoire le Grand à ce sujet : « Au moment de la mort des saints, les anges apparaissent et leurs hymnes remplissent l’âme d’une joie si divine qu’ils ne sentent pas les souffrances de la mort. Et durant son voyage céleste, les anges écartent de l’âme les démons qui voudraient lui barrer le chemin. Les anges terrestres qui emportent l’âme prient les anges du ciel, gardiens du Paradis, d’y laisser passer l’âme. »
Saint Éphrem encore donnera ce conseil : « Priez pour que l’âme quitte le corps en paix. Priez pour qu’elle trouve les anges bienveillants. »
Un Apocryphe nous donne la Prière de Joseph mourant :
« Maintenant donc, ô mon Seigneur, que votre ange se tienne près de mon âme et de mon corps jusqu’à ce qu’ils se séparent l’un de l’autre sans douleur. Ne permettez pas que l’ange qui me fut attaché, depuis le jour où vous m’avez formé jusqu’à maintenant, tourne contre moi un visage embrasé de colère sur le parcours du chemin quand je m’en irai vers vous. Ne laissez pas arrêter mon âme par les préposés à la porte et ne me confondez pas devant votre tribunal redoutable. Ne déchaînez pas contre moi le fleuve de feu, celui où toutes les âmes se purifient avant qu’elles ne voient la gloire de votre Divinité, ô Dieu qui jugez chacun en vérité et en justice ! »
Dans cette prière, dira Danielou, se trouve résumée toute l’angéologie de la mort, à savoir :
1. Assistance de l’âme pour lui éviter les souffrances de la mort.
2. L’ange gardien accompagne l’âme et la protège durant le voyage.
3. L’ange gardien défend l’âme contre les démons qui veulent l’arrêter.
4. Les anges préposés à la porte du ciel accueillent l’âme.
5. Purification éventuelle de l’âme par le fleuve de feu.
Et Danielou de relever : « Ce dernier service des anges est en rapport avec la doctrine chrétienne du purgatoire ; le baptême de feu, administré par l’archange Michel qui conduit ensuite l’âme à Dieu. Devant la porte, les anges examinent les mérites et les démérites des âmes. Quant aux martyrs, lavés dans leur sang, ils n’ont pas besoin de passer par le Purgatoire et ils sont conduits à Dieu avec force jubilations par les anges. Il en va de même pour les vierges. »
Origène met en parallèle l’ascension du martyr avec celle du Christ lui-même ; les anges sont en admiration devant ces ascensions.
Chrysostome faisant allusion à l’échelle vue par Jacob, dira : « Souviens-toi de cette échelle spirituelle que le patriarche Jacob a vue, s’élevant de la terre au ciel ; par elle les anges descendaient ; par elle aussi les martyrs montaient... leurs corps ensanglantés plus lumineux que le soleil. Les martyrs montent au ciel précédés par les anges et entourés par les archanges, comme par des gardes. Puis les Puissances supérieures (chœurs) forment une immense escorte pour conduire vers le Roi des cieux le martyr ; celui-ci se mêle alors aux Chérubins et aux Séraphins, s’unissant aux chœurs pour chanter les cantiques mystiques. Telle est la liturgie dont les anges entourent les martyrs dans leur ascension. »
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X. Les Anges et la Parousie.
Au moment de la seconde venue du Seigneur, ce sont les anges qui l’annonceront (Matth. 24, 30). « Le Seigneur enverra ses anges, qui, au son éclatant de la trompette, rassembleront ses élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu’à l’autre extrémité. »
Les anges, après avoir assisté au jugement final, sépareront les justes d’avec les méchants. Chrysostome, Éphrem, Cyrille de Jérusalem reprendront et développeront cette thèse : « L’archange fera une proclamation et dira à tous : “Levez-vous pour la rencontre du Seigneur, car la descente du Seigneur est terrible... Les anges seront envoyés de tous côtés, rassembler les élus des quatre vents, selon la parole du Seigneur... Les anges sont foule, ils sont les quatre-vingt-dix-neuf brebis, tandis que l’humanité n’en représente qu’une...” Après le jugement, les anges sont les exécuteurs de la sentence. »
Origène : « Les anges escortent les ressuscités dans le Paradis. »
Saint Hilaire : « Les âmes une fois établies dans la béatitude éternelle, les anges sont libérés des grands travaux de leurs ministères, alors dans la joie et la paix, ils peuvent célébrer leur Dieu dans le bienheureux royaume de l’éternité. »
Saint Grégoire de Nysse parle de la « joie des anges en voyant reconstituée l’unité de la création spirituelle », car ils auront enfin conduit au Paradis les âmes des justes qui leur avaient été confiées.
De tout ce que nous venons de rapporter il ressort à l’évidence que les Pères de l’Église, et avec eux les premiers chrétiens, ont cru à la mission des anges ; à ce propos la lecture du livre du P. Jean Danielou ne saurait être trop recommandée.

Portrait du Christ datant des premiers temps de l’ère chrétienne.
SECTION III : Encore la Croyance des Pères de l’Église en le ministère des Anges d’après les Documents fournis par la Bibliothèque portative des Pères de l’Église.
En 1787, un Directeur de Séminaire, à Paris, le P. J. Trincalet, publia un ouvrage fort intéressant : Bibliothèque portative des Pères de l’Église, étude en huit volumes, où l’on trouve de nombreux renseignements sur les Pères et notamment sur leur façon d’envisager le ministère des Anges ; l’ouvrage fut revu et corrigé sur les documents originaux par M. Rondet. Nous pensons que cet aspect de la croyance en l’assistance des Anges, commune à tous les premiers chrétiens et codifiée par les Pères de l’Église, est de nature à fournir un tableau instructif de l’angéologie des premiers siècles de l’ère chrétienne. Comme la plupart de ces opinions ont été formulées par des mystiques ayant eu une expérience directe de l’assistance des Anges, il va de soi que leur enseignement, en matière d’angéologie, est d’autant plus précieux et instructif.
Tertullien, Docteur de l’Église (vers 160-240), parle de la « substance de Dieu et de celle des Anges, comme étant une chose subsistante. La substance de Dieu est Esprit ; il en est de même du Verbe qui est Dieu de Dieu, Esprit d’Esprit. » Quant aux Anges, bons ou mauvais, ils sont tous deux de « substance spirituelle ».
Origène (185-254) enseigne que les Anges sont incorporels, d’une nature plus excellente que l’humaine, et différente de celle des démons ; qu’ils ont des noms conformes à leur emploi ; que c’est par leur ministère que Dieu nous fournit les choses nécessaires à la vie ; qu’ils président aux éléments, aux plantes, aux saisons ; qu’ils connaissent tout, même nos pensées ; qu’ils nous assistent dans nos devoirs de piété ; qu’ils portent nos prières dans le ciel, les offrant à Dieu par Jésus-Christ ; ils joignent leurs prières aux nôtres et nous communiquent les grâces dont il plaît à Dieu de nous favoriser.
Saint Cyprien, Évêque et martyr (258), affirme avec force que les Anges ont le pouvoir de nous aider dans toutes nos actions et qu’ils intercèdent avec les Saints, pour nous, auprès de Dieu.
Saint Athanase, Évêque d’Alexandrie (298/299-373), croit que les Anges sont véritablement dans le lieu où ils sont envoyés. Il insiste tout spécialement sur l’importance du signe de la croix qui met en fuite tous les Démons ou Anges déchus.
Saint Hilaire, Évêque de Poitiers (vers 303-367), enseigne que les Anges ont été créés avant le Ciel et la Terre ; que Dieu leur a assigné le premier Ciel pour lieu de leur demeure ; qu’ils sont spirituels et immortels de leur nature ; qu’ils sont occupés dans le Ciel à méditer les Lois du Seigneur ; qu’ils ne sont jamais oisifs, mais toujours employés aux fonctions de leur ministère, les uns à chanter les louanges de Dieu, les autres à assister continuellement devant son trône. Ce saint affirme encore que l’air est rempli d’Anges qui sont témoins de nos volontés et de nos actions ; que, quoiqu’ils demeurent avec nous, ils ne laissent pas de se présenter tous les jours devant le Seigneur, ce qui doit nous faire craindre le témoignage qu’ils lui rendent de nous. Hilaire enseigne que les Anges, les Archanges, les Trônes, les Dominations, les Puissances, les Principautés sont non seulement différents en noms, mais aussi en ministères ; ils sont néanmoins tous immuables dans l’observation des Lois de Dieu, à cause de l’immutabilité de leur nature ; de plus, les Anges veillent à la garde de l’Église ; ils aident les fidèles en tous lieux, principalement contre les attaques des malins esprits, et, sans leur secours, nous succomberions dans ces combats. Hilaire fait ressortir surtout que les Anges président à nos prières et qu’ils portent à Dieu nos désirs. Elisée, l’Écriture le rapporte, mérita par ses prières que son serviteur vit les Anges, car ce sont eux qui mènent les justes dans le repos éternel. Il ne faut jamais perdre de vue que nous avons besoin de l’intercession des Anges, auprès de Dieu, en notre faveur.
Voici une sentence de saint Hilaire ayant trait au ministère des Anges :
« C’est une vérité fondée sur l’autorité infaillible de l’Écriture, que les Anges sont établis sur notre conduite, et qu’ils offrent tous les jours à Dieu les prières de ceux qui sont sauvés par Jésus-Christ. »
Saint Cyrille, Évêque de Jérusalem (vers 315-386), enseigne : Les Anges jouissent de la vision intuitive de Dieu ; leur nombre en est plus grand, à proportion que le Ciel est plus vaste que la terre ; suivant le mérite et la perfection de leur ordre, ils sont placés dans différents lieux plus excellents les uns que les autres. Les Anges et les Archanges sont du dernier ordre et dans le plus bas ciel ; les Chérubins dans le plus élevé. Les Anges sont présents au Baptême, et congratulent les baptisés en chantant : Bienheureux ceux à qui les péchés sont remis ! Ils écrivent toutes nos bonnes actions, effacent de dessus leurs livres ceux qui, après en avoir fait de bonnes, en commettent de mauvaises.
Saint Basile, Archevêque de Césarée (329-379).
Il y en a qui mettent saint Basile au nombre des Pères grecs qui ont cru que les Anges avaient été créés avant le monde. Cependant saint Basile ne donne ce sentiment, qui d’ailleurs ne blesse point la foi, seulement comme vraisemblable et non comme certain. Ce qu’il témoigne croire de plus assuré touchant les Anges est qu’en même temps que le Verbe de Dieu les créait, le Saint-Esprit les sanctifiait. Les Anges ne sont donc pas arrivés par degrés à la purification, comme s’ils eussent été créés dans une enfance spirituelle et n’eussent reçu le Saint-Esprit qu’après s’en être rendus dignes ; mais, dès le moment de leur création, ils ont reçu la sainteté par infusion. Saint Basile cite divers endroits de l’Écriture pour montrer que les Anges président à des nations entières, et aux monarchies ; d’autres ont l’inspection des Églises ; il y en a d’autres qui, comme les yeux de Dieu, veillent sur les actions des fidèles, et d’autres enfin, qui, comme Ses oreilles, reçoivent leurs prières, qui écrivent les paroles vaines de ceux qui en disent dans le temple de Dieu, au lieu d’y chanter Sa Gloire. Ils font aussi le dénombrement de ceux qui jeûnent. Saint Basile avance comme une vérité incontestable et bien marquée dans l’Évangile que chaque fidèle a un Ange gardien, qui, comme un Précepteur et un Pasteur, règle sa conduite et ne le quitte point qu’il ne le chasse, pour ainsi dire, par ses mauvaises actions. Voici une pensée de saint Basile.
« L’Ange du Seigneur campe autour de ceux qui le craignent. Quiconque croit en Jésus-Christ, a un Ange qui l’assiste, s’il ne le chasse d’auprès de lui par quelque mauvaise action. »
Saint Grégoire de Naziance, Archevêque de Constantinople (330-390/91).
À l’égard des Anges, saint Grégoire de Naziance suit l’opinion des anciens Pères grecs, qui ont cru que les Anges avaient été créés avant le monde. Il compte, dans un de ses discours, neuf ordres dans la hiérarchie céleste : les Anges, les Archanges, les Trônes, les Puissances, les Principautés, les Dominations, les Splendeurs, les Élévations, les Vertus intelligentes ; et dans un autre de ses discours, il fait mention des Séraphins et des Chérubins. Les Anges nous aident dans tout ce que nous faisons de bien ; ils sont à la garde de chaque ville, de chaque Église ; ils honorent le sacerdoce dans ceux qui en font les fonctions sans reproche. Pour marquer la pureté des Anges, on avait coutume de les dépeindre avec des habits blancs sous une figure humaine.
Saint Grégoire dit que c’est l’orgueil qui a fait perdre à Satan sa lumière et sa beauté. Les Démons, ces esprits envieux et révoltés, font tous leurs efforts, et ont une adresse particulière pour inspirer aux hommes un amour charnel, ravis d’avoir des compagnons de malheur. De plus les démons sont gourmands et imposteurs. La puissance et la force du nom de Jésus-Christ, lorsqu’on l’invoque, fait trembler les Démons.
Saint Grégoire, Évêque de Nysse (331-400/403).
L’angéologie de ce Père de l’Église est la suivante : Les Anges ont été créés avant l’homme. Ils sont incorporels dans leur nature ; leur nombre, comparé à celui des hommes, est presque infini. Saint Grégoire pense que cette leçon est marquée par la parabole des quatre-vingt-dix-neuf brebis que le Père de famille laisse sur les montagnes pour aller chercher la centième qui s’était égarée, car, par cette centième brebis, il faut entendre l’homme, et par l’homme, tout le genre humain ; par l’égarement de cette brebis, la perte de tous les hommes fut causée par la perte d’un seul homme, c’est-à-dire d’Adam. Saint Grégoire de Nysse semble croire que les Anges se sont multipliés, et qu’à cet effet ils n’ont eu aucun besoin du commerce des deux sexes, ajoutant que, si l’homme ne fût point déchu de l’état d’innocence, il se serait multiplié de même sans le secours de la génération ; mais qu’ensuite de son péché, Dieu lui a donné un autre moyen de se multiplier, proportionné à la corruption de sa nature ; moyen qui lui est commun avec les autres animaux, ce qui le rend en quelque sorte semblable à eux.
Saint Grégoire fait remarquer que les différents ordres qu’il y a entre les Anges, ne marquent point de différence de nature, mais seulement de fonctions qui ne sont pas les mêmes. Quoique occupés principalement à louer Dieu, les Anges sont encore employés au service des hommes ; à les défendre contre leurs ennemis invisibles, et à les introduire après leur mort dans un lieu de rafraîchissement et de repos. Saint Grégoire dit avoir appris d’une tradition secrète que Dieu, voyant l’homme tombé dans le péché, n’avait pas voulu l’abandonner, mais qu’il avait donné à chacun un bon Ange, pour l’aider à pratiquer la vertu ; mais le Démon, voulant rendre ce secours inutile, envoya de son côté à chaque homme un mauvais Ange pour le faire tomber dans le péché ; en sorte que l’homme se trouve sollicité tantôt au bien, tantôt au mal ! Cette tradition secrète pouvait fort bien être fondée sur le livre du Pasteur (d’Hermas), et sur la lettre qui porte le nom de saint Barnabé. Les mauvais Anges, incorporels comme les bons, puisqu’ils ne sont point sujets aux besoins du corps, errent dans les airs. Déchus de la félicité éternelle et envieux du bonheur dont les hommes jouissent, ils ne cessent de leur nuire et de les engager au crime. Lucifer, chef des Anges rebelles, n’était pas un simple Ange, mais un Archange. Sa chute est une preuve que la créature n’est pas immuable de sa nature.
Saint Ambroise, Archevêque de Milan (vers 340-397).
D’après ce saint, le nombre des Anges n’est pas connu, mais on ne peut douter qu’il ne soit grand puisqu’on lit dans Daniel qu’un million d’Anges servaient le Seigneur, et que mille millions assistaient devant lui. Les hommes, au jugement de saint Ambroise, ne sont que la centième partie des Anges, et c’est aussi le sentiment de saint Hilaire ; ces deux mystiques interprètent la parabole du bon Pasteur en disant que les quatre-vingt-dix-neuf brebis laissées dans les montagnes sont les Anges qui jouissent de la gloire dans le Ciel ; quant à la centième brebis égarée, c’est l’homme qui est ramené dans la voie du salut par Jésus-Christ.
Quoique la raison soit ce qui distingue les hommes des animaux, elle ne lui est pas particulière : les Anges en sont doués. Ils sont immortels, mais cette immortalité ne leur est pas naturelle, elle ne convient qu’à Dieu seul ; et s’ils jouissent de l’immortalité, cela leur vient de la bonne volonté de leur Créateur. Autre est l’immortalité qui est donnée, autre est celle qui se soutient par elle-même, sans être sujette au changement. Saint Ambroise distingue donc l’immortalité naturelle qui ne convient qu’à Dieu seul, d’avec l’immortalité gratuite dont les Anges sont participants par la volonté de leur Créateur. Ce mystique enseigne qu’il y a neuf ordres des Anges, que leur soin ne s’étend pas seulement sur les héritiers des promesses divines, mais encore sur les Églises, car leur nombre est si grand qu’ils remplissent l’air, la terre, la mer, tous les espaces ; ils se trouvent particulièrement dans les lieux saints. Et notre mystique de s’écrier : « Plût à Dieu que dans le temps que nous brûlons de l’encens sur les Autels, et que nous offrons le Sacrifice, les Anges y parussent visiblement, car il ne faut pas douter qu’ils y assistent quand Jésus-Christ y est présent, quand il y est immolé ! Ministres de la grâce de Dieu, les Anges sont aussi exécuteurs de sa justice ; mais ils gémissent lorsqu’ils sont contraints de punir les hommes. À bien retenir cette affirmation de saint Ambroise : « Il ne faut pas douter qu’il n’y ait toujours des Anges présents quand Jésus-Christ y est présent lui-même. »
Saint Jérôme, Père latin (331-420).
C’est le sentiment de saint Jérôme que les Anges ont existé avant la création du monde, et qu’ils sont immortels par la grâce de Dieu ; Jérôme enseigne qu’ils sont invisibles de leur nature, que leur nombre est infiniment plus grand que celui des hommes, que le plus petit des Anges surpasse en dignité tous les hommes qui vivent sur la terre. Les hommes peuvent devenir semblables aux Anges, mais les Anges ne deviennent pas semblables aux hommes. Il y a des Anges qui président aux quatre éléments, ainsi qu’à chaque nation. Les fidèles ont chacun un Ange gardien dès le moment de leur création. Ce qui signifie que les âmes sont d’une grande dignité puisque chacune a, du moment où elle est créée, un Ange délégué par Dieu pour la garder. Saint Jérôme était si persuadé de cette vérité, qu’en faisant l’éloge funèbre de sainte Paule, il prit à témoin Jésus-Christ, ses Saints et l’Ange même qui avait toujours accompagné et gardé cette femme admirable, qu’il ne lui donnait pas les louanges flatteuses et intéressées.
Saint Jérôme regarde aussi comme une opinion constante parmi les Docteurs que l’air qui est entre le Ciel et la Terre est rempli de mauvais esprits. Il enseignait que « les Anges voient continuellement le visage du Père céleste ». Comme les autres Docteurs, saint Jérôme attirait l’attention sur le fait que les âmes devaient être d’une grande dignité puisque Dieu avait délégué à chacune, dès sa naissance, un Ange pour la garder.
Saint Jean Chrysostome, Archevêque de Constantinople (vers 347-407).
Saint Jean Chrysostome enseignait : « Dieu, par un effet de sa seule bonté, avant de créer l’homme, créa les Anges, les Archanges, et toutes les autres Vertus célestes ; et cela non par aucune nécessité, puisqu’il n’avait pas besoin de leurs services, étant donné que c’est le propre de la Divinité de n’avoir besoin de rien. La nature des Anges n’est pas de beaucoup supérieure à celle de l’homme ; comme preuve de cette affirmation, saint Chrysostome s’en référait au témoignage du Psalmiste qui dit : « Qu’est-ce que l’homme pour mériter que vous vous souveniez de lui ? Vous ne l’avez qu’un peu abaissé au-dessous des Anges. » Toutefois cette distinction, quelque petite qu’elle soit, fait que l’homme ne peut parvenir à une connaissance exacte de la nature des Anges. Incorporels et immortels sont aussi bien les Anges que le Diable lui-même. Avant l’Incarnation, les Anges n’étaient gardiens que des peuples et des Nations ; mais depuis ils sont Gardiens de chaque Fidèle, selon que Jésus le marque dans l’Évangile.
Les Anges sont présents et actifs pendant la messe. En effet, durant que le prêtre offre cet auguste mystère, les Anges sont autour de lui. C’est ce que saint Chrysostome dit avoir appris d’une personne, à qui un vieillard de grande vertu, favorisé par Dieu de plusieurs révélations et de visions merveilleuses, avait raconté que pendant le temps du Sacrifice, il avait eu le bonheur de voir, autant que les yeux mortels en sont capables, une multitude d’Anges, vêtus de robes blanches, environnant l’Autel, la tête baissée, en signe de respect et de révérence, comme font les soldats en présence de leur Roi.
Saint Nil dit que saint Chrysostome, qu’il appelle « la Lumière de l’Église de Constantinople et même de l’Univers », voyait à toute heure des Anges dans l’Église, mais particulièrement dans le temps du Sacrifice non sanglant. Il ajoute que ce Père, plein d’admiration et de joie, faisait part à ses intimes amis, les plus spirituels, de ces visions d’Anges, et qu’il leur disait que lorsque l’on commençait l’Oblation sacrée, il voyait descendre du Ciel plusieurs de ces Esprits bienheureux, revêtus de robes très éclatantes et nu-pieds, qui environnaient l’Autel avec respect et silence, regardant la Table sacrée et le visage baissé. Saint Chrysostome ajoutait que lorsqu’on avait achevé la célébration des Mystères, et que les Évêques, les Prêtres et les Diacres distribuaient au peuple le Corps et le Sang précieux, les Anges les aidaient dans ces fonctions, et les soutenaient de peur qu’ils ne se lassassent.
Saint Augustin, Évêque d’Hippone (354-430).
Saint Augustin ne veut pas décider si les Anges ont des corps ou si ce sont de purs esprits ; mais il ne doute pas que dans la Cité céleste, les hommes que la grâce de Jésus-Christ aura tirés de la corruption du monde, ne soient mêlés parmi les Anges... et qu’ils chanteront tous les louanges de Dieu. Ce Docteur professe entre autres que « Dieu a associé les Martyrs aux Anges ».
Les Démons ne connaissent Jésus-Christ qu’autant qu’il lui a plu de se découvrir à eux par certains effets passagers de sa puissance. Par contre, les bons Anges ont une connaissance beaucoup plus certaine de toutes choses, parce qu’ils en contemplent les raisons éternelles dans le Verbe de Dieu ; de là vient qu’ils ne se trompent jamais ; au lieu que les Démons se trompent souvent, parce qu’ils ne connaissent les choses que par conjecture.
Saint Augustin demande aux Platoniciens et à tous les autres Philosophes s’il n’est pas plus raisonnable d’adorer Celui que les Anges nous commandent d’adorer à l’exclusion de tout autre, que d’adorer ces Anges ou ces Dieux qui veulent qu’on les adore ?
Ce Docteur enseigne que la création a commencé par la diversité des Anges ayant précédé celle du monde visible. Les Anges ont tous été créés dans un état de justice, dont plusieurs déchurent par leur faute.
Les inclinations opposées des bons et des méchants Anges ne viennent pas de leur nature, mais de leur volonté, car Dieu n’a rien fait que de bon. La différence n’est donc venue que parce que les uns sont demeurés constamment attachés au bien commun à tous, qui est Dieu, sans s’éloigner de son éternité, de sa vérité et de sa charité ; au lieu que les autres, s’étant plu en leur propre excellence, se sont détachés du bien commun à tous pour s’attacher à leur bien particulier... Qu’on ne cherche donc pas d’autre cause de la félicité des bons Anges et de la misère des mauvais que la volonté des uns et des autres. Les bons Anges n’ont donc jamais été sans la bonne volonté, c’est-à-dire sans l’amour de Dieu.
La différence que Dieu a mise entre l’Ange et l’homme consiste en ce que celui-là ne pouvait mourir, même en péchant, au lieu que l’homme devait avoir la mort pour peine de sa désobéissance ; on peut dire néanmoins que l’âme de l’homme est immortelle.
Théodoret, Évêque de Cyr et Docteur de l’Église (vers 387-457 ou 458).
Dans son ouvrage sur les Hérésies, Théodoret constate : Les Poètes et les Philosophes de la Grèce admettaient des Anges, mais ils en faisaient des Dieux. Nous disons qu’ils ont été créés non par deux comme les hommes, mais par milliers. La fonction des Esprits célestes est de chanter les louanges de Dieu, de servir la dispensation de ses Mystères ; il en est à qui le soin des Nations et des Royaumes est confié et d’autres qui prennent soin de chaque homme en particulier, et qui le défendent contre la malice des démons. Le Diable et les Démons ne sont pas mauvais de leur nature, créés bons dès le commencement, et doués du libre arbitre, il était en leur pouvoir de faire le bien et le mal, mais ayant péché, ils sont déchus de la beauté de leur nature, tandis que les autres Anges l’ont conservée par leur fidélité à Dieu. Tous deux ont été créés incorporels ; le péché des Démons est dans leur faste et leur orgueil.
L’homme n’est pas l’ouvrage des Anges comme l’ont avancé certains hérétiques, il a été formé de la main de Dieu.
Les Chrétiens reconnaissent, en plus de Dieu, certaines puissances invisibles : les Anges, les Archanges, les Principautés, les Puissances, les Dominations, les Chérubins et les Séraphins. Ils les reconnaissent parce que l’Écriture divine leur enseigne qu’il y a en effet certaines Puissances invisibles occupées à louer leur Créateur, et toujours prêtes à obéir à ses volontés, mais ils ne les appellent pas Dieux et ne leur rendent point de culte divin, ni d’adoration qui n’est due qu’à Dieu seul. Ces Puissances sont d’une nature qui ne tient rien de la matière et de ses infirmités.
Les Anges rebelles ont été précipités du Ciel et ont fait leur demeure dans l’air et sur la terre, sans avoir un lieu stable et fixe, afin que par cette instabilité ils apprennent de combien de maux leur malice est la cause. Quels que soient les mouvements qu’ils se donnent pour nuire aux hommes, cela ne leur réussit pas toujours, à cause de l’empêchement que les Anges destinés à nous garder y apportent.
Moïse ne dit rien des Anges dans l’Histoire de la Création, parce que les Juifs, dont la vertu n’était ni solide ni constante, n’auraient pas manqué d’en faire des Dieux, portés comme ils l’étaient à l’idolâtrie. Ces Esprits célestes ont été créés en même temps que le monde. Rien même n’empêche de dire que leur création a précédé celle du Ciel et de la Terre. Leur nombre se monte à plusieurs milliers ; ils sont immortels et incorporels.
C’est sans fondement que quelques anciens ont cru que, par les Anges, il fallait entendre les enfants de Dieu, dont il est dit dans la Genèse qu’ils eurent commerce avec les Filles des hommes. Par Enfants de Dieu, l’Écriture entend les descendants de Seth, qui s’allièrent avec les Filles des hommes, c’est-à-dire avec les Filles de la postérité de Caïn.
Le ministère des Anges est de chanter les louanges de Dieu. Leur langage n’est point sensible, mais intellectuel. C’est une opération de leur esprit, par laquelle ils louent Dieu, et se communiquent réciproquement leurs pensées. Dieu se sert de leur ministère pour combler de bienfaits ceux qui en sont dignes et pour punir ceux qui méritent des châtiments. Il en a destiné quelques-uns pour présider aux nations, d’autres pour la garde de chaque homme, afin d’empêcher les Démons de leur nuire.
Grégoire-le-Grand, Pape (540-604).
Pour ce Pontife, le nombre des Anges est infini ; il y en a qui sont établis par Dieu pour le gouvernement des Nations et des Empires ; ils n’agissent que selon la volonté divine et la souveraine équité.
Les Anges dans leur création étaient de nature à pouvoir déchoir de leur état, ou y demeurer par leur libre arbitre ; mais par l’attachement qu’ils ont eu pour leur Créateur, ils ont acquis l’avantage de n’être plus sujets aux changements. L’Ange est Esprit, tandis que l’homme est Esprit et chair.
Les Démons, quoique incorporels, seront tourmentés par un feu corporel.
Il y a neuf ordres d’Anges, appelés d’après l’Écriture : les Anges, les Archanges, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Dominations, les Trônes, les Chérubins et les Séraphins.
Selon saint Grégoire-le-Grand, le mot d’Ange signifie Envoyé ou Ambassadeur ; les Archanges sont les premiers et les principaux Ambassadeurs ; tous habitent dans la céleste Patrie ; ils sont toujours des Esprits, mais ils ne sont appelés Anges que quand ils sont envoyés pour annoncer quelque chose, d’où vient que David dit : « Dieu qui des Esprits en fait des Anges. »
Le Diable, en voulant être semblable à Dieu en élévation, par un orgueil démesuré, a perdu la ressemblance qu’il avait avec Dieu ; et se croyant suffisant à soi-même, il est tombé d’autant plus bas au-dessous de lui-même, qu’il avait voulu s’élever plus haut au mépris de son Créateur, de sorte que celui qu’une servitude toute volontaire pouvait élever, a été abattu par une liberté devenue captive.
Saint Jean Damascène, Moine (né avant la fin du septième siècle, mort vers 754).
Tel fut l’enseignement de ce saint moine : L’Ange est une nature raisonnable, intelligente, libre, muable, incorporelle, immortelle, non par sa nature, mais par la grâce de Dieu. Les Anges tirent leur sainteté, non de leur nature, mais du Saint-Esprit. Ils prédisent l’avenir par la grâce de Dieu qui les éclaire. Une de leurs fonctions est de garder certaines parties du monde, de présider aux Nations et aux Pays, et de nous assister dans nos besoins. Il y a différents sentiments exprimés sur le temps de leur création. Ce Père déclare s’en tenir à ce que dit saint Grégoire de Naziance, à savoir qu’ils ont été créés avant le monde. Les Démons sont de même nature que les bons Anges ; s’ils sont devenus mauvais, ce fut par leur propre choix. Ils n’ont de pouvoir sur personne, que Dieu ne le leur accorde. Quelquefois ils prédisent les choses futures, mais comme ce n’est que par conjecture, il arrive souvent qu’ils mentent. Quoiqu’il leur soit permis de tenter l’homme, ils ne peuvent faire violence à personne. Il est en notre pouvoir de consentir ou de résister à leurs suggestions. Le feu qui doit servir de supplice aux Démons ne sera pas matériel comme celui qui est parmi nous, mais tel que Dieu sait.
Au chapitre neuf, section six du présent ouvrage nous résumons l’enseignement de Peterson sur la signification du Trisagion chanté par l’Église et par les Anges en présence du Seigneur ; saint Jean Damascène fait également allusion au sens de ces louanges ; il dit en effet : L’Hymne du Trisagion ne peut être divisé ; les Séraphins en disant trois fois Saint, ne marquent ni le Père seul, ni le Fils seul, ni le Saint-Esprit seul, mais la Divinité existante en trois personnes. Et de fait, si le Trisagion se rapporte au Fils seul, les Séraphins se seraient contentés de dire une fois seulement, Saint, et une fois « Seigneur ».
Saint Bernard, Abbé de Clairvaux, Docteur de l’Église et considéré comme le dernier des saints Pères (né en 1090 ou 1091, mort en 1153).
Voici l’angéologie de ce Docteur : L’homme doit considérer ou contempler les objets qui sont au-dessus de lui, c’est-à-dire les Anges et Dieu.
Dieu, en effet, nous est supérieur par la nature, et les Anges par grâce seulement, puisque la raison nous est commune avec eux.
Il y a trois moyens de parvenir à la connaissance de Dieu et des Anges : l’opinion, la foi et l’entendement. Il faut considérer les Esprits célestes et leurs hiérarchies et savoir que Dieu a donné à chaque homme un Ange pour le servir et le garder. Voici un précieux conseil de saint Bernard : « Marchez avec précaution, puisque les Anges sont présents à toutes vos démarches, suivant l’ordre que Dieu leur a donné ; en quelque lieu, en quelque coin que vous soyez, portez respect à votre Ange. Oseriez-vous faire en sa présence ce que vous n’oseriez faire à mes yeux ? Soyons dévots à l’égard de ces illustres Gardiens, soyons reconnaissants de leurs soins ; aimons-les à notre tour ; honorons-les... »
La charité éminente des Anges les fait descendre pour nous consoler, pour nous visiter, pour nous aider, pour l’amour de Dieu, pour l’amour de nous, pour l’amour d’eux-mêmes, afin d’imiter comme ils le doivent la miséricorde de Dieu envers nous ; pour l’amour de nous, parce qu’ils ont pitié de notre âme, qui est semblable à eux ; pour l’amour d’eux-mêmes, parce qu’ils attendent avec des désirs très ardents que nous remplissions ce qui manque à leur nombre.
Demandons aux Anges leur protection et la piété à Dieu.
Jésus-Christ étant venu à nous par la Sainte Vierge, nous devons aller à Lui par Elle ; on ne l’invoque jamais en vain. Elle est notre avocate, notre Médiatrice, la Mère de la Vie et du Salut ; Elle est élevée au-dessus des chœurs des Anges ; Elle est la Reine du Ciel...
Il est de croyance que Dieu a donné à chaque homme un Ange pour le servir et le garder. Ces saints Anges prennent soin de nous, non seulement pendant cette vie, mais après pour nous transporter dans le Ciel... Là notre âme y jouit de la compagnie des Anges, et d’une grande Lumière, c’est de voir l’humanité de Jésus-Christ.
Quant à la chute des Anges, saint Bernard enseignera :
L’orgueil est le commencement de tout péché. C’est lui qui du premier des Anges en a fait un Démon ; et qui a fait tomber l’homme pour avoir conçu le dessein de devenir semblable à Dieu. S’il n’y a point de rédemption pour les Anges, c’est qu’ils sont tombés par leur propre malice, au lieu que l’homme, ayant été supplanté par la malice du Démon, peut être racheté par la charité d’autrui ; c’est pour le racheter que Jésus-Christ s’est fait homme. Tâchons d’aller à Jésus-Christ par Marie !
Que notre humilité obtienne le pardon de notre orgueil !
L’homme doit être constamment sur ses gardes, saint Bernard le lui répétera avec énergie :
Il n’y a point de sûreté, mes frères, ni dans le Ciel, ni dans le Paradis, ni dans le Monde ; dans le Ciel, l’Ange tomba en présence de la Divinité ; dans le Paradis, Adam pécha et fut chassé de ce lieu de délices ; dans le Monde, Judas apostasia de l’École même du Sauveur. Ce n’est pas le lieu qui sanctifie les hommes. Ce sont les hommes qui sanctifient le lieu. Aussi :
VEILLEZ et PRIEZ !
Par cette revue des différentes notions des principaux pères de l’Église en matière d’angéologie, on acquiert la conviction que tous ont cru à l’existence des anges et des Démons ; si l’on remarque quelques différences dans certains détails, on ne peut manquer d’être frappé par l’unanimité de leur certitude en l’assistance des Anges dans le Cosmos et dans la vie humaine.

SECTION IV : Les Pères du Désert et les Anges
Un volume de la Bibliothèque Spirituelle du Chrétien lettré, édité par Plon, Paris 1949 (imprimatur de 1942), a pour titre : Les Pères du Désert. Textes choisis et présentés par René Draguet, professeur à l’Université de Louvain.
Tout au long de ces textes, datant des premiers temps du christianisme, on trouve de nombreuses allusions au ministère des Anges en faveur des anachorètes. L’auteur relève le fait que, dans cette littérature spéciale, l’intervention des Anges est souvent mentionnée ; ainsi il cite notamment le cas de saint Antoine qui, de son désert, aperçut un jour, en vision, un pieux médecin « qui chaque jour, chantait le Trisagion avec les Anges. »
Si les moines bénéficient de l’assistance constante des Anges, ils sont en butte aux attaques répétées du démon et de ses cohortes maléfiques, et Draguet de préciser :
Pour peu qu’on tînt ferme, les démons les plus terribles étaient franchement méprisables. D’ailleurs, ils étaient divisés contre eux-mêmes ; le moine, au surplus, pouvait compter sur le secours des Anges. Un jour que le passé de l’anachorète Moïse lui remontait à l’esprit jusqu’à lui donner la nausée, il s’était réfugié auprès d’Isidore, sans courage aucun pour réintégrer sa cellule ; alors Isidore le fit monter avec lui sur le toit, et lui montra, à l’Occident, une multitude de diables en appareil de guerre, mais aussi, à l’Orient, une multitude d’Anges en gloire, plus grande encore que celle de leurs ennemis.
Tout en soulignant la fréquence des apparitions angéliques et l’aide que les Anges apportaient aux Pères du Désert, le professeur Draguet pense que les hagiographes se sont plu à multiplier leurs interventions à plaisir. L’auteur émettra la remarque suivante : « Dans la littérature chrétienne de l’époque, le merveilleux jouait le rôle qui est dévolu au romanesque dans la nôtre ; l’hagiographie ancienne en a tiré la plupart de ses effets. Les critères de vraisemblance des anciens n’étaient pas non plus toujours les nôtres. » Et à la page suivante de son introduction, l’auteur reviendra sur son idée première en disant : « Est-il croyable, dès lors, que, dans la vie de nos moines, compagnons des anges et vainqueurs de tant de démons, la tradition, qui les aima, n’ait pas ajouté quelques miracles de surcroît à ceux qu’ils purent accomplir par la vertu de Dieu ? »
Abordons maintenant l’étude de quelques textes de l’époque, où se trouve mentionné le ministère des anges en faveur des cénobites.
Au chapitre XXII de la Vie d’Antoine, il est question de la façon dont le saint fut ravi en esprit, se sentant élevé en l’air et où, avec l’assistance des Anges, il fut victorieux des démons. Il lui fut également montré l’état de l’âme après la mort. Voici cet épisode tel qu’il est rapporté par le narrateur :
Le rapport et le consentement général des solitaires nous apprend qu’Antoine a fait beaucoup de semblables miracles, dont nous ne devons pas nous étonner, puisqu’il en a fait d’autres qui sont encore beaucoup plus admirables. Car, un jour qu’environ l’heure de none, il s’était levé pour prier avant que prendre son repas, il se sentit ravi en esprit, et, ce qui est admirable, il se vit transporté hors de lui-même et élevé par des Anges dans l’air, où, les démons s’étant opposés à son passage, ces bienheureux esprits qui le conduisaient combattirent en sa faveur...
Dans la Vie de Paul de Thèbes, il est relaté que ce jeune ascète vivait très frugalement, assisté par les Anges.
Un jour saint Antoine fut pris d’un grand désir de rendre visite à Paul de Thèbes ; il se mit en route et alors « qu’il était en chemin, il vit, au milieu des troupes des Anges et entre les chœurs des prophètes et des martyrs, Paul, tout éclatant d’une blancheur pure et lumineuse, monter dans le ciel ». Effectivement le saint anachorète était mort à l’instant où Antoine avait été gratifié de cette vision.
Dans la Vie de Pacôme, il est raconté comment ce mystique fut réconforté par un esprit lumineux envoyé par le Père :
La nuit venue, leurs prières coutumières achevées, Pacôme était assis seul à l’écart, à quelque distance de son frère ; il était triste et son cœur était angoissé du désir qu’il avait de connaître la volonté de Dieu. Il faisait noir encore ; et voici que devant lui se dressa un être lumineux, qui lui dit : « Pourquoi es-tu triste et as-tu le cœur angoissé ? » Il répondit : « C’est que je cherche la volonté de Dieu. » Le personnage lui dit : « Vraiment, tu veux la volonté de Dieu ? » – « Oui », lui dit Pacôme. Le personnage repartit : « La volonté de Dieu, c’est qu’on se mette au service des hommes pour les réconcilier avec Lui. »
L’être lumineux répéta par trois fois la même injonction, puis il disparut aux yeux de Pacôme. Son frère n’avait pas vu ni entendu les paroles du lumineux envoyé de Dieu.
Dans le même document, il est parlé de la mort glorieuse de Pacôme et il est dit que les anciens qui étaient gratifiés du don des visions avaient, à cet instant, « vu des multitudes d’Anges, étagés les uns sur les autres, les yeux fixés sur Pacôme, le précéder en chantant avec une vive allégresse, jusqu’à ce qu’il eût été reçu au lieu de son repos ; la chambre elle-même où il avait passé exhala, pendant des jours et des jours, une odeur suave ».
Alors qu’Antoine était déjà vieux, couché et malade, confiné dans son monastère, des disciples de Pacôme décidèrent de lui rendre une ultime visite. Averti par un ange que ces frères étaient en route pour venir le voir, Antoine, malgré sa faiblesse et ses infirmités, se leva avec l’aide de ses disciples ; les frères le soulevèrent et Antoine put se porter à la rencontre des visiteurs. Après avoir fait une prière, ils s’assirent et tous les assistants prirent place aux côtés d’Antoine qui, « tel un Ange de Dieu, avait le visage rayonnant d’une grande joie ». Puis Antoine leur expliqua la raison pour laquelle il les avait ainsi reçus, car il avait été divinement averti de leur venue. Voici ce qu’il raconta à ses frères : « Je vais vous donner une raison péremptoire et vous dire l’exacte vérité sur ce qui s’est passé. Le Seigneur le sait, ce n’est pas seulement à cause d’eux que je suis sorti à leur rencontre ; un glorieux Ange de Dieu les avait précédés et m’avait averti avant qu’on ne m’annonçât l’arrivée des fils de Pacôme de Tabennèse, et l’Ange me parlait encore quand les frères vinrent m’annoncer que les frères de la congrégation venaient chez nous pour nous rendre visite ; aussitôt une force divine me poussa, je me levai, je courus à leur rencontre et je les embrassai. »
Un ascète thébain avait coutume de passer ses nuits en veilles et en prières ; ses frères, trouvant qu’il risquait de tomber malade, lui conseillèrent de s’abandonner au sommeil normal ; il leur répondit avec une pointe de tristesse : « Si tu arrives à persuader les Anges de dormir, tu en persuaderas aussi l’homme fervent. »
Intéressante est l’aventure de Macaire qui avait résolu de tenir son esprit concentré sur Dieu pendant cinq jours :
Cette décision arrêtée, dit-il, je fermai ma cellule et ma cour, pour n’avoir à m’occuper de personne, et je commençai, debout, à partir du lundi. Je donnai donc cette consigne à mon esprit : « Ne descends pas des cieux ! Tu as là des Anges, des Archanges, les Puissances d’en-haut, le Seigneur de l’univers ; ne descends pas au-dessous du ciel ! » J’avais tenu bon deux jours et deux nuits ; mais je mis tellement le démon en furie qu’il se fit flamme de feu et brûla tout ce que j’avais dans ma cellule ; même la natte sur laquelle je me tenais fut consumée par le feu, et je pensai être moi-même complètement rôti ! Finalement, prenant peur, j’abandonnai, le troisième jour ; je n’avais pas pu tenir concentré mon esprit... Je descendis à la contemplation du monde, pour ne pas être taxé d’orgueil.
Deux visiteurs étant venus le consulter, saint Antoine les avertit que leur fin était proche, qu’ils allaient recevoir leurs couronnes respectives et qu’ils fassent diligence pour regagner leur domicile, sinon l’Ange ne les trouverait pas en place.
L’orgueil est signalé par tous les Pères du Désert comme étant un défaut capital, éloignant l’Ange gardien et ouvrant la porte à toutes les attaques du malin. « Dieu éloigne de l’orgueilleux l’Ange de sa providence ; et quand l’Ange s’est détourné, l’orgueilleux est terrassé par l’adversaire et il succombe. »
Dans les Apophtegmes (VII, De la patience ou force), il est fait mention d’un Ange du Seigneur qui prit la figure d’un grand aigle pour conduire un solitaire à travers le désert au lieu de sa nouvelle résidence. À l’approche de l’aigle, il fut dit à l’anachorète : « Voilà votre Ange, levez-vous et le suivez. »
À la fin du même chapitre, il est fait mention d’un Ange du Seigneur qui est envoyé pour compter les pas qu’un vieil ermite doit faire pour se ravitailler en eau, et pour lui donner la récompense de ses efforts.
Le chapitre suivant des Apophtegmes enseigne qu’on ne doit rien faire par ostentation. On y trouve le récit suivant qui illustre en une certaine manière le dicton populaire : Qui veut faire l’ange fait la bête.
L’abbé Jean le Petit ayant dit un jour à son frère aîné qu’il eût bien voulu être comme les Anges qui ne travaillent point et n’ont soin que de louer Dieu incessamment, et ayant ensuite quitté son habit et s’en étant allé dans le désert ; après y avoir passé une semaine, il vint retrouver son frère, qui, l’entendant frapper à la porte, lui dit : « Qui êtes-vous ? » Il répondit : « Je suis Jean. » – « Jean, lui repartit-il, n’est plus maintenant entre les hommes, mais il est devenu un ange. » Sur quoi l’autre continuant toujours à frapper et à dire que c’était lui, il le laissa passer la nuit sans vouloir jamais lui ouvrir. Enfin, quand le jour fut venu, il ouvrit sa porte et lui dit : « Si vous êtes un ange, vous n’avez pas besoin de me demander permission pour entrer dans ma cellule ; et si vous êtes un homme, ne faut-il pas que vous travailliez, afin de gagner votre vie ? » Alors reconnaissant sa faute, il lui répondit : « J’ai failli, mon frère, pardonnez-moi ! »
Le chapitre III/XIII des Conférences enseigne qu’il n’y a que Dieu qui pénètre la substance de nos âmes et que les autres esprits purs ne le peuvent faire :
Il ne faut pas croire que, parce qu’un esprit se mêle avec cette matière solide et épaisse de nos corps, ce qui est très aisé à faire, il puisse de même se mêler avec notre âme, qui est aussi un esprit, et qu’il la rende susceptible de sa nature. Cela n’est possible qu’à cette auguste Trinité qui peut tout. C’est elle qui pénètre tellement toutes les natures spirituelles et intellectuelles, qu’elle peut non seulement les environner et en posséder tous les dehors, mais pénétrer même le dedans et s’y répandre comme un esprit se répand dans un corps. Car quelque spirituelles que nous appelions ces natures des Anges, des Archanges et autres Puissances du ciel, et de notre âme même, ou les parties les plus pures et les plus subtiles de l’air, il ne faut pas croire néanmoins qu’elles ne soient point des corps ; car elles ne laissent pas d’avoir un corps qui les fait subsister, quoiqu’il soit plus subtil et plus léger que tout ce que nous voyons ici-bas.
À la suite de l’énoncé de ce chapitre des Conférences, le professeur Draguet donne une note complémentaire et rectificative : « Cette opinion de bien des auteurs anciens a été abandonnée pour notre théologie, les anges, les démons et l’âme humaine sont des substances purement spirituelles. »
Au chapitre VIII/XII des Conférences, il est question des Principautés et des Puissances, et l’on apprend « combien l’air que nous respirons est rempli de démons, et par quelle bonté et quelle sagesse Dieu n’a pas voulu que nous les vissions ». En effet si nous percevions la figure horrible des démons, nous vivrions dans une crainte perpétuelle, car « un œil de chair n’est pas capable de souffrir la vue de ces objets si horribles ».
Au chapitre VIII/XVII des mêmes Conférences, il est enseigné que chacun de nous a deux anges, l’un bon et l’autre mauvais. Le professeur Draguet complète cet enseignement par la note suivante : « Le Pasteur d’Hermas, œuvre romaine du second siècle, et qui fut tenue pour canonique dans certains milieux, sans doute parce qu’elle se présente comme une apocalypse. Distribuant en deux parts l’activité morale de l’homme, pensées et actions, Hermas rattache le bien à l’opération de l’Ange de justice, et le mal à celle de l’Ange de l’iniquité, ces deux esprits, dit-il, tenant compagnie à l’homme. De cette doctrine ancienne des deux anges, l’Église ne devait retenir que la croyance à l’Ange gardien. »
Enfin dernier enseignement : Quand nos âmes seront devenues parfaitement pures, dégagées de toutes passions charnelles et matérielles, elles deviendront spirituelles, semblables à celles des Anges.
Comment Antoine le Grand fut instruit par un ange.
Le P. Benoît Lavaud, O. P., dans son intéressant livre Antoine le Grand, Père des Moines, donne la traduction d’un apophtegme qui nous renseigne sur la communion intime de ce mystique avec les Anges :
Le saint abbé Antoine, assis dans le désert, fut un jour en acédie et en grande obscurité de pensées ; il dit à Dieu : « Seigneur, je veux être sauvé, et les pensées ne me le permettent pas. Que ferai-je en ma tribulation ? Comment serai-je sauvé ? » Et peu après, s’étant levé pour sortir, Antoine vit quelqu’un qui lui ressemblait, assis et travaillant, puis se levant du travail et priant, et de nouveau assis et tressant la corde, puis de nouveau se levant pour la prière. C’était l’ange du Seigneur, envoyé pour la correction et la sécurité d’Antoine. Et il entendit l’ange qui disait : « Fais ainsi et tu seras sauvé. » D’avoir entendu cela, il eut grande joie et confiance, et agissant ainsi il était sauvé.
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CHAPITRE V
Le moyen Age et l’Angéologie
(395-1453)

Fig. 11. L’Archange Gabriel. Fra Angelico. XVe siècle
NON seulement le Moyen Âge a hérité des croyances des Pères de l’Église en matière d’angéologie, mais il a développé le thème par la littérature religieuse, par la peinture et la sculpture. Nous n’en retiendrons qu’un exemple entre beaucoup, celui du mystique dominicain, le peintre Giovanni da Fiesole, dit Fra Angelico ou le peintre des anges (1387-1455). Dans son œuvre on retrouve, à plusieurs exemplaires, l’Annonciation à Marie avec l’archange Gabriel, la Nativité avec des cohortes d’anges qui célèbrent la naissance du Sauveur ; l’Assomption du Christ et celle de la Vierge avec la foule des anges qui exultent et chantent des hymnes de gloire, accompagnés de nombreux anges musiciens ; les anges du Christ dans sa gloire, les anges de la Parousie, conduits par l’ange éclatant de lumière qui s’avance en portant la croix avec les anges qui sonnent de la trompette et ceux qui séparent les bons d’avec les méchants ; des anges en prière, des anges sur des nuages, l’archange saint Michel en lutte avec le dragon et deux anges servant un repas aux dominicains. On le voit, Fra Angelico a bien mérité son surnom de peintre des anges ; il est le représentant parfait de la conception que les fidèles du Moyen Âge se faisaient du ministère des anges.
Dans la littérature de l’époque, on trouve quantité de récits relatant l’apparition et l’assistance d’anges gardiens ou protecteurs ; en voici un exemple : Saint Isidore (1110-1170), patron des agriculteurs, avait déjà dans sa jeunesse une dévotion toute spéciale ; il passait la plus grande partie de son temps en oraison ; son père voulant en faire un bon agriculteur, l’envoie au champ pour le labourer ; deux anges, sous la forme de vigoureux jeunes gens, viennent assister l’adolescent dans son travail afin qu’il soit exécuté plus rapidement et qu’Isidore puisse méditer et prier tout à loisir.
Deux noms vont retenir notre attention en matière d’angéologie exprimée par la plume : Saint Thomas d’Aquin et Dante.


SECTION I
1. Saint Thomas d’Aquin et l’Angéologie.
Saint Thomas d’Aquin (1225-1274) est considéré comme étant le plus grand théologien catholique ; sa profonde science théologique lui a valu le titre de Docteur angélique et Ange de l’École. Il est l’auteur de la Somme théologique, dans laquelle nous trouvons un long chapitre consacré à l’étude de la création des anges, à leur nature et à leur ministère auprès des humains.

Fig. 12. Saint Thomas d’Aquin.
Collection des saints du Cabinet de la Bibl. nat.
Durant sa vie, Thomas d’Aquin fut bénéficiaire de visions angéliques et de communications avec des esprits et des saints, notamment avec l’esprit de sa sœur, abbesse de Sainte-Marie, et avec les apôtres Pierre et Paul.
Au début de sa vie, le jeune Thomas fut en butte aux persécutions de sa famille et notamment de sa mère ; la comtesse Théodora s’opposait à ce que, selon son désir ardent, le jeune homme prît l’habit de saint Dominique ; comme Thomas persistait dans son idée, sa mère et ses frères le retinrent, pendant plusieurs mois, captif au château de Rocca-Secca ; ne pouvant vaincre Thomas sur le terrain de la mystique pure, on imagina de le faire succomber par l’appel et l’éveil de la sensualité ; on introduisit une femme de mœurs légères dans sa cellule ; elle avait comme mission de le tenter et de le faire renoncer à ses vœux de chasteté absolue. Voici comment le Chanoine Jules Didiot, l’historien de saint Thomas retrace l’évènement :
Le nouveau martyr de la chasteté voit soudain le vice apparaître au seuil de son cachot. D’abord il recule d’effroi ; puis, par un mouvement d’inspiration divine, il saisit à son foyer, car c’était alors l’hiver, un tison enflammé. Il s’élance, il repousse cette vile courtisane. Il est vainqueur de ses ennemis, et de lui-même. Il est fidèle à son très pur et très unique amour de la Sagesse éternelle. Et pour attester sa victoire, revenant dans l’angle de sa prison, il trace sur la muraille, avec l’extrémité du tison, comme un chevalier avec son épée, un large et glorieux signe de croix.
Devant cette croix, il se prosterne tout en larmes. Il demande à Dieu le don d’une virginité perpétuelle, supérieure à toutes les attaques. Un sommeil extatique s’empare de lui. Deux anges lui sont envoyés du ciel, qui le félicitent, l’assurent du bon succès de sa prière et, de la part de Dieu, lui ceignent fortement les reins d’une ceinture de chasteté. La douleur qu’il en ressent lui arrache un cri et le réveille. Ses gardiens accourent : ils l’interrogent, mais inutilement. Il ne révélera que plus tard, et à son intime ami, le privilège qui, désormais, le met à l’abri des injurieux et diaboliques soufflets, dont le grand apôtre saint Paul se plaignit lui-même au milieu de ses révélations.
En une autre occasion, saint Thomas vit un ange qui lui montrait un livre merveilleux dont les lignes étaient d’or et d’azur ; celles qui étaient d’or se rapportaient aux martyrs inscrits dans ce livre de vie.
Alors qu’il était à Paris, lecteur en théologie, il lui fut ordonné de préparer sa leçon inaugurale de Docteur en théologie ; Thomas, dans sa modestie, se juge indigne de recevoir un tel grade ; il se met en prière et supplie qu’il soit délivré de ce fardeau du doctorat. Alors, un ange, messager céleste, ayant pris la forme d’un majestueux vieillard, revêtu de la robe des frères-prêcheurs, lui apparut et lui dit qu’il devait préparer sa leçon inaugurale et il lui indiqua même le thème qu’il devait développer au cours de son exposé.
Alors qu’il était en passe de dicter ses commentaires sur les Épîtres de saint Paul qu’il appréciait particulièrement, lorsqu’il se trouvait momentanément embarrassé, il renvoyait ses scribes et, se mettant en prière, il était assisté par l’apôtre lui-même, qui lui donnait les éclaircissements nécessaires, et les aides rappelés, la dictée reprenait son cours lumineux.
Un autre jour, arrêté par un passage d’Isaïe, qu’il était en train de commenter, il fit sortir son secrétaire le frère Raynald ; celui-ci entendit son maître en conversation avec deux interlocuteurs rappelé par son maître, la dictée étant finie, le disciple insista pour savoir avec qui Thomas avait conversé. Celui-ci se refusa d’abord à satisfaire la curiosité de son disciple, mais il finit par lui dire que c’étaient les apôtres Pierre et Paul, et il lui fit jurer de ne parler du fait à personne tant qu’il serait en vie.
Ayant composé une étude sur le Saint Sacrement, avant de le lire à ses frères, il déposa le cahier sur l’autel et proféra cette prière :
Seigneur Jésus-Christ, vous qui êtes véritablement présent dans ce sacrement admirable, et qui opérez ici, divin ouvrier, beaucoup de merveilles que je désire comprendre et enseigner exactement ; je vous prie et vous supplie, si ce que j’ai écrit à votre sujet est vrai et vient de vous, de daigner m’accorder la grâce de le bien dire et de l’exposer clairement. Si, au contraire, j’avais écrit quelque chose qui ne fût pas conforme à votre sainte foi, et qui ne répondît pas bien aux mystères de votre sacrement, empêchez-moi de dire le plus petit mot qui semblerait seulement s’écarter de la foi catholique.
Le frère Raynald et d’autres religieux dominicains observaient le saint docteur durant cette prière ; tout à coup, ils virer Jésus apparaître au-dessus du cahier ; et le Maître des anges de dire : « Vous avez bien écrit touchant ce sacrement de mon corps ; vous avez fort bien et fort justement résolu la question que l’on vous a proposée, autant que l’intelligence humaine peut la comprendre et la résoudre sur la terre. »
Puis Thomas fut ravi en extase et s’éleva d’une coudée au-dessus de terre.
Vers la fin de sa vie, saint Thomas ayant été ravi en extase pendant un certain temps, déclara que tout ce qu’il avait vu était si indiciblement merveilleux et à tel point que tout ce qu’il avait écrit n’était que foin et paille. Et depuis lors, il cessa d’écrire, au grand désespoir de ses disciples.
Thomas fut également bénéficiaire de l’assistance de la Vierge Marie, la Reine des anges ; il confia à ses frères dominicains « qu’il avait obtenu tout ce qu’il avait demandé par l’intercession de Marie, notamment la grâce de ne point quitter l’ordre dominicain ».
Thomas n’eut pas seulement la faveur de visions angéliques et divines, mais le démon vint également le troubler. Jean de Blasio raconte qu’un jour alors qu’ils se promenaient sur la terrasse du couvent à Naples, ils virent un fantôme ténébreux et vêtu de noir qui venait à leur rencontre ; Thomas s’élança vers lui et le chassa ; alors le fantôme diabolique disparut.
Saint Thomas était habile à déceler les embûches du démon ; un jour un frère ayant reçu une pâtisserie de la part d’un inconnu, la cacha dans sa cellule alors que les frères étaient à la messe ; il pensait que, personne ne l’ayant vu, il pourrait jouir tout seul de cette friandise, ce qui l’aurait fait tomber dans le péché de gourmandise ; mais l’office terminé, Thomas s’approcha de ce frère et le mit en garde contre la tentation dont il était victime, car cette tentation était suscitée par le diable.
Quelques jours avant la mort du saint, un enfant, qui était de garde auprès de Thomas étendu sur sa couche, vit une splendide et lumineuse étoile pénétrer par la fenêtre et s’arrêter pendant un certain temps au-dessus de la tête du malade ; manifestation effective de la protection angélique et divine dont Thomas était le bénéficiaire.
Il découle de tout ce que nous venons de dire sur la vie et le comportement de saint Thomas d’Aquin qu’il était particulièrement compétent pour élucider la question des anges, pour parler de leur nature et de leurs ministères multiples. Il a consacré à cette étude les questions 50 à 64 de la Somme théologique. Nous allons maintenant analyser en détail cette étude, car c’est là l’exposé le plus lumineux sur cette question. D’après saint Thomas, le cri de guerre des anges est : « Qui est comme Dieu ? »
Voici l’opinion de saint Thomas d’Aquin sur la signification du monde angélique : « La surveillance angélique est comme une extension de la Providence divine ; or, comme aucune créature n’échappe à celle-ci, toutes doivent se trouver sous la garde des anges. »
Tout au long de son étude, saint Thomas d’Aquin se référera à l’ouvrage de saint Denys, l’Aréopagite, dont nous nous sommes déjà occupé ; tout d’abord saint Thomas traite de la nature des anges et il procède, selon son habitude, par questions, thèse, antithèse et réponses : Les anges sont-ils corporels ou incorporels, composés de matière et forme ? L’ange est composé de ce par quoi il est et de ce qu’il est, ou de l’être et de ce qui existe ; ce qu’il est représente la forme subsistante elle-même.
Les Anges sont-ils nombreux ?
Denys : « Les armées bienheureuses des esprits célestes sont nombreuses ; la quantité des esprits dépasse la limite faible et restreinte de nos nombres matériels. »
Thomas : « Dieu ayant dans la création, comme but principal, la perfection, plus les êtres sont parfaits, plus Dieu les a créés en abondance.
La cause de la multiplicité des anges n’est donc ni la matière, ni les corps, mais la divine sagesse qui a établi les divers ordres de substances immatérielles. »
Les Anges diffèrent-ils d’espèce ?
Denys enseigne que dans un même ordre d’anges, il y a les premiers, les intermédiaires et les derniers.
Thomas : Les anges diffèrent donc d’espèce.
La perfection de la nature angélique exige de ce fait la multiplication des espèces, non la multiplication des individus dans une même espèce.
Les Anges sont-ils incorruptibles ?
Thomas : C’est en raison de son immatérialité que l’ange est incorruptible par nature.
Les Anges ont-ils des corps et en assument-ils ?
Thomas : Ce n’est pas pour eux que les anges ont besoin d’assumer des corps, mais pour nous. Il est dit que des anges apparurent à Abraham sous des corps qu’ils avaient assumés 4.
Les anges exercent donc les activités des êtres vivants dans les corps qu’ils assument. Certains anges sont apparus marchant. D’autre part, ils ont mangé et bu.
Ces corps ne sont cependant pas inutiles, puisqu’ils ne sont pas formés pour sentir, mais pour manifester par leurs organes les vertus spirituelles des anges.
L’Ange est-il dans un lieu ?
Thomas : L’ange n’est pas corps ; il n’est donc pas dans un lieu.
Cependant (pour accomplir une mission sur terre), il convient à l’ange d’être dans un lieu ; être dans un lieu, n’a pas le même sens pour l’ange et pour un corps (humain). L’ange bien loin d’être contenu par le lieu qu’il occupe, l’enveloppe d’une certaine manière.
L’Ange peut-il se mouvoir localement ?
Thomas : L’ange bienheureux peut se mouvoir localement. L’ange loin d’être mesuré et contenu par le lieu, le contient plutôt. Dès lors il n’est pas nécessaire que son mouvement local soit mesuré par le lieu ni qu’il se plie à ses exigences pour être continu, mais il peut être aussi bien continu ou discontinu. L’ange n’est, en effet, dans un lieu que par contact virtuel ; son mouvement local ne peut donc être qu’une succession de contacts divers avec des lieux divers...
C’est donc pour nos besoins que l’ange se meut localement.
L’Ange traverse-t-il le milieu intermédiaire en passant d’un lieu à un autre ?
Thomas : La possibilité de pouvoir passer d’un extrême à l’autre sans passer par les intermédiaires ne peut d’ailleurs convenir qu’à l’ange, non au corps. Le corps étant mesuré et contenu par le lieu, il doit en suivre les lois dans son mouvement ; tandis que la substance de l’ange n’est pas soumise au lieu, comme étant contenue par lui ; au contraire, elle lui est supérieure et le contient. Il est donc au pouvoir de l’ange de s’appliquer à un lieu de la manière qu’il veut, soit en passant par les intermédiaires, soit en n’y passant pas.
Concluons donc que le mouvement de l’ange est dans le temps ; dans le temps continu, si son mouvement est continu ; dans le temps discontinu, si son mouvement est discontinu, car l’ange peut se mouvoir de ces deux manières...
Or, le temps du mouvement angélique pouvant être discontinu, l’ange peut être à tel instant ici, à tel autre instant ailleurs sans qu’il y ait de temps intermédiaire.
Du pouvoir de connaissance des Anges.
Thomas : L’acte de connaissance de l’ange est identique à son existence...
Recevoir est le propre de l’intellect possible et illuminer est le propre de l’intellect agent. Or, l’ange reçoit la lumière de ce qui est au-dessus de lui et illumine ce qui est au-dessous de lui. Il y a donc en lui un intellect agent et un intellect possible.
N’y a-t-il dans l’Ange que la connaissance intellectuelle ?
Saint Augustin dit que dans les anges il y a « la vie qui comprend et qui sent ».
Saint Isidore dit : « Les anges savent beaucoup de choses par expérience. » Or l’expérience est le fruit de nombreux actes de mémoire. Les anges ont donc une mémoire.
Les Anges connaissent-ils toutes choses par leur substance ?
Denys : « Les anges connaissent ce qui est sur terre, selon la nature propre de leurs esprits. »
Thomas : Or la nature de l’ange est son essence. L’ange connaît donc les choses par son essence... Dans les êtres immatériels comme les anges, le médium d’intellection est la substance même du sujet connaissant. La lumière de l’intelligence angélique est plus vigoureuse que la lumière de l’intellect agent de notre âme.
Les similitudes des choses sont effectivement dans l’esprit des anges, sans être, pour autant, tirées des créatures ; elles viennent de Dieu, qui est cause des créatures et en qui préexistent les similitudes des choses.
Denys dit que les anges supérieurs participent à la science d’une manière plus universelle que les anges inférieurs. Et on lit dans le De Causis que les anges supérieurs ont des formes plus universelles.
Thomas : Ce que Dieu connaît par un seul principe, les intelligences inférieures le connaissent par plusieurs, et moins l’intelligence est élevée, plus ces médiums de connaissance sont nombreux. Plus un ange sera élevé, moins nombreuses seront les species par lesquelles il peut saisir l’universalité des intelligibles.
Les Anges connaissent-ils les choses futures ?
Thomas : Les anges sont, en fait de connaissance, plus puissants que les hommes. Or certains hommes connaissent beaucoup de choses futures. À plus forte raison les anges. Les hommes ne connaissent les futures que dans leurs causes ou par révélation divine. Et, de cette façon, les anges les connaissent beaucoup mieux que les hommes.
Un ange peut voir ce qui est dans la conscience de l’autre. Chaque ange voit les autres anges et les âmes et peut voir les pensées.
Les Anges connaissent-ils les mystères de la grâce ?
Saint Augustin dit : « Ce mystère a été caché en Dieu pendant tous les siècles, mais non sans être connu des Principautés et des Puissances célestes. » Et Saint Paul dit aussi : « Ce grand mystère a été découvert aux anges. » Les anges connaissent donc les mystères de la grâce. Denys dit que les prophètes sont instruits par les anges et c’est par les anges que les prophètes ont connu les mystères de la grâce.
Y a-t-il une volonté dans les anges ?
Thomas : Il y a dans les anges, non pas une volonté, mais une faculté supérieure à la volonté.
Le libre arbitre existe-t-il chez les Anges ?
Thomas : En tout être où il y a une intelligence, il y a un le libre arbitre. Le libre arbitre se trouve donc chez l’ange, et même d’une manière plus excellente que chez l’homme, comme il en appert pour l’intelligence.
L’Amour ou la Dilection chez les anges.
À ce sujet cinq questions se posent : 1) Y a-t-il dans l’ange une dilection naturelle ? 2) Y a-t-il un amour de choix ? 3) L’ange s’aime-t-il lui-même naturellement ou d’un amour de choix ? 4) L’ange aime-t-il naturellement un autre ange ? 5) L’ange aime-t-il naturellement Dieu plus que lui-même ?
Réponse à la première question, amour naturel de l’ange : Il est nécessaire de placer dans l’ange une dilection naturelle.
Tous les êtres de l’univers sont de quelque manière agis, sauf évidemment le Premier Agent qui ne l’est d’aucune façon et en qui nature et volonté sont identiques. Rien n’empêche par conséquent que l’ange soit agi en ce sens que son inclination naturelle lui est donnée par l’auteur même de la nature... De même que toute connaissance naturelle est vraie, de même toute dilection naturelle est droite, car l’amour naturel est une inclination de nature qui vient de l’Auteur des natures.
Réponse ad 2, amour de choix : La nature de l’ange étant parfaite, on ne trouve en lui que la seule connaissance naturelle, et non la connaissance rationnelle. Mais on trouve en lui et l’amour naturel et l’amour de choix.
Réponse ad 3, l’ange s’aime-t-il d’un amour naturel ou de choix ? L’amour naturel a pour objet la fin ; l’amour électif, les moyens... Chez les êtres matériels, il est manifeste que chacun désire acquérir ce qui lui est bon ; ainsi le feu tend à s’élever. Il en est de même chez l’ange et l’homme qui naturellement désirent leur bien et leur perfection. Cela, c’est s’aimer soi-même. L’ange comme l’homme s’aime donc lui-même naturellement quand il désire un bien d’un désir naturel. Mais quand il désire un bien par choix, il s’aime d’un amour électif.
Réponse à la question 4, l’ange aime-t-il naturellement un autre ange comme lui-même ? On doit reconnaître que l’ange aime naturellement un autre ange sous le rapport où celui-ci lui ressemble en nature. Mais sous d’autres points de vue, ou en raison des différences existantes, il ne l’aime pas d’un amour naturel.
Quant à la question 5, l’ange aime-t-il naturellement Dieu plus que lui-même ? En voici la réponse : L’ange aime Dieu pour Dieu. Il aime Dieu plus que lui-même, car il désire plus le bien divin que son propre bien.
La question 61 de la Somme traite de la production des anges selon leur être naturel.
À ce point de vue, quatre questions se posent : 1) L’ange a-t-il une cause de son être ? 2) L’ange existe-t-il de toute éternité ? 3) L’ange a-t-il été créé avant la créature corporelle ? 4) Les anges ont-ils été créés dans le ciel empyrée ?
À la question 1 : L’existence des anges a-t-elle une cause ? Il sera répondu : On lit au Psaume 148 (2-5) : Louez l’Éternel, vous tous ses anges ! car l’Éternel commande et ils ont été créés. Les anges sont donc nécessairement créés par Dieu.
À la question 2 : L’ange a-t-il été produit par Dieu de toute éternité ? Il est répondu : Dieu est cause de l’ange par son être. L’être de Dieu est éternel. Il a donc produit les anges de toute éternité. L’ange est au-dessus du temps, ainsi qu’il est dit dans le livre Des Causes. Et si l’on ne peut pas dire que l’ange, à un moment donné, existe, et qu’à un autre, il n’existe pas, c’est donc qu’il existe toujours. L’ange est au-dessus du terme mesuré par le mouvement du ciel, car il est au-dessus de tout mouvement de la nature corporelle. Mais il n’est pas au-dessus du temps qui mesure la succession du non-être et de l’être, ni au-dessus du temps qui mesure la succession de ses opérations. C’est pourquoi saint Augustin peut écrire que « Dieu meut la créature spirituelle dans le temps ».
À la troisième question : Les anges ont-ils été créés avant le monde corporel ? il est répondu : Saint Jérôme dit : « Pendant combien de temps, combien de siècles, ne faut-il pas penser que les Anges, les Thrônes et les Dominations, les autres hiérarchies célestes étaient déjà au service de Dieu ? » Saint Jean Damascène remarque : « Certains disent que les anges furent produits avant toute autre création. » C’est également l’opinion de Grégoire, le Théologien : « En premier lieu, Dieu conçut les Puissances angéliques et célestes, et ce fut là son œuvre. »
Il y a plus de distance entre la nature angélique et la nature corporelle qu’entre deux natures corporelles différentes. Mais les natures corporelles ont été créées l’une après l’autre en six jours selon le récit de la Genèse. À plus forte raison, la nature angélique a-t-elle été produite avant toute nature corporelle.
Saint Jérôme s’appuyant sur l’opinion des Docteurs grecs dit que tous s’accordent à reconnaître que les anges ont été créés avant le monde corporel.
Dieu n’est pas une partie de l’univers ; il est au-dessus, et en possède la perfection d’une manière éminente. L’ange, au contraire, fait partie de l’univers.
À la dernière question : Les anges ont-ils été créés dans le ciel empyrée ? Il est répondu :
Les anges sont des substances incorporelles qui ne dépendent pas d’un corps dans leur être, ni par conséquent dans leur devenir. Ils n’ont donc pas été créés dans un lieu corporel. Dans la Glose de Strabon, nous lisons : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Le ciel dont il s’agit n’est pas le firmament visible, mais le ciel empyrée – ciel de feu ou ciel spirituel – ainsi appelé non pas à cause de son ardeur, mais de sa splendeur. Et aussitôt qu’il fut produit, il fut rempli par les anges.
Les créatures corporelles et spirituelles constituent un seul univers. Il y a donc un ordre entre elles, et les spirituelles président aux corporelles. Il convient donc que les anges fussent créés dans la partie suprême du monde corporel pour présider à tout l’ensemble de ce monde. Peu importe d’ailleurs que l’on donne à cette partie le nom de ciel empyrée ou une autre appellation quelconque, car comme il est dit dans le Deutéronome : « C’est au Seigneur ton Dieu qu’appartiennent les cieux et les cieux des cieux » (10, 14).
Rien n’empêche de concevoir que les anges supérieurs ayant une puissance plus élevée et plus universelle sur tous les corps, aient été créés dans la partie suprême du monde matériel.
Les Anges ont-ils été créés bienheureux ?
Thomas : La nature angélique est formée et parfaite par le moyen de la béatitude qui la fait jouir de Dieu. Le « matin » dont il est question dans le récit de la Genèse, n’est autre que la connaissance angélique, en tant qu’elle a pour objet le Verbe et les choses vues dans le Verbe. Or une telle connaissance constitue la béatitude de l’ange. C’est donc que l’ange est bienheureux au principe même de sa création.
L’Ange a-t-il besoin de la grâce pour se tourner vers Dieu ?
Thomas : Nous n’avons pas besoin de la grâce pour accomplir ce qui est en notre pouvoir naturel. Mais l’ange se tourne naturellement vers Dieu puisqu’il l’aime d’un amour naturel. Il n’a donc pas besoin de grâce pour se tourner vers Dieu.
Les Anges ont-ils été créés en grâce ?
Thomas : D’après saint Augustin, la nature angélique fut d’abord créée informe et appelée ciel ; puis elle fut revêtue d’une forme et appelée lumière. Mais cette forme dont il est question ne peut être que la grâce. Il semble donc plus raisonnable de concevoir que les anges ont été d’abord créés avec leurs natures propres ; puis qu’ils ont reçu la grâce, et qu’enfin ils sont devenus bienheureux.
L’Ange a-t-il mérité sa béatitude ?
Thomas : Le mérite vient de la difficulté de l’acte méritoire, mais l’ange n’eut aucune difficulté à bien agir. Son acte bon ne fut donc pas méritoire... À Dieu seul la béatitude parfaite est naturelle, car elle est identique à son être. Pour toute créature, la béatitude n’est pas naturelle, mais représente sa fin ultime... Nous savons que la béatitude surpasse le pouvoir de la nature angélique et humaine. Il appartient donc à l’homme, comme à l’ange, de mériter leur béatitude... Personne ne mérite ce qu’il possède déjà... La difficulté de bien agir ne vient pas, pour l’ange, d’une contrariété ou d’un empêchement qui s’opposerait à sa puissance naturelle ; mais elle vient de ce que l’œuvre bonne à accomplir est au-dessus de ses forces natives.
Les Anges ont-ils obtenu la grâce et la gloire en proportion de leurs dons naturels ?
Thomas : La grâce dépend de la volonté de Dieu, le degré de grâce en dépend donc aussi et n’a rien à voir avec le degré de la perfection naturelle.
Il est cependant raisonnable de penser que les dons de la grâce et la perfection de la béatitude ont été attribués aux anges d’après leur degré de perfection naturelle.
L’Ange bienheureux peut-il pécher ?
Thomas : La béatitude n’enlève pas la nature. Or il est de l’essence de la nature créée d’être déficiente. L’ange bienheureux peut donc pécher. Cependant la béatitude consiste à voir Dieu dans son essence. Or l’essence de Dieu, c’est l’essence même de la bonté. Par ce fait l’ange bienheureux ne peut vouloir ou agir qu’en se référant à Dieu ; il ne peut pécher d’aucune manière.
Les Anges bienheureux peuvent-ils progresser en béatitude ?
Thomas : La charité est principe de mérite, mais dans les anges, la charité est parfaite ; ils peuvent cependant mériter et progresser en béatitude. Toutefois le mérite et le progrès appartiennent à l’état de voie. Les anges ne sont plus dans cet état ; ils ne peuvent donc ni mériter, ni progresser en béatitude.
Les ministères des anges bienheureux leur sont utiles, car ils font d’une certaine manière partie de leur béatitude : diffuser sa perfection sur autrui appartient en effet à l’être parfait en tant qu’il est parfait.
Bien qu’absolument parlant, l’ange bienheureux n’atteigne pas le degré suprême de la béatitude, cependant, pour ce qui est de lui et compte tenu de la prédestination divine, il est parvenu au terme ultime et au sommet de son bonheur. Néanmoins, peut croître chez les anges la joie qu’ils éprouvent du salut de ceux près desquels ils sont appelés à exercer leur ministère.
Le Péché des anges.
Première question : L’Ange peut-il pécher ?
Dans Job nous lisons : « Dieu découvre du mal (des fautes) dans ses anges. » (4, 18.)
L’ange aussi bien qu’une créature rationnelle quelconque, si on la considère dans sa seule nature, peut pécher... Le péché n’est pas autre chose qu’une déviation par rapport à la rectitude de l’acte à poser... Chez les anges au-dessus de leur activité naturelle, il y a l’activité du libre arbitre, et c’est là que le mal peut se trouver.
Y a-t-il dans l’ange d’autres péchés que ceux d’orgueil et d’envie ?
Tout aussi bien que l’orgueil et l’envie, l’acédie (apathie, affaissement de la volonté), l’avarice et la colère sont des péchés spirituels qui relèvent de l’esprit comme les péchés charnels relèvent de la chair. Les anges ont donc pu les commettre.
L’acédie est une certaine tristesse qui rend l’homme paresseux dans les activités spirituelles, en raison d’une certaine langueur physique.
Seuls l’orgueil et l’envie sont des péchés spirituels. De l’orgueil et de l’envie découlent tous les autres péchés.
Sans aucun doute, l’ange a péché en désirant être comme Dieu, mais cela peut s’entendre d’une double manière : soit par égalité, soit par similitude.
Il y a péché à considérer comme un droit de devenir semblable à Dieu par ses propres forces et non par vertu divine. Celui qui voudrait être capable de créer le ciel et la terre, pouvoir qui est propre à Dieu, un tel désir serait un péché et c’est en ce sens que le Diable a désiré être comme Dieu.
L’ange a désiré posséder sa béatitude dernière par ses propres forces, ce qui n’appartient qu’à Dieu. Enfin l’ange a désiré également une certaine principauté sur les créatures, en quoi il a voulu d’une façon perverse s’assimiler à Dieu.
Certains démons sont-ils naturellement mauvais ?
Porphyre parle d’une certaine espèce de démons trompeurs par nature qui simulent les dieux et les âmes des morts. Or être trompeur, c’est être mauvais. Il y a des démons naturellement mauvais.
Les anges comme les hommes, ont été créés par Dieu, mais il y a des hommes naturellement mauvais, dont il est dit dans l’Écriture : « La malice leur est naturelle. » Il peut donc se trouver aussi des anges naturellement mauvais.
Le Diable a-t-il été mauvais par sa propre faute dès le premier instant de sa création ?
Dans saint Jean (8, 44), Jésus déclare : « Le Diable a été meurtrier (homicide) dès le commencement ; et il n’a pas persévéré dans la vérité parce qu’il n’y a point de vérité en lui. » Quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds parce qu’il est menteur et le père du mensonge.
Le péché de l’ange fut postérieur à l’opération créatrice.
Le plus élevé parmi les anges pécheurs fut-il aussi le plus élevé de tous les anges ?
On lit dans Ezéchiel : « Tu étais un Chérubin protecteur ; je t’avais placé sur la montagne sainte de Dieu. » Mais, d’après Denys, l’ordre des Chérubins est inférieur à celui des Séraphins. Le plus élevé des anges pécheurs n’était donc pas le plus élevé de tous les anges.
Cependant saint Grégoire écrit que le premier ange qui a péché, « supérieur à toutes les troupes angéliques, les dépassait en clarté et resplendissait encore davantage quand on le comparait aux autres anges » (Lucifer).
En conclusion, il faut considérer deux choses dans le péché. Pour ce qui est de l’inclination, il semble que les anges supérieurs étaient moins portés à pécher que les anges inférieurs. C’est ce qui fait dire à Damascène que, dans ce cas, « le plus grand des anges » signifie, le supérieur de l’ordre terrestre.
Toute la création corporelle est administrée par Dieu au moyen des anges. Rien n’empêche donc d’affirmer que les anges inférieurs sont préposés par Dieu à l’administration des corps inférieurs, tandis que les anges supérieurs ont pour rôle d’administrer les corps plus élevés ; les anges suprêmes étant assistants au trône de Dieu... Ceux qui tombèrent faisaient partie de l’ordre inférieur, encore que, même dans cet ordre, il y en eut qui demeurèrent fidèles.
Si, d’autre part, on considère le motif que l’ange avait de pécher, ce motif apparaît plus fort chez les anges supérieurs. Le péché des démons fut en effet un péché d’orgueil dont le motif est la propre excellence du pécheur. Or cette excellence était plus grande chez les anges supérieurs. C’est pourquoi saint Grégoire affirme que le premier ange pécheur fut le plus élevé de tous. Et cette opinion semble la plus probable. Mais nous n’entendons pas préjuger de l’autre opinion, car il a pu y avoir aussi bien chez le prince des anges inférieurs un motif de pécher.
Solution : Le mot Chérubin signifie, selon l’interprétation commune, plénitude de science ; le mot Séraphin, ardent ou enflammé. Le premier nom se tire donc de la science qui peut exister avec le péché mortel ; le second se tire de l’ardeur de la charité qui est incompatible avec le péché. Dès lors le premier ange pécheur ne peut être appelé Séraphin, mais Chérubin.
Quelque grande que fut l’inclination au bien chez l’ange suprême, elle ne lui imposait pas une nécessité, et, par son libre arbitre, il pouvait s’y soustraire.
Le péché du premier ange fut-il la cause des péchés des autres ?
Le premier péché de l’ange ne peut être que l’orgueil et l’orgueil recherche l’excellence. Or, il répugne à celui qui désire exceller de se soumettre à un inférieur... Dans la Glose nous lisons : « Lui qui était supérieur aux autres dans son être est devenu aussi le plus élevé en méchanceté. »
Dans l’Apocalypse, on lit : « La queue du dragon a entraîné avec lui le tiers des étoiles du ciel » (12, 4).
L’orgueilleux, toutes choses égales d’ailleurs, préfère se soumettre à un supérieur plutôt qu’à un inférieur... Et parce que l’ange suprême avait une puissance naturelle supérieure à celle des anges inférieurs, il s’est précipité dans le péché avec plus de violence.
Y a-t-il eu autant d’anges pécheurs que d’anges fidèles ?
Il est dit dans l’Écriture : « Ceux qui sont avec nous sont plus nombreux que ceux qui sont avec eux », parole que l’on applique aux bons anges qui nous portent secours, tandis que les mauvais nous sont contraires.
Conclusion : Il y eut plus d’anges fidèles que de pécheurs, car le péché va à l’encontre de l’inclination naturelle de la créature ; or ce qui est contre nature ne se produit qu’accidentellement dans un petit nombre de cas.
Pour ceux qui pensent que le Diable appartenait à la hiérarchie inférieure de ces anges qui président au monde terrestre, il est évident que les anges pécheurs ne ressortissent pas à toutes les hiérarchies, mais seulement à la dernière... Si l’on admet au contraire que le Diable appartenait à la hiérarchie suprême, il est probable que ceux qui sont tombés ressortissent à toutes les hiérarchies, et que les hommes sont introduits en celles-ci pour suppléer au vide produit par la chute angélique. En quoi s’avère avec plus d’évidence l’indépendance du libre arbitre qui peut s’infléchir vers le mal, quelle que soit la dignité de la créature...
Cependant dans la Sainte Écriture, les noms de certaines hiérarchies, comme les Séraphins et les Trônes, ne sont pas attribués aux démons, car ces noms sont pris de l’ardeur de la charité et de l’habitation de Dieu, lesquelles sont incompatibles avec le péché mortel. On attribue, au contraire, les noms de Chérubins, de Puissances et de Principautés aux anges susceptibles de pécher, car ces noms sont pris de la science et de la puissance, lesquelles peuvent être communes aux bons et aux mauvais anges.
Le Châtiment des Démons.
L’intelligence des Démons est-elle obscure au point d’être privée de la connaissance de toute vérité ?
Thomas : Les démons ne peuvent connaître la vérité naturellement ; ils ont été privés de la connaissance des mystères du royaume de Dieu ; ils sont séparés des bons anges comme les ténèbres le sont de la lumière.
Pour Denys, les dons angéliques accordés aux démons n’ont pas changé ; ils demeurent dans leur intégrité et leur splendeur. Or parmi ces dons se trouve la connaissance de la vérité.
Tous les anges, au principe, ont connu de quelque manière le mystère du royaume de Dieu qui devait être accompli par le Christ ; mais surtout ceux qui furent béatifiés dans la vision du Verbe que les démons ne connurent jamais. Du fait de la lumière de leur nature intellectuelle les démons sont cependant lucides.
La volonté des Démons est-elle obstinée dans le mal ?
Thomas : Le libre arbitre appartient à la nature intellectuelle, et il demeure chez les démons. Or le libre arbitre, de soi et par mode de priorité, est ordonné au bien plutôt qu’au mal. La volonté des démons ne peut donc être obstinée dans le mal au point de ne pouvoir faire retour au bien.
La miséricorde infinie de Dieu est plus grande que la malice finie du démon.
Le démon confesse parfois la vérité en disant du Christ : « Je sais que tu es le Saint de Dieu. »
D’après Denys les démons désirent ce qui est bon et même ce qui est meilleur, à savoir, l’être, la vie, l’intelligence.
Le péché commis au principe demeure dans le Diable pour autant qu’il comporte le désir de son objet, bien que le Diable se sache très bien dans l’impossibilité de l’atteindre.
L’activité vraiment propre du démon provient d’une délibération de sa volonté ; elle est toujours mauvaise chez le démon.
Y a-t-il de la souffrance chez les démons ?
Thomas : D’après saint Augustin : « Le Diable a pouvoir sur ceux qui méprisent les préceptes de Dieu, et de ce malheureux pouvoir, il se réjouit. » Il n’y aurait donc pas de souffrance chez les démons.
Or, d’après l’Apocalypse (18, 7), il est dit : « Autant Babylone s’est glorifiée et plongée dans les délices, autant donnez-lui de tourments et de deuils » (afflictions). À plus forte raison le Diable, qui s’est glorifié souverainement, sera-t-il puni dans les lamentations de la souffrance.
Parce qu’ils sont jaloux, les démons voudraient que soient damnés ceux qui sont sauvés. Il faut reconnaître qu’il y a entre eux de la souffrance.
Chez les démons, la souffrance a pour objet ce qui est présent, et la crainte de ce qui est à venir.
Dans l’Épître de Jacques (2, 19), on lit : « Tu crois qu’il y a un seul Dieu, tu fais bien ; les démons le croient aussi et ils tremblent. »
Mais en raison de la perversité et de l’obstination de sa volonté, le démon ne souffre pas du mal de la faute.
L’atmosphère terrestre est-elle le lieu de châtiment des Démons ?
Les démons sont punis de la peine du feu. Mais il n’y a pas de feu dans l’air ténébreux.
Saint Augustin dit : « L’air ténébreux est comme la prison des démons jusqu’au jour du jugement. Un double lieu pénal doit être attribué aux démons ; l’un en raison de leur faute, c’est l’enfer, l’autre en raison de l’épreuve humaine, c’est l’air ténébreux. »
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Par le résumé du chapitre consacré à l’étude des anges dans la Somme de saint Thomas d’Aquin, on peut déjà se rendre compte combien cet auteur a étudié la question sous tous ses aspects, et, dès lors, tous ceux qui aborderont le même sujet s’en référeront à l’opinion du Docteur de l’École ou Docteur angélique.
2. Le Rd. P. J. Berthier et son Étude de la Somme (Les Anges).
En 1893, le Rd. P. J. Berthier, professeur à l’Université de Fribourg, a fait paraître sous le titre « L’Étude de la Somme théologique de Saint Thomas d’Aquin » une série de leçons données sur le thomisme et cela en conformité avec l’Encyclique de Léon XIII, tendant à promouvoir et recommander l’étude de la philosophie thomiste. Voici comment dans cette importante étude est traitée la question des Anges :
« Dieu sera l’auteur de cette sublime hiérarchie des êtres : en haut, les purs esprits, les anges ; en bas, le monde purement matériel ; entre deux, l’homme composé d’un corps et d’un esprit... Quelle gradation lente et harmonieuse (p. 95).
« Entre Dieu et l’homme, s’élèvent les hiérarchies angéliques. Les anges sont des formes pures, non plus destinées à informer la matière, comme les formes inférieures, mais à subsister et à agir par elles-mêmes. »
Le P. Berthier reprend une expression de saint Thomas qu’il estime très juste, soit, les « émanations successives de la divinité » ; et de dire :
« Saint Thomas commence par l’étude des anges et examine successivement leur nature, leur intelligence, leur volonté, leur création.
« Partant de ce principe qu’ils sont des formes pures, placées entre Dieu et l’homme, il en déduit le magnifique traité, qui, selon quelques-uns, aurait mérité à saint Thomas son titre d’Angélique. Il s’empare des données que lui fournissent la Révélation et la Tradition, et en fait jaillir des torrents de lumière, sur l’immatérialité des anges, leur manière d’agir sur le monde matériel, leur mode de croissance, la puissance de leur volonté, l’heure de leur création, les grâces qui leur furent prodiguées par la munificence divine, sur la chute et le châtiment des anges rebelles (p. 96). »
Un passage de saint Thomas, relevé par le P. Berthier, montre que, pour ce Docteur de l’Église, les manifestations que l’on range actuellement sous la dénomination de spiritisme et d’hypnotisme peuvent s’expliquer de deux façons : imagination, hallucination ou action des esprits ; et l’auteur de dire : « Les esprits bons ou mauvais peuvent agir sur le monde matériel, et dès lors sur les imaginations » (p. 315). Et le P. Berthier de conclure par cette affirmation : « Saint Thomas attribuait la plupart de ces phénomènes aux esprits angéliques, et ajoutait que ces manifestations se peuvent produire durant l’état de veille, comme durant l’état de sommeil. »
Nous retrouverons le P. Berthier, traducteur et commentateur de la Divine Comédie, lorsque nous traiterons de Dante et de sa façon de concevoir l’angéologie.
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SECTION II
1. R. P. Thomas Pègues, O. P. : « La Somme théologique de Saint Thomas d’Aquin en forme de catéchisme. »
Nous voulons donner encore un exemple de ce pouvoir d’illumination que représente l’enseignement de Thomas d’Aquin sur les esprits religieux de son temps et sur les générations modernes ; nous allons résumer le chapitre ayant trait à la question des anges, dans le livre du R. P. Thomas Pègues, O. P., ayant pour titre : La Somme théologique de Saint Thomas d’Aquin, en forme de catéchisme (Paris Téqui 1919 – 9e mille). Nous verrons que cet exposé résume fidèlement la pensée du Maître admirable :
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Dans le monde des purs esprits ou des anges, existe l’action de ces esprits les uns sur les autres.
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Cette action s’appelle illumination. En effet, les purs esprits n’agissent les uns sur les autres que pour se transmettre la lumière qu’ils reçoivent de Dieu sur la conduite de son gouvernement.
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C’est d’une manière graduée et ordonnée merveilleusement que cette lumière de Dieu est communiquée aux purs esprits.
*
Dieu la communique d’abord à ceux qui sont le plus rapprochés de Lui, et ceux-ci aux autres anges, par ordre, depuis le plus élevé jusqu’aux derniers, de telle sorte que l’action des premiers se communique aux derniers par l’action de ceux du milieu.
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Il y a, en effet, des premiers, des seconds et des derniers dans cette subordination de l’action des purs esprits les uns sur les autres pour se communiquer la lumière qui descend de Dieu sur eux.
*
Il y a une subordination des anges entre eux ; elle est de deux sortes : hiérarchies et ordres ou chœurs angéliques.
*
Le mot hiérarchie signifie Principauté sacrée ; le mot de « Principauté » comprend deux choses : le prince lui-même et la multitude ordonnée sous lui.
La « Principauté sacrée », entendue dans son sens plein et parfait, désigne toute la multitude des créatures raisonnables appelées à participer les choses saintes sous le gouvernement unique de Dieu, Prince suprême et Roi souverain de toute cette multitude.
*
Au ciel, les hommes seront admis dans la hiérarchie des anges.
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Il y a trois hiérarchies parmi les anges.
Ces trois hiérarchies se distinguent selon une triple manière de connaître les raisons des choses qui touchent au gouvernement divin.
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La première Hiérarchie connaît les raisons des choses qui touchent au gouvernement divin, selon que ces raisons procèdent du Premier Principe universel qui est Dieu.
Il s’ensuit de là, pour les anges de la première hiérarchie, qu’ils sont dits se tenir, près de Dieu, de telle sorte que tous les ordres de cette hiérarchie tireront leur nom de quelque office ayant pour objet Dieu lui-même.
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La seconde Hiérarchie connaît les raisons des choses qui touchent au gouvernement divin, selon que ces sortes de raisons dépendent des causes universelles créées.
Il s’ensuit pour les anges de cette seconde hiérarchie, qu’ils reçoivent leur illumination de la première hiérarchie, et que leurs ordres tirent leur nom de quelque office ayant trait à l’universalité des créatures gouvernées par Dieu.
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La troisième Hiérarchie connaît les raisons des choses qui touchent au gouvernement divin, selon qu’elles s’appliquent aux choses particulières et selon qu’elles dépendent de leurs causes propres.
Il s’ensuit de là, pour les anges de cette troisième hiérarchie, qu’ils reçoivent la lumière divine selon des formes particulières qui leur permettent de se communiquer à nos intelligences sur cette terre, et que leurs ordres tirent leur nom d’actes limités à un homme, tels que les anges gardiens, ou à une province, tels que les Principautés.
*
La distinction en « ordres » et « hiérarchies » parmi les anges consiste en ce que les hiérarchies constituent diverses multitudes d’anges formant des principautés diverses sous le même gouvernement divin, tandis que les ordres constituent diverses classes dans chacune des multitudes qui forment une hiérarchie.
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Il y a trois ordres dans chaque hiérarchie.
Il y a, dans chaque hiérarchie, des anges supérieurs, des anges du milieu et des anges inférieurs.
Il y a neuf ordres angéliques principaux. Dans chaque ordre il y a encore d’autres subordinations presqu’à l’infini, chaque ange ayant sa place distincte et son office particulier ; mais il ne nous appartient pas de les connaître sur cette terre.
On a donné le nom de Chœurs aux ordres angéliques parce qu’ils remplissent leurs offices en vue du gouvernement divin ; ils constituent, chacun, des groupements pleins d’harmonie, qui font éclater merveilleusement la gloire de Dieu dans son œuvre.
Action des bons Anges sur le monde des corps.
Dieu se sert des anges pour l’administration du monde corporel, parce que ce monde corporel est inférieur aux anges, et que, dans tout gouvernement ordonné, les êtres inférieurs sont régis par ceux qui leur sont supérieurs.
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Les anges qui administrent le monde corporel appartiennent à l’ordre des Vertus.
Les anges qui servent à l’administration du monde corporel veillent à l’accomplissement parfait du plan providentiel et des volontés divines dans tout ce qui se passe parmi les divers êtres qui constituent le monde des corps.
Par l’entremise des anges de l’ordre des Vertus, Dieu accomplit tous les changements qui se font dans le monde des corps, y compris même les miracles.
Le miracle ne s’accomplit pas par la vertu propre de l’ange, mais par la Vertu propre de Dieu, cependant l’ange peut y concourir par mode d’intercession ou à titre d’instrument.
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Action des bons Anges à l’endroit de l’homme : les Anges Gardiens.
L’ange peut agir sur l’homme, en raison de sa nature spirituelle qui est d’un ordre supérieur.
L’ange peut illuminer l’intelligence et l’esprit de l’homme, fortifiant sa vertu et mettant à sa portée la vérité pure que lui-même contemple.
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L’ange ne peut pas changer la volonté de l’homme en agissant sur elle directement, le mouvement de la volonté étant une inclination intérieure, qui ne peut dépendre directement que de la volonté elle-même ou de Dieu qui en est l’auteur.
Il n’y a que Dieu qui puisse changer la volonté de l’homme en agissant sur elle directement.
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L’ange peut agir sur l’imagination de l’homme et sur ses autres facultés sensibles, ces facultés étant liées à des organes, et, par suite, dépendantes du monde corporel soumis à l’action des anges.
Pour la même raison, l’ange peut agir sur les sens extérieurs de l’homme et les impressionner comme il lui plaît.
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Les bons anges peuvent être envoyés par Dieu en ministère auprès des hommes. Dieu se servant de leur action auprès des hommes pour promouvoir le bien de ces derniers ou pour l’exécution de ses conseils à leur endroit.
Ce ne sont pas tous les bons anges qui peuvent être ainsi envoyés par Dieu en ministère auprès des hommes. Il y en a qui ne sont jamais envoyés, ce sont ceux de la première hiérarchie, parce que leur privilège est de se tenir constamment devant Dieu. C’est pourquoi on les appelle les anges qui assistent.
Tous les anges des deux autres hiérarchies peuvent être envoyés en ministère auprès des hommes, de telle sorte cependant que les Dominations président à l’exécution des conseils divins, tandis que les autres, Vertus, Puissances, Principautés, Archanges, Anges vaquent directement à cette exécution.
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Il y a des anges qui sont envoyés auprès des hommes pour le garder, la Providence du gouvernement divin ayant voulu que l’homme, aux pensées et aux volontés si changeantes et si fragiles, fût assisté, dans sa marche vers le ciel, par un des esprits bienheureux à jamais fixé dans le bien.
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C’est, distinctement, un ange pour chaque homme, que Dieu députe en ministère auprès des hommes pour les garder, chaque âme humaine étant plus chère à Dieu que ne peuvent être les diverses espèces de créatures matérielles, auxquelles cependant est préposé un ange distinct qui veille à promouvoir leur bien.
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Les anges qui sont ainsi députés par Dieu, distinctement, appartiennent tous au dernier des neuf chœurs des anges.
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Tous les hommes, sans exception, sont ainsi confiés par Dieu à la garde d’un de ses anges, tant qu’ils vivent sur cette terre, en raison du chemin périlleux qu’ils doivent tous fournir avant de parvenir au terme.
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Notre-Seigneur Jésus-Christ, en tant qu’homme, n’a pas un ange pour le garder ; en raison de ce qu’il était Dieu en personne, il ne convenait pas à Notre-Seigneur Jésus-Christ d’avoir un ange pour le garder, mais il a eu des anges préposés à l’insigne honneur de le servir.
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L’ange personnel à chaque homme est député par Dieu à l’instant même où chaque homme vient au monde.
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L’ange gardien ne laisse jamais l’homme à la garde duquel est préposé et il continue de veiller sur lui, sans interruption aucune, jusqu’au dernier moment de sa vie terrestre.
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Les anges ne s’attristent pas des maux de ceux qu’ils gardent, car, en effet, après qu’ils ont fait ce qui dépendait d’eux pour les empêcher, s’ils se produisent, ils adorent, en cela, comme en tout, la profondeur des conseils divins.
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C’est chose excellente et à recommander, dans la pratique, de se confier en tout et souvent à la protection de son ange gardien.
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Cette protection, quand on l’invoque, nous est toujours infailliblement assurée, en fonction cependant des éternels conseils de Dieu et selon ce qui nous touche ; tout est ordonné à Sa Gloire.
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Les mauvais anges (démons) peuvent attaquer et tenter les hommes.
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Ce résumé de l’angéologie thomiste établi par le R. P. Pègues dont nous venons d’extraire encore la quintessence nous donne une excellente vue synthétique du mystère et du ministère des anges.
2. Le professeur Étienne Gilson et l’Angéologie.
Nous voulons maintenant attirer l’attention du lecteur sur un ouvrage du professeur Étienne Gilson, qui, dans ses Études de Philosophie médiévale, donne une excellente vue d’ensemble de l’enseignement de Thomas d’Aquin et plus spécialement du chapitre ayant trait à l’angéologie.
Gilson dès le début de son exposé commence par quelques remarques de valeur primordiale :
L’ordre des créatures en qui se trouve réalisé le plus haut degré de perfection créée est celui des purs esprits, auxquels on a donné communément le nom d’anges. Il arrive que des historiens de saint Thomas passent complètement sous silence cette partie du système ou se contentent d’y faire quelques allusions. Une telle omission est d’autant plus regrettable que l’angéologie thomiste ne constitue pas, dans la pensée de son auteur, une recherche d’ordre spécifiquement théologique. Les anges sont des créatures dont l’existence peut être démontrée et même, dans certains cas exceptionnels, constatée ; leur suppression romprait l’équilibre de l’univers pris dans son ensemble ; enfin la nature et l’opération des créatures inférieures, telles que l’homme, ne peut être parfaitement comprise que par comparaison, et souvent par opposition à celle de l’ange.
D’après Gilson, saint Thomas d’Aquin a procédé avec rigueur et logique à l’étude des anges, discutant d’abord des possibilités de leur existence, de leur nature corporelle ou incorporelle, les qualifiant de créatures, composées d’essence et d’existence ; passant en revue leur mode de connaître et la composition de leurs hiérarchies, cherchant à élucider quelles peuvent être les sources de l’angéologie chrétienne et notamment celles où saint Thomas a puisé, Gilson dira :
Dès l’antiquité, d’ailleurs, on voit s’accuser une tendance très nette à rapprocher des pures Intelligences, intermédiaires entre l’Un et le reste de la création, des êtres de provenance toute différente qui finiront par se confondre complètement avec elles ; nous voulons parler de ces Anges auxquels la Bible attribuait volontiers le rôle de messagers envoyés par Dieu aux hommes. Philon parle déjà d’esprits purs dont l’air serait peuplé, esprits auxquels les philosophes donnent le nom de démons et Moïse le nom d’anges. Porphyre et Jamblique comptent les anges et les archanges au nombre des démons 5 ; Proclus les fait entrer en composition avec les démons proprement dits et les héros pour former une triade qui doit combler l’intervalle entre les dieux et les hommes. C’est chez Proclus également qu’on voit se préciser la doctrine destinée à prévaloir dans l’Ecole, touchant la connaissance angélique, et qui la présente comme une connaissance illuminative simple et non discursive. Le pseudo-Denys l’Aréopagite va recueillir ces données et effectuer entre la conception biblique des anges messagers et la spéculation néo-platonicienne une synthèse définitive ; la patristique et la philosophie médiévale ne feront rien de plus que l’accepter et d’en préciser le détail.
La conception considérant les anges comme étant de purs esprits, répartis en trois hiérarchies, passe du système de pseudo-Denys dans le système de saint Thomas d’Aquin. Pour ce qui est de l’existence de natures incorporelles, Gilson, résumant encore une fois la pensée de saint Thomas, dira :
La fin principale que Dieu se propose dans la création est le bien suprême que constitue l’assimilation à Dieu ; nous avons vu déjà que là se trouve la seule raison d’être de l’univers. Or, un effet n’est pas parfaitement assimilé à sa cause, s’il n’imite ce par quoi sa cause est capable de le produire ; ainsi la chaleur d’un corps ressemble à la chaleur qui l’y engendre. Mais nous savons que Dieu produit les créatures par intelligence et par volonté ; la perfection de l’univers exige donc l’existence de créatures intellectuelles. Or, l’objet de l’intellect est l’universel ; le corps en tant que matériel et toute vertu corporelle, sont au contraire déterminés par nature à un mode d’être particulier, des créatures véritablement intellectuelles ne pouvaient donc être qu’incorporelles, ce qui revient à dire que la perfection de l’univers exigeait l’existence d’êtres totalement dénués de matière ou de corps.
D’ailleurs le plan général de la création présenterait une lacune manifeste si les anges ne s’y rencontraient pas. La hiérarchie des êtres est continue. Toute nature d’un degré supérieur touche, par ce qu’il y a de moins noble en elle, à ce qu’il y a de plus noble dans les créatures de l’ordre immédiatement inférieur. Ainsi, la nature intellectuelle est supérieure à la nature corporelle, et cependant l’ordre des natures intellectuelles touche à l’ordre des natures corporelles par la nature intellectuelle la moins noble, qui est l’âme raisonnable de l’homme. D’autre part, le corps auquel l’âme raisonnable est unie se trouve porté, du fait même de cette union, au degré suprême dans le genre des corps ; il convient donc, pour que la proportion se trouve sauvegardée, que l’ordre de la nature réserve une place à des créatures intellectuelles supérieures à l’âme humaine, c’est-à-dire aux anges, qui ne sont point unis à des corps.
Les anges sont totalement incorporels, mais pas nécessairement immatériels, étant de substance spirituelle. L’intelligence pure, dont l’objet est l’immatériel en tant que tel, doit donc être, elle aussi, libre de toute matière ; l’immatérialité totale des corps est donc exigée par la place même qu’ils occupent dans l’ordre de la création... Il est incontestable que, situé immédiatement au-dessous de Dieu, l’ange doit néanmoins s’en distinguer comme le fini de l’infini ; son être comporte donc nécessairement une certaine dose de potentialité qui en limite et finit l’actualité. Dans ce cas, le terme de puissance étant pris comme synonyme de matière, l’ange serait un composé d’une matière sublimée ; mais, si nous supposons une forme de nature déterminée et qui subsiste par soi hors de toute matière, cette nature est encore à l’égard de son exister dans le rapport de la puissance à l’acte ; elle se trouve donc à une distance infinie de l’être premier qui est Dieu ; il n’est ainsi pas nécessaire d’introduire une matière quelconque dans la nature angélique pour la distinguer de l’essence créatrice. Et, l’immatérialité absolue des anges permet de résoudre le problème de leur distinction ; en effet, si les anges n’ont pas de matière, il s’ensuit que chacun d’eux est spécifiquement distinct de tous les autres. Et Gilson de résumer la pensée de saint Thomas comme suit :
Nous voici donc en présence d’un certain nombre de créatures angéliques spécifiquement et individuellement distinctes, nombre vraisemblablement énorme et de beaucoup supérieur à celui des choses matérielles, si l’on admet que Dieu a dû produire en plus grande abondance les créatures plus parfaites afin d’assurer une excellence plus haute à l’ensemble de l’univers ; nous savons, d’autre part, que les espèces diffèrent comme les nombres, c’est-à-dire qu’elles représentent des quantités plus ou moins grandes d’être et de perfection ; il y a donc lieu de chercher selon quel ordre cette innombrable multitude d’anges s’ordonne et se distribue. Si chaque ange constitue en lui seul une espèce, on doit en effet pouvoir descendre, par une transition continue, du premier ange jusqu’au dernier dont la perfection est contiguë à celle de l’espèce humaine...
C’est par les différences de leur mode propre d’intelligence que les ordres angéliques pourront être distingués.
La hiérarchie angélique tout entière, prise collectivement, se distingue radicalement de l’ordre humain. Sans doute, l’origine première de la connaissance est la même pour les anges et pour les hommes ; dans les deux cas, ce sont des illuminations divines qui viennent éclairer les créatures, mais les anges et les hommes perçoivent ces illuminations très différemment : les hommes extraient du sensible l’intelligible, les anges le perçoivent immédiatement et dans sa pureté intelligible...
Quant à la faculté de connaissance des anges, selon la conception de saint Thomas d’Aquin, Gilson la résume comme suit :
Les anges connaissent les choses au moyen d’espèces qui leur sont connaturelles, ou, si l’on préfère, au moyen d’espèces innées. Toutes les essences intelligibles qui préexistaient éternellement en Dieu sous forme d’idées ont procédé de Lui au moment de la création selon deux lignes à la fois distinctes et parallèles. D’une part, elles sont venues s’individuer dans les êtres matériels dont elles constituent les formes ; d’autre part, elles ont efflué dans les substances angéliques, leur conférant ainsi la connaissance des choses. On peut donc affirmer que l’intellect des anges l’emporte sur notre intellect humain, autant que l’être achevé et doué de sa forme l’emporte sur la matière informe. Et si notre intellect est comparable à la planche nue sur laquelle rien n’est inscrit, celui de l’ange se comparerait plutôt au tableau recouvert de sa peinture, ou mieux encore, à quelque miroir où se reflètent les essences lumineuses des choses.
Cette possession innée des espèces intelligibles est commune à tous les anges et caractéristique de leur nature ; mais tous ne portent pas en eux les mêmes espèces, et nous atteignons ici le fondement de leur distinction... D’un mot, la supériorité des anges croît à mesure que diminue le nombre des espèces qui leur sont nécessaires pour appréhender l’universalité des intelligibles.
La façon dont Gilson présente la succession des hiérarchies et des ordres d’anges, mérite d’être retenue, car elle synthétise bien toute l’angéologie de saint Thomas d’Aquin :
Au premier degré nous trouvons les anges qui connaissent les essences intelligibles en tant qu’elles procèdent du premier principe universel qui est Dieu. Ce mode de connaître appartient en propre à la première hiérarchie qui s’étend immédiatement aux côtés de Dieu et dont on peut dire avec Denys qu’elle séjourne dans les vestibules de la divinité. Au second degré se trouvent les anges qui connaissent les intelligibles en tant que soumis aux causes créées les plus universelles, et ce mode de connaître convient à la deuxième hiérarchie. Au troisième degré, enfin, se rencontrent les anges qui connaissent les intelligences comme appliqués aux êtres singuliers et dépendant de causes particulières ; ces derniers constituent la troisième hiérarchie. Il y a donc généralité et simplicité décroissante dans la répartition de la connaissance des anges ; les uns, uniquement tournés vers Dieu, considèrent en lui seul les essences intelligibles ; d’autres les considèrent dans les causes universelles de la création, c’est-à-dire déjà dans une pluralité d’objets ; d’autres enfin les considèrent dans leur détermination aux effets particuliers, c’est-à-dire dans une multiplicité d’objets égale au nombre des êtres créés.
En précisant le mode selon lequel les intelligences séparées appréhendent leur objet, on se trouvera conduit à discerner en outre, au sein de chaque hiérarchie, trois ordres différents. Nous disons en effet que la première hiérarchie considère les essences intelligibles en Dieu même ; or Dieu est la fin de toute créature ; les anges de cette hiérarchie considèrent donc, à titre d’objet propre, la fin suprême de l’univers qui est la bonté de Dieu. Ceux d’entre eux qui la découvrent avec le plus de clarté, reçoivent le nom de Séraphins, parce qu’ils sont embrasés et comme incendiés d’amour pour cet objet dont ils ont une connaissance très parfaite. Les autres anges de la première hiérarchie contemplent la bonté divine, non plus directement et en elle-même, mais selon sa raison de Providence. On les nomme Chérubins, c’est-à-dire : plénitude de science, parce qu’ils voient d’une vue claire la première vertu opératrice du divin modèle des choses. Immédiatement en dessous des précédents se trouvent les anges qui considèrent en elle-même la disposition des jugements divins comme le trône est le signe de la puissance judiciaire, on leur donne le nom de Trônes. Ce n’est pas, d’ailleurs, que la bonté de Dieu, son essence et la science par laquelle il connaît la disposition des êtres, soient en lui trois choses distinctes ; elles constituent simplement trois aspects sous lesquels les intelligences finies que sont les anges peuvent envisager sa parfaite simplicité.
La deuxième hiérarchie ne connaît pas les raisons des choses en Dieu même, comme en un objet unique, mais dans la pluralité des causes universelles ; son objet propre est donc la disposition générale des moyens en vue de la fin. Or, cette universelle disposition des choses suppose l’existence de nombreux ordonnateurs ; ce sont les Dominations, dont le nom désigne l’autorité, parce qu’ils prescrivent ce que les autres doivent exécuter. Les directives générales prescrites par ces premiers anges sont reçues par d’autres, qui les multiplient et les distribuent selon les divers effets qu’il s’agit de produire. Ces anges portent le nom de Vertus, parce qu’ils confèrent aux causes générales l’énergie nécessaire pour qu’elles demeurent exemptes de défaillance dans l’accomplissement de leurs nombreuses opérations. Cet ordre est donc celui qui préside aux opérations de l’univers entier, et c’est pourquoi nous pouvons raisonnablement lui attribuer en propre le mouvement des corps célestes, causes universelles dont proviennent tous les effets particuliers qui se produisent dans la nature. C’est à ces esprits également que semble appartenir l’exécution des effets divins qui dérogent au cours ordinaire de la nature et qui se trouvent le plus souvent sous la dépendance immédiate des astres. Enfin, l’ordre universel de la Providence, déjà institué dans ses effets, se trouve préservé de toute confusion par les Puissances, destinées à éloigner de lui les influences néfastes qui pourraient le troubler.
Avec cette dernière classe d’anges nous confinons à la troisième hiérarchie qui connaît l’ordre de la divine Providence, non plus en lui-même, ni dans les causes générales, mais en tant qu’il est connaissable dans la multiplicité des causes particulières. Ces anges se trouvent donc immédiatement préposés à l’administration des choses humaines. Certains d’entre eux sont tournés particulièrement vers le bien commun et général des nations ou des cités ; on leur donne, en raison de cette prééminence, le nom de Principautés. La distinction des royaumes, la dévolution d’une suprématie temporaire à telle nation plutôt qu’à telle autre, la conduite des princes et des grands relève directement de leur ministère. Sous cet ordre très général de biens s’en rencontre un qui intéresse l’individu pris en lui-même, mais qui intéresse au même titre une multitude d’individus ; telles sont les vérités de foi qu’il faut croire et le culte divin qu’il faut respecter. Les anges dont ces biens, à la fois généraux et particuliers, constituent l’objet propre, reçoivent le nom d’Archanges. Et ce sont eux également qui portent aux hommes les messages les plus solennels que Dieu leur adresse : tel, l’archange Gabriel vint annoncer l’incarnation du Verbe, fils unique de Dieu, vérité que tous les hommes sont tenus d’accepter. Enfin, nous rencontrons un bien, plus particulier encore, celui qui concerne chaque individu pris en lui-même et singulièrement. À cet ordre de biens sont préposés les Anges proprement dits, gardiens des hommes et messagers de Dieu pour les annonces de moindre importance ; par eux se trouve close la hiérarchie inférieure des intelligences séparées.
Il est aisé d’apercevoir que la disposition précédente respecte la continuité d’un univers où les derniers êtres du degré supérieur touchent les premiers êtres du degré inférieur, comme les animaux les moins parfaits confinent aux plantes. L’ordre supérieur et premier de l’être est celui des personnes divines qui vient se terminer à l’Esprit, c’est-à-dire à l’amour procédant du Père et du Fils. Les Séraphins, que le plus ardent amour unit à Dieu, ont donc une étroite affinité avec la troisième personne de la Trinité. Mais le troisième degré de cette hiérarchie, les Trônes, n’a pas une moindre affinité avec le degré supérieur de la deuxième, les Dominations ; ce sont eux, en effet, qui transmettent à la deuxième hiérarchie les illuminations nécessaires à la connaissance et exécution des décrets divins. De même encore, l’ordre des Puissances est en étroite affinité avec l’ordre des Principautés, car la distance est minime entre ceux qui rendent possible les effets particuliers et ceux qui les produisent. L’ordonnance hiérarchique des anges nous met donc en présence d’une série continue de pures intelligences, qu’éclaire, d’une extrémité à l’autre, l’illumination divine. Chaque ange transmet à l’ange immédiatement inférieur la connaissance qu’il reçoit lui-même de plus haut, mais ne la transmet que particularisée et morcelée selon la capacité d’intelligence qui le suit.
Après cet exposé magistral de l’enseignement de saint Thomas d’Aquin sur les hiérarchies angéliques et sur leurs fonctions dans l’économie du monde, Gilson terminera son étude par ces conclusions très judicieuses :
Ainsi viennent se composer en une harmonieuse synthèse les éléments que saint Thomas doit à la tradition philosophique. Il confirme les anges proprement dits dans leur fonction biblique d’annonciateurs et de messagers ; s’il refuse de les réduire, ainsi que faisaient les philosophes orientaux, au petit nombre des intelligences séparées qui meuvent et dirigent les sphères célestes, c’est cependant à des anges qu’il assigne encore ces fonctions, et c’est enfin la hiérarchie néo-platonicienne adaptée par le pseudo-Denys que nous retrouvons dans la hiérarchie thomiste des intelligences pures. Mais Thomas d’Aquin rattache étroitement à ses principes ces conceptions d’origines diverses. Il les marque fortement de son empreinte. En distribuant les hiérarchies angéliques selon l’obscurcissement progressif de l’illumination intellectuelle, il confère une structure organique toute nouvelle au monde des intelligences séparées, et le principe interne qui le régit est celui-là même que le système thomiste place à l’origine de l’ordre universel. Du même coup le monde angélique se trouve occuper dans la création une situation telle qu’il devient impossible d’en négliger la considération sans que l’univers cesse d’être intelligible.
Que voilà justement qualifié l’enseignement thomiste en matière d’angéologie !


SECTION III : Dante et l’Angéologie.
1. La Divine Comédie.
Après avoir pris connaissance de l’enseignement doctrinal en matière d’angéologie, tel qu’il ressort de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, il nous reste à voir la répercussion qu’il a eu parmi les poètes et les littérateurs, et nous nous adresserons au plus représentatif d’entre eux : à Dante (1265-1321). Dans la Divine Comédie, nombreux sont les passages où il est question des anges et de leurs fonctions diverses ; le R. P. J. Berthier, dont nous suivrons la traduction, a groupé dans une Table doctrinale abrégée qui termine le volume, un tableau instructif, facilitant l’étude de la nature et du ministère des anges, tel qu’il est exposé tout au long de la Divine Comédie. Nous reproduisons in extenso cet abrégé, car il est de nature à nous donner une idée synthétique de l’opinion du Dante en matière d’angéologie :
ANGES. Leur création (Par. XXIX, 10-45)
Leur nombre (Par. XXIX, 127-145)
Hiérarchies angéliques (Par. XXVIII, 97-129)
Chœurs angéliques (Par. XXVIII, 79-139)
Puissance des anges (Purg. II, 31-46)
Leur agilité (Purg. II. 16-30)
Les anges volent en haut et en bas dans l’Empyrée (Par. XXXI, 1-27)
Grandeur de Dieu dans les anges (Par. XXIX, 136-145)
L’ange de la porte du Purgatoire (Purg. IX, 78-84)
Les anges gardiens dans le Purgatoire (Purg. VIII, 1-42)
Les anges flamboient autour du point lumineux qui est Dieu (Par. XXVIII, 88-96)
Anges fidèles, anges infidèles (Par. XXIX, 46-69)
Chute des anges rebelles, gloire des anges fidèles (Par. XXIX, 1-69)
Culte des anges (Purg. II, 25-30)
On remarquera tout de suite que ce tableau de la nature et du ministère des anges est à mettre en parallèle avec des enseignements de la Bible et avec ceux de saint Thomas d’Aquin.
Nous allons maintenant reprendre en détail les différents passages de la Divine Comédie où il est question des anges ; nous suivrons l’ordre établi par le R. P. Berthier dans le tableau ci-dessus, ainsi que sa traduction que nous compléterons parfois par celle d’Henri Longnon. Et nous commencerons par reproduire quelques illustrations de Yan Dargent pour la « Divine Comédie ».

Fig. 13. Le Christ en croix glorifié par les Anges. (Par. Ch. XIV).

Fig. 14. La Sainte Milice des Anges (Par. Ch. XXXI).

Fig. 15. Les Chœurs des Anges chantent le Hosanna (Par. Ch. XXVIII).

Fig. 16. L’Ange de Dieu, conducteur des âmes (Purg. Ch. II).

Fig. 17. L’ange de la Porte (Purg. Ch. IX).

Fig. 18. L’Amour éternel créa neuf amours sacrés (Chœurs) (Par. Ch. XXVIII et XXIX).

Fig. 19. Les Anges du Sacrifice.
Création des anges (Par. XXIX, 10-45).
Au verset 13, nous apprenons que Dieu n’a point créé les anges « pour acquérir des biens nouveaux, ce qui ne peut être ». Il les créa dans son éternité, hors du temps, comme il lui plut, « en de nouveaux amours s’ouvrit l’éternel amour » ; en une note explicative, le P. Berthier dira : « La durée pour les anges participe de l’éternité de Dieu ; pour les anges spécialement, elle est en rapport avec leur activité, et diffère du temps. Du reste la création est, comme acte, en dehors du temps. » « L’Éternel amour », suggère à H. Longnon ce commentaire : « L’amour, « éternel amour », est Dieu. Les amours qu’il tire de sa substance, sont toutes ses créatures : anges, hommes, plantes et matières. »
L’ordre fut créé et établi en même temps
que les substances, et celles-là furent le sommet
du monde, chez qui l’acte pur fut produit (31-33).
En effet, les anges, purs esprits ou pures formes, ne peuvent avoir été créés que par un acte pur, soit par Dieu.
Dante n’admet pas, comme le prétend saint Jérôme, que les anges aient été créés avant les autres créatures ; il dira :
Jérôme a écrit que pendant une longue série
de siècles les anges furent créés
avant que l’autre monde ne fût fait :
mais la vérité est écrite en maints endroits
par les écrivains de l’Esprit Saint,
et tu le verras, si bien tu regardes.
Et même la raison le voit en partie,
car elle ne concéderait pas que les moteurs
fussent si longtemps sans leur perfection.
Et Béatrice qui vient de révéler à Dante ce mystère de la création des anges, découlant de l’éternel amour de Dieu, conclut : « Maintenant tu sais où et comment ces amours (anges) furent créés. »
Nombre des anges (Par. XXIX, 127-145).
La nature des anges par degrés se multiplie tellement
en nombre, que jamais ne fut parole
ou conception de mortels qui allât si loin
Et si tu regardes ce qui a été révélé
par Daniel (VII, 10), tu verras que dans tous ces milliers
le nombre déterminé reste caché.
Pour ce qui est de la dernière strophe, nous suivrons la version et la note y relative de H. Longnon :
Considère à présent la sublime grandeur
De l’Éternelle Essence, qui s’est fait
Tant de miroirs où elle se multiplie (morcelé)
Tout en restant Une, ainsi qu’auparavant.
Et le traducteur de commenter : « La lumière divine, qui se répand sur la foule des Anges, est reçue par elle en autant de façons diverses qu’il y a d’Anges auxquels elle s’unit en particulier. Chaque Ange est un individu, chez qui l’amour de Dieu est proportionné à la vision qu’il a de lui.
Hiérarchies angéliques (Par. XXVIII, 94-120).
Dante :
J’entendis l’ » Hosanna » passer de chœur en chœur
jusqu’au point fixe (Dieu) qui les tient en leur lieu,
et les tiendra toujours, où toujours ils furent.
Et elle (Béatrice) qui voyait des pensers de doute
dans mon esprit, me dit : « Les premiers cercles
t’ont montré les Séraphins et les Chérubins.
Ils suivent ainsi rapides leur attraction,
pour ressembler au centre autant qu’ils peuvent,
et ils le peuvent autant que leur vision est sublime.
Ces autres amours qui vont autour d’eux,
s’appellent les Trônes de la divine présence,
parce qu’ils terminent le premier ternaire (1re hiérarchie).
L’autre ternaire (2e hiérarchie) qui fleurit de même
dans ce printemps éternel...
perpétuellement chante « Hosanna »
en trois mélodies qui résonnent en trois
ordres de bonheur, qui ainsi devient trine.
Dans cette hiérarchie sont trois déités :
d’abord les Dominations, puis les Vertus,
et enfin le troisième ordre des Puissances.
Puis dans les deux pénultièmes rondes
tournent les Principautés et les Archanges ;
la dernière est entièrement celle où exultent les Anges.
Ces ordres regardent tous en haut,
et au-dessous influent si bien, que vers Dieu
tous sont attirés et tous attirent.
Chœurs angéliques (Par. XXVIII, 88-139).
Nous avons déjà vu l’ »Hosanna » passer de chœurs en chœurs et cet Hosanna sera chanté perpétuellement par les anges (117).
Puissance des anges (Purg. II, 31-46).
Mon maître (Virgile) cria : « Vite ! Vite ! Plie les genoux !
Voici l’Ange de Dieu ! Joins les mains !
Désormais tu verras de semblables ministres !
Vois comme il dédaigne les instruments humains,
tellement qu’il ne veut ni rames, ni aucune voile
que ses ailes, entre des rivages si éloignés !
Vois comme il les tient droites vers le ciel,
battant l’air avec ses plumes éternelles...
Puis comme de plus en plus approchait de nous
l’oiseau divin, il apparaissait plus brillant,
si bien que de près l’œil ne le soutenait pas,
et je m’inclinai à terre...
Sur le visage de ce céleste nocher,
son bonheur paraissait écrit,
et plus de cent esprits étaient assis dans la barque...
Puis il leur fit le signe de la sainte Croix,
et alors tous se jetèrent sur la plage ;
et lui s’en alla, comme il vint, rapide.
Agilité des anges (Purg. II, 16-30).
Nous venons de voir l’Ange de Dieu arriver avec une force surnaturelle et une grande rapidité, puis s’en aller aussi vite qu’il était venu. Et voici comment Dante décrit cette agilité de l’ange :
Telle m’apparut (et puissé-je la voir encore !)
une lumière qui par la mer venait si rapide,
qu’aucun vol à son agilité n’est pareil.
Comme j’en détournai un peu les yeux
pour interroger mon Guide,
je la revis devenue plus brillante et plus grande.
Que voilà bien notée la caractéristique de la nature angélique : le pouvoir de se déplacer avec une rapidité aussi grande si ce n’est plus que la lumière !
Les anges volent en haut et en bas de l’Empyrée (Par. XXXI, 1-27).
Ainsi donc sous la forme d’une blanche rose
se montrait à moi la milice sainte (l’Église triomphante des Bienheureux)
que dans son sang le Christ fit son épouse.
Mais l’autre (la milice des anges) qui tout en volant voit et chante
la gloire de celui qui la rend amoureuse
et la bonté qui la fit si grande,
Comme un essaim d’abeilles, qui court aux fleurs
une fois, et une autre retourne
là où son travail prend saveur,
descendait dans la grande fleur qui s’orne
de telles feuilles, et ensuite remontait
là où son amour toujours séjourne.
Elles avaient toutes la face de flamme vive
et les ailes d’or, et le reste si blanc
que nulle neige n’arrive à ce degré
Lorsqu’elles descendaient dans la fleur de gradin en gradin
elles répandaient la paix et l’ardeur...
Puis, dans une vision sublime, Dante verra la Reine du Ciel entourée de la cohorte des anges :
Et la Reine du Ciel, qui me fait brûler
tout entier d’amour, nous fera toute grâce...
« Regarde les cercles jusqu’au plus éloigné,
jusqu’à ce que tu voies assise la Reine
à qui ce royaume est soumis et dévot. »
Et là, au milieu, avec les ailes ouvertes,
plus de mille anges, que je vis, faisaient fête,
chacun d’eux différant de splendeur et de mouvement.
Là, je vis à leurs yeux et à leurs chants
sourire une beauté (la Vierge Marie) qui était une joie
dans les yeux de tous les autres saints.
Et si j’avais autant de ressources pour parler
que pour imaginer, je n’oserais
redire la moindre partie de ces délices.
Grandeur de Dieu dans les anges (Par. XXIX, 130-145).
La nature des anges par degrés se multiplie tellement
en nombre, que jamais ne fut parole
ou conception de mortels qui allât si loin.
Dieu illumine toutes les créatures et plus directement les anges.
La première lumière qui toute l’irradie
d’autant de manières y est reçue,
qu’il y a de splendeurs auxquelles elle s’unit.
Et ainsi, parce qu’à l’acte de l’intelligence
répond l’affection, la douceur d’amour
en eux est diversement plus ou moins ardente.
Vois maintenant la hauteur et l’étendue
de l’éternelle puissance, puisque tant
de miroirs elle s’est faits, où elle se multiplie,
tout en restant une en soi comme auparavant.
Dieu s’est en effet représenté dans ses créatures et notamment dans les hiérarchies angéliques sans se modifier lui-même.
L’ange de la porte du Purgatoire (Purg. IX, 78-84).
Arrivé avec son Guide à la porte du Purgatoire, Dante en voit le portier sous l’aspect d’un ange extraordinairement lumineux :
Je le vis assis sur le degré supérieur,
et tel dans sa face que je ne pus le supporter.
Et il avait en main une épée nue,
qui reflétait tellement ses rayons vers nous,
qu’en vain plusieurs fois j’y portai mon regard.
Cet ange de la porte du Purgatoire est qualifié par Dante, quelques versets plus avant, d’Ange de Dieu. Pour le P. Berthier, l’ange radieux de la porte symbolise l’autorité sacerdotale et son épée nue à la main, indique que cet ange exerce un ministère de justice.
Les anges gardiens dans le Purgatoire (Purg. VIII, 1-42).
Après avoir entendu l’hymne de Complies, si dévotement chanté et avec de si douces notes, Dante se sentit sortir de lui-même et de son esprit, alors, raconte-t-il :
Je vis sortir d’en haut et s’élancer en bas
deux anges avec deux épées de feu,
tronquées et privées de leurs pointes.
Verts comme la petite feuille qui vient de naître
étaient leurs vêtements, qui par les vertes plumes
frappés et ventilés faisaient traîne après eux.
Un peu au-dessus de nous l’un vint s’arrêter,
et l’autre descendit sur la rive opposée :
de sorte que la troupe se trouvait au milieu.
Et ces deux anges, est-il dit, venaient « de l’enceinte de Marie » ; ils sont habillés de vert couleur d’espérance. Le P. Berthier donne encore les éclaircissements suivants : « L’épée tronquée qui permet seulement de frapper est plutôt une arme défensive qu’une arme d’attaque. Elle indique le rôle des anges protecteurs. Les anges, par ordre de Dieu, arrivent au secours des âmes fidèles dans le Purgatoire, selon la demande qu’on lui adresse à Complies : « Visitez, Seigneur, cette demeure, éloignez-en les embûches de l’ennemi ; que vos saints anges y habitent... » Ils auront pour mission d’en chasser le serpent maléfique.
Les anges flamboient autour du point lumineux qui est Dieu (Par. XXVIII, 88-96).
De même que jette des étincelles le fer
qui bout, ainsi les cercles étincelèrent.
Un incendie parmi eux suivait chaque étincelle,
et tant elles étaient que leur nombre
dépassait mille fois le double de l’échiquier.
En étincelant, commentera le P. Berthier, les anges manifestent ainsi leur contentement. L’étincelle, qui caractérise et représente une entité angélique, déclenche l’animation de tous les autres, provoquant une sorte d’incendie (feu primordial).
Anges fidèles et anges infidèles (Par. XXIX, 46-69).
Maintenant tu sais où et quand ces amours (anges)
furent créés et comment...
Et en comptant on n’arriverait pas à vingt
aussi vite qu’une partie des anges (rebelles)
troubla le centre de vos éléments (la terre).
L’autre resta (demeura fidèle) et elle commença cet office
que tu vois, et ce fut avec tant de plaisir,
que jamais elle ne cesse de tourner.
Le principe de la chute fut la maudite
superbe de celui que tu as vu
enserré par tous les poids du monde.
Telle est la punition de Lucifer pour son orgueil démesuré et ce sera aussi le châtiment de tous les orgueilleux. Par contre, pour ce qui est des anges fidèles, « leur vue fut élevée par la grâce illuminante et par leur mérite, tellement qu’ils ont une volonté pleine et ferme dans le bien.
Après la chute des anges rebelles, gloire des anges fidèles (Par. XXIX, 1-69).
Après sévère punition des anges rebelles qui péchèrent par orgueil, les anges fidèles reçurent la récompense de leur modestie :
Ceux que tu vois ici furent modestes,
en se reconnaissant œuvre de la bonté
qui les avait fait bien disposés à entendre cela
Leur vue illuminée par la grâce.
Et je ne veux pas que tu doutes, mais que tu sois certain
que recevoir la grâce est méritoire,
selon que l’affection est ouverte.
Quelques lignes plus avant, il est parlé du consistoire que voit Dante et qui représente le consistoire ou collège angélique, formé des anges fidèles.
Culte des anges (Purg. II, 25-30).
On ne doit pas adorer les anges ; le culte d’adoration ou culte de latrie n’est réservé qu’à Dieu seul. Quant aux anges, on leur doit un culte de dulie, soit hommage rendu aux anges et aux saints. À propos du passage consacré à la puissance des anges, nous avons déjà cité le verset où le Guide recommande à Dante de plier le genou et de joindre les mains à l’approche de l’ange de Dieu ; nous reproduisons ce passage d’après la version de H. Longnon :
Fléchis, me cria-t-il, fléchis donc les genoux
Et joins les mains : voici l’Ange de Dieu !
Tels sont les officiers : tu n’en verras plus d’autres.
Les quelques extraits de la Divine Comédie que nous venons de passer en revue prouvent à l’évidence que Dante, en matière d’angéologie, suivait les leçons de la Bible et celles de saint Thomas d’Aquin.
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2. Jean Tauler : un Aveuglement.
Nous ne saurions clore ce chapitre de l’angéologie du Moyen Age sans mentionner la croyance à ce sujet, du grand mystique allemand, surnommé le Docteur illuminé : Jean Tauler, né à Strasbourg vers 1300, mort au même lieu en 1361. Pour ce mystique, ne pas croire aux anges et à leur ministère est un « aveuglement » funeste. Ses œuvres complètes en huit volumes ont été traduites de la version latine du chartreux Surius, par E. -Pierre Noël, O. P. (Paris 1913). De la Table analytique des œuvres de Tauler qui se trouve à la fin du huitième tome, à la rubrique ANGES, nous lisons entre autres : « Leur dignité dépasse de beaucoup la nôtre. Esprits purs, ils sont une image plus parfaite de Dieu, car notre esprit, ici-bas est lié à la matière. Ils sont cependant nos gardiens et nos serviteurs. Chacun de nous a son ange qui le garde et le protège. L’affection et le dévouement dont ils usent envers nous dépassent l’affection et le dévouement de la meilleure des mères. Ouvrons donc les yeux de notre âme et remercions Dieu de nous avoir donné de tels protecteurs. »
Tauler a composé un ouvrage capital, intitulé : Des Dix Aveuglements dont la plupart des hommes, même les meilleurs, sont atteints. L’auteur émet des considérations sur l’amour divin qui éclaire les intelligences et enflamme les volontés. Dès le début de la Préface, Tauler met en garde son lecteur : « Avec quel acharnement et quel danger pour nous le démon s’efforce d’aveugler nos esprits. » Nous croyons utile de reproduire en entier le cinquième chapitre qui traite du cinquième aveuglement, à savoir l’ignorance ou l’incrédulité quant à l’important ministère des anges ; dans ce chapitre, il est question : de la grande dignité des saints Anges ; de leur office de serviteurs auprès de nous ; de la charité dont ils nous entourent et du malheur de ceux qui sont aveuglés pour ne pas faire attention à ces créatures sublimes.
Et maintenant, nous aurons tout profit à lire et à méditer l’enseignement capital de ce mystique sur le rôle des anges dans le monde et dans la vie spirituelle de chacun de nous !
Le cinquième aveuglement est l’ignorance concernant soit la dignité des anges, soit le service qu’ils nous rendent, soit l’affection dont ils nous entourent.
1. Et d’abord pour ce qui est de leur dignité, il est certain qu’ils ont été créés d’une manière excellente et tout à fait supérieure, dans une splendeur, une beauté, une noblesse, une gloire vraiment admirables. Dieu, la source infinie de toute noblesse, les a faits à l’image et à la ressemblance de la suprême et adorable Trinité (comme d’ailleurs, ainsi que nous l’avons dit plus haut, les âmes des hommes qui ont cela de commun avec les anges d’être l’image de Dieu). Il est certain de plus que cette image a été déformée par le péché dans Lucifer, dans les démons et dans les hommes, a été conservée dans toute son intégrité et sa pureté par les bons anges.
Voilà pourquoi, s’il est vrai que les âmes saintes tirent de l’union de la divinité avec l’humanité dans la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, une dignité plus grande que les anges, ceux-ci cependant l’emportent de beaucoup sur les hommes par leur innocence et leur persévérance dans une splendeur qui n’a pas été ternie. La dignité et l’élévation de leur nature est assurément bien supérieure de bien des manières à toute intelligence humaine.
II. En second lieu, considère, je te prie, ô homme doué de raison, comment ces resplendissants amis et enfants de Dieu, ces très dignes princes du palais céleste, ont été désignés par un amour vraiment incompréhensible et excessif à être tes serviteurs. Ils te gardent, ils te servent avec une telle attention, un tel soin, une telle persévérance qu’aucun esprit ne peut s’en rendre compte. Aucune mère, jamais, n’a veillé sur son fils unique et bien-aimé pour le guider, le garder, le protéger comme ces bienheureux esprits veillent sur ton salut.
C’est surtout ton ange à toi, celui qui est spécialement député par Dieu à ta garde, qui, jour et nuit, en tout temps et en tout lieu, t’assiste dans tous tes besoins et tous tes intérêts, te protège contre toutes les tentations et les embûches des ennemis visibles et surtout invisibles ; il t’entoure de sa sollicitude et de son dévouement de manière à ne pas s’éloigner de toi un instant, que dis-je ? de manière à ne pouvoir pas te quitter et cesser d’avoir les yeux sur toi. Et il est absolument nécessaire qu’il en soit ainsi, car tu vis au milieu d’une foule innombrable d’ennemis que tu ne peux pas voir, qui te poursuivent sans relâche de leur haine terrible, de sorte que tu n’échapperais pas un seul instant à leur fureur si ton bon ange n’était là pour les repousser.
Ouvre donc les yeux et pense avec reconnaissance à la sollicitude pleine d’une tendresse infinie de ton Père céleste, vois de quel honneur il a daigné te combler, toi, misérable ver de terre, en te confiant à la garde d’amis si puissants et si fidèles qui te servent avec un soin jaloux et te conduisent dans toutes tes voies. Tous ces esprits sont en effet des serviteurs envoyés en aide à ceux qui désirent l’héritage du salut.
III. En troisième lieu, regardez comme certain et indubitable que l’affection des anges envers les hommes, celle de votre ange propre envers vous, est tellement grande, tellement vive qu’elle dépasse, plus qu’on ne saurait dire, toute affection humaine. Non, jamais mère, si tendre et compatissante que vous la supposiez, n’a porté à son fils unique un amour comparable à celui que votre ange propre a pour vous. Ces esprits célestes et bienheureux savent en effet, ils voient clairement de quel amour immense, admirable et très ardent le Seigneur entoure tous les hommes et vous-même, aussi veulent-ils, à leur tour, vous aimer comme vous ne pourrez jamais le comprendre ou l’exprimer. Voilà pourquoi votre ange vous sert très amoureusement, très doucement, très fidèlement, en tout temps, en toute circonstance, dans tous les périls ; il veille nuit et jour à votre conduite, à votre direction, à votre protection ; il se transporte avec vous d’un lieu à l’autre ; jamais il ne vous abandonne le plus petit instant. C’est ainsi que toujours il vous persuade ou vous inspire ce qu’il y a de meilleur, de plus sûr, de plus heureux pour vous, il se réjouit d’une manière indicible de vos progrès et de vos bonnes résolutions ; il s’attriste profondément de vos défauts et de vos désagréments ; il souhaite ardemment, il demande, il sollicite pour vous tout ce qui peut vous être salutaire dans ce monde et dans l’autre ; il présente lui-même à Dieu vos prières et vos bonnes œuvres, enfin il se fait votre intercesseur continuel et dévoué pour votre salut, auprès de Dieu.
Rejetant donc tout aveuglement de l’esprit, et bannissant l’ingratitude, ouvrez les yeux intérieurs ; examinez dans un sentiment de profonde gratitude tous ces documents de l’amour divin envers vous. En tout lieu, en tout temps, que vous soyez debout ou assis, en marche ou couché, tenez-vous respectueusement devant Dieu et ses Anges ; abstenez-vous avec soin de tous les vices et de tous les péchés qui pourraient offenser leur regard.
Ah ! si vous faisiez attention sérieusement à ces trois points que je viens de vous signaler, si vous les jugiez à leur juste valeur, comme vous vous conduiriez partout et toujours avec cette prudence, ce respect, cette religion qui conviennent : sobre, chaste, pieux, aimable, parfait enfin ! Comme vous vous efforceriez sans cesse à vous montrer reconnaissants ! Comme vous seriez attentifs à plaire à ces glorieux et bienheureux esprits et surtout à votre ange gardien, dans tout ce que vous feriez et dans tout ce que vous diriez !
Ah ! sans doute vous iriez avec bonheur à l’Église, car c’est là que se trouvent réunis en grand nombre, les anges, auprès de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de ses sacrements. Oui, certes, vous auriez du mal à vous arracher à cette auguste, douce et aimable société des anges, présents dans le lieu saint, alors même que le Seigneur et le roi des anges ne serait pas là, présent lui aussi, dans son sacrement.
Ah ! qu’ils sont donc aveugles, insensibles et ingrats tous ceux qui, en voulant paraître religieux dans leurs exercices, ne laissent pas que de se tenir à l’église, non seulement sans dévotion, sans joie et sans amour, mais dans une sorte de paresse et de dégoût. Et cependant hélas ! ô honte et ô douleur ! ils sont si nombreux, un peu partout, ces malheureux dont le démon a aveuglé le cœur, qu’on ne peut pas les compter ; et c’est là ce que nous ne déplorerons jamais assez. Pourvu que vous ne soyez pas de la foule de ces aveugles, il serait surprenant, vraiment, que, connaissant et voyant ces choses, vous puissiez encore être tristes, accablés, découragés, ou vous laisser dominer par la pusillanimité et la paresse.
Nous voilà donc maintenant fixés sur la façon dont un grand mystique et un savant Docteur en théologie envisage et comprend la question du ministère des anges et notamment de l’ange gardien préposé à chaque âme venant au monde.
Et maintenant, pour avoir un tableau complet de la croyance au ministère des anges que professaient les religieux de l’époque médiévale, il suffirait de consulter la littérature religieuse du temps pour y trouver de nombreux récits d’intervention bénéfique du monde angélique ; nous en retiendrons un exemple typique.
3. Saint Raymond Nonnat.
Saint Raymond Nonnat (1204-1240) eut dès sa plus tendre enfance une dévotion toute spéciale pour la Sainte Vierge ; il eut le bonheur d’avoir des preuves tangibles de la joie que cette dévotion à la Madone causait à son ange gardien. Dès son jeune âge, le petit garçon manifestait un vif désir d’entrer dans les ordres, mais son père ne l’entendait pas de cette façon ; il fit supprimer les leçons et envoya son fils garder les moutons ; il pensait ainsi le détourner de son mysticisme ; l’enfant fut désolé, mais il obéit à l’ordre de son père. Il fut bientôt récompensé de sa soumission aux volontés paternelles ; à courte distance de l’endroit où il devait faire paître ses moutons, il y avait une église dédiée à saint Nicolas de Myre, où l’on vénérait une belle statue de la Vierge ; l’enfant, chaque fois qu’il le pouvait, se rendait au sanctuaire pour prier et confier à la Madone son chagrin de ne pouvoir rester constamment en prière à ses pieds. Un jour où l’enfant avait prié avec une immense ferveur, la sainte Vierge lui apparut et lui dit : « Ne crains rien Raymond, je te protégerai. Chaque fois que tu en auras besoin, recours avec confiance à ta Maman du Ciel et tu seras exaucé. » Comme on peut bien le penser cette apparition et cette promesse ne pouvaient qu’intensifier la dévotion du jeune Raymond et augmenter son désir d’entrer dans les ordres. Un jour que l’enfant était pris du désir impérieux de prier aux pieds de la Madone et qu’il lui était impossible d’abandonner la garde des moutons, un jeune homme d’une beauté rayonnante se présenta subitement à lui et lui offrit de prendre la surveillance du troupeau ; l’enfant, tout en larmes, remercia avec effusion l’inconnu et s’empressa de se rendre à l’église pour manifester sa reconnaissance aux pieds de la Vierge. Le merveilleux jeune homme était l’Ange gardien de Raymond. Cette miraculeuse intervention ne fut pas unique ; elle se répéta plusieurs fois, jusqu’au moment où le père de Ventant, ayant appris ce qui se passait, vint sur place et fut gratifié de la vision de l’aide mystérieux ; il réalisa alors que le désir de son fils d’entrer dans les ordres était approuvé par l’Au-Delà et il ne s’opposa plus à la vocation religieuse de son fils.
La Vierge révéla à Raymond qu’il devait aller à Barcelone et se faire recevoir dans l’Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci pour la rédemption des captifs. Après un noviciat plein de ferveur, il fut envoyé en Afrique pour racheter les prisonniers ; n’ayant pas assez d’argent, il se vendit comme otage et eut à souffrir de nombreux sévices avant que la somme qui devait le libérer soit arrivée. Il fut élevé au cardinalat, mais n’en prit pas l’habit et vécut modestement, en oraison, dans sa pauvre cellule de moine. Sur le point de mourir, il reçut la communion des mains mêmes de Jésus-Christ. Sa fête se place le 31 août.
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SECTION IV : Saint Bernard de Clairvaux (1190-1174) ; ses fréquentes visions du Christ, de la Sainte Vierge et des Anges.
Nous ne saurions ici omettre de mentionner les nombreux colloques et les fréquentes visions du Christ, de la Sainte Vierge et des Anges dont fut gratifié saint Bernard de Clairvaux.
Ces multiples visions angéliques de saint Bernard ont été illustrées par plusieurs artistes médiévaux : Nous avons de Fra Filippo Lippi (1406-1469) deux tableaux remarquables ayant pour sujet les visions angéliques de saint Bernard ; une de ces toiles se trouve à la National Gallery, à Londres, elle nous montre le saint en prière dans sa cellule ; la Vierge est accompagnée de trois anges. À l’église de la Badia, à Florence, on voit un tableau de Fra Lippi ayant encore pour sujet les apparitions angéliques dont fut gratifié saint Bernard, mais cette fois la Vierge est entourée d’une multitude d’anges ; quant au saint il est représenté en méditation dans un val solitaire.
Le Pérugien (1446-1523 ou 1524), maître de Raphaël, dans le volet de droite d’un Crucifiement décorant l’église de Santa Maria Maddalena, à Florence, a représenté saint Bernard prosterné devant la Vierge qui s’avance pleine de majesté. À Munich, on peut voir une autre toile du Pérugien, représentant saint Bernard en lecture et méditation dans son monastère ; il est gratifié de la présence de la Sainte Vierge accompagnée de quelques représentants de la milice angélique dont elle est la reine.
À la Galerie ancienne et moderne de Florence, on trouve un tableau peint par le Dominicain Fra Bartolomeo (1469-1517) où l’on voit la sainte Vierge apparaissant à saint Bernard ; elle porte l’enfant Jésus sur les bras, elle a comme escorte une multitude de l’armée céleste ; le saint est dans le ravissement le plus complet.
À la même Galerie, on peut voir par un anonyme du XIVe siècle une autre apparition de la Sainte Vierge à saint Bernard ; deux Archanges accompagnent la Mère de Dieu.
De nombreuses gravures illustrent le même thème ; nous en reproduisons une d’une facture très naïve datant du XVIe siècle (fig. 20).

Fig. 20. Apparition de la Vierge, avec l’Enfant Jésus, à saint Bernard (gravure du XVIe siècle).
SECTION V : Sainte Jeanne d’Arc (1412-1431), béatifiée en 1909, canonisée en 1920. Ses Voix et Visions angéliques.
Il est de fait notoire que tout le comportement de Jeanne d’Arc a été conditionné par ses visions angéliques et surtout par les Voix des Anges, messagers de Dieu qui lui dictaient sa conduite et ses réponses lors de son inique procès de Rouen ; prisonnière des Anglais, Jeanne fut jugée en cette ville par un tribunal ecclésiastique tout à la dévotion du roi d’Angleterre. On possède les procès-verbaux des différents interrogatoires de la Pucelle ; ils sont riches en enseignements sur la nature et sur la fréquence de ces monitions angéliques. Loin d’être troublée par tous ces ecclésiastiques érudits et prévenus contre elle, Jeanne répondit toujours avec pertinence à toutes les questions et grâce à l’assistance des messagers célestes, elle déjoua toutes les embûches qui lui étaient tendues.
Le président Pierre Cauchon dira à l’accusée : « Me Jean Beau-père, professeur insigne de théologie va vous interroger. » Le président pensait intimider la jeune fille par l’énoncé des titres du questionnant ; il n’en fut rien et tous les interrogateurs successifs furent étonnés du sang-froid de la Pucelle et de l’à-propos des réponses qui dépassaient de beaucoup les connaissances et la mentalité d’une fille de son âge.
Me J. Beaupère demande : « Quand avez-vous entendu vos voix pour la première fois ? » Jeanne de répondre : « J’avais treize ans quand j’eus une voix de Dieu pour m’aider à me bien conduire. La première fois j’eus grand’peur ; il était environ midi ; c’était l’été, dans le jardin de mon père. J’étais à jeun... J’entendis cette voix à droite, du côté de l’église. Rarement je l’entends sans qu’elle soit accompagnée de clarté. Cette clarté est du même côté que la Voix. Ordinairement il y a grande clarté. Lors de ma venue en France, j’entendis souvent cette voix. »
Me J. B. : « Que vous semblait-il de la Voix que vous entendiez ? »
Jeanne : « Elle me semblait une noble voix ; je crois qu’elle m’était envoyée par Dieu. Lorsque je l’entendis pour la troisième fois, je reconnus que c’était la Voix d’un Ange. Cette Voix m’a toujours bien gardée et je l’ai toujours bien comprise... Cette voix disait : « Viens en France ! » Elle me disait que je ferais lever le siège d’Orléans. »
Me J. B. : « Entendez-vous souvent cette Voix ? »
Jeanne : « Il n’y a pas de jour que je n’entende cette Voix, et j’en ai même bien besoin. »
Me J. B. : « Lui avez-vous parfois désobéi ? »
Jeanne faisant allusion à sa capture par les Bourguignons répondra :
« La voix m’avait dit de rester à Saint-Denis, en France ; je le voulais ; mais, contre ma volonté, les seigneurs m’ont emmenée. Si je n’avais été blessée, je ne serais pas partie. »
Lors de son procès, la Voix avait dit à Jeanne de répondre hardiment et que Dieu l’aiderait ; aussi ne craignit-elle pas de s’adresser à l’évêque Cauchon et de le mettre en garde : « Vous dites que vous êtes mon juge ; prenez garde à ce que vous faites ; car, en vérité, je suis une envoyée de Dieu et vous vous mettez en grand danger. »
À plus d’une occasion, Jeanne a refusé de répondre, car la Voix le lui défendait, notamment lorsqu’il s’agissait de révélations qu’elle avait reçues et qui ne concernaient que le roi.
Me J. Beaupère pose une question à Jeanne qu’il savait en droit canonique ne pas pouvoir poser, mais il la pose cependant : « Êtes-vous en état de grâce ? » Un des juges présents, Jean Lefebre, religieux augustin proteste et relève l’irrégularité de cette question ; il se fait violemment remettre à l’ordre par l’évêque Cauchon ; cependant, Jeanne, s’étant recueillie, donne cette magnifique réponse : « Si je n’y suis, Dieu veuille m’y mettre, et si j’y suis, Dieu veuille m’y garder. Je serais la plus malheureuse du monde, si je savais que je ne suis point en la grâce de Dieu. Si j’étais en état de péché je crois que la Voix ne viendrait pas à moi. Je voudrais que chacun entendît cette Voix aussi bien que moi. »
Forte de la continuelle assistance de ses Voix, Jeanne ne craignit pas d’affirmer qu’elle les entendit à plusieurs reprises durant le procès et même dans la salle d’audience et qu’on lui conseillait toujours de répondre hardiment ; or, Jeanne de préciser encore :
« J’ai aussi le réconfort de saint Michel... C’est saint Michel qui est venu le premier... Et voici, ce fut saint Michel ; je le vis devant mes yeux ; il n’était pas seul, mais entouré d’anges du ciel... Je les ai vus des yeux de mon corps aussi bien que je vous vois. »
Jeanne a toujours affirmé que la présence de l’Archange répandait en elle « une joie merveilleuse ». Et elle avait coutume de dire : « Quand je le voyais, je sentais avec certitude que je n’étais pas en état de péché mortel. »
Durant tout le cours du procès, Jeanne n’a cessé de répéter :
« Je n’ai rien fait que par l’ordre de Dieu et des anges. Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par le commandement de Notre-Seigneur... Dans tout ce que j’ai fait, je n’ai rien fait au monde que par l’ordre de Dieu. »
Voici une précision donnée par Jeanne au sujet de la lumière qui accompagne toujours la venue des envoyés célestes : « Quand la voix parle, dit-elle, il y a beaucoup de lumières de tous côtés. Quand cette lumière apparaît dans cette salle, elle se détourne de vous qui m’interrogez. »
En plus de l’assistance constante des anges, Jeanne bénéficie encore des bons offices de sainte Catherine et sainte Marguerite qui lui apparaissent et lui parlent ; elles la protègent et l’avertissent ; ainsi, lors de l’attaque de Jargeau, elle savait qu’elle serait blessée par une flèche ennemie ; en cette occasion, « elle eut, dit-elle, grand réconfort de sainte Catherine et je fus guérie en moins de quinze jours. Je n’avais cessé pour cela de chevaucher et de besogner ».
Lors du procès, l’assesseur posa à Jeanne une curieuse question : « Saint Michel était-il nu ? » Réponse immédiate : « Pensez-vous que Dieu n’ait pas de quoi le vêtir ? » Non content d’avoir été remis si vertement en place, l’Assesseur de questionner : « Saint Michel avait-il des cheveux ? » Réponse : « Pourquoi les aurait-il fait couper ? » Et Jeanne de réaffirmer sa croyance en l’assistance des anges : « Il ne se passe pas de jour que j’entende les Voix. L’ange est toujours le même et il ne m’a jamais fait défaut. » À cela, objection de l’inquisiteur : « Puisque vous avez été prise, l’ange vous a fait défaut dans les biens de la fortune ? » Jeanne : « Je crois, puisque cela a plu à Notre-Seigneur, qu’il valait mieux pour moi que je fusse prise. »
Les enquêteurs ont cherché à savoir de quelle nature était le sentiment de Jeanne envers les envoyés célestes. Leur rendait-elle un culte de dulie ou de latrie ? À ce propos on demande à Jeanne : « Faisiez-vous la révérence à saint Michel et aux anges quand ils venaient vers vous et vous parlaient ? – Jeanne : Oui, et après leur départ, je baisais la terre où ils avaient reposé, pour leur faire honneur. »
Autre question captieuse à laquelle Jeanne ne répond pas directement : « Les anges restaient-ils longtemps avec vous ? – Bien souvent ils viennent parmi les chrétiens et on ne les voit pas, et moi je les vois souvent parmi les chrétiens. »
Enfin Jeanne ne se lassera pas d’affirmer : « Mes Voix ne me commandent rien sans le bon plaisir de Notre-Seigneur. »
En face de ce cas extraordinaire de communications constantes avec les anges, il ne manquera pas de se trouver nombre de rationalistes pour dire que ces visions et auditions de Jeanne sont le fruit d’une autosuggestion maladive, voire d’hallucinations caractérisées. Péladan, qui a fait une étude spéciale du cas de cette visionnaire, dans son ouvrage Le Secret de Jeanne d’Arc 6, ne craint pas de poser en principe qu’il y a insolence rare « à juger cette envoyée du ciel de la sorte » ; il dira en effet :
« Personne, que ce soit un théologien ou un libre penseur, n’a le droit d’expliquer ou de vouloir connaître les raisons d’un chef-d’œuvre. Dans l’ordre du fait et de l’action, Jeanne d’Arc est un génie et ses actions sont des chefs-d’œuvre. Or, un chef-d’œuvre étant un mystère dans l’ordre de l’art, il doit être considéré comme tel dans l’ordre du fait. »
Les discussions qui tendent à déterminer s’il y a eu autosuggestion, si les phénomènes se sont produits d’une sorte ou d’une autre, sont, comment dirais-je ? des propos de Homais, de primaires qui veulent s’ingérer dans un domaine sacré où on n’entre qu’à genoux et pour prier.
Dans la vie de la Pucelle, tout est beau : le dessein, la personne, la mort comme la vie.
Chez Jeanne d’Arc, la pureté est entière et le sentiment public s’en est bien rendu compte... Un être qui s’élève au rôle de messie d’une race, n’a plus d’autre désignation que ses actes et son inspiration.
Pour Péladan, une réponse de Jeanne est particulièrement illuminative ; on lui avait demandé si c’étaient vraiment des anges qui lui parlaient et à quel signe elle les reconnaissait ? Et Jeanne de répondre simplement : « À leur conseil. » Aussi Péladan de dire à ce sujet : « Ce mot “à leur conseil” est digne de Bossuet ; c’est le mot juste qui n’a pas de synonyme, qui ne peut être remplacé, un mot définitif, un mot médaille. »
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SECTION VI : Saint François d’Assise (1182-1226).
Nous ne saurions clore ce chapitre de l’angéologie du Moyen Age sans dire quelques mots des nombreuses visions angéliques et des fréquents colloques que saint François eut avec le Christ, la Vierge et les Anges.
Dans Les Considérations sur les Stigmates, ouvrage qui fait suite aux Fioretti, nous lisons au deuxième chapitre : « La grâce de Dieu qui remplissait François n’avait pas seulement pour effet de le ravir en extase, elle lui procurait aussi fréquemment la visite des Anges. »
Un jour qu’il pensait à sa mort et à ce qu’il adviendrait ensuite de son Ordre, François dit à Dieu : « Seigneur, qu’en sera-t-il, quand j’aurai disparu, de cette pauvre petite famille que tu m’as bien voulu confier, à moi, misérable pécheur ? Qui sera là pour la soutenir et la corriger ? Qui priera pour elle ? »
Un ange alors lui apparut : « Je viens t’assurer, de la part de Dieu, dit-il, que ton Ordre durera jusqu’au jour du jugement ; ceux qui l’aimeront, si grands pécheurs soient-ils, obtiendront miséricorde ; mais les méchants qui tenteront de lui nuire ne vivront pas longtemps. »
Après avoir complété son message par d’autres précisions, l’Ange disparut.
Saint François, à côté du privilège de fréquentes interventions angéliques, fut en butte aux persécutions et aux sévices du diable et de ses suppôts.
Dans la première Considération, nous pouvons lire à ce sujet :
François s’agenouilla pour prier. Ce fut alors qu’une foule de démons des plus féroces l’assaillit avec fracas. Les uns le saisirent à la tête, les autres aux pieds ; les uns le tiraient à hue, les autres à dia ; tous lui hurlaient aux oreilles des reproches et des menaces, s’ingéniant de mille façons à le troubler dans sa prière. Mais leurs efforts furent vains, car Dieu l’assistait.
Dans la deuxième Considération, nous lisons : « Il ne faut pas croire que les persécutions du démon privassent François des consolations célestes. Dieu, nous l’avons vu, lui envoyait souvent ses anges. » Et quelques lignes plus avant nous pouvons encore lire :
Exténué par son jeûne et ses luttes contre le démon, éprouvant d’autre part le besoin de quelque réconfort spirituel, saint François se mit à méditer le bonheur céleste dont jouissent les élus et supplia Dieu de lui en donner un avant-goût.
Un jour qu’il renouvelait cette prière, voici qu’un ange, rayonnant de clarté, lui apparut, avec une viole dans la main gauche et dans l’autre un archet. Le saint en demeura d’abord tout interdit. Puis l’ange, une fois seulement, fit glisser, de haut en bas, son archet sur les cordes. Il en sortit une mélodie si belle qu’inondé de joie le saint pensa défaillir. « Si l’ange avait ramené son archet de bas en haut et frôlé les cordes une deuxième fois, avouait-il plus tard, mon âme se fut sûrement séparée de mon corps, tant était insoutenable l’excès d’un tel bonheur. »
Une troisième Considération nous apprendra encore que François fut divinement averti qu’après avoir imité le Christ dans les circonstances de sa vie terrestre, il l’imiterait encore dans sa mort et dans sa passion.
Dès lors François goûta plus de douceurs encore dans la prière et reçut de nombreuses visites du ciel. L’une d’elles eut lieu la veille de la Sainte-Croix, pour le préparer expressément à l’impression des sacrés stigmates. Ce jour-là, comme il priait dans sa cellule, un ange lui apparut : « Dieu me charge, dit-il, de t’inviter à accepter humblement et avec courage ce qu’il veut accomplir en toi. » – « Je suis prêt à souffrir patiemment tout ce que Dieu voudra », répondit François. Sa mission accomplie, l’ange disparut.
Le lendemain du jour où François avait eu ce message de l’ange, le saint était en prière devant sa cellule ; il méditait intensément les tourments du Sauveur, et il en vint à être tellement embrasé d’amour et de compassion, qu’il fut entièrement transformé en Jésus, dit l’auteur et il ajoute :
Puis, tout à coup, un séraphin aux ailes de feu fondit du ciel sur lui. Il portait, comme François l’observa, l’image d’un homme crucifié. Deux de ses ailes s’étendaient sur sa tête, deux autres lui servaient pour le vol, les deux dernières recouvraient le reste du corps...
Le séraphin lui expliqua le sens de cette vision : Dieu voulait par là lui faire entendre que ce n’était point par un martyre corporel, mais par un embrasement intérieur et spirituel qu’il achèverait de se transformer à l’image du Crucifié.
Pendant l’apparition, on eût dit que l’Alverne était en flammes ; les montagnes et les vallées voisines étaient illuminées, le soleil semblait descendu sur la terre. Voyant le mont prendre feu et les alentours s’embraser, des bergers, qui passaient la nuit aux environs, furent pris de frayeur, comme ils l’avouèrent ensuite aux Frères.
Le Christ apparut à François et lui dit entre autres : « Veux-tu savoir ce que je t’ai fait ? Je t’ai donné les stigmates, qui sont les signes de ma passion, pour que tu sois mon porte-étendard... »
Si maintenant nous parcourons les Fioretti, nous trouvons de nombreux épisodes où les anges apparaissent et entrent en action. Témoin le chapitre XVII qui a pour titre : De l’entretien que saint François eut avec le Christ, la Sainte Vierge, saint Jean-Baptiste, saint Jean l’Évangéliste et des Anges en grand nombre.
La scène fut observée par un enfant « pur comme une colombe et innocent comme un ange », que François avait accepté dans la communauté. Un soir l’enfant suivit François qui s’en allait dans la forêt pour méditer et prier ; or, voici ce que l’enfant entendit et vit :
Il était encore assez loin, quand une rumeur de voix nombreuses parvint à ses oreilles. S’approchant pour mieux entendre, il aperçut François au milieu d’une merveilleuse clarté, et conversant avec lui dans cette lumière, le Christ, la Sainte Vierge, saint Jean-Baptiste, saint Jean l’Évangéliste et une foule d’anges du paradis. Ce que voyant et entendant, l’enfant, saisi de frayeur, fut ravi en extase et tomba comme mort sur le sol... Ce fut François qui le retrouva comme il rentrait au monastère, son oraison terminée. Il ordonna au petit Frère de ne souffler mot à personne de ce qu’il avait vu et entendu, tant que lui, François serait en vie.
Du reste, l’enfant garda fidèlement son secret, et ne le révéla qu’après la mort du bienheureux. Il grandit tout en ne cessant de progresser dans la grâce de Dieu et dans la dévotion à saint François ; il devint un homme de mérite et termina saintement sa vie dans l’Ordre.
Voici encore quelques titres de chapitres des Fioretti où il est question de l’intervention du Christ et des Anges en faveur non seulement de François, mais encore des Frères :
Chapitre IV : Comment l’ange du Seigneur proposa une question au Frère Élie ; ce dernier ayant répondu avec superbe, l’Ange s’en alla et il vint aider le Frère Bernard à franchir une rivière grossie par les pluies.
Chapitre XIV : Comment, pendant que saint François s’entretenait de Dieu avec ses Frères, le Christ apparut au milieu d’eux.
Chapitre XXIX : Comment le diable est apparu plusieurs fois au Frère Rufin et comment il en fut délivré par saint François et par l’intervention de Notre-Seigneur.
Chapitre XLIV : Comment la Bienheureuse Vierge Marie apparut, avec saint Jean l’Évangéliste, au Frère Pierre de Monticello.
Chapitre XLVII : Comment la Sainte Vierge apparut à un Frère mourant et lui apporta trois burettes d’électuaire au parfum des plus suaves.
Chapitre XLIX : Comment le Christ apparut au Frère Jean de l’Alverne. Ce Frère fit des progrès très rapides dans la dévotion, aussi nous est-il dit :
La grâce divine fit avancer de jour en jour cet être évangélique dans la vertu, l’élevant par degré aux divers états de la vie surnaturelle. C’est ainsi qu’il participa successivement aux splendeurs des séraphins, aux ardeurs des chérubins, aux joies des anges, et qu’il alla même jusqu’à goûter les ineffables et amoureux embrassements du Christ.
En voilà assez pour nous convaincre que saint François et ses compagnons furent en rapports constants avec les entités de l’Au-Delà, notamment avec le Christ, la Sainte Vierge et les Anges.
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Nous le voyons donc, tous les plus grands esprits, les plus doctes théologiens ont cru à l’existence du monde angélique et ils ont admis leur intervention en faveur des humains ; ils leur ont rendu un culte de dulie et non de latrie, réservé à Dieu seul. Il va sans dire que le peuple partageait ces croyances et révérait les anges comme les saints. Nous allons voir maintenant, dans le prochain chapitre, qu’il en fut de même durant la Renaissance.


La maîtrise des passions conduit
à la pureté de pensée et d’action,
à la charité, aux visions et aux colloques angéliques.

CHAPITRE VI
La Renaissance et l’Angéologie
TOUT comme au Moyen Âge, la croyance en l’intercession de la Sainte Vierge, Reine des Anges, et en celle des cohortes angéliques demeure très vivace durant toute la Renaissance.
Les grands artistes de l’époque illustreront cette foi en l’assistance des anges, par la plume, le pinceau ou le ciseau ; nous n’en voulons pour preuve que les nombreux tableaux figurant l’archange saint Gabriel annonçant la naissance de Jésus à la Vierge, les multiples représentations de la crèche de Bethléem, entourée ou survolée d’anges joyeux en adoration ; et combien d’autres sujets religieux où les anges sont représentés ; il suffit de rappeler les noms des célébrités de l’époque : Léonard de Vinci (1452-1519), Botticelli (1444-1510), Raphaël (1483-1520), Michel-Ange (1475-1564).
Or, dans toutes ces œuvres destinées à glorifier les croyances religieuses du peuple et à illustrer maintes scènes de la Bible, les anges y figurent en très bonne place.
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SECTION I : Ars bene moriendi (1430-1478).
Édition xylographique du XVe siècle dont il y eut des éditions latines de 1430 à 1478 et une édition française : l’Art du morier (1480).

Fig. 21. Ars bene moriendi. Planche 2.
Bons conseils de l’Ange en matière de foi.
L’Ars bene moriendi ou l’Art de bien mourir est une publication dont les éditions successives partent de la fin du Moyen Âge pour s’étendre jusqu’au début de la Renaissance ; cette publication, fort appréciée de son temps, nous renseigne sur les croyances de l’époque en matière d’angéologie.
Cette suite de onze planches, commentées en latin pour les lettrés, était suffisamment explicite, par l’image, pour le peuple qui ne savait pas lire ; nous avons là un enseignement exposant quel doit être le comportement du chrétien au moment de la mort ; des conseils lui sont donnés pour résister aux multiples tentations des diables et pour ne pas succomber aux promesses fallacieuses de Satan et de ses suppôts ; cette attitude permettra aux bons Anges, notamment à l’Ange gardien, d’intervenir à temps, de prendre soin de l’âme du moribond et de la conduire en lieu sûr, en Purgatoire ou en Paradis.
Une réédition moderne de cet ouvrage, par reproduction photographique a été faite par les soins du libraire-éditeur Delarue, à Paris ; une partie du texte est traduite et commentée par Benjamin Pifteau.

Fig. 22. Ars bene moriendi. Planche 4.
Bonne inspiration de l’Ange pour préserver du désespoir.
Quelles sont les différentes péripéties vécues par le mourant à l’approche de la mort ? Tel sera le thème développé tout au long de l’ouvrage : les parents et les amis sont rassemblés au chevet du moribond ; Satan et la cohorte de ses diables accourent pour tenter une dernière fois le chrétien et lui ravir son âme, mais surviennent les Anges, notamment l’Ange gardien ; ils encouragent le mourant à persister dans la foi, dans l’espérance et la patience ; surtout, qu’il évite de tomber dans le péché d’orgueil et d’avarice. Grâce au secours des Anges, le chrétien a vaincu, il est demeuré ferme dans sa foi ; le Démon est vaincu, il s’enfuit avec ses acolytes et l’Ange emporte l’âme libérée par la mort, et en matière de conclusion pour le lecteur, il est dit : « Tel sera le sort de celui qui n’écoute pas ses mauvais penchants ! » Suivent de judicieux conseils : « Les souffrances de l’agonie ne sont pas seulement terribles pour le corps, mais surtout pour l’âme. La constance est nécessaire surtout au moment de la mort ; le chrétien ne désespère jamais de la puissance divine, il sort vainqueur des épreuves du Diable et son âme s’envole vers les régions paradisiaques. »
Voyons maintenant le développement du thème ci-dessus en décrivant les onze planches de l’ouvrage :
Planche 1. Tentacio dyaboli de fide. Tentation présentée par le Diable en matière de Foi.
Le moribond est étendu sur sa couche.
Des démons sont accourus avec la maladie ; ils proclament : « Infernus factus est. » Le mourant est prêt pour les Enfers. Des Démons donnent de perfides conseils : « Fac sicut pagani. Interficias te ipsum. » Agis comme les païens. Donne-toi la mort. Au milieu de l’image, une femme portant fouet et verges symbolise la Pénitence. Dans un coin du tableau, on remarque un roi et une reine agenouillés devant une idole, symbolisant l’attachement aux joies et aux biens de ce monde. Cependant, tout au haut de l’image on voit Dieu le Père, le Christ et la Vierge qui veillent sur le mourant.
Planche 2. Bona inspiracio Angeli de Fide. Bonne inspiration, bons conseils des Anges en matière de Foi (v. fig. 21 ci-dessous).
Le mourant est toujours étendu sur sa couche ; un Ange, son Ange gardien, vient au chevet du malade et l’engage à persévérer dans la Foi : « Sis firmus in fide. » Sois ferme en la Foi. Au haut de l’image, Dieu et les douze apôtres (Judas indiqué avec des cornes de chaque côté de la tête) assistent à la défaite de Satan et des Diables qui s’enfuient vaincus en criant : « Victi sumus. Frustra laboravimus. Fugiamus. » Nous sommes vaincus. Nous avons travaillé en vain. Fuyons ! Morale de l’image : C’est en gardant ainsi confiance en Dieu que les moribonds sont préservés de l’attaque des mauvais génies.
Planche 3. Temptacio dyaboli de desperacione. Tentation du Diable pour inciter au désespoir.
Le mourant toujours étendu sur sa couche est entouré de six Diables à têtes d’animaux hideux et effrayants ; ils viennent reprocher au moribond toutes ses fautes ; un Diable brandit un tableau où sont consignées les fautes commises par l’homme durant sa vie ; le suppôt de Satan vocifère : « Ecce peccata tua. » Voilà tes péchés ! Un autre Diable rappelle le refus fait un jour par le mourant de donner l’hospitalité à un pauvre voyageur épuisé que l’on voit représenté dans un coin de l’image, affalé sur une pierre, et le Diable de ricaner : « Avare venisti. » Tu t’es conduit en avare. Accusation plus grave, un autre démon brandit une dague et montre un homme expirant au pied du lit : « Occidisti. » Tu as tué. Un autre Diable, désignant une jeune fille, souffle à l’oreille du moribond : « Fornicatus es. » Tu es un fornicateur ! Enfin un autre Démon, levant les trois doigts des deux mains, s’écrie : « Perjurus es. » Tu es parjure ! En voilà assez pour jeter le mourant dans le désespoir. Mais l’Ange gardien veille, ainsi que nous allons le voir dans la planche suivante.
Planche 4. Bona inspiracio Angeli contra desperacionem. Bonne inspiration de l’Ange pour préserver du désespoir (v. fig. 22).
L’Ange gardien accourt et réconforte le mourant ; il lui dit de se rappeler que le Seigneur a eu pitié des plus grands pécheurs lorsqu’ils se sont repentis ; et nous voyons sur l’image Saint Pierre avec sa clef et tout à côté de lui le coq qui chante, rappelant son triple reniement ; puis l’Ange montre Marie de Magdala avec son vase de parfums précieux et il est dit qu’il lui sera beaucoup pardonné parce qu’elle a beaucoup aimé ; on voit ensuite le bon larron, crucifié à côté de Jésus ; il est pardonné. Enfin saint Paul est figuré au bas de la planche, sur le chemin de Damas ; son cheval s’est abattu et le futur apôtre est tombé sur le sol. Au vu de tous ces grands pécheurs pardonnés, l’Ange de dire : « Nequaquam desperes. » Ne désespère jamais ! Le Démon, encore une fois vaincu, s’enfuit en disant : « Victoria mihi nulla. » Pour moi la victoire est nulle. Autrement dit : « Mon pouvoir ne peut lutter contre l’Ange et contre la volonté de Dieu. »

Fig. 23. Ars bene moriandi. Planche 6.
Inspiration de l’Ange en matière de patience.
Planche 5. Tentacio dyaboli de impatiencia. Tentation du Diable provoquant l’impatience.
Le malade est toujours sur son lit ; les douleurs de la fin sont très pénibles, le moribond s’impatiente, il renverse la table où se trouvent ses verres et ses fioles ; il chasse brutalement la servante qui lui apporte des médicaments ; il lance des coups de pied à tort et à travers. Cependant les assistants lui pardonnent, car il souffre affreusement ; une garde compatissante de dire : « Ecce quantam penam patitur. » Voyez quelles sont les douleurs qui l’accablent ! Cependant le Démon se réjouit de sa victoire, il pense avoir abusé l’homme et mis en fuite l’Ange ; il ricane : « Quam bene decepi eum. » Comme je l’ai bien trompé ! Cette joie sera de courte durée.
Planche 6. Bona inspiratio angeli de patiencia. Inspiration salutaire de l’Ange en matière de patience (v. fig. 23).
Satan et ses démons se sont réjouis trop vite, ils ont oublié que Dieu n’abandonne jamais celui qui a été fidèle. Il arrive au chevet du chrétien avec une cohorte de saints et de saintes ; l’Ange gardien est là, il apaise le délire du mourant ; il ne reste plus aux diables que de prendre la fuite ; l’un, précipité la tête en bas, gémit : « Labores amisi. » J’ai perdu mes peines. Quant à l’autre qui se cache sous le lit, il se lamente : « Sum captivatus. » Je suis fait captif.
Planche 7. Temptatio de vana gloria. Tentation de tomber dans la vaine gloire.
Jusque-là, Satan a échoué dans ses efforts, il n’a pu induire en péché le mourant, mais il ne se déclare pas vaincu pour cela ; il réussira peut-être mieux en exaltant l’orgueil et la vaine gloire du moribond. De hideux démons offrent au mourant des couronnes royales et le flattent : « Coronam meruisti. » Tu as mérité la couronne ! « Exalta te ipsum. » Vante-toi toi-même ! « Gloriare. » Glorifie-toi ! Non contents d’exciter le mourant à la vaine gloire, d’autres Démons cherchent à l’abuser par de grossiers mensonges : « Tu es firmus in fide. » Tu es ferme dans la Foi. Ou encore : « In patientiam perseverasti. » Tu as été persévérant dans la patience ! Cependant Dieu, le Père, le Christ et la sainte Vierge entendent ces mauvais conseils et ils vont envoyer des Anges pour secourir le malheureux.
Planche 8. Bona inspiratio angeli contra vanam gloriam. Bonne inspiration de l’Ange contre la tentation de vaine gloire (voir fig. 24).

Fig. 24. Ars bene moriendi. Planche 8.
Inspiration de l’Ange contre la tentation de la vaine gloire.
Avant qu’il ait été séduit par les discours mensongers des Diables, les Anges rappellent le moribond à l’humilité : « Sis humilis. » Sois humble !
Il faut s’humilier, car Dieu est sans pitié pour les orgueilleux ; l’Ange le confirme : « Superbos punio. » Je punis les orgueilleux. Ils sont précipités dans les flammes de l’enfer ; ces flammes sortent de la gueule d’un monstre hideux que l’on voit dans l’angle inférieur droit de la gravure. Le mourant a compris, il se calme et s’humilie, et le Diable s’enfuit furieux et désappointé ; il avouera sa défaite : « Victus sum. » Je suis vaincu ! Dans l’angle gauche supérieur, Dieu le Père, le Christ et la Vierge se réjouissent de la victoire de leur fidèle ; on lui donne en exemple saint Antoine qui s’avance portant le Tau, le signe sacré.
Planche 9. Tentatio dyaboli de avaricia. Tentation du Diable suscitant l’avarice.
Satan sait par expérience qu’il y a peu d’hommes qui savent résister à l’amour des richesses, aussi revient-il une cinquième fois à la charge et cherche à susciter des sentiments d’avarice chez le moribond. « Provideas amicis. » Prends garde à tes amis ! « Intende thesauro. » Augmente tes richesses ! L’homme doit prendre soin de son bien ; la gravure nous montre qu’il a une belle maison, une cave bien garnie, une écurie pour un beau cheval. Morale de l’histoire sous l’angle diabolique : « Les richesses rendent l’homme heureux, tous ses désirs s’accomplissent, ses parents et ses amis l’aiment ; à toi de veiller sur tes trésors, si tu veux goûter le véritable bonheur. » Mais Satan s’est encore réjoui trop tôt ; il a oublié que l’Ange gardien veillait sur l’homme dont il avait la garde.
Planche 10. Bona inspiratio angeli contra avaritiam. Salutaire inspiration de l’Ange pour lutter contre les sentiments d’avarice.
L’Ange gardien vient à la rescousse : « Inutile de thésauriser. Pourquoi s’entourer d’amis trop intéressés et parasites ? L’argent peut procurer quelque bien-être au corps matériel, mais il n’est d’aucune utilité pour l’âme. Si tu veux être heureux dans la vie future : Fuis l’avarice. « Non sis avarus. » Ne t’occupe pas de tes amis. « Ne intendas amicis. »
Et dernière monition à ne pas oublier : « Les pensées d’avarice et les désirs de thésauriser sont toujours inspirés par le Diable. » À l’ouïe de ces paroles, l’émissaire de Satan est troublé ; il ne sait que faire. « Quid faciam ? » Comment faire ? Toutes les ruses et les tentations mises en action par le diable ont échoué ; le chrétien est resté fidèle à Dieu et à ses lois. Que faire en effet ? Montrer le poing et détaler !
Planche 11. La mort édifiante du chrétien qui a gardé sa foi (voir fig. 25).
Le dénouement arrive, le chrétien va rendre l’âme, ce n’est pas en vain qu’il aura suivi les sages conseils de son Ange gardien, conseils qui lui auront été utiles pour persévérer dans la voie droite ; il va récolter le prix de ses efforts ; un moine met dans les mains du mourant un cierge bénit ; après une ultime prière au Christ mourant sur la croix, le patient est délivré de ses douleurs corporelles, il rend le dernier soupir ; son âme s’échappe par la bouche avec son souffle ; elle est recueillie sous l’aspect d’un enfant nouveau-né ; il est reçu par un Ange qui le prend dans ses bras pour l’emporter au nombre des élus. Donc les efforts du Démon et de ses diables ont été vains, la partie est perdue pour eux ; impuissants, ils n’ont qu’à quitter la place au plus vite, la partie est perdue ! « Spes nobis nulla » dira l’un d’eux : « Pour nous plus aucun espoir ! » Un autre constatera avec amertume : « Animam amisimus. » Nous avons perdu la conquête d’une âme ! Éclatant de rage et de confusion, un autre démon s’écrie : « Furore consumor. » La fureur me brûle. Un autre doit reconnaître la défaite qui vient de leur être infligée : « Confusi sumus ! » Nous sommes confondus et bouleversés ! Enfin, un dernier démon de s’écrier : « Heu insanio ! » Hélas quelle folie ! Insensés qui n’avez pas su que la puissance de Dieu était infinie. C’est sur cette certitude, que Dieu n’abandonne jamais son fidèle et qu’il délègue ses Anges pour le secourir en toute occasion, que finit l’enseignement de l’Ars bene moriendi. Et l’on assiste à l’apothéose du bon chrétien.
Le traducteur de cet intéressant ouvrage, Benjamin Pifteau, signale l’importance toute particulière de cette publication qui eut plusieurs éditions successives et même une traduction française ; il termine son étude par ces judicieuses remarques : « En somme, quelle que soit l’indécision de ses origines, l’Ars bene moriendi marque un progrès sensible dans la science de l’imprimerie ; le texte se trouve complètement séparé du dessin, et le dessin lui-même est plus soigneusement exécuté. De plus, l’ouvrage, tout en restant une curiosité bibliographique, est aussi une source féconde de documents pour ceux qui étudient les mœurs, le costume et les idées du XVe siècle. Enfin, il est un des monuments du cauchemar de mort qui pesa sur le Moyen Âge, en attendant la Renaissance avec sa vie exubérante et le rire immense de Rabelais. »
Quant à nous, nous pouvons dire que l’Ars bene moriendi est un document précieux qui nous renseigne parfaitement sur la façon dont on comprenait à cette époque la mission salvatrice des Anges, notamment celle de l’Ange gardien, sans oublier le rôle maléfique de Satan et de ses diables, suppôts de l’enfer.

Fig. 25. Ars bene moriendi. Planche 11.
La mort édifiante du chrétien qui a gardé sa foi.
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SECTION Il : Saint Philippe de Néri (1515-1595).
Pour ce qui est des manifestations angéliques de l’époque, un épisode de la vie de saint Philippe de Néri, fondateur de l’Oratoire, est à retenir ; ce mystique d’une pureté et d’une charité exemplaires faisait de nombreux miracles, guérissant les malades et même ressuscitant les morts ; il eut de nombreuses visions angéliques ; il considérait que la pratique de la charité était le premier devoir du chrétien, et il l’exerçait souvent au-delà de ses moyens. Un jour, il fut accosté dans une rue de Rome par un mendiant : Philippe allait lui donner ses derniers sous, quand le présumé pauvre les refusa, en lui disant avec un sourire angélique : « Je voulais seulement voir ce que tu savais faire. » Puis il disparut. Saint Philippe, par la suite, racontant cet évènement à deux prêtres de ses amis, leur déclara que le mendiant était son Ange gardien qui avait voulu lui faire comprendre combien Dieu et ses Anges appréciaient le geste charitable de l’aumône.
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SECTION III : Robert Fludd (1574-1637), « Le Rempart mystique de la Santé ».
Dans le Voile d’Isis (janvier 1932, p. 48), on trouve traduit et commenté par Télesphore, un tract de Robert Fludd, intitulé : Rempart mystique de la Santé. Comme il y est question de certains anges cosmiques et de leurs fonctions spéciales, il est intéressant de résumer les données générales de cet opuscule. Moreri, dans son Grand Dictionnaire, nous apprend que Robert Fludd, surnommé le Chercheur, ou De Fluctibus, était un Rose-Croix très zélé et très savant ; dans son Rempart mystique de la Santé, Fludd posera en principe que le mal est une résultante de la désobéissance d’Adam et de la révolte des mauvais anges. Cette désobéissance fut cause d’un déséquilibre dans le monde, produisant de nombreuses perturbations, ayant pour conséquences la maladie, la souffrance et la mort. Ce n’est donc pas Dieu qui a créé le mal, ainsi que beaucoup le croient, mais une résultante de la désobéissance de notre premier ancêtre et de l’insoumission des mauvais anges. Ces derniers, à la tête desquels se trouve Lucifer, sont excessivement nombreux et constituent de véritables légions, qui ont pour unique mission de faire le mal. Lucifer commande aux quatre vents principaux, vents malfaisants, qui sont chargés de dévaster la terre, de bouleverser la mer et de détruire les arbres fruitiers.
C’est saint Michel qui a déjà une première fois terrassé le Dragon infernal, qui est chargé de contenir les puissances maléfiques et de les empêcher de nuire aux serviteurs de Dieu. C’est la raison pour laquelle les cabalistes considèrent saint Michel comme le plus grand protecteur de l’âme et du corps de l’homme.
On distingue quatre vents principaux : l’aquilon, le vent du midi, le vent de l’orient et le vent du couchant ; les vents ne soufflent pas à leur gré, ils sont surveillés par quatre anges.
Michel, plutôt porté à la clémence et à la miséricorde, commande au vent de l’Orient.
Gabriel, plutôt enclin à la justice et à la sévérité, commande au vent Borée, vent du Nord ou aquilon.
Raphaël, plutôt porté à la clémence et à la miséricorde, régit le vent de l’Occident ou vent du Couchant.
Uriel, ayant plutôt une tendance à la justice et à la sévérité régit le vent Auster ou vent du Midi.
Dieu agit par son Verbe et ce sont les anges qui exécutent sa volonté.
Les mauvais anges sont les instruments de la vengeance qui s’exerce sur les impies.
Le viol de la Loi, soit le péché, perturbe notre atmosphère astrale et provoque une rupture d’équilibre à la faveur de laquelle les entités malfaisantes forcent le rempart de la santé. Les anges qui nous défendaient se retirent, alors les germes malfaisants, diaboliques entrent en jeu, et c’est la maladie qui se déclare ; elle suit son cours jusqu’à ce que l’homme rentre dans la bonne voie, ayant reconnu ses erreurs et demandé pardon à Dieu. Dès ce moment, les agents hostiles et diaboliques, ne trouvant plus dans la citadelle organique les éléments et le milieu qui leur conviennent, n’ont dès lors plus qu’à s’en aller. Aussitôt les bons anges reviennent et ils aident la force vitale à réparer les brèches faites dans le rempart de la santé ; ils sont tout prêts à repousser une nouvelle attaque des démons lorsqu’elle se présentera.
Par ce qui précède, nous voyons que la foi en une action effective des bons et des mauvais anges dans l’économie cosmique et humaine était partagée par les plus grands savants et par les occultistes de l’époque.
En rapport avec cette notion d’Anges ou génies cosmiques, nous donnons deux gravures tirées de l’iconographie péladane qui montrent que cette croyance en l’existence d’Anges, préposés à la surveillance de la marche du cosmos, demeure encore vivace chez certains artistes divinement inspirés.
Quand on connaît l’opinion de Péladan en matière de production artistique, soit : « Un chef-d’œuvre doit être un coin de ciel descendu sur terre », on comprendra que deux illustrations figurent dans son œuvre et qu’elles aient été exposées lors du Salon de la Rose-Croix en 1912. Le premier dessin : Le Rêve, par Puvis de Chavannes, nous montre un homme profondément endormi, alors que son corps subtil s’éveille aux choses de l’Au-Delà et contemple le travail des Anges préposés à la croissance des arbres et des végétaux auxquels ils dispensent force, vie et beauté (voir fig. 26).

Fig. 26. Le Rêve, par Puvis de Chavannes.
Anges cosmiques force, vie et beauté aux arbres et aux végétaux.
Le deuxième dessin d’Alexandre Séon est intitulé : Parfum des Fleurs ; il illustre une pensée émise par Péladan dans un de ses romans (La Gynandre, 1921) : « On dirait des génies vidant les cassolettes de parfums subtils du printemps nouveau. » On voit en fait, sur cette gravure, les cohortes des Anges cosmiques répandant leurs parfums sur la nature entière pour l’insigne bénéfice de toutes les fleurs aux senteurs multiples et variées (voir fig. 26a).

Fig. 26a. Parfum des fleurs, par Alexandre Séon.
Dessin exposé au Premier Salon de la Rose-Croix.
À noter encore que cette notion spéciale d’Anges ou de Génies cosmiques est développée tout spécialement dans un ouvrage préfacé par Papus : Au Pays des Esprits ou Roman vécu des Mystères de l’Occultisme (Paris 1903).
Caillet, dans son Manuel bibliographique des Sciences psychiques, qualifie ainsi cet ouvrage : « C’est la traduction de Ghost Land, Traité-Roman si remarquable. Œuvre qui a eu un profond retentissement dans tous les centres voués à l’étude de l’occultisme, parce qu’elle correspond à des descriptions strictement exactes de visions et d’expériences... L’auteur anonyme (Britten Emma Hardinge) de ce voyage dans les pays merveilleux nous présente le récit le mieux combiné et le plus captivant pour donner au lecteur une idée bien précise de ce qu’est la Science occulte. »
Voici quelques passages où il est plus spécialement question du ministère des Anges. Des deux héros du roman (Félix von Marx et le Chevalier de B.), il est dit : « Son père et lui enseignent que tout ce que nous voyons et entendons est l’œuvre des Élémentals qu’ils commandent et des Anges planétaires qui veillent sur eux. » Et d’autre part, nous lisons : « Pendant sa vie terrestre, Félix von Marx s’est volontairement soustrait à l’influence des Anges secourables pour descendre dans la sphère des Esprits élémentaires. »
Au moment de la mort par inanition du Chevalier B., il est spécifié : « Le Père des Âmes a permis à ses Anges de réparer le mal. »
Voici un spécimen d’invocation pour appeler l’assistance des Anges des éléments et des planètes : « Donc venez ! venez ! vous Serapiel, esprit de l’air ! Ange des vents du Sud-ouest, venez, venez ! Adonaï le commande ! »
Une allusion particulière est faite à MÉTRON, Esprit tutélaire, analogue aux Œlohim de la cabbale, êtres qui dirigent les différents règnes de la création ; toutes les planètes sont sous la dépendance d’un Ange spécial et Métron lui-même est un de ces vigilants gardiens. Voici un enseignement à retenir :
Chaque Ange planétaire règne sur des régions où différentes qualités mentales et morales se sont développées. Dans les sphères astrales, les grands esprits guides sont comme les centres de cercles où tous se rassemblent parce que les pensées et les desseins sont en harmonie. Sur la terre, l’ivraie et le bon grain poussent ensemble. Tous les genres d’esprits sont réunis dans le tourbillon vital appelé Société ou groupés par Nation. Mais dans le monde astral, l’Ange de la mort sépare le bon grain de l’ivraie, dans son classement de tout ce qui spécialise un homme pendant son existence terrestre et sert à son évolution dans l’éternité... Jusqu’à ce que les âmes aient passé par tous les appartements du Cosmos et qu’elles se soient rendues maîtres de tous ses éléments séparés, vous pourrez les voir groupées en cercles présidés par des Esprits élevés. Elles sont aussi amenées vers des centres où leurs dispositions particulières trouvent le plus vaste champ de culture que la vie des esprits procure aux habitants de la terre.
Métron est l’Ange de tous les esprits humains, des élémentals mortels ou immortels qui subissent l’attraction du royaume qu’il gouverne avec ses légions, royaume situé au pôle Nord, pôle d’où découle le magnétisme vital :
La glorieuse lumière de l’Aurore, les pouvoirs invisibles de l’aimant, la VIE enfin et la gravitation, ne sont que des différentes phases de cet unique et puissant royaume dont les forces générées au pôle Nord, cerveau de la Terre, sont ensuite distribuées dans toutes les directions ; c’est là le centre d’action de Métron et de ses légionnaires.
À l’occasion d’une extase provoquée par un haut Initié, le Chevalier de B. raconte ce qui suit : « Je fus environné d’une atmosphère de feu ; des éclairs éblouissants flamboyèrent près de moi, une impression d’extase mêlée d’oppression m’accabla ; et il me fut cependant permis de contempler un instant une glorieuse forme penchée sur moi. C’était Métron qui me regardait avec tout l’amour qu’un Ange peut ressentir pour le mortel qui lui est confié. »
Le Chevalier de B., le visionnaire, nous confie encore : « J’avoue que je perçois seulement, comme un nuage, les mains blanches des Anges tissant la trame de la Vie humaine et les bras des Esprits gardiens à moitié cachés à mes yeux. » Puis il nous fait cette déclaration grosse de conséquences : « À mesure que les années s’écoulent, et plus je m’efforce de connaître à l’aide de mes sens finis et de mes fugitifs pouvoirs ce qui est Infini et éternel, plus je constate que je ne sais rien. »
Comment se fait-il que les magiciens noirs puissent nuire aux hommes ? Que font dans ce cas leur Ange gardien ? L’Initié répondra : « Les Anges gardiens sont toujours près de nous, disposés à nous aider à nous inspirer ; mais ils ne semblent pas y réussir toujours, car les esprits grossiers de la matière sont plus près des hommes que les Anges. Le meilleur moyen de nous préserver des mauvaises influences est de développer en nous la pureté qui est une force très grande pour repousser le mal. »
La notion d’Anges tutélaires des mondes et des planètes est générale parmi les occultistes avertis.
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SECTION IV : Le Traité très docte des Anges du P. Maldonat (1570).
Nous avons eu la bonne fortune de mettre la main sur un livre de l’époque consacré uniquement à l’étude du ministère des anges ; le frontispice, finement gravé, nous montre, à la partie supérieure, deux anges agenouillés devant le monogramme flamboyant du Christ ; encadrant le titre, nous voyons saint Michel terrassant le Dragon et saint Raphaël le maintenant enchaîné ; enfin, dans le médaillon du bas, les démons dans l’enfer y reçoivent les âmes pécheresses. Voici le libellé du titre complet de cet ouvrage, bien caractérisé déjà par la figuration de son frontispice :
TRAICTÉ TRÈS DOCTE, DES ANGES, escrit, souz le P. Maldonat, Docteur théologien, de la Compagnie de Iésus, en l’an 1570. Par M. F. De la Borie, Archidiacre, et Chanoine, à Périgneux, et traduite en François par le même.
À cette époque, les titres longs et détaillés étaient de mode ; voici le début de l’ouvrage, exposé en manière de préface, qui situe le livre :
La dispute des Anges a deux parties. L’une générale en laquelle on dispute généralement des Anges, bons et mauvais, l’autre spéciale, en laquelle on traite tout à part des bons et des mauvais. La première partie est comprise en six questions. La première, du nom des Anges ; la seconde, de leur estre comme l’on dict, c’est-à-dire, s’il y a des Anges : la troisième, de leur origine : quatrième, de leur nature : la cinquième, de leurs puissances : la sixième, des actions et fonctions de leurs puissances et facultés.

Fig. 27. Frontispice du Traité du R. P. Maldonat.
Par cet exposé, on peut juger déjà que le docte auteur suit fidèlement l’angéologie de saint Thomas d’Aquin ; la similitude de pensée, d’exposition et de croyance ressortira encore plus nettement par l’exposé des têtes de chapitre que nous donnons ci-après :
Des noms des Anges.
S’il y a des Anges.
De l’origine des Anges.
En quel lieu furent faits les Anges.
Si tous les Anges ont été faits ensemblement ?
De la Nature des Anges.
Si les Anges sont composés de matière et de forme.
Si aux Anges il y a quelque composition.
Si les Anges sont immortels.
De la différence des Anges.
Comment ils sont différents en espèce.
Des facultés des Anges.
Des actions des Anges.
De la manière en laquelle les Anges connaissent.
Si les Anges usent de discours.
Du lieu des Anges.
Du mouvement des Anges.
Des Anges particulièrement bons et mauvais.
Si les Anges ont été faits en grâce.
Si les Anges furent faits Bienheureux.
Si les Bienheureux Anges peuvent pécher.
Si les Bienheureux Anges méritent plus grande félicité.
De la distinction des bons Anges.
De la première Hiérarchie.
De la seconde Hiérarchie.
De la troisième Hiérarchie.
Des offices des Anges.
Si les Églises ont aussi leurs Anges gardiens.
Des Démons.
Si quelqu’un d’eux pécha premier que les autres.
Si celui qui pécha le premier fut auteur de péché aux autres.
De quel ordre étaient les Anges qui péchèrent.
Combien fut grand le nombre de ceux qui péchèrent.
S’il a été laissé aux Démons quelque temps de pénitence.
On le voit, la question de la nature, de l’état, des fonctions des Anges y est envisagée dans le détail, à la façon et dans l’esprit de saint Thomas.
L’auteur posera en principe que lorsqu’on donne aux anges le nom d’Esprits, cela se rapporte à leur nature qui est commune avec celle de Dieu. Ainsi Esprit doit être considéré comme nom de nature et Ange comme nom d’office ; en effet l’Ange est tout à la fois un Esprit servant et un messager ; il est de plus toute vertu naturelle et surnaturelle.
Les Anges connaissent aisément nos pensées et nos désirs. Les Anges se parlent entre eux et leur langage serait plus beau que le nôtre ; à l’occasion ils peuvent aussi parler le langage des hommes quand ils ont un message personnel à leur délivrer. L’auteur, s’appuyant sur Damascène, dit que pour les anges, parler entre eux, est l’équivalent de désirer.
Ordinairement, les anges ne sont pas dans un lieu physique, exception faite pour le cas où ils ont une action à faire dans le plan physique et où ils revêtent un corps matériel. Les anges « se remuent de lieu en lieu par leur essence propre qui est de se mouvoir » ; ce mouvement est indépendant du temps physique humain mesuré par le mouvement du ciel.
Une fonction primordiale de l’ange est d’offrir nos prières à Dieu, cependant cet office n’est pas uniquement le fait d’un simple messager, mais il doit aussi inciter les hommes à prier et à bien faire ; de plus les anges sont préposés par Dieu pour distribuer des récompenses aux bons et des punitions aux mauvais.
Enfin certains anges auraient pour mission de surveiller, d’entretenir le mouvement du ciel et d’en assurer la régularité.
Quant à la distribution des anges en trois hiérarchies, subdivisées elles-mêmes en neuf ordres, l’auteur suit textuellement l’enseignement de saint Thomas d’Aquin ; il en va de même pour ce qui regarde la mission de l’ange gardien attribué à chaque homme (âme) au moment de la naissance.
Le Diable et les démons peuvent à l’occasion se matérialiser et se manifester, mais les évocations magiques effectuées par les sorciers et sorcières sont sévèrement condamnées ; il en est de même pour toutes les pratiques magiques ; notons qu’il n’est fait aucune distinction entre magie noire et magie blanche. À ce sujet nous citerons un passage curieux, bien typique des luttes entre Calvinistes et Catholiques de l’époque ; avec assez de raison, l’auteur fait ressortir que beaucoup de ces histoires de diables relèveraient plus d’une imagination déréglée que d’apparitions réelles ; au demeurant voici ce passage :
Jadis plus près de France personne n’ignore qu’aux monts Apennins il n’y eut (et encore aujourd’hui) autant de sorcières qu’il y a de femmes. Et c’est d’autant que les Vauldois hérétiques y sont demeurés cachés jusques aujourd’huy. Je ne voudrais pas qu’aucun des Calvinistes s’offençast de ce que je vais dire, auxquels certes j’aymerais mieux estre auteur de salut que de scandale. Au surplus, certainement j’estime que ces illusions de diables desquels nous sommes maintenant souvent travaillés, sont sortis du mesme Lac de Genève duquel sont venues à nous leurs hérésies. Car il a été vérifié que cette ville a commencé la première d’estre troublée par les démons. Et d’autant que la petitesse d’icelle n’estait par aventure pas capable de la multitude d’iceux croissant de iour à autre, j’estime qu’il est advenu qu’elle s’est aussi répandue en nos villes.
Enfin pour l’auteur, les arts magiques « suivraient l’hérésie ».
Avec le Traité des Anges du P. Maldonat, nous avons un tableau précis de la façon dont la majorité des théologiens et les catholiques de l’époque envisageaient le ministère des Anges envers l’humanité.
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SECTION V : Un théologien du XVIIe siècle : Guillaume Sherlock, sa conception de l’angéologie.
Un siècle après la parution du Traité des Anges du P. Maldonat, que nous venons d’analyser, nous trouvons les mêmes croyances exprimées dans les ouvrages d’un docte théologien anglais : Guillaume Sherlock, Docteur en Théologie, Doyen de St-Paul, Maître du Temple et Chapelain ordinaire de Sa Majesté.
Nous voulons attirer l’attention sur deux ouvrages capitaux du savant Docteur : Traité de la mort et Traité du Jugement Dernier, traduits par David Mazel et parus à Amsterdam en 1696.
Retenons une remarque du traducteur exprimée dans la présentation du premier Traité ; bien que vieille de plusieurs siècles, cette remarque est toujours de regrettable actualité : « L’excellence de l’Ouvrage, dont je présente une traduction française, n’aurait besoin d’aucune protection dans un siècle moins corrompu. Les préceptes qu’y donne le savant et pieux Dr Sherlock seraient lus sans doute avec avidité de tous ceux qui ne négligent pas le soin de leur salut ; mais la faiblesse des Chrétiens a besoin d’être soutenue. Les temps sont fâcheux, et les exemples vivants d’une solide et éclatante piété sont difficiles à trouver. »
Pour juger de la nature et du ministère des Anges, Sherlock s’en réfère aux paroles de la Bible décrivant le nombre infini des Anges, leur nature, leurs activités et leurs missions diverses. Nous reproduisons le frontispice du Traité du Jugement dernier qui nous renseigne comment l’auteur concevait la parousie dont il est fait si nettement mention dans les Évangiles (v. fig. 28). Dans cet ouvrage, un chapitre entier est consacré à exposer, en partant des enseignements de l’Écriture, la manière et les circonstances de l’apparition de Jésus-Christ et de la terrible solennité du Jugement.
Donc, il est dit dans l’Écriture :
Que le Fils de l’homme viendra avec la gloire de son Père et avec ses Anges (Matth. 16, 17).
Que le Fils de l’homme viendra avec sa gloire, et avec celle de son Père et des saints Anges (Luc 9, 26).
Que le Seigneur Jésus sera révélé du Ciel, avec les Anges de sa puissance, avec des flammes, pour exercer la vengeance contre ceux qui ne connaissent point Dieu et qui n’obéissent point à l’Évangile de Notre Seigneur Jésus-Christ (2 Thes. 1, 7-8).
Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire avec tous les Anges, alors il s’assiéra sur son trône de gloire... Il séparera les uns d’avec les autres... (Matth. 25, 31-32).

Fig. 28. Frontispice du Jugement Dernier, de Guillaume Sherlock (1696).
Dans son Apocalypse, saint Jean donne la relation d’une vision prémonitoire qu’il lui a été donné de voir ayant trait à la façon dont se déroulerait la solennité du Jugement (Apoc. 20, 11-15).
Examinons succinctement, nous dira l’auteur, les particularités de la venue du Christ et du Jugement dernier, telles qu’elles découlent des textes sacrés :
Jésus-Christ viendra avec sa gloire et avec celle du Père et des saints Anges.
Avec sa gloire ; ce qui signifie sans doute la gloire de sa Personne, savoir, la gloire d’un Dieu incarné. Son corps brillera comme le Soleil, et ses vêtements seront blancs comme la lumière...
L’Écriture nous apprend que Notre Seigneur est maintenant revêtu d’un Corps glorieux...
Jésus-Christ apparaîtra aussi avec la gloire de son Père, c’est-à-dire, comme je l’entends, avec l’autorité d’un Juge universel...
Sa Suite contribuera beaucoup à sa gloire et augmentera la terreur et la majesté de cette apparition. Car il viendra accompagné de la troupe innombrable de ses saints Anges, Êtres illustres et glorieux, qui environneront sa Personne, et seront les témoins et les ministres de sa justice...
Nous ne croyons pourtant point que cette glorieuse Suite d’Anges soit seulement pour la pompe et pour l’éclat. Ces Anges seront aussi les Ministres de sa Justice. En effet, ils sont appelés les Anges puissants, ou les Anges de sa Puissance. Combien donc sera puissant le Juge qui aura toutes les puissances du Ciel pour le servir...
L’auteur commente le passage de 1 Thessaloniciens IV, 16, qu’il traduit comme suit : « Alors le Seigneur lui-même descendra du Ciel avec un cri d’acclamation, avec la voix de l’Archange et avec la trompette de Dieu. »
Ce cri est le cri des saints Anges, qui commencera par la voix de l’Archange, lorsque cette troupe céleste descendra avec Jésus-Christ, et signifie ce que signifient parmi les hommes ces sortes de cris, une joie extraordinaire, une grande exultation, une allégresse de valeur et un courage élevé... De même quand Notre Seigneur dira : « Venez, saints Anges, descendez avec moi pour juger le monde », ils crieront de joie pour ce jour enfin venu, qui doit mettre fin au Royaume des ténèbres, et auquel le Diable, ses Anges et tous les méchants hommes seront précipités dans l’étang de feu et les gens de bien seront récompensés, couronnés et admis en la présence immédiate de Dieu dans le Ciel. Ce sera sans doute un très grand sujet de joie pour les Anges... En effet, s’il y a joie au Ciel pour la repentance d’un pécheur, quelle allégresse, quelle exultation, quelles acclamations n’y aura-t-il pas, quand les Anges verront tous les élus de Dieu, ressuscités, revêtus de corps glorieux.
Le Fils de Dieu lui-même nous apprend que les Anges ne sont pas seulement les Ministres de son Royaume, mais qu’ils sont encore des Officiers et des Ministres qu’il doit employer au Jour du Jugement.
Ainsi s’explique la parabole de l’ivraie :
Celui qui sème la bonne semence, c’est le Fils de l’homme. Le champ, c’est le monde. La bonne semence, ce sont les enfants du Royaume. L’ivraie, ce sont les enfants du Malin. L’Ennemi qui l’a semée, c’est le Diable. La moisson, c’est la fin du monde. Les moissonneurs sont les Anges. Tout ainsi donc qu’on cueille l’ivraie et qu’on la brûle au feu, il en sera de même à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses Anges, qui cueilleront de son Royaume tous les scandales et ceux qui font iniquité ; et les jetteront dans la fournaise du feu ; là il y aura pleurs et grincements de dents. Alors les justes brilleront comme le Soleil au Royaume de leur Père.
On peut expliquer de la même manière la parabole du filet jeté dans la mer et amassant toutes sortes de poissons qui seront triés selon leur valeur par les pêcheurs quand ils seront arrivés au rivage. « Ainsi, dira Sherlock, les Anges sépareront le bon grain d’avec l’ivraie, le bon poisson d’avec le mauvais, car comme il a été dit, les Anges sont des esprits administrateurs, envoyés pour servir, pour l’amour de ceux qui doivent recevoir l’héritage du salut. Ainsi les Anges peuvent distinguer les gens de bien d’avec les méchants et les séparer les uns d’avec les autres. »
Et l’auteur de conclure avec raison que les hommes conscients du ministère des Anges à l’instant du Jugement devraient penser sérieusement à ce moment futur, et « cette méditation leur ferait faire un tout autre usage des richesses et de la puissance en ce monde ».
Ces quelques citations sont bien propres à nous montrer combien ce docte théologien du XVIIe siècle était profondément convaincu de l’existence des cohortes angéliques et de leur ministère auprès des hommes.
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SECTION VI : L’Angéologie de Bossuet.
Voyons maintenant comment un des plus célèbres théologiens du XVIIe siècle, Bossuet, évêque de Meaux, surnommé l’Aigle de Meaux (1627-1704), envisage la question des Anges et leur ministère auprès des humains.
Pour Bossuet, la joie des anges est très grande quand nous sommes renouvelés par la pénitence ; en proportion de leur joie, leur charité augmente à notre égard. Il ne faut pas oublier que les anges ont été les annonciateurs de paix aux hommes de bonne volonté.
Bien que goûtant le vrai bien dans sa source, le bonheur des anges est augmenté par notre retour dans la voie droite, et cela grâce à leurs efforts, car ils sont stimulés par l’exemple et le sacrifice du Christ ; comme Lui et sur son ordre, ils sont à la recherche de la brebis égarée. On sait que les voies du Seigneur sont miséricorde et justice, c’est pourquoi la pénitence comble les saints anges de joie.
En une série d’Élévations, Bossuet traite de la question des anges ; la première Élévation se rapporte à la Création des Anges.
Dieu, qui est un pur Esprit, a voulu créer de purs Esprits comme Lui, qui comme Lui vivent d’intelligence et d’amour, soit d’opérations spirituelles et immatérielles qu’on peut exercer sans être uni à un corps.
Les anges sont innombrables, car Dieu multiplie les choses les plus excellentes, ainsi qu’il est proclamé au Psaume CXXXVII :
Ô mon Dieu ! Je vous adorerai devant vos saints anges ; je chanterai vos merveilles en leur présence et je m’unirai en foi et en vérité à cette immense multitude de votre temple, de vos adorateurs perpétuels.
Bossuet donne la suite des ordres angéliques en commençant par la hiérarchie inférieure :
Anges – Archanges – Vertus.
Dominations – Principautés – Puissances.
Trônes – Chérubins – Séraphins.
On le voit, Bossuet range les Principautés dans la seconde hiérarchie et non dans la troisième selon l’ordre couramment reçu.
Devant cette succession ininterrompue des ordres angéliques, Bossuet de s’écrier : « Ô Dieu ! qui avez daigné nous révéler que vous les avez faits en si grand nombre, vous avez bien voulu nous apprendre encore que vous les avez distribués en neuf chœurs. » Quant à la splendeur de Dieu, il nous est révélé que même les Séraphins, qui sont les plus sublimes et tout près du Seigneur, n’osent pas contempler sa face directement ; c’est pourquoi symboliquement la Bible nous apprend qu’ils ont six ailes, soit quatre pour se voiler et deux pour voler ou mieux pour voltiger autour de Dieu sans pouvoir entrer dans ses profondeurs.
La deuxième Élévation a trait à la chute des anges.
Bossuet, s’en référant à Job (XV, 15), constate que rien n’est immuable ; même ceux que Dieu avait créés pour le servir n’ont pas été stables et il a trouvé de l’impureté et de la dépravation dans ses anges. Or Dieu n’a point épargné les anges pécheurs, mais il les a précipités dans les ténèbres infernales (2 Pierre, II, 4).
Quel est le motif de la chute lamentable de Lucifer (le porteur de Lumière) ? Bossuet, en accord avec l’enseignement de l’Écriture, fait ressortir que c’est l’orgueil qui l’a perdu ; il faut que ce soit aussi une leçon et une mise en garde pour nous ; et le prélat de s’écrier en s’adressant à Lucifer lui-même : Esprit superbe et malheureux, vous vous êtes arrêté en vous-même, admirateur de votre propre beauté, elle vous a été un piège. Vous avez dit : « Je suis beau, je suis parfait et tout éclatant de lumière ; et au lieu de remonter à la source d’où vous venait cet éclat, vous avez voulu comme vous mirer en vous-même, mû par votre orgueil indompté. »
Pour qualifier les démons ou anges rebelles, Bossuet dira : « Vous êtes des esprits privés d’amour ; vous vous êtes retirés de Dieu et Il s’est retiré de vous. »
La troisième Élévation traite de la Persévérance et de la Béatitude des saints Anges ; de leur Ministère envers les Élus.
Bossuet s’en réfère à l’Apocalypse (XII, 7-8), qui raconte le grand combat qui se livre dans le ciel ; saint Michel et ses anges luttent contre le Dragon ; et pour finir le Dragon et les anges rebelles qui l’ont suivi tomberont. Le combat est assimilé à un conflit de pensées et de sentiments. L’ange d’orgueil, qui est appelé dragon, soulevait ses anges en leur disant : « Nous serons heureux en nous-mêmes et nous ferons comme Dieu notre volonté. » Tandis que saint Michel disait au contraire : « Qui est comme Dieu ? Qui se peut égaler à Lui ? » Or on sait que cette interrogation est justement la qualification et le cri de ralliement de saint Michel.
Les anges fidèles, avec saint Michel à leur tête, sont dénommés les anges élus, car par leur libre arbitre, ils ont persévéré dans le bien et ils ont obtenu la félicité éternelle.
Tout vient de Dieu, et l’ange n’a point à se glorifier en lui-même, ainsi qu’il est dit dans la première Épître de Paul aux Corinthiens (I, 29-31) ; toute sa gloire est en Dieu. Et Bossuet de proférer :
Soyez heureux, saints Anges,
Venez à notre secours !
Ange gardien, repoussez les tentations du malin !
Ô saint Michel, que je puisse dire avec vous : Qui est comme Dieu ?
Ô saint Gabriel, appelé « Force de Dieu », puissions-nous profiter de vos prédications !
Ô saint Raphaël, médecine de Dieu, guérissez mon âme d’un dangereux aveuglement !
Ô Dieu, envoyez-nous vos saints Anges !
Dans sa dissertation sur l’Apocalypse, Bossuet fait remarquer que dans cet ouvrage, nous y voyons, avant toute chose, le ministère des anges : sans cesse, ils vont du ciel à la terre et de la terre au ciel ; ils portent, interprètent et exécutent les ordres de Dieu, aussi bien les ordres pour le salut que ceux pour le châtiment.
Et voici une mission très importante des Anges : Ils s’entremettent dans toutes les actions de l’Église ; un ange préside au baptême, un autre intervient au moment de l’oblation, c’est l’ange de la Cène ; l’ange de l’oraison présente à Dieu les vœux des fidèles. Le chapitre huitième de l’Apocalypse fait ressortir la nécessité de reconnaître le ministère des anges. Il y a encore l’Ange de l’encens, l’Ange du feu, l’Ange des eaux et la médiation des anges gardiens individuels.
Dans l’Apocalypse, il est aussi parlé des sept anges cosmiques qui versent sur la terre leurs sept coupes d’où découlent sept plaies terribles : ce sont les coupes de la colère de Dieu.
Dans l’Apocalypse encore (VIII, 3), il est fait mention de l’ange qui se tient debout devant l’autel. Et Bossuet d’expliquer, dans ce cas : l’autel c’est Jésus-Christ ; c’est là que l’ange apporte, comme des parfums, les prières qui ne sont reçues que par Lui. Ainsi, ce ministère angélique, loin d’affaiblir celui de Jésus-Christ, le reconnaît et l’honore. Les protestants veulent que cet ange soit Jésus-Christ en personne ; ils se trompent, car Jean dit bien un autre ange, comme les sept dont on vient de parler.
Dans son Discours sur l’Unité de l’Église, Bossuet y intercale en bonne place le ministère des anges. Il dira en effet : après la Divinité, rien n’est plus beau que l’Église, où l’unité divine est représentée : « Un comme nous, un en nous ; regardez, et faites suivant ce modèle. » Mais une si grande lumière nous éblouirait : descendons et considérons l’unité avec la beauté dans les chœurs des anges. La lumière s’y distribue sans se diviser : elle passe d’un ordre à un autre, d’un chœur à un autre, avec une parfaite correspondance, parce qu’il y a une parfaite subordination. Les anges ne dédaignent pas de se soumettre aux archanges, ni les archanges de reconnaître les puissances supérieures. C’est une armée où tout marche avec ordre... Les anges demeurent unis à leur Créateur sous le chef qu’il leur a donné. Selon cet ordre admirable, toute la nature angélique a ensemble une immortelle beauté et chaque troupe, chaque chœur des anges a sa beauté particulière, inséparable de celle du tout. Cet ordre a passé du Ciel sur la terre d’où la nécessité de l’unité de l’Église, voire de sa hiérarchie.
C’est particulièrement dans son Sermon pour la Fête des anges gardiens que Bossuet nous révèle tout le cas qu’il fait du ministère des anges ; il cite tout d’abord ces paroles de Jésus à Nathanaël, rapportées par Jean (I, 51) : « Je vous le dis en vérité, vous verrai les cieux ouverts, et les anges de Dieu montant et descendant. »
Enseignement à retenir : dans la société des anges, les hommes y prennent un esprit de paix et de saint amour les uns pour les autres. Les anges comme les hommes ont été faits pour jouir de Dieu. Les anges descendent de Dieu aux hommes et remontent des hommes à Dieu, parce que la sainte alliance qu’ils ont renouvelée avec nous les charge d’une double ambassade. Pour nous, la charité nous fait monter ; pour les anges, la charité les incite à descendre vers nous pour nous aider. La patrie des anges est à la source même du bien, dans le centre même du repos qu’ils possèdent par la claire vue. Réjouissons-nous de cette descente bienheureuse qui unit le ciel à la terre. Ce qui fait descendre les anges, c’est le désir d’y exercer la miséricorde ; ils quittent leur lieu de bonheur pour secourir les affligés. Les anges célestes, de peur d’être ingrats envers le Créateur, aiment à être bienfaisants envers ses créatures. La miséricorde qu’ils font glorifie celle qu’ils reçoivent. Sur terre, les misères abondent et les anges bienfaisants y trouvent matière à riche moisson.
Esprits de lumière, les anges dissipent nos ténèbres.
Bossuet a complété ce tableau du ministère des anges par une étude spéciale des Anges gardiens.
Les anges gardiens s’intéressent à tous nos besoins ; ils ressentent toutes nos nécessités, à toute heure et à tout moment ils se tiennent prêts pour nous assister, gardiens toujours fervents et infatigables ; sentinelles qui veillent toujours, qui sont en garde autour de nous nuit et jour sans se relâcher un instant du soin qu’ils prennent de notre salut.
Comment reconnaîtrons-nous leurs soins assidus ? Non contents de devenir compagnons des hommes, ils se rendent leurs ministres et leurs serviteurs depuis la naissance jusqu’à la mort.
Il est aisé de les contenter ; ils descendent pour notre salut ; en reconnaissance, ils demandent qu’ils ne soient pas venus inutilement, que nous ne les déshonorions pas en les renvoyant les mains vides. Ils sont venus à nous pleins de dons célestes dont ils enrichissent nos âmes ; pour récompense, ils demandent que nous les chargions de nos prières, afin qu’ils puissent les présenter à Dieu.
Les anges peuvent quitter la terre, mais ils ne nous abandonnent pas pour cela, ils ne changent pas leurs pensées ; venant sur terre, ils rayonnent la gloire dont ils jouissaient au ciel ; ils l’emportent avec eux en retournant auprès du Père ; ils y vont traiter nos affaires, représenter nos intérêts, ils y portent nos prières et nos oraisons. D’où l’Ange de l’Oraison que l’on voit mentionné dans certains écrits religieux. Mais, attention, les anges portent aussi à Dieu, nos manquements et nos crimes.
Les anges ne se contentent pas de présenter nos vœux ; ils offrent nos aumônes et nos bonnes œuvres ; ils recueillent jusqu’à nos désirs ; ils font valoir devant Dieu jusqu’à nos pensées. Surtout, nul ne saurait assez exprimer combien est grande leur joie quand ils peuvent offrir à Dieu les larmes des pénitents, les travaux soufferts pour l’amour de Lui en toute humilité et patience. Vous qui vivez dans les afflictions, ou qui languissez dans les maladies, si vous souffrez vos maux avec patience, en bénissant la main qui vous frappe, quoique vous soyez peut-être le rebut du monde, réjouissez-vous en Notre-Seigneur de ce que vous avez un ange qui tient compte de vos travaux. Il regarde avec respect vos douleurs.
Chrétiens, désabusez-vous, il y a un peuple invisible qui vous est uni par la charité ; c’est la troupe innombrable des anges.
Si leurs bienfaits ne vous touchent pas, si vous êtes insensibles à leurs bons offices, appréhendez du moins leur indignation. Car, encore une fois, si les anges sont chargés de porter à Dieu nos vœux, ils sont aussi obligés d’y présenter nos fautes. Ne contraignons pas ces esprits célestes de forcer leur naturel bienfaisant et de devenir des anges exterminateurs en lieu et place de protecteurs et de gardiens. N’éteignons pas cette charité si tendre, si vigilante, si officieuse ; et si nous les avons affligés par notre long endurcissement, réjouissons-les par nos pénitences. Renouvelons-nous dans ce temple de la pénitence, les saints anges y habitent volontiers.
Dans son Explication de la Messe, Bossuet traitera entre autres de cette question spéciale : Pourquoi on emploie dans l’oblation le ministère des saints anges ?
Durant la messe, les saints anges, notamment l’Ange de l’Oraison, reçoivent les prières et les portent à Dieu ; il en est de même pour l’oblation : Saint ! Saint ! Saint ! Les anges l’ont déjà dit avant et le répètent avec l’orant : « Nous vous conjurons, ô Dieu tout-puissant ; commandez que ces choses soient portées par votre saint ange à votre autel sublime... »
Les anges qui adorent Dieu et sa majesté sainte, par leur pureté, sont plus efficients pour porter à Jésus-Christ notre prière. De la sorte, notre accès à Dieu est facilité.
Traitant du Culte dû à Dieu, Bossuet s’élève contre un culte de latrie rendu aux anges, car seul le culte de latrie est réservé à Dieu, mais il recommande le culte de dulie. Le faux culte d’adoration rendu aux anges est condamné par l’apôtre Paul, par les Docteurs anciens et par le concile de Laodicée.
La doctrine des anges entremetteurs entre Dieu et nous serait puisée à l’école de Platon qui rend un culte à ces entités.
Il y eut une fois une secte dite des Angéliques qui prétendait que le monde avait été fait par les anges. Paul (Col. 1, 16), combat cette idée et attribue la création des anges avec toutes leurs hiérarchies à Dieu qui les a soumises à son Fils.
En conclusion, on peut dire que Bossuet fut un ardent défenseur du ministère permanent des anges dans l’économie du cosmos ; il croyait à leur mission de messagers du Père et à leur rôle primordial de protecteurs des hommes.
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Vision de saint Jean décrite au chapitre IV de l’Apocalypse (Miniature du VIIIe siècle).

SECTION VII : La Chevalerie et l’Angéologie.
Nous ne saurions quitter le Moyen Âge et la Renaissance sans examiner la position de la Chevalerie à l’égard de l’Angéologie.
Nous allons résumer la question en nous appuyant sur un ouvrage très documenté : La Chevalerie, par Léon Gautier.
Qu’est-ce au fond que le Chevalier ? C’est le soldat chrétien, l’homme de Dieu. L’apogée de la Chevalerie se place vers les XIe et XIIe siècles, puis nous assistons à une certaine décadence de la rigidité des principes et l’institution se prolonge jusque vers le XVIe siècle.
Durant la bonne époque, la cérémonie de la consécration du candidat à la Chevalerie était considérée comme étant un huitième sacrement, relevant donc de la juridiction divine. Déjà l’énoncé des dix commandements qui réglaient tout le comportement du Chevalier méritent d’être retenus ; la pratique de ces vertus était de nature à susciter la formation d’une élite, soumise à un code d’honneur magnifique ; en voici l’énoncé :
I. Tu croiras à tout ce qu’enseigne l’Église, et observeras tous ses commandements.
II. Tu protégeras l’Église.
III. Tu auras le respect de toutes les faiblesses, et t’en constitueras le défenseur.
IV. Tu aimeras le pays où tu es né.
V. Tu ne reculeras pas devant l’ennemi.
VI. Tu feras aux Infidèles une guerre sans trêve et sans merci.
VII. Tu t’acquitteras exactement de tes devoirs féodaux, s’ils ne sont pas contraires à la loi de Dieu.
VIII. Tu ne mentiras point, et seras fidèle à la parole donnée.
IX. Tu seras libéral, et feras largesse à tous.
X. Tu seras, partout et toujours, le champion du Droit et du Bien contre l’Injustice et le Mal.
On comprendra sans peine qu’avec de tels préceptes on ne pouvait que créer une vraie élite capable de refréner la brutalité de la Féodalité dont la Chevalerie fut le frein.
Et c’est à juste titre que L. Gautier dit : « L’épanouissement de la Chevalerie dans la légende, c’est Roland et, dans l’histoire, c’est Godefroi de Bouillon. »
Rite significatif : durant le service religieux, au moment de la lecture de l’Évangile, les Chevaliers dégainaient l’épée ; ce qui signifiait : « S’il faut défendre l’Évangile, nous sommes là. »
La constitution d’une telle milice chrétienne pose une grave question : se préparer à la guerre, n’est-ce pas se préparer à tuer, or, dans le Décalogue, il est expressément dit : « Tu ne tueras point. »
Et nous venons de le dire : La Chevalerie, c’est la forme chrétienne de la condition militaire, le Chevalier, c’est le soldat chrétien.
En principe, l’Église hait la guerre, car le Christ a bien dit que « celui qui tire l’épée périra par l’épée ». Mais la guerre est inévitable. Saint Augustin s’est attaché particulièrement à ce problème ; il dira notamment : « Celui qui peut penser à la guerre et la supporter sans une grande douleur, celui-là a vraiment perdu le sens humain... Il faut subir la guerre, mais vouloir la paix. »
En 858, les Pères du concile de Kiersy, afin de mettre un frein aux querelles de la société féodale, promulguent : « Nous devons faire la guerre à nos vices et la paix avec nos frères. »
Aux yeux de l’Église, la guerre peut revêtir, à la fois ou séparément, le caractère d’un juste châtiment, d’une expiation utile, d’une préparation providentielle. Dès qu’un peuple cesse d’être viril et craint le sacrifice, il devient capable d’efféminer le reste du monde ; alors Dieu suscite un autre peuple qu’il lance contre la nation corrompue ; c’est le châtiment ! La guerre, en effet, est riche matière à expiation : faim, soif, fatigues, blessures et même mort. Aussi l’Église tolère-t-elle la guerre, mais n’autorise que ce qu’elle dénomme « guerres justes ». Et c’est encore saint Augustin qui nous définira ce qu’il entend par « guerre juste » : « Une guerre est juste pour punir une violation du droit, pour châtier un peuple qui se refuse à réparer une action mauvaise, à restituer un bien mal acquis, pour repousser une invasion. »
Au XIIIe siècle, Vincent de Beauvais, traitant du même sujet, dira : « Par cause juste, il faut entendre qu’on ne marche contre ses frères que lorsqu’ils ont mérité un châtiment par quelque infraction au Devoir, et l’intention droite consiste à faire la guerre pour éviter le mal et pour avancer le bien. »
Quant aux guerres injustes, l’Église les qualifiera : « du brigandage en grand ». C’est à l’Église que revient le mérite d’avoir conçu la Chevalerie pour organiser la guerre, pour la rendre plus juste et pour la limiter. Le Code du Chevalier ne tendait qu’à ce but.
Il faut reconnaître que tous les auteurs religieux n’ont pas admis ces vues : la légitimité de certaines guerres ne peut les satisfaire, tels Tertullien ou Origène, qui dira : « Tu ne tueras point ! L’homme est un être sacré, c’est toujours un crime que le tuer. »
Il ne faut pas oublier que du IVe au Xe siècles nous nous trouvons en pleine horreur des invasions barbares, or il y avait lieu de réagir et de se défendre. C’est encore saint Augustin qui fera remarquer : « Qu’y a-t-il de condamnable dans la guerre ? Serait-ce la mort d’hommes qui sont destinés à mourir tôt ou tard ? Un tel reproche, en vérité, serait à l’usage des lâches, et non pas des hommes vraiment religieux. Non, non ; ce qu’il y a de coupable ici, c’est le désir de nuire aux autres hommes ; c’est le cruel amour de la vengeance ; c’est cet esprit implacable et ennemi de la paix ; c’est cette sauvagerie de la révolte ; c’est cette passion de la domination et de l’empire. Il importe que de tels crimes soient punis. »
Il est un fait qui doit retenir l’attention : Le Christ n’a pas dit aux soldats de jeter leurs armes ; il a été l’ami et le bienfaiteur du centenier et il ne lui a nullement conseillé de renoncer à sa charge militaire.
L’Église a bientôt compris qu’il n’y avait que des guerriers courageux et intègres qui pourraient ramener la paix dans le monde, d’où ses efforts pour créer une Chevalerie disciplinée et puissante. La guerre était reconnue comme mauvaise, mais il convenait, puisqu’elle était inévitable, de justifier ceux qui la faisaient honnêtement et pour le seul triomphe du bien. Hildebert dira au Chevalier : « Ce n’est pas la mort qui est horrible, mais la honte. »
Il est instructif de lire la lettre de saint Bernard adressée aux Chevaliers du Temple : « Ils peuvent combattre les combats du Seigneur, ils le peuvent en toute sécurité, car ils sont les soldats du Christ. Qu’ils tuent l’ennemi ou meurent eux-mêmes, ils n’ont à concevoir aucune crainte. Subir la mort pour le Christ ou la faire subir à ses ennemis, il n’y a que de la gloire et point de crime. Ce n’est pas d’ailleurs sans raison que le soldat du Christ porte un glaive ; c’est pour le châtiment des méchants et la gloire des bons. S’il donne la mort à un malfaiteur, le soldat n’est pas homicide, mais “malicide”. Et il faut voir en lui le Vengeur qui est au service du Christ, et le Libérateur du peuple chrétien. »
Jean de Salisbury, scolastique anglais, évêque de Chartres (1120-1180), dira même : « La profession militaire, aussi approuvable que nécessaire, a été instituée par Dieu lui-même. » Ce qui veut dire qu’après tout, la guerre n’est qu’un mal, mais un mal que l’Église est forcée de tolérer, car en fin de compte, Dieu le fait tourner au bien. D’où encore une fois la nécessité de créer une vraie Chevalerie. Ne pouvant empêcher la guerre, l’Église s’efforcera de christianiser le soldat.
Voici un modèle de prière proposé au Chevalier qui la dira au moment du recueillement matinal ou vespéral : « Notre Père qui veux notre salut à tous, accorde-nous d’acquérir ton amour comme l’ont acquis les Anges qui font ton plaisir là-haut, donne-nous notre pain de chaque jour, à l’âme le saint Sacrement et au corps le sostènement. »
Il faut bien se rendre compte de l’amour que le baron de ce temps-là avait pour sa terre ; Girbert de Metz rapporte l’exclamation d’un féodal qui préfère encore perdre son ciel que sa bonne terre ; il dit : « Lorsque Fromondin apprend qu’on met la main sur son fief, il s’écrie : “Alors même que je serais déjà au Paradis avec les Anges, j’aimerais mieux descendre en enfer avec des Diables que d’abandonner ainsi ma terre !”«
Les Chevaliers étaient conscients du ministère des Anges auprès de la France ; on leur avait enseigné que c’étaient les Anges qui avaient couronné le premier Roi de France. Dans le Couronnement de Looys (Bibl. nat. fr. 774, fo. 184), on lit :
« Quand Dieu fonda cent royaumes, le meilleur fut douce France, et le premier roi que Dieu y envoya fut couronné sur l’ordre des Anges... »
Et l’on revient encore une fois sur la même affirmation : « La première de toutes les couronnes est celle de France et le premier roi de France fut couronné par les Anges en chantant : “Tu seras, lui dit Dieu, mon sergent sur la terre, et tu y feras triompher la Justice et la Loi.”«
Nous retrouvons la même leçon dans la geste d’Aimeri de Narbonne, où il nous est dit que « le fils de Pépin n’eut pas un fils digne de lui, et que, sans Guillaume, sans le fils de cet Aimeri qui prit Narbonne, il n’aurait jamais porté la couronne d’or dont les Anges ont ceint le premier roi de France ».

Fig. 29. Assistance des Anges au moment du combat.
Composition de Luc-Olivier Merson.
Les Chevaliers étaient convaincus que le ministère des Anges auprès de la Chevalerie consistait en une assistance directe au moment du combat ; car une des missions des Anges consistait à combattre dans les rangs de l’armée chrétienne.
Écoutons l’enseignement donné par un baron à son fils :
« Le Chevalier a des modèles jusque dans le ciel, et levez les yeux en haut. Le prince de la Chevalerie céleste, c’est saint Michel, c’est le vainqueur de cette grande et invisible bataille où succombèrent les Vassaux de Dieu qui s’étaient un jour révoltés contre le Seigneur souverain (Girars de Viane).
« J’espère que nous irons bientôt, mon fils, faire ensemble le pèlerinage de Saint-Michel du Péril de la Mer ; car l’Archange est le grand patron, non seulement de la Chevalerie, mais encore de la France. À l’imitation d’un tel champion, les Anges et les Saints n’ont pas dédaigné de se faire Chevaliers eux aussi, et de combattre visiblement dans les rangs de l’armée chrétienne. Lors de l’expédition qui s’est terminée par la prise de Jérusalem, partout des Anges, partout des Saints. C’est comme un vol de faucons qui plane sur notre armée et se jette, terrible, sur les Infidèles. Il y en eut un jour, trente mille parmi nous, plus blancs que fleurs des prés. » (Antioche.)
Voici au demeurant la doctrine chrétienne de l’époque, telle qu’elle était comprise et exprimée par les épiques :
« Créé à l’image de Dieu, l’homme était destiné au Ciel, mais le premier homme ayant péché, toute l’humanité fut précipitée dans l’enfer. Jésus alors descendit sur la terre et nous délivra des Démons contre lesquels, soutenus par les Anges, nous devons lutter jusqu’à la mort. Tous les hommes qui sont baptisés et ne meurent pas en état de péché mortel sont, depuis lors, sauvés et placés dans les saintes fleurs du Paradis ; mais l’Enfer attend les autres. »

Fig. 30. Les Anges recueillent l’âme des guerriers morts au combat.
Aussi, avant une bataille, les Chevaliers assistaient à la messe, ils se confessaient et communiaient et le plus âgé des prêtres leur tenait un tel discours : « Barons, vous voilà enfin tout près de cette bataille que vous avez tant désirée. Souvenez-vous de tous les maux que vous avez endurés, et auxquels elle va mettre fin. Vos ennemis sont nombreux ; mais jetez les yeux au ciel, et dites-vous que Dieu va vous envoyer de là-haut, comme on les a vues tant de fois, les légions de ses Anges... Quand vous serez dans la mêlée, frappez... Prouesse vaut mieux que lâcheté. Dites-vous que vous êtes les soldats de Dieu... Mais rappelez-vous bien, avant de partir, que déjà dans le ciel vos places sont préparées, et que ceux qui mourront aujourd’hui seront ce soir avec les Anges. »
Un autre auteur, Moniage Renoart (Bibl. nat. fr. 1448), exprimera la même croyance : « Ce sont les Anges qui portent au ciel toutes les âmes des Chevaliers morts durant la bataille pour leur foi. Aussi tous les Chevaliers sont-ils persuadés que les Anges sont penchés sur les Chrétiens qui meurent en bataille ; ils recueillent leurs âmes et les emportent pieusement « au Paradis, entre les glorius », tandis que les aversiers ou les Démons emportent en enfer les âmes des païens. »

Fig. 31. La mort de Roland. Son âme reçue par les Anges.
Composition de Luc-Olivier Merson.
Au moment des repas de noce ou à l’occasion de dîners solennels, les conteurs, les jongleurs et les musiciens célébraient les hauts faits des Chevaliers et la foi qu’ils avaient en l’assistance des Anges à tous les moments de la vie et notamment à l’instant de la mort.
Le lai de Jourdains de Blaivies nous raconte l’amour d’Oribel pour Jourdains de Blaivies ; Oribel demande instamment à son époux de l’emmener avec lui à la Croisade. Plusieurs femmes ont suivi l’armée ; on les vit sous les murs d’Antioche et de Jérusalem, prendre une part virile à la lutte contre les infidèles. Elles se penchent sur les blessés qui crient : « À boire, à boire ! » Elles réconfortent leurs corps et leurs âmes, disant : « Les Anges sont là-haut qui vous attendent. » Elles n’ont plus de souliers, les pieds en sang, elles ne désespèrent point et méritent autant que leurs maris le nom de Croisés et celui de Chevaliers » (in Poèmes d’Antioche).
Ouvrons la Chanson de Roland (vers 1062 à 1092) ; nous y lisons cette pensée de Roland au moment de la bataille de Roncevaux : « À Dieu ne plaise, à ses Saints et à ses Anges, que France perde pour moi de son honneur ! »
Voici dans le même ouvrage (vers 2375 à 2396) comment est décrite la mort du héros :
Il est là gisant le comte Roland.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Mais il ne veut pas se mettre lui-même en oubli
Et réclame le pardon de Dieu.
Il lui a tendu le gant de sa main droite,
Et saint Gabriel l’a reçu.
Alors sa tête s’incline sur son bras,
Et il est allé mains jointes à sa fin.
Dieu lui envoya un de ses Anges chérubins,
Saint Raphaël et saint Michel du Péril.
Saint Gabriel est venu avec eux :
Ils emportent l’âme du comte en Paradis.
L’endurance, le courage, la foi des Chevaliers sont célébrés à l’envi dans les différentes chansons de geste ; nous allons en donner quelques exemples où de plus le ministère des Anges est magnifié dans toute sa splendeur.
Le roi de Bavière Orri a été fait prisonnier lors d’une sortie de la garnison de sa ville ; il préfère mourir, torturé par ses ravisseurs, au vu de tous, plutôt que d’ordonner l’ouverture des portes et la reddition de la garnison. Avant de mourir percé de traits, telle fut sa prière :
« Ô Dieu, ô Père, en votre douceur,
Vous avez accepté la mort pour nous remettre en gloire.
De ce pauvre pécheur, recevez l’âme ;
Car pour mon corps, c’est fini. »
L’âme du bon roi s’en va,
Et les Anges l’emportent devant le Créateur. (Auberi.)
Jourdains de Blaivies nous narrera jusqu’où pouvait aller le dévouement d’un vassal : Girard et sa femme Eremboure font passer leur propre enfant pour l’enfant de leur seigneur que le traître Fromont veut tuer. Les assistants crient : « Pitié ! pitié ! » Mais la brute ne veut rien entendre :
Il prend l’épée, en frappe un coup terrible,
Tranche la tête de l’enfant, qui tombe à terre.
Plus de mille se pâment.
Quand ils se relèvent, ils voient s’ouvrir le ciel,
Et les saints Anges aller et venir,
Qui portent l’âme du gentil damoiseau
Dans le saint Paradis.
Doon de Mayence raconte une histoire qui faisait les délices des auditeurs au temps de la vraie Chevalerie :
« Gui de Mayence poursuit un cerf dans la forêt profonde. L’animal, à bout de forces, se réfugie dans la cour d’un ermitage. L’ermite sort et demande grâce pour le cerf ; Gui refuse et lance son javelot qui dévie et se plante dans la poitrine du religieux qui expire à l’instant ; les Anges viennent recueillir son âme. Gui, atterré, fait vœu de rester dans l’ermitage jusqu’à sa mort. Le perfide sénéchal de Gui, ne voyant pas revenir son maître, pense qu’il a trouvé la mort au cours de sa chasse. Ce mauvais intendant pense qu’il peut s’approprier le bien de son maître ; il martyrise la femme de Gui et chasse du logis ses trois enfants. Doolin, l’aîné, a déjà l’âme et la bravoure d’un bon Chevalier ; il erre à l’aventure et atteint la forêt profonde où il découvre l’ermitage et retrouve son père que l’on croyait mort ; joie et embrassade, mais à l’audition de la conduite du sénéchal, Gui est pris d’une sainte colère et pense à rompre son vœu et à revenir sur ses terres pour châtier le mauvais serviteur. Mais on sait que le premier devoir d’un Chevalier est de demeurer fidèle à son vœu. Pour empêcher le vieux comte de revêtir son armure, Dieu envoie un Ange, qui descend du ciel et frappe Gui de cécité. Ce sera alors Doon, le valeureux fils, qui deviendra le guide et le nourricier de son père. Plusieurs années se passent ; Doolin croît en vaillance et en vigueur. Un jour, un messager du sénéchal traverse la forêt. Doolin le rencontre et l’abat d’un coup de gourdin ; il s’empare du cheval et de l’armure de l’homme. À l’ouïe de l’exploit de son fils, Gui adresse une fervente prière à Dieu pour qu’il lui rende la vue et qu’il puisse contempler son enfant sous l’armure et le sacrer Chevalier. Le miracle s’accomplit et le jeune Chevalier partira seul pour châtier le félon. »
Un épisode souvent reproduit par la peinture ou la tapisserie est le miracle de l’épée immobilisée par un Ange. Ogier, le Danois, avait juré de tuer Chariot, le fils de Charlemagne. Ce dernier avait, autrefois, tué le fils d’Ogier, Baudouinet, lors d’un tournoi. Ogier ne consent à délivrer la chrétienté des Sarrasins que si on lui livre le fils de Charlemagne. On sacrifie le jeune Chevalier. C’est en vain que tous les barons demandent grâce et que Chariot s’humilie. Ogier veut se venger ; il est impitoyable ; il dégaine son épée, la terrible Courtain, lève le bras, mais il ne peut l’abattre sur Chariot ; un Ange a saisi la lame et l’immobilise. Épisode à rapprocher du secours apporté par l’archange Gabriel au P. Lamy ; l’archange arrête un bicycliste qui allait renverser le bon père (voir Ch. VIII, Sect. V).

Fig. 32. Un ange immobilise l’épée d’Ogier.
Un épisode de l’Histoire d’Amis et Amile émouvait fort les auditeurs médiévaux ; il était de nature à montrer jusqu’où pouvaient aller l’assistance et le sacrifice en faveur d’un ami. Un Ange y fait tout d’abord figure de messager de malheur pour être à la fin un vrai messager de vie et de lumière. Voici l’épreuve, pierre de touche de l’amitié vraie : Pour guérir la lèpre d’Amis, le comte Amile a, sur l’ordre d’un Ange, tranché la tête de ses deux fils, dont le sang juvénile doit rendre la santé au lépreux. À cette nouvelle, la comtesse accourt tout en pleurs, échevelée et criant de désespoir. Mais Dieu n’avait voulu qu’éprouver la valeur de l’amitié du comte et il avait chargé l’Ange de rappeler à la vie les deux enfants, que la mère voit lorsqu’elle soulève les courtines du lit, jouant tous deux, vifs et joyeux, avec une pomme d’or, juste récompense du sacrifice consenti par le comte.
Il nous reste à étudier comment la Chevalerie considérait le ministère des Anges auprès de la famille chrétienne. Nous en aurons un exemple frappant en suivant la cérémonie de bénédiction du lit nuptial : les époux ont déjà reçu, dans la matinée, le sacrement du mariage. Ils quittent la table du festin et se retirent dans leur chambre à coucher où ils se mettent à genoux. Le prêtre, en étole, fait lentement le tour du lit, multipliant les bénédictions en forme de croix, disant : « Bénissez vous-même ce lit nuptial, ô mon Dieu, afin que ces chrétiens y reposent dans votre paix, et vieillissent dans votre amour. » Et s’approchant des époux, les bénissant : « Que la main de Dieu soit sur vous, et qu’il fasse descendre du ciel un de ses Anges pour être ici votre gardien en tous les jours de votre vie. »

Fig. 33. Armoiries de l’Ordre du Temple.
Composition de Luc-Olivier Merson.
Prenant l’encensoir des mains du servant, le prêtre encense plusieurs fois le lit et dit : « C’est ainsi qu’un Ange encensa le lit nuptial de Beatrix et du Chevalier du Cygne. »
Le lit et la chambre nuptiale étant dûment purifiés par l’encens, le prêtre bénit encore une fois les époux : « Soyez en paix et que Dieu demeure avec vous ! »
Sur cette dernière bénédiction, le Chevalier se relève et reconduit le prêtre. Chambre nuptiale et lit nuptial sont maintenant sous la protection de Dieu qui y a délégué l’Ange gardien.
Faisant allusion à une cérémonie semblable, dans le roman du Chevalier au Cygne nous lisons : « Un Ange apparut à la grand-mère de Godefroy de Bouillon durant la première nuit de ses noces ; cet envoyé de Dieu portait en main un encensoir d’argent, et il encensa pieusement le lit conjugal. »
N’est-il pas à déplorer qu’une telle pratique de bénédiction du lit nuptial se soit perdue au cours des siècles sous le souffle néfaste du modernisme ?
À titre documentaire, nous donnons une reproduction des armoiries de l’Ordre du Temple (voir fig. 33). On y voit deux Anges soutenant l’écusson de la Confrérie et porteurs de deux fanions de l’Ordre. Cette représentation angélique est révélatrice de la croyance des chevaliers du Temple en l’assistance et en la protection des Anges du Seigneur, milices célestes dévouées à leur service. Sur la banderole, nous lisons : V. D. S. A., devise qui est à la fois une salutation et une profession de foi christique :
VIVE DIEU, SAINT AMOUR.
Ce document est rapporté par C. H. Maillard de Chambure dans son ouvrage : Règle et Statuts secrets des Templiers (Brockaus, Paris, 1840).
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SECTION VIII : L’ange Gabriel annonce la Naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Nous terminerons cet exposé de l’angéologie de la Renaissance en reproduisant un petit poème, composé vers 1783, consacré à rappeler la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; l’archange Gabriel annonce la naissance du petit Jésus aux bergers en ces termes :
Enfants, ie vous viens advertir
Pour vostre vouloir convertir,
Le Filz de Dieu est né sur terre,
D’icy veuillez vous départir,
Chascun s’avance de partir.
Allez en Bethléem grant erre
Pour le vostre salut enquerre,
Dieu si vous mande par moy,
Que allez vistement sans émoy
Visiter la Vierge bénigne.
Partez vistement sans délay
Le Filz de Dieu est né, croyez lay,
De Vierge excellente et digne.
Et maintenant nous voilà bien armés pour aborder l’étude de la croyance aux anges et de leurs diverses apparitions et manifestations au cours des temps modernes.
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CHAPITRE VII
Temps modernes et Manifestations angéliques
IL est intéressant de noter que dans les temps modernes, les manifestations angéliques ont persisté comme par le passé, malgré la vague de matérialisme qui a déferlé sur le monde avec l’encyclopédie, la libre pensée et l’athéisme s’appuyant sur le culte d’une science à courte vue et mal comprise ; malgré les négations des matérialistes de tout crin, les apparitions des saints, des anges et de la Reine des anges se sont multipliées pour réveiller la conscience des hommes obscurcie par les soucis matériels, et, afin de les inciter surtout à s’occuper un peu plus du devenir de leur âme et pas seulement de leur corps matériel. Au lieu d’être uniquement soucieux d’accumuler des biens matériels, dont la jouissance ne peut être que transitoire et illusoire, les hommes, touchés par ces apparitions qui nous viennent du plan spirituel, sont incités à travailler à leur développement animique et spirituel ; et, par la pratique de la charité, ils se constituent alors ce fameux trésor dans l’Au-Delà que « ni les vers ni la rouille ne peuvent détruire », trésor précieux, seul capital de bonnes actions qui nous sera de quelque utilité pour notre ascension vers les plans supérieurs où sous la conduite des anges, et notamment de notre ange gardien nous pourrons nous rapprocher toujours plus de la Lumière de Notre Père céleste.
Comme nous allons le voir, nombreux sont les mystiques modernes qui ont été gratifiés de visions transcendantales angéliques ou autres.
SECTION I : Apparition, en 1816, de l’Archange Raphaël à un laboureur de la Beauce.
Au début de janvier 1816, l’Archange Raphaël est apparu à un laboureur de la Beauce, lui donnant un message spécial pour le roi de France ; ces apparitions se sont répétées plus de vingt-cinq fois jusqu’au 2 avril 1816, jour où Martin, le dit laboureur, put enfin parler au Roi et lui révéler ce qu’il était chargé par l’Ange de lui communiquer.
Ces manifestations de l’Archange Raphaël étant très importantes et ayant duré plus de trois mois consécutifs, il est intéressant d’étudier en détail les faits tels qu’ils sont rapportés dans une brochure du temps : Relation concernant les Évènements qui sont arrivés à un laboureur de la Beauce dans les premiers mois de 1816. Ce livre fut publié à Paris, en 1817, par les soins d’Adrien Égron, imprimeur de S.A.R. Monseigneur duc d’Angoulême.
Les renseignements donnés dans cet opuscule sont tirés des rapports officiels du Ministère de la police, des rapports des médecins et des ecclésiastiques ayant étudié personnellement le cas ; il s’agit en l’occurrence du comportement du sieur Thomas-Ignace Martin, modeste laboureur, habitant au bourg de Gallardon, sis à quatre lieues de Chartres. Voici en bref son histoire : Le 15 janvier 1816, vers les deux heures et demie de l’après-midi, Martin était sur son champ, occupé à étendre du fumier, ce champ était en pays plat et uni, la vue s’étendait au loin ; tout à coup, sans avoir vu arriver personne, Martin vit devant lui « un homme de cinq pieds un ou deux pouces, mince de corps, le visage effilé, délicat et très blanc, vêtu d’une lévite ou redingote de couleur blonde, totalement fermée et pendante jusqu’aux pieds, ayant des souliers attachés avec des cordons, et sur la tête un chapeau rond à haute forme ». Au cours des apparitions subséquentes, l’inconnu, que nous appellerons, par anticipation, l’Archange, se présenta toujours à Martin dans le même accoutrement.
Lors de cette première rencontre, l’Archange donna un long message à Martin :
Il faut que vous alliez trouver le Roi, que vous lui disiez que sa personne est en danger, ainsi que celle des Princes ; que de mauvaises gens tentent encore de renverser le Gouvernement ; que plusieurs écrits ou lettres ont déjà circulé dans quelques provinces de ses États à ce sujet ; qu’il faut qu’il fasse faire une police exacte et générale dans tous ses États, et surtout dans la capitale ; qu’il faut aussi qu’il relève le jour du Seigneur, afin qu’on le sanctifie ; que ce saint jour est méconnu par une grande partie de son peuple ; qu’il faut qu’il fasse cesser les travaux publics ces jours-là ; qu’il fasse ordonner des prières publiques pour la conversion du peuple ; qu’il excite à la pénitence ; qu’il abolisse et anéantisse tous les désordres qui se commettent dans les jours qui précèdent la sainte quarantaine : sinon toutes ces choses, la France tombera dans de nouveaux malheurs.
Durant cette communication, l’Archange restait à la même place, mais faisait des gestes adéquats avec ses paroles ; le son de sa voix était très doux. Martin, fort étonné de se voir confier un tel message pour un tel personnage, dit à son interlocuteur : « Mais vous pouvez bien en aller trouver d’autres que moi, pour faire une commission comme ça. » « Non, lui fut-il répondu, c’est vous qui irez. » Mais Martin ne se déclara pas si facilement convaincu ; il dit : « Puisque vous en savez si long, vous pouvez bien aller trouver vous-même le Roi, et lui dire tout cela ; pourquoi vous adressez-vous à un pauvre homme comme moi, qui ne sait pas s’expliquer ? » La réponse ne se fit pas attendre : « Ce n’est pas moi qui irai, ce sera vous ; faites attention à ce que je vous dis, et vous ferez tout ce que je vous commande. »
Sur ce, Martin vit l’homme disparaître d’une façon extraordinaire : « Ses pieds parurent s’élever de terre, sa tête s’abaisser, et son corps se rapetisser, finissant par s’évanouir à la hauteur de la ceinture, comme s’il eût fondu dans l’air. » On comprend l’effroi du laboureur ; il voulut s’en aller, mais il ne le put et se sentit poussé malgré lui à l’ouvrage. Chose étrange : sa tâche, qui devait normalement durer deux heures et demie, ne dura qu’une heure et demie. D’où nouveau sujet d’étonnement pour Martin, qui, de retour à la maison, parla de la chose à son frère, et il fut décidé qu’on consulterait sans tarder le Curé de l’endroit. Mis au courant de la chose, le Curé pensa qu’il s’agissait d’une vue imaginative de Martin et qu’il n’y avait pas lieu de s’en effrayer plus que de raison ; il conseilla au paysan de reprendre tranquillement son ouvrage et de revenir lui faire rapport si par hasard la vision se reproduisait.
Le 18 janvier, sur les six heures du soir, Martin descendit à la cave chercher des pommes ; alors qu’il était à genoux remplissant son panier, voilà l’apparition qui reparaît, l’homme est à côté de lui ; effrayé, le laboureur s’enfuit, laissant sa chandelle sur le carreau. Le samedi 20 janvier, alors que Martin allait chercher du foin dans la grange, l’inconnu reparaît devant lui sur le seuil. Martin s’enfuit encore. Il est à noter que cette grande frayeur au moment des apparitions disparaîtra par la suite.
Le dimanche 21 janvier, Martin se rend à l’église avec sa famille, à l’heure de vêpres ; comme il prenait de l’eau bénite, il vit l’inconnu apparaître et en prendre aussi (signe évident qu’il n’en craignait pas le contact, il n’était donc pas un personnage maléfique) ; l’Archange suivit Martin jusqu’à son banc, mais il ne s’assit pas, très recueilli pendant toutes les vêpres. Détail à signaler, durant l’office, l’apparition n’avait pas de chapeau ni sur la tête ni dans la main. Étant sorti avec Martin, il était paré de son couvre-chef. Il dit alors à Martin : « Acquittez-vous de votre commission, et faites ce que je vous dis ; vous ne serez pas tranquille tant que votre commission ne sera pas faite. »
Les personnes de la famille de Martin qui étaient venues à vêpres avec lui ne virent ni n’entendirent rien.
Le 24 janvier, M. le Curé, tenu au courant des évènements au jour le jour, dit une messe du Saint-Esprit pour demander à Dieu d’éclairer son paroissien et de l’instruire sur la vérité de ce qu’il voyait ; Martin assista à l’office avec toute sa famille. La réponse ne se fit pas attendre ; rentré chez lui, Martin monte au grenier chercher du blé et voilà l’Archange qui lui apparaît et lui dit d’une voix ferme : « Fais ce que je commande, il est temps. » Ce fut la seule fois où Martin fut tutoyé par l’Archange, signe de réprimande sévère.
Sur ce, M. le Curé décida d’en référer à son supérieur, Mgr l’Évêque de Versailles. Il fut mandé, avec son paroissien, auprès du dignitaire ecclésiastique. Après audition séparée des deux visiteurs, l’Évêque jugea l’affaire digne d’intérêt. Il conseille à Martin de demander à l’apparition de décliner son nom. Enfin il décida de transmettre tout le dossier au Ministre de la Police, pour complément d’enquête.
Rentré à Gallardon, le mardi 30 janvier, Martin eut une nouvelle manifestation de l’Archange qui lui dit :
Votre commission est bien commencée, mais ceux qui l’ont entre les mains ne s’en occupent pas ; j’étais présent, quoiqu’invisible, quand vous avez fait votre déclaration (à Mgr l’Évêque) ; il vous a été dit de me demander mon nom, et de quelle part je venais ; mon nom restera inconnu ; je viens de la part de celui qui m’a envoyé, et celui qui m’a envoyé est au-dessus de moi (il montre le Ciel).
Encore une fois Martin demanda à l’apparition : « Comment vous adressez-vous toujours à moi, pour une commission comme celle-là, moi qui ne suis qu’un paysan ? Il y a tant de gens d’esprit ! » – « C’est pour abattre l’orgueil », fut-il répondu, puis cette recommandation fut donnée à Martin pour ce qui le concernait personnellement :
Pour vous, il ne faut pas prendre d’orgueil de ce que vous avez vu et entendu ; pratiquez la vertu, assistez à tous les offices qui se font à votre paroisse les dimanches et les fêtes, évitez les cabarets et les mauvaises compagnies où se commettent toutes sortes d’impuretés et où se tiennent toutes sortes de mauvais discours ; ne faites aucun charroi les jours de dimanches et de fêtes.
Durant le mois de février, Martin eut plusieurs apparitions de l’Archange qui lui donna une série de directives et de conseils :
Mon ami, on met bien de la lenteur dans ce que j’ai commandé ; voilà pourtant le temps de la pénitence et de la réconciliation qui approche. Il ne faut pas croire que c’est par la volonté des hommes que l’usurpateur est venu l’an passé ; c’était pour châtier la France... Toute la famille royale avait fait des prières pour rentrer dans sa légitime possession ; mais une fois revenue, elle a, pour ainsi dire, tout oublié. Après le second exil, elle a encore fait des vœux et des prières pour recouvrer ses droits ; mais elle retombe dans le même penchant.
Martin demanda à son Curé ce que signifiait ce mot de « penchant » dont il ne saisissait pas le sens. Encore une fois, Martin demanda à son interlocuteur pourquoi il s’adressait seulement à lui pour une telle commission. Il lui fut répondu seulement : « Persistez, ô mon ami, et vous parviendrez ! » Voici encore toute une suite de communications intéressantes données durant les apparitions de ce mois de février :
Vous paraîtrez devant l’incrédulité, et vous la confondrez ; j’ai encore autre chose à vous dire qui les convaincra, et ils n’auront rien à répondre.
Pressez votre commission, on ne fait rien de tout ce que je vous ai dit ; ceux qui ont l’affaire en main sont enivrés d’orgueil ; la France est dans un état de délire ; elle sera livrée à toutes sortes de malheurs.
Si on ne fait pas ce que j’ai dit, la majeure partie du peuple périra, la France sera livrée en proie et en opprobre à toutes les Nations ; vous leur annoncerez aussi en quel temps la France pourra rester en paix ; ces choses, je vous les dirai quand il en sera temps.
Vous irez trouver le Roi ; vous lui direz ce que je vous ai annoncé ; il pourra admettre avec lui son frère et ses fils... Vous serez conduit devant le Roi et vous lui découvrirez des choses secrètes du temps de son exil, mais la connaissance ne vous en sera donnée qu’au moment où vous serez introduit en la présence du Roi.
Excédé par toutes ces apparitions et ces ordres, Martin pensa qu’il pourrait trouver un soulagement en quittant le pays pour quelque temps. Alors qu’il se trouvait à battre le blé dans sa grange, l’Archange apparut et le sermonna : « Vous aviez formé le dessein de partir ; mais vous n’auriez pas été loin ; il faut que vous fassiez ce qui vous est annoncé. »
Le samedi 24 février, alors que Martin était à labourer, nouvelle apparition et nouvel ordre : « Allez trouver votre pasteur et pressez votre affaire. » Comme Martin restait à son ouvrage, moins d’une heure après, l’Archange réapparaissait et disait avec force : « Dételez et partez pour vous acquitter de ce qui vous est commandé. » Martin détela et vint faire rapport de ce qui lui avait été dit.
Le 2 mars, nouvelle apparition avec sérieuse monition :
Allez vous acquitter de votre commission ; que votre pasteur aille à Chartres, qu’il fasse assembler le Conseil ecclésiastique ; qu’il soit nommé une députation qui se rendra auprès du supérieur. Il la multipliera et saura où l’envoyer ; si l’on veut encore résister à ces choses, vous leur annoncerez la prochaine destruction de la France ; il arrivera le plus terrible des fléaux, qui rendra le peuple de France en horreur à toutes les Nations.
Martin vint annoncer à son Curé ce nouvel avertissement ; le paysan ne savait pas ce que signifiait ce « Conseil ecclésiastique » que l’on devait faire assembler. Le Curé lui expliqua qu’il s’agissait du Conseil de Chartres, mais cette organisation dépendait de l’Évêque auquel il avait déjà soumis le cas ; le curé fit rapport encore une fois, directement, à son Évêque lui-même, sans passer par le Conseil de Chartres.
Sur ces entrefaites, le Préfet d’Eure-et-Loire, résidant à Chartres, reçut une lettre du Ministre de la police générale, l’invitant à vérifier « si ces apparitions données comme miraculeuses n’étaient pas plutôt un jeu de l’imagination de Martin, une véritable illusion de son esprit exalté, ou si enfin le prétendu envoyé, et peut-être Martin lui-même, ne devaient pas être sévèrement examinés par la police et ensuite livrés aux tribunaux ». Au reçu de cette lettre, le Préfet, comte de Breteuil, invita Martin et son Curé à passer à la Préfecture.
Le 5 mars, vers les cinq heures du soir, l’Archange apparut de nouveau à Martin et lui annonça :
Vous allez bientôt paraître devant le premier magistrat de votre arrondissement ; il faut que vous rapportiez les choses comme elles vous sont annoncées ; il ne faut avoir d’égard ni à la qualité ni à la dignité.
La comparution devant le Préfet eut lieu le jour suivant ; Martin, sans se troubler, raconta par le détail tout ce qui lui était arrivé. Après en avoir discuté avec le Curé, le Préfet décida d’envoyer Martin à Paris au Ministre de la Police. Le jour suivant, Martin partit pour la capitale sous la conduite et surveillance de M. André, lieutenant de gendarmerie. Arrivés à Paris le 7 mars au soir, les voyageurs descendirent à l’hôtel de Calais où une chambre à deux lits leur fut assignée. Le lendemain, M. André conduisit Martin à l’hôtel de la Police générale ; comme ils se trouvaient dans la cour de cet édifice, l’Archange apparut à Martin et lui dit, sans que M. André ne vît ni n’entendît quoi que ce soit : « Vous allez être interrogé de plusieurs manières ; n’ayez ni crainte ni inquiétude, mais dites les choses comme elles sont. » En effet, notre laboureur fut questionné par divers secrétaires qui cherchèrent à désorienter Martin, mais sans succès ; il en fut de même lorsqu’il fut mis en présence du Ministre de la police. Alors Martin reconnut la vérité de l’affirmation de l’Archange qui lui avait promis qu’il confondrait l’incrédulité et qu’en fin de compte on n’aurait rien à opposer à ses dires. Le Ministre ayant émis la supposition qu’un intérêt matériel était probablement le mobile du campagnard, Martin déclara incontinent : « Ce n’est pas de l’argent que je veux ; il faut que j’aille parler au Roi, et que je lui dise ce qui est annoncé ; ça m’a toujours été recommandé, et je ne serai pas tranquille tant que ma commission ne sera pas faite. Les richesses ne peuvent aller avec la vertu ; il ne faut de richesses que pour la vie ; Monseigneur, l’orgueil et la vertu peuvent-ils aller ensemble ? Celui qui pratique la vertu est l’ami de Dieu, et celui qui est dans l’orgueil est l’ami des démons et des réprouvés. » Alors que Martin confiait au Ministre qu’il venait de revoir l’inconnu qui lui avait dit de n’avoir aucune crainte, le Ministre, pour l’éprouver, lui dit à brûle-pourpoint : « Eh bien ! Vous ne le verrez plus, car je viens de le faire arrêter, et conduire en prison. » Et Martin de rétorquer : « Eh ! Comment avez-vous fait pour le faire arrêter, puisqu’il disparaît tout de suite comme un éclair ? » Le Ministre ayant appelé un secrétaire, celui-ci confirma que l’homme avait bien été arrêté et emprisonné ; alors, Martin s’écria : « Eh bien ! Si vous l’avez fait mettre en prison, vous me le montrerez et je le reconnaîtrai bien ; je l’ai vu assez de fois pour cela. » Comme bien l’on pense, le Ministre fut fort embarrassé par cette réponse de Martin, car il n’avait point de prisonnier à montrer !
Sur l’ordre du Ministre, Martin fut soumis à un examen médical et psychiatrique par un spécialiste, le Dr Pinel. Après la visite du Docteur, Martin, étant seul dans sa chambre vers les cinq heures du soir, eut de nouveau la visite de l’Archange qui lui dit :
Il faut que vous alliez parler au Roi ; quand vous serez en sa présence, je vous inspirerai ce que vous aurez à lui dire ; je me sers de vous pour abattre l’orgueil et l’incrédulité. Si vous ne parvenez pas à ce but, la France est perdue... On tâche d’écarter l’affaire, mais elle se découvrira par une autre voie.
Le dimanche 10 mars, au matin, étant tout seul dans sa chambre, Martin eut une nouvelle vision et une communication importante et inattendue. L’apparition lui fit cette déclaration :
Je vous avais dit que mon nom resterait inconnu ; mais puisque l’incrédulité est si grande, il faut que je vous découvre mon nom : Je suis l’Archange Raphaël, Ange très célèbre auprès de Dieu ; j’ai reçu le pouvoir de frapper la France de toutes sortes de plaies.
Révélation grosse de conséquences ; à ce sujet l’auteur de la brochure que nous analysons émet ces remarques illuminatives : « Dans la mission de Martin, l’Ange paraît se conduire comme si la connaissance qu’il donne de son nom n’était pas entrée dans son premier dessein. Il ne semble se déterminer à ce nouveau bienfait qu’à la vue de notre grande incrédulité qui est telle, qu’il faut une révélation aussi frappante pour nous réveiller. Et sans doute encore qu’il agit de la sorte pour nous faire mieux sentir le prix d’une faveur dont nous sommes si indignes par nos mauvaises dispositions. C’est par le même principe de bonté, par un excès de compassion pour la malheureuse France (car les bons Anges ne frappent qu’à regret) qu’il revient trouver Martin, dont la mission faisait si peu d’effet... Pour ceux qui voient ici un Ange de ténèbres, on ne peut que les plaindre. »
Le 11 mars, Martin fut gratifié de deux apparitions de l’Archange qui lui donna un long message :
Ordre d’aller parler au Roi. Au moment que vous serez devant lui, on vous inspirera ce que vous aurez à lui révéler. Le Roi est entouré de gens qui le trahissent et on le trahira encore. Il s’est sauvé un homme des prisons : on a fait accroire au Roi que c’était par finesse et par l’effet du hasard ; mais la chose n’était point telle ; elle a été préméditée ; ceux qui auraient dû se mettre à la poursuite ont négligé les moyens ; ils ont mis beaucoup de lenteur et de négligence ; ils l’ont fait poursuivre quand il n’était plus possible de l’atteindre.
Vous allez avoir encore aujourd’hui la visite du Docteur.
En effet au moment du repas du soir, le Dr Pinel revint, tâta le pouls de son présumé patient. « Moi, lui dit Martin, je ne suis pas malade, puisque je bois, que je mange bien et dors de même ». Puis il raconta l’ordre qu’il venait de recevoir de la part de l’apparition : délivrer son message au Roi. Il n’en fallait pas plus à ce savant psychiatre pour déclarer Martin atteint de maladie mentale avec hallucination des sens ; le rapport concluait à ce que Martin fût expédié à Charenton pour y être mis en observation.
Le 12 mars, Martin est gratifié de deux apparitions de l’Archange ; la première fois, le matin en présence du lieutenant de gendarmerie, qui s’étonne de ne rien voir et de ne rien entendre ; sur quoi Martin de répliquer : « Je ne le comprends pas non plus, mais il faut bien que l’un voie et entende, et que l’autre ne voie et n’entende pas, puisque je le vois et l’entends » ; et voilà comme il me dit : « On ne veut rien faire de ce que je dis ; plusieurs villes de France seront détruites, il n’en restera pas pierre sur pierre ; la France sera en proie à tous les malheurs ; d’un fléau on tombera dans un autre. » Lors de la seconde apparition, l’Archange avertit Martin : « On va prendre des informations de vous dans votre pays, pour savoir les personnes que vous fréquentiez. » Dans une lettre adressée à son frère, Martin rapportait les révélations de l’Archange et il terminait par cette phrase : « Il faut que je fasse la volonté de celui qui m’a envoyé ; et je ne puis me dispenser de faire ce qu’il commande. »
Le 13 mars, le Ministre, sur le vu du rapport du Dr Pinel, donne l’ordre d’interner Martin dans la maison de santé de Charenton. Le matin, le lieutenant de gendarmerie conduisit Martin au Ministère ; il fit attendre son « prisonnier » dans une salle, tandis qu’il pénétrait seul chez le Ministre qui lui remit l’ordre d’internement. En sortant, il reprit Martin en charge, et comme il marchait devant lui à quelques pas de distance, l’Archange paru devant Martin : « On va, lui dit-il, vous conduire dans une maison où vous allez être détenu, et votre conducteur s’en retournera seul dans son pays. » Ayant rejoint M. André, Martin lui répéta ce que l’Archange venait de lui révéler ; le lieutenant de gendarmerie persista dans son dire et affirma que cette sortie matinale n’était qu’une promenade. Mais Martin de bien préciser : « Non, nous ne retournerons pas ensemble ; mais on a beau faire, malgré tout ce qu’on fait contre moi, je parviendrai à parler au Roi, et on verra bien que les affaires ne viennent pas de moi-même. »
Durant trois semaines, Martin sera en observation à Charenton ; Directeur, Médecin en chef, Assistants le questionnent et lui font répéter son histoire que l’on considère comme pure confabulation, et le célèbre psychiatre Royer-Collard pose ce mirifique diagnostic : manie intermittente avec hallucination des sens. Et cependant Martin répondait toujours avec beaucoup de simplicité et de bon sens à toutes les questions dont on l’accablait. Au début de son internement, il fut un peu déprimé et désorienté de se trouver en salle commune avec tous ces déséquilibrés, puis l’Archange lui donna la jouissance d’une paix parfaite. Dans le lot des déments, Martin remarqua un ancien Curé qui était hors de sens et qui répétait continuellement : « Il n’y a plus d’église, plus d’évêques, plus de prêtres, plus de Jésus-Christ. Je suis un jureur, un blasphémateur, un misérable ; il n’y a plus de pardon pour moi, je suis perdu. » Martin lui dit : « Mais M. le Curé, vous prêchiez qu’il y avait pardon pour tout le monde, pour les plus grands pécheurs, pourquoi donc dites-vous comme ça à présent ? » Et cet aliéné revint un peu à lui et à un meilleur sens.
Le 15 mars, au matin, l’Archange apparaît et dit à Martin :
Puisqu’on vous traite de la sorte, je ne reviendrai plus vous voir ; qu’on fasse examiner la chose par des Docteurs en théologie, et l’on verra si elle est réelle ou non. Si on ne veut rien croire, ce qui est prédit arrivera ; pour vous, mettez votre confiance en Dieu ; il ne vous arrivera aucun mal ni aucune peine. Je vous donne la paix, n’ayez nul chagrin ni inquiétude.
Il est à remarquer que Martin ignorait le sens et même l’existence de personnages appelés : « Docteurs en théologie ».
Du même jour, nous avons une lettre de Martin à son frère où il lui annonce qu’il ne reviendra pas de sitôt, qu’il est en observation à l’asile de Charenton. Il écrit entre autres : « Je te dirai que je suis toujours le même. Je prendrai toujours les remèdes qu’on me fera prendre ; mais tout cela sera inutile, parce que je suis toujours bien comme je suis, et que cela ne venait pas de moi ; mais la chose m’est bien commandée ; tant que ma commission ne sera pas faite, je ne serai pas tranquille. »
À cette même époque, le Préfet de Chartres reçut une lettre de Paris lui annonçant que Martin avait été jugé pris de folie et interné par ordre des médecins. Le Préfet communiqua le fait au Curé de Gallardon qui répondit qu’il respectait infiniment les talents des Docteurs, mais qu’il ne pouvait souscrire à leur décision, d’après la connaissance qu’il avait de son paroissien. Et le bon Curé faisait remarquer que si l’on ne voulait pas relâcher Martin, qu’on voulût bien donner des ordres pour que ses terres ne demeurassent pas incultes. Donnant suite à cette requête, le Préfet répondit par l’envoi d’un billet de quatre cents francs pour permettre d’embaucher un aide de campagne.
Dans une lettre du 26 mars à son frère, Martin relate que l’Archange vient de réapparaître et lui donne ce message :
Mon ami, je vous avais dit que je ne reviendrais plus vous voir ; je vous assure que j’aurais une grande douleur si mes démarches étaient inutiles. Je vous assure que le plus terrible fléau est prêt à tomber sur la France, et qu’il est à la porte. Les peuples, en voyant arriver ces choses, seront saisis d’étonnement et sécheront de frayeur. Ce qui avait été prédit autrefois est arrivé comme il l’avait été annoncé ; de même la chose arrivera, si l’on ne pratique pas ce que j’ordonne. La France n’est plus que dans l’irréligion, l’orgueil, l’incrédulité, l’impureté et enfin livrée à toutes sortes de vices ; si le peuple se prépare à la pénitence, ce qui est prédit sera arrêté ; mais si l’on ne veut rien faire de ce que j’annonce, ce qui est prédit arrivera.
Ce texte est intéressant puisqu’il fut écrit sous dictée par Martin, qui complète : « L’Archange me dit aussi que je ne pouvais désirer une meilleure santé, que l’on me fasse visiter par les Docteurs les plus savants, qu’ils ne pourraient trouver aucune maladie en moi ; il me dit aussi que si je suis retenu, c’est que l’on veut faire une épreuve de moi ; il dit que c’est une erreur de vouloir m’éprouver, après toutes les choses qui sont écrites. »
Naturellement, avant de parvenir au destinataire, cette lettre fut lue par les médecins, par le Directeur de Charenton, puis transmise encore au Ministère de la police, où elle fut copiée avant d’être envoyée à son destinataire.
Comme tous les malades de l’Hospice, Martin était astreint à la visite de cinq heures ; il se rendait parfaitement compte que les médecins considéraient ses dires comme pure imagination d’un esprit déréglé, aussi c’est sans enthousiasme qu’il se soumettait à cette formalité ennuyeuse pour lui ; les 27 et 28 mars, il s’était attardé dans le jardin et avait évité de la sorte ce qu’il considérait comme une corvée. Le 28 l’Archange se présenta devant lui et lui dit : « Pourquoi n’allez-vous pas à la visite ? » Et Martin de répondre : « J’y vais. » Mais son interlocuteur lui dit brièvement : « Elle est faite. » Martin le savait bien, mais il explique que c’était volontairement qu’il tardait toujours à y aller, parce que tous ces gens-là qui étaient à la visite se moquaient de lui. Alors l’Archange d’ajouter :
Vous ne voulez pas mentir ; il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. L’Ange de lumière ne peut annoncer les choses de ténèbres ; l’Ange de ténèbres ne peut pas annoncer les choses de lumière. Qu’on profite de la lumière tandis qu’on a la lumière ; pour vous, mettez votre confiance en Dieu, il ne vous arrivera aucun mal.
Un surveillant de l’asile, M. Legros 7, pria Martin de demander à l’Archange une protection spéciale pour lui ; c’est ce que voulait faire Martin à la première apparition de l’Envoyé du Ciel, mais celui-ci le prévint et lui dit : « Quelqu’un de la maison vous a demandé que je le prenne sous ma protection ; vous lui direz que celui qui pratique la religion telle quelle est annoncée, et qui aura une ferme croyance, sera sauvé. »
Cependant l’affaire de Martin s’ébruitait et parvenait jusqu’à la cour. Le 29 mars, M. de la Rochefoucault, accompagné par un Ecclésiastique, envoyé par Mgr l’Archevêque de Reims, se rendirent à Charenton pour prendre contact avec Martin. Celui-ci exposa clairement toute son histoire. Dès les débuts, l’Ecclésiastique rédigea un rapport dans lequel nous lisons : « Martin m’a assuré que toutes les fois que l’Archange lui parle, c’est toujours avec une douceur ineffable, toujours très clairement et en peu de mots. » Et de conclure : « Je puis attester qu’ayant causé longtemps avec Martin, je l’ai trouvé dans une raison parfaite ; son nouveau genre de vie si opposé aux habitudes qu’il avait chez lui ne lui donne pas la moindre inquiétude ; il a une femme et des enfants, et s’en remet entièrement à la sainte volonté de Dieu sur leur sort et sur le sien. En un mot, il jouit d’un calme surnaturel ; il a une grande douceur, une piété sans exaltation ; il m’a dit que sa dévotion consistait à garder les commandements de Dieu et de l’Église... Il est d’une naïveté et d’une simplicité qui ne peuvent se concevoir. Enfin il est à son aise avec tout le monde. »
Dès lors la rencontre de Martin avec le Roi ne pouvait tarder.
Le dernier dimanche (31 mars) que Martin passa à l’asile fut marqué par une manifestation spectaculaire de l’Archange qui lui dit :
Il y aura encore des discussions ; les uns diront que c’est une imagination, les autres que c’est un Ange de lumière, et d’autres que c’est un Ange de ténèbres. Je vous permets de me toucher.
Martin explique que l’Archange lui a pris sa main droite de sa propre main droite et qu’il a senti une pression comme quand on serre la main d’une personne vivante ; puis chose plus étrange encore, Martin raconte : « Il ouvre sa redingote par devant ; quand elle a été ouverte, cela m’a semblé plus brillant que les rayons du soleil et je n’ai pu l’envisager. (Martin déclare qu’il dut mettre sa main devant les yeux.) Il ferme sa redingote, et quand elle fut fermée, je n’ai plus rien vu de brillant ; il m’a semblé comme auparavant. (Cette ouverture et cette fermeture se sont opérées sans aucun mouvement de sa part.) Il retire son chapeau en arrière, et me dit, en touchant son front avec la main : « L’Ange rebelle porte ici les marques de sa condamnation, et vous voyez que je n’en ai pas. Rendez témoignage de ce que vous avez entendu. »
Lorsque le 2 avril un officier supérieur vint chercher Martin pour le conduire à Paris, en audience chez le Roi, il demanda à celui qu’il considérait comme un simple paysan, s’il n’était ému à l’idée de se trouver en présence du Souverain. Martin répondit simplement que cette rencontre ne l’étonnait pas, car elle avait toujours été réclamée par l’Archange. Comme Martin attendait dans un salon d’être introduit auprès du Roi, il eut une dernière apparition qui lui dit :
Vous allez parler au Roi, et vous serez seul avec lui ; n’ayez aucune crainte de paraître devant le Roi pour ce que vous avez à lui dire, les paroles vous viendront à la bouche.
Martin a laissé une description détaillée de son entrevue avec le Roi ; le document fut rédigé avec l’aide de M. le Curé. Le Roi fut fort surpris par tout ce qui lui fut révélé, notamment le rappel d’un secret connu de lui seul et qu’il pria Martin de ne pas révéler à quiconque. Le Roi, durant tout le récit de Martin, fut très ému et il pleura même, ainsi que son interlocuteur. Le Roi reconnut que tout ce que Martin disait était la pure vérité ; le souverain écoutait avec attention, à un moment du récit, il dit : C’est le même ange qui conduisit le jeune Tobie à Ragès et qui l’a fait marier. » Et, dit Martin : « Il m’a pris la main en me disant : « Que je touche à la main que l’Ange a serrée, priez toujours pour moi. » Le Roi parlant de Tobie faisait allusion à une parole typique de l’Archange Raphaël qui s’appliquait également à la circonstance présente : « Il est bon de garder le secret du Roi, mais il est honorable de révéler et de publier les œuvres de Dieu » (Tobie XII, 7).
M. le Curé de Gallardon contresigna le rapport de Martin et déclara que « cette affaire ne pouvait plus être désormais regardée autrement que comme miraculeuse ».
Voici deux faits qui prouvent combien Martin était désintéressé dans toute cette affaire : Tout d’abord il eut beaucoup de peine à prendre une somme d’argent qu’on lui remettait de la part du Roi ; il l’accepta seulement après qu’on lui eut fait remarquer que son refus pourrait être interprété comme un manque de respect pour la volonté du Roi. Le deuxième fait est aussi typique de la simplicité et de la droiture de Martin. Voici le récit fait par la personne même qui s’acquitta de la mission suivante :
Au commencement de janvier 1817, une personne de considération qui connaissait la médiocrité de l’état de Martin, sachant de plus que sa femme était enceinte d’un cinquième enfant, depuis son retour à Gallardon, lui a fait proposer cent cinquante francs pour subvenir à cette circonstance. Martin répondit ingénument à la personne qui lui faisait cette offre : « Ce ne peut toujours être qu’à cause des choses qui me sont arrivées qu’on m’offre de l’argent ; car, sans cela, on ne parlerait pas de moi, on ne me connaîtrait même pas ; mais comme la chose ne vient pas de moi, je n’en dois pas recevoir pour cela ; ainsi vous remercierez bien cette personne ; car, quoique je ne sois pas riche, je n’en veux rien recevoir. »
L’auteur anonyme de la brochure que nous venons d’analyser paraît être un ecclésiastique. En tout état de cause, cette personne cultivée termine son exposé par quelques réflexions de valeur. Tout d’abord, on insiste sur le fait que Martin est un homme intègre incapable d’avoir machiné une comédie pour se rendre intéressant. On dit notamment : « Martin est un homme qui a du sens et un esprit droit ; mais cet esprit est en même temps médiocre et de peu d’étendue ; il n’a aucune espèce de culture ; il ne s’est exercé que sur les objets matériels et exclusivement relatifs aux travaux des champs. Élevé dans son village, Martin n’en était jamais sorti. » Jamais Martin n’a songé un seul instant à se prévaloir des choses extraordinaires dont il avait été le héros ; il ne les a point publiées et n’en a tiré aucun avantage matériel. N’étant pas sorti de son village, comme il vient d’être dit, Martin n’a pu être influencé par personne pour jouer le rôle qui lui a été ordonné par l’Archange. Tous s’accordent à dire que Martin était un homme droit, incapable de tromper, encore moins d’inventer les discours que lui a tenus l’Archange. Ceux qui ont examiné Martin s’accordent à dire que ce paysan inculte était incapable de s’occuper des affaires du Gouvernement et de raisonner en cette matière ; son Curé a bien spécifié que, quoique croyant, Martin était loin d’être un exalté ; il remplissait ses devoirs religieux sans affectation, sans nulle dévotion particulière.
Le biographe de Martin termine son exposé en rappelant les choses extraordinaires révélées au laboureur par l’Archange :
1. Martin a annoncé la visite prochaine d’un Docteur, et la cause de cette visite, avec des circonstances frappantes. Le soir du même jour, la visite a eu lieu comme il l’avait prédit.
2. Martin a découvert, comme l’ayant appris de son Ange, le sujet sur lequel M. André, son surveillant, venait de s’entretenir avec un ami sur son propre compte ; et il a rapporté une circonstance particulière de cette conversation, quoiqu’elle ait été tenue dans une langue étrangère où Martin ne comprenait rien.
3. Martin, sans avoir été averti par aucun homme que l’on sache, a déclaré et même écrit, trois jours avant qu’on l’eût fait, qu’on allait prendre dans son pays des informations sur son compte.
4. Martin a dit encore à M. André, son surveillant, qu’il allait le conduire dans une maison où il serait détenu, tandis que lui, André, s’en retournerait dans son pays ; et cependant il est certain qu’aucun homme quelconque n’en avait averti Martin.
5. Martin a toujours soutenu de vive voix et par écrit que, malgré tout ce qu’on ferait, il parviendrait à parler au Roi ; il l’a répété à Sa Majesté, assurant que son Ange le lui avait toujours dit : « Et je vois bien qu’il ne m’a pas trompé, a-t-il témoigné devant le Roi lui-même, puisque me voilà aujourd’hui avec vous. »
6. Martin a aussi déclaré à Sa Majesté qu’il lui avait été dit qu’elle ne chancellerait pas pour croire ce qu’il lui dirait ; sur quoi le Roi est convenu qu’il ne pouvait chanceler, puisque c’était la vérité.
7. Martin a ajouté qu’il lui avait été dit que le Roi ne lui refuserait pas la permission de s’en retourner, et qu’il ne lui arriverait aucune peine ni mal.
8. Enfin, Martin a déclaré qu’une fois sa commission faite auprès du Roi, il ne verrait plus rien et serait tranquille ; comme en effet il n’a plus rien vu depuis ce moment, demeurant tranquille dans son pays.
De plus, Martin a encore rapporté au Roi des faits qu’il a certifiés ne connaître que par une voie surnaturelle, savoir :
1. L’évasion de la Valette, dont il ignorait encore le nom, quand il en a parlé au Roi.
2. L’abandon de la dernière ville de France, que le Roi s’est vu forcé de quitter, contre son premier dessein.
3. Les prières qu’avaient faites la Famille Royale, pour rentrer dans sa possession.
4. Il a aussi représenté le peu de reconnaissance que l’on avait eue pour le bienfait de la rentrée du Roi dans ses États.
5. Mais surtout il a rappelé à Sa Majesté des faits du temps de son exil, dont Dieu seul et lui avaient connaissance ; et l’on sait que le Roi a témoigné lui-même à Monseigneur l’Archevêque de Reims, que Martin lui avait dit des choses cachées qui n’étaient connues que de Dieu et lui.
6. Martin a de plus pénétré le secret intime de la conscience de Sa Majesté, quand il lui a dit : « Que le Roi se souvienne de sa détresse, de son adversité du temps de son exil. Le Roi a pleuré sur la France. Il a été un temps où le Roi n’avait plus aucun espoir d’y rentrer, voyant la France alliée avec tous ses voisins. » Et le Roi n’a point hésité à convenir de toutes ces choses.
De tous ces faits réunis, l’auteur ne craindra pas de dire : « Reste à conclure que Martin a été l’instrument et l’organe d’un agent vraiment surnaturel.
Et notre auteur aura une page qui mérite d’être méditée :
Parmi cette multitude d’évènements prodigieux qui distinguent notre siècle entre tous les autres, l’un des plus surprenants, des plus propres à faire naître de très sérieuses réflexions, est celui que présente la mission d’un bon villageois envoyé au Roi par un personnage qui est demeuré inconnu durant près de deux mois, qui ensuite s’est annoncé pour être un Ange du premier ordre ; enfin qui, d’apparition en apparition, a conduit ce simple paysan comme par la main, jusques auprès de sa Majesté, pour l’avertir des maux près de fondre sur la France, si l’on ne rend à Dieu l’honneur qui lui est dû, si le peuple n’entre point dans la voie de la pénitence.
Il est vrai qu’aux yeux des sages de ce monde, un fait de cette nature ne paraît seulement pas mériter que l’on s’y arrête ; le plus grand nombre, loin d’y songer, se doute à peine s’il a eu lieu ; et parmi ceux qui en ont ouï parler, beaucoup d’esprits légers, froids et indifférents, sans daigner rien approfondir, trouvent plus court et plus commode de rejeter ce fait, comme tant d’autres, parmi les fables bonnes pour amuser les simples, les têtes faibles, les âmes pusillanimes.
Le peuple, pas plus que les grands, n’aime à être repris et engagé à faire pénitence, fût-ce même par un Archange.
« Qu’on rassemble donc toutes ces circonstances, dira encore une fois l’auteur, et qu’on voie s’il est possible de ne pas reconnaître un agent vraiment surnaturel dans cette œuvre inouïe jusqu’à nos jours. Et cette œuvre ne peut être que l’œuvre d’un Ange de Lumière. »
Résumant encore une fois ce cas extraordinaire de la manifestation d’un Archange, visible et audible sur le plan matériel par Martin, l’auteur mettra en lumière la leçon qui en découle :
Ce qu’il y a de plus admirable dans cette histoire, c’est que Martin, dans tout le cours de cette mission surnaturelle, se trouve guidé par son Ange, pas à pas et comme par la main ; il le suit en tous lieux, dans ses différentes visites, dans ses changements d’habitation ; il le raffermit contre l’impression que doivent lui causer des autorités supérieures qu’il n’a jamais abordées ; contre l’embarras où peuvent le jeter toutes les questions insidieuses des plus habiles chefs de la police ; contre les visites inquiétantes et les subtiles interrogations des médecins les plus experts qui l’observent et l’étudient ; contre les railleries des moqueurs ; contre la volonté de ceux qui méprisent sa mission, ne s’attachent à rien moins qu’à la seconder. Il l’avertit à chaque pas de ce qui va lui arriver et de la conduite qu’il doit tenir ; sur le point de parler au Roi, il le prémunit et le fortifie contre la timidité si naturelle à un simple campagnard qui se trouve, pour la première fois, tête à tête avec son Souverain, et qui a la charge de l’entretenir sur les points les plus importants. Enfin, il dirige sa langue avec une telle facilité, que Martin, laissé à lui-même, ne pourrait s’exprimer ni plus librement ni plus aisément vis-à-vis de toute autre personne. Sa mission accomplie, tout est fini pour le bon villageois, c’est Martin comme ci-devant, rendu à ses travaux rustiques.
La mission de Martin doit être reconnue comme surnaturelle et divine et l’on ne peut trop admirer la bonté de Dieu et sa sagesse dans le choix d’un tel instrument et dans la conduite qu’il lui fait tenir.
Et l’auteur de conclure : « C’est assez pour le but que l’on se propose dans cet écrit, d’avoir fait connaître et prouvé la mission toute surnaturelle du bon laboureur de Gallardon.
« Les fidèles de tous les états en tireront les conséquences, et sauront se les appliquer. »
Telle est en effet la leçon qui se dégage de ces évènements surnaturels et merveilleux ; ils nous apprennent que de l’autre côté il y a les Anges dont le ministère est de venir en aide aux hommes de bonne volonté.
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Le cas de Martin a fait l’objet d’une étude approfondie par l’historiographe G. Lenôtre ; son livre a pour titre : Martin, le Visionnaire (1816-1834) ; il est bien entendu que le millésime 1816 ne se rapporte pas à la naissance de notre Voyant, mais à l’année où ont eu lieu les apparitions de l’Archange Raphaël. Le livre de Lenôtre a paru dans la collection : Figures d’Histoire tragique ou mystérieuse, chez Perrin, Paris 1924.
Les cent premières pages de l’ouvrage rapportent les mêmes faits que ceux que nous avons reproduits d’après notre document de 1817, document que Lenôtre ne semble pas avoir connu, car il ne le cite pas. Pour son étude, cet auteur a consulté les documents d’archives, rapports de police, rapports médicaux et lettres de Martin qu’il reproduit dans leur texte original, émaillé de nombreuses fautes d’orthographe, ce que n’a pas cru devoir faire notre document ; le sens de ces missives est identique.
Tout en admettant la réalité des apparitions et des messages reçus par Martin, Lenôtre laisse planer un certain doute sur le phénomène ; ainsi nous relevons des phrases comme celle-ci : « Avant de “s’évaporer”, l’apparition révéla ce qui allait arriver » (p. 38), et quelques pages plus loin nous lisons encore : « Il (Martin) voit ou croit voir un Ange. » Cependant la même page nous donne cette appréciation : « La sincérité de Martin est absolue. » Toutefois Lenôtre, immédiatement après, émettra les remarques suivantes qui montrent que, rationnellement, il fait toutes réserves :
La réalité de cet ange inspire, il faut l’avouer, plus de méfiance : son costume, d’abord – chapeau haut, longue redingote, brodequins lacés – est un peu déconcertant ; puisqu’il n’est visible que pour Martin, que ne se montre-t-il dans l’appareil prestigieux que la tradition attribue aux miliciens des phalanges célestes : robe vaporeuse, ailes frissonnantes, étincelante auréole ?
Dans ce cas, en décidant que l’apparition angélique aurait dû se conformer à une certaine représentation picturale, toute symbolique, l’auteur montre qu’il n’a pas eu connaissance ou qu’il ne tient pas compte des descriptions d’anges données par des mystiques qui s’accordent tous pour ne pas leur avoir vu des ailes. En frontispice de son ouvrage, Lenôtre donne la reproduction d’un curieux tableau illustrant la vision de Martin, tableau attribué à Van der Cuisse. La figure de Martin aurait été peinte d’après nature, en 1816, à Gallardon. Celle de l’Ange, d’après les indications données à l’artiste par le visionnaire. Le tableau original appartient à M. Frédéric Barbey, ministre de Suisse en Belgique.
Et Lenôtre de poursuivre sa critique de l’apparition angélique :
On est aussi un peu déçu de l’inélégance de ses paroles et de l’indigence de ses discours ; ils ne nous sont connus, c’est vrai, que par l’interprétation de Martin et, peut-être, en les répétant, le paysan les accommode-t-il à sa manière. L’ange, d’ailleurs, est singulièrement instruit de ce qui se passe et même de ce qui se prépare au ministère de la police : il serait embrigadé parmi les agents provocateurs de Decazes qu’il n’en saurait pas davantage...
D’autre part, puisque la véracité de Martin est indéniable, il n’est point permis de faire une sélection dans ses récits, d’en admettre ce qui paraît vraisemblable pour rejeter ce qui choque l’entendement.
D’après Lenôtre, le Roi n’aurait pas cru à la réalité de l’Ange, « il entrevoit une inexplicable machination dont le naïf laboureur est la dupe ».
Cependant trois pages plus loin (p. 86), l’auteur rapporte un fait en complète contradiction avec cette première assertion : « Le Roi saisit la main de Martin debout auprès de son fauteuil : “Que je touche la main que l’Ange a serrée... Priez pour moi !” »
Sa mission une fois accomplie, de retour à sa ferme, Martin mène une vie modeste et sans prétentions ; l’Ange ne se manifeste plus. Cependant, son histoire s’étant ébruitée, malgré le secret dont on l’avait entourée, Martin reçut beaucoup de visites et de lettres flatteuses et enthousiastes ; à la fin, elles eurent raison de la modestie du paysan ; il succomba et fut dominé par l’orgueil. Dès lors il fut une victime aux mains des naundorffistes, qui pensèrent pouvoir utiliser le crédit surnaturel dont bénéficiait le laboureur à cause de ses visions passées.
Notre document sur Martin, datant de 1817, ne fait état que de la grande modestie du visionnaire, ainsi que de sa grande discrétion. Les cent cinquante dernières pages du livre de Lenôtre sont consacrées à relater l’effet désastreux des adulations dont Martin était la victime ; pour comble de malheur, le curé de Gallardon avait été déplacé et il ne pouvait plus être de bon conseil à son ancien protégé. À ce sujet, Lenôtre aura une page pleine de sens :
C’est à ce moment que Martin, jusqu’alors dénué de prétentions et réfractaire à toute gloriole, commença de prendre goût à la renommée, aux hommages, aux protestations de vénération exaltée dont l’accablaient les dévots inconnus qui, de tous les points du royaume, lui écrivaient pour réclamer son intercession et ses prières, ou entreprenaient, afin de fléchir devant lui le genou et lui baiser la main, le pèlerinage de Gallardon. Privé de son guide spirituel, il allait, pour la première fois, se trouver sans défense, aux prises avec le démon de l’orgueil, céder à l’ambition de jouer un rôle et de recueillir les avantages honorifiques et les faciles profits matériels inhérents à son exceptionnelle situation (p. 111).
Cette transformation de Martin fut déplorable, et Lenôtre de le noter avec netteté :
Martin est fait maintenant à ce cérémonial (baise-main) ; il ne s’étonne plus des hommages. On discerne facilement qu’il n’est plus le paysan timoré qu’effrayaient les premières apparitions de l’Ange et qui ne faisait rien sans consulter son curé. Gorgé d’adulations, il sent son importance : il a pris de l’autorité ; il commande et traite des choses saintes avec la rondeur tranchante d’un initié, familier des phalanges célestes.
Cependant l’Ange, ainsi qu’il l’avait dit dès le début, ne vient plus. Martin prétend entendre des voix qui le guident et le conseillent. Il est embrigadé dans la cause de Naundorff et déclare même que l’horloger prussien est bien Louis-Charles évadé du Temple. Et tous les naundorffistes de renchérir à qui mieux mieux sur « l’infaillibilité du visionnaire de Gallardon ». Ce qui amènera cette réflexion sous la plume de Lenôtre : « Les partisans de Naundorff sont naïfs, crédules, dénués d’esprit critique ; leur fervente dévotion incline au mysticisme ; ils ont la faiblesse de croire aux visions et aux prophéties, et, sur ce point, tout s’accorde à nourrir leur illusion. » Cependant la voix aurait révélé à Martin que Naundorff, « vers la fin, se verra abandonné de tous ses amis. » Ce qui arriva en effet.
Au soir de sa vie, en 1834, Martin entend « une voix sévère, bien différente de la voix miraculeuse qui lui a parlé en tous lieux depuis dix-huit ans ». Cette voix le sommait de renoncer à sa mission d’annonciateur du Dauphin ressuscité.
Se trouvant à Chartres, fin avril 1834, Martin tomba malade et après une courte rémission du mal, serait mort d’indigestion, le 8 mai. On pensa naturellement à un empoisonnement, ce qui ne put être prouvé (l’autopsie fut trop tardive).
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Mlle Couédon et les multiples manifestations de l’Archange Gabriel.
Le cas de Mlle Couédon, inspirée par l’Archange Gabriel, est à mettre en parallèle avec celui du laboureur Martin, inspiré par l’Archange Raphaël. Gaston Méry a fait de ce cas une étude très détaillée et il a consigné ses observations en une suite de brochures intéressantes à consulter :
Fascicules I à III La Voyante de la Rue de Paradis.
IV La Voyante et les Apparitions de Tilly-sur-Seulles.
V La Voyante et les Apparitions de Tilly (Eugène Vintras).
VI La Voyante et ses détracteurs.
VII La Voyante et les derniers évènements de Tilly. Le Roi. Le Tzar.
VIII La Voyante et les Maisons hantées.
IX La Voyante et l’Histoire de demain.
Tous ces fascicules ont paru chez Dentu, à Paris, s. d. (1896-1897).
Mlle Henriette Couédon est née à Paris, le 16 octobre 1872, rue de Paradis. C’est en 1896 que M. Gaston Méry eut l’occasion de suivre et d’examiner longuement cette voyante, dont les facultés extraordinaires avaient débuté et s’étaient développées au contact d’une autre voyante, Mme O., qui dès le début avait prédit l’apparition des extases chez Mlle Couédon et prévu l’importance de sa mission.
Toutes les prédictions de la Voyante sont de sérieux avertissements : les hommes doivent faire pénitence, sinon la France sera châtiée, Paris sera brûlé ; il y aura de terribles épidémies, les malades verront leur peau se tacher de points sanguinolents. À ce moment, les Anges deviendront familiers ; il y aura de multiples conversions ; la guerre éclatera. « Je vois, dit-elle, les gens massacrés, et la Seine de sang teintée. »
Voici quelques déclarations intéressantes de la Voyante :
« L’Archange Gabriel me parle et j’entends sa voix. Je retiens ce qu’il m’adresse à moi. J’oublie, ou plutôt j’ignore ce qu’il me fait dire aux autres... Quand l’Ange parle par ma bouche, je ne suis qu’un instrument, je disparais, je suis nulle... L’Archange a dit qu’il était le messager de Dieu, envoyé pour annoncer aux hommes les maux qui les menacent et prédire à la France le retour à la Royauté... L’Ange m’a dit que j’aurais des épreuves à traverser, un véritable calvaire... Si je reçois de l’argent, mes dons me seront retirés, car les dons de Dieu ne se vendent pas. »
Dans la majorité des cas, les prédictions de l’Ange se sont révélées parfaitement exactes, même dans certains cas où les consultants ont tout d’abord déclaré que les dires de la Voyante ne correspondaient pas avec les possibilités prévisibles du sujet. Ainsi il fut dit à un prêtre interdit qui consultait l’Archange sur son propre devenir, qu’il serait bientôt réintégré dans ses fonctions, ce qui arriva en effet ; à un autre prêtre il fut prédit qu’il changerait de diocèse, chose qui lui paraît sur le moment fort improbable, et la mutation intervient cependant à brève échéance. Un consultant obtint un diagnostic précis de l’état sanitaire de sa fille. Un autre consultant, à sa grande surprise, apprend qu’il est en passe de recevoir l’avis d’un héritage inattendu.
M. l’abbé Sabatier fut averti de la maladie de sa sœur ; croyant qu’elle se portait parfaitement bien, il déclare la prédiction erronée, mais de retour chez lui, il trouve une lettre qui lui apprend que sa sœur était gravement malade.
Gaston Méry à plus d’une reprise a reçu des avertissements qui se sont révélés parfaitement exacts.
Citons un dernier cas de voyance extraordinaire de faits ignorés des consultants ; un vieillard maniaque et sénile était mort sans laisser aucune fortune à ses héritiers, et cependant on savait qu’il avait un certain nombre de titres ; la Voyante décrit une cachette dissimulée dans un placard où sont déposés les titres avec encore dessus une pièce de cent francs en or ; recherches faites, on trouve la cachette dissimulée derrière un mur de briques.
Il est à noter que les catastrophes annoncées par Mlle Couédon ont une grande analogie avec ce que la Vierge Marie a révélé, sur la montagne de la Salette à Mélanie Calvat, la jeune bergère.
Un prêtre, frappé par les avertissements de l’Ange Gabriel déclara : « L’Ange a été créé pour le service de l’homme, en qui devait s’incarner le Verbe. Servir l’homme est sa destination, sa raison d’être, et Dieu ne peut supprimer la liberté de l’homme, sans supprimer l’Ange lui-même. »
Il va de soi que les facultés de Mlle Couédon ont suscité des réactions diverses et contraires dans le clan médical et religieux. Un membre de l’Académie de médecine, le Dr Dumontpallier, déclara que la Voyante était une farceuse et une folle ; cependant Papus, ayant examiné le sujet, ayant constaté les visions justes, ne craignit pas de s’inscrire en faux contre cette condamnation sommaire proférée par l’Académicien. Dans le clan religieux, on incline pour un cas de possession. À l’ouïe de toutes ces critiques prématurées et superficielles, Gaston Méry fera remarquer : « C’est justement parce que le cas de Mlle Couédon déroute les médecins que la majorité d’entre eux se montrent si acerbes à son égard. » Et avec un sourire malicieux, il conclura : « Tout ce qui a été dit, tout ce qui a été imprimé, tout ce qui a été tenté pour démonétiser “l’ange Gabriel” a été dit, imprimé et tenté en pure perte. L’Ange Gabriel se porte à merveille et vaticine plus que jamais. »

Fig. 34. Mlle Henriette Coudéon entend la voix de l’Archange. (D’après une photographie.)

Fig. 34. Mlle Henriette Coudéon en transe.
(D’après une photographie.)

Fig. 36. Autographe et pensée de Mlle Henriette Couédon.
(Nous ne devons pas trop nous fier à nous-mêmes, parce que souvent nous manquons d’intelligence et de grâce. Henriette Couédon.)
Quant aux ecclésiastiques qui pensent que l’esprit qui se manifeste par le canal de Mlle Couédon est démoniaque, l’auteur soumet à leur méditation la communication suivante difficilement attribuable à un esprit de l’ombre :
Je suis envoyée par la Très Sainte Vierge Marie pour sauver votre terre et ramener à Dieu les pécheurs. Je viens consoler les déshérités du monde, car c’est aux petits que je m’adresse d’abord. Je viens vous enseigner que la main qui dirige tout être est la main de Dieu. Je viens le rappeler à ceux qui ont oublié la puissance éternelle du Seigneur, et le redire aux personnes qui ont le doute en elles. J’avais quitté la terre, mais parmi vous je reviens. Je recommencerai à vous instruire. Tout ce que je vous dis, tout ce que j’enseigne, tout ce que je ferai pour le bien de votre âme émane de Dieu et de sa volonté, car Dieu a gardé pour vous l’amour que vous lui avez refusé !
Si la plupart des religieux sont restés sur la réserve, il y en eut cependant qui ne craignirent pas de prendre fait et cause pour la Voyante, témoin le petit livre paru chez Téqui, à Paris, en 1897 : Les Manifestations du Monde surnaturel et Mlle Couédon, la Voyante de la rue de Paradis, en face des mécréants et des adversaires, avec la réfutation de quelques objections et un des principaux entretiens de la Voyante, par Un Curé de Campagne, auteur de plusieurs ouvrages très estimés. L’auteur, à la suite de son étude, affirmera que l’ange qui se manifeste n’est pas, comme certains ecclésiastiques l’ont prétendu, un ange d’erreur ; il dira :
Nous considérons comme se rattachant à cette mission les appels à la prière et à la pénitence, l’annonce de l’intervention de la sainte Vierge et de saint Michel dans la grande crise en question, ainsi que d’un retour général à la religion et de la réparation de ce qu’on a fait contre elle, de telle sorte que l’on brûle ce que l’on avait adoré et que l’on adore ce qu’on avait brûlé.
Pour bien faire ressortir la similitude de l’enseignement de l’ange avec celui de Jésus-Christ, l’auteur met en parallèle les textes suivants :
La Bible : L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé guérir ceux qui ont le cœur brisé. (Luc IV, 18.)
Car le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu. (Matth. XVIII, 11.)
L’Ange : Je viens consoler les délaissés du monde, car c’est aux petits que je m’adresse tout d’abord.
La Bible : Jésus dit : « Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. » (Matth. X, 6.)
L’Ange : Je suis envoyé vers ceux qui sont tombés. C’est pour les égarés que Dieu m’a envoyé.
Et l’auteur de proclamer : « N’est-il pas évident que c’est le même esprit qui se manifeste dans les paroles de l’ange, comme dans celles de Notre-Seigneur Jésus-Christ ? »
À méditer également ces paroles de l’Ange :
Vous ne comprenez pas quelle grâce Dieu vous accorde !... Vous êtes si imbus de bien-être nécessaire à la vie ! Vous n’admettez de bonheur et de satiété qu’en ce que la terre vous procure. De l’or, de l’argent, c’est votre rêve, c’est ce qui vous charme et vous attire, c’est ce qui vous attache et vous lie, c’est ce que vous voulez atteindre. À quoi bon vouloir ces biens périssables ! Il en est un plus utile ; il est nécessaire, il est éternel : le ciel ! Que faites-vous pour le posséder ? Rien !
Voici encore quelques monitions de l’Ange qu’il nous paraît difficile d’attribuer à un ange des ténèbres ainsi que quelques-uns l’ont fait :
Il faut demander pardon à Dieu de nos péchés, le remercier de ceux qu’il nous a déjà pardonnés et ne plus l’offenser.
Il faut prier avec humilité et simplicité, prier la Vierge immaculée.
Elle va bientôt se montrer à de pauvres enfants en bas âge. Au moment des dangers, elle nous protégera.
Plusieurs se sont trompés, d’autres ont fait des chutes ; il ne faut pas les juger : Dieu seul est juge.
Les anges deviendront familiers et protégeront les simples qui mettront leur confiance en Dieu.
Priez aussi pour celui que Dieu va envoyer, saint Michel ; c’est son épée qui pour vous va frapper...
Je vois que l’ange exterminateur a passé. Je vois les maisons marquées. Cependant, il ne faut pas exagérer : il y en aura d’épargnées.
Les riches sans pitié seront exterminés, mais les bons réservés.
On verra la grotte illuminée, la Vierge se montrer. Les anges devenus familiers, pourront vous diriger.
Humilité, pardon, amour, charité. C’est la vraie liberté que je viens vous prêcher.
Vous tous qui m’écoutez, ne vous tourmentez pas. Au moment des dangers, vous serez protégés.
C’est sur ces réconfortantes promesses de l’Archange Gabriel que nous quitterons la Voyante de la rue de Paradis, Mlle Henriette Couédon !
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SECTION II : Le saint Curé d’Ars (1786-1859) et les manifestations angéliques et diaboliques.
Le Curé d’Ars, connaissant le rôle de protecteurs et de guides des âmes dans l’Au-Delà assumé par les Anges, refusait parfois de prier pour certains décédés ; il avait coutume alors de dire : « C’est une de ces âmes pures pour lesquelles on ne prie pas » ou encore : « Mon enfant, cette personne (sur le point de mourir) est mûre pour le ciel. Le bon Dieu la demande. Ne retardons pas son voyage... Ne la retenons pas, par nos vœux ou par nos prières. » Le curé d’Ars suivait en cela la pensée de Bossuet affirmant : « Le Père céleste ouvre son paradis par avance, et laisse tomber sur les âmes tant de lumière et de douceur (par la succession des hiérarchies célestes), qu’étant encore dans le corps mortel, les fidèles peuvent dire que leur demeure est au ciel et leur société avec les anges. » Or le Curé d’Ars pouvait déjà dire cela par expérience personnelle, car, quoique retenu dans les liens du corps, il n’était guère moins appliqué à Dieu que ces pures intelligences (les âmes des saints et des anges) qui brillent toujours devant Dieu par la lumière de la charité éternelle.
Lors d’un de ses catéchismes, le saint Curé s’écria, dans un ravissement : « Quelle joie pour l’ange gardien chargé de conduire une âme pure... Mes enfants, quand une âme est pure, tout le ciel la regarde avec amour. » Et dans une autre occasion, il dit encore : « Une âme pure est comme une belle perle. Tant qu’elle est cachée dans un coquillage, au fond de la mer, personne ne songe à l’admirer. Mais si vous la montrez au soleil, cette perle brille et attire les regards. C’est ainsi que l’âme pure, qui est cachée aux yeux du monde, brillera un jour devant les anges au soleil de l’éternité. »
Pensant à l’ange de l’oblation, qui préside au mystère de la Sainte Cène, le Curé d’Ars disait : « Comme rien de créé ne peut nourrir l’âme qui est un esprit, Dieu voulut se donner lui-même pour sa nourriture. »
Toute l’aspiration intime de notre Saint se résume dans cette exclamation : « Être enfants de Dieu ! ô la belle dignité... Si nous comprenions ce que c’est qu’être enfant de Dieu, nous ne pourrions pas faire le mal, nous serions comme des anges sur la terre. »
Pour bien faire ressortir la puissance de la pureté de corps, d’âme et d’intention, le Curé d’Ars donnait cet exemple : « Sainte Catherine était pure ; aussi elle se promenait souvent en Paradis. Lorsqu’elle mourut, des anges enlevèrent son corps et le portèrent sur le mont Sinaï... Dieu a fait voir par ce prodige qu’une âme lui est si agréable, qu’elle mérite que son corps même, qui a participé à sa pureté, soit enseveli par les anges. »
Pour ce mystique, « il y a en l’homme deux cris : le cri de l’ange et le cri de la bête. Le cri de l’ange, c’est la prière, le cri de la bête, c’est le péché. »
À propos de la confession des péchés faite au prêtre et de l’absolution qu’il confère, le Curé d’Ars aura un enseignement très précis, faisant bien ressortir la dignité suréminente du prêtre :
Allez vous confesser à la sainte Vierge ou à un ange : vous absoudront-ils ? Non. Vous donneront-ils le corps et le sang de Notre-Seigneur ? Non. La sainte Vierge ne peut pas faire descendre son Fils dans l’hostie. Vous auriez deux cents anges là, qu’ils ne pourraient vous absoudre. Un prêtre, tant simple soit-il, le peut. Il peut vous dire : « Allez en paix, je vous pardonne ! »
Si je rencontrais un prêtre et un ange, je saluerais le prêtre avant de saluer l’ange. Celui-ci est l’ami de Dieu, mais le prêtre tient sa place.
Mes enfants, quand l’âme d’un chrétien qui a reçu Notre-Seigneur entre en paradis, elle augmente la joie dans le ciel. Les anges et la Reine des anges viennent au-devant d’elle, parce qu’ils reconnaissent le Fils de Dieu dans cette âme.
Au moment de la consécration de l’hostie, il n’y a pas seulement l’ange de l’oblation qui est présent, mais encore le Christ ; ce qui fait dire à notre saint visionnaire : « Ah ! Si nous avions les yeux des anges, en voyant Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est ici présent, sur cet autel, et qui nous regarde, comme nous l’aimerions ! Nous ne voudrions plus nous en séparer ; nous voudrions toujours rester à ses pieds : ce serait un avant-goût du ciel ; tout le reste nous deviendrait insipide. Mais, voilà !... C’est la foi qui manque. Nous sommes de pauvres aveugles ; nous avons un brouillard sur les yeux. La foi seule pourrait dissiper ce brouillard. »
En maintes occasions le Curé d’Ars recommandait à ses auditeurs de rester en contact intime avec leur ange gardien ; il disait : « Lorsque nous allons dans les rues, fixons nos regards sur Notre Seigneur portant sa croix devant nous, sur la sainte Vierge qui nous regarde, sur notre ange gardien qui est à nos côtés. Que c’est beau cette vie intérieure ! Elle nous donne l’union avec le bon Dieu. »
Le bon Dieu, la sainte Vierge, les anges et les saints non environnent ; ils sont à nos côtés et nous voient. Le passage à l’autre vie du bon chrétien, éprouvé par l’affliction, est comme celui d’une personne que l’on transporte sur un lit de roses.
« Notre ange gardien est toujours là, à côté de nous, la plume à la main, pour écrire nos victoires. Il faut nous dire tous les matins : “Allons, mon âme, travaillons à acquérir le ciel !”«
Voici une anecdote instructive racontée par le saint Curé : « Un homme qui avait été conduit en prison, accusé injustement d’avoir enlevé des troupeaux, se désespérait. Un ange lui apparut et lui dit : “C’est vrai, tu n’es pas coupable du vol dont on t’accuse ; mais ne te souviens-tu pas que tu aurais pu tirer de l’eau cet homme qui se noyait ? Et tu ne l’as pas fait. C’est pour cela qui tu souffres aujourd’hui.”«
Quant à la valeur de la charité et de l’aumône, le Curé d’Ars savait à quoi s’en tenir ; voici deux récits qui illustrent sa pensée :
« Quand nous faisons l’aumône, il faut penser que c’est à Notre-Seigneur et non aux pauvres que nous donnons. Souvent nous croyons soulager un pauvre, et il se trouve que c’est Notre-Seigneur... Voyez saint Jean de Dieu : il avait l’habitude de laver les pieds des pauvres avant de les faire manger. Un jour, en se penchant sur les pieds d’un assisté, il vit que ce pauvre avait les pieds percés. Il releva la tête avec émotion, et il s’écria : “C’est donc vous, Seigneur !” Notre-Seigneur lui dit : “Jean, je prends plaisir à voir comme tu as soin de mes pauvres...” Et il disparut. »
Autre anecdote tendant à magnifier l’aumône :
Voyez ce bon saint Grégoire, qui faisait manger tous les jours douze pauvres à sa table. Un jour, il s’en trouva treize, et il dit à son domestique : « Il y a treize pauvres. » Le domestique répondit : « Je n’en vois que douze. » Le saint remarqua que ce treizième personnage changeait de couleur : tantôt il était vermeil, tantôt blanc comme la neige. Quand le repas fut fini, le Pape prit ce pauvre inconnu par la main, et le tirant à l’écart, il lui dit : « Qui êtes-vous ? – Je suis un ange et Notre-Seigneur m’a envoyé pour considérer de près les soins que vous donnez à ses pauvres. C’est moi qui présente à Dieu vos prières et vos aumônes. » À ces mots, il disparut. Cette table, à laquelle l’ange s’est assis, se voit encore à Rome.
Autre anecdote, tirée des Entretiens du Curé d’Ars, destinée à illustrer le pouvoir et le ministère des anges :
Voyez, ajoutait en pleurant le bon Curé, voyez jusqu’où Dieu est bon à ceux qui l’aiment ! Il fait des miracles pour rien, quand c’est un de ses amis qui les lui demande. L’homme commande en maître au bon Dieu quand il a un cœur pur. Saint François de Paule apprit un jour qu’on voulait faire mourir ses parents, parce qu’on avait trouvé un homme assassiné dans leur jardin et qu’on les accusait d’avoir tué. Alors saint François de Paule dit : « Seigneur, faites que je me trouve près d’eux demain ! » La nuit, un ange le transporta à 400 lieues, dans le pays où ils étaient. Le lendemain, il dit devant tout le monde : « Faites apporter cet homme qui a été tué. » On l’apporte. Il dit alors : « Je te commande, au nom de Dieu de déclarer si ce sont mes parents qui t’ont donné la mort. » Voilà mon homme qui se lève et qui s’écrie devant tout le monde : « Non, ce ne sont pas tes parents. » Alors le saint dit encore au Seigneur : « Faites-moi emporter dans mon monastère. » Pendant la nuit, l’ange le reprit et l’emporta ; il fit ainsi 800 lieues. Le bon Dieu ne peut rien refuser à un cœur pur.
À son arrivée pour la première fois dans la paroisse qui lui avait été assignée, le jeune Curé Vianney songea : « Que c’est petit ! » Mais il eut en même temps un pressentiment qu’en fin de compte, cette paroisse ne pourrait contenir tous ceux qui y viendraient plus tard ; alors, il s’agenouilla et invoqua l’Ange gardien de la paroisse.
Et de fait, à la mort du saint Curé, cinq chapelles nouvelles avaient été ajoutées à l’église primitive, soit une dédiée à saint Jean-Baptiste, une à sainte Philomène, une à l’Ecce Homo et une autre enfin consacrée à honorer les saints Anges.
Pour la Fête-Dieu de 1818, Monsieur Vianney habilla de blanc les enfants de sa paroisse. « Alors, disait-il, en les revêtant lui-même de leur tunique, vous penserez que vous êtes devant le bon Dieu et que vous tenez la place des anges. »
À l’église, durant toute la journée, partout, M. Vianney, selon son expression imagée « cassait la tête à ses bons saints » pour en obtenir des faveurs : Sainte Philomène était sa chère petite sainte, son Consul, son prête-nom, sa chargée d’affaires auprès de Dieu ; de plus, le bon Curé avait la faveur de pouvoir s’entretenir directement avec la sainte Vierge, Reine des anges et avec les anges.
Comme le Padre Pio, le Curé d’Ars expliquait son extraordinaire pénétration de l’âme et de la conscience de ses interlocuteurs ou de ses pénitentes comme étant le fait de renseignements obtenus par le canal de leur ange gardien ; en voici un cas typique : « Un jour, se présente au confessionnal une petite domestique qui se confesse tout en taisant une certaine faute qu’elle n’ose pas révéler. “Mais cela ?”, demanda le saint Curé, en précisant ce qu’elle voulait cacher. Or la pénitente, fort étonnée, se demandait mentalement comment son Curé avait pu apprendre la chose. Aussitôt M. Vianney de répondre à cette question mentale : “C’est votre ange gardien qui me l’a dit.”«
Le général des Gorets, un fidèle du Curé d’Ars, a eu l’occasion de l’observer souvent au moment où il célébrait la messe ; voici comment il décrit l’aspect du célébrant : « Ange par la foi, séraphin par l’amour, il avait, en célébrant, des yeux de feu qui incendiaient son visage. »
Ceux qui eurent le privilège d’assister à la mort du saint Curé ont raconté qu’au moment de la récitation du rituel, arrivé au passage : « que les saints anges de Dieu viennent à sa rencontre et l’introduisent dans la céleste Jérusalem », Jean-Marie-Baptiste Vianney, rendit son âme à Dieu sans agonie et s’endormit paisiblement, âgé de 73 ans.
Le saint Curé d’Ars ne fut pas seulement favorisé de visions béatifiques et angéliques, mais il fut aussi la victime des attaques du démon et de celles de ses maléfiques satellites. Par expérience personnelle et constante, pour avoir été durement en butte aux persécutions et aux coups du malin, M. Vianney avait la certitude qu’il y avait bien un enfer, un diable et des anges déchus, condamnés aux flammes de l’enfer. Il affirmait, pour en avoir été maintes fois la victime, qu’il existait un démon personnel et agissant ; qu’il était loin d’être une fiction ou le produit d’un cauchemar, comme beaucoup le croient.
Pendant environ 35 années (1824-1858), le Curé d’Ars fut attaqué et maltraité par le malin ; le repos et le sommeil du saint Curé étaient d’autant plus troublés qu’il opérait un plus grand nombre de conversions : coups frappés, ébranlant plancher et meubles, objets jetés à terre et cassés, lit renversé et carbonisé en partie, coups directs et douloureux, rien ne fut épargné par le diable et ses acolytes pour troubler la sérénité et la paix intérieure du saint homme, mais toutes ces attaques maléfiques furent vaines, car les luttes que M. Vianney eut à soutenir avec le démon ne contribuèrent qu’à rendre sa charité plus vive et plus agissante.
Doué d’un bon sens naturel, le Curé était loin d’être un homme crédule, mais ce fut sa propre expérience qui le renseigna sur l’action maléfique du « Grappin » comme il avait dénommé son implacable adversaire, le Diable. Le Curé d’Ars a toujours été averti, dit-il, de l’arrivée de grands pécheurs repentants, par une recrudescence de l’action furieuse du « Grappin ». Et le bon Curé de faire remarquer : « Voyez combien le péché dégrade ; d’un ange créé pour aimer Dieu (Lucifer), il fait un démon qui le maudira pendant toute l’éternité. »
Ad. Retté, dans une étude consacrée au Curé d’Ars, dit : « Dans la chambre du saint Curé d’Ars, Notre-Seigneur, la sainte Vierge, les anges sont venus assister le Bienheureux dans ses luttes contre le Mauvais, lui prodiguer les marques de leur tendresse, lui accorder des miracles de conversions et de guérisons. Les triomphes spirituels du saint Curé sur les âmes, le grand nombre d’âmes repêchées, faisaient s’éployer d’allégresse les ailes des archanges et rayonner la face en feu des chérubins. »
Enfin nous connaissons les interventions des anges et du Diable dans la vie du Curé d’Ars, non seulement par ses propres déclarations, mais aussi par les dires de personnes à son service ; ainsi Catherine Lassagne affirme avoir vu dans la chambre du saint la sainte Vierge en personne parlant avec lui ; il en est de même pour sainte Philomène, qui en plusieurs occasions se manifesta à celui qui avait pour elle une dévotion toute spéciale et qu’il considérait comme sa protectrice.
Au surplus, de nombreux témoins ont confirmé que les saints anges assistaient continuellement le Bienheureux.
Le Chanoine Francis Trochu, dans son livre Les Inspirations du Curé d’Ars, rapporte un cas spectaculaire d’intervention de l’ange gardien, connu par le bon Curé avant tout rapport.
Mme Berthelier-Vernay, dans sa lettre de novembre 1910, raconte à Mgr Convert ce qui suit :
« Mon grand-père paternel, Maurice Vernay, était loueur de voitures à Roanne. Très bon conducteur, consciencieux, excellent chrétien, il ne partait jamais en voyage sans avoir entendu la messe.
« Un jour, la veuve d’un général vint le trouver et lui dit : “Père Maurice, je désire me rendre à Ars demain.” Mon grand-père fit remarquer à Mme D. que l’époque était mal choisie pour ce voyage, qu’il était dangereux de vouloir passer à gué la rivière grossie par les pluies. Mme la Générale, habituée à commander, entendait être obéie. On partit donc. Arrivé à Charlieu, les gens du pays déclarent qu’il est fort imprudent, voire impossible de passer actuellement la rivière à gué. Entêtée, la Générale ordonne d’aller de l’avant ; arrivée en face du lieu où la rivière doit être traversée, mon grand-père hésite de nouveau ; mais son impérieuse cliente, abandonnant sa femme de chambre dans l’intérieur de la voiture, où l’eau pénétrera infailliblement, se hisse sur le siège et commande d’avancer.
« Le cheval lutte d’abord vaillamment contre le courant. Il ne tarde pas, malheureusement, à perdre pied, et le voilà entraîné à la dérive avec la voiture.
« Mon grand-père, qui se sent impuissant, du fond du cœur invoque son ange gardien, l’appelle à son secours. Soudain, il lui semble qu’une main vigoureuse a saisi la bride de son cheval et l’entraîne vers l’autre bord ; l’animal redouble d’efforts ; il ne tarde pas à reprendre pied et à aborder la rive opposée.
« Mon grand-père, d’un ton d’autorité cette fois, s’adressant aux voyageuses : “Mesdames, remercions Dieu, nous venons d’échapper miraculeusement à la mort.” Et tous de se mettre à genoux et de remercier Dieu.
« Arrivé à Ars, après avoir fait soigner son cheval, mon grand-père se rendit à l’église dans l’espoir de voir le Curé d’Ars. Ayant pu l’approcher, avant que le pénitent eût commencé sa confession, le Curé lui dit : “Eh bien, père Maurice, à quoi pensiez-vous ? Quelle imprudence vous avez commise en vous engageant dans la rivière dont le courant était si fort ! Vous deviez tous périr, si l’on n’était venu à votre aide, si votre bon ange ne vous avait secourus.” »
Le Curé d’Ars, durant toute sa carrière, a condamné énergiquement la danse, qu’il estimait des plus dangereuses pour l’avenir de l’âme. Au demeurant, voici son argumentation : « La danse est la corde par laquelle le démon traîne le plus d’âmes en enfer... Les personnes qui entrent dans un bal laissent leur ange gardien à la porte, et c’est un démon qui le remplace, en sorte qu’il y a bientôt dans la salle autant de démons que de danseurs. »
En matière d’angéologie, l’opinion d’un saint tel que le Curé d’Ars doit être prise en considération, car les manifestations des anges dont il a été témoin, les secours directs qu’il en a reçus, l’ont amplement renseigné sur la réalité de leur existence et sur leur possibilité d’influencer le devenir humain.
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SECTION III : 1. Jean Reynaud (Terre et Ciel). 2. Sœur Marie de la Croix. 3. Marie-Thérèse Noblet. 4. A van Mons (Les Anges et les Béatitudes).
1. Jean Reynaud. – Terre et Ciel.
En 1854, Jean Reynaud publia, sous le titre Terre et Ciel, un livre de Philosophie religieuse, ainsi qu’il le précise. L’exposé est conçu comme étant un dialogue entre un philosophe et un théologien. Un chapitre spécial, le chapitre V, est consacré uniquement à traiter de la question des anges. Nous allons en donner quelques extraits :
Le théologien, faisant allusion aux zones harmonieuses et régulières des diverses couleurs superposées que l’on admire à l’aurore, dira : « C’est ainsi que je me représente la hiérarchie des anges. Rien ne me donne une image plus vive de ces êtres radieux que la suavité de cette splendide lumière. Tels étaient-ils, lorsqu’au matin de la création, comme dit Job, ils admiraient et louaient Dieu. Saints dès le principe et immaculés de tout temps, brillants de toutes les clartés de l’intelligence, enflammés par tous les feux de la piété, baignés dans une béatitude immuable, concentrés à l’envi autour du trône de l’Éternel, et s’unissant, par la conspiration spontanée de leurs essences, en un divin concert, pas une ombre n’altère leur ineffable sublimité, pas même l’apparence d’un corps. Purs esprits, conversant miraculeusement ensemble par le rayonnement de leurs pensées, distingués simplement les uns des autres par la puissance de leurs entendements, ils ne connaissent la matière que par l’usage que Dieu en a fait dans l’ordre des créatures inférieures, et ils vivent en commun dans la spiritualité la plus parfaite.
« Il est manifeste que Dieu doit se complaire dans la perfection de l’œuvre qu’il a daigné créer ; il faut nécessairement qu’il y ait dans cette œuvre plus de créatures bienheureuses que de créatures imparfaites ; donc, ce sont les êtres angéliques qui constituent la population principale de ce vaste temple de l’univers, dont la terre n’est que le vestibule.
« Donc le nombre des anges l’emporte sur celui des humains.
« Le philosophe : Les hommes habitués à n’avoir de communications qu’avec des êtres qui commencent, une telle découverte de la manière dont est secrètement peuplée la majeure partie de l’univers a sans doute de quoi les surprendre ; mais, en tout état de cause, ce doit être un encouragement à nous efforcer d’étudier plus à fond la question du mystère et du ministère des anges.
« La puissance de Dieu étant infinie, il est de la nature de Dieu, non seulement de créer à l’infini, mais de créer des êtres de plus en plus rapprochés de son image. Il existe donc dans l’univers des êtres supérieurs à nous, des êtres de nature angélique.
« Le théologien : Saint Ambroise ne parle pas autrement quand il dit : “Tout est plein d’anges, l’air, la terre, la mer, les églises.”
« Le philosophe : La question se pose de savoir si les anges ont un corps qui leur soit naturellement uni. Toute la psychologie angélique y est en quelque sorte enveloppée. Si les anges, tout spirituels qu’ils soient, sont naturellement unis à des corps, les anges rentrent simplement dans la condition générale des hommes ; si, au contraire, l’organisation corporelle leur est étrangère, ils constituent dans l’ordre de la création un genre absolument à part à tous égards. Dans ce dernier cas, il s’ensuit donc que toutes les substances intellectuelles ne sont pas unies à des corps, mais que certaines de ces substances sont indépendantes des corps, et ce sont celles-là que nous nommons les anges.
« Il existe naturellement quelque part des substances intellectuelles mieux douées que nous, et jouissant d’un mode de connaissance plus parfait que le nôtre ; et ce sont ces substances intellectuelles que je nomme les anges.
« Le théologien : La question des anges n’est pas pour nous une question de science, c’est un article de foi.
« Le philosophe : Si l’on s’en réfère aux Conciles de Latran et de Nicée, il est décrété que les anges ne sont pas des hommes, mais ils sont appelés intellectuels, incorporels, existant simplement. L’Église catholique pense ainsi : que ces êtres sont à la vérité intellectuels, mais non pas complètement exempts de corps, doués d’un corps ténu et aérien ou igné, comme il est écrit : “Il fait ses anges avec les vents, ses ministres avec le feu brûlant” (Hébr. 1, 7). Parmi les théologiens des premiers siècles, trois opinions ont été émises quant à la corporéité des anges : 1) Les Pères grecs, presque unanimes se prononcent en faveur de la corporéité des anges. 2) Les Scolastiques, en faveur de la spiritualité absolue. 3) Saint Augustin et son École, en faveur de l’incertitude.
« Le théologien : Puisqu’il faut croire que, dans les plans du Créateur, toutes les populations de l’univers ne composent au fond qu’un seul peuple, il faut croire aussi que, dans notre immortalité, nous pourrons être appelés, si nous nous en sommes rendus dignes, à faire société avec les anges.
« Quant aux gradations des anges, le théologien de reprendre la déclaration de saint Denys : “Les anges supérieurs participent à la science dans un mode plus universel que les anges inférieurs.” D’où il découle que les anges les plus voisins de Dieu sont les plus intelligents. Et de signaler la gradation de l’armée angélique en neuf chœurs et trois classes ou hiérarchies :
« Dans la première hiérarchie, les choses sont vues telles qu’elles procèdent de Dieu lui-même.
« Dans la seconde hiérarchie, les choses sont vues telles qu’elles dépendent des principes universels créés.
« Dans la troisième hiérarchie, les choses sont vues dans la cause spéciale de chacune d’elles.
« Dans chaque hiérarchie angélique, il y a des ordres, selon la diversité des actes et des fonctions.
« Le philosophe : À moins d’être ébloui par l’esprit de système, qui pourrait se flatter d’imiter la vérité en se représentant, sous la forme d’une série tout uniment découpée en neuf tronçons, le prodigieux ensemble de créatures qui s’agitent au-dessus de nous dans l’univers ? Ne doit-on pas considérer plutôt que les êtres supérieurs se lient nécessairement les uns aux autres par toutes sortes de transitions insensibles, et d’une multitude de modes, en se donnant, pour ainsi dire, tous la main, sans faire scission nulle part ?
« Le théologien : Le sentiment universel ne témoigne pas seulement en faveur de l’existence des anges, il témoigne avec la même force en faveur de leurs apparitions sur la terre... Les êtres supérieurs ne sont pas fixés dans des résidences spéciales ; ils sont les messagers du Seigneur ; le Seigneur les envoie où il l’entend, même parmi nous ; et cette facilité d’aller du ciel à la terre, et de la terre au ciel, en se revêtant de toutes les apparences qui leur conviennent, est une preuve de leur ubiquité.
« Le philosophe : De quelle manière a-t-on vu les anges : en imagination ou par les sens ?
« Le théologien : En laissant de côté le fait des apparitions, qui, dans notre histoire, n’a jamais eu qu’une valeur secondaire, pourquoi les anges, sans se révéler à nous par aucun effet sensible, n’exerceraient-ils pas sur nos âmes, et, par suite, sur nos destinées, de secrètes et incessantes influences ? C’est ici, surtout, que le principe de la spiritualité de leur essence nous est utile. »
Et le théologien de faire ressortir l’importance de la commémoration des anges qui nous met en contact direct avec ces forces de l’Au-Delà ; il déplore en outre que « les protestants aient eu la sécheresse de proscrire de leur culte cette sainte commémoration ».
Aussi le philosophe de conclure : « La commémoration des anges m’a toujours semblé une des plus belles ouvertures que nous ayons vers le ciel. » Parole judicieuse et grosse de conséquences pratiques pour l’évolution spirituelle de chaque homme et mise en garde afin de nous rappeler la présence et l’assistance constante de notre ange gardien.
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2. La messagère du Purgatoire : Sœur Marie de la Croix (1840-1917).
Cette mystique a eu de nombreuses visions béatifiques ; elles l’ont mise en contact direct avec les plans de l’Au-Delà ; à propos des âmes du Purgatoire, elle dira : « De l’autre côté, en Purgatoire, on s’entend sans prononcer les paroles avec les lèvres. De cette façon, un mortel reçoit ainsi une bonne pensée, un bon désir de son ange ou de quelque autre saint, quelquefois de Dieu lui-même. »
Saint Michel encourage les âmes du Purgatoire en leur parlant du ciel, mais surtout de la sainte Vierge.
On le voit, cette mystique avait connaissance, par sa propre expérience, du ministère efficient des anges.
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3. Marie-Thérèse Nobelet (1889-1930).
Le cas de cette mystique est des plus intéressants, car il a été étudié par de nombreuses personnes compétentes et dignes de foi et a de plus fait l’objet d’une étude spéciale par le Dr Pierre Giscard, médecin des hôpitaux, expert psychiatre ; ce docteur, après un examen approfondi du cas extraordinaire présenté par Marie-Thérèse Nobelet, en arrive à la conclusion qu’il a développée dans son livre paru en 1953, aux Éditions de la Colombe, à Paris : Mystique ou Hystérie, à propos de Marie-Thérèse Nobelet ; ce cas relève de la mystique pure et non de manifestations hystériques ; et le savant docteur de bien faire remarquer : « Le cas qui se présente ici est le moins discutable des cas, à moins d’opposer à la netteté et à la cohérence des témoignages qui l’entourent un parti-pris systématique, une négation indéracinable à l’égard de tout ce qui touche au surnaturel. »
Et le Dr Giscard de reprendre à son compte les assertions de Mgr de Boismenu, missionnaire en Papouasie, où Marie-Thérèse passa une bonne partie de sa vie :
La voie de Dieu est l’obéissance et l’humilité qui mènent les âmes toujours plus loin dans la pratique des solides vertus chrétiennes...
Or, la vie de Marie-Thérèse Nobelet authentifie manifestement sa vie extraordinaire. Celle-ci reste cachée, l’autre rayonne déjà dans toute notre Mission comme un foyer de zèle et de charité singulièrement ardent.
C’est à la pratique exemplaire des grandes vertus chrétiennes et du devoir d’état que s’authentiquent les faits surnaturels de la vie des saints. C’est cela qui les sanctifie, cela seul que l’Église canonise et propose à notre imitation. Or, de ceci, de l’éminente beauté de la vie ordinaire de Marie-Thérèse Nobelet et de ses hautes vertus, nous sommes là pour témoigner hardiment. C’est sous nos yeux qu’elle a vécu à la manière des saintes, sa vie chrétienne, sa vie religieuse et sa vie de missionnaire.
Dans Signes et Messages pour notre temps, R. Christoflour a exposé le cas qui nous occupe, ainsi que celui de nombreux autres mystiques ayant bénéficié de secours angéliques ou ayant été victimes des maléfices du diable ; son livre est à lire et nous y ferons plus d’un emprunt ; à propos de Marie-Thérèse Nobelet et de ses luttes avec le malin, l’auteur dira :
À moins d’agréer des absurdités aussi manifestes que le ficelage de Marie-Thérèse opéré de ses propres mains, l’hallucination permanente et collective de tous les hommes prudents qui l’ont observée, la coexistence naturelle du délire avec la parfaite lucidité d’esprit et le parfait équilibre mental, il faut bien se rendre à l’évidence et retenir la seule hypothèse cohérente et sensée sur laquelle s’accordent le Dr Giscard et tous les biographes de notre héroïne.
Tout s’explique alors et s’enchaîne et se compose merveilleusement. Tout devient net en même temps que magnifique, entièrement adapté au caractère du sujet et entièrement conforme aux habitudes divines.
Dieu a besoin des hommes. Il cherche des assistants, des collaborateurs, des amis qui participent à l’œuvre d’amour, c’est-à-dire qui donnent leur vie pour ceux qu’ils aiment...
Tel fut le cas singulier de Marie-Thérèse Nobelet et l’auteur de déclarer qu’il « jette une lueur furtive sur un domaine inconnaissable et qu’il semble nous laisser effleurer un des fils secrets qui s’entrelacent dans les profondeurs du plan divin ».
Toute sa vie durant, Marie-Thérèse Nobelet a bénéficié de l’assistance et de la vision du Christ, de la Vierge, des saints et des anges, mais en contrepartie elle fut la victime des sévices terribles du diable et de ses acolytes infernaux.
Par deux fois notre mystique fut au bénéfice d’une guérison miraculeuse, la première fois à Noël 1896 : après une neuvaine, elle fut subitement guérie d’une péritonite qui l’avait conduite à toute extrémité ; le médecin traitant attendait la fin de sa patiente d’un moment à l’autre, l’Extrême-Onction avait été donnée, et la malade fut sauvée. Naturellement, le docteur ne comprit rien à cette guérison extraordinaire ; la seconde fois, elle fut guérie à Lourdes, en 1904, d’une paralysie consécutive à une lésion de la colonne vertébrale ; le miracle fut officiellement constaté.
Voici comment notre mystique raconte, sur l’ordre de son confesseur, l’épisode de sa consécration au Seigneur Jésus et à l’œuvre divine :
C’est à Signy, tandis que je priais devant mon crucifix, que le Bon Maître me demanda clairement si je voulais être vraiment sa petite victime. Et je répondis de tout mon cœur, de toute mon âme : « Ecce ancilla Domini, Je suis la servante du Seigneur. » C’était fait. Au même instant, comme si notre Bien-Aimé voulait me prouver qu’il acceptait sa petite, je sentis un violent coup au cœur ; dans l’après-midi, j’eus un crachement de sang et une grande croix rouge apparaissait nettement sur le côté droit du cœur. C’était le premier vendredi d’août ou de septembre 1913. Je portais l’insigne sacré : il n’y avait qu’à marcher et à bénir Dieu d’avoir été choisie.
Cette croix de dix centimètres de haut, dont le pied repose sur le cœur, colorée en rose, a été observée par Mgr de Boismenu et par le P. Meyer, en présence de Marie Palle, la cousine de Marie-Thérèse.
À propos de ce stigmate, le R. P. Pineau précise : « Le stigmate apparaît généralement au début du Carême, prenant alors une teinte rouge vif et reste visible durant tout le temps fixé par l’Église pour l’accomplissement du devoir pascal. Marie-Thérèse souffrait alors, au cœur même, comme d’une blessure cruciale extrêmement douloureuse et qu’avivait la rage folle des démons. »
Marie-Thérèse avait appris que pour être en état de collaborer pleinement avec Dieu, il fallait être dégagée de tout attachement et donner sans cesse. Elle connaissait le mystère de la vicariance, soit : « Par des douleurs et des épreuves consenties, par une heure d’angoisse, un quart d’heure d’agonie, un pauvre pécheur voit devant lui l’horizon s’ouvrir et soudain il s’envole, rend grâce et va fleurir le jardin des anges. »
À propos de cette alternance de l’action des bons et des mauvais anges dans la vie des vrais mystiques, Christoflour aura quelques remarques qui méritent d’être retenues :
On peut nier l’existence des démons. On ne la démontre pas. C’est un article de foi, et c’est aussi un fait d’intuition, d’observation et d’expérience. On rencontre partout les anges. Mais combien savent les sentir et les écouter ?
Il y a les bons anges qui sont les ministres de Dieu. Ils président à l’ordre sacré de la nature. Ce sont les énergies intelligentes et bienfaisantes qui maintiennent en chaque être son équilibre et qui lui impriment sa direction vers l’Unité. Ce sont les gardiens et les conseillers des hommes et de toutes les créatures, les messagers qui nous rappellent à toute heure les ordres et les desseins de la Providence. Apaisez la tempête des sens, le tumulte des distractions vaines, faites en vous le silence, le vrai silence vivant, vous les verrez accourir comme des pigeons familiers.
Il y a les mauvais anges, ceux qui maudissent et qui entravent l’œuvre d’harmonie, les agents de la dispersion et du désordre, qui brisent le concert, qui brouillent l’intelligence, excitent les passions folles et les convoitises effrénées, qui frappent les hommes de colère et les font s’entrechoquer et s’entre-détruire.
Il y a celui qui les mène, le Subtil, l’Adversaire qui met en œuvre le plan de ruine et de chaos...
L’Église n’ignore pas la perpétuelle menace du Serpent : dans la prière de Complies, elle arme contre lui les saints anges ; et tous les dimanches, à la fin de l’Office, elle prononce cette adjuration : « Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat et soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon. »
Le P. Dupeyrat a été missionnaire en Papouasie. Il a expérimenté le pouvoir maléfique des sorciers. Il en est arrivé à déclarer : « Je crois en la providence de Dieu qui s’occupe de chacun de nous en particulier comme en général. Je crois à la présence en ce monde de Satan et des démons, non seulement en leur présence, mais en leurs actions sur les hommes et spécialement sur les habitants des pays primitifs. »
La vie de Marie-Thérèse Nobelet représente un cas des plus extraordinaires et des plus remarquables de possession diabolique, et cela, tant par la violence que par la durée. Depuis son adolescence jusqu’à sa mort, elle fut, jour et nuit, en butte aux attaques du Malin.
Des « Carnets » de Mgr de Boismemu qui a suivi le cas durant de longues années, nous allons extraire quelques descriptions typiques de ces attaques du Démon :
Cette nuit, écrit-il, Marie-Thérèse est saisie par le démon qui la serre entre ses griffes jusqu’à l’étouffer. Puis, avec un ricanement féroce, il lui met un genou sur la poitrine, tandis que « quatre affreux singes de son espèce » lui prennent bras et jambes et l’écartèlent jusqu’à ce qu’elle entende « quelque chose craquer dans son corps ». Alors ils s’arrêtent.
« J’étais brisée et haletante, écrit la martyre, et je dus me débattre encore contre la sale bête qui, sous prétexte de me reposer, voulait me prendre dans ses bras. » Après un long moment de lutte, le démon la lâche d’un coup, grâce, pense-t-elle, à l’intervention de son Ange.
R. Christoflour a consacré quelques pages au récit de ces attaques diaboliques qu’avait à subir Marie-Thérèse de la part de son adversaire implacable, le Malin. On y trouve facilement une similitude avec les attaques dont fut gratifié le saint Curé d’Ars. Voici tout d’abord comment le P. Pineau raconte le premier exorcisme auquel il assista au couvent de Florival :
Depuis quelques semaines, notre Mère est bien malade et sujette à de violentes crises de cœur qui vont jusqu’à l’évanouissement. Un soir, j’accompagnai son directeur (Mgr de Boismenu) chez elle et elle nous reçut comme d’habitude, très aimablement. Sa figure est calme et gracieuse, mais le cœur palpite si violemment que tout son corps en est secoué et que l’on devine facilement une crise prochaine. Cependant on parle de mille choses traitées entre personnes bien portantes. Elle s’intéresse à tout, notre Mère ; et je dois lui donner des détails sur l’emploi de ma journée, sur mon champ de riz et sur ma charrette à bœufs. Mais voici qu’elle ne parle plus ; sa respiration, déjà si précipitée, s’accélère encore ; des hoquets viennent, douloureux et prolongés ; elle étouffe et l’on voudrait pouvoir lui passer un peu de cet air qui vient plein les fenêtres... Mais c’est fini. Elle est évanouie.
On arrange un peu les oreillers, et on laisse reposer la tête aux reflets mystérieux, toute pâle et presque transparente.
Après un temps, le directeur s’approche et veut redresser la tête immobile comme du marbre. Je remarquai alors une résistance, chose extraordinaire de la part de notre Mère : même évanouie, elle ne résiste jamais à son évêque ni à son curé. L’évêque insiste ; la résistance s’accroît. Il fait en silence plusieurs signes de croix, sous lesquels, à mon grand étonnement, notre Mère sursaute, s’agite violemment et fait des contorsions. Stupéfait et fort silencieux, je porte toute mon attention sur elle et je vois soudain un changement prodigieux se produire. Notre chère petite Mère, au visage de Madone, a maintenant un front étroit, les sourcils rapprochés et comme une corne dans les traits durcis devenus méconnaissables. Les lèvres serrées sur une bouche rétrécie laissent nettement deviner, sous la chair mince, le grincement des dents et parfois s’ouvrent dans un rictus haineux et découvrent l’horrible va-et-vient des mâchoires l’une sur l’autre. Voir si clairement un visage diabolique sur des traits d’habitude incomparablement angéliques inspire de l’horreur et en même temps de la pitié pour notre pauvre Mère.
Lucifer (car c’était lui) avait sans doute conscience de sa laideur. Avec obstination, il se détourne de nous vers le mur, et l’exorcisme commence la lutte. L’évêque commande net, sec et clair. Et c’est bon d’avoir un tel évêque en pareil moment. Sur sa demande, je me mets à genoux et récite un Pater et un Ave. Puis il me demande d’aller chercher le Rituel. J’avoue qu’à cet instant j’eus un peu d’hésitation. J’aurais tant voulu voir la suite ! Néanmoins je dominai ma curiosité et me mis en devoir d’obéir. Revenu bientôt, je trouve la bataille engagée à fond :
– Va-t’en, bête impure et immonde.
– Non.
– Va-t’en. Je te le commande, je suis ton maître, de par Notre-Seigneur.
– Laisse-moi tranquille !
– Va-t’en. Marie-Thérèse est plus forte que toi ! Elle est à...
– Moi !
– Elle est à Dieu. Tu ne l’auras jamais !
– Si, je l’aurai !
– Au nom de Dieu, va-t’en !
– Oh ! Je te hais ! (grincement terrible).
– Au nom de Dieu, devant le prêtre qui est ici, dis qui tu es !
... Silence agité et enragé. L’évêque répète son ordre. Le démon s’obstine.
– Ça ne te regarde pas !
– Je te le commande, au nom de Dieu !
– Lucifer !
Et ce nom roule comme le tonnerre et semble remplir tout le couvent ! On s’étonne qu’à côté, les petites Sœurs aillent et viennent comme si rien n’était. Ce nom est comme hurlé et craché dans un sifflement et l’exorciste (il me le dit après) sentit un souffle brûlant.
Et la lutte continue, inexorable. Enfin l’exorciste s’écrie :
– Allons, saints Anges, corrigez-le ; châtiez-le !
Aussitôt le corps tressaute et s’agite, se tord et se dérobe, tout comme un homme lié ferait sous les coups qui pleuvent. Et quand l’exorciste impose les mains sur le front et sur la poitrine, la tête et le corps se diminuent, s’amenuisent, semblent vouloir s’anéantir. Le visage prend l’expression d’une rage désespérée, d’une féroce méchanceté ficelée et impuissante.
– Allez-y, saints Anges, s’il vous plaît.
Et alors ce qu’on voit, c’est un spectacle d’enfer...
– Maintenant, au nom de la Très Sainte Trinité, va-t’en !
Et c’est fini. D’un seul coup. On est comme soulagé. On respire mieux. Sur l’oreiller blanc repose la tête toute pâle, très fine, très douce et très calme ! C’est de nouveau notre chère petite Mère.
Elle paraissait endormie, mais elle était sans conscience. On la laissait reposer un moment : puis, une fleur de jasmin offerte à son Ange et approchée de ses lèvres y faisait naître aussitôt l’angélique sourire si attendu, si réconfortant, si béni ! Les yeux, d’une pureté radieuse, souriaient aussi...
Dans les « Carnets » de Mgr de Boismenu, on peut relever quantité de scènes d’exorcisme qui ont à peu près la même allure ; le diable, après une résistance acharnée, finit toujours par abandonner la place, en affirmant sa haine contre Marie-Thérèse, qui chaque jour lui arrache des âmes. Elle lui fait trop de mal, avoue-t-il, et de confesser : « Elle en a sauvé six ce jour-là, un autre jour sept, le lendemain neuf, une autre fois treize, dont deux prêtres ; ainsi de suite ; cinq vocations affermies... un prêtre... un officier... un magistrat... une religieuse... »
Quant aux compensations béatifiques dont fut gratifiée Marie-Thérèse, elles furent nombreuses ; Christoflour s’en fait l’écho : « Au plus creux de sa lassitude, la Vierge lui a parlé à voix basse, les saints petits anges l’ont bercée. Elle a senti leurs frôlements légers, elle a distingué leur face lumineuse. Elle a appelé à l’aide contre Satan ; alors, dit-elle, un éclair a traversé sa chambre ; elle a entendu un souffle et un cri, puis un nouvel éclair a été suivi d’un silence et d’une grande paix. » En l’absence du prêtre, parfois un ange vint mettre sur ses lèvres l’hostie consacrée.
Nous ne saurions abandonner l’étude de ce cas où l’on assiste à l’intervention continuelle des anges bons et mauvais sans reproduire une page des « Carnets » de Mgr de Boismenu qui donne à réfléchir et ouvre des horizons peu connus sur le mystère des entités de l’Au-Delà et sur celui de leur activité parmi les humains :
Marie-Thérèse n’est jamais vaincue, et l’Adversaire sait bien qu’il ne vaincra jamais. Alors pourquoi s’obstiner ? Qu’attend-il pour poser les armes ?
C’est qu’en vérité, il ne le peut. Il n’est pas libre de refuser, malgré sa puissance. Il le faut. Parce que Dieu le veut. Parce que Dieu le force.
14 janvier 1921 :... Prière du Rituel, puis adjurations et châtiments, comme à l’ordinaire. Je lui arrache de nouveau son nom : « Lucifer », et lui fais redire qu’il vient « pour nous ».
17 janvier 1921 :... Je force le démon à se nommer encore – c’est toujours Lucifer – à lui faire avouer que son plus grand tourment est « de souffrir ici, sauver des âmes »... Il me dit que je ne puis l’empêcher de posséder Marie-Thérèse parce que « Dieu le permet et le commande ».
20 janvier 1921 :... Soir, possession et long exorcisme où je lui arrache son nom – toujours Lucifer – qu’il est venu « pour souffrir parce qu’il le faut » ; que Dieu « l’a dit » et le force ainsi à venir « sauver des âmes ».
Et le biographe de faire cette remarque : « Quel spectacle : Le Mal au service de notre salut, le Mal filtré, transfiguré, façonné par l’innocente. Le démon et la sainte travaillant ensemble à la même tâche, attelés au même joug, comme l’ours avec le bœuf, l’un renâclant, l’autre consentant avec joie, dans une « compassion » paradoxale où l’un subit les suites de sa damnation, où l’autre jouit des prémices de sa béatitude, sous la main du Dieu tout-puissant qui conduit toute chose vers son adorable fin. »
Le cas de Marie-Thérèse Nobelet est à retenir ; il nous montre que de nos jours, comme par le passé, les bons et les mauvais anges sont à l’œuvre.
Pour plus de détails sur ce cas intéressant, il y a lieu de se reporter au livre de R. Christoflour, déjà cité.
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4. Alfred van Mons. Étude sur les Anges et les Béatitudes (1903).
Dans la Revue du Monde Invisible (années 1903-1904), ont paru plusieurs articles dus à la plume d’Alfred van Mons, envisageant la question des anges en rapport avec les dons du Saint-Esprit et avec les Béatitudes. Voici comment l’auteur situe le problème :
Les anges, comme toute chose d’ailleurs, furent créés dans le Saint-Esprit qui, dès leur origine, féconda ce monde infini d’esprits, ainsi qu’il fécondait la matière universelle au premier jour de la création. Et spiritus Dei ferebatur super aquas. Mais encore dans les siècles éternels cet Esprit d’amour et de vertu, cet Esprit aux opérations multiformes, cet Esprit de sagesse, de science et de force, cet Esprit de toute parole et de tous charismes est avec les anges à peu près comme avec le Verbe, tant l’union est étroite entre cet esprit essentiellement infini et ces esprits infiniment nombreux ; il opère en eux quasi comme dans le Christ, en ce sens qu’en opérant dans les anges, ce divin Esprit a plus égard à la convenance qu’à une nécessité.
Un horizon admirable va se découvrir à nos yeux, horizon fait de grâces extraordinaires.
Ce seront tous les charismes qui brilleront au superlatif chez les anges. La variété des charismes éclaire le rôle et les divers ministères des anges dans l’univers. Envisagé sous cet angle des charismes, le ministère des anges s’illumine d’un aspect nouveau ainsi que l’auteur le fait ressortir :
Voyons maintenant comment on peut concevoir dans les anges, et d’abord dans les neuf chœurs de l’Église triomphante, les charismes que répandait le Saint-Esprit sur les saints de la primitive Église.
Il existe neuf chœurs angéliques, nombre exactement fixé par la toute-puissance d’un Dieu infiniment sage.
Il n’y a ni plus ni moins que neuf charismes ou grâces qui font agir surnaturellement ceux qu’ils affectent, et cela non plus dans l’intimité de l’esprit comme pour la production des actes intérieurs, mais exclusivement à l’extérieur, sous forme de relations, c’est-à-dire en faveur des rapports d’individu à individu...
Tout ce qui est divin étant surnaturel à toute espèce de créature et par conséquent à la nature angélique comme à la nature humaine, les anges ont besoin de secours surnaturels spéciaux pour accomplir les grands mystères d’expiation, d’illumination et de perfectionnement...
Et n’y aurait-il pas relation numérique entre les neuf charismes et les neuf chœurs, comme entre l’auguste Trinité et la triade de ces célestes hiérarchies, de même qu’il en existe une entre tant de triades dont foisonne la création ? – En d’autres termes, si chacun des anges possède les neuf charismes du Saint-Esprit à l’instar du Christ qui les possède tous, est-il admissible que ces grâces soient en outre partagées entre les neuf chœurs célestes, de façon à ce que chaque ordre excellant particulièrement dans un des charismes puisse agir sur les autres ordres selon les opérations propres à ce charisme.
Voici le tableau établi par van Mons, mettant en parallèle la suite décroissante des ordres avec les charismes qui leur sont propres, en allant du plus parfait au moins parfait :
Séraphins = Sagesse
Chérubins = Science
Trônes = Foi
Dominations = Prophétie
Vertus = Prodiges
Puissances = Guérisons
Principauté = Discernement
Archanges = Interprétation
Anges = Langues
Développant les enseignements que l’on peut tirer de ce tableau, l’auteur montrera l’harmonieuse succession des charismes ; en effet si l’on part de l’inférieur pour remonter au supérieur on verra que :
Le don des langues entretiendra une harmonie parfaite dans la conversation des esprits célestes. Ils parlent le langage du Saint-Esprit.
L’interprétation des discours sera une clarté divine qui les aide à mieux saisir les vérités qu’énonce le Seigneur en leur parlant.
Le discernement des esprits joint au don de prophétie leur communiquera un pouvoir surnaturel que par eux-mêmes ils n’ont pas : celui de sonder les démons et de découvrir leurs intentions cachées.
La grâce des guérisons sera pour eux celle qui les a prémunis contre le péché qui est la pire des maladies !... Les guérisons miraculeuses sont du ressort de la puissance des anges ; autrement dit, pour les anges, ce ne sont point des miracles, mais l’action de leurs pouvoirs naturels ; et il est même un chœur céleste, celui des Vertus, dont les esprits ont pour mission spéciale de produire des miracles sur terre et dans l’univers.
Le don de prophétie sera pour les anges une révélation des choses qu’ils ne peuvent connaître par eux-mêmes. Les plus hauts placés s’en serviront pour avertir d’évènements futurs ceux qui sont au-dessous d’eux, selon que le leur suggère l’Esprit-Saint qui les remplit.
Le charisme de la foi doit exceller dans les anges et ils s’en servent pour nous, afin d’exercer en faveur des hommes les miracles de grâce...
Dieu sait que d’inspirations salutaires nous devons à ce charisme de la foi chez les anges qui nous entourent et surtout de notre ange gardien.
Dieu sait que de conversions ces bons anges opèrent, surtout à l’heure de notre mort, où l’on pense trop aux assauts de l’enfer et pas assez à l’intervention ineffable des saints anges, bien plus abondants et bien plus préoccupés de nous que ne le sont les démons.
Dieu sait que de conversions in articulo mortis les anges opèrent parmi les pécheurs, en leur dictant un acte de contrition parfaite...
Le don de la foi est attribué d’une manière toute spéciale aux Trônes ou théophores, c’est-à-dire « porte Dieu ». Enfin la parole de science et de sagesse peut à coup sûr être décernée respectivement aux Chérubins et aux Séraphins. Au demeurant, les anges ont déjà une science infuse de par leur nature. Partant de ces données, l’auteur élèvera sa prière à chacun des chœurs angéliques pour en obtenir aide et réconfort :
Ô Chérubins, contemplateurs du Très-Haut, célestes Sagesses, Sciences sacrées ; ô Séraphins de l’amour infini ; ô souverains Trônes, décorés de gloire, Théophores de la divine Majesté, donnez à nos cœurs un élan nouveau ; que la puissance de votre intercession auprès de Dieu nous préserve, pauvres pécheurs, de tomber de la plénitude des biens visibles dans la profonde et éternelle indigence où gémissent à jamais Satan et ses anges réprouvés.
En rapport avec la troisième Béatitude : Bienheureux ceux qui sont doux... l’auteur fait appel à l’assistance « des très douées Dominations et des célestes Vertus, Puissances pleines de bonté », afin qu’on soit préservé des mouvements de colère, de haine, de critique ou de médisance. Et pensant à la discorde qui règne endémiquement sur la terre, aux luttes fratricides entre chrétiens de confessions différentes, van Mons s’écriera :
« Saintes dominations, esprits sublimes qui régnez sur toutes choses dans les hauteurs afin de ramener tout à Dieu, commandez, et les anges tendront une main secourable au vrai peuple de Dieu. Que les Vertus souveraines fassent un nouvel effort, suscitent un prodige nouveau avant la fin des temps ; que les Puissances avec saint Michel repoussent dans l’abîme les esprits malins dont les chrétiens sont assiégés de toutes parts, et conservent à l’Agneau la race de son sang. »
« Bienheureux ceux qui pleurent... Il n’y a pas seulement les pleurs de ceux qui sont dans l’affliction, les pleurs de l’humble, du repentant qui déplorent leurs erreurs, mais il y a aussi « le pleur céleste de l’amour parfait qui aura définitivement pris la place du péché dans le cœur de l’élu. C’est le pleur angélique des Principautés, des Archanges et des Anges.
« Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice... Il faut avoir faim et soif de justice pour être suffisamment religieux ; il faut rendre à la mère de Dieu le culte qui lui est dû, honorer comme il faut les anges et les saints et pratiquer envers les hommes, nos amis, nos alliés, nos frères, nos parents, les vertus de justice et vérité.
« Vous êtes bienheureux, vous les Anges, parce que depuis le commencement du monde vous disposez toutes les créatures qui vous sont subordonnées, d’après l’ordre établi par le Créateur du ciel et de la terre. Vous êtes bienheureux, anges gardiens des hommes, qui les conduisez dans la voie des commandements de Dieu. ...Magnanimes archanges, vous, Force de Dieu, Gabriel, et vous surtout, Michel, faites donc respecter la douce loi du Seigneur, le repos de son jour, la sainteté de son nom. Élevez à la Religion persécutée des temples nouveaux.
« Bienheureux les miséricordieux... Tous et à tout moment, nous transgressons la Loi et nous avons besoin qu’on nous fasse miséricorde. »
Aussi l’auteur, s’appuyant sur le conseil du Christ veillez et priez, rappelle les hommes à la prudence et à la vigilance, puis il profère cette oraison :
Oh ! Aidez-nous, Puissances des cieux, volez à notre secours ; assistez les pauvres pécheurs en butte aux misères de ce monde, dont la plus grande est le mal qui les contient toutes (corruption, séduction, tentations innombrables qui nous assiègent de toutes parts, pour fondre sur notre âme quand nous y pensons le moins). Mon Dieu, souvenez-vous de notre profonde misère, et dépêchez à notre secours les anges, ces esprits très forts et très puissants auxquels entre tous vous avez donné pour mission spéciale de refouler les démons dans l’abîme des peines éternelles.
Miséricordieux, vous également, aimables Vertus qui, invisibles, dans le mystère, opérez d’innombrables conversions, par des prodiges qui sont votre secret et votre spécialité, surtout à la mort des pécheurs, j’aime à le croire, pour faire produire la grâce du pardon suprême aux torrents infinis que fait pleuvoir constamment, sur cette terre qui en a toujours soif, la miséricorde de notre Dieu.
Saintes Dominations, nous vous prions d’intervenir avec les Puissances et les Vertus pour maintenir l’ordre établi par le Sauveur des hommes.
Tout un article spécial est consacré à l’étude de la Vie et de la sainteté des Anges.
Les anges ont les vertus infuses ; or, vertu veut dire force. Les vertus sont les forces surnaturelles de l’âme et le prix de ses efforts constants dans la pratique du bien.
La Vierge, la Reine des anges, est le modèle des vertus et de la pureté :
« Les neuf chœurs des anges réunis n’offrent pas autant de pureté que n’en offre leur Reine, bien que son existence ait commencé longtemps, des siècles, des milliers d’années après la leur, et bien qu’elle ait un corps, tandis qu’eux n’en ont jamais eu... . Ô la plus noble des vertus, Vierge Marie ! Où puises-tu la force de défier les Trônes ? Tu arraches aux cieux le Très-Haut et tu le contrains de venir habiter avec toi le cœur du pécheur. »
Virginité, innocence, pureté sont les trois vertus primordiales qui nous ouvrent la porte des cieux ; aussi devons-nous prier les Puissances des anges de nous aider et de nous soutenir :
Trônes, Chérubins, Séraphins qui formez l’intégrité d’une hiérarchie, la plus élevée de toutes, priez Dieu pour nous d’abaisser sur notre faiblesse son regard de grâce...
Ô grands esprits des ordres supérieurs, fac-similé du Très-Haut, dieux de sa création, nous vous en supplions, des cieux les plus élevés étendez vos ailes protectrices et qu’à leur ombre nous avancions dans les voies de la noble vertu par une mortification sincère.
Trônes resplendissants de gloire, faites que nous soyons assidus à la table des anges où l’on sert journellement la chair, le cœur et le sang de l’Homme-Dieu...
Resplendissants Chérubins, présentez au Dieu que vous contemplez l’encens de notre oraison, l’encens de nos saintes pensées...
Séraphins, ministres sacrés de l’intimité divine, si la terre ne vous est pas tout à fait étrangère, alors sans doute vous y apercevrez, non seulement dans les couvents, mais aussi à l’extérieur, nombre de chrétiens et de chrétiennes, parmi tous les états et conditions de la vie, qui cherchent à se cacher sous vos ailes afin de donner libre cours aux essors ineffables de la contemplation...
Ô charmes ineffables de la céleste Jérusalem, où les bienheureux unis aux anges voient le triomphe de la vertu glorifiée ! En attendant, nous, ici-bas, notre existence est un combat continuel, et nos vertus sont sans cesse aux prises avec l’armée des vices, avec les démons dont la stratégie serait intéressante à étudier de plus près.
La question de la vertu des anges est discutée par notre auteur : « Il est certain, dira-t-il, de par les Écritures, que les anges furent mis à l’épreuve. Ils ont donc eu un obstacle à surmonter pour mériter la vie éternelle ; et cet obstacle ne pouvait être qu’un obstacle moral, puisqu’il était imposé à de purs esprits... Il faut en conclure que les anges, avant d’être élevés à la gloire, ont possédé, avec le don de la grâce habituelle, les vertus théologales et les vertus cardinales, et que ces vertus leur ont été infuses à un degré d’autant plus éminent que leur sanctification et la sainteté qui allait en résulter devaient surpasser la sanctification et la sainteté des élus du genre humain.
Et maintenant n’oublions pas que la vertu suréminente des bons anges est l’humilité, tandis que l’orgueil a perdu les mauvais anges.
L’acte vertueux que produit chaque ange en particulier est, d’après l’auteur, comparable à un faisceau d’éclairs qui, fulgurant d’un seul coup, viendrait à anéantir les cohortes du mal.
Enfin, revenons à une Béatitude dont le monde moderne semble être bien trop privé : Bienheureux les pacifiques... Anges de la paix qui entourez le Dieu de la paix, donnez la paix du ciel aux hommes de bonne volonté ; rendez-leur la paix comme la leur donna le grand pacificateur Jésus-Christ, disant : Pax vobiscum. – La Paix soit avec vous !
Or, la Paix habite parmi les chœurs des célestes hiérarchies.
Et vœu ultime : « Ô saints anges des ordres supérieurs toujours en paix avec ceux des ordres inférieurs, obtenez la paix aux enfants de Dieu ! »
On aura pu en juger, par notre résumé, combien est riche en enseignements l’étude d’Alfred van Mons.
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SECTION IV : Les Enseignements de Maître Philippe (1849-1905) sur les Anges.
On se rappellera peut-être qu’au début de notre Préface, nous avons indiqué que notre intérêt pour l’étude du mystère et du ministère des anges avait été éveillé par l’enseignement du Maître Philippe, de Lyon, et par celui du Sâr Péladan.
Pour bien comprendre la valeur primordiale que nous attribuons à l’enseignement de Maître Philippe, il faut se rapporter aux ouvrages consacrés à cet extraordinaire Envoyé de Dieu, et, pour cela, nous ne saurions mieux faire que de recommander la lecture des ouvrages suivants : Dr Ph. Encausse : Le Maître Philippe, de Lyon. – Thaumaturge et « Homme de Dieu ». – Ses Prodiges, ses Guérisons, ses Enseignements (Diffusion scientifique, Paris 1955) ; Michel de Saint-Martin : Révélations. – Entretiens spirituels sur le Maître Philippe, de Lyon (Édit. Dangles, Paris 1955) ; Alfred Haehl : Vie et paroles du Maître Philippe (P. Derain, Lyon 1959) ; Dr Éd. Bertholet : La Réincarnation d’après le Maître Philippe, de Lyon (Édit. Rosicruciennes, P. Genillard, Lausanne 1960).
Après lecture de ces ouvrages, on sera fixé sur la valeur du message délivré au monde par Maître Philippe, cet extraordinaire et incomparable Envoyé de Dieu.
Les pouvoirs de Maître Philippe s’étendaient à tous les plans de la nature ; il lui était aussi aisé de commander au vent, aux nuages, à la pluie, à la foudre que de guérir instantanément de malheureux malades, abandonnés par la médecine et condamnés à une fin lamentable ; il lui est même arrivé de ressusciter des morts ; alors on comprendra la valeur des enseignements d’un tel Maître et combien ce qu’il nous dit ayant trait à la mission des anges est à prendre en considération.
Maître Philippe était parfaitement conscient de l’étendue de ses pouvoirs extraordinaires, il en parle nettement dans une lettre à son ami, le Dr Encausse (Papus) : nous lisons en effet : « Vous savez bien mon digne ami que Dieu nous a remis plein pouvoir et qu’il (a) armé notre main du vent, de la grêle, du feu, de la foudre, de la mort et de la vie. » Grâce à l’obligeance du Dr Ph. Encausse, nous pouvons donner une reproduction de ce document capital, d’où il résulte que les pouvoirs extraordinaires de Maître Philippe lui avaient été donnés directement par Dieu lui-même (voir fig. 37).

Fig. 37. Lettre de Maître Philippe au Dr Gérard Encausse, son disciple et ami. Lettre où il fait mention des pouvoirs supranormaux confiés par Dieu à cet Envoyé du Ciel. (Original réduit d’un tiers.)
Voici tout d’abord une déclaration nette de Maître Philippe se rapportant à l’existence des anges : « Les anges, Chérubins, Séraphins, etc., créés au début, avant l’homme, existent bien. »
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Entre l’homme et les anges, il y a Dieu, car Dieu est partout. Mais il y a aussi les dieux ; et parmi les dieux il y en a qui se croient très grands et qui ne sont rien.
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Dans l’enseignement de Maître Philippe, enseignement de portée pratique et nullement dogmatique, il est fréquemment fait mention de l’existence de l’ange gardien et des services qu’il est appelé à nous rendre, si nous nous en montrons dignes, et surtout si nous sommes attentifs à ses conseils. Lors d’une des nombreuses séances d’instruction données par le Maître à ses fidèles, on lui avait posé la question : « Pourquoi avons-nous des Anges gardiens ? » En son style imagé, le Maître répondit : « Si vous compreniez ce qu’est l’âme, vous ne poseriez pas cette question. Imaginez que vous avez un tout petit enfant. Le laissez-vous aller seul, ou mettez-vous auprès de lui des personnes plus âgées pour le conduire ? »
Si l’on y réfléchit bien, cette simple réponse en dit long sur la vraie et complexe mission de l’ange gardien à l’égard de l’âme qui lui est confiée.
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Autre question : « Change-t-on d’ange gardien ? »
« Oui, mais il faut avancer, et quelquefois au contraire, si notre ange gardien voit que nous ne suivons pas ses conseils, il nous laisse.
« Au fur et à mesure où nous progressons, nous changeons d’ange gardien jusqu’au jour où nous serons libres et n’aurons plus d’ange gardien.
« Le seul qui n’ait pas d’ange gardien (c’est-à-dire d’esprit supérieur à lui), c’est celui qui est le Christ. Au-dessus de Lui, il n’y a rien. Il est l’esprit vivant, conscient total de l’humanité. »
Cette affirmation est à mettre en parallèle avec cette déclaration de Jésus que l’on trouve rapportée dans Jean (VIII, 58) : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, je suis. »
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Maître Philippe rendra attentif au fait que chaque homme « peut progresser dans le mal comme dans le bien, c’est-à-dire redescendre au lieu de monter ; dans ce cas, il peut être certain d’avoir perdu le contact intime avec son ange gardien. Par contre, lorsqu’on progresse dans le bien, on peut être assuré que l’on recevra « des avertissements des anges gardiens, mais il faut promettre de ne jamais reculer devant le danger ». Ce qui veut dire que l’on ne doit jamais reculer devant l’épreuve qui nous est prédite, mais s’y préparer, afin que par notre acceptation, elle tourne à notre profit et à notre évolution spirituelle ; pour cela, l’aide nous sera donnée par le canal de l’ange gardien.
Un auditeur ayant posé cette question : « Est-il possible de voir son ange gardien ? » Le Maître répondit :
« Peu ou presque point peuvent le voir. Celui qui a ce don a de grands comptes à rendre, car il est dit dans l’Écriture : « Celui qui a beaucoup reçu doit beaucoup donner. » Cet homme privilégié ne doit jamais manquer de faire le bien et de remplir son devoir. En effet, il est du devoir du riche de donner au pauvre, et le devoir de celui qui n’a rien est de ne pas envier le riche, car l’un et l’autre manqueraient à la charité ; or, personne n’entrera dans le royaume du Ciel s’il n’a la charité. »
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Assistance des anges au moment de la mort : « Au moment de la mort, au départ, un ange est là qui vient pour nous conduire comme dans une voiture, car, la mort n’existant pas, nous ne devons pas nous en effrayer ; ce qui n’est pas pour tous. »
Il y aurait donc, d’après notre Envoyé de Dieu, au moment de la mort, qui n’est pas un anéantissement, mais un passage de l’âme d’un état à un autre, non seulement notre ange gardien, mais encore un ange préposé spécialement à nous faire la conduite sur les plans supérieurs. Phaneg, un disciple très près du Maître, donnera, dans son étude sur la Mort et l’Au-Delà, quelques indications plus détaillées des processus qui se passent au moment de la mort :
« S’il existe des esprits (anges) chargés de nous recevoir à notre arrivée dans le monde invisible, si on nous a donné des anges dont la mission est de veiller sur nous pendant notre vie, la science antique nous enseigne, et les voyants de tous les pays le confirment, qu’il y a aussi des esprits inférieurs dont le rôle consiste à nous faire passer de vie à trépas ; ces êtres sont souvent vus par les mourants, mais la description qu’ils en donnent est mise sur le compte du délire. La science médicale s’accorde sur ce point avec la science sacrée ; elle établit, en effet, qu’en définitive, quelle que soit la cause de la mort, nous mourrons toujours asphyxiés ; or, la science secrète et les voyants ont de tout temps enseigné que ces êtres dont je parle venaient s’accroupir sur la poitrine des mourants et les étouffaient. »
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Une affirmation curieuse, mais riche en enseignements, est donnée par Maître Philippe au sujet des anges vus au tombeau du Christ :
« C’étaient des esprits divins qui, pour se rendre visibles, utilisaient la vie du Christ encore flottante autour du corps. »
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Les anges, et tout spécialement nos anges gardiens, sont très attentifs à nos prières et notamment à la façon dont nous les faisons ; on sait qu’un de leurs rôles principaux est justement de porter nos prières et nos vœux au Seigneur. La prière, pour être entendue, doit partir du fond du cœur, et Maître Philippe mettra en garde ses auditeurs en disant :
« La prière inattentive est, pour les êtres invisibles qui l’entendent, un sujet de moquerie, et nous en serons la risée. »
Dans une autre occasion, le Maître conseilla :
« Il faut répéter la prière, parce que nous sommes inattentifs et souvent une seule syllabe est entendue ; c’est alors déjà une occasion pour notre ange gardien de la recueillir. »
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Autre recommandation de Maître Philippe à propos de la prière : il faut, dit-il, remercier souvent le ciel pour les bienfaits reçus et il précise :
« Ne croyez pas que ce soit que le Ciel ait besoin de nos remerciements, mais c’est une politesse et une marque de respect ; de plus, ces remerciements causent une véritable joie aux serviteurs de l’Invisible qui ont été chargés par le Ciel d’exaucer nos prières. »
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Autre précision :
« La prière seule ne peut nous sauver, mais elle donne prise à notre ange gardien pour nous conduire. Il est nécessaire de prier souvent, avant le sommeil, au réveil, et enfin élevez votre âme vers Dieu. »
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Voici un sérieux avertissement :
« Cesser de prier, c’est ne plus pouvoir prier un jour. Et puis notre Ennemi (le Diable) est effrayé s’il sait que nous prions ; il n’ose plus attaquer. » Car, dira encore le Maître, « en opposition aux cohortes angéliques, il y a bel et bien le Diable et sa troupe de démons. Le Diable est très puissant et il exauce ceux qui sont dans sa voie, alors que Dieu ne les exaucerait pas ; mais il fait toujours payer ses dons. » Au demeurant, « on ne peut nier l’existence des esprits infernaux, car ce serait nier celle des esprits bienfaisants ».
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Voici deux déclarations de Maître Philippe qui vont étonner, car elles sont contraires à nos opinions courantes, mais elles méritent attention, car elles peuvent ouvrir des horizons nouveaux :
« Il y a des êtres, des anges, qui n’ont pas encore été créés et qui n’ont pas chuté, mais qui chuteront. Eh bien ! Ils sont moins avancés que n’importe quel homme, pourvu qu’il ait fait une existence. »
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Tout ce qui existe, existe par la volonté de Dieu, et il faut tous plier sous le joug des lois civiles, qui ne peuvent être justes, puisqu’elles ont été faites par des hommes qui ne le sont pas. Lorsqu’un coupable est jugé par les lois civiles, il subit une peine : il est dispensé d’être jugé par les lois du Ciel. Ceux qui jugent seront jugés à leur tour. Mais surtout ce qu’il ne faut pas faire, c’est délater ou dénoncer un coupable. Celui qui accomplit cet acte méritoire de ne pas dénoncer peut être sûr d’être un jour l’ange gardien d’un coupable pour lequel il pourra obtenir le pardon du Ciel, ou avoir, dans sa famille, jusqu’à la septième génération, un coupable qui sera pardonné par son acte méritoire et échappera au châtiment.
Maître Philippe, s’appuyant sur l’ordre de Jésus disant : « Veillez et priez afin que le démon n’entre pas en vous », ajoutait : « Veillez et priez, le temps de la moisson est proche. »
On doit révérer l’ange gardien ; c’est notre ami le plus sûr, mais on ne doit pas lui rendre un culte. Et le Maître le fera ressortir en disant : « Il faut demander à Dieu d’abord, ensuite à son ange gardien. »
Quelques déclarations des élèves du Maître, notamment de son successeur direct, Chapas, compléteront le tableau ; écoutons tout d’abord M. Chapas disant à propos d’un passage de la Genèse (111, 21), fort mal compris par ceux qui ne s’attachent qu’au sens littéral de la phrase :
« L’Éternel fit à Adam et à sa femme des habits de peau et les en revêtit. »
Cela a bien trait à la chute des anges et non au péché matériel commis dans la matière physique... Ce que Moïse indique là est bien l’incarnation dans la chair (vêtements de peau) d’âmes angéliques déchues. Or, les hommes ne sont autre chose que ces anges déchus qui ont écouté les tentations des anges révoltés.
Et Chapas de préciser encore :
Dieu laissa aux Anges déchus, comme aux premiers révoltés, la possibilité de se racheter, et c’est pour nous racheter que nous devons, dans la Matière qui est devenue le fief du Démon, évoluer en nous détachant de ce qui est Matière, pour monter vers ce qui est Esprit. Pour ce travail, une existence humaine pourrait difficilement suffire, et c’est pourquoi nous revenons et reviendrons jusqu’à ce que nous soyons complètement libérés du joug de Satan.
Un autre enseignement de Chapas est capital : « Le mal que nous faisons, nous l’empruntons ou l’achetons au Démon et nous lui en sommes redevables. »
Un autre disciple, Jules Ravier, traitant de la prière, recommandera « d’écouter la voix de l’âme et de l’ange gardien, dans le silence et à l’abri du tumulte des passions ».
Dans Initiations, faisant allusion au ministère des anges, Sédir dit :
« Dans cette montée vers la Lumière, il y a des moments où nul n’aurait assez de force pour seulement lever la paupière, si un ange n’était envoyé. Ah ! docteur, c’est cela que vous apprend la prière. »
« Lisez l’Évangile avec la plus grande simplicité, avec toute votre candeur ; peu à peu, ce qui vous semble insipide vous deviendra savoureux ; la loi est simple ; faites ce qu’on vous demande, mon enfant… Servir est votre devise... Celui qui sert les hommes sera servi un jour par les anges. »
Sédir, alias Yves le Loup (1871-1926), fut un occultiste des plus avertis, ayant fait le tour de tous les enseignements initiatiques ; mais, dès qu’il eut été mis en contact avec le Maître Philippe, il abandonna la voie du magiste pour suivre uniquement la voie mystique. Il n’est pas étonnant que l’on retrouve un reflet de l’enseignement de Maître Philippe dans l’abondante littérature mystique publiée à partir de cette époque par Sédir, et l’on ne sera pas étonné d’y trouver de fréquentes allusions au ministère des anges.
Dans un exposé consacré à la Salutation angélique à Marie, Sédir écrit : « Elle est la reine des saints, comme elle est la reine des anges pour être restée pure après avoir traversé la fange. »
De plus Sédir relève le fait que dans la Salutation angélique, il y a trois parties : une dite par l’ange, une dite par une créature privilégiée, la mère du Précurseur et une inventée par des hommes pieux. Or, chacune de ces trois parts se divise en deux phrases et l’Ainsi soit-il termine le septénaire. De la sorte, le nombre 7 se retrouve ici pour avoir joué un grand rôle dans la vie de la Vierge ; qu’on en juge plutôt : « À sept ans, elle eut l’intuition de sa mission ; à quatorze ans, elle s’était mariée ; à vingt-huit ans, son fils la quitta ; à quarante-neuf ans, elle vit son fils mourir et à soixante-trois ans, elle reçut sa couronne... Le nombre 7 semble être celui qui se retrouve le plus sur cette terre ; il doit avoir un rapport étroit avec la loi de la vie humaine. Mais à propos de la salutation à Marie, remarquons ceci : c’est l’Ange qui salue la Vierge ; elle est la femme juste qui lui décerne une juste louange, et les pécheurs qui l’élisent ; ou si l’on préfère, l’Ange nous montre ce qu’elle est en face de Dieu ; Élisabeth nous indique sa place dans le genre humain, tandis que la troisième partie est la conclusion irrésistible des deux autres. »
Et voici à ce même propos une phrase où l’on retrouve textuellement le même terme employé par Sédir et par son Maître :
L’ange salue Marie ; c’est une politesse. Savez-vous ce que c’est que la politesse, ou plutôt ce qu’elle devrait être ? Ce n’est pas demander, avec une feinte sympathie, des nouvelles de sa santé à un raseur, car si quelqu’un vous ennuie, vous ne l’aimez pas, votre politesse est un mensonge, elle vient des ténèbres et enfante des ténèbres. Ce n’est pas énorme, évidemment, mais si nous ne faisons pas les petites choses, comment pourrons-nous en entreprendre de grandes ? Le salut de Gabriel est donc animé d’un sentiment sincère. Quelles sont les qualités des anges ? L’obéissance, l’innocence. Sans cela ils ne seraient pas anges. Puisque Gabriel salue la Vierge, c’est qu’il reconnaît dans cette femme une pureté et une obéissance plus grandes qu’en lui-même... Et que veulent dire ces paroles : pleine de grâce ?
La Sainte-Vierge était belle, mais pas comme on entend ce mot chez les artistes. L’intensité de la vie intérieure modelait son visage ; il était extrêmement mobile ; et comme elle faisait toutes choses de tout cœur, sa figure exprimait, pour chacune de ses actions, le type idéal de la faculté qu’elle utilisait.
Et l’article sur la Salutation angélique se termine sur cette affirmation : « La prière à la Vierge est plus facilement entendue », or, on sait qu’après la mort il y a un jugement individuel. « À ce tribunal, la justice est représentée par les génies (anges) qui avaient mission de nous surveiller, de nous aider et de nous guider ; si nous n’avons pas utilisé leurs offices, ils le disent. Mais le Ciel intervient toujours pour pallier nos fautes et excuser nos négligences. Or, la forme du Ciel, le rayon de l’Absolu le plus proche de la terre, c’est la Vierge ; voilà pourquoi la religion nous la présente comme secourable aux agonisants. »
Parlant de la prière, de son utilité et de son efficacité, ainsi que des entités de l’Au-Delà, des anges qui l’entendent, Sédir donnera ce conseil précieux :
Si vous voulez que votre chambre soit pure, faites-en le temple du vrai culte, je veux dire exercez-y le bien, l’indulgence ; ne vous y mettez pas en colère ; n’en laissez pas les murs entendre des paroles inutiles ou malignes ; il y a partout des yeux et des oreilles qui nous observent et nous écoutent ; donnez le bon exemple, même aux êtres que l’on croit inanimés.
C’est particulièrement dans ses Conférences sur l’Évangile que Sédir fait de nombreuses allusions à l’intervention des anges dans la vie de chacun de nous ; nous allons en donner une série d’exemples instructifs :
Le Père, après avoir créé les êtres, en suit la marche, pour en prévenir les écarts. Chacun de Ses gestes de sollicitude est un ange, intelligent, individuel et libre.
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Les Anges se manifestent aux personnages de l’histoire sacrée pendant la veille, pendant l’extase ou pendant le sommeil ; cela dépend de leur nature et de l’état psychique de l’individu. C’est pendant le sommeil que la perception est la plus facile ; il est inutile et indiscret de les appeler de son propre chef ; si on a besoin d’une lumière, c’est au Père lui-même qu’il faut demander, et Lui désigne le messager qu’il juge convenable, en lui fournissant les moyens pour se faire comprendre avec netteté, même au moins intuitif et au moins clairvoyant.
En tout cas, si vous demandez des renseignements aux Invisibles, même par des moyens un peu illicites, cela vous oblige à leur obéir, sous peine de difficultés ultérieures plus grandes que celles auxquelles vous avez voulu échapper.
L’ange indique à Joseph le nom que doit porter l’enfant miraculeux. Il y a là une raison très nette : l’importance occulte du nom.
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À propos de l’action des démons dans le monde, Sédir reprendra presque textuellement l’enseignement de Maître Philippe :
Ainsi les démons, adversaires, comme les anges serviteurs du Christ existent tous ; ils ont été créés avant l’homme ; l’esprit de ce dernier est l’un de leurs principaux champs de bataille. Nous avons tous en nous du bien ou du mal inné ; nous recevons aussi les visites plus ou moins longues des soldats de la Lumière et des soldats des Ténèbres. Notre mission consiste à utiliser les secours intellectuels, moraux, psychiques que nous apportent les anges, pour faire évoluer le ou les démons qui sont les hôtes temporaires de notre esprit. L’une des récompenses de nos travaux, c’est que le mal, ou le représentant du mal que nous sommes arrivés à purifier, finit par devenir une partie intégrante de nous-mêmes. Et ce pouvoir immense donné à l’homme s’étend des profondeurs de ses organismes internes jusqu’aux trois règnes de la nature terrestre, jusqu’aux hiérarchies invisibles dont nous sommes les guides (ou bien plutôt ne sont-ce pas les hiérarchies qui sont nos guides et messagers-serviteurs ?).
Il est difficile d’aimer son prochain. Dès que l’ange de la compassion est parvenu à se trouver une place dans notre esprit, les volontés de la chair et du sang s’efforcent de prendre à leur bénéfice la lumière que cet ange émane. De sorte que, après avoir aidé un de nos frères, spontanément, simplement, il arrive que nous commençons, sans nous en apercevoir, à l’aimer.
Tout homme, si sage et si vertueux soit-il, aura, un jour ou l’autre, besoin de la miséricorde divine ; s’il nous fallait réparer, selon une stricte justice, tout le mal que nous causons, avec ses suites, notre travail n’aurait pas de fin, d’autant plus qu’en le faisant, nous commettons sans cesse de nouvelles fautes ; c’est pourquoi la grâce divine intervient de temps à autre, soit par le ministère de l’ange gardien, soit par celui d’autres envoyés, et nous remet l’arriéré de notre dette. Pour s’unir au Ciel, il faut agir comme Lui et faire miséricorde dans notre petit cercle d’influence, comme Il fait pour le monde entier.
« Pardonne-nous nos offenses comme nous les pardonnons aux autres. » On peut se demander si la plupart des gens qui profèrent cette parole de la Prière du Maître sont vraiment conscients de sa terrible portée ? À ce propos, Sédir émet quelques réflexions à retenir :
Une injure, de même que n’importe quel acte, n’est viable que par le sentiment cardiaque qui lui a donné naissance. Ce sentiment est un acte ou une parole dans son plan, dans le cœur universel, dans cette voie centrale qui est le séjour du Verbe et de ses agents. Les êtres commis par Celui-ci à notre protection, les anges gardiens, connaissent nos actions par les sentiments cardiaques qui les déterminent. Ils voient donc l’offense, la vengeance ou le pardon. La paix ne peut par suite se conclure qu’entre quatre personnes, les deux hommes et leurs deux guides ; et comme nous changeons de guide sans cesse, si ce pardon n’est pas donné de suite, il faudra, pour qu’il soit valable, attendre, dans l’enchevêtrement de la vie, que le destin nous remette en présence de notre ennemi, et que nous retrouvions chacun l’ange que nous avions lors de l’insulte.
Le Christ ne violente aucune liberté ; Il laisse les êtres agir, même de travers ; Il se contente de les retenir quand ils glissent sur le flanc de la montagne ; Son bras secourable se nomme l’ange gardien.
Celui qui lèse un disciple, lèse le Maître, et la pénalité qu’il encourt est très sévère.
Car l’homme n’est jamais seul ; des sociétés l’entourent, chacune dans un plan d’existence spécial ; quand il est conscient de l’une, il est inconscient de l’autre, bien qu’elle soit tout de même présente ; la course des planètes autour du soleil et des satellites autour des planètes offre une image de ces mouvements. Mais il existe une sphère très centrale en nous, dépendante du soleil invisible, et à la porte de laquelle se trouve l’ange gardien que le Père commet à notre assistance. Cet être perçoit sous leur forme essentielle tous nos gestes, toutes nos paroles, nos sentiments, nos pensées, tous nos visiteurs, les génies, les diables et les circonstances externes.
Ce témoin céleste de notre vie est la forme spirituelle de la sollicitude divine qui s’incline vers chacun de nous personnellement. Il nous accompagne et essaie de nous guider. Si nous le suivons, il nous emmène vers Dieu par le plus court ; si nous ne l’écoutons pas, c’est lui qui nous suit, malgré notre obstination. Et cette présence inéluctable aggrave notre responsabilité.
Sédir, comme son Maître Philippe, partisan de la loi de réincarnation, revient sur la question capitale du pardon des offenses et des injures ; on ne saurait trop répéter combien la question est d’actualité et combien nous avons avantage à pardonner tout de suite, si nous ne voulons pas être liés indéfiniment à la chaîne des renaissances expiatoires : écoutons-le encore une fois :
Celui qui ne vainc pas ses rancunes se rive un lourd boulet. On ne sait pas assez que tous nos actes ont une contrepartie invisible. À notre côté se tiennent jour et nuit notre ange gardien et notre démon, qui sont nos témoins constants, et un guide temporaire qui change de temps à autre ; ils perçoivent non pas la forme physique de nos actes, mais les sentiments qui en sont les sources. Ils se souviennent de tout malgré les morts et les renaissances. Une conversation, une dispute ne se passent pas entre deux interlocuteurs, mais entre quatre ; les deux hommes et leurs deux guides. Le bon ange et le mauvais interviennent dans notre conseil intérieur ; mais notre décision une fois prise, les deux guides la suivent ; comme nous en changeons plusieurs fois par existence, si nous rencontrons notre ennemi quelque temps, lui et nous n’avons plus les mêmes guides, et la réconciliation que nous tenterions alors ne peut être complète. Il faudra donc attendre, parfois plusieurs vies, pour que chacun des adversaires retrouve le guide qu’il avait au moment de la dispute et qu’ils se retrouvent eux-mêmes en présence sur ce plan physique ; on aperçoit de suite combien il importe de faire la paix entre nous, au plus tôt et sans se lasser.
On retiendra cette qualification du Diable qui situe bien le néfaste personnage :
Le diable est le cancer de la création, le grand obstacle, le grand ennemi. La première chose dont il soit l’adversaire, c’est la Vie ; c’est pour cela que le Christ l’appelle « meurtrier dès le commencement ». Il s’oppose ensuite à l’image de la Vie, à la Vérité ; c’est pourquoi il est « le père du mensonge ».
Enfin, dans Initiations, Sédir, par la bouche de l’Initié Andréas, dira, et cela toujours dans la ligne et en parfaite concordance avec l’enseignement de Maître Philippe : « Lisez l’Évangile avec la plus grande simplicité, avec toute votre candeur ; peu à peu, ce qui vous semble insipide vous deviendra savoureux ; la loi est simple ; tout est simple... Faites ce qu’on vous demande, mon enfant... Servir est votre devise... ; celui qui sert les hommes sera servi un jour par les anges... »
Pour avoir une idée encore plus complète de l’enseignement de Maître Philippe en matière d’angéologie, nous rapporterons les notes prises par un de ses élèves directs, Alfred Haehl, notes consignées dans son excellent livre : Vie et paroles du Maître Philippe.
Au chapitre Anges Gardiens, nous lisons :
Sur la terre nous progressons tous vers le bien et à chaque période où notre âme se perfectionne et fait un pas pour notre avancement, nous changeons de guide et, celui qui vient est à son tour plus avancé que le précédent.
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Pensez-vous que, lorsque Dieu vous a envoyés en ce monde, Il vous a envoyés seuls ? Non. Lorsque Dieu a créé l’homme, Il l’a créé simple et ignorant toute chose. Nous sommes suivis depuis notre plus tendre enfance jusqu’au-delà de la tombe.
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Car nous ne sommes jamais seuls ; nous avons toujours avec nous notre guide, notre ange gardien. Il est notre conseiller. Lorsque nous sommes tentés par le mal, il emploie tous les moyens possibles pour nous en détourner ; c’est la voix qui nous dit : « Ne fais pas cela, c’est mal. » Il ne réclame de nous qu’un peu de bonne volonté. Si nous succombons à la tentation, nous lui faisons de la peine et il pleure.
Cet ange préside à notre naissance ; il est à notre chevet, et nous suit pendant notre vie jusqu’à notre mort. Là un autre vient à nous.
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L’âme est jugée devant un accusateur, notre mauvais ange, et un défenseur, notre ange gardien.
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Vous vous étonnez que, malgré l’existence et la protection de notre ange gardien, nous commettions encore des fautes. Supposez que vous soyez un tout petit enfant et que l’on vous confie aux soins d’une bonne ; elle vous mène promener dans un terrain accidenté où se trouvent des pierres et des ronces. Bien qu’elle vous donne la main, vous trébuchez parfois, vous tombez et vous vous piquerez, mais ne sera-ce pas là le seul moyen pour que vous réfléchissiez, pour que vous appreniez à marcher et pour que vous vous fortifiiez ?
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Si vous ne voulez pas avoir d’ange gardien, progressez et on vous le retirera.
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Alfred Haehl rapporte une anecdote contée par Maître Philippe lors d’une des réunions au local, rue Tête d’Or ; elle est grosse de signification ; elle nous apprend que, de l’autre côté, on s’occupe beaucoup plus de nos faits et gestes que nous ne le croyons :
Un jour, il est venu à la séance un grand agent (de police) blond, en bourgeois. Au moment où j’ai prié les gens de se lever comme d’habitude, il est resté assis, le chapeau sur la tête. Il a roulé une cigarette et s’est mis à fumer. À ce moment, j’ai vu un ange qui traversait le plafond de la salle et qui est venu à lui et l’a marqué sur le Livre de Mort. Trois jours après, il était mort. Et il est bien différent de n’être pas marqué sur le Livre de Vie et d’être marqué sur le Livre de Mort.
La description par le Maître Philippe de l’Ascension du Christ est à retenir ; rappelons, si nous voulons réaliser la valeur de la déclaration du Maître, que cet Envoyé de Dieu avait la faculté de se mouvoir dans les trois plans et de lire les clichés astraux : « Lorsque le Christ est monté au Ciel devant ses apôtres, Il était assis de côté dans un trône. Des anges l’entouraient et il était porté sur des nuages blancs, rouges et noirâtres, à cause de l’épaisseur. Il tenait une main levée, trois doigts en l’air. »
Comme nous l’avons déjà relevé, Maître Philippe croyait à l’existence du Diable et à celle des démons, êtres voulus et tolérés par Dieu :
Dieu, quand il a créé le monde, a créé des êtres inoffensifs ; Il a créé aussi des êtres infernaux. Il les a créés sciemment. Tout ce que Dieu a fait. Il l’a fait en connaissance de cause.
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Le démon existe, c’est certain et nous ne devons pas nier l’existence des esprits infernaux, ce serait nier les esprits bienfaisants, mais il ne faut pas être superstitieux.
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Il y a des démons attachés à la matière, d’autres à l’air, qui sont déjà assez méchants ; ils produisent les orages, etc... D’autres dans le mental ; ils attaquent les hommes déjà forts, les saints, par les tentations.
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Nous avons le bien et le mal en nous. Le mal n’est pas autre chose que le démon, et nous-mêmes nous ne sommes que des anges déchus.
Les idées de mal que nous avons sont bien des idées du démon ; mais nous n’avons qu’à bien faire.
Nous avons déjà appris que le saint Curé d’Ars croyait à l’existence des anges tutélaires et des démons persécuteurs ; il est intéressant de relever une anecdote racontée par Maître Philippe d’où il ressort que ses pouvoirs extraordinaires avaient été connus longtemps à l’avance par le Curé d’Ars :
Le curé d’Ars, nous dit un jour M. Philippe, était un pasteur envoyé pour protéger les brebis. Un jour il vint à lui une mère avec son enfant atteint depuis longtemps de double paralysie infantile ; il ne marchait qu’avec des béquilles. Le curé d’Ars l’examina et dit : « Pour nous, nous ne pouvons rien faire qu’empêcher le mal d’augmenter, mais dans quelque temps vous trouverez un jeune homme qui le guérira. » La femme partit et, plus tard, à Lyon, elle vint par hasard me trouver. L’enfant était assis sur une chaise ; moi je voyais qu’il était guéri. Je dis alors à la femme de monter avec son fils à Fourvière et d’y suspendre les béquilles en ex-voto, et comme la femme me répondait qu’il ne pouvait pas, je dis à l’enfant de se lever et de marcher et il le fit aussitôt.
Enfin nous quitterons Maître Philippe sur cette parole qu’il proféra un jour :
« Mon ange gardien, c’est Dieu. Aussi vos anges gardiens ne peuvent-ils voir le mien. Je suis le seul à n’avoir pas d’ange gardien. »
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SECTION V : Le Sâr Péladan et l’Angéologie.

Comme nous l’avons déjà dit, c’est au Sâr Péladan et à Maître Philippe que nous devons le bonheur de nous être penché plus spécialement sur la question des anges et sur celle de leurs différents ministères. Nous avons reçu en don, de M. Gérard Nizet, libraire à Paris, une lettre autographe de Péladan, lettre ayant trait à la grande Prière pour la Paix. Il y est question justement des attributs des neuf Chœurs des anges. Cette lettre de Péladan a été de plus, pour nous, l’occasion d’une communication de l’invisible dont nous avons rapporté le détail dans la Note III du quatrième tome de notre étude sur La Pensée et les Secrets du Sâr Joséphin Péladan.
Tout d’abord, lisons cette fameuse lettre :
Mon cher confrère,
Je vous envoie de la copie qui, à première vue, peut vous paraître singulière. Elle le serait, si notre race ne jouait pas son destin, si Reims n’avait pas été saccagée, si la foi ne revenait pas à grands coups d’aile.
C’est une prière, la grande prière ; des esprits très divers m’ont assuré que l’heure la rendait insérable. Je vous prie de bien vouloir le dire à M. Capus. L’accueil fait par le « Figaro » au prophétisme n’a pas été regrettable ; cette page mystique plairait à beaucoup.
Inutile de vous dire que cela est fait, en marqueterie soigneuse, dans le style le plus pur de l’oraison du treizième siècle : les anges des contreforts de Reims approuveraient. Je les prie de protéger, auprès de vous, cet essai.
Vous pourriez le mettre comme vous mettez les poésies, au cœur de la page.
Si vous jugez que la Grande Prière aura plus d’accueil à l’état anonyme, je renoncerai volontiers à signer ; on attribuera ainsi l’ouvrage à quelqu’un de plus incontesté que moi. Mais, si M. Capus n’en veut pas, je vous prierai de me retourner ces pages, pour un autre destin.
Péladan.
Cette Grande Prière pour la Victoire a été insérée par Péladan dans un ouvrage publié en 1917, L’Art et la Guerre (pp. 359-367) ; elle est présentée sous le titre de Prière médiévale aux neuf Chœurs et constitue par elle-même un remarquable exemple de littérature religieuse et mystique.
Avant de donner le texte intégral de sa Prière, Péladan a jugé utile de l’introduire par quelques remarques explicatives, afin d’en faire mieux comprendre le sens et l’esprit. Dans cet exposé, on retrouve des expressions identiques à celles de la lettre ; nous lisons en effet : « marqueterie pieuse d’épithètes traditionnelles » ; l’auteur spécifie bien que cette prière n’est pas d’invention pure, car elle est composée selon le style et l’esprit du Moyen Âge : « Il n’y a rien de nouveau ici, dit-il, que l’arrangement qui distribue à chacun des neuf Chœurs les traits qui le caractérisent, au lieu que ces traits se trouvent fondus et collectifs dans les oraisons. » Péladan fait remarquer que cette distribution est aisée pour celui qui consulte le Livre de la Hiérarchie Céleste (composé par saint Denys), ainsi que quelques manuscrits du fonds latin de la Bibliothèque nationale. De plus les magnifiques vitraux de Chartres et de Bourges sont très instructifs en matière d’angéologie. Voici au surplus comment Péladan complète sa pensée :
Quant à l’esprit de ce morceau, il est conforme à la piété du Moyen Âge, et surtout à l’âme française du treizième siècle, avec cette différence que, d’ordinaire, saint Michel se trouve seul nominalement évoqué, avec les légions d’anges qu’il commande en sa qualité d’archange. Ici la supplication remonte non seulement aux Principautés, mais aux six autres Chœurs figurés dans tant de verrières... Jésus, en ordonnant à Pierre de remettre l’épée au fourreau, s’écrie : « Penses-tu que je ne pourrais pas invoquer mon Père qui me donnerait à l’instant plus de douze légions d’anges ? »
Chaque fois que le chrétien a pu croire à la légitimité de sa cause, il a invoqué le secours des anges en même temps que celui de leur Reine.
La piété du Moyen Âge, qui ne savait pas lire et n’avait pas de livres, ne doit pas être estimée d’après les manuscrits, mais d’après ses vitraux et ses sculptures.
Et l’auteur termine son exposé de la succession hiérarchique des neuf Chœurs par cette synthèse remarquable :
Cette prière, formée d’oraisons médiévales, s’inspire de Dante : « l’amour s’épanche en neuf ordres d’amour. » Une victoire, dans l’ordre Surnaturel, est le fruit d’une triple opération. L’amour des Séraphins et l’intelligence des Chérubins s’unissent pour convaincre les Trônes. Ensuite les Dominations harmonisent ce vœu avec leur indépendance et l’obéissance des Vertus ; alors les Puissances s’émeuvent. Enfin les Principautés se concertent et les Archanges lancent à l’attaque les légions des Anges.
Maintenant nous voilà bien préparés pour lire et méditer avec fruit cette remarquable Prière pour la Paix.
I. AUX SÉRAPHINS
Génies du feu, esprits incandescents, vivants encensoirs de la Divine Majesté, miroirs de l’ineffable complaisance ; et au cercle parfait, suprêmes perfections.
Cœurs sortis du cœur adorable, vous les tendres, vous les ardents ; vous les premiers bénis d’entre les êtres ; vous dont on ne voit que la tête, visages du mystère, chaleureux et profonds.
Ô vous qui souriez sans cesse, sphinx heureux de la charité, suspendez vos joies extatiques ; et voyez s’il fut jamais une pitié plus grande qu’aujourd’hui, la pitié de la France.
Au nom de l’éternel amour qui vous embrase, Séraphins, obtenez, pour nous, la victoire !
La défaite des Francs serait l’affaissement de la Terre, ô rouges Séraphins !
II. AUX CHÉRUBINS
Esprits sublimes, dont la subtilité se joue dans le mystère comme en votre élément ; cerveaux d’omniscience, vous dont l’entendement embrasse, en un même penser, les trois termes du temps ; vous qui avez six ailes et qui couvrez d’un même vol le passé aboli et l’avenir naissant, la lointaine origine et son extrême parabole.
Penseurs prodigieux, devins et raisonneurs ; vous les lucides, vous les voyants, insignes et premiers confidents du dessein créateur ; de l’œuvre des six jours savants ordonnateurs et témoins intimes de la grâce.
Ô vous qui comprenez tous les secrets paraclétiques, interrompez votre contemplation et voyez s’il fut jamais une pitié plus grande qu’aujourd’hui, la pitié de la France.
Au nom de l’éternelle intelligence qui vous éclaire, obtenez, pour nous, la victoire !
La défaite des Francs serait sur la terre, la ruine de l’esprit, ô Chérubins !
III. AUX THRONES
Roues immobiles au char du triomphe divin, roues ardentes qui montrez les ailes séraphiques et les yeux chérubins ; symboles de l’amour et de l’esprit unis pour le siècle des siècles ; arbitres vénérables sans qui le cœur s’égare ou se sèche l’esprit, modérateurs prestigieux, recteurs infaillibles des cieux.
Maîtres de l’idéal et inventeurs de l’Archétype, vous donnez la paix aux créatures en combinant le nombre, le poids et la mesure, par un conseil divin, constamment obéi.
Vous qui siégez, énigmatiques et magnifiques, arrêtez votre soin rythmique et voyez s’il fut jamais une pitié plus grande qu’aujourd’hui, la pitié de la France.
Au nom de l’harmonie qui vous inspire, obtenez, pour nous, la victoire !
La défaite des Francs serait sur terre un défi à l’ordre éternel, ô Thrônes !
IV. AUX DOMINATIONS
Esprits de liberté, beaux êtres sans contrainte, qui volez dans la voie parfaite comme le fer court à l’aimant ; votre loi est l’enthousiasme ; vous reflétez la pensée rectrice que les Thrônes ont édictée et vous pénétrez tous les mondes avec la force et la vitesse des rayons.
Génies des surprenants miracles, inspirateurs des vrais oracles, vous les fidèles, vous les persévérants, le bâton d’or de vos commandements semble le geste de Dieu même.
Créatures que l’adoration identifie au Créateur, arrêtez votre élan mystique et voyez s’il fut jamais une pitié plus grande qu’aujourd’hui, la pitié de la France.
Au nom de cette indépendance qui vous enivre, obtenez, pour nous, la victoire !
La défaite des Francs serait l’asservissement de la terre au démon, ô Dominations !
V. AUX VERTUS
Forces morales, divines habitudes, règle des saints, disciplines des justes, salutaires austérités par qui le ciel au fond de l’homme se réalise, lampes toujours pleines d’huile, certitudes, clartés, gages éclatants de l’immortalité, ô fleurs et fruits de l’âme, aspects de l’Absolu ; Prismes des perfections, prestiges qui suffirent à l’incarnation ; excellences qui ouvrez les portes d’allégresse, parcelles de mystère et molécules d’infini.
Ô vous, allègrement courbés sous votre croix de gloire, arrêtez vos saints exercices, et voyez s’il fut jamais une pitié plus grande qu’aujourd’hui, la pitié de la France.
Au nom de cette obéissance qui vous mène, obtenez, pour nous, la victoire !
La défaite des Francs serait le triomphe des vices, ô Vertus !
VI. AUX PUISSANCES
Vous qui portez l’étole sur l’aube blanche et tenez le bâton du thaumaturge, génies des causes secondes, habiles alchimistes qui tirez du ciel tous les éléments de la vie et qui avez reçu le feu des Séraphins et l’air des Chérubins, l’eau des Vertus et la terre des Dominations, Œlohim de la Genèse, artistes et savants, sculpteurs et physiciens, ordonnateurs de l’Univers et, sous l’influx d’en haut, inventeurs d’espèces et de catégories.
Ô vous, maîtres des formes et régents des séries, suspendez vos belles entreprises et voyez s’il fut jamais une pitié plus grande qu’aujourd’hui, la pitié de la France.
Au nom du saint pouvoir que vous tenez, obtenez, pour nous, la victoire !
La défaite des Francs serait, sur terre, le retour du Chaos, magnanimes Puissances !
VII. AUX PRINCIPAUTÉS
Guerriers resplendissants, cuirassés d’or et casqués d’escarboucle, aux boucliers de diamant et aux manteaux de pourpre, qui avez l’arc-en-ciel pour étendard, et la foudre pour glaive, et le tonnerre pour trompette, capitaines de la justice et chevaliers du droit.
Génies des races, génies des empires et des cités, feudataires du royaume éternel, consuls de l’au-delà auprès du genre humain, de l’Agneau triomphant admirables vicaires.
Ô vous qui gardez l’Univers des entreprises infernales, voyez celle qui nous accable et s’il fut jamais une pitié plus grande qu’aujourd’hui, la pitié de la France.
Au nom du mandat qui vous nimbe, obtenez, pour nous, la victoire !
La défaite des Francs serait votre propre défaite sur la terre, Principautés !
VIII. AUX ARCHANGES
Vous les sept que vit Johannès, toujours présents et toujours prêts à l’ordre du Très-Haut, éclairs de sa suprême volonté, ordinaires officiers de sa pitié, de sa colère.
Michel, le peseur d’âme, qui avez terrassé Satan à l’aurore des âges ; Raphaël, qui avez guéri les yeux du vieux Tobie et qui agitiez l’eau de la piscine, à Bethsaïda ; Gabriel, qui avez annoncé à Marie son fils et son sauveur, ternaire merveilleux du héros, du thérapeute et de l’initié.
Et vous quatre, tellement identiques au Verbe que vous êtes sans nom, confondus aux œuvres mêmes que vous faites.
Arrêtez-vous en vos exploits et voyez s’il fut jamais une pitié plus grande qu’aujourd’hui, la pitié de la France.
Au nom de vos prouesses renaissantes, obtenez, pour nous, la victoire !
La défaite des Francs vous serait imputée à vous, les sept assistants du Seigneur, Archanges !
IX. AUX ANGES
Messagers du Mystère, invisibles soldats des batailles divines, dont la face scintille comme l’étoile du matin, et que Dante a vus tous si beaux, mais différents chacun d’éclat et de prestige.
Porteurs de grâces et manieurs d’épée, délicieux et terribles, suaves et tragiques, car vous poussez d’un même mouvement les purs au ciel et les mauvais à la géhenne ; ici vous annoncez les naissances bénies, là vous exterminez les hordes de Sinnakirib.
Vous qui manifestez tour à tour la bénignité du pardon ou l’implacabilité de la justice.
À l’œuvre donc ! Voyez s’il fut jamais de plus grande pitié qu’aujourd’hui, la pitié de la France.
Au nom de cette garde sainte, en qui vous nous avez, obtenez, pour nous, la victoire !
La défaite des Francs serait la fin de votre culte, ô cohortes du Verbe, légions du ciel, Beaux Anges !
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Chœurs enivrés de la contemplation divine qu’échauffe et illumine le reflet de la Trinité ; vous qui puisez l’amour au cœur de l’amour même, bienheureux sans efforts et amants sans dégoûts ; vous qui planez dans l’incessante extase, adorateurs sans intermédiaires, oiseaux spirituels dans le souffle incréé, poissons qui vous jouez dans l’Océan de grâce, chanteurs du cantique sans fin, échos toujours vibrants du Saint des Saints, arrêtez vos rondes concentriques, écoutez le cri de la terre.
Elle a fait son effort, faites votre miracle !
Donnez-nous la victoire !
La défaite des Francs serait la défaite du Christ,
ô Chœurs célestes !
Ainsi soit-il.
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On le réalise, la lecture attentive de cette Grande Prière pour la Paix indique nettement les attributs des neuf Chœurs, ainsi que leur ministère auprès des hommes. La fin de cette invocation aux neuf Chœurs est à mettre en parallèle avec un semblable appel aux mêmes entités que l’on trouve dans un autre ouvrage de Péladan, La Torche renversée ; nous voulons parler de la scène de la purification de l’église de la Part-Dieu, effectuée par le mage Mérodack, alias Péladan ; nous en donnerons le texte intégral quelques pages plus loin. Il y a de grandes chances pour que la composition de ces deux exposés datent de la même époque, soit une année avant la mort de Péladan, La Torche renversée étant une œuvre posthume. D’où il appert que l’angéologie de Péladan n’a pas varié au cours de sa carrière, car nous retrouvons les mêmes enseignements épars tout au long de son œuvre monumentale.
Dans la Préface d’un livre plein d’enseignements et de vues profondes sur le devenir humain, La Terre du Sphinx, Péladan, exposant la suite des nombreux ouvrages qu’il a l’intention de publier, fait une remarque bien révélatrice de sa conviction en l’assistance perpétuelle de l’ange gardien ; ayant posé en principe qu’il écrirait, entre autres, une Histoire des Idées et des Formes, il dit : « L’écrira-t-il ? – Son ange le sait, non pas lui. » Dans le Dernier Bourbon, douzième roman de l’éthopée, l’auteur, effrayé par certains signes avant-coureurs de la décadence latine, s’écrie :
Finis latinorun !
– Qu’espérer ?
– Rien des hommes ! Mais là-haut,
s’écria Ghuibor, les neuf Chœurs
frémissent d’une indignation sainte
qui monte à travers les sphères
jusqu’aux pieds du Tout-Puissant.
Les anges attendent un signal
pour paraître avec l’épée de feu.
Quand on sait que Le Dernier Bourbon parut en 1895, cette exclamation de Péladan prend une allure prophétique, comme du reste beaucoup d’autres pensées qui émaillent toute son œuvre.
Nous allons maintenant reproduire, du Bréviaire du Rose-Croix, toute une série de passages extraits de l’œuvre péladane et ayant trait au ministère des anges :
Les anges, purs esprits, confirmés dans la grâce et dont la volonté se fond avec la volonté divine, forment l’échelle de Jacob, reliant le ciel à la terre et l’homme à Dieu.
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Les Œlohim de la Genèse, littéralement Eux-de-Lui, forment l’homme d’après leur ombre portée. L’homme serait ainsi l’ombre de l’ange.
Les Œlohim (les anges) sont nos créateurs immédiats, ils nous ont modelés. Quoi de plus logique que de les convier au salut, à la correction, à la conservation et à la perfection de leur ouvrage. Les Saints sont, pour la plupart, plus loin de nous que les anges, étant plus hauts, car il y a des mérites inconnus aux anges : Celui qui triomphe dans la vie douloureuse dépasse la vie angélique.
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La série surnaturelle à l’homme, l’Angélie, qui a inventé notre forme, se penche avec amour sur l’œuvre de ses mains et l’ange gardien de la dévotion figure un adorable mystère.
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Quelques êtres suréminents ont tenté d’obtenir, des Esprits célestes, inspiration, bénédiction, illumination : et les œuvres sont là pour témoigner qu’il y a communion possible d’eux à nous et combien féconde.
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La série humaine communique avec les deux autres qui l’avoisinent, en haut comme en bas, et, pour le métaphysicien, l’homme est la chrysalide d’un ange et non d’un gorille l’avatar.
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Comme notre corps a une odeur, notre âme produit un halo fluidique qui tient à nous comme l’auréole et le nimbe à Dieu et à ses saints dans les fresques.
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Sans approfondir la question de l’ange gardien, il est de foi qu’on peut se concilier les anges par la pratique des vertus qui leur sont chères. Ils prisent par-dessus tout la chasteté, la dévotion à la Vierge et la fuite du monde. Les moyens de les attirer étant des vertus, cet entraînement, même s’il ne se couronne pas de visions, ne saurait être perdu.
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Il y a une série spirituelle immédiatement supérieure à l’homme ; et la religion assure que des rapports de prière et de grâce, c’est-à-dire de charité, peuvent exister entre les anges et les hommes.
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Quant aux esprits de lumière, s’il est donné à l’homme de les attirer, ce ne peut être qu’en devenant lumineux et similaires à eux-mêmes ; et comme ils se montrent aux âmes pures plutôt qu’aux esprits cultivés, c’est l’ascèse catholique qui guide en ce domaine.
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Les anges sont les divins oiseaux du ciel qui sont présents là où l’Église militante supplie pour l’Église souffrante.
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Les anges eux-mêmes l’ont dit : la paix est au prix de la bonne volonté.
Les malheurs de la passion naissent du mauvais vouloir.
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Les anges agissent constamment et cela tout autant si ce n’est plus dans les vies cachées que dans les illustres.
La dévotion n’utilise pas ces purs et charmants esprits autant qu’elle le pourrait. De même que la grâce est une possibilité qui se réalise dans certaines conditions, de même les anges, les messagers de la grâce, en dehors de leur service régulier, ont la latitude de favoriser leurs préférés, c’est-à-dire ceux qui les préfèrent eux-mêmes.
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Je crois, non avec la foi que j’ai reçue, mais avec celle que j’ai faite ; et trop sage pour penser qu’on relie le ciel et la terre par des abstractions, je verse dans la croyance ce que j’ai trouvé de pur dans l’initiation ; et j’ai trouvé le mystérieux moyen de conjurer les anges ; c’est de les suivre dans leurs plus nobles soucis, de l’épouser et de s’associer à leur majeure volonté : Secourir les âmes du Purgatoire.
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Un exemple à suivre ressort d’une déclaration de l’abbé Alta à une fidèle :
« Vous avez pensé à mon intérêt spirituel à un moment où il était légitime de ne songer qu’à vous. Votre ange gardien a souri à ce trait vraiment religieux. »
L’ange doit être conçu dans la formule la plus immatérielle possible, car il n’emprunte un corps organique qu’un instant pour remplir un mandat déterminé qui lui est assigné par Dieu.
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Les anges sont les êtres intermédiaires entre le mortel et l’immortel.
L’ange a des ailes, significatives de sa sphère ; envoyé de Dieu, il descend pour accomplir sa mission et remonte dès qu’elle est accomplie.
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Au-delà de l’humaine portée,
Il est une zone éthérée, solitaire,
À mi-chemin de cette terre et de l’esprit ;
Là les esprits peuvent descendre,
Là les hommes élus peuvent monter.
Entre le subtil et l’épais, c’est l’intermonde.
Séjour vermeil où se font les échanges,
Entre daïmons humains et anges.
Vaste frontière entre le temps et l’éternité.
Et maintenant, comment concevoir les figures des anges ?
Voici le Credo artistique de Péladan :
Il y aura toujours plus d’honneur à concevoir les figures du ciel qu’à copier celles de la terre, et à peindre des anges que des hommes.
Les sujets spirituels seuls méritent de tenter les vrais artistes, ne serait-ce que par leur difficulté. Ce qu’on dédaigne dans la réalité, qu’on le dédaigne aussi dans l’art.
Dans l’œuvre, la règle est la beauté, résultant de la triple perfection de la forme, du sentiment et de l’idée.
On commence par la beauté extérieure, et on peut se féliciter de l’atteindre, puis on dégage l’âme.
Une œuvre se compose, comme un homme, de corps, d’âme et d’esprit.
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On pourrait définir la beauté : la recherche des formes angéliques.
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Derrière la beauté de l’œuvre et la volonté de l’homme, il y a les anges, qui parfois s’impatientent et changent le cours de la bêtise humaine.
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Admirer, c’est participer à la lumière des chefs-d’œuvre et s’associer à la série angélique.
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Rayonner la beauté et la bienveillance est pour la femme un office magnifique ; c’est là une fonction angélique, un rôle providentiel, quelque chose de si fécondant que la réalisation en serait presque sacerdotale.
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Au berceau du Sauveur, se pressent les deux types de l’humanité : les bergers et les mages.
Les bergers ont été amenés par les anges ; les mages sont venus d’eux-mêmes.
Un recueillement dans une maison de Dieu, avec prières aux anges protecteurs, fait descendre l’ombre qui bénit.
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Prends garde au Malin, mon fils ! Il rôde obstinément autour des monastères, ces donjons élevés pour défendre la terre des colères du ciel.
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Un cœur pur connaît le parler des anges.
Par ce qui précède, on se rend déjà compte de la richesse et de l’ampleur de l’enseignement du Sâr Péladan en matière d’angéologie.
Il nous reste à prendre connaissance de quelques pages de La Torche renversée. Cette œuvre posthume doit être considérée comme étant la plus révélatrice des idées spiritualistes du Maître.
Le Père Alta et son ami de toujours Mérodack (alias Péladan) sont assis le soir auprès de la fenêtre ; ils méditent : « Le premier coup de l’angélus tinta, les deux hommes se levèrent et se signèrent. Le ciel a parlé par le timbre de bronze, il a redit la plus mystérieuse des paroles.
« Un Ange annonça à Marie, et elle conçut du Saint-Esprit !
« – Qui a écrit le premier, qui a conçu ces mots fulgurants ? Un ange, la créature supérieure, l’esprit annonça à Marie la créature intermédiaire, l’humanité ; et la Créature conçut du Saint-Esprit, son Rédempteur. »
Autre épisode instructif, ce colloque entre les deux interlocuteurs précédents : « Ah ! Frère, le secret des secrets réside dans la faculté de voir l’idéal, en dehors de nos facultés... Savoir ce qui correspond au fait, pouvoir ce qu’implique le vœu, voilà les vraies supériorités. Il faut se le dire quelquefois pour ne pas s’infatuer, à propos de certains phénomènes d’intellection où l’homme se croit un ange et où il l’est peut-être, mais évidemment comme l’ange est homme, lorsqu’il en prend la forme et pour une brève mission.
« Le grand art de la vie, conclut Alta, serait donc d’être propre à l’acte angélique, quand la Providence le permet. »
Il nous reste à mettre sous les yeux du lecteur deux chapitres importants de La Torche renversée ; ils montrent combien Péladan était renseigné sur les entités peuplant le plan astral et le plan spirituel ; voici le premier tableau : L’Église hantée (chap. X).
Alta pense avoir institué dans son église un culte du soir à l’intention des âmes du Purgatoire ; Mérodack en doute.
Le moine et le mage, assis sur le premier banc et tournés vers l’autel, écoutaient chacun leur pensée dans l’Abbatiale pleine d’ombre.
Mérodack disait :
– Ce qui descend du ciel, figure, parfum, parole, malédiction ou bénédiction, emprunte aux anges, aux messagers, leurs ailes. Ce qui monte de la terre, pensées, larmes, prières, supplications ou adoration, emprunte ces mêmes ailes. Là où il n’y a pas de trace angélique, le ciel manque, et à la montée des prières comme à la descente des grâces.
Les Coelicoles (anges) viennent-ils à la Part-Dieu ? En ce cas tu es béni et ton œuvre sainte réjouit la troisième hiérarchie.
Cette hospitalité de nuit pour âmes errantes touche à un degré si rare de la Charité, que ton ange gardien, qui ne saurait se désintéresser de tes œuvres, a dû la signaler à ses radieux camarades. Ces beaux esprits assistent à la messe, invisibles et adorants, ne laissent aucun lien de charité sans la bénédiction de leur présence. Donc si on agrée ton noble vœu, en cherchant pieusement, nous découvrirons l’immanence angélique.
Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Cet arcane du diptyque d’identité entre le spirituel et le matériel t’est familier, toute vie se manifeste par le ternaire ; et l’arcane du dualisme s’augmente ainsi : ce qui est au milieu est à la fois comme ce qui est en haut et comme ce qui est en bas. Exemple, le purgatoire entre le ciel et l’enfer participe à l’espérance du premier et à la souffrance du second...
– Outre-Monde, il y a les purs esprits par essence, les esprits en état de purification et ceux qui sont purifiés, justes ou saints.
La mort ne tranche pas le destin si vite qu’on le dit ; on ne tombe pas en enfer comme par une trappe, on ne monte pas au ciel par un treuil de théâtre. Beaucoup d’âmes médiocres restent suspendues entre les deux destins... Le génie a deviné ce que la théologie la plus explicite ne dit pas. Chez Orcagna, l’Angelico, Michel-Ange, les anges pressent le mouvement, ils tirent à eux les élus, les disputent au diable et repoussent les méchants vers la géhenne. Sans eux cela traînerait en longueur, et cela traîne en effet. Beaucoup meurent dans un état intermédiaire entre l’élection et la réprobation. Le purgatoire doit être accepté par le pécheur. Combien d’entre eux hésitent devant la douleur rédemptrice, malades repoussant l’opération salvatrice. Le doute sur le salut, un des péchés irrémissibles, est un péché de l’autre monde. Il n’y en a plus d’autre à commettre, du reste. L’âme impure recule devant l’expiation, elle temporise. Ces indécis de la vie posthume, ces irrésolus de la désincarnation, où peuvent-ils être ? Le purgatoire est une grâce qu’il faut accepter, car le purgatoire doit être considéré comme sauvé. Une seule porte à ce château de feu, et elle ouvre sur le paradis. Crois-moi, l’âme du phénix qui se place lui-même sur le bûcher rénovateur n’habite pas toutes les poitrines. Saint Pierre hésita à marcher sur l’eau, la plupart rechignent à entrer dans le feu. Où sont-ils ces insoumis à la loi évolutive ? Ils errent, partout où peut errer une âme qui ne saurait monter et qui ne veut pas descendre, sinon dans cette zone éthérée qui permet aux hybrides d’exister encore un temps.
Tu aurais donc pour paroissiens nocturnes les déserteurs, les braconniers, les lâches, les niais, les hors-la-loi de la seconde mort.
Alta : Supposons-le. Ces âmes déclassées, ces âmes réfractaires ne méritent-elles pas le souci de la charité ? Ne suis-je pas dans mon ministère en les exhortant ?
Mérodack secoua la tête.
– Ceux que la mort n’initie pas ne s’initieront jamais ; ils deviendront des réprouvés par cela seul qu’ils ne sont ni purs ni pénitents.
Te figures-tu que le salut de l’âme se décide au froidissement du corps ? Ce ne serait ni juste, ni raisonnable. Ce jugement particulier qui suit la mort et qui classe le défunt se distingue tout à fait du grand jugement dit universel, non parce qu’il concerne tous les êtres, ce qui va de soi, mais il englobe les vies de chaque être et il confirme simplement l’évolution intellectuelle.
Alta l’interrompit :
– Il viendra juger les vivants et les morts, s’entend de la vie de la grâce.
Mérodack se tourna vers lui :
– Eh ! bien, tu officies pour des morts, en ce sens-là, des êtres qui, au lieu d’accepter l’expiation, rôdent dans le stupide espoir d’échapper à la gendarmerie céleste.
Le père Alta écoutait avec un déplaisir profond, et si sa curiosité n’eût pas été excitée, il aurait interrompu Mérodack, lorsque celui-ci reprit :
– Il y a enfin une derrière hypothèse, la pire.
– Je suis un halluciné ! s’écria le moine, je projette ma pensée qui me revient affective et trompeuse.
Mérodack : Ce serait moins grave que les coagulations fluidiques ; ce qui vit, même imparfait, rayonne des potentialités fortes ou infinitésimales, qui obéissent à la même loi de groupement. Chaque atome tend à en rencontrer un autre et à se moléculariser ; ainsi le veut la Norme des perpétuités... L’atmosphère terrestre est double, gazeuse pour les corps, fluidique pour les âmes ; et les âmes exhalent des effluves comme les corps. Malades, elles projettent de la contagion, et quand elles meurent, elles répandent de véritables poisons. L’odeur d’iniquité fait pendant à l’odeur de sainteté ; et quoique le mot disconvienne à une essence, les âmes pourrissent en quelque sorte ; l’obscurité les corrode.
On trouve dans l’astral, outre l’émanation des vivants, celle des désincarnés sans feu ni lieu. Certains n’ont plus de force et végètent à l’état errant, en attendant de se résoudre à néant.
Qu’on les appelle larves avec Goethe, ou migrations de l’astral, ces vibrions, ces émanations pauvres obéissent à un instinct parasitaire et se suspendent aux volontés qui peuvent les nourrir ; ils substantent leur vie précaire comme des vampires fluidiques, se précipitent vers ceux qui sont hors de leurs sens : les désespérés, les fous, les violents, les rêveurs d’impossible, les êtres en proie à une idée fixe. En les coagulant, le sorcier jette ses sorts... Ces coagulats ne servent qu’à des œuvres noires, à des opérations de la haine... Ils fournissent des éléments affectifs à la tentation de saint Antoine, aux paniques, aux courants absurdes de l’opinion et de la foule. À l’appel des passions, ils accourent, car les passions les vivifient ; ce sont les démons du Moyen Âge, les conspirateurs des révolutions, la matière essentiellement plastique des désordres, depuis ceux de l’entendement jusqu’à certaines maladies nerveuses. Anonymes par eux-mêmes, ils prennent le nom du sentiment qu’ils manifestent.
D’une exclamation indignée le moine protesta :
– Cela te révolte que les mêmes éléments servent à des fins opposées ! La volonté modèle à son image ce qu’elle touche et qui ne lui résiste pas. Il n’y a pas une matière précieuse et spéciale pour les grands desseins, ils se réalisent avec les mêmes éléments que les plus bas, puisque Dieu s’est fait homme et se fait chaque jour hostie.
Une sourde colère agitait le moine :
– Pour te convaincre, il faudrait que je parlasse devant toi et ta présence me gêne. Si je ne suis pas moi-même, ils ne viendront pas.
– Eux ? Nomme-les ! Accepte le risque de te tromper. Tes assistants te sont-ils supérieurs !
– Ils me comprennent.
– Nous avons fait le tour du monde invisible sans rencontrer tes ouailles nocturnes.
– Ton œil ne les a pas vues, ton oreille ne les a pas entendues, tes nerfs seuls les ont senties, pourquoi les miens ne les sentiraient-ils pas ?
– Tu es un ennemi, le pire ennemi pour elles, tu as formé le dessein de m’écarter de ce rite !
– Rite ! Voilà un grand mot, mon frère ! Appelle-moi tout de suite hérétique. Tu as des commensaux... spirituels et tu ne peux les nommer. Prendrais-tu ton ombre pour une personne ?
D’un mouvement sec Alta dressa sa haute taille ; il dit à Mérodack :
– Va dans le fond de la nef, que je ne te voie pas, que j’oublie ta présence, et je vais tenter de te convaincre. Mais sois patient, silencieux et sincère.
Le Mage descendit la nef jusqu’à son extrémité et s’assit sur ses talons, à l’orientale, et ne bougea plus. Alta se mit à marcher devant l’autel, allant de gauche à droite et de droite à gauche, d’un pas nerveux.
Le Mage éprouvait une peine vive à voir un tel esprit ainsi tympanisé, et ressemblant à un homme qui répéterait son rôle sur une scène. Cette silhouette noire qui allait et venait comme un soldat en faction par le froid avait quelque chose de fantastique.
Noble et saint prêtre dans une détestable voie !
Mérodack se félicitait de s’être arrêté à Malvagne ; il remettrait son grand ami en équilibre mental.
La déambulation continua, Mérodack s’ennuyait comme une personne grave qui se prête à un jeu d’enfant. Le halo fluidique qui avait surgi autour d’Alta à la première veillée ne se produisit pas, empêché peut-être par l’agitation du moine qui éprouvait visiblement de la peine à susciter le phénomène habituel, et qui s’irritait de cette déconvenue.
En ce domaine, l’instabilité des manifestations décourage les meilleures applications. On dirait qu’une volonté puissante s’oppose à la constatation qui permettrait l’évidence. À énumérer les secrets que la nature laisse pénétrer, on s’étonne que ceux de la zone intermédiaire restent obscurs et insaisissables, tandis que l’expérience dans le plan matériel augmente sa force et multiplie ses conquêtes.
Enfin le moine arrêta son mouvement de va-et-vient, et au milieu du chœur lança ce texte Inconnu de la théologie :
« Rien n’égale la Charité ; où ne va-t-elle pas ? Car qui aime ne se trompe point. »
Vous qui êtes douloureux, n’étant plus des hommes et n’étant pas encore des esprits, qui gardez les habitudes du corps, après l’avoir perdu ; et qui nourrissez les aspirations de l’âme avant d’être tout à fait spiritualisés ; malheureux expectants de la vie intermédiaire à égale distance de l’organicité et d’une angélité encore lointaine, je vous accueille ici, je vous offre ce lieu d’asile et les paroles d’un rafraîchissement. La justice appartient à Dieu seul, l’homme pur ne connaît que la miséricorde. Je ne sais pas qui vous êtes, mais vous êtes malheureux. Soyez donc, à ce titre, les bienvenus...
Les Indésirables, le moine les désirait ! Il énumérait les plus divers des pécheurs... Bientôt Mérodack n’écouta plus ; il reprit le cours de ses propres pensées. Au fil de la mémoire, il récapitula les notions mystiques. En cette voie, on se propose une union directe et vive avec Dieu ! On aspire à voir l’invisible, à entendre l’inouï, à sentir l’ineffable. Le désir s’élance, sur l’aile de l’oraison, vers le Créateur, dans un oubli complet de toute logique. Le ciel va descendre ou l’on va monter soi-même au ciel, en esprit. Cependant, le désir atteint ce but intangible, la raison renversée se rend aux innombrables et illustres témoignages. Le lecteur impartial ne résiste pas aux sincères affirmations des saints : le ciel a répondu à l’appel de la créature, il s’est ouvert à sa contemplation. Phénomène individuel, intermittent, mais aussi incontestable que ceux de l’expérience. Les faits mystiques sont authentiques : l’explication seule suscite des hésitations. Si la création est l’ouvrage des anges, les autres manifestations leur appartiennent aussi : la doctrine thomiste le propose et lève du coup les difficultés de la critique.
Mérodack, les yeux clos, l’oreille distraite, entendit tout à coup la voix d’Alta se casser net au milieu d’une phrase. Cet arrêt d’une montée oratoire avait sonné comme un cri, exclamation sourde de la stupeur et peut-être de la peur.
Alta, les bras croisés, avait reculé jusqu’à l’autel où il s’appuyait les reins. Mérodack se leva, redressa sa taille, lui qui allait toujours un peu voûté ; secouant ses longs cheveux, il leva les bras en l’air d’un geste violent et les ramena sur sa poitrine les poings fermés, le pouce rentré sous les autres doigts.
Entre le chœur et la nef, des formes flottaient, indécises et phosphorescentes. Elles brillaient et pâlissaient, comme ces raies d’allumette frottée sur le mur dans l’obscurité. Ce n’était plus cette humidité de prairie qui s’était levée derrière le moine, ce pan de brouillard en manière d’auréole, cette fumée bleuâtre de tabagie ! Des floconnements assez semblables à des boulettes de glaise qu’un sculpteur aurait jetées sur une armature invisible dont une partie tombait à mesure et se perdait sans adhérer à la masse. Ce travail singulier se produisait simultanément en plusieurs endroits sur une ligne courbe dont la concavité correspondait à l’autel.
Mérodack avait l’aspect d’un combattant encoléré qui aperçoit un danger et fait appel à ses forces pour l’affronter.
Par instants, les formes se précisaient hallucinantes et puis redevenaient vagues ; tantôt c’était terne comme une ouate grise, tantôt cela luisait par endroits...
Soudain, un des bancs fut poussé comme s’il gênait un passage ; ce bruit précis résonna étrangement. La lampe du sanctuaire, qui vacillait, s’éteignit. Le Moine et le Mage n’étaient pas seuls dans l’église ; et ils ne croyaient pas au démon et ils auraient reconnu des anges à la joie subite et envahissante. Qui donc était là ?
Aucune âme ne descend sans manteau, et dans le domaine des corps, il n’y a pas de manifestation purement spirituelle, et Gabriel prit un corps pour apparaître à Marie.
Pousser un banc implique une action corporelle. Ce que l’œil voit est visible, car l’œil ne franchit pas le champ du réel ; ce qui tombe sous nos sens doit être tenu pour sensuel. L’organicité nécessaire à la vie ordinaire ne l’est pas à la vie fluidique dont nous ne connaissons que des manifestations accidentelles. Le fantôme classique ne revêt son enveloppe sensible qu’au moment de se manifester... L’ombre offre l’écran nécessaire aux matérialisations d’esprits.
De nouveau, un banc remua, comme s’il eût été mû par une personne qui va à sa place et écarte un obstacle.
Ignorer qui on a devant soi, et s’il s’agit d’êtres bons ou mauvais, inférieurs ou supérieurs, quelle impression irritante ! Alta avait ouvert un asile de nuit et il ne savait pas qui il hospitalisait. Des malheureux, sans doute. La rue astrale, comme l’autre à certaines heures, ne voit pas d’heureux, mais les mauvais y foisonnent et plus encore les incurables du vice, les paresseux, les noctambules et les hors-la-loi. Le monde louche qui se mêle à la misère et lui vaut son double masque : une face pitoyable et une autre terrifiante.
Il restait une hypothèse favorable : le Moine accueillerait des âmes du Purgatoire ; cette idée paralysait le mouvement défensif du Mage. Dévot à l’Église souffrante, il avait éprouvé la puissance de son intervention, obtenant d’incroyables succès, des grâces inespérées. Quel que fût le péril, il le préférait à une violence contre ces pauvres esprits en métamorphose d’éternité, et si dolents malgré leur espérance !
La Théologie admet que des âmes fassent leur purgatoire en ce monde et aussi qu’elles y reviennent à diverses fins, pour leur bien ou pour le bien des vivants.
Mérodack se demandait encore si ces manifestations étaient celles d’âmes du purgatoire qu’Alta avait raison d’accueillir et de réchauffer, ou d’autres à l’état de perdition lente, lâches, véritables vampires, cherchant à tromper la Norme divine et à prolonger leur falote existence en empruntant de la vie aux mortels, parasites et vermine d’outre-Monde, semblables à ces mendiants qui vont boire l’obole reçue et que nul n’a la puissance de sauver parce que le désir de salut les a quittés. Dans la vie, on connaît ces insauvables qui détournent la charité au profit de leur vice et, sans être des criminels, ne réintégreront jamais le plan harmonique.
Contre ceux-là, Mérodack avait bandé sa volonté ; malgré sa lucidité, il ne discernait pas la nature de cette assemblée. Les bancs se remplissaient non de fantômes distincts et semblables à des hommes, mais de silhouettes brumeuses, au contour imparfait et parfois difforme...
Les apparences qui se groupaient à la lisière du chœur correspondaient à des croquis grossiers et incomplets d’infirmes, de blessés, de malades, et donnaient l’idée d’une Cour des Miracles avec culs-de-jatte et manchots et les estropiements divers.
Cet aspect provenait-il d’une imparfaite matérialisation, ou bien était-ce réellement des blessés d’outre-monde, des amputés fluidiques ? C’était laid, d’une laideur répulsive...
Alta restait appuyé à l’autel ; il n’avait donc jamais vu ce qui lui apparaissait maintenant ?
L’ensemble des formes se profilait sans détails ; l’effet de buée distribuait sur les bancs une assistance confuse.
Mérodack n’osait avancer, de peur de troubler la manifestation.
La buée ondulait comme aurait fait un groupe d’assistants ; spectacle monotone et énervant.
Le Mage résolut d’avancer lentement... Glissant le pas, fantomatique, il commença la montée de la nef. Arrivé à peu près au milieu, il s’arrêta. Ses yeux percevaient plus distinctement l’espèce de nuage au contour mouvant qui oscillait sur les bancs, à peu près à la hauteur de personnes assises. Ces paroissiens fantômes étaient plus nombreux que les vivants à la messe dominicale, plus attentifs aussi. La matérialisation ne se poursuivait pas, et si le groupement était distinct, il gardait le caractère confus de figures indiquées cursivement en bistre clair.
Un air froid venait des bancs si étrangement occupés, et, en s’avançant, Mérodack le sentit. Point d’autre différence. Les formes conservaient le même aspect d’un croquis où les personnages n’auraient pas été distingués par un contour suivi. Ici, une encolure si voûtée que la tête ne paraissait pas ; là, au contraire, elle se détachait assez nette sur des épaules vagues.
Ressentant une fatigue nerveuse, le Mage mit un grand quart d’heure à atteindre la zone hantée. À son étonnement, les formes n’étaient guère plus précises maintenant qu’il pouvait les toucher, mais l’atmosphère devenait glaciale. L’approche de Mérodack n’amena aucun changement : les pâles ombres, insensibles à sa présence, floconnèrent avec le même aspect de ouates suspendues en l’air.
– Viens ! dit Alta nettement, comme s’il répondait à la pensée de son ami.
Mérodack contourna les bancs, gravit les marches et se plaça à la droite du prêtre, devant l’autel.
Vus de face, les fantômes assis se détachaient en gris, ton sur ton, comme des formes un peu foncées sur un fond blanchâtre et fuligineux par endroits. Le Mage éprouva une impression très vive de débilitation ; et, symptôme plus grave, une détente presque subite de sa volonté.
Le père Alta subissait aussi cet étonnant effet, morne et comme changé en statue.
– Que dois-je faire ? demanda Mérodack.
– Fais ce que tu voudras, répondit le moine d’une voix altérée.
– Tu m’abandonnes ces fantômes sans regret ? interrogea encore l’initié.
Un soupir qui exprimait la déception s’exhala de la bouche crispée du Moine qui prononça nettement :
– Chasse-les !
Le Mage, d’un mouvement vif, se plaça devant le Moine, le couvrant de son corps et d’une voix haute :
« Esprits gardiens de nos âmes, anges auxquels nous sommes tous deux confiés, témoins perpétuels de nos pensées et de nos actes, bons génies du salut, gardes de notre élection, entendez notre supplique !
Ni la peur de l’invisible, ni l’ennui de la laideur aperçue, ni une paresse de la volonté, ni aucun égoïsme ne poussent à vous appeler.
Si la présence, sans nom, que nous subissons ne contredit pas à la loi d’harmonie, si elle correspond au devoir de charité, faites seulement cesser ce froid intolérable qui nous glace, modérez-le, et tous deux nous accepterons le nouveau devoir, malgré son amertume ! »
Depuis que Mérodack s’était placé devant le Moine, les fantômes pâlissaient, leurs formes devenaient diffuses comme s’ils tiraient leur substance du Moine téméraire.
Au bout d’un moment qui parut long à ces deux esprits étonnés et contrariés de leur aventure, Mérodack cria, élevant chaque fois le ton :
« Anges, Anges, nos Anges, scrutez notre volonté ; elle est pure. Au bord de l’injustice arrêtez-nous. Si la loi d’harmonie veut que cette église soit vidée, par grâce, un signe, une inspiration, un oracle !... »
L’attente, plus pénible encore, fut vaine.
Le P. Alta subitement s’avança, disant :
« Je t’adjure, antique serpent, par le juge des vivants et des morts, par ton auteur, l’auteur du monde qui a le pouvoir de renvoyer à la géhenne et de te faire descendre ! »
Mérodack arrêta l’exorcisme.
– Ne vois-tu pas qu’en t’avançant, tu as rétabli le contact et que les fantômes se reforment aussitôt plus précis et plus foncés ?
Le moine, avec un entêtement irrité, commença l’autre formule :
« Je t’adjure donc, très immonde esprit fantôme, incursion de Satan... »
– De grâce, ne mets pas le diable dans nos affaires, elles sont déjà assez embrouillées ; puisque tu n’as plus de doute sur l’indignité du phénomène, va à la sacristie, cherche et trouve une épée, un poignard, une broche, quelque chose qui soit en acier et pointu.
– Je ne comprends pas... fit Alta.
– Oui, affirma Mérodack, un phénomène physique se résout physiquement. Nous sommes las, déprimés pour plusieurs jours ; il faut en finir vite ou bien nous serons malades. Tu m’as abandonné des phantasmes, n’est-ce pas ? Je les tiens en respect, va me chercher ce que je te demande, une pointe, de grands clous, ce que tu voudras. Et puis l’encensoir allumé, et ce que tu as d’encens.
Mérodack descendit de l’autel et s’approcha du premier banc ; il passa son bras dans la nuée, sans la rompre ; plusieurs fois il lança son poing là où la ouate paraissait plus épaisse ; il lui semblait qu’il agitait la fumée d’une tabagie, mais si glaciale que des frissons le secouaient. Il ne douta plus que le moine n’eût lentement appelé et réuni des élémentals, c’est-à-dire des particules fluidiques flottantes et dépersonnalisées. Il n’y avait là ni âmes en peine, ni aucune espèce d’esprit, mais une lente agrégation des déchets de la pourriture d’astral, couvée, vivifiée et modelée par un fol enthousiasme. Au reste, il allait bien voir ! Si la pointe atteignait un être, quel qu’il fût, une lueur révélerait la blessure. Si les coagulations se résolvaient comme des bulles de savon qui crèvent, il n’aurait frappé que des formations parasitaires, des champignons fluidiques.
Alta apporta un stylet sans manche, trouvé dans les débris de l’édifice et l’encensoir et sa navette.
Le Mage prit le stylet et par coups vifs frappa le bord de la buée qui se fendit comme de la glace. À mesure qu’il répétait son geste les ouates se divisaient et aussi s’effaçaient. Ce fut un long travail ; le Mage, qui avait eu si froid tout à l’heure, suait et soufflait, tandis que le moine regardait son rite disparaître sous ces coups portés dans le vide qui semblaient des gesticulations de démence et qui pourtant morcelaient à vue d’œil le brouillard et les formations incluses.
Mérodack : « Tiens-tu à ces bancs ? Peux-tu les remplacer ?
– Je peux les remplacer !
– Nous allons les brûler. Ton église, n’ayant que ses murs, ne court aucun danger et ainsi seront abolis les seuls objets imprégnés de ces larves.
– On verra les flammes, et tous d’accourir !
– Ils arriveront trop tard. Tes pauvres lampes ne sont-elles pas à pétrole ? Nous allons préparer un vrai bûcher ; mais d’abord allume le charbon de l’encensoir et tandis que je pique encore les flocons fluidiques, viens derrière moi et encense à mesure. Les effluves profanes ne supportent pas l’encens, ou si tu veux une autre explication : sa fumée résineuse agglutine les molécules fluidiques comme la cire fait pour les poussières.
Si j’avais pu amener ici des porcs, l’Évangile les désigne comme excellents pour recevoir les fluides désordonnés... D’autres animaux sont de véritables éponges de la lumière astrale : les crapauds.
Les bancs une fois arrosés de pétrole flambèrent rapidement et l’encens, répandu à profusion, purifia toute l’église de ses agglomérats fluidiques. Et Mérodack de dire :
– Ton abbatiale restera embaumée pour longtemps... Je vais sonner l’angélus moi-même, en piété pour les anges que nous avons invoqués et qui ont dissipé notre hésitation. »
Ce chapitre de La Torche renversée est une leçon remarquable qui renseigne parfaitement sur l’existence de certains êtres de l’astral, sur leurs pouvoirs plus ou moins maléfiques et sur l’assistance des anges en cas de hantise. La précision des détails donnés par Péladan prouve qu’il a expérimenté par lui-même cette prise de contact avec les agglomérations de fluides délétères qui croupissent dans l’astral inférieur. Ce tableau nous renseigne aussi sur le pouvoir décoagulant des pointes et aussi sur la valeur purificatrice de l’encens.
Il nous reste à prendre connaissance d’un autre chapitre du même volume ; il est le contre-pied du précédent ; intitulé Le Vrai Spiritisme, il a pour but de nous faire connaître le meilleur moyen de se concilier l’assistance des anges. On retrouvera plusieurs affirmations déjà citées lorsque nous avons parlé de l’angéologie péladane telle qu’elle apparaît dans le Bréviaire du Rose-Croix. Cette fois encore la scène se passe dans la même abbatiale dotée de ses nouveaux bancs et purifiée par le feu et l’encens. Les deux amis, le père Alta et Mérodack, devisent, assis sur un des bancs neufs et vierges de toute emprise maléfique.
Mérodack de dire :
Entre le Créateur et sa créature, il n’existe que deux rapports : l’un de justice, l’autre d’amour... Le rapport d’amour seul nous guide, sans erreur. Le Suprême Artiste aime son œuvre... Le Père céleste n’a pas moins d’amour en son cœur que les pères terrestres...
Mais aucun amour n’existe sans un constant commerce de pensées, d’élans, voire de caresses, un échange d’effluves qui conduisent à une union.
Entre l’Absolu et nous, quelles pensées ? Entre le Très-Haut qui ne peut descendre, et nous qui ne pouvons monter, quels élans ! Entre la toute-puissance et la toute-faiblesse, quelles caresses ? Entre l’Éternité et le Temps, quels effluves ? La Prière s’élève, mais arrive-t-elle au plus haut des deux ? La Grâce descend, mais combien refroidie, quand elle touche à la terre...
Entre Dieu et nous, combien de zones, de sphères, de plans, de degrés, qui tous ont leurs lois propres. À la descente comme à la montée, la grâce et la prière, la demande et la réponse, passent par autant d’états différents qu’il y a de couches empyréennes.
Te figures-tu sous quelle forme la larme du repentir arrive au sein de la divine miséricorde ? Il faut qu’elle y arrive pourtant, et la bénédiction qui se détache du ciel, comme une étoile filante, comment se change-t-elle en une impulsion dans notre cerveau, en sentiment dans notre conscience ?
Alta de questionner : « Où veux-tu en venir ? »
– Aux anges, à leur rôle perpétuel ! Dans les Saints Livres, nous pouvons compter le grand nombre de fois où ils apparaissent, mais ils agissent constamment et plutôt dans les vies cachées que dans les illustres.
La dévotion n’utilise pas ces purs et charmants esprits autant qu’elle pourrait. De même que la grâce est une possibilité qui se réalise dans certaines conditions, de même les messagers de la grâce, en dehors de leur service régulier, ont la latitude de favoriser leurs préférés, c’est-à-dire ceux qui les préfèrent eux-mêmes...
Il faut appeler les anges à notre aide. Les Œlohim sont nos créateurs immédiats, ils nous ont modelés. Quoi de plus logique que de les convier au salut, à la correction, conservation et perfection de leur ouvrage ? Les saints sont, pour la plupart, plus loin de nous que les anges, étant plus hauts, car il y a des mérites inconnus aux anges. Celui qui triomphe dans la vie douloureuse dépasse la voie angélique...
La vie d’un saint avec ses tentations, ses déceptions, le constant effort, le scrupule, fils de l’application, m’afflige comme le tableau de ma propre vie plus sombre, car les vrais mérites y manquent. Avec les anges, plus d’ombres, tout est lumière, sourire, parfum, chant, activité, allégresse ! Ah ! Les beaux êtres qui n’ont jamais pleuré, jamais souffert, jamais douté ! Comme ils m’apaisent, comme ils m’enchantent, comme je les envisage d’une contemplation ravie, seules créatures qui n’aient connu que le bonheur, ils doivent être d’une bonté non pareille... Enfin je sors de la pneumatique sacrée, je me place sur le terrain individuel et je t’avoue que je ne donnerai pas grand-chose pour voir un saint et qu’à l’idée de voir un ange, je frémis d’une volupté sublime ! Un saint ? Je sais ce que c’est : toi ou moi, avec une grande fixité d’orientation. On devient un saint par des procédés sûrs, éprouvés. Tout le monde peut prétendre au nimbe : personne ne saurait prétendre aux ailes. Oh ! J’aime les anges et rien qu’à prononcer leurs noms, je sens une douceur qui coule dans mon âme !
On dit, les saints anges ; leur sainteté fait tout leur mérite.
Abus de termes, routinière dénonciation, les anges sont des êtres de grâce et non d’effort ; ils ont reçu la sainteté...
Et puis il y a la proximité, le voisinage... Les anges sont si près de nous... et de tous les esprits ; ce sont les seuls qui tombent sous nos sens, pour qui la forme humaine soit possible et la forme fluidique fréquente.
Alta : Crois-tu que ces esprits qui n’ont pas souffert soient susceptibles de la même compassion que les Saints qui, eux, conquirent leur nimbe à la pointe des haires et au prix des renonciations ?
Mérodack : Ces esprits joyeux détestent la souffrance ; ils la soulagent autant qu’ils peuvent, oui, mais il y a un secret pour les conjurer, oui il existe la conjuration des Anges, autrement efficace que les Clavicules et les Grimoires.
Je crois comme toi, avec toi ; mais la Foi n’est pas une hypnose, elle agit au spirituel, comme au temporel.
Je crois, non avec la foi que j’ai reçue, mais avec celle que j’ai faite ; et, trop sage pour penser qu’on relie le ciel et la terre par des abstractions, je verse dans la croyance ce que j’ai trouvé de pur dans l’initiation ; et j’ai trouvé le mystérieux moyen de conjurer les anges ; c’est de les suivre dans leur plus noble souci, de l’épouser et de s’associer à leur majeure volonté. Tu as déjà deviné. À la réflexion, nul ne saurait s’y tromper. Tu hésites ? Quel peut être le souci des seuls membres actifs de l’Église triomphante, sinon l’Église souffrante ? L’Ange entoure, de son impatience inexprimable, le Purgatoire ; toute âme qui y gémit témoigne de l’impuissance de son gardien terrestre. Ah ! Quelle humiliation pour l’officier du salut de conduire celui qu’il avait le rôle de sauver dans la géhenne temporaire et de l’y laisser sans le soulager ; si l’ange était libre, si sa volonté propre n’était subjuguée par la Norme, si son amour de Dieu ne contrebalançait pas son amour pour l’homme, le Purgatoire ne durerait pas une heure. L’ange, puissant auprès de l’homme, ne peut rien pour le désincarné. Et cette impuissance le rendrait infiniment malheureux si par un effet merveilleux de sa nature propre, l’adhésion au Verbe divin n’arrêtait le mouvement de la sensibilité au point où commencerait la douleur.
L’homme a le pouvoir qui manque à l’ange ; l’homme rend donc à l’ange un service inappréciable et lui crée des obligations, il le fait son débiteur. Tu m’objecteras que la faculté de l’ange a des bornes infranchissables ; mais l’acte de charité spirituelle, l’acte magnanime de prier pour autrui et non pour soi, de dédier ses mérites à un autre salut que le sien est tellement méritoire, tellement chrétien, je dirais plutôt Christiaque pour forcer l’expression, qu’il met au pouvoir de nos intercesseurs un crédit nouveau. Selon la justice, ils n’obtiendraient rien, mais l’amour passe à travers les lois comme la lumière à travers une vitre. Oui, si l’homme prie pour l’âme du Purgatoire, impuissante pour hâter son salut, l’ange, reconnaissant du concours qu’on lui donne, intrigue, s’évertue, obtient de manifester sa gratitude.
Le plus court chemin de ce monde à l’autre, le plus sûr moyen des miracles, c’est la prière pour les âmes délaissées du Purgatoire. Elles sont immédiatement recueillies par les anges gardiens, désormais liés de reconnaissance pour l’aide qu’on leur apporte et qu’ils rendent aussitôt, avec une exactitude, une immédiateté telle que si je n’avais pas de vieilles habitudes de magie passionnelle, nous aurions pu, peut-être, par ce mode, obtenir le même résultat dont nous nous félicitons. Mais, par principe, je réserve l’Appel aux puissances supérieures au cas où les nôtres sont épuisées.
Alta de demander : « Comment matérialises-tu cette conception ? »
Mérodack : « En combinant l’office des morts avec les hymnes aux anges :
Le 29 septembre, la saint Michel, fête des Archanges, et le 2 octobre, fête des anges gardiens : Vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges monter et descendre.
L’ange est dionysiaque par essence, il est ivre de divinité ; c’est l’enthousiasme même, et l’enthousiasme ne choisit pas ses mots, il chante éperdument !
En pratiquant ce rite combiné et nouveau : hymnes aux Anges et Prières pour les âmes du Purgatoire, en dédiant son église à ces mêmes âmes, Mérodack engage les anges et promet à son ami Alta une bénédiction d’En-Haut. Et le Mage de préciser : « Comme il n’y a pas d’office des anges, nous prierons les neuf chœurs, en exaltant nos âmes. »
Mérodack pria avec ferveur, s’offrant à subir quelques peines pour la réalisation de sa prière :
Âmes impuissantes à hâter votre joie éternelle, âmes d’autant plus altérées que la source rassasiante est proche, âmes délirantes d’impatience, vous touchez aux rives d’éternité. Âmes puissantes à conjurer les maux terrestres, âmes reconnaissantes de la moindre prière, âmes que va soulager la constante intercession de cet oint, qui célébrera chaque jour le saint sacrifice en votre faveur et avec une ferveur unique, je vous supplie, au nom de vous-mêmes, d’adresser aux anges une prière ardente, afin que ma témérité ne soit pas punie et que m’étant engagé pour vous, je ne désole pas l’âme de ce prêtre qui s’offre à vous, et qui, dans sa solitude, se consacrera entièrement à votre salut ! Supputez l’effet de ses messes, de ses prières, de l’office nocturne qu’il récitera, voyez quels soulagements, et même le salut pour beaucoup d’entre vous.
Et vous, anges gardiens qui avez dû abandonner l’âme confiée à votre garde, avec quel dépit de la voir entrer dans la géhenne, et qui êtes impuissants à l’en faire sortir ; je vous apporte de l’aide, je vous donne ce saint prêtre, son âme, son église qui sera désormais dédiée aux neuf chœurs. Si vous marquez par quelque signe votre acceptation, je ne demande pas pour moi la faveur de ce signe, je consens à ne pas en sentir la douce joie ; il suffit qu’Alta le voie, l’entende ou le sente, et ma prière n’est qu’un hommage, une offre, et j’oserais dire un son que vous fait le plus humble de vos admirateurs.
Dès que l’office des morts eut commencé, l’ambiance de l’église se modifia immédiatement ; et c’est pour Mérodack l’occasion de faire une instructive digression sur ce que signifie une modification ou une perception d’ambiance :
Au sens positif, qu’est-ce qu’une ambiance ou une atmosphère sentimentale ? Ce phénomène subjectif, malgré les témoignages, ne prendra jamais rang dans la série déterministe ; n’en est-il pas de même de tous les états d’âme ? Le sensitif, l’inspiré, le voyant, le mystique éprouvent des impressions incommunicables, et les chefs-d’œuvre seuls conservent les reflets durables du miracle individuel.
En priant pour les âmes du Purgatoire, ces deux esprits éprouvèrent un apaisement délicieux, comme si le soulagement qu’ils voulaient donner leur était rendu tout de suite, avec cet allégement que procure l’aumône, et tout acte de charité. Leur prière avait porté et ce fut avec confiance qu’ils abordèrent la seconde partie du rite.
Mérodack, face au tabernacle, après s’être signé, se prosterna neuf fois et incanta en ces termes lyriques :
Chœurs enivrés de la contemplation divine, vous que colorent et illuminent les reflets de l’Éternité, Archétypes de la Beauté, qui puisez dans le Saint des Saints l’ineffable béatitude !
Vous les heureux sans effort, vous les amants sans dégoût qui baignez dans l’océan de grâce et communiez sous les triples espèces, chanteurs du cantique sans fin.
Sept fois, il appela à voix forte, comme il eût appelé des vivants à portée de ses yeux.
Michel ! Raphaël ! Gabriel !
Uriel ! Salabiel ! Jéhudiel ! Barachiel !
La voûte chaque fois répercuta la syllabe divine, le lui phonétique, el, aël, iel !
Mérodack étendit les bras et cria le nom de la première hiérarchie :
Hypophania !
Et il lui sembla voir autour de l’autel, à droite et à gauche, les deux tronçons d’une Table Ronde, sur trois rangs, et le premier rang était vert et armé de javelots, le second violet et le troisième pourpre.
Il cria le nom de la seconde hiérarchie :
Hyperphania !
Et il crut voir un fragment d’arc-en-ciel au-dessus de l’autel ; il avait la forme d’un grand collier formant portique ; le premier rang était d’émeraudes, le second de saphirs, et le troisième d’onyx.
Enfin il cria le nom de la plus haute hiérarchie :
Epiphania !
Et il crut voir trois roues concentriques qui tournaient, mêlant les feux des chrysolites, des diamants et des escarboucles.
Il ne dit plus qu’Amen.
Il se prosterna le front contre la dalle.
Le silence régna si profond qu’on eût entendu battre un cœur.
Alta aussi s’était prosterné, à l’orientale.
Instant pathétique que celui où l’homme, ayant exhalé sa prière avec toutes les forces de son âme, attend, dans une palpitation indicible, la bénédiction d’En-Haut. Dans l’état d’extraordinaire vibration où il se trouve, il ne distingue plus ce qu’il a créé en lui de ce que la grâce lui apporte, et s’il fait un miracle lui-même ou s’il l’a obtenu. Ce qu’il ressent d’ineffable, le doit-il à la grâce descendue ou l’a-t-il conquis par la montée du désir ?
Alléluia ! cria soudain Alta.
Alléluia ! répéta Mérodack avec une joie vive.
Et tous deux, après avoir dit le Sanctus, répétèrent par trois fois :
Benedictus qui venit in nomine Dei.
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !
Le silence reprit sous sa main fermée l’abbatiale ; mais bientôt ils entendirent tous deux, en même temps, quelque chose d’inouï. S’étant redressés sur les genoux, ils mirent les mains aux oreilles, comme lorsqu’on veut saisir quelque bruit ténu et lointain.
Leurs yeux virent aussi quelque chose, car ils les levaient vers le tabernacle avec l’intensité d’un radieux étonnement. Leurs cœurs éprouvèrent enfin un sentiment nouveau, car dans un besoin irrésistible d’expansion, ils se levèrent pour s’étreindre...
Assis côte à côte, se tenant les mains, avec une tendresse profonde, ils s’aimèrent comme ils ne s’étaient jamais aimés. Aucune parole n’aurait ajouté à leur muette intimité ; leur pensée, du reste, échappait à l’expression... Ils surabondaient de calme, de bonne volonté, de lucidité, même de santé. Jamais ni l’un ni l’autre ne s’étaient sentis si dispos. Leur corps, plus subtil, pesait moins sur l’âme.
Ayant épuisé cette béatitude intérieure, les deux amis sortirent de l’église ; et Mérodack de dire :
« Frère bien-aimé, agrée une prière. Ne parlons pas de ce que nous avons entendu, vu et senti, gardons chacun notre secret. Nous avons touché une rive où le commentaire serait un intrus ; l’explication profanerait de telles merveilles ! »
Alta de répondre :
« Tu m’avais promis une bénédiction, je l’ai reçue. J’ai chaud jusqu’au fond du cœur, j’aurai chaud jusqu’à mon dernier jour ! Au lieu de me sentir déprimé, j’éprouve un surcroît de force, je suis plus heureux que je ne l’ai jamais été, depuis le temps de mon zèle...
Les Anges sont venus... ils reviendront jusqu’au jour où j’irai les rejoindre !... Je te bénis, Mérodack. »
Le Mage répondit :
« Je reçois avec gratitude ta bénédiction, vrai prêtre, pour qui j’ai été l’occasion de la divine aventure. Les Anges sont venus parce que tu leur as offert un pacte digne d’eux. Ces adorables esprits ne peuvent être vaincus, dans l’échange des charités...
Toi homme, toi pécheur, mais ami des anges, collaborateur de leur œuvre, tu vas donner à l’Église souffrante de la vie éternelle. »
Ayant réussi la purification de l’abbatiale et orienté Alta vers une nouvelle voie, Mérodack lui annonce son prochain départ.
« Où vas-tu ? » demanda Alta.
« À la recherche de ceux qui m’ont aimé et qui un moment, chacun selon sa nature, crurent à ma parole. »
Alta de répondre : « Tu as purifié la Part-Dieu et vivifié mon âme. Toi qui as tant apporté, Frère, qu’emportes-tu ? »
Mérodack : « Le parfum d’un miracle, la preuve du grand arcane, le rapport d’amour entre les trois mondes, le rapport pratique virtuel. »
Avant de quitter son ami, Mérodack lui annonce qu’il veut rappeler son passage par une marque tangible : « Je veux, dit-il, laisser un ex-voto à ton église et que cet ex-voto soit un ange ! Or, j’ai vu, à la ville proche, chez un brocanteur, un ange de pierre assez beau, du XIVe siècle, m’a-t-il semblé, céleste expulsé de quelque sanctuaire qui se trouverait bien à la Part-Dieu. Il est grand, près de deux mètres, il échappe aux bibelotiers ; et je le ramènerai ce soir, si on ne m’a pas devancé. »
La statue est rapportée en effet ; elle fut mise en place à la grande joie du bon Père Alta. Le lendemain matin, comme le prêtre était en retard pour le petit déjeuner, un commensal fit observer : « Il doit adorer son ange. » Et, de fait, le Mage trouva son ami en ravissement devant la vieille statue. Alors Mérodack la reconnut à peine ; elle semblait vivifiée. En enlevant la terre des creux et les couches de chaux superposées à diverses époques, Alta avait rendu à la belle figure le sourire des yeux, le sourire de la bouche, la rondeur du cou, et, surprise, la longue tunique bizarrement découpée. Entre les pieds apparaissait maintenant une paire d’ailes rabattues sur le devant du corps ; une autre paire d’ailes également fermée, en tunique, habillait le dos de la statue et avec les ailes dont les attaches s’élevaient au-dessus de chaque épaule, se révélait le Séraphin, l’ange aux six ailes. Le moine jouissait immensément de l’étonnement ravi de Mérodack et celui-ci de formuler ce vœu :
« Sphinx heureux de la charité, priez pour moi. »
Au moment du départ, Alta dit à son ami : « Nous t’aimons surtout comme un chef-d’œuvre, un angelos, un être qui fait les œuvres divines. »
Et La Torche renversée se termine sur cette pensée : « Le Mage s’en allait vers de nouveaux travaux, serviteur de cette très sainte harmonie qui régit les anges et les étoiles. »

Fig. 38. Albert Dürer : Mélancolie.
Dans une étude sur Albert Dürer, graveur, faite par le Sâr, en 1914, nous relevons, à propos de l’œuvre fameuse de Dürer : Melancolia, les réflexions suivantes, réflexions profondes et prophétiques, bien dans la manière péladane : « Le compas ouvert dans la main ne signifie-t-il pas la recherche infructueuse des proportions ? » De plus, pour Péladan, ce dessin a « une force rare d’allégorie » ; en effet :
« L’Ange désespéré de la Mélancolie, au milieu des instruments de l’investigation, n’est-il pas la figure synthétique de cette furieuse activité qui n’a laissé dans le ciel que la chauve-souris de l’hallucination et de la déception finale d’une civilisation qui croit encore que le mystère n’est qu’un phénomène temporaire et qui cherche à se diviniser, après avoir nié la Divinité ! »
Au début de sa carrière littéraire, dans son ouvrage le Livre du Désir, Péladan rapporte une curieuse histoire où le diable ne paraît certes pas à son avantage. Cette anecdote a pour but surtout de mettre en lumière la valeur toute relative de la Science qui éblouit les âmes simples, ce qui est naturel, et même les intellectuels, ce qui est regrettable, car la Science est incapable de percer le mystère de l’âme et du devenir. Voici l’anecdote en question :
La Science
Bien ! dit le diable, il a soif de savoir, et il avalera un pépin de la pomme et je l’agripperai dans mon enfer.
Le libraire dit au jeune homme : « Voulez-vous le Speculum universale, Aristote ou la Bible ?
– Je veux, dit l’écolier, le Grimoire.
Le diable fit la plus joyeuse grimace et suivit le jeune homme, qui, tout de suite, s’enferma et enferma le diable avec lui, sans le savoir.
L’écolier lut de six heures à minuit ; alors le diable jugea à temps de se montrer.
– Je suis celui qui vient, quand on lit le Grimoire.

Fig. 39. La science. Reproduction d’une image médiévale.
L’écolier, qui avait grand cœur, ne trembla pas.
– Va, vilain, dit-il, au chapiteau de la cathédrale faire ta grimace.
Le diable, très étonné du peu d’effet de son apparition :
– Pourquoi lis-tu le Grimoire, si tu ne veux pas de moi ?
– Pour savoir la parole du bien et celle du mal aussi.
– Eh bien ! je t’apprendrai cette dernière, insista le diable.
– M’apprendre quelque chose, pauvre esprit de ténèbres ! Tiens, je consens à te mettre à l’épreuve ; résiste à cette conjuration. »
Et l’écolier ayant fait en l’air le signe de la croix, le diable disparut.
Le lendemain, l’écolier prit l’habit dans un monastère de saint Dominique et devint évêque de Cologne ; ceci est véridique, on l’a appelé par la suite Albert le Grand.
Émile Dantine, disciple et continuateur de l’œuvre péladane, dans un article paru dans Inconnues 8 : Une exégèse occultiste peu connue de la Genèse, dira : « La théorie de la délégation est le pivot de la Cosmologie Rosicrucienne aussi bien que son Ontologie. Péladan l’a bien compris. Et la devise de la Rose-Croix est réellement une reconnaissance de la délégation, car l’initié lui-même devient un délégué de l’Être Divin et il remplit dans le monde un rôle analogue aux anges. »
Signalons encore un passage de La Torche renversée où il est parlé de la charité angélique, charité que nous devrions nous efforcer d’imiter.
Mérodack dit à son ami Alta : « La charité est cette source vive qui coule d’elle-même vers quiconque a soif, sans choix, sans élection et qui réconforte le prochain comme le soleil, dans une semblable indifférence des personnes. Or, nous ne sommes pas à ce point de perfection. »
Et Alta de conclure : « Le grand art serait d’être propre à l’acte angélique, quand la Providence le permet. »
Un épisode de La Torche renversée illustre fort bien la valeur de l’assistance angélique : Alta, questionné par Mérodack au sujet d’un cas grave de conscience, répondit : « Je vais m’enfermer dans l’église, réciter l’office des morts et interroger mon ange ; attends encore une heure. »
Enfin le dernier mot de l’angéologie péladane nous sera donné par un passage du roman Les Dévotes d’Avignon (p. 240) : « Celui qui prie Marie et les Anges tous les jours ne peut être damné. »
Et cette affirmation capitale sera reprise encore une fois par Péladan dans son volume suivant, Les Dévotes vaincues, où l’on peut lire à la page 233 : « Un jour que j’interrogeais mon maître sur le salut : “C’est si simple, me répondit-il, aimer Marie et les Anges, les aimer follement, comme des personnes, avec une passion qui bouscule la théologie, voilà le salut.” »
L’incursion que nous venons de faire tout au travers de l’œuvre péladane nous montre combien cet auteur, occultiste averti, doublé d’un mystique subtil, connaissait, appréciait et croyait au ministère des anges, aux secours qu’ils pouvaient apporter à l’humanité souffrante.
Pour Péladan, la notion d’Ange gardien n’était pas seulement une vue de l’esprit ou une question de foi, mais également un fait d’expérience vécue.
SECTION VI : Charles Sauvé. L’Ange et l’Homme intime.
(Vic et Amat, Paris 1900.)
L’auteur commence par déclarer que le sujet du ministère des anges a déjà souvent été traité et notamment avec une compétence particulière par Mgr Chardon qui a publié successivement : Mémoires d’un Ange gardien (Paris 1886), Mémoires d’un Séraphin (Paris 1886) et Imitation des Anges (Paris 1893). On ne s’occupera jamais assez et sans profit direct de la fréquentation angélique et l’auteur de poser en principe : « Au-dessous de Dieu, s’étendent et se déploient les armées angéliques, éclatantes de beauté, ardentes d’amour, éternellement vibrantes d’activité. Ces armées célestes combattent mieux pour Dieu que ne le firent jamais les armées chrétiennes les plus puissantes. » Dans son exposé, l’auteur nous dit qu’il désire « montrer les principes qui doivent guider la contemplation lorsqu’elle s’applique aux anges ». Il suivra pas à pas le Docteur angélique (saint Thomas), car « avec lui, nous aurons un enseignement, sinon toujours certain, au moins toujours sûr ». S’appuyant également sur M. Olier, l’auteur pose en fait : « La première sortie de l’Être infini, sa dilatation la plus pure se fait dans les anges, dont l’ensemble représente Sa grandeur immense. Chacun en particulier marque quelque degré de cet Être infini, et lui est spécialement consacré. Dans les uns on voit Sa force ; dans d’autres Son amour ; dans d’autres Sa fermeté. Chacun est la reproduction d’une beauté de l’original divin ; chacun l’adore et le loue dans la perfection dont il est l’image... Et toutes les créatures, surtout les anges, sont des verbes créés qui disent avec une éloquence de plus en plus parfaite les perfections de la Divinité. Et de citer encore M. Olier :
« Les Chœurs des anges et les anges qui les composent, ce sont comme neuf constellations différentes formées chacune par des milliers d’étoiles (on sait que dans la symbolique de la Bible, l’étoile est le symbole de l’ange)... Chaque Chœur, chaque ange doit d’abord adorer, honorer, par le seul fait de son existence et par son amour, un attribut spécial de Dieu. Ce que les anges réfléchissent et honorent en Dieu par leur création, c’est l’attribut qui nous touche le plus près, Sa bonté à l’égard de chacun de nous... Et c’est parmi les êtres de bonté et de tendresse que sont recrutés les anges gardiens. La bonté des Anges va se trouver plus parfaite dans les Archanges, représentants nés des révélations célestes. Quant aux Principautés qui sont supérieures aux Archanges, elles sont l’image du gouvernement de Dieu. D’après saint Denys, ceux à qui Dieu confie quelque autorité devraient avoir une grande dévotion aux Principautés ; ils puiseraient dans cette dévotion des grâces de lumière, d’autorité douée et forte. »
Dans la première hiérarchie (Anges, Archanges, Principautés), Dieu manifeste Sa bonté, Sa lumière et Son autorité à l’égard des hommes ; dans la hiérarchie supérieure (Puissances, Vertus, Dominations), Il va manifester Sa justice, Sa majesté et Sa dignité. Les Puissances, par le fait même de leur existence, représentent la justice divine, attribut redoutable ; saint Ignace les appelle « les glaives de la justice divine ». D’après Olier ce sont elles qui ont chassé du Paradis les esprits rebelles et qui ferment les portes de l’abîme sur les réprouvés... Le Chœur des Vertus représente la force de Dieu, laquelle renferme éminemment en soi toutes les puissances de la nature. Ces puissances, dit saint Denys, élèvent vers Dieu et s’inclinent aussi vers les essences inférieures pour les transformer. Les Dominations expriment le domaine de Dieu sur toute créature qu’il a évoquée ou qu’il peut évoquer du néant. Invocation à ce chœur dépositaire de la pleine autorité de Dieu :
Saintes Dominations, personnifications sublimes du Roi des Rois, faites-nous comprendre que si rien de notre vie n’échappe à son domaine universel, rien ne doit vouloir s’y soustraire, pas même le désir le plus secret, la pensée la plus fugitive.
Dans la hiérarchie la plus supérieure (Trônes, Chérubins, Séraphins), nous trouvons d’abord les Trônes, qui sont les représentants de la sainteté de Dieu et du repos de Dieu, état de ravissement continuel dont Dieu ne sort pas. Notre cœur peut et doit devenir un trône très pur où Dieu repose.
Les Chérubins furent créés pour honorer Celui qui est la Lumière en personne. Les Chérubins sont instruits et éclairés par l’irradiation de cette Lumière ; leur nom, dit saint Denys, est plénitude de science et débordement de sagesse.
Invocation aux Chérubins.
Ô Chérubins, donnez-nous d’être, à votre exemple, avides des rayonnements divins, d’être des âmes de Lumière, des réflecteurs vivants de la beauté de Dieu !
Les Séraphins sont le comble des œuvres de Dieu, ils représentent le Dieu est Amour (Deus charitas est). Les Séraphins sont les intimes de Dieu, ce sont des flammes vivantes d’amour. Pour eux, aimer, c’est contempler avec amour, c’est obéir par amour, c’est agir avec le plus pur des amours, c’est déverser sur les Chœurs inférieurs et sur les hommes le feu de l’amour.
Le monde des anges en général, étant plus rapproché de Dieu, est le plus parfait, mais il est aussi le plus nombreux et le plus varié.
Il y a d’abord dans l’union des Chœurs angéliques une harmonieuse gradation des anges moins parfaits aux anges plus parfaits. Il y a aussi l’union plus vaste des hiérarchies englobant l’union des chœurs ; en effet les chœurs angéliques se subordonnent les uns aux autres en une parfaite harmonie comme les planètes qui gravitent autour d’un soleil. Et c’est ainsi que l’ensemble des hiérarchies réalise sous Dieu une harmonie parfaite.
À la naissance du Christ, les anges fidèles vont se ranger avec un immense amour autour de ce Chef adoré, le Verbe Incarné.
De ce grand mystère, nous pouvons en tirer cette résolution :
Puisse ma vie, comme celle des anges fidèles, graviter sans cesse autour de Dieu et de Jésus. Puisse-t-elle, comme celle des anges, être un continuel hommage à cette vie en Dieu qui réunit et ravit toutes les vies des saints anges !
Les anges sont des miroirs éclatants qui représentent les traits et les perfections du Tout infini. Ils sont créés principe de proximité divine et saint Denys précise : « Les anges sont dans le voisinage de l’Infini. » Bossuet abondera dans ce sens : « Les anges sont, par leur nature, au-dessus des corps, et donc au-dessus de l’espace et du temps au sein duquel nous vivons. » Il faut bien réaliser que la nature des anges est absolument étrangère à la matière. En fréquentant les fleurs du ciel que sont les anges, notre âme prendra leur beauté et leurs parfums, et imitera leur vie. La beauté spirituelle des anges est absolument ravissante. Mgr Gay dira au sujet des anges : « Ces pures intelligences ne remontent pas comme nous des effets aux causes, du moins pour connaître les choses de la nature... Ils voient les choses dans leurs principes. »
De même que les anges se parlent en dirigeant les uns vers les autres leurs pensées par la volonté, ainsi suffit-il que nous voulions ouvrir notre âme aux anges pour qu’ils y voient avec clarté.
Les anges sont en dehors et au-dessus de l’espace ; ils ne sont pas des créatures corporelles ; ils n’ont rien à voir avec la matière ; ce sont de purs esprits qui, pas plus que Dieu, ne sauraient tomber dans l’espace. Et parce qu’ils sont indépendants de l’espace, ils n’ont qu’à vouloir s’appliquer à tel ou tel endroit de l’espace, et dès lors ils y sont présents. Ainsi un ange peut se trouver naturellement présent par son être comme par sa pensée à toute une maison, à tout un temple, à toute une ville, et par miracle à des points de l’espace très éloignés l’un de l’autre. Plus les anges sont parfaits, plus est vaste leur sphère naturelle d’activité et de présence. Les anges sont vraiment au-dessus du temps.
L’auteur de citer une vision en état d’extase de sainte Françoise Romaine où il lui fut révélé la création et la sanctification des anges. « Les anges, dit-elle, sortaient des mains du Créateur en rangs si pressés et si épais qu’il lui semblait voir une de ces neiges abondantes, mais d’une blancheur et d’un éclat éblouissants. Les anges sont immaculés par nature. »
Le P. Charles Sauvé examine ensuite les diversités des grâces angéliques :
Si, comme saint Thomas l’a pensé, chaque ange forme une espèce à part, les grâces des anges ne se ressemblent pas davantage, elles sont infiniment variées. Et l’auteur de citer P. Faber : « Le prince de la cour céleste, notre ange gardien qui, en ce moment même, est à nos côtés, est, à lui seul, un monde de grâce ; et qui pourrait parler dignement de saint Michel, de saint Gabriel, de saint Raphaël et des quatre autres qui se tiennent sans cesse en présence de Dieu ? Essayez de sonder ce vaste abîme de la grâce angélique à tous ses degrés et dans toutes ses variétés. »
Or, la grâce des anges fut accompagnée de tous les dons naturels.
Dès l’origine, Jésus a vécu au milieu des anges et surtout depuis l’incarnation.
Les anges ayant reçu le libre arbitre, ce fut, pour certains, un écueil ; refusant de servir par orgueil, ce fut le prélude de la chute des anges rebelles ; par contre, les bons anges n’ayant pas résisté à l’ordre établi par Dieu et n’ayant pas mésusé de la première grâce de Dieu, ils en obtinrent des grâces plus abondantes.
Et maintenant voyons comment notre auteur comprend le ministère des anges : Tout d’abord, ils assistent à la création et à la sanctification de l’homme. Puis ils voient se dérouler tout le plan de Dieu sur la terre ; ils sont immiscés à toute notre histoire. Leur rôle dans l’Ancien Testament, si on pouvait l’écrire, serait plus intéressant pour nous que toute histoire humaine. Combien la joie des anges fut vive de visiter les patriarches et d’inspirer les prophètes ! On n’imagine pas les allégresses de l’ange Gabriel lorsqu’il annonça à Marie le grand mystère de l’Incarnation, et celles des légions angéliques quand elles chantent sur le berceau du divin Enfant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. » Il faudrait pouvoir suivre les saints anges dans chaque mystère, depuis Noël jusqu’à la mort de Notre-Seigneur et à sa Résurrection, enfin à son Ascension.
Il faudrait voir aussi avec quel amour ils assistent à la naissance de l’Église et se mêlent à sa vie ; comment ils se répandent par le monde pour préparer les voies à la vérité et à la vie divine dans les âmes. Quant aux démons, ils sont les exilés perpétuels de l’amour. Pervers, ils le sont à ce point que pas un seul, après une faute, ne s’est repenti.
L’auteur expose encore le rôle des anges, soit : La contemplation ravie de Dieu qui est leur occupation principale, et cela non seulement pour les anges de la hiérarchie supérieure, ou hiérarchie d’assistance, mais pour tous les anges.
Pour se parler, les anges n’ont qu’à diriger leurs pensées vers les autres anges. C’est comme un jet de lumière spirituelle et tout de suite leur pensée est comprise. Ainsi les bons anges s’illuminent les uns les autres. Les bons anges s’aiment, car il y a dans le ciel des puissances de tendresse, de dévouement et d’union, insoupçonnées sur la terre ; l’amour de Dieu circule au milieu de ces bienheureux esprits.
Dans le ciel, une lutte implacable a commencé entre les bons et les mauvais anges ; elle se poursuit sans relâche sur terre et se poursuivra jusqu’au dernier jour du monde. Partout où les mauvais anges ne sont pas tenus en échec par nos prières et par les bons anges, ils attisent en chacun de nous les mauvaises pensées et les pires passions, car ils travaillent à désunir les peuples, à rendre impossible leur rapprochement, à fomenter entre eux et au sein de chacun d’eux les malentendus et les haines. Oh ! Que nous devons implorer les saints anges afin qu’ils neutralisent cette action aveuglante et corruptrice des démons !
Et maintenant abordons la question du rôle des anges à notre égard :
Les bons anges ont pour nos âmes l’amour le plus tendre. Ils entendent nos prières, mais, parmi toutes les tâches dont l’amitié des saints anges se charge à notre égard, aucune n’est plus intéressante que leur rôle de messagers de la terre au ciel et du ciel à la terre, et, sur la terre d’une âme à d’autres âmes, fussent-elles même très éloignées ; ils réunissent encore la terre au purgatoire ; enfin leur principal rôle est celui de gardiens ; leurs bons offices sont préfigurés par l’échelle vue par Jacob où les anges montent et descendent en un flot ininterrompu.
Mentionnons l’ange de l’oraison, préposé à venir recueillir nos prières, grâce à son intervention, « nos prières montent, dit saint Jean, de la main de l’ange jusqu’à la face de Dieu » (Apo. 8, 4).
Les anges encore apportent les messages du ciel à la terre : messages de lumière, de pardon, de paix, de joie, de consolation, de courage, de force ; ils sont les messagers de toutes les grâces dont nous pouvons avoir besoin.
Les anges se chargent de parler aux âmes éloignées que nous voudrions atteindre et cela en leur portant un rayon céleste de charité et de consolation ; il est intéressant de retenir que nous trouverons la même affirmation, émise par un grand mystique moderne, le Padre Pio, dont nous parlerons plus en détail tout à l’heure (voir Chap. VIII, Section VII).
Les anges prennent en charge plus particulièrement telle nation, telle Église, cependant cet amour et cette surveillance des saints anges suit un plan fixé et dirigé par Dieu.
Ah ! Qu’il faudrait prier les anges des tabernacles de suppléer à nos absences, à nos indifférences, à nos langueurs !
Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas une âme qui n’ait son ange gardien. Ainsi, non seulement chacun de nous peut être patronné par toute la cour céleste, mais il a encore son ange particulier. Ah ! Si je pensais davantage à cette conduite admirable de la Providence, si je formais une intime alliance avec cet esprit, choisi par Dieu, pour être le meilleur ami de mon âme ! Oh ! Quelle amitié nous devrions avoir pour notre ange gardien ! Avec quel respect nous devrions vivre en sa présence pour ne point offenser ce prince du ciel, si noble et si délicat ! Au surplus, notre bon ange veut bien être aussi notre serviteur ; il est prince à la cour du Roi de l’humanité, mais il est humble ; nous pouvons, sans crainte de l’offenser, solliciter en toutes choses le secours de cet ami fidèle. Le caractère de cet ange gardien répond peut-être au propre caractère de notre âme, par une similitude d’état vibratoire. Quant à ceux qui ont choisi de remplir une mission spirituelle, religieuse ou sacerdotale, des anges gardiens spéciaux leur sont délégués. Il y a des anges de la pureté, de la patience, de la douceur, de la Lumière et de la Charité ; invoquez donc ces anges, afin d’aspirer à leurs qualités !
On doit penser davantage à son ange gardien afin de demeurer continuellement sous sa protection et afin de pouvoir profiter de ses conseils.
Quant aux démons, leur tâche se borne à insuffler la haine de Dieu en nos âmes. Il ne faut pas perdre de vue que la puissance naturelle des démons est effroyable.
Enfin, dernier point à étudier : le rôle des anges à l’égard du monde inférieur.
Les saints anges, bien qu’ils ne perdent jamais de vue la face de Dieu, remplissent la Nature matérielle : Pleni sunt coeli et terra gloria tua. Les cieux et la terre sont pleins de Ta gloire !
Les anges gouvernent le monde matériel ; ils sont dépositaires de l’antique tradition, confirmée par Jésus-Christ. Tous les Docteurs de la Loi enseignent que les anges exercent une action et une sorte d’intendance sur le monde extérieur et sensible. Ils président au mouvement des sphères dont ils sont peut-être les lois vivantes. Au sein du monde matériel, souvent les saints anges obtiennent de petits miracles en réponse à nos prières. Il est naturel que nous soyons aidés par eux puisqu’ils sont puissants et que nous sommes des frères impuissants. L’ange Raphaël, entre tous les anges, est le céleste médecin. À retenir sa salutation à Tobie : « Que la joie soit toujours avec toi ! » Paix et joie, voilà ce que les saints anges nous apportent ; aussi, devons-nous beaucoup penser aux anges et les invoquer chaque jour avec l’Église :
Omnes angeli et archangeli intercedite pro nobis.
Vous tous, les anges, archanges, intercédez en notre faveur !
Il faut être reconnaissant au P. Charles Sauvé pour cette utile et claire synthèse qu’il a faite pour présenter la nature et le ministère des anges.
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SECTION VII : Le Dr Rozier et l’Angéologie.
Le Dr F. Rozier fut un occultiste très averti, ayant étudié à fond les possibilités des sciences métanormales ; il a consigné sa position en face de l’occulte en un livre qui mérite d’être lu et médité : Les Puissances invisibles, les Dieux, les Anges, les Saints, les Égrégores, sainte Philomène (C. Chaumont, Paris 1907). Dans cet exposé riche en documents et en aperçus sur le monde de l’Au-Delà, il y a beaucoup à glaner. Nous ferons cependant une restriction ; il nous semble que le Dr Rozier se montre injuste envers le bon curé d’Ars qui, d’après lui, n’aurait pas eu le courage de maintenir sa condamnation de Maximin, le berger de la Salette ; notre docteur estime que l’apparition de la Vierge à la Salette est une supercherie fomentée par le clergé 9 ! Il est regrettable qu’un occultiste aussi documenté sur d’autres sujets ait commis une telle erreur, de s’en prendre au curé d’Ars dont la dévotion à sainte Philomène aurait dû le préserver des foudres du Dr Rozier, puisque ce dernier aussi se réclame de la protection et de l’inspiration journalière de la même sainte.
Un point à retenir, à ce sujet : le Dr Rozier nous confie qu’il a eu le malheur de perdre ses parents très tôt. Il avoue n’avoir jamais connu les caresses d’une mère ; il dit en effet : « Dès mon enfance, j’ai senti la présence de Dieu, je l’ai aimé et j’ai aspiré à Lui. J’ai senti toute ma vie le besoin d’aimer et d’être aimé... Mais quelqu’un m’a donné des consolations, m’a cajolé et a empêché mon cœur de se dessécher. Je voyais quelquefois, trop rarement à mon gré, une jeune personne, fort belle, qui me prenait par la main, en me souriant. Je ne savais pas qui elle était, et je ne m’en préoccupais pas. Ce n’est que bien plus tard que j’ai su que cette protectrice était sainte Philomène. » D’où la grande admiration et dévotion du docteur pour cette sainte ; et l’auteur de préciser encore : « À partir du moment où elle m’a eu attiré dans son sanctuaire, les miracles, ou du moins ce qu’on appelle de ce nom, se sont succédé sans interruption. » Et de signaler notamment un grand nombre de guérisons obtenues dans des cas paraissant, à vues humaines, désespérés.
Aux dires du docteur, lorsque sainte Philomène vient à lui, elle est accompagnée de Séraphins et d’autres anges des différents chœurs.
Le Dr Rozier, chrétien convaincu, par expérience personnelle vécue, occultiste, psychiste, spiritualiste et mystique, dès son introduction à son ouvrage, dira : « Rien n’éloigne les Esprits (soit les anges) comme de ne pas s’occuper d’eux. »
Puis le Docteur précisera : « De tout temps on a constaté non seulement qu’il y avait des intelligences dans l’Invisible, mais encore qu’il y en avait de différentes natures, et qu’elles jouissaient d’une certaine puissance, variable selon leur nature. On s’est aperçu que ces intelligences s’occupent de nous... »
Les Esprits sont nombreux, beaucoup plus nombreux que les hommes ; ils se divisent en un grand nombre de classes, et le Dr Rozier de donner deux tableaux intéressants résumant l’angéologie des Hébreux et l’angéologie chrétienne.
Angéologie des Hébreux.
1. Hajoth Ha-Kadosh – Animaux saints.
2. Ophanim – Formes ou roues.
3. Aralim – Grands Anges.
4. Hasmalim – Les Lucides, bienfaisance, imagination.
5. Séraphim – Esprits brûlants de zèle.
6. Malachim – Les messagers, les Rois.
7. Elohim – Les dieux.
8. Beni-Elohim – Les fils des dieux.
9. Cherubim – Les puissances fécondantes.
10. Ischim – Les hommes forts, les héros.
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Angéologie Chrétienne.
PREMIÈRE HIÉRARCHIE : Assistante. Agissant sur le plan céleste.
7 Assistants : Michel – Quis ut Deus ?
Gabriel – Force de Dieu (Geborim).
Raphaël – Force médicatrice de Dieu
Uriel – Lumière. Feu de Dieu.
Seatiel – ?
Jehudiel – ?
Barachiel – ?
On ne connaît pas très bien la signification de ces derniers.
1er Chœur : Séraphins. Amour divin ; nous purifient par le feu et nous enflamment de l’amour de Dieu.
2e Chœur : Chérubins. Ministres de bonté ; miséricorde. Providence. Gardent l’Arbre de Vie. Vérité ; plénitude de science.
3e Chœur : Trônes. Veillent toujours. Tribunal jugeant les empires, les rois, les gouvernants ; président à l’avenir de l’univers.
DEUXIÈME HIÉRARCHIE : Dirigeante. Agissant dans les plans Mental et Astro-Karmique (Plan des désirs et des passions).
4e Chœur : Dominations. Établissent la domination de Dieu dans les âmes et sur tout être créé.
5e Chœur : Vertus. Force invincible dans l’ordre de la nature. Grâces. Miracles. Guérisons miraculeuses.
6e Chœur : Puissances. Combattent l’influence des démons sur lesquels ils ont un pouvoir despotique ; les empêchent de nous tuer, limitent les tentations et les catastrophes.
TROISIÈME HIÉRARCHIE : Réalisante. Agissant dans le plan physique par le plan astral.
7e Chœur : Principautés. Veillent au gouvernement temporel et spirituel des villes, provinces et royaumes.
8e Chœur : Archanges. Ambassadeurs de Dieu ; annoncent ses grands desseins sur le genre humain ; dirigent les Anges ; ont des missions spéciales.
9e Chœur : Anges. Messagers ; volent au premier signe de la volonté du Seigneur ; prennent soin de nos âmes ; anges gardiens.
Partant de la gradation triple des Hiérarchies et des Chœurs, le Dr Rozier donne une explication très subtile de la Trinité d’où émane le Logos, « émanation divine unie à la matière ». Il s’ensuit une étude très fouillée de la constitution du monde divisé en Plans successifs et de l’homme composé de trois corps distincts : corps, âme, esprit. Une fois que l’on a bien assimilé ces connaissances découlant du ternaire, on comprend mieux le ministère des anges et le mécanisme de leur action. Pour le Dr Rozier, au-dessous de Dieu et au-dessus des Anges, il y a les dieux (Elohim) qu’il paraît assimiler aux Anges assistants et agissants de la première hiérarchie supérieure. Voici comment il s’exprime à ce sujet : « Il faut reconnaître que, au-dessous de Dieu, il y a une multitude de dieux qui ne sont pas les égaux de Dieu, tant s’en faut, mais qui sont des puissances supérieures, qu’on a grand tort de méconnaître. Nous ne devons pas les adorer, nous ne devons adorer que Dieu, mais nous ne devons pas les mépriser non plus. Les dieux sont des puissances supérieures, mais créées et très inférieures à Dieu ; ils sont très nombreux parmi les puissances qu’on appelle les anges. »
Pour répondre à certains chrétiens qui prétendent que le Christ n’a pas dit qu’il fallait adresser nos prières à Dieu par le ministère des anges et des saints, le Dr Rozier fera remarquer avec raison :
« Jésus nous a enseigné non seulement à nous adresser au Père directement, mais aussi à le prendre, lui, Jésus pour intermédiaire ; et quand il dit : “Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom. Il vous l’accordera” ; il est bien évident que cela ne peut être qu’au nom de l’homme-Jésus, car si c’était au nom du Verbe, ce serait prier Dieu au nom de Dieu. » D’autre part l’auteur fait remarquer que le Christ lui-même, au moment de ses défaillances humaines, nous a enseigné par son propre exemple que l’on pouvait avoir recours à l’assistance des puissances angéliques, car il est écrit dans les Écritures que les anges sont venus et l’ont servi et réconforté.
Aussi le Dr Rozier de conclure :
« N’y a-t-il pas là quelque chose de touchant ? Le serviteur qui vient consoler le Maître !
« Or, si le Verbe lui-même, en raison de sa nature humaine, peut être aidé par une de ses créatures, à plus forte raison, nous, qui n’avons qu’une seule nature, la nature humaine, devons-nous accepter avec joie l’aide que d’autres créatures, plus puissantes et plus heureuses, veulent bien nous apporter.
« Quant à l’intercession des saints, Jésus ne pouvait en parler, car ils n’existaient pas encore, mais quand il parle d’Abraham, de Moïse, etc., il présuppose déjà la future mission des saints en tant qu’intercesseurs.
« Vouloir éliminer les puissances célestes que Dieu nous envoie, c’est refuser de recevoir les dons de ceux qui s’offrent à nous pour nous faire évoluer en évoluant eux-mêmes ; c’est refuser de collaborer à une évolution supérieure, l’évolution d’amour...
« Dieu ne veut que notre bonheur, et nous offre les moyens de se le procurer, tant pis pour nous si nous n’en profitons pas ! »
Avec cette riche moisson de pensées et d’enseignements sur la nature et le ministère des anges, nous pouvons acquérir une vue d’ensemble plus grande du sujet ; et c’est bien le cas de dire : Tant pis pour nous si nous ne faisons pas cet effort de synthèse et de compréhension !

SECTION VIII : Les Visions angéliques et divines d’Anne-Catherine Emmerich (1774-1824).
Parmi les mystiques, ce sont ceux ou celles qui ont porté dans leur chair les stigmates du Christ qui ont été favorisés de multiples visions et colloques tant angéliques que divins. Nous allons en donner un exemple typique en résumant la vie extraordinaire d’Anne-Catherine Emmerich, mystique qui, dès son plus jeune âge, fut en rapports constants avec son ange gardien. Il existe une ample littérature nous permettant de suivre au jour le jour le développement spirituel de cette mystique qui finit par recevoir les stigmates avec toutes les douleurs physiques et morales qui les accompagnent, sans oublier les tracasseries et sévices des autorités matérialistes de l’époque.
Pour être au clair sur ce cas, il vaut la peine de lire les ouvrages suivants :
Vie d’Anne-Catherine Emmerich, par le P. E. Schmoeger, traduction française par E. de Cazès ; 3 vol. in-8. Paris, 1868-1872.
Vie merveilleuse, intérieure et extérieure d’Anne-Catherine Emmerich, par le P. Thomas Wegener, O. S. Aug. postulateur de la cause de béatification. Paris 1894.
Vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ d’après les visions d’Anne-Catherine Emmerich, religieuse augustine du couvent de Dulmen, recueillie par Clément Brentano. Paris s. d. (1858), 6 vol. in-12.
Visions d’Anne-Catherine Emmerich sur la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ et de la Très-Sainte Vierge, par le R. P Fr. Joseph-Alvare Duley, trad. fr. par Ch. d’Ebeling ; 3 vol in-8, Paris 1930.
La vie et les tribulations de cette mystique sont si extraordinaires que le lecteur aura tout à gagner en prenant connaissance de ces ouvrages riches en faits bien observés et en documents de première main.
Anne-Catherine est née le 8 septembre 1774, dans le hameau de Flamske, près de Coesfeld, pays de Munster. Ses parents étaient de pauvres paysans qui avaient de la peine à vivre du produit de leur lopin de terre ; la famille, profondément religieuse, assistait régulièrement aux offices.
Voici comment Anne-Catherine, en une vision du 8 septembre 1821, décrit les sentiments qu’elle eut à sa naissance et lors de son baptême :
Je me sentais enfant nouveau-né... J’avais honte de me sentir si petite, si faible et d’être cependant si vieille...
Je me sentis avec la pleine conscience de moi-même portée pendant tout le chemin depuis notre chaumière à Flamske jusqu’à l’église paroissiale de Saint Jacques à Coesfeld ; je sentais tout et je voyais tout autour de moi. Je vis s’accomplir en moi toutes les saintes cérémonies du baptême et mes yeux et mon cœur s’y ouvrirent d’une façon merveilleuse. Je vis, lorsque je fus baptisée, mon ange gardien et mes patronnes, sainte Anne et sainte Catherine, assister à l’administration du saint baptême, je vis la Mère de Dieu avec le petit Enfant Jésus et je fus mariée avec lui par la présentation d’un anneau.
Imbus de nos idées modernes qui prétendent tout rapporter à la science expérimentale, à la psychologie, à la psychanalyse, il sera tenté de considérer les visions d’Anne-Catherine comme pure confabulation, hystérie ou besoin de faire parler d’elle ; et cependant, ceux qui l’ont examinée sans parti pris, notamment Clément Brentano, s’accordent à dire qu’elle était incapable de toute tricherie : « Elle disait toutes ces choses, s’accordent-ils à faire remarquer, avec la naïveté d’un enfant innocent qui ferait la description de son jardin. » Il ne faut pas perdre de vue cette considération lorsqu’il s’agit d’apprécier les multiples visions de cette mystique.
La première condition pour être au bénéfice de ces merveilleux dons est la pureté absolue, et c’est un trésor qui ne peut être acheté que par la patience dans la souffrance ; or ce fut toute la vie d’Anne-Catherine ; heureusement pour elle, ainsi qu’elle l’a déclaré à plus d’une reprise, dès le début, elle fut dirigée par son saint ange ; elle fut parfaitement consciente de sa présence continuelle ; il lui donnait jour après jour les directives nécessaires pour la conduite de sa vie et pour ses mortifications. Dès sa tendre enfance, Anne-Catherine, lorsque ses parents étaient endormis, se levait et priait avec l’ange deux à trois heures de suite ; quand elle le pouvait, elle aimait à le faire en plein air, dans les champs ; tout son comportement était déterminé par l’inspiration de l’ange. Déjà tout enfant, bien que faible et fatiguée, elle obéissait promptement à la voix de l’ange qui l’appelait à la prière ; le saint ange la soutenait durant son oraison à tel point qu’elle ne sentait plus la fatigue et que les heures de la nuit lui paraissaient trop courtes.
La mère recommandait aux enfants de jouer ensemble bien pieusement, car, disait-elle, les anges sont là avec vous et même avec le petit enfant Jésus. « Or, dit Anne-Catherine, je prenais cela pour une vérité certaine, confirmée par la vision de mon ange gardien. » Quand Anne était parmi ses camarades, elle savait parler d’une manière si attrayante de la présence de Dieu, de l’enfant Jésus et de l’ange gardien que les enfants l’écoutaient avec grand plaisir. Quand elle allait avec les enfants le long des sentiers champêtres, elle engageait la petite troupe à marcher comme en procession en se souvenant que les saints anges étaient présents.
Voici comment Anne-Catherine décrit le souvenir que lui a laissé sa confirmation : « J’avais un sentiment très vif de la solennité qui s’accomplissait dans l’église et je vis ceux qui sortaient chargés intérieurement à divers degrés. Je les vis aussi marqués d’un signe extérieur. Lorsque j’entrai dans l’église, je vis l’évêque tout lumineux ; il y avait autour de lui comme des troupes d’esprits célestes. »
À retenir, cette déclaration, maintes fois répétée : « Elle n’était jamais dans la maison de Dieu sans être accompagnée de son ange et sans voir, dans la manière dont celui-ci adorait le très saint Sacrement, le modèle du respect avec lequel l’homme mortel doit s’en approcher. »
Parlant des visions d’Anne-Catherine, le P. Schmoeger dira :
Le Seigneur lui-même daignait se faire le guide de cette âme privilégiée dans le cercle immense de ces visions et lui communiquer l’intelligence des mystères les plus cachés. Il parcourait avec elle les lieux sanctifiés par sa présence sur la terre et lui montrait comment il y avait accompli ce qu’il avait travaillé à préparer d’avance dès le commencement des temps pour le salut de l’humanité déchue. Il lui révéla le mystère de la Conception immaculée de sa très sainte Mère.
Notre-Seigneur voulait être le guide et le maître d’Anne-Catherine, non seulement dans la sphère de la contemplation, mais plus encore dans la pratique de la piété... Quand elle faisait le chemin de la croix, il venait à elle et lui donnait sa croix à porter.
Anne-Catherine ne craignait pas d’adresser des demandes directes à ses protecteurs divins : le Christ, la Vierge, les anges. « La sainte Vierge, nous dit-elle, quand je le lui ai demandé avec beaucoup de ferveur, a mis souvent l’enfant Jésus dans mes bras. »
Le P. Schmoeger a consacré tout un chapitre de sa biographie d’Anne-Catherine à relater les rapports journaliers de cette mystique avec son ange gardien ; il dira :
Le commerce intime de l’ange avec Anne est un fait qui se reproduit chez tous les mystiques favorisés du don de l’intuition, si lourd à porter. Dès le sein maternel, tout homme sans exception est accompagné d’un ange comme instrument ou comme serviteur et délégué de la divine Providence. Chez Anne-Catherine, rien n’a terni son innocence baptismale, aussi son ange fut un envoyé des rangs les plus élevés de la hiérarchie.
Chaque regard que l’ange jetait sur elle était un rayon de lumière et comme un souffle qui augmentait l’ardeur de son amour qui ne pouvait avoir d’autre but que Dieu.
L’ange ne laissait pas son esprit se dissiper, sa sévère vigilance n’y souffrait pas le moindre attachement à un bien passager... Tout son être, elle le savait, était à découvert devant le regard de l’ange... Elle donna sa volonté à l’ange pour qu’il la gouvernât, son intelligence pour qu’il l’éclairât, son cœur pour qu’il l’aidât à le conserver à Dieu seul, pur de toute attache terrestre.
Et de fait, Anne-Catherine dira : « L’ange m’appelle et me mène en différents lieux. Je suis souvent en voyage avec lui... Il m’a conduit une fois auprès de la reine de France (Marie-Antoinette) dans sa prison.
« L’ange est toujours très bref dans ses paroles. Je le vois même à l’état de veille. Quand je prie pour d’autres personnes et qu’il n’est pas près de moi, je l’appelle, afin qu’il aille trouver leur ange. Souvent aussi, alors qu’il est près de moi, je dis que je veux rester ; je le prie alors d’aller en tel ou tel endroit porter des consolations, et je le vois partir.
« L’ange m’exhortait à offrir pour les pauvres âmes toute espèce de privations et de renoncements. J’envoyais souvent mon ange gardien à l’ange de certaines personnes que je voyais dans la souffrance.
« L’ange me montrait tout d’avance, en visions ou sous forme de tableaux symboliques, de peur que, surprise sans préparation par le changement incessant et souvent subit des circonstances, je ne me rendisse coupable de quelque action ou omission dont ma conscience aurait pu être blessée.
« L’ange me préparait par ces visions symboliques à des souffrances prochaines ou éloignées, afin que je puisse demander la force de les prendre sur moi... Je recevais des avertissements précis sur la manière dont je devais me comporter envers les personnes avec lesquelles j’entrerais en rapport. Je savais si je devais frayer avec elles ou me tenir à distance.
« Si les circonstances le demandaient, l’ange me prescrivait jusqu’aux termes dans lesquels je devais m’exprimer. »
Un point particulier et très instructif de cette direction angélique constante est relevé et mis en lumière par le P. Schmoeger :
Tant qu’Anne-Catherine n’eut point part à la direction spirituelle qui se donne par les prêtres de l’Église, l’ange fut le seul guide dont les avertissements réglaient sa vie. Mais lorsqu’elle s’en vint à s’approcher des sacrements et par suite à se mettre sous la conduite d’un confesseur, le respect et la soumission qui lui étaient habituels envers l’ange devinrent la règle de ses rapports avec le prêtre ; elle fut en cela d’autant plus soigneuse et plus scrupuleuse qu’elle remarqua que l’ange lui-même subordonnait sa direction à celle du prêtre. Il semblait que l’ange n’intervenait plus qu’en sa qualité de protecteur et de gardien de sa pupille... L’ange lui-même paraissait être aux ordres et sous la puissance de l’Église. C’était lui qui portait à Anne-Catherine l’appel du confesseur ou des supérieurs ecclésiastiques quand elle était entièrement séparée du monde extérieur et ravie en esprit dans d’autres sphères, absolument inaccessible à toute impression naturelle... Sur cet ordre, elle revenait immédiatement à l’état de veille.
Ceci nous amène à parler de la nécessité primordiale de l’obéissance qui, selon le dire d’Anne-Catherine, est « la racine vivante d’où est sorti tout l’arbre de la contemplation ». Cependant l’ordre donné par le confesseur de cesser la contemplation n’aurait pas agi si rapidement s’il n’avait été porté par l’ange pour lequel l’obéissance était plus méritoire que la contemplation. Au demeurant, le saint ange ne tolérait en sa protégée aucune imperfection ; il punissait chaque faute par des réprimandes et des pénitences qui étaient fort douloureuses et laissaient toujours dans l’âme une profonde humiliation.
Un exemple montrera quelle était pour Anne-Catherine la valeur de la bénédiction sacerdotale : Quand un prêtre passait dans le voisinage de la demeure paternelle, elle courait au-devant de lui pour lui demander sa bénédiction. Si elle se trouvait occupée à garder les vaches, elle les recommandait à son ange gardien et se hâtait d’aller vers le prêtre pour être bénie, puis elle revenait, certaine que les vaches avaient été bien gardées ; ce qui effectivement était le cas.
L’influence lénifiante et bienfaisante d’Anne-Catherine ne se faisait pas seulement sentir aux personnes qui l’approchaient, les animaux même n’y étaient pas insensibles, preuve en soit le fait suivant : le père avait un cheval méchant dont il avait grand peine à en faire façon ; l’animal ruait, mordait et s’enfuyait lorsque son maître voulait l’approcher ; par contre, il se laissait prendre par la petite Anne-Catherine ; il courait même parfois à sa rencontre. « Bien souvent, dit-elle, je montais sur son dos. Il tournait quelquefois la tête et voulait me mordre, mais je lui donnais un coup sur le nez et alors il allait tranquillement jusqu’à la maison. »
L’enfant dès son jeune âge manifesta son ardent désir d’entrer en religion. Les parents étaient trop pauvres pour payer la somme exigée pour la réception de leur fille dans un couvent. Elle se mit à gages dans une famille pour réunir la somme nécessaire ; elle y était déjà presque parvenue lorsque, sur le conseil de son ange, elle donna cet argent pour secourir une famille dans la plus profonde misère. De ce fait, tout était à recommencer et, de plus, les parents s’opposaient au désir de leur fille. Pour faire comprendre cette attitude, le P. Schmoeger dira : « C’était pour eux un précieux trésor. Depuis que Dieu leur avait donné Anne-Catherine, ils n’avaient trouvé en elle que joie et consolation. Cette enfant, guidée par son ange gardien et éclairée d’En-Haut, était devenue pour eux, dès son plus jeune âge, par sa sagesse et son intelligence, ainsi que par le don de conseil qu’ils trouvaient en elle, une ressource dont ils ne pouvaient se passer. » Cependant, à force de supplications et de pleurs, elle parvint à fléchir ses parents et put entrer au couvent des Augustines. Et voici ce qu’elle nous dit de sa vie et de son état d’âme au couvent : « Je n’ai jamais été si riche intérieurement, ni si parfaitement heureuse quelles que fussent mes souffrances et mes peines. Je vivais en paix avec Dieu et avec toutes ses créatures, et, quand je travaillais dans le jardin, les oiseaux venaient à moi ; ils se posaient sur ma tête et sur mes épaules et nous louions Dieu ensemble.
« Mon ange gardien marchait toujours à mes côtés et, quoique le mauvais esprit rôdât partout autour de moi et excitât les passions contre moi, quoique, même dans ma cellule, il m’accablât de mauvais traitements et de coups et cherchât à m’effrayer par un tapage affreux, il ne pouvait cependant me nuire sérieusement et le secours m’arrivait toujours. »
Dans le couvent, l’office de notre mystique était celui de sacristine, office qu’elle remplissait avec zèle et grande joie, attentive aux plus petits détails, car « elle savait, disait-elle, qu’elle servait le Roi des Rois et que les anges lui portaient envie pour cela ». Et souvent elle voyait autour du Saint Sacrement une lumière éblouissante ; il y avait une croix sur la Sainte Hostie et des anges en adoration l’entouraient.
Durant la messe, au Gloria, Anne louait Dieu avec tous les anges.
Fait remarquable, notre mystique n’appréciait pas les prières en allemand ; elle les trouvait « trop insipides et rebutantes » ; ce qui n’était pas le cas lorsqu’elles étaient dites en latin. « Les prières latines de l’Église, dit-elle, m’ont paru toujours beaucoup plus profondes et intelligibles. »
Sujette à tomber fréquemment en extase, Anne-Catherine fut souvent lévitée ou transportée d’un coin à l’autre de l’église ; elle fut notamment élevée jusqu’à des corniches inaccessibles ; automatiquement, elle profitait de cette situation pour enlever la poussière et nettoyer la pierre. Dans l’état extatique fréquent, de plus ou moins longue durée, Anne-Catherine ne demeurait jamais inactive ainsi que le fait ressortir son biographe : « Sans sortir de la contemplation, dit-il, la main d’Anne-Catherine savait manier adroitement l’aiguille, pendant que son œil était dirigé vers de tout autres objets. Dieu lui donna une telle aptitude pour cette sorte de travaux qu’elle pouvait venir à bout des ouvrages les plus difficiles sans y appliquer son esprit. Ses mains seules étaient actives et, comme conduites par l’ange, elles poursuivaient leur travail avec précision et sûreté. Et lorsqu’elle était dans cet état, chaque fois qu’on s’adressait soudainement à elle, c’était son ange qui lui mettait dans la bouche les paroles nécessaires. »
Et, mission difficile, fort délicate même, pendant l’extase, l’ange donnait à sa protégée l’ordre de rappeler à ses sœurs la stricte observation de la règle, soit de ne pas manquer au vœu de silence, d’obéissance et de pauvreté, enfin, à toutes les règles, souvent violées, qui se rapportaient à l’office divin et à la discipline claustrale. Il va de soi que ces remontrances étaient souvent très mal reçues et indisposaient les sœurs envers leur camarade.
Voici comment notre mystique reçut les premiers stigmates : Une fois Anne-Catherine était en contemplation devant le Christ qui se trouvait à la tribune de l’orgue de l’église des Jésuites à Coesfeld ; elle vit son fiancé céleste sortir du tabernacle sous la forme d’un jeune homme resplendissant ; il tenait de la main gauche une guirlande de fleurs et de la main droite une couronne d’épines. Il les lui présenta pour qu’elle choisisse ; elle prit la couronne qu’il posa sur sa tête, elle l’enfonça des deux mains et ressentit des douleurs inexprimables qui dès lors ne la quittèrent plus. Et le vendredi, plus spécialement, les plaies saignaient jusqu’à transpercer le bandeau qu’elle portait pour dissimuler ces marques sacrées.
Comme tous les mystiques, Anne-Catherine a été en butte aux attaques du diable ; nous en avons déjà parlé, mais il vaut la peine d’y revenir et de voir comment elle concevait ces attaques de l’esprit du mal et comment elle y réagissait ; voici ce qu’elle déclare à ce sujet : « Dans mon enfance et plus tard, j’ai été exposée très souvent au danger de perdre la vie, mais j’en ai été sauvée par le secours de Dieu. J’ai bien des fois reçu à ce sujet l’avertissement intérieur que ces dangers ne venaient jamais de l’aveugle hasard, mais, que, par une permission divine, ils avaient pour cause les embûches de l’esprit malin, et spécialement dans les moments d’oubli, lorsque je ne me tenais pas en présence de Dieu ou que je consentais à une faute par négligence. C’est pourquoi je n’ai jamais pu croire à un pur hasard. Dieu est toujours notre gardien et notre protecteur quand nous ne nous éloignons pas de Lui ; son ange est toujours à nos côtés, mais il faut que notre bonne volonté et notre conduite nous rendent dignes de sa protection... »
Ce fut lorsqu’Anne-Catherine commença régulièrement l’exercice de la prière nocturne que les attaques de l’esprit malin devinrent plus fréquentes et plus manifestes : grands bruits, apparitions effrayantes, sévices et coups jusqu’au point d’être jetée à terre. C’est avec l’aide de son ange gardien qu’elle se défendait courageusement et qu’elle forçait le diable à se retirer ; une fois le malin la jeta, dans le but de la noyer, dans une fosse profonde pleine d’eau ; mais l’ange gardien veillait et il la retira de cette dangereuse position ; une autre fois elle fut précipitée du haut d’une échelle, mais l’ange veillait encore et, dans sa chute, Anne ne se fit aucun mal. Pourquoi cette protection toute spéciale ? Anne-Catherine nous le dira : « J’ai vu spécialement comment la macération et le jeûne affaiblissaient beaucoup l’influence des mauvais esprits et facilitaient l’approche et l’action de l’ange gardien et comment par-dessus tout la réception des sacrements est un moyen de leur résister. »
Mais ce ne fut pas seulement des attaques et des sévices des entités maléfiques de l’Au-Delà dont notre mystique fut victime ; elle eut à supporter des hommes des vexations inimaginables ; en effet les autorités matérialistes de l’époque ne pouvaient admettre l’existence d’une stigmatisée notoire dans leurs murs ; d’après leur jugeote à courte vue, il ne pouvait s’agir que de tromperies d’une hystérique qui voulait se rendre intéressante ; aussi une commission officielle fut-elle nommée. Elle était composée de médecins, d’un pharmacien et de quelques notables. Ces hommes foncièrement matérialistes pour la plupart se croyaient capables de dévoiler ce qu’ils appelaient « la fraude » ; un certain Dr Rave (au nom prédestiné) se faisait fort d’obtenir l’aveu de la « délinquante » ; sa conduite envers Anne-Catherine fut ignoble : grossièretés, injures, menaces, tout fut mis en œuvre pour amener « l’inculpée » à signer un papier préparé de toutes pièces par lequel elle reconnaissait avoir elle-même fait et entretenu ses stigmates. Rien n’y fit, « l’inculpée » se refusa à signer cet aveu qu’elle déclara à la face de ses tortionnaires : mensonger. Voici ce qu’Anne-Catherine raconte de cet internement illégal à tout point de vue : « Les surveillants, la nuit, à de courts intervalles, tournaient autour de mon lit et approchaient la lumière de mon visage. Mon bon ange était toujours présent ; je lui obéissais ; je l’entendais et lui répondais. Il me disait souvent : “Réveille-toi !” Quand mes persécuteurs me faisaient des questions insidieuses, il me disait ce que je devais répondre. »
Médecins et pharmacien s’évertuèrent à appliquer lotions et baumes des plus variés afin d’obtenir la cicatrisation des plaies ; or, à leur grand désappointement, tous ces lavages, drogues et pansements occlusifs n’eurent comme effet que de causer des douleurs intolérables à leur patiente ; mais de cicatrisation, pas trace. Les stigmates persistaient et le sang coulait toujours. C’est alors que le Dr Rave, dans sa haute sagesse, se fit fort de faire avouer à la malade que c’était elle qui entretenait les plaies afin de se rendre intéressante. Il faut lire le compte rendu officiel de ces colloques qui se prolongeaient souvent plus de deux heures pour être édifié sur la triste mentalité de ces examinateurs. De guerre lasse, on fut forcé, au bout de quelques semaines, de laisser Anne-Catherine réintégrer son domicile sans qu’on n’ait rien pu trouver à lui reprocher de positif.
Mais il est temps d’abandonner le récit des tribulations de notre mystique, face à l’incompréhension et au mauvais vouloir humains, pour en revenir à des expériences plus « angéliques ». Voici par exemple une vision d’Anne-Catherine à l’occasion de la Fête des Anges gardiens (en 1820) : « Je vis dit-elle, une église de la terre où se trouvaient beaucoup de personnes. Au-dessus d’elle je vis plusieurs autres églises. Toutes ces églises étaient remplies de chœurs angéliques et chacune d’une manière différente. Au point le plus élevé, je vis la très sainte Vierge devant le trône de la sainte Trinité, entourée de la plus haute hiérarchie céleste. C’étaient comme des cieux superposés les uns aux autres et il n’y avait que des anges. Les anges gardiens se complaisaient dans les ordres de Dieu et la prière de leurs protégés augmentait encore leur zèle. »
En une autre occasion, notre mystique dira : « J’ai vu aussi des anges qui font prospérer les biens de la terre et qui répandent quelque chose sur les fruits des arbres. »
« J’ai vu des anges au-dessus de certains pays et de certaines villes, les protégeant et les défendant, parfois aussi les abandonnant. Je vois souvent qu’on reçoit un nouvel ange gardien quand on a besoin d’un nouveau secours. Dans plusieurs occasions, j’ai eu un nouveau conducteur, autre que l’habituel. J’ai vu aussi la sainte Vierge obtenir l’envoi de toute une armée d’anges sur la terre avec à la tête un grand ange plein d’ardeur, armé d’un glaive flamboyant. »
Cette voyante déclara un jour avoir vu les quatre anges ailés, appelés Élohim ; ce sont les administrateurs et distributeurs des grâces surabondantes de Dieu ; ils se nomment : Raphiel, Étophiel, Salatiel et Emmanuel ; ces anges sont très lumineux et entièrement voilés de leurs ailes.
Anne-Catherine, à plus d’une reprise, a insisté sur le fait que les hommes, s’ils font des progrès dans la vie intérieure, reçoivent des anges gardiens d’une hiérarchie supérieure. Les rois et les princes ont aussi des anges gardiens provenant des hiérarchies les plus élevées.
Une vision du 29 septembre 1820, jour de la fête de saint Michel, nous apprend qu’Anne-Catherine visita, en corps astral, les lieux de culte consacrés à la mémoire de l’Archange ; successivement elle décrivit le mont Saint-Michel, en France, sa situation et son histoire ; le miracle de l’apparition sur le mont Gargano, en Italie, puis à Rome au château Saint-Ange ; elle y voit saint Michel servant à l’autel en compagnie d’autres anges ; enfin elle rappelle que l’Archange est patron de la France et qu’il aida saint Louis dans ses luttes pour faire triompher la Chrétienté.
Anne-Catherine eut toujours une constitution délicate et fragile. Elle eut à supporter beaucoup de graves et douloureuses maladies, la plupart expiatoires et acceptées comme vicariance pour des âmes en perdition. Or elle savait que dans ce cas les remèdes humains étaient inopérants et même nuisibles ; elle les acceptait cependant par obéissance. Écoutons-la plutôt : « Les seuls remèdes qui me fissent du bien étaient surnaturels ; ceux du médecin me réduisaient à l’extrémité ; cependant il fallait les accepter et les payer très cher, mais Dieu me donnait l’argent et le multipliait pour moi ; Dieu m’a donné tout ce dont j’ai eu besoin dans le couvent. » En effet, à plusieurs reprises, la malade trouva l’argent qui lui était nécessaire sur un rayon de sa cellule et l’on n’en pouvait expliquer la présence par des voies humaines.
Quels étaient ces remèdes surnaturels qui seuls faisaient du bien à notre mystique ? Elle va nous le dire : « Les remèdes dont j’avais besoin m’étaient donnés par mon conducteur (ange), quelquefois par mon fiancé céleste (Jésus-Christ), par Marie ou par les bons saints. Je les recevais tantôt dans des flacons très brillants, tantôt sous la forme de fleurs, de boutons, d’herbes, et même de petites bouchées. Au chevet de ma couche était un petit escabeau de bois sur lequel je trouvais ces remèdes merveilleux, soit pendant mes visions, soit même à l’état naturel de veille. Souvent aussi de petits bouquets de plantes d’une beauté indicible et d’une odeur délicieuse se trouvaient placés près de moi dans mon lit, ou bien je les avais à la main quand je revenais à moi. Je savais quel usage j’en devais faire. » Quelquefois l’odeur suffisait à la soulager et à la fortifier ; d’autres fois elle devait les manger ou encore verser de l’eau dessus et la boire. « Cela, dit-elle, me soulageait toujours beaucoup et je me trouvais capable de travailler pour un temps plus ou moins long. » Nous avons déjà mentionné les nombreux apports d’argent qui parvinrent d’une façon extraordinaire, par des voies non humaines, à notre mystique, mais il y en eut d’autres encore plus extraordinaires. Ainsi, un jour, saint Augustin, patron des Augustines, lui apparut et lui donna une petite pierre brillante ayant la forme d’une fève. Elle devait mettre la pierre dans son verre et en boire l’eau. Une fois la guérison obtenue, la pierre lui fut retirée et disparut aussi mystérieusement qu’elle était venue.
Une autre fois, alors qu’Anne-Catherine se trouvait gravement malade et qu’elle ne pouvait garder aucune nourriture, elle fut nourrie par une grande hostie que lui apporta la Vierge ; elle en mangea pendant sept mois jusqu’à entière guérison. « Cette hostie, disait-elle, avait une saveur très douce, mais qui n’était pas à comparer avec celle du Saint Sacrement. »
Un jour, alors qu’Anne-Catherine était en prière dans sa cellule, une forme très lumineuse traversa la porte fermée et vint déposer sur la table une petite statue de la Vierge avec l’Enfant Jésus dans ses bras. Anne portait toujours cette merveilleuse statue sur elle, mais un jour l’ordre lui fut donné de la remettre à un prêtre étranger, auquel elle fut du reste retirée au moment de la mort.
De la Sainte Vierge, Anne-Catherine avait aussi reçu une fleur merveilleuse qui s’épanouissait dans l’eau ; elle devait boire cette eau et la renouveler ; elle en tirait des forces toujours nouvelles.
De son ange gardien, elle reçut une fois un flacon contenant une huile épaisse, baume souverain, guérissant toutes les contusions et les foulures ; elle en fit l’expérience alors qu’une sœur maladroite avait lâché la corde d’un panier plein de linge mouillé qu’il fallait hisser à l’étendage ; heureusement que l’ange veillait et qu’il se saisit de la corde, empêchant Anne-Catherine, qui se trouvait au-dessous, d’être écrasée ; elle ne fut que gravement contusionnée et blessée ; le baume fit merveille, supprima les douleurs et procura une cicatrisation rapide.
Le P. Schmoeger, dans son étude sur les secours supranormaux, divins, dont fut bénéficiaire Anne-Catherine, par l’entremise des anges, ne peut s’empêcher d’établir un parallèle avec le cas de sainte Lydwine de Schiedam, qui eut aussi la faveur de constants rapports avec les cohortes angéliques ; cette mystique avouait notamment que « sans le secours et la consolation de son ange gardien, elle n’aurait pas pu supporter toutes les graves maladies (vicariances) et toutes les tribulations suscitées par la malice de certains humains. C’était son ange gardien qui la récréait par sa présence visible et constante ; il la transportait en Paradis, dans des campagnes merveilleusement fleuries, inondées d’une lumière resplendissante, où l’on n’avait à souffrir ni du froid ni du chaud ; site d’une telle beauté qu’elle était incapable de le décrire avec des mots humains. Elle y mangeait des fruits que l’ange lui présentait ; de ces sorties, elle en revenait, gardant sur elle le parfum suave des fleurs du Paradis, parfum nettement perçu par l’entourage.
Lydwine, comme Anne-Catherine, fut au bénéfice de nombreux apports. Un jour, elle reçut de l’ange un bâton merveilleux, d’un bois très dur et fortement aromatique dont on ne pouvait diagnostiquer la provenance. Lors d’un de ses ravissements, l’ange conduisit Lydwine à l’entrée du jardin du Paradis, où il lui montra un cèdre majestueux duquel il avait prélevé la branche mystérieuse. Au surplus, il se révéla par la suite que ce bâton bénit avait la propriété de chasser les mauvais esprits du corps des possédés.
Lors d’un autre ravissement avec visite en Paradis, Lydwine reçut de la Sainte Vierge une couronne de fleurs qu’elle devait garder à son retour pendant sept heures, puis la donner ensuite à son confesseur pour qu’il la suspendît à l’autel de la Mère de Dieu, dans l’église de Schiedam. À son retour de l’extase, Lydwine sentit sur sa tête la couronne qui répandait un parfum des plus suaves ; après avoir été suspendue à l’autel de la Vierge, la couronne disparut au bout de quelque temps aussi mystérieusement qu’elle était venue.
Lors d’une autre visite encore en Paradis, sous la conduite de son ange, elle reçut l’aliment qui devait la réconforter ; cet aliment céleste était fourni par un dattier chargé d’une multitude de fruits magnifiques dont les noyaux lui semblaient briller à l’intérieur comme des cristaux.
L’abbé Coudurier, dans son livre : Vie de la Bienheureuse Lydwine, vierge modèle des malades et des infirmes (Paris 1899), consacre tout un chapitre de sa biographie à relater les rapports constants de Lydwine avec son ange gardien ; elle avait une dévotion toute spéciale envers cet ange qui était en même temps son guide durant ses extases et au cours de ses voyages astraux ; dans toutes les difficultés, elle avait recours à lui ; à son appel, il ne faisait jamais défaut. Le biographe dira : « Lydwine honorait cet ange avec une ferveur que Dieu se plaisait à récompenser par les plus étonnantes communications. Elle appelait son “bon ange” avec une simplicité d’enfant, elle lui parlait, lui faisait part de ses chagrins, le chargeait de messages pour Jésus et la Vierge. L’ange disait au retour de cette mission : “Réjouis-toi, ô bienheureuse épouse du Seigneur, mon Maître. Il a reçu ton salut, ton amour a touché son cœur. Il veut que je t’assure de toute sa divine tendresse. Aie bon courage !” »
Lydwine voyait son bon ange et l’entendait extérieurement, comme on voit et entend une humaine créature ; quelquefois même elle recevait de lui les services et les soins matériels dont elle avait besoin. D’autres anges venaient aussi la visiter, et, chose merveilleuse, elle les connaissait tous, elle donnait à chacun d’eux le nom qui lui appartenait, elle savait jusqu’au nom des âmes dont la garde leur était confiée. Tous ces anges lui apparaissaient sous la forme de jeunes hommes d’une éblouissante beauté ; ils portaient une croix lumineuse sur le front ; c’est ce qui les différenciait des démons qui se présentaient parfois sous l’aspect extérieur d’un ange, mais qui, jamais, n’avaient cette croix brillante.
Un jour, une pieuse veuve demanda à Lydwine de voir son ange ; notre mystique adressa une instante prière à Dieu pour qu’Il autorise cette manifestation ; la permission fut accordée et la veuve vit l’ange, vêtu de blancs vêtements, plus blancs que neige ; elle fut bouleversée par le regard de l’ange, regard d’une douceur ineffable.
« Je ne connais, disait souvent Lydwine, aucune peine, aucune amertume, aucune angoisse de cœur qu’un seul regard de mon ange ne dissipe aussi facilement que les chauds rayons du soleil dissipent la rosée du matin. »
Retenons encore cette déclaration de Lydwine, déclaration qui éclaire d’un jour nouveau le mystère des rapports angéliques avec l’humanité souffrante et avec tous les hommes : « Des humains aux anges, disait-elle, il y a une parenté, un lien ; c’est la virginité. Toujours et réellement, une âme pure est leur sœur ! »
J. K. Huysmans a écrit une biographie très fouillée de Sainte Lydwine de Schiedam ; lui aussi est amené à mettre en parallèle la vie et les colloques angéliques tant de Lydwine que d’Anne-Catherine ; il dit en effet : « Anne-Catherine Emmerich, une Allemande, augustine, la plus grande voyante des temps modernes et qui plus est, bien qu’illettrée, une magnifique artiste. Parmi les réparatrices (par vicariance), cette stigmatisée fut l’héritière directe de Lydwine à travers les âges. » Autre similitude relevée par Huysmans : « Avec l’une de ses futures héritières, la sœur Emmerich, Lydwine pouvait dire : « Je vois toujours dans chaque maladie un dessein particulier de Dieu, ou le signe d’une faute personnelle, ou d’une faute étrangère (vicariance) que le malade, qu’il le sache ou non, est obligé d’expier, ou bien encore une épreuve, c’est-à-dire un capital que le Christ assigne et qu’il doit faire valoir par la patience et la résignation à sa volonté sainte. »
Pour ce qui a rapport aux anges, Huysmans constate : « Lydwine avait coutume de dire : “Il sied d’aimer et de vénérer les purs Esprits qui, bien que toujours supérieurs à nous, consentent cependant à nous protéger et à nous servir” ; et, elle-même donnait l’exemple à ses fidèles en récitant devant eux cette prière :
« Ange de Dieu et bien-aimé frère, je me confie à votre bénéficience et vous supplie humblement d’intercéder pour moi auprès de mon Époux, afin qu’il me remette mes péchés, qu’il m’affermisse dans la pratique du Bien, qu’il m’aide par sa grâce à me corriger de mes défauts et qu’il me conduise au Paradis... pour y posséder la vie éternelle. Ainsi soit-il ! »
Et de fait, comme pour Anne-Catherine, l’ange conduisait Lydwine en Paradis lors de ses excursions astrales ; avant le départ, l’ange conduisait Lydwine en corps astral devant l’autel de la Vierge dans l’église paroissiale, puis il la guidait dans les jardins de l’Éden.
Quand l’âme sortait du corps, durant l’extase, au cours de ces excursions merveilleuses, on constatait que le corps de la mystique devenait froid, insensible, tel un cadavre.
Ce n’est pas seulement en Paradis que l’ange conduisait sa protégée, mais aussi en Purgatoire. Un jour qu’elle avait été emmenée en ce lieu par son guide, elle entendit une voix lamentable qui, du fond d’un puits, appelait au secours. « C’est, dit l’ange, l’âme de cet abbé pour lequel vous avez adressé tant d’oraisons au Sauveur. » Après de grands efforts pour parvenir au lieu où se trouvait cette âme et avec beaucoup de peine, elle parvint à l’extraire de la fosse et à la délivrer.
Bien que Lydwine reçût tous ses visiteurs avec bonté et compréhension, elle redoutait ces nombreuses personnes qui voulaient la voir pour parler avec elle de leurs affaires et de leurs soucis matériels ; ces visites la crucifiaient, car elles la privaient de celles des anges, avec lesquels, en effet, elle vivait ainsi qu’une sœur.
Il est à noter, de plus, que visiteurs ou visiteuses ne furent pas toujours des plus bienveillants à son égard, témoin la persécution et le martyre que lui infligèrent quatre soldats picards. Ces brutes avinées vinrent un jour dans la chambrette de Lydwine. Ils se déclaraient capables de démasquer « cette simulatrice » ! L’un d’eux s’approcha du lit où gisait la malade. Il arracha les couvertures et mit au jour un ventre distendu par l’hydropisie. Il prétendit alors qu’elle était enceinte ; il la traita de paillarde. Ces brutes enfoncèrent violemment leurs doigts dans le ventre : la peau éclata : « On va te dégonfler, sale bête ! » hurlèrent-ils. Et, en effet, un flot d’eau et de sang jaillissait du ventre de la malade, à tel point que la paille du lit en était tout inondée. Ces brutes périrent quelques jours après de mort violente. Après ces évènements, l’ange du Seigneur dit à Lydwine que son Époux céleste l’avait, selon son désir, admise aux tortures de la Passion : injuriée, couverte d’ignominie, rendant eau et sang, et l’ange de conclure : « La scélératesse de ces Picards va aider à compléter les pierres qui manquent à votre couronne. »
Moins macabre fut la visite que fit à Lydwine le Dr Godfried de Haga. Ce médecin, des plus charitables, avait saisi la grande loi de l’équilibre divin. Il vint un jour au chevet de Lydwine. Ce fut le seul qui vit juste dans ce cas. Il déclara sans ambages que la patiente ne relevait pas d’un traitement médical matériel, car, avec Paracelse, il estimait et disait : « Il faut savoir que toute maladie est une expiation et que si Dieu ne la considère pas comme finie, aucun médecin ne peut l’interrompre... Le médecin ne guérit que si son intervention coïncide avec la fin de l’expiation déterminée par le Seigneur. »
Godfried de Haga examina donc la patiente et il parla de la sorte à ses confrères assemblés, curieux de connaître son verdict : « Cette maladie-là, mes très chers, n’est point de notre ressort ; tous les Galien, les Hippocrate et les Avicenne du monde y perdraient leur renom. Et il ajouta prophétiquement : la main de Dieu est sur cette enfant. Il opérera des merveilles en elle. » Puis il partit, ne prescrivant aucun remède. Alors tous les médicastres s’en désintéressèrent et elle y gagna, au moins pour quelque temps, de n’être plus contrainte d’ingérer des remèdes inutiles et coûteux. Anne-Catherine Emmerich, nous l’avons mentionné, fera la même expérience ; nouvelle similitude entre ces deux extraordinaires mystiques.
Lydwine, comme Anne-Catherine, n’eut pas seulement des rapports constants avec les anges, mais encore avec le Christ et avec la sainte Vierge. Témoin en soit le fait suivant : Un jour que Lydwine, ruminant ses infortunes, gémissait accablée sur son lit, un ange parut et lui dit : « Ne pleurez pas ma sœur, vous allez être consolée de vos peines ; le Bien-Aimé est proche, vous le verrez de vos propres yeux. » Et de fait la vision se réalisa.
Pour conclure son étude sur Lydwine, Huysmans dit :
« En résumé, les relations de Lydwine avec les anges furent continuelles ; elle vivait autant avec eux qu’avec les gens qui l’entouraient. Durant ses ravissements au Paradis, avec son ange, elle eut d’intimes rapports avec les saints et les saintes. »
Or, similitude encore et toujours, il en fut de même pour Anne-Catherine Emmerich, que nous pourrons quitter sur ce judicieux conseil et cette mise en garde qu’elle donna un jour :
Celui qui veut arriver à se convaincre de la vérité par ses propres efforts et non par la grâce de Dieu peut bien être attaché à son opinion, mais il n’est pas pénétré par la vérité.
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Parmi les auteurs tout à fait modernes, il y en a certains qui se sont occupés d’angéologie. Nous allons en fournir quelques exemples dans le chapitre suivant et nous n’aurons garde d’oublier de prendre connaissance de deux mystiques extraordinaires qui ont eu un commerce constant avec les cohortes angéliques, nous voulons parler du Père Lamy et du Padre Pio.

CHAPITRE VIII
L’Angéologie au Vingtième Siècle
LE vingtième siècle nous a apporté des découvertes stupéfiantes dans le domaine de la science appliquée, découvertes qui, avec la fission de l’atome, aboutissent à la bombe atomique aux effets terrifiants et dévastateurs ; ces découvertes ont mis dans la main des hommes un pouvoir extraordinaire aussi facilement bienfaisant que terriblement néfaste. On peut se demander si les progrès moraux ont suivi la courbe ascendante des découvertes dans le domaine du plan matériel ; à voir le chaos du monde actuel, on peut en douter ; on ne voit partout que préparation à la guerre fratricide et course à la réalisation d’engins de plus en plus meurtriers et dévastateurs.
Il faut cependant reconnaître que, d’autre part, les forces bénéfiques et tutélaires de l’Au-Delà sont inlassablement à l’œuvre et que, encore de nos jours, nous pouvons observer quelques manifestations spectaculaires de l’action des anges dans notre économie et dans celle du monde ; ces manifestations ou communications directes avec l’Au-Delà, avec les cohortes angéliques, atteignent leur point culminant chez un Père Lamy ou un Padre Pio.
Certains auteurs contemporains, mystiques ou spiritualistes convaincus, ont tenté de réveiller l’intérêt du public pour les manifestations angéliques et supranormales. Nous allons en donner ci-après quelques exemples.
Section I : L’Abbé P. Feigne, « L’Ange Gardien »,
Exercice en trente Méditations, dédié aux Ames pieuses
(P. Téqui, Paris 1910).
Tout d’abord écoutons cette mise en garde en ce qui concerne notre indifférence envers notre ange gardien, quand il ne s’agit pas d’un oubli complet de son existence et de l’action qu’il pourrait avoir dans notre vie de tous les jours : « Combien de chrétiens ignorent pratiquement l’existence de l’ange gardien ! Combien ne pensent presque jamais à lui, et se comportent envers lui comme envers un inconnu, un étranger ! »
Afin de bien vous mettre sous la protection de votre ange gardien, vous aurez à cœur de lui adresser chaque jour, avant ou après la méditation, la prière suivante :
Ange de Dieu, qui êtes mon fidèle gardien, et aux soins duquel j’ai été confié par la Bonté Suprême, daignez, durant cette journée, me garder, me conduire et me gouverner. Amen.
L’ouvrage du P. Feigne est divisé en trente méditations qui, comme nous allons le voir, épuisent le cycle du ministère des anges à notre égard et ce que nous pouvons en retirer.
Chaque méditation comprend : Considération, Examen, Résolution et Bouquet spirituel. Ainsi l’attention du fidèle est fixée sur le but de la méditation à laquelle il se livre. Nous allons au demeurant reproduire ces trente postulats qui constituent tout un cours d’angéologie :
1. Nous avons un ange gardien.
2. Nous avons un ange gardien : C’est Notre-Seigneur qui le dit.
3. Nous avons un ange gardien : C’est la sainte Écriture qui nous le dit.
4. Nous avons un ange gardien : C’est la sainte Église qui nous le dit.
5. Nous avons un ange gardien : Ce sont les Pères et les Docteurs de l’Église qui nous le disent.
6. Nous avons un ange gardien : Ce sont les saints qui nous le disent.
7. Nous avons un ange gardien : C’est notre propre expérience qui nous le dit.
8. Notre ange gardien est toujours auprès de nous.
9. Notre ange gardien cherche à nous préserver du mal moral.
10. Notre ange gardien nous préserve du mal corporel.
11. Notre ange gardien nous suggère de bonnes inspirations.
12. Notre ange gardien prie pour nous.
13. Notre ange gardien offre à Dieu nos prières.
14. Notre ange gardien nous assistera au moment de la mort.
15. Notre ange gardien nous accompagnera par-delà le tombeau.
16. Nous devons aimer notre ange gardien.
17. Nous devons penser souvent à notre ange gardien.
18. Nous devons avoir confiance en notre ange gardien.
19. Nous devons respecter notre ange gardien.
20. Nous devons remercier notre ange gardien.
21. Nous devons obéir à notre ange gardien.
22. Nous devons invoquer souvent notre ange gardien.
23. Nous devons imiter noire ange gardien dans son amour pour Dieu.
24. Nous devons imiter notre ange gardien dans la pratique du support du prochain.
25. Nous devons imiter notre ange gardien dans l’exercice du zèle.
26. Nous devons imiter notre ange gardien dans sa profonde humilité.
27. Nous devons imiter notre ange gardien dans sa parfaite obéissance.
28. Nous devons imiter notre ange gardien dans son incomparable pureté.
29. Nous devons imiter le calme et la paix de notre ange gardien.
30. Nous devons avoir recours à l’ange gardien de notre prochain.
Après ce beau programme de conduite morale et spirituelle, on comprendra que l’auteur recommande au fidèle la prière suivante selon l’Église :
Ange du ciel, mon fidèle et charitable guide, obtenez-moi d’être si docile à vos inspirations, et de régler si bien mes pas, que je ne m’écarte en rien de la voie des commandements de mon Dieu.
L’auteur insistera sur le fait que la croyance en l’intercession des anges est générale dans l’Église : « Tous les Pères, tous les Docteurs de l’Église ont proclamé l’existence, la sollicitude, le zèle, les bons offices des anges gardiens. » Saint Jérôme dira : « Chaque âme, au moment où elle apparaît dans le monde, a un ange député pour la garder. » Saint Augustin, saint Anselme, saint Bernard parlent tous avec certitude et gratitude des anges gardiens. Or, le langage des saints n’est pas à mettre en doute. La plupart des grands mystiques, des martyrs ont vu leur ange gardien qui les assistait au moment de l’épreuve. À l’instant de la mort, notre ange gardien se tient à notre chevet.
L’Abbé Feigne a réuni tout un lot de pensées se rapportant à l’ange gardien ; ces pensées sont de saint François de Sales (1567-1622) ; elles sont disséminées tout au long des méditations sous la rubrique : bouquet spirituel ; ces enseignements gagnent à être remis en gerbe ; qu’on en juge plutôt :
Soyons grandement dévots à nos bons anges... Oh ! Que d’avantages nombreux et précieux nous retirerions de cette dévotion. Comme elle nous aiderait à marcher d’un pas de plus en plus rapide dans le chemin de la perfection.
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Il n’y a créature, pour petite, vile et abjecte, fidèle ou infidèle, qui n’ait son ange pour la garder et solliciter continuellement au bien.
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Dieu a ordonné par sa divine Providence que les hommes fussent servis par les anges.
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Dès l’instant de notre naissance, les bons anges prennent soin de nous, la divine bonté nous ayant tant aimés que, de toute éternité, elle a ordonné que nous eussions un bon ange pour nous garder en notre pérégrination.
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Les bons anges sont désireux de notre bien, et ils ne dédaignent pas de nous assister.
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Soyez grandement dévots à nos bons anges !
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Nos bons anges sont appelés nos anges gardiens parce qu’ils sont chargés de nous assister de leurs inspirations, de nous défendre en nos périls, de nous reprendre en nos défauts, de nous exciter en la poursuite de la vertu.
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Rendez-vous fort familier le commerce de votre âme avec les anges, faisant souvent attention à leur présence.
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Nos bons anges nous obtiennent la force et le courage afin que nous pratiquions la vertu.
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Nos bons anges sont chargés de porter nos prières devant le trône de la majesté, bonté et miséricorde de Notre-Seigneur...
Nos bons anges présentent nos oraisons à la divine Bonté pour les faire exaucer.
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Il est requis de se tenir en grande révérence parlant à la divine Majesté, puisque les anges qui sont si purs tremblent en Sa présence.
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Tendez la main à votre bon ange afin qu’il vous conduise au ciel.
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Nous avons tous beaucoup de devoir de chérir, servir et honorer les Esprits Angéliques.
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Nous devons faire toutes nos actions, soit de boire, manger, marcher, travailler, parler, à l’ombre de la croix et en présence des anges.
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Les grâces que Dieu veut nous faire, il nous les fait par l’entremise ou l’intercession de nos bons anges.
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Notre-Seigneur veut et désire que nous honorions les anges.
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Invoquez Notre-Dame, votre bon ange et les saints afin qu’ils vous assistent.
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Imitons nos bons anges en leur douceur, affabilité, charité et support du prochain.
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Imitons autant qu’il nous sera possible les bons anges en leur humilité.
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L’aliment qui a le plus de rapport avec la nourriture des anges, c’est la volonté de Dieu.
Que voilà un programme de conduite envers les anges que nous aurions tout avantage à mettre en pratique, car il ne suffit pas de méditer sur le ministère des anges, il faut qu’il s’ensuive une réalisation pratique et c’est ce que l’Abbé Feigne appelle résolutions, qu’il place sous le patronage de la très-sainte Vierge. Voici quelques-unes de ces « résolutions » mises en point final de toute méditation :
Ô Marie, je prends la résolution de penser souvent aujourd’hui à mon bon ange et de l’invoquer.
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Ô Marie, je prends la résolution de me rappeler la présence de mon ange gardien chaque fois que, dans la journée, j’entendrai l’heure sonner (et spécialement au moment de l’Angélus).
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Ô Marie, je prends la résolution de remercier mon bon ange, plusieurs fois dans la journée, de sa grande bonté à mon égard.
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Ô Marie, je prends la résolution de faire aujourd’hui toutes mes prières en union avec mon bon ange et avec une ferveur toute particulière.
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Ô Marie, je prends la résolution de demander plusieurs fois aujourd’hui à mon ange gardien de venir à mon aide au moment de la mort.
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Ô Marie, je prends la résolution de passer le plus saintement possible cette journée, afin de bien témoigner mon amour à mon ange gardien.
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Ô Marie, je prends la résolution d’éviter aujourd’hui tout péché, même véniel, par respect pour mon ange gardien, et de m’examiner sérieusement ce soir sur la manière dont j’aurai accompli ma résolution.
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Ô Marie, je prends la résolution de dire mon chapelet aujourd’hui pour remercier mon ange gardien de sa bonté envers moi.
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Ô Marie, je prends la résolution d’invoquer mon ange gardien avant les principales actions de cette journée.
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Ô Marie, je prends la résolution d’être aujourd’hui un modèle de support envers tout le monde, et de m’imposer ce soir une pénitence, si je n’ai pas été fidèle à ma résolution.
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Ô Marie, je prends la résolution d’invoquer l’ange gardien des personnes avec lesquelles je serai en rapport aujourd’hui.
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Ô Marie, je prends la résolution de me rappeler plusieurs fois dans la journée l’humilité de mon ange gardien et ces quatre vérités :
Je ne suis rien...
Je n’ai rien...
Je ne peux rien...
Je ne vaux rien...
Cette leçon d’humilité est en parfait accord avec l’enseignement du Christ et avec celui de Maître Philippe.
On le voit, les motifs de bonnes résolutions à prendre en accord avec la dévotion aux anges ne manquent pas. Et pour terminer, arrêtons-nous à cette réflexion de l’Abbé Feigne :
Eh bien ! Quoique l’Église n’ait pas encore fait de cette consolante et indiscutable vérité un dogme de foi, cependant elle croit et enseigne que tous nous avons un ange gardien. Voyez le zèle qu’elle déploie pour affermir la foi de ses enfants à l’existence et aux bons offices de ces Esprits Bienheureux. Voyez avec quel empressement elle célèbre chaque année la fête des anges gardiens. Voyez comme elle est heureuse d’approuver, de recommander, d’enrichir d’indulgences les prières, les associations en leur honneur.
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SECTION II : « Le monde des Esprits », par Irmin Sylvan
(H. Daragon, Paris 1910).
Sous le titre Le Monde des Esprits, Pneumatologie traditionnelle et scientifique, Irmin Sylvan a composé un ouvrage très complet sur l’angéologie ; dans son introduction, l’auteur commencera par dire : « Mortels, souvenez-vous du monde des anges ! » Et il précisera ainsi le but de son étude : « C’est pour le grand public que j’ai écrit les pages qui suivent, car, à part les œuvres scolastiques, on ne trouve en librairie que peu d’ouvrages sur les anges, la plupart incomplets et s’adressant tous aux âmes dévotes. Pourquoi ne pas essayer de mettre le grand public en communication avec les anges ? »
M. Sylvan désire surtout présenter le rôle que les bons et les mauvais anges jouent dans l’univers. À l’instar de saint Thomas d’Aquin, l’auteur procédera par demandes et par réponses, comme au catéchisme.
Tout d’abord, il fera appel au témoignage des saints livres : « À chaque page de la Bible, au récit de chaque évènement, un ange apparaît. Du Paradis terrestre au sépulcre du Christ, le monde invisible se met en rapport constant avec l’humanité... La puissance contre la ruse, le bien contre le mal, telle est la double sphère d’action où se déploient, avec des bruits d’ailes mystérieux, les phalanges du Ciel et de l’Enfer. »
Ne voit-on pas déjà cette double action dans le fait que des anges suivent Jésus dans sa retraite préparatoire au désert et que c’est là que le Démon vient le tenter. « Les noms des célestes messagers reviennent souvent sur les lèvres du divin Prédicateur. Il en parle dans ses paraboles, il en parle dans ses exhortations, il en parle à propos des enfants et à propos du jour terrible du jugement dernier. »
Le ministère des anges se continue auprès des apôtres après le départ du Christ et il est fait constamment allusion à leur activité dans l’Apocalypse. Et puis l’auteur d’en appeler à la tradition, à l’enseignement des premiers Pères de l’Église et des saints dont le témoignage doit être pris en considération, étant donné leurs expériences dans ce domaine. « Il faudrait des volumes, dit Sylvan, pour reproduire même le plus succinctement possible, le seul témoignage des Pères et des Docteurs de l’Église. Il faut retenir à ce sujet les noms suivants : Hermas, saint Cyprien, saint Justin, saint Macaire, Tertullien, Origène, saint Hilaire, saint Grégoire de Naziance, saint Basile, saint Ambroise, saint Gaudence, saint Chrysostome, saint Jérôme, saint Denys l’Aréopagite, saint Jean Damascène, saint Grégoire-le-Grand, saint Grégoire de Nysse, saint Isidore, saint Anselme, saint Pierre Damien, saint Bernard, saint François de Sales et combien d’autres. » On l’a vu, une partie de cette étude a déjà été réalisée par le P. J. Danielou, dont nous avons résumé l’œuvre au chapitre IV, section 4. Encore une fois, ces témoignages sont à prendre en considération, étant donné qu’ils émanent de mystiques parlant par expérience personnelle.
En quatre chapitres, Sylvan, à la manière de saint Thomas d’Aquin, traitera par questions et par réponses la nature, le comportement, le ministère des bons et même celui des mauvais anges.
Le premier chapitre a trait au Monde invisible, aux anges étudiés selon leur essence. Quelles sont les qualités naturelles des anges ? Ce sont l’intelligence et la volonté, la puissance et l’agilité. L’ange trouve en soi l’image de Dieu. Les anges connaissent les natures matérielles ; ils sont dotés de libre arbitre, leur volonté est libre et ils sont susceptibles de pécher.
Les Esprits célestes sont doués d’une puissance d’action extraordinaire, car Dieu a donné aux anges les vertus surnaturelles qui sont la résultante nécessaire de la grâce ; de plus ils ont en partage la bonté et l’amour, la pureté et la docilité. La multitude des anges surpasse celle des hommes. Quant aux anges gardiens, ils sont en général choisis dans le dernier chœur, car il y a une hiérarchie parmi les anges ; ils ne sont donc pas tous égaux entre eux. Et l’auteur de citer une page de la Cour céleste :
« La preuve et la raison de la distinction qu’on établit dans les fonctions et les hiérarchies des intelligences angéliques dérivent uniquement de leur perfection relative. La perfection des êtres est adéquate à la part qui leur a été faite des perfections divines. Plus ils ressemblent à leur Créateur, plus ils s’approchent de ce grand foyer de lumière, archétype de tout ce qui est beau et bon, plus aussi ils sont nobles, grands et parfaits. La mesure de leur union plus ou moins intime avec Dieu est la mesure de leur félicité, de leur gloire et elle est la seule raison de leur élévation. »
Les anges peuvent percevoir la raison des choses en Dieu, et selon qu’elles émanent de Dieu, premier et universel principe. C’est le privilège de la première Hiérarchie.
Les anges peuvent percevoir la raison des choses dans les causes universelles créées, qu’on appelle « lois générales » de la nature. C’est la catégorie d’Esprits formant la seconde Hiérarchie.
Les anges peuvent percevoir ces raisons dans les lois particulières qui régissent les créatures ou causes secondes appliquées aux êtres individuels dépendant de ces causes. Ainsi connaissent les Esprits de la troisième Hiérarchie.
Cette organisation hiérarchique sacrée tend à un seul but : la manifestation des lumières éternelles, la purification des intelligences et leur perfectionnement. Pour arriver à cette fin, trois opérations sont nécessaires : d’abord la considération de la fin de toutes choses ; elle appartient à la première Hiérarchie, inondée immédiatement de la clarté infinie de Dieu ; secondement, la disposition universelle des moyens généraux pour leur réalisation ; elle est attribuée à la seconde Hiérarchie, qui exerce une haute inspection et une juridiction générale ; troisièmement, la mise en œuvre ou l’exécution actuelle des moyens ordonnés et fixés dans le plan de la sagesse incréée ; c’est le lot de la troisième Hiérarchie.
Les Lumières, puisées dans le sein de Dieu même, par les Esprits supérieurs, sont communiquées à ceux de la deuxième Hiérarchie, transmises ensuite aux anges de la troisième. À ceux-ci est dévolue la mission de les apprendre aux hommes. C’est dans cet échange de lumière et d’action, c’est dans cette communication non interrompue des feux célestes, c’est dans ce fluide incessant et par de la vie qui descend de la source intarissable et divine et passe d’une Hiérarchie à l’autre que consiste toute la perfection angélique.
On peut résumer ces notions comme suit :
Première Hiérarchie = Aristocratie céleste.
Deuxième Hiérarchie = Hauts fonctionnaires de la Cité de Dieu.
Troisième Hiérarchie = Exécuteurs ordinaires des décrets divins.
Le deuxième chapitre, au titre singulier : le grand combat, examine les questions ayant trait à la création proprement dite des anges, à leur état au moment de leur création : bonheur naturel ou bonheur surnaturel ? On constate que l’iniquité a été trouvée parmi certains anges. Combien d’anges ont failli et pourquoi ? L’orgueil est à la base de la chute et le résultat fut une scission malheureuse. En effet, Lucifer, terrassé par son immense orgueil, s’était écrié dans sa folie : « Je serai semblable à Dieu ! » et certaines légions d’anges, étourdis par le choc formidable de cette profération sacrilège, répétaient comme autant d’échos : « Tu seras semblable à Dieu ! » Mais au même instant une autre voix formidable se faisait entendre : « Qui est comme Dieu (Quis est Deus ?) : qui est semblable à Dieu ? »
C’était Michel, l’Archange fidèle, qui avait poussé ce cri, et ralliant auprès de lui les phalanges indignées des bons anges, il leva son glaive menaçant. Un terrible combat s’engagea dans les plaines éthérées.
À ce sujet, l’auteur cite la pensée de Bossuet : « Ce ne fut pas un conflit avec des bras de chair, des armes de fer et d’acier, mais un conflit de pensées et de sentiments. » Le dragon fut vaincu et il n’eut plus sa place au ciel. Il y eut deux cités opposées dans le monde angélique : Babylone et Jérusalem, l’Enfer et le Paradis. Le châtiment des mauvais anges fut l’aveuglement de l’esprit, leur obstination dans la volonté du mal et leur exclusion du séjour de gloire ; tandis que la récompense des bons anges fut la vision béatifique (ils voient la face de mon Père, dit Jésus), la contemplation et l’adoration.
Le chapitre III, en seize questions, aborde l’étude des fonctions et relations des Esprits célestes ; l’auteur cherchera à élucider spécialement les fonctions respectives des neuf chœurs, le rôle des anges gardiens et des anges assistants ; tout d’abord il pose en principe que « les anges sont la louange vivante et ininterrompue de leur Créateur ; c’est là leur fonction essentielle ; ils chantent à l’envi : “Saint ! Saint ! Saint ! est le Seigneur tout-puissant.” Mais il ne faut pas oublier que les anges sont des esprits faits pour servir et notamment pour servir les hommes avec lesquels ils peuvent communiquer, soit sous forme humaine, soit seulement par la voix, soit en influençant l’âme directement. On appelle épiphanies angéliques les apparitions des anges sous l’une ou l’autre forme sensible. Lorsque les anges veulent se manifester sensiblement aux hommes, ils empruntent leurs formes à la nature ou à des formes expressément fabriquées par eux au moyen d’éléments naturels. »
Quant aux fonctions propres aux Hiérarchies et aux Chœurs, l’auteur dit s’en référer au chapitre XI de la Cour céleste (Saint Denys).
Première Hiérarchie
Le privilège attaché à cette Hiérarchie est d’être toujours auprès de l’adorable essence divine pour contempler, aimer, chanter ses charmes infinis. Cette Hiérarchie comprend :
Les Séraphins
Séraphin est un mot hébreu au pluriel. Le singulier « séraph » signifie embrasé, enflammé. Ces célestes créatures, les plus sublimes que Dieu ait tirées du néant, doivent leur nom aux flammes de leur amour. Placés au sommet du monde angélique, les Séraphins touchent, autant que le fini peut toucher à l’infini, à la Trinité Divine, amour par essence et foyer de tout amour. Ils sont devant l’Être Suprême comme des tisons ardents, qui ne se consument jamais et dont les flammes embrasent tout ce qui les environne.
Les Chérubins
Chérubin est un mot hébreu au pluriel. Le singulier chérub signifie étymologiquement plein de sagesse selon les uns et plein d’intrépidité selon les autres. Les Chérubins sont les princes de la science. D’après saint Denys, ce nom désigne quatre choses : premièrement, que ces Esprits voient Dieu parfaitement ; deuxièmement, qu’ils reçoivent cette lumière pleinement et immédiatement ; troisièmement, qu’ils contemplent en Lui la beauté de la création entière, telle qu’elle est conçue dans la pensée divine ; quatrièmement, que la plénitude de leur science répand sur la cour céleste des flots de lumière. Ils sont faits dépositaires des secrets de Dieu pour qu’ils aient à les communiquer en temps opportun, aux anges inférieurs qui ont pour mission de les manifester aux hommes.
Les Thrônes
Ce mot vient du grec thronos, siège. Les Thrônes sont ainsi appelés parce qu’ils sont comme la nuée de parfum sur laquelle siège l’Éternel. Élévation, beauté, solidité, telles sont les trois idées que présente à l’esprit le nom de « siège », sur lequel se placent les monarques dans les occasions solennelles. Nul nom ne peut mieux convenir au troisième Ordre de la première Hiérarchie. Ils sont Thrônes, parce que, éblouissants de beauté, dominant les Chœurs des autres Hiérarchies, ils sont immédiatement au-dessous de la majesté redoutable de Dieu, et semblent être le Trône sur lequel Elle se repose éternellement.
Deuxième Hiérarchie
La seconde Hiérarchie angélique comprend les anges qui s’occupent du monde. Ces anges disposent les moyens généraux qui concourent à ce gouvernement. Ils ont sur les Chœurs inférieurs une haute inspection et juridictions générales. Les Chœurs de cette Hiérarchie sont :
Les Dominations
Du latin dominus, maître supérieur, chef.
Les Dominations, comme leur nom l’indique, sont à la tête des administrateurs. La responsabilité de l’immense administration de l’Univers pèse sur eux. Animés de l’ardent désir de seconder la miséricordieuse Providence de Dieu et de contribuer pour une part à l’établissement de son règne sur toutes les créatures, ils n’épargnent ni leur zèle, ni leurs démarches pour atteindre ce but. Toutefois, ils jouissent, dans leur haut emploi, d’un calme céleste et divin. De là cette liberté parfaite, éloignée de la sujétion dégradante autant que de l’oppression tyrannique. De là ce gouvernement ferme et droit qui ne se laisse entraîner ni aux faiblesses, ni au despotisme. De là cette souveraine abnégation qui voit Dieu au bout de toutes ses œuvres.
Les Principautés
Ce mot vient du latin princeps qui veut dire prince, souverain militaire.
Aux principautés est dévolue une pleine autorité sur les empires, les royaumes, les nations ; elles assument la réalisation des desseins de Dieu sur toute la famille humaine. Leur nom nous fait comprendre qu’ils exercent une juridiction générale sur les ordres angéliques placés au-dessous d’eux. Ils sont les princes et les chefs de la milice céleste ; ils représentent les officiers supérieurs qui commandent les grandes évolutions aux officiers subalternes, qui suivent les prescriptions du général en chef. Ces anges exercent un grand pouvoir sur les démons les plus méchants. Ils sont les défenseurs-nés de l’Église et déjouent les complots que l’infidélité ourdit contre elle.
Les Vertus
Vertu vient de vis, virtus, qui signifie, en latin, force, énergie, courage mâle ; en grec, dunamis : dynamisme, puissance.
Les Vertus exercent dans un haut degré, sous le bon plaisir de Dieu, un empire merveilleux sur la nature corporelle. C’est à ces Esprits qu’est attribuée la puissance des miracles. Leur nom exprime la mâle et inébranlable vigueur qu’ils déploient, d’abord, pour remplir toutes les fonctions que Dieu leur assigne, et, dans ce cas, rien ne peut leur résister ; ensuite pour recevoir toutes les lumières qui leur viennent d’En-Haut, s’approchant de Dieu sans crainte, ce qui suppose une grande force d’âme. Les Vertus président immédiatement au maintien des lois qui régissent la création matérielle, et gouvernent l’ordre que nous y admirons. Quand la gloire de Dieu l’exige, les Vertus, comme nous l’avons dit, suspendent le cours de ces lois et opèrent des miracles.
Troisième Hiérarchie
La troisième Hiérarchie comprend les anges exécuteurs ordinaires des décrets divins ; ces anges ont pour fonction la mise en œuvre, ou l’exécution actuelle des moyens ordonnés et fixés dans le plan de la sagesse incréée. Cette Hiérarchie comprend :
Les Puissances
En latin potestates, de potens, forts, puissants.
Les Puissances participent aux dons faits aux anges des deux premières catégories, dans un degré inférieur. Nous les comparerons aux officiers de troisième ordre, chargés de surveiller et de favoriser l’exécution des Lois du Suprême Législateur ; dans les provinces qui composent un royaume, de veiller à la sécurité des habitants, de repousser les attaques des ennemis particuliers qui en veulent aux biens, à la liberté, à la sécurité des villes dont le gouvernement leur est tombé en partage. À eux appartient le soin de veiller au choix des hommes appelés à remplir des postes éminents dans l’Église ou dans l’État. Ce sont les gardiens des villes, des sociétés, des communautés pieuses, de la santé et des biens de la terre.
Les Archanges
Ce mot est composé de deux expressions grecques : archôn qui signifie chef, et aggelos qui veut dire envoyé, messager.
Les Archanges sont les princes des anges ; les messagers extraordinaires de Dieu ; ses envoyés dans les circonstances importantes. À eux est confié le ministère le plus élevé dans l’assistance actuelle dont l’Église a besoin pour la révélation des mystères de la foi. Ils assistent les supérieurs locaux dans le gouvernement et la direction de leurs subordonnés. La chasteté et la pureté sont vertus aimées des archanges. Ils élèvent l’esprit et le cœur des fidèles vers les choses célestes, et les détournent des biens et des plaisirs d’ici-bas. Ils sont les gardiens des Vierges, des veuves chastes, des familles où règne la piété, la modestie, la décence, les bonnes mœurs. Ils nous défendent contre les démons si redoutables de la luxure.
Les Anges
Du grec aggelos, qui signifie envoyé, messager.
En rapport immédiat et habituel avec l’homme, les anges veillent à la garde de notre double vie (vie du corps et vie de l’âme) ; ils nous apportent à chaque heure, à chaque instant, les lumières, les forces, les grâces dont nous avons besoin, depuis le berceau jusqu’à la tombe. C’est dans cet Ordre que se recrutent les anges gardiens.
On aura remarqué que dans cette énumération des attributs des Chœurs, les Principautés, les Vertus et les Puissances n’occupent pas la place indiquée par la plupart des auteurs. Cela, du reste, ne diminue en rien la valeur de cet exposé synthétique des attributs des neuf Chœurs.
Il est généralement admis que chaque homme a son ange gardien ; il semble même que plusieurs anges peuvent se succéder dans la garde du même homme, ainsi qu’il le fut révélé à la visionnaire Marie Lataste et à d’autres mystiques.
Les anges gardiens protègent même notre corps physique, en éloignant de nous les dangers qui le menacent et en nous préservant d’une foule d’accidents. Nous en verrons un exemple typique lorsque nous parlerons des expériences du P. Lamy avec le monde des anges.
Notre ange gardien empêche les démons de nous nuire. Il suggère de pieuses pensées pour faire le bien et éviter le mal, et surtout, il porte nos prières à Dieu. La dignité des anges gardiens varie avec la dignité de celui dont il s’occupe ; il y a donc des degrés divers dans la dignité des anges gardiens. Les religieux ont un ange gardien d’un degré supérieur à celui d’un simple chrétien.
Après avoir étudié le ministère des bons anges, Sylvan s’attaque au problème des Esprits mauvais et de leurs œuvres néfastes. En effet, l’Écriture Sainte et la Tradition sont unanimes à affirmer l’existence d’esprits mauvais qui ne sont autres que des anges révoltés. Et voici la différence qu’il y a entre les bons et les mauvais anges : Les bons anges se tiennent unis à Dieu, qui est le principe illuminateur de leur intelligence et le principe directeur de leurs opérations, en même temps que la fin où vient aboutir toute leur activité. Les mauvais anges, par contre, ne reçoivent de Dieu aucune illumination ; et, tout en prenant en Lui leur activité comme toute créature, ils vont à l’encontre du plan divin qu’ils essaient de bouleverser sans pouvoir y réussir.
Les bons anges sont lumière, les démons sont ténèbres.
Illuminés de Dieu, et demeurant dans la justice, les bons anges ont de ce chef une supériorité sur les mauvais. Les bons anges ramènent tout dans l’ordre de la justice impénétrable de Dieu. Tout n’est pas permis au diable et là où Dieu l’autorise à montrer son pouvoir, il travaille, contre son intention, à la glorification de la Providence de Dieu, et cela par les crises même qu’il provoque. Au demeurant, l’office des bons anges est de déjouer aussi les plans de l’infernale cohorte.
Les démons peuvent provoquer des obsessions en agissant sur le corps de l’homme sans l’habiter, ou bien ils déclenchent une possession quand ils s’emparent du corps de l’homme. L’Écriture Sainte donne de nombreux exemples de cette possession diabolique. À ce propos, il existe au sein de l’Église un ordre spécial, appelé l’ordre des exorcistes. Voici à quels signes on peut reconnaître un état de possession : quand la personne pousse des hurlements extraordinaires, fait entendre des cris de bêtes fauves, déploie des forces dont elle est physiquement incapable, tombe dans des crises et prostrations extraordinaires. On peut dire plus sûrement d’une personne qu’elle est possédée quand elle parle des langues qui lui sont inconnues, quand elle les écrit et les comprend, quand elle a subitement l’intuition des sciences les plus difficiles ; quand elle jouit de la clairevue, de télépathie, de lucidité, quand elle est dans l’impossibilité manifeste de prononcer les noms de Jésus, Marie, Joseph ; quand les choses saintes, l’Église, les Évangiles lui font instinctivement horreur.
Il faut reconnaître que l’auteur, avec trop de chrétiens, fait une déplorable confusion entre les facultés métanormales de certains sujets sensibles et les facultés désordonnées des possédés : par cet énoncé dogmatique, M. Sylvan prépare son attaque contre le spiritisme, le magnétisme et l’hypnotisme qu’il range dans le même sac diabolique ! Nous y reviendrons en fin d’étude de cet ouvrage, si instructif à d’autres points de vue quand il ne se mêle pas de critiquer ce qu’il ne connaît pas ou ce qu’il a étudié en partant d’idées préconçues dogmatiques.
D’après notre auteur, Dieu permettrait ces possessions pour punir le péché et amender le pécheur. Et voici quelques remèdes proposés pour combattre l’influence néfaste du démon :
1. Mise en ordre de la conscience par la confession.
2. Usage de la Sainte Eucharistie.
3. Prière et jeûne.
4. Recours aux sacrements, surtout à l’eau bénite.
5. Exorcisme.
Et l’auteur de recommencer son attaque contre les sciences occultes ; il dira : « La magie existe : le diable se donne au magicien et le sorcier se donne au diable. Le démon aime à singer Dieu. » Mélange voulu ou inconscient entre magie blanche et magie noire, dont les buts sont diamétralement opposés. L’auteur pense être très spirituel en disant : « De nos jours on cause surtout hypnotisme et spiritisme, c’est moins anodin, semble-t-il que d’évoquer les contes des aïeux ! » Que voilà une bien regrettable fin d’une intéressante étude sur les anges et leurs missions. En effet, deux Appendices terminent le livre ; ils traitent respectivement d’hypnotisme, de magnétisme et de spiritisme, et l’auteur y fait montre d’une ignorance totale de la matière qu’il prétend traiter ; ainsi, pour lui, magnétisme et hypnotisme sont deux méthodes de traitement identiques procédant de la magie diabolique. Que voilà bien une affirmation sans aucun fondement, contraire aux faits, car les modes d’action de ces deux disciplines sont diamétralement différents. Mais pour justifier son assertion, l’auteur ne craindra pas d’affirmer, contre toute vraisemblance, que « l’hypothèse du fluide vital n’a pas pour elle l’expérience », or, c’est justement le contraire qui est exact ; en effet, les expériences de nombreux magnétiseurs démontrent l’existence d’un fluide vital agissant en dehors de toute suggestion : ainsi, il favorise la croissance des plantes (apparemment non suggestibles), il provoque la momification des tissus. Pour ce qui est de l’hypnotisme, son levier actif n’est pas le fluide vital, mais la suggestion, qu’elle soit directe ou mento-mentale. Du reste, ces deux facteurs thérapeutiques s’interpénètrent et se complètent ; les mages thérapeutes égyptiens l’avaient mieux réalisé que beaucoup de modernes et ils avaient codifié leur savoir en cette phrase lapidaire : « Pose la main sur le malade et dis que la douleur s’en aille. » Soit, en premier lieu, prise de contact magnétique (pose ta main sur le malade) et ensuite suggestion curative hypnotique (dis que la douleur s’en aille).
Quant aux manifestations du spiritisme, elles ne peuvent être dues, d’après notre auteur, qu’à Dieu, aux anges, aux morts ou aux démons. Et M. Sylvan de gravement discuter ces différentes possibilités, mais d’une façon tellement partiale et erronée dans son absolutisme que sa présentation n’a vraiment aucune valeur probante : « Or, dit-il, les phénomènes spirites sont inutiles, grotesques, dangereux, immoraux, impies et répugnants à la sagesse de Dieu. Les anges sont aussi des personnages trop graves pour venir du ciel sur l’injonction d’un initié quelconque. L’évocation des anges est interdite aux hommes ! Que les morts daignent venir au premier appel d’un médium pour donner des spectacles, écrire des fariboles ou des impiétés, voilà ce que le bon sens répudie. » Cependant l’auteur veut bien concéder « que des âmes souffrantes viennent parfois, avec le congé de Dieu, demander des prières ». Dès lors, que penser de la logique de l’auteur qui conclut : « Restent donc les démons comme seuls capables d’intervenir dans les phénomènes extranaturels du spiritisme. » On ne peut mieux étaler son ignorance complète des phénomènes métapsychiques, étudiés avec sérieux par de nombreux expérimentateurs ; l’auteur ignore probablement l’existence du livre d’Aksakof, Animisme et Spiritisme, dont la lecture lui aurait peut-être ouvert les yeux et l’entendement à l’égard de ces phénomènes.
Il faut toutefois reconnaître que l’auteur a raison lorsqu’il met en garde les gens qui pensent se livrer à un jeu de société en faisant tourner les tables. On comprendra mieux l’attitude malheureusement prédéterminée de l’auteur par son attachement au dogme, quand on lira ses conclusions en accord avec un décret du Saint Office du 10 mai 1870 :
« L’évocation explicite des morts (nous savons que cette évocation s’adresse indirectement aux démons) est une faute très grave. » Dans ce cas, il faudrait attribuer au démon l’apparition de Samuel au roi Saül obtenu par la pythonisse d’Endor ; rien dans le contexte de la Bible (I Samuel 28, 7-20) ne permet de conclure à l’apparition d’un démon, mais bien à celle du prophète Samuel.
Et la condamnation de continuer : « L’évocation implicite des morts constitue également un péché mortel. Cependant la simplicité, l’ignorance non coupable, la bonne foi, peuvent rendre ce péché véniel. Se faire inscrire parmi les adeptes du spiritisme, ou prendre part, d’une façon active, aux rites de cette religion (?) est, à plus d’un titre, une faute grave sans excuse. Régulièrement parlant, il n’est pas même permis d’assister aux réunions spirites par pure curiosité ; le danger de perdre la foi (or, en fait c’est juste le contraire qui se produit, nombre d’incrédules, voire d’athées sont revenus au spiritualisme et à la foi après avoir expérimentalement constaté l’existence de l’âme dans l’au-delà et après en avoir eu la manifestation). Et la monition continue sur le même ton : « Assister aux séances spirites risque de donner du scandale ; aussi les chrétiens doivent-ils s’abstenir entièrement de fréquenter semblables réunions. » Puis l’auteur met encore une fois en garde les gens qui croient se divertir en faisant tourner les tables ; c’est un jeu dangereux, car on attire Satan et ses acolytes. Inutile de dire qu’en passant, l’auteur croit devoir condamner la notion si utile de la loi de Réincarnation. Autre ignorance rédhibitoire qui veut nier des faits d’observation et d’expérience, attitude illogique et peu rationnelle. Nous suivons mieux l’auteur quand il dit pour finir que nous devons un culte de dulie et non de latrie aux différents chœurs des anges, culte de respect et de reconnaissance pour les services rendus.
L’Église fête saint Michel le 29 septembre et les anges gardiens le 2 octobre.

Benozzo Gozzoli (1420-1498) – Le Chant des Anges. Chapelle Riccardi, à Florence.
SECTION III : « La Mission des Anges sur le plan terrestre et dans l’Au-Delà », par Mme Joy Snell (Jeheber, Genève, 1935).
Mme Joy Snell est une infirmière qui, dès son enfance, eut la faculté de voir les esprits et les Anges et de parler avec eux ; elle en reçut maints enseignements sur les modalités de la vie dans l’Au-Delà. Voici comment elle raconte sa première expérience en la matière :
C’est à l’âge de douze ans que se place la première de mes nombreuses et curieuses expériences, qui m’ont prouvé que par moments je vois des choses invisibles et que j’entends des choses imperceptibles à la plupart des humains... Une nuit, en me réveillant, je vis la chambre inondée d’une lumière brillante comme le soleil et saturée d’un parfum de fleurs jamais respiré sur terre. J’entendis un bruissement pareil à des battements d’ailes et tout à coup je vis deux formes spiritualisées au milieu de la chambre... Leurs vêtements étaient d’un blanc immaculé.
Il est intéressant de lire l’avant-propos que le Vicaire de Brockenhurst, Arthur Chambers, a écrit pour présenter le livre de Mme Snell :
Tout homme qui croit aux attestations de la Bible et aux enseignements de Notre-Seigneur Jésus-Christ est forcé d’admettre le fait qu’il existe une intervention des Anges.
Leur mission auprès de l’humanité, et spécialement dans la vie du Christ, est inséparable des enseignements de la Bible.
Mais il y a beaucoup de chrétiens qui ne saisissent qu’imparfaitement cette vérité. Ils croient qu’il y a eu des manifestations d’anges à la Nativité, à la Tentation, à la Transfiguration, à la Mort et à la Résurrection... Mais tout cela s’est passé il y a fort longtemps. La croyance en un ministère des Anges paraît n’avoir que peu ou pas de valeur pratique lorsqu’il s’agit d’expériences contemporaines... Et cependant, la mission des Anges n’est pas un fait moins actuel qu’il ne l’était au temps des auteurs de la Bible.
Je crois qu’aucun lecteur attentif et réceptif ne lira cette narration d’expériences personnelles... sans réaliser davantage l’amour et la sollicitude de Dieu, le Père, pour ses créatures.
Cette opinion d’un religieux sur le livre de Mme Snell et sur sa valeur nous indique déjà toute la portée des expériences de l’auteur qui sont de nature à réveiller en nous l’intérêt que l’on doit porter à la mission des Anges sur terre et dans l’Au-Delà. Comme nous l’avons déjà fait ressortir, Mme Snell a été en rapport direct avec les plans de l’Au-Delà et avec les êtres qui l’habitent ; elle a également vu à maintes reprises son Ange gardien qui lui a parlé et révélé certains mystères de l’autre Monde. Alors que jeune encore et inexpérimentée en ces matières, elle pensait que ces visions étaient un présage de mort, elle se confia à une vieille amie qui était également une voyante ; elle lui dit, se basant sur sa propre expérience : « Ceux que Dieu a choisis sont bien gardés ; tu n’as rien à craindre ; mais je te conseillerais de garder ces choses pour toi. Considère-les comme un dépôt sacré ; il y a peu de personnes qui les comprendraient. »
Constamment, Mme Snell sentait la présence de son Ange gardien qui la réconfortait et la secourait en toute occasion, mais écoutons-la plutôt :
Je sentais la douce direction de mon gardien invisible. Souvent je me rendais compte que c’était lui qui m’aidait dans des tâches trop lourdes et m’empêchait de commettre des imprudences dans mon ardeur à soulager quelque malade. Parfois il me semblait qu’une main se posait sur la mienne pour empêcher un geste trop vif. À d’autres moments, une voix murmurait à mon oreille : « Non, ne fais pas ainsi ; fais comme cela ! » Instantanément je comprenais ce que j’avais à faire.
Mme Snell ne voyait pas seulement son Ange gardien, mais encore quantité d’autres qui venaient auprès des malades ; plus d’une fois l’infirmière étonna et froissa même le médecin traitant qui avait diagnostiqué la fin prochaine d’un patient, alors que Mme Snell avait vu auprès de lui la forme radieuse d’un Ange resplendissant, présage de vie et de santé ; jamais à ce sujet, elle ne fut mise en défaut ; par contre, lorsque le malade devait ne pas guérir, Mme Snell voyait auprès de lui une forme noire et voilée. Voici ce qu’elle dit à ce sujet : « La forme claire m’apparut souvent, toujours à la même place, à la tête du lit, avec le même geste et la même expression. Je compris que la forme sombre annonçait la mort, et que l’apparition lumineuse présageait le retour à la vie. » Durant les longues heures de veille à l’hôpital, souvent Mme Snell vit s’opérer le ministère des Anges auprès des malades ; elle en donnera la description suivante :
La forme s’avança vers quelques-uns des lits, s’arrêtant un instant à chacun d’eux, posant légèrement sa main sur la tête du malade.
Par la suite et pendant tout le stage que je fis à l’hôpital, il ne se passa guère de jours où l’Ange ne vint visiter les malades. C’est durant mes veilles que je le vis le plus souvent. Il arrivait surtout aux heures qui précèdent l’aube, alors que les forces des malades diminuent et qu’ils ont besoin d’être vivifiés et allégés de leurs souffrances. Je m’aperçus que cet Ange possédait des forces qu’il employait pour ranimer les malades ; je le surnommais l’Ange guérisseur. Je lui fus toujours reconnaissante de ses visites nocturnes, en le voyant se glisser d’un lit à l’autre et effleurer de sa main le front d’un malade. Celui-ci, quoique inconscient, en éprouvait du soulagement. Que de fois les patients m’ont dit : « Oh ! Ma sœur, je me sens beaucoup mieux, j’ai si bien dormi. »
Après les visites de l’Ange guérisseur, les malades me racontaient leurs rêves merveilleux et la musique exquise qu’ils avaient entendue. Étaient-ce les mêmes harmonies célestes qu’il m’avait été donné d’entendre ? Aucun de mes malades ne sembla jamais avoir réalisé que c’était à la présence d’un Ange qu’ils devaient cette amélioration inattendue.
Les forces guérissantes n’agissaient pas seulement pendant le sommeil. Je vis l’Ange maintes fois poser sa main sur le front d’un malade en proie à une crise de douleurs et de gémissements. Peu après, calmé, il s’endormait paisiblement, se réveillant très soulagé. Le pouls s’était régularisé et la température abaissée. L’Ange guérisseur m’assista souvent, dans les soins à donner aux malades, en guidant ma main ; il m’aida une fois à redresser et à changer la position d’une pauvre créature impotente. En plus de l’Ange guérisseur, je vis d’autres Anges auprès des malades. Ceux-là circulaient dans les salles comme de simples mortels, apparaissant et disparaissant subitement. Mais l’Ange guérisseur était le seul à apporter du soulagement aux malades ; des expériences répétées me l’ont prouvé.
Mme Snell raconte un fait typique d’assistance de l’Ange guérisseur dans un cas qui, à vues humaines, paraissait désespéré. Il s’agissait d’une femme gravement accidentée ; le médecin, après examen, avait déclaré la mort imminente ; mais comme l’infirmière se penchait sur la malade pour lui prodiguer ses soins, elle vit l’Ange apparaître à la tête du lit, la main levée, promesse de guérison ; et Mme Snell de préciser :
Plus tard en renouvelant les compresses, j’aperçus l’Ange en face de moi. Il étendit sa main, la posant sur la mienne. Son toucher était si léger que je le devinais plutôt que je ne le sentais. Après avoir retiré sa main, il leva la tête et me regarda.
Son beau visage rayonnait de tendresse et de douceur. « Rassure-toi, dit-il, elle guérira. » Ce fut la première fois qu’il m’adressa la parole, mais que de fois, dans la suite, sa voix ne m’a-t-elle pas encouragée !
Cette nuit-là et les suivantes, l’Ange guérisseur revint plusieurs fois posant sa main sur le front de la malade, provoquant quelques instants de sommeil.
Cependant, après chacune de ses visites, le médecin déclarait le cas sans espoir. Au moment où le docteur émit un jour ce pronostic fatal, l’infirmière vit l’Ange tout près d’elle ; il souriait et était, pour elle, aussi visible que le médecin ; naturellement ce dernier ne percevait rien de l’apparition. Enhardie par la présence de l’Ange qui souriait toujours, elle dit au docteur : « Le cas en effet, paraît sans espoir à vues humaines, cependant je crois qu’elle sera sauvée. » Et le médecin de répondre : « Quelle erreur, ma sœur, impossible qu’elle s’en tire avec de pareilles lésions. » Or, la nuit même, une amélioration se manifesta ; la température tomba. L’Ange guérisseur revint nuit après nuit et au bout de peu de semaines, la malade put rentrer chez elle. Le docteur déclara qu’il n’avait jamais cru cette guérison possible et qu’elle tenait tout simplement du miracle.
L’auteur cite un épisode de sa vie où elle a réalisé le pouvoir d’intercession et d’aide que l’on peut obtenir du monde angélique. Un homme désespéré par la mort de sa femme pensait au suicide et confiait sa détresse à l’infirmière qui avait soigné son épouse avec dévouement et avec d’autant plus de sollicitude qu’elle avait, dès le début, aperçu la fatale forme noire. Comme le mari exhalait sa plainte, Mme Snell entendit une voix intérieure : « Parle-lui de tes expériences des Anges, il comprendra. »
« Je lui racontai, dit-elle, que j’avais vu le corps glorifié de sa femme au-dessus de son corps physique délaissé, que les “morts” pouvaient revenir sur terre, que les Anges apparaissaient parfois aux humains. Par le suicide, il pénétrerait évidemment dans une autre existence, mais ce ne serait pas la sphère bienheureuse où se trouvait sa femme ; car, par le fait qu’il se serait suicidé, il lui faudrait peut-être de longues années d’expiation avant d’atteindre les régions célestes où se trouvait sa femme. » L’homme fut convaincu ; il renonça à son sinistre projet et, par la suite, il lui fut donné de sentir la présence apaisante de sa femme, notamment à l’occasion d’une maladie où Mme Snell la vit souvent au chevet du patient. « De plus en plus, nous confiera l’infirmière, je rencontrai des personnes consolées par l’intervention des Anges, et dont le désespoir faisait place à l’apaisement. » Un cas bien typique à cet égard fut celui d’une enfant estropiée, négligée par ses parents, matérialistes impénitents. Le caractère de l’enfant était devenu sombre et renfermé. Mme Snell lui parla des Anges et de leur ministère auprès de tous ; elle aussi avait son ange gardien. L’enfant fut prise de l’ardent désir de voir les Anges et, de fait, l’existence des Anges gardiens lui fut révélée ; une nuit, elle vit un Ange lumineux qui se tenait près de son lit et qui lui parla de Dieu qui l’aimait. Dès lors, il ne se passait guère de jour où elle ne vît son Ange ; elle fit de rapides progrès en lecture et en écriture, notamment la lecture de la Bible lui procura une grande joie, et les Anges lui expliquèrent au fur et à mesure ce qu’elle lisait. Les parents, constatant un changement radical dans le comportement de leur enfant, aveuglés cependant par leur matérialisme, ne pouvaient croire à l’intervention des Anges et étaient persuadés que c’était pure imagination de la part de leur enfant. Et, lorsque l’infirmière quitta son service dans cette famille, l’enfant lui dit son regret de ne plus pouvoir jouir de sa compagnie ; alors Mme Snell de lui dire : « Tu ne seras jamais seule comme avant, les Anges viendront te consoler. » « Je le sais, répliqua-t-elle souriante, ils m’ont promis de ne pas m’abandonner tant que je vivrai, et qu’après ma mort je serai toujours avec eux. »
Un jour arriva à l’hôpital un malade atteint d’une grave pneumonie. Mme Snell réalisa tout de suite que ce malade était visité par les Anges et qu’il en avait conscience. Il n’avait aucune crainte d’une issue fatale, car il était renseigné sur son devenir dans l’Au-Delà. Seul le chagrin que sa mort causerait à sa femme et à ses enfants le désolait. « Ce sera mon gain, mais leur perte », soupira-t-il. La nuit qui semblait devoir être la dernière, l’infirmière, sur son désir, resta à son chevet ; il délira, chantant ses cantiques favoris ; vers le matin, il s’apaisa ; se réveillant, il demanda à Mme Snell si elle était bien restée auprès de lui toute la nuit et s’il n’avait pas changé de place et voyagé ; comme elle lui confirmait qu’il n’avait pas quitté son lit, il dit : « Mais j’ai été loin d’ici ; j’ai vu le Seigneur et Il m’a dit : “N’abandonne pas ton armure ; ton œuvre ici-bas n’est pas achevée. Tu guériras et je te donnerai une tâche à accomplir pour moi.” » L’infirmière, voyant l’Ange la main levée à la tête du lit, comprit que le malade guérirait, ce qui arriva en effet. La guérison parut miraculeuse à la Faculté.
Dans le cas d’une cantatrice célèbre, qui avait toujours été des plus charitables et qui se mourait atteinte d’une maladie incurable, Mme Snell vit la forme noire, signe du départ imminent, mais encore elle vit deux Anges lumineux qui se tenaient près du lit prêts à recueillir l’âme de la mourante. « Je fus témoin de son départ pour la vie immortelle, dit Mme Snell ; elle disparut, emmenée par les Anges. Qu’il est bon de savoir que certains évènements réjouissent les Anges ! »
Un jour que Mme Snell était accablée de soucis, elle sentit une main légère effleurer son épaule et vit l’Ange à côté d’elle qui lui disait : « Ne crains pas, je serai avec toi et je ne t’abandonnerai point, je ne te laisserai point. » Or le phénomène fut loin d’être unique. Au demeurant, cette promesse de continuelle assistance angélique fut renouvelée alors que durant son sommeil elle s’était dédoublée et qu’elle avait été emmenée en corps fluidique au ciel des Anges, par son Ange gardien. Comme elle demandait à rester dans ce lieu de paix et de bonheur, il lui fut répondu : « Non, pas encore. Ton devoir sur terre n’est pas achevé. Tu as beaucoup d’amis ici, et je serai toujours avec toi, car je suis ton Ange gardien. » Une autre fois, son Ange la conduisit dans un lieu écarté et silencieux du ciel et il lui dit : « Voici ma chambre de repos, où je viens me recueillir et méditer. Tu viendras souvent ici te reposer vers moi. »
Un soir, en état de dédoublement, Mme Snell fit une curieuse observation ; elle planait au-dessus d’une ville dont les rues étaient encore pleines de noctambules ; elle fut frappée de voir une multitude d’Anges mêlés à la foule ; ils se tenaient notamment à la porte des cabarets, cherchant à influencer les promeneurs, leur suggérant de ne pas pénétrer dans ces lieux où l’alcool faisait de si grands ravages ; et si, malgré tout, ils entraient, ces anges leur suggéraient de s’en aller au plus vite ; et quand ces Anges ne réussissaient pas dans ce ministère charitable, ils en étaient tout tristes. Mais leur tristesse n’est pas celle de la terre, car ils ont la faculté de voir le but des épreuves.
Grâce à l’assistance de son Guide et de son Ange gardien, préposés à son service, Mme Snell avait, comme nous l’avons déjà dit, la faculté de se dédoubler et de faire de nombreux voyages en astral ; elle eut le bonheur insigne de voir ses protecteurs ainsi que les lieux paradisiaques et les lieux de purification des âmes ; comme elle s’étonnait de la multitude des Anges qu’elle rencontrait, son Guide lui dit : « Les Anges de Dieu sont innombrables comme le sable de la mer ; réjouis-toi du privilège que tu as de pouvoir raconter à l’humanité ce que tu as vu ; cela l’incitera à désirer comprendre l’activité des Anges et à y collaborer, car la mission des Anges de Dieu est d’apporter Sa Lumière et Son Amour à l’humanité égarée. »
Voici une leçon intéressante donnée à Mme Snell par ses protecteurs de l’Au-Delà :
Les Anges m’ont dit que les esprits, après avoir rejeté l’enveloppe terrestre, entrent dans la sphère d’existence correspondant à leur état d’évolution. Cela correspond à une loi à laquelle tous les esprits doivent obéir, et que l’on pourrait comparer à la loi de la gravitation sur terre. La vie menée ici-bas déterminera l’avancement ou le recul là-haut. Si elle a été bonne, l’esprit entrera dans une sphère de repos et de bonheur où il pourra progresser. Après une vie mauvaise, l’esprit devra souffrir, car on récolte toujours ce que l’on a semé. Il y a différentes sphères de purification.
Que voilà parfaitement décrite la loi de karma, bien connue des Hindous et des occultistes. Mais la condamnation n’est pas sans retour et l’Ange dira à Mme Snell : « Un temps viendra, plus ou moins lointain, pour ces âmes captives, où elles auront une nouvelle occasion de salut et la possibilité de trouver la paix. » Allusion à la loi de réincarnation.
Un soir, notre voyante fut introduite, toujours en corps astral, par son Guide, dans un temple du Parc Céleste, servant aux Anges comme temple de méditation ; ils y étaient assemblés très nombreux et recevaient de la part du Très Haut tout ce qui enrichit l’âme ; vêtus de blanc et brillants de lumière, ils chantaient des hymnes glorieux, traduisant les sentiments qui les animaient. Puis, emplis de l’amour divin, ces Anges ont pour mission de révéler à l’homme le sens de cet amour.
En conclusion, comme suite à son expérience, Mme Snell proclamera sa croyance en l’assistance continuelle des Anges et notamment de l’Ange gardien : « Grâce aux dons psychiques extraordinaires, dira-t-elle, que j’ai le privilège de posséder, j’ai pu parler des révélations reçues sur la mission des Anges, sur terre et dans l’Au-Delà. Mais la compréhension des choses psychiques n’est pas obligatoire pour les expériences que j’ai faites, et le secours des Anges est accordé à tous. » En effet, le rôle des Anges est « d’inspirer aux hommes la foi ainsi que de bonnes et charitables pensées ».
Et retenons encore cette assurance consolante : « Nos fardeaux seraient allégés ici-bas, et la vie illuminée, si nous pouvions réaliser la présence des Anges qui nous entourent... Leur aide nous serait précieuse pour livrer le bon combat... Dieu aime toutes ses créatures d’un même amour et ses Anges sont au service de tous... Peu d’hommes se rendent compte d’où leur vient telle pensée lumineuse, qui renouvelle l’espoir et redonne courage pour reprendre le joug. Si les hommes savaient qu’ils sont toujours accompagnés d’Anges, les tentations seraient plus facilement vaincues ; leur esprit évoluerait et ils seraient remplis de paix.
Enfin, dernier enseignement de l’Ange gardien : « Si les malheureux habitants de la terre savaient quelle aide et quelle consolation ils pourraient obtenir de leurs Anges, leur scepticisme serait changé en joie et leurs troubles seraient dissipés. Ils réaliseraient l’amour infini de Dieu et comprendraient que “le royaume de Dieu est au-dedans d’eux”. »
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SECTION IV : « Anges », par le P. Régamey
(Éditions Pierre Tisné, Paris 1946).
Sous le titre « Anges » a paru aux Éditions Tisné un magnifique volume consacré à l’iconographie des anges, contenant 125 reproductions de tableaux de maîtres ayant trait à la mission des anges sur terre. Les reproductions picturales sont précédées d’un texte du P. Régamey, O. P., qui présente le sujet en dix exposés destinés à éclairer le lecteur sur le mystère et le ministère des anges ; voici les divers aspects de la question envisagés par le P. Régamey : Les Anges dans notre histoire, l’Ange de Yahweh. – L’Histoire d’un Ange. – La Création des Anges. – Le moment du Choix. – Ce que font maintenant les bons Anges. – Les Célestes Hiérarchies. – Les Anges gardiens. – Lueurs sur la psychologie des Anges. – La Consommation des temps. – Les Anges et la Beauté du monde et de la Vie.
Par cet énoncé, on le voit, la question de la nature et de la mission des anges se trouve abordée sous divers aspects. « Qui sait, dira le P. Régamey, en matière d’introduction, qui sait si nous n’allons pas rencontrer un ange ? Comme Agar qui rencontra l’ange de Yahweh. On peut tout à coup rencontrer un ange et peut-être que cet ange n’est rien moins que Dieu. En effet, jusqu’à Bossuet lui-même, il y eut un courant doctrinal qui était porté à reconnaître dans cet « Ange de Yahweh », la seconde personne de la Trinité. Par contre, saint Augustin et la plupart des docteurs voient dans cet Ange de Yahweh un esprit céleste chargé de manifester la puissance et la bonté de Dieu d’une façon si particulière qu’il a l’air de l’incarner. Suivant le récit de l’Ancien Testament, Dieu est vu au sommet de l’échelle de Jacob, alors que les anges montent et descendent d’un mouvement continu. »
D’après l’auteur, « les anges jouent un rôle moindre dans les Évangiles que sous la Loi ancienne ; ce changement se serait produit dès le moment où Dieu s’est fait chair » ; affirmation qui pourra sembler trop absolue. « L’Écriture sainte, dit encore le P. Régamey, jusqu’à l’Évangile, nous fait connaître les différents types d’apparitions angéliques, ou plutôt nous voyons que leur étonnante variété n’offre pas deux cas semblables. Cette pure gratuité convient bien à l’intervention dans notre monde d’un monde différent, supérieur, qui le gouverne. Le « jeu » (?) continue après l’Ascension... Ensuite, tout au long de son histoire, l’Église voit les anges la visiter, comme des oiseaux capricieux (?). Ou plutôt, ce sont ses enfants qui, quelquefois, les aperçoivent... Le plus singulier est que ces apparitions n’ont pas du tout lieu dans les plus graves conjonctures. Si les choses s’étaient passées à notre idée, on aurait vu saint Michel brandir son épée dans les grands périls que l’Église a connus, par exemple durant la lutte du sacerdoce et de l’empire ou durant les croisades... » Il y a peut-être présomption à opposer la sagesse humaine à la sagesse angélique et divine ! Avec une certaine réticence, l’auteur fait remarquer qu’au cours des siècles, les anges se sont manifestés « en s’adaptant souvent d’une manière qui nous est sensible au caractère de leurs obligés ».
Après avoir rappelé plusieurs cas d’apparitions des anges aux saints et même à quelques fidèles, l’auteur de dire : « Nous nous en tiendrons à ces quelques exemples. Ici, nous n’avons plus la certitude que nous procure l’Écriture, divinement inspirée, et l’Église ne garantit pas les faits que l’on lit dans les vies des saints, pas même ceux qu’ils ont racontés ; ces apparitions angéliques ne pouvant faire l’objet que d’une « pieuse croyance ». Nous pensons que ceux qui ont été favorisés de la vision, du parler et des secours directs des anges goûteront peu la « pieuse croyance ».
Lors de son procès, la réponse de Jeanne d’Arc à la question de savoir comment elle avait vu et reconnu saint Michel : « Je l’ai vu corporellement et reconnu à son parler d’ange », provoque le commentaire suivant du R. P. : « Un cœur pur connaît le parler des anges, avant même que de l’entendre pour la première fois... Nous sommes d’avance accordés avec le paradis. Ses messagers peuvent nous causer quelque surprise, mais si nous sommes de ces petits dont Dieu est le Père, la conversation s’engage aussitôt. » Voici encore quelques remarques dubitatives qui n’apportent rien de constructif : « Le Seigneur, au début de son ministère, promet que l’on verra désormais le ciel ouvert et les anges montant et descendant sur le Fils de l’Homme (Jn. I, 51). Pourtant aucun évangéliste ne nous rapporte que la chose – annoncée du reste comme habituelle – se soit produite aux yeux du corps. Il nous faut donc apercevoir des yeux de la foi ces communications surnaturelles dont les anges sont les ministres. » L’auteur de se demander pourquoi les Anges du Tombeau se sont présentés sous des aspects différents, en rapport avec les personnes à qui ils se manifestaient ; les évangélistes diffèrent quant à la description de ces anges ; et le Père de dire : « De quelle façon délicate les anges proportionnent leur aspect selon les situations ! » Qu’y a-t-il là de si extraordinaire ? Pistorius n’a-t-il pas enseigné que les esprits se revêtent pour descendre et se dévêtent pour remonter. Rien de surprenant à ce que les anges adaptent leur corporalité à la possibilité de vision et de compréhension des personnes qu’ils veulent influencer.
Voici une réflexion suggérée par l’abondante reproduction des anges et de scènes où les anges ont participé : « Les peintres doivent donner leur démission quand il s’agit de pénétrer dans la vie personnelle de ces purs esprits. Pourtant, la peinture n’est pas si vaine. À force de vivre en pensée et par le cœur parmi les anges, on en vient à une certaine conception du monde et de la destinée qui est précisément une conception de Beauté. » Beauté spirituelle réalisée par le divin Fra Angelico. Malheureusement, la tournure d’esprit de la plupart des gens ne les prédispose pas à cette familiarité avec les anges.
Quant à la nature des anges, à leur création, le quatrième concile de Latran (1215), concile œcuménique, infaillible, nous dira le P. Régamey, il semble à première lecture nous apporter quelques précisions sur le sujet : « Dieu a créé à la fois l’une et l’autre créature spirituelle et corporelle. Tous les anges furent créés bons. Il a fallu aux anges la grâce, avec la foi et la charité qu’elle apporte. Quant à la chute de certains anges, elle fut provoquée par leur orgueil ; et de fait, l’orgueil est une suffisance, dans le refus du don divin, tandis que l’humilité est une joie de n’être que par ce don. »
Que font maintenant les bons anges ?
Ils accèdent à la contemplation béatifique du Père, du Fils et de l’Esprit. Leur acte parfaitement libre les accorde pour l’éternité à Celui qui est la liberté pure, leur amour à Celui qui est l’Amour même, leur don à la générosité infinie, et cet accord les fait participer du dedans à l’expansion de cet Amour. Ils deviennent les ministres des secrets divins ; ils participent aux jeux de la Sagesse incréée.
Le P. Régamey a réuni les passages des Évangiles où il est question des différents chœurs des hiérarchies ; il est intéressant de les relever et de comparer diverses traductions ; on se rendra compte de quelques différences et flottements dans l’interprétation de certains mots. Nous allons mettre ces textes en regard ; (M) représente la Sainte Bible, version d’après les textes originaux par les moines de Maredsous ; (S) est la version synodale de la société biblique de France et (L) version littérale d’Alfred Loisy. Voyons maintenant les textes réunis par le R. P. Régamey :
1 Thess. IV, 16 parle de la voix d’un archange.
Rom. VIII, 38. Chœurs cités :
(M) Anges – Principautés – Puissances
(S) Anges – Dominations – Puissances
(L) Anges – Archanges – Puissances
1 Cor. XV, 24. Chœurs cités :
(M) Principautés – Dominations – Puissances
(S) Empires – Dominations – Puissances
(L) Dominations – Pouvoirs – Puissances
Éphés. 1, 21. Chœurs cités :
(M) Principauté – Puissance – Vertus – Souveraineté
(S) Pouvoir – Autorité – Puissance – Souveraineté
(L) Principauté – Puissance – Vertus – Seigneurie
Éphés. III, 10. Chœurs cités :
(M) Dominations et Puissances célestes peuvent connaître l’infinie diversité de la sagesse divine
(S) Dominations et Puissances
(L) Principautés et Puissances
Éphés. VI, 12. Chœurs cités :
(M) Principautés et Puissances
(S) Dominations et Puissances
(L) Principautés et Puissances
Col. I, 16. Chœurs cités :
(M) Trônes – Dominations – Principautés – Puissances
(S) Trônes – Dominations – Autorité – Puissance
(L) Trônes – Dominations – Principautés – Puissances
Col. II, 10. Chœurs cités :
(M) Principautés – Puissances
(S) Souveraineté – Puissances
(L) Principautés – Puissances
Col. II, 15 Chœurs cités :
(M) Principautés – Puissances
(S) Dominations – Puissances
(L) Principautés – Puissances
I Pierre III, 22. Chœurs cités :
(M) Anges – Principautés – Puissances
(S) Anges – Principautés – Puissances
(L) Anges – Puissances – Vertus
Jude 9 : Archange saint Michel.
Ésaie (VI, 2-6) fait mention des Séraphins. Quant à l’existence des Chérubins, elle est mentionnée dans plusieurs passages de l’Ancien Testament ; les Chérubins sont placés dans l’entrée du jardin céleste. Ils étendent leurs ailes au-dessus de l’Arche de l’Alliance.
En parlant des trois Hiérarchies des Anges, le Père notera « qu’elles ont été fixées par Denys, le pseudo-Aréopagite, personnage mystérieux du Ve siècle. L’Église n’a pas engagé son infaillibilité à son sujet, on ne doit pas proprement parler de tradition et l’on peut garder la liberté de son jugement. Mais cette doctrine est au moins très vénérable. Elle est généralement enseignée dans l’Église. L’obscur instinct de la foi s’y complaît comme on est heureux dans l’air natal. » Le P. Régamey adopte l’ordre de succession des chœurs selon Denys :
Séraphins – Chérubins – Trônes
Dominations – Vertus – Puissances
Principautés – Archanges – Anges
Cependant l’auteur fera quelques restrictions :
J’avoue ne pas bien distinguer en elles-mêmes, non plus que dans leurs fonctions, les puissances, les vertus et les dominations. Les descriptions prolixes de Denys ne me font voir qu’un feu sublime où tout se brouille. Selon Newmann, tandis que les puissances sont douceur et tendresse, les vertus sont courage et les dominations zèle. Je vous fais grâce d’autres essais qui ne nous satisfont pas davantage.
Est-ce que dans la hiérarchie suprême, notre regard se fixera mieux ? Sur les trônes, comme leur nom l’indique, Dieu semble siéger ; ils sont tout soumission et résignation ; saint Albert le Grand nous dit : « quiétude dans la réception des décisions divines ». La tradition est unanime à caractériser les chérubins par leur science et les séraphins par l’amour.
On doit affirmer, dira encore le Père, que les anges sont d’autant plus nombreux qu’ils sont plus admirables. Plus on s’élève, plus la splendeur est grande. La première hiérarchie l’emporte en nombre sur les autres. Les anges supérieurs ne sont chargés dans le monde d’aucune mission ; ils sont dans la contemplation de Dieu et communiquent les secrets divins aux inférieurs qu’ils illuminent et confortent.
Quant aux anges assistants, aux anges gardiens, ils sont source de béatitude. Et de citer Philon : « Les anges sont dans le monde ce que les colonnes sont aux grands édifices, ils soutiennent et embellissent. » Les anges sont en fait les ministres des mystères divins, ce sont eux qui ont formé la colombe et les langues de feu accompagnant l’effusion du Saint-Esprit ; c’est la raison pour laquelle l’Ange du Sacrifice est évoqué par le canon de la messe.
Les anges ont le pouvoir d’illuminer les intelligences des hommes. Que l’on soit baptisé ou non, dès la naissance, chacun a son ange gardien et ce n’est pas pour rien que la Prière de l’Église à l’ange gardien spécifie qu’il doit garder, réconforter, protéger, visiter et défendre ainsi que gouverner : garde contre les démons qui infestent le monde. Ils sont surtout agents d’illumination, donnant de bonnes inspirations, par rêves ou directement, par dégoûts, tristesse ou joie. Ils offrent nos prières à Dieu et elles sont dynamisées par cette montée dans leurs mains célestes. Bossuet, dans son sermon sur les anges gardiens, n’a-t-il pas dit : « L’ange gardien prête ses ailes à nos faibles prières pour les élever, sa force pour les soutenir et sa ferveur pour les animer. » Saint Jean a vu un ange faire monter vers Dieu d’un encensoir qu’il tenait à la main une fumée d’encens, et c’étaient les prières des âmes saintes.
L’auteur relève une intéressante confidence que fit Ch. Péguy à Joseph Lotte :
J’ai un ange gardien incroyable ! Il est encore plus malin que moi, mon vieux ! Je suis gardé. Je ne puis échapper à sa garde. Trois fois je l’ai senti m’empoigner, m’arracher à des volontés, à des actes médités, préparés, voulus. Il a des trucs incroyables.
Cet aveu de Péguy suggère au P. Régamey quelques réflexions :
À l’ordinaire, l’ange gardien est plus discret, mais non moins efficace. Il nous rend des services. Riez, si vous voulez. Mieux vaudrait que, vivant en confiance avec cet ami divin, vous fussiez à même de constater ses attentions. Passe pour l’autosuggestion, quand c’est à lui qu’on s’en remet pour être tiré du sommeil à temps, parce que la sonnerie du réveil est détraquée. Mais la fréquence et la précision des rencontres qu’il arrange, quand on l’en prie et qu’on travaille pour la gloire de Dieu !... Combien d’entre nous, qui tâchent de vivre en enfants de Dieu, peuvent témoigner de ce qu’il combine, lorsque nous l’envoyons en fourrier devant nous ! Les mauvais pas dont il nous tire et les affaires qu’il arrange doivent nous donner une idée de son service spirituel, qui nous importe bien davantage, à lui et à nous.
Dans son étude intitulée Lueurs sur la psychologie des Anges, l’auteur émet quelques propositions à retenir : « Avec les anges, au lieu d’avoir affaire à des intelligences qui dépendent, comme les nôtres, des sens, il faut hardiment nous figurer de purs esprits, dont la connaissance commande les choses sensibles. Pour nous qui sommes des esprits incarnés, tout doit passer par nos sens, tandis qu’un pur esprit reçoit tout de l’intelligence suprême, de Dieu.
La connaissance de l’ange ressemble à celle de Dieu, en ce que dans chacun de ses concepts toutes les notions particulières que ce concept embrasse lui apparaissent d’une manière claire et distincte, cela à des degrés moindres au fur et à mesure qu’on descend dans l’ordre des hiérarchies. La connaissance angélique se fait par un mode intuitif et parfait. L’histoire de l’ange lui-même est une succession d’actes spirituels.
Les anges ont reçu pour reine la plus humble des femmes de la terre, la Vierge Marie. Quant à leur Chef, le Christ triomphant, les anges l’ont vu s’élevant à travers tous leurs chœurs.
Il est une croyance commune de l’Église, c’est que les saints sont mêlés aux anges dans leurs différents chœurs. Au dernier jour du monde, le Christ enverra ses anges avec une trompette retentissante et ils sépareront les bons d’avec les méchants. À ce propos, le P. Régamey rappelle un thème gothique de la fin des temps ; il n’est pas scripturaire, mais il est intéressant par certains rapprochements que l’on peut faire avec les croyances de la Grèce et de l’Égypte : c’est saint Michel qui pèsera les âmes, et son prototype est Anubis tenant la balance.
À la fin des temps, nous verrons dans le triomphe complet de la vérité l’action bienfaisante des anges. Alors, en communion avec l’univers qui nous sera enfin un paradis, dans la lumière divine, nous goûterons avec les anges « la glorieuse liberté des enfants de Dieu ».
Comment tant d’âmes chrétiennes peuvent-elles se montrer si mesquines, si ratatinées dans le souci de leur petite histoire individuelle. La foi aux anges devrait rendre impossible la « spiritualité » sans horizon des hommes. Les anges nous apprennent que nous avons une âme et que nous devons la sauver. Les anges ouvrent toutes nos fenêtres. Ils nous mettent dehors ; nous faisant sortir de nous-mêmes, ils nous font voir notre petite affaire dans le grand plan du salut. Nous baignons dans un immense milieu divin qui nous soutient, nous porte, nous pousse, nous élève, nous pénètre, nous nourrit ; un milieu de vivants affectueux... Nous sommes « en spectacles aux anges ». Davantage, nous leur sommes associés : eux et nous, sommes « compagnons de service ».
La discipline spirituelle devrait nous acclimater à cette société invisible des anges. Remarquez quelle sorte d’épanouissement ils nous procureraient si nous croyions en eux. Notre vie serait une communion dans l’amour divin avec ces grands esprits triomphants, nos compagnons de service. La communion avec les anges nous ouvre aux choses éternelles. Ils peuvent faire épanouir, en une contemplation cosmique, notre petite vie spirituelle.
Il y a encore chez les anges une activité cosmique ; cette idée peut nous déconcerter, mais il est de fait que les anges peuvent avoir une action sur les éléments du monde visible.
Les échanges, dans la création, ont lieu sur trois registres, qui se correspondent comme les claviers d’un orgue : le monde des anges, les créatures visibles et la vie secrète des âmes. Le premier clavier assure l’accord des deux autres.
C’est sans doute à l’activité des anges que les choses doivent leurs charmes si ravissants. S’il y a un tel luxe de fantaisie parmi les créatures, dans un ordre si harmonieux, si l’on croit y saisir l’invention d’artistes pleins de joie, de tendresse, de force, d’humour, si elles parlent infiniment à nos âmes, c’est parce qu’elles sont en effet confiées à ces artistes-là (les anges), sous la direction du Grand Artiste Divin.
Les anges sont en réalité des intelligences-amour, ministres de la miséricorde divine.
Le monde n’est pas seul à s’illuminer, lorsque nous croyons pour de bon au ministère des anges. Notre vie en reçoit un éclat nouveau, car les anges travaillent à notre salut ; ils nous font saisir la grandeur du mystère divin.
Qu’un ange soit commis à notre service, un ange qui ne cesse, en nous regardant, de contempler la face du Père, voilà qui nous inspire un singulier respect ; il s’accroît à la pensée de la prodigieuse troupe dont cet ange est solidaire. La piété chrétienne a toujours engagé à révérer les anges, à les prier, à leur témoigner une confiance enfantine. Beruelle ne disait-il pas : « Nous devons être des anges visibles associés aux anges invisibles. »
En conclusion, voici la grande leçon des anges à l’humanité :
Leur amour de l’ordre.
Notre monde est profondément impie, c’est-à-dire obstiné dans le refus amer de se laisser régir par les principes de sa vie, et d’abord par Dieu.
Le monde des anges est celui de l’obéissance joyeuse. Et cette obéissance n’est en rien un conformisme extérieur, elle est un accord intime ; elle n’est une soumission à rien qui soit indigne d’incliner le consentement, elle est la conformité à l’ordre même dans lequel chaque esprit est inséré. Aussi chacun y trouve-t-il son accomplissement.
Saint Bonaventure remarque quatre aspects de cet amour angélique de l’ordre : un humble respect vis-à-vis des supérieurs, la concorde avec les égaux, la clémence envers les inférieurs, et il introduit la pureté entre cette révérence à l’égard des supérieurs et cet esprit de paix avec les égaux, ce qui me paraît une vue spirituelle très profonde : la pureté est bien, par rapport à soi-même, ce que ces trois autres qualités sont par rapport aux autres, et l’effet intérieur du bon ordre.
« Par-dessus tout, dit saint Bernard, ce que nous devons imiter dans les anges, c’est la charité dans l’union et la paix. »
Le principe de l’ordre des anges est la charité, et l’Amour touche directement les cœurs.
Cette façon d’envisager l’angéologie par un religieux du vingtième siècle confirme la croyance au ministère des anges, annoncé et promis dans la Bible et dans les Évangiles ; ce ministère, nous l’avons vu, c’est le même hier et aujourd’hui. Retenons le vœu exprimé par le P. Régamey de voir augmenter de jour en jour la certitude chez les chrétiens de l’assistance des anges dans tous les moments de la vie pour notre joie, notre paix et notre illumination intérieure.
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Pie-Raymond Régamey, O. P. : Les Anges au ciel et parmi nous, Paris 1961.
Le même auteur, douze ans plus tard, reviendra sur le sujet et fera paraître aux éditions Arthème Fayard, dans l’Encyclopédie du catholique au XXe siècle, collection Je sais – Je crois, une étude ayant pour titre : Les Anges au ciel et parmi nous (imprimatur, déc. 1958, sorti de presse juillet 1961).
Un coup d’œil sur la table des matières renseignera sur l’importance de cette nouvelle étude d’angéologie moderne par un savant théologien.
Premier Chapitre : Y a-t-il seulement des anges !
Difficultés pour l’esprit moderne. – Perplexités au sujet de l’enseignement scripturaire. – Indubitablement des anges. – L’enseignement et la prière de l’Église.
Chapitre II : Des esprits purs par myriades.
Leur existence est nécessaire. – Ce sont de purs esprits. – Ils sont des myriades. – La vie d’un pur esprit. – Les hiérarchies célestes.
Chapitre III : Ils chantent la gloire de Dieu.
La liturgie du Paradis. – La louange du Christ. – La louange de la Création et la nôtre. – La louange du service. – Le don de soi héroïque. – À la hauteur d’où le mal est parti.
Chapitre IV : Ministres de la Miséricorde.
Les Anges dans l’ordre chrétien. Les services Angéliques. – Le combat spirituel. – L’Ange gardien.
Chapitre V : Quel peut être leur rôle cosmique ?
Chapitre VI : Notre amitié avec les anges.
La vie angélique. – Dévotion et Culte. – Les Fioretti des Anges. – L’Ange de nos rêves. – Dans le plein jour de l’Éternité.
On le voit, l’angéologie est abordée sous tous ses aspects. Voyons tout d’abord comment l’auteur envisage le sujet ; il dira :
On ne peut aborder l’étude de ce monde invisible des esprits sans commencer par voir qu’il fait problème et comment. Les non-chrétiens ne sont pas seuls à en douter ou à le nier. Il est, pour maints « fidèles », une de ces zones d’incroyance qu’ils laissent s’étendre dangereusement en eux. Combien vont jusqu’à penser que l’Église, en continuant à enseigner cette existence, est l’esclave de vieilles habitudes...
Il faut reconnaître la force des difficultés que cette affirmation (l’existence des anges) surmonte. Il faut les situer, les préciser. Et il faut faire prendre conscience de ce que, pour une grande part, elles procèdent d’une infirmité du sens spirituel. Justement, la doctrine chrétienne relative aux anges doit délivrer certaines virtualités de notre esprit trop généralement oblitérées, nouées.
Tenant compte de la mentalité « scientifique » moderne, le P. Régamey notera : « Les possessions démoniaques de l’Évangile feront difficilement conclure l’esprit scientifique à des “esprits” vraiment distincts des personnes qu’ils affligent. Le plus souvent, ce qu’on sait des maladies nerveuses ou psychiques suffit à les expliquer. Aussi bien l’Écriture attribue-t-elle à des anges des faits qui paraissent se réduire à des phénomènes naturels. » Et l’auteur en arrive à cette constatation plutôt attristante : « C’est un fait que l’homme d’aujourd’hui ne peut plus penser aux anges avec la naïveté et la subtilité des anciens. »
Quant à la prétention des « scientifiques » qui pensent pouvoir juger les phénomènes du plan spirituel avec les lois et forces qu’ils ont découvertes petit à petit dans le plan matériel, il y a là une grave confusion et il y a lieu de rappeler à ce propos un enseignement du Conseiller d’Eckhartshausen, rose-croix et mystique notoire ; nous trouvons en effet, dans La Nuée sur le Sanctuaire, les conseils suivants : « L’œil intérieur doit être conservé sain, pur et inaltérable ; alors il peut s’élever, comme l’œil extérieur vers le ciel ; et, comme l’œil extérieur peut considérer le firmament, les étoiles et le soleil, ainsi l’œil intérieur peut voir le Ciel, les Anges et Dieu. » Cette première affirmation du début de son exposé est complétée par la suivante : « Le monde métaphysique (métanormal) est un monde réellement existant, extrêmement pur et indestructible, dont nous nommons le centre, Jésus-Christ, et dont nous connaissons les habitants sous le nom d’esprits et d’anges. »
Le P. Régamey relève qu’aux premiers temps du christianisme, le culte des anges avait pris une extension telle que certains Pères de l’Église, tels Eusèbe et Théodoret, avaient cru devoir prohiber ce culte excessif. « Maintenant, dira l’auteur, il y a lieu plutôt de le revaloriser. Un contraste se dégage certainement de notre étude entre l’importance de leur rôle pour nous introduire au monde invisible et le peu de dévotion que le plus souvent on leur témoigne. »
Le fait que saint Paul affirme l’intervention des anges dans la transmission de la Loi à Moïse est à prendre en considération, d’où il en découle « qu’il nous faut donc prendre très au sérieux l’existence des anges et leur rôle ministériel entre Dieu et nous dans le monde. Dès lors nous voyons d’un œil neuf bien des textes de l’Écriture que nous étions portés à minimiser en les considérant du dehors, selon l’optique d’une critique qui n’était pas encore ouverte au sens de ces réalités mystérieuses qu’ils évoquent. »
Il est un fait à ne pas oublier et à retenir : « La Liturgie catholique se présente tout entière comme une participation au culte que les anges rendent à Dieu. Ce caractère apparaît éminemment dans le Sanctus de la messe. La Liturgie mêle continuellement ses appels à Dieu avec ceux des anges. »
On demande notamment aux bons anges de lutter contre les mauvais esprits et d’y substituer leurs vertus. Il faut se rappeler que « la Liturgie nous fait, au soir de chaque jour, par l’oraison de Complies, solliciter la garde des anges qu’elle dit habiter nos maisons. Au soir de chaque vie, elle supplie les anges de venir au secours de l’âme et de la conduire en la présence du Très Haut. »
D’après le P. Régamey, si les vieux auteurs ont différé parfois dans leur conception de la nature et du ministère des anges, c’est « dans les effets inévitables d’une imagination que le génie métaphysique n’avait pas encore décantée... Au surplus, les anges sont forcément un thème favorable aux divagations. » Cependant, nous affirmera l’auteur, « nous cherchons à connaître les anges selon ce qu’ils sont : des êtres dont l’existence importe à notre salut ».
« Il nous faut, au contact des anges, retrouver le sens de ce sérieux redoutable de nos vies. »
Au cours de notre étude sur le ministère des anges, nous avons eu l’occasion de mentionner l’existence d’anges cosmiques, préposés à la bonne marche de l’univers et à la surveillance des forces de la nature ; pour le P. Régamey, « cette notion d’ange cosmique procéderait de la littérature judaïque, non canonique, qui se plaisait aux affirmations les plus développées et péremptoires dans cette espèce d’animisme... Animisme anti-scientifique, dont aujourd’hui nous rions... Dans le judaïsme tardif, on enseigna les noms des anges des éléments, on détailla leurs fonctions. Par exemple, Cazardia veillait à ce que le soleil se levât bien de jour en jour à l’heure qu’il fallait et se couchât aussi à temps. Chaque heure du jour avait son ange. » À ce propos, l’auteur s’en prend à Chateaubriand : « À titre de récréation, dit-il, on doit conseiller, dans le même sens, mais selon la rhétorique la plus faussement “poétique”, l’étonnant chapitre du Génie du Christianisme sur les anges : d’un comique incroyable. » Cette condamnation nous paraît dépasser le but. Est-ce une faute si grave, pour un poète, de nous dire que sous l’ombrage des forêts on parcourt l’empire de l’Ange de la solitude ; que les roses de l’aurore sont la chevelure de l’Ange du matin, que l’Ange de la nuit repose au milieu des cieux ? Pourquoi s’effaroucher lorsqu’un poète parle de l’Ange du mystère, de l’Ange du silence, de l’Ange de la vertu, de l’Ange de l’amitié, de l’Ange des mers, de l’Ange des tempêtes, de l’Ange du temps ? Est-ce une faute grave lorsqu’on nous dit que l’honnête homme doit son cœur à l’Ange de la vertu ? Et d’autre part, le début de ce chapitre est-il vraiment si « étonnant et d’un comique incroyable » ? À titre documentaire, nous en donnons la reproduction ci-après :
On découvre dans la hiérarchie des anges, doctrine aussi ancienne que le monde, mille tableaux pour le poète. Non seulement les messagers du Très-Haut portent ses décrets d’un bout de l’univers à l’autre ; non seulement ils sont les invisibles gardiens des hommes, ou prennent pour se manifester à eux les formes les plus aimables ; mais encore la religion nous permet d’attacher des anges protecteurs à la belle nature ainsi qu’aux sentiments vertueux. Quelle innombrable troupe de divinités vient donc tout à coup peupler les mondes !
Nous suivons mieux le P. Régamey lorsque, quelques pages plus loin, il nous dit : « Les anges, répétons-le, sont solidaires de tout ce monde... Il est sûr que les mauvais anges y font toutes sortes de ravages particuliers. Sûrement, une des formes du “combat” que leur livrent les bons est d’empêcher ou de réparer tels et tels de leurs maléfices. Sûrement les démons exercent une emprise sur des régions, des objets, des personnes, ce que nous attestent les exorcismes. Les bons anges ont ainsi beaucoup de besogne cosmique occasionnelle... La tâche qui appelle les anges dans l’univers exige les initiatives du génie... En cette tâche, ils sont infaillibles, puisqu’ils connaissent les desseins divins et s’y conforment avec une rectitude absolue. »
À propos de l’Ange ou des Anges du Sanctuaire, Péladan a eu cette parole vraiment illuminative : « Le Temple n’est pas seulement le lieu du miracle, il est aussi le lieu du chef-d’œuvre, où les Anges habitent, accueillent et réconfortent tant les pieux du Bien que les servants du Beau. »
Le dernier chapitre de l’étude du P. Régamey est consacré à mettre en lumière notre amitié avec les anges ; il débute comme suit : « Concitoyens des saints dans la lumière (Col. I. 12), nous le sommes des anges. Car les saints et les anges ne font au ciel qu’une seule cité. » À retenir, cette conclusion capitale : « La communion avec les anges stimule toutes les vertus... Aussi un échange d’amitié peut et doit exister entre les anges et nous. Normalement, il se développe d’une façon insensible, en comportant toutefois des inspirations, des rencontres heureuses, où il est difficile de ne pas reconnaître des attentions qu’ils ont pour nous. »
Et le P. Régamey d’attirer notre attention sur ce texte de saint Bernard : « Dieu a ordonné pour toi à ses anges de te garder dans toutes tes voies (Ps. XC). Que cette parole doit t’inspirer de respect, d’amour et de confiance ! De respect pour la présence de ton ange, d’amour pour sa bonté, de confiance en sa garde... Quelle que soit ta demeure, quel que soit le coin où tu te retires, aies beaucoup de respect pour ton ange. »
Pour ce qui est de l’existence et du ministère des anges, l’auteur aimerait voir réalisé « un recueil de Fioretti rassemblant les récits de leurs interventions qui ont chances d’être objectives et que nous offrent les vies de bien des saints personnages ». C’est un peu ce que nous nous sommes efforcé de réaliser par la présente étude de l’angélie ancienne et moderne ; peut-être ne l’avons-nous pas fait avec la rigueur désirée par le P. Régamey qui dit : « Ah ! combien grande sera souvent la perplexité au sujet de cette objectivité, souvent impossible, la critique des témoignages ! Le plus souvent on a affaire à des visions imaginatives, et le théologien s’accorde avec le psychologue pour ne pas leur faire grand crédit. » Et notre auteur de s’en prendre au « goût du merveilleux » de la foule : « Quand la foi surnaturelle en sa nudité nous a purifiés du goût du merveilleux qui lui est si préjudiciable, des récits comme celui que nous allons rapporter nous causent une impression étrange. D’une part, il est trop évident que leurs auteurs risquent fort d’être de ces vives imaginations d’autrefois qui ne distinguaient pas bien leurs hallucinations visuelles et auditives des véritables perceptions. Mais, d’autre part, ce que nous savons sûrement des anges rend tellement probable qu’ils se manifestent parfois à leurs amis de pareille manière. » Alors ? Quel sera le critère qui nous permettra avec certitude d’accepter ou de refuser tel ou tel cas de manifestation angélique ? À titre de document, voici un récit d’intervention angélique, en faveur de deux mystiques (la Mère Agnès de Langeac et M. Olier) mis en doute par le P. Régamey : « Cette sainte âme disposait de son ange comme elle désirait. Elle le voyait, lui parlait familièrement et il me souvient que, partant d’auprès d’elle par des chemins dangereux pendant la nuit, elle me le donnait pour m’aider à passer le danger et, ayant passé le péril, il me dit Adieu en retournant vers sa bonne âme. » Or le P. Régamey notera : « Il est dangereux pour la vie de la foi de s’égarer dans une complaisance excessive pour de telles anecdotes, fort sujettes à caution. En revanche, la foi risque d’attester un caractère abstrait et théorique si elle ne perçoit pas la vraisemblance profonde de pareils épisodes. » Après un tel énoncé, nous serons en droit de demander au théologien : quel sera donc le bon critère pour juger de la validité de tels cas d’interventions angéliques ? En fait, le P. Régamey y a déjà répondu lorsqu’il émettait quelques paragraphes plus haut ce désir : « La variété de la conduite des anges, en leurs apparitions sensibles dans l’Écriture, mériterait sans doute d’être scrutée, afin de nous familiariser avec leurs mœurs. »
Après ce judicieux conseil, on aura matière à surprise lorsqu’on lira à la section suivante : L’Ange de nos rêves :
« Somme toute, la gêne et l’enchantement qu’indissolublement nous causent ces charmantes histoires naissent de ce qu’elles sont vraisemblables. Elles le sont à la fois du côté du ciel et du côté de la terre. De là notre soupçon qu’elles soient seulement des projections de ce qui rêvait dans leurs bénéficiaires. »
Après cela, rien d’étonnant à ce que l’on voie l’auteur s’en rapporter à Jung, à sa Psychologie de l’Inconscient et à sa notion des archétypes. Selon cette sagesse, notre sens intime de l’ange ferait écho aux rêves de l’humanité de tous les temps, de tous les milieux, comportant souvent une ouverture d’ailes, un mystérieux oiseau, un ange.
Enfin, d’après le P. Régamey, « notre amitié avec les anges n’a pas besoin de signes. Elle n’en dépend pas. On a vu d’où elle procède : de la plus rigoureuse foi. »
Puisque nous en sommes au jugement des psychologues en matière d’apparitions angéliques, rappelons, à titre de curiosité, l’opinion du professeur Th. Flournoy, de Genève, telle qu’on la trouve exprimée dans Des Indes à la Planète Mars (p. 16) : « La fille cadette de Mme Smith était âgée de trois ans, malade ; Mme Smith, se réveillant au milieu de la nuit, aperçut un ange, éclatant de lumière, debout à côté du petit lit et les mains étendues au-dessus de l’enfant ; au bout de quelques moments, l’apparition se dissipa peu à peu comme un nuage qui se fond dans la nuit. Mme Smith avait eu le temps de réveiller son mari, qui d’ailleurs ne vit rien et se moqua d’elle, et de lui faire part de la fatale signification qu’elle donnait à cette vision. En effet, le lendemain matin, l’enfant était mort, au grand étonnement du docteur. C’est un joli exemple de pressentiment maternel exact, subconsciemment éprouvé et se traduisant dans la conscience ordinaire par une hallucination visuelle qui emprunte son contenu symbolique à une image populaire appropriée. » Sans commentaires ! Cependant, le lecteur ne manquera pas de faire un rapprochement entre ce cas d’apparition angélique et ceux nombreux mentionnés dans la section précédente, rapportant les expériences de Mme Joy Snell en matière d’apparitions angéliques.
Avant de quitter le P. Régamey, nous voulons dire quelques mots de son dernier livre :
Redécouverte du Jeûne (Paris 1962).
Par le jeûne, enseignaient les Pères du désert, on arrive au discernement des esprits, c’est-à-dire au discernement de l’action des bons et des mauvais anges.
À propos de l’utilité et des bénéfices que l’on retire du jeûne, saint Athanase dira :
« Le jeûne guérit les maladies, dessèche les écoulements d’humeurs corporelles, repousse les démons, expulse les mauvaises pensées, rend l’esprit plus clair, purifie le cœur, sanctifie le corps, place l’homme sur le trône de Dieu. Le jeûne est une grande force et procure de grands succès. Le jeûne est la vie des anges qui place celui qui s’y adonne dans l’ordre angélique... Bienheureux qui jeûne pendant ce temps, car il habitera la céleste Jérusalem, il chantera avec les anges, il se reposera avec les prophètes et les apôtres. »
Dans la Liturgie ambroisienne, il y a un texte qui montre le rapport du jeûne et de la vie angélique.
Durant le Ramadan, il est dit que Dieu est plus particulièrement en communication avec les fidèles par ses anges.
Écoutons enfin saint Basile :
« Que personne ne s’exclue du nombre de ceux qui jeûnent, puisque tout le genre humain s’y trouve renfermé, tous les âges et toutes les conditions. Les anges qui sont dans chaque église font le recensement de ceux qui jeûnent. Prenez garde que, pour un petit plaisir de bouche, vous vous priviez d’être mis dans le catalogue de cet ange et que vous vous exposiez à passer pour un déserteur auprès de celui qui a levé l’armée. »


SECTION V : Apôtre et Mystique, le Père Lamy (1853-1931).
Sous le titre : Apôtre et Mystique, le Père Lamy, le Comte P. Biver, Docteur ès Lettres, donne un exposé complet de la vie extraordinaire de ce prêtre qui fut, durant toute sa vie, en communication directe avec l’Au-Delà, avec le Christ, la Sainte Vierge, les Archanges, les anges, les saints et même les âmes des désincarnés. Nous avons là un exemple contemporain, observé par de nombreux témoins, de l’existence de ces nombreuses entités de l’Au-Delà, entités qui s’intéressent à notre vie de tous les jours et qui souvent la dirigent, à notre insu, pour notre plus grand bien. M. l’abbé Édouard Lamy est né le 23 juin 1853, dans un village du diocèse de Langres, Le Pailly (Haute Marne) ; il est décédé le 1er décembre 1931, à Jouy-en-Josas, chez son ami le comte Paul Biver.
Retenons la remarque très juste de Jacques Maritain que nous trouvons dans la préface qu’il a faite pour le livre de P. Biver : « Ce qu’on trouve dans ce recueil, ce sont les paroles d’un grand serviteur de Dieu, ses entretiens, ses souvenirs notés par un ami fidèle. »
« Il n’est pas besoin de Préface à de tels documents. » Qu’on retienne bien le terme, voilà des documents de première main. Paul Biver rapportera un mot typique du Cardinal Amette, ayant trait au curé Lamy : « J’ai dans mon diocèse un second curé d’Ars : c’est le curé de La Courneuve. » Rien d’extraordinaire si l’on trouve chez ces deux religieux des expériences similaires en matière d’angéologie et de communications directes avec l’Au-Delà. Voici une prière du P. Lamy qui nous renseigne sur sa croyance en l’assistance des anges : « Saint Archange Gabriel, messager de la miséricorde de Dieu en faveur des pauvres humains, vous qui avez salué la Très Sainte Vierge par ces paroles : “Je vous salue, Marie pleine de grâce”, et qui en avez reçu une réponse d’une si grande humilité, protecteur des âmes, aidez-nous à devenir les imitateurs de Son humilité et de Son obéissance. »
Nous avons dit que le P. Lamy était né en Haute-Marne, or le saint prêtre a souvent fait remarquer que, de son temps, on était très pieux et que la croyance à l’intervention et à la présence des anges était générale ; témoin cette formule de salutation : « Bonsoir et bonsoir la compagnie ! » ou « Bonsoir un tel et Bonsoir la compagnie ! » étant toujours sous-entendu que le second « bonsoir » s’adressait à l’ange gardien de la personne rencontrée.
Dès son enfance, le petit Édouard Lamy eut un caractère réfléchi et méditatif ; il parlait très peu, à tel point que sa mère l’avait qualifié de « baril bouché ». Il passait tout son temps de libre en méditation et en prières ; sa sœur raconte que, tout enfant, son frère ne se couchait pas et restait toute la nuit, à genoux, devant une statue de la Vierge ; aussi cette assiduité fut-elle récompensée ; avant sa première communion, faite à onze ans, l’enfant eut une vision de la Sainte Vierge. Il se trouvait avec ses vaches dans un pré bordé de peupliers ; il chantait les litanies de la Vierge ; il la vit apparaître dans les branches au haut des arbres ; elle resta durant le chant, puis elle disparut, laissant l’enfant endormi ; pendant ce temps, la Vierge gardait les vaches qui ne s’éloignaient pas du lieu où il reposait (fait confirmé plus tard au saint prêtre par la Vierge elle-même qui lui rappelait ce souvenir). Naturellement l’enfant parla de sa vision à son curé. Celui-ci se moqua de lui, disant : « Qu’est-ce qu’Elle ferait bien avec toi ? » Or la réponse a été donnée par la sainte protection de la Vierge dont le prêtre bénéficia durant toute sa vie.
Alors que le jeune Lamy faisait sa période militaire au camp de Châlons, il avait l’habitude, pendant les quelques moments de repos, de méditer et de lire le petit Office ; mais, souvent trop fatigué, il s’endormait ; cependant lorsqu’il se réveillait, son doigt était sur la dernière page ; plus tard la Sainte Vierge lui dit que c’était elle qui avait tourné les feuillets.
Durant son service militaire, une fusée de poudre lui fit perdre l’œil droit. Il ne s’en plaignit pas et considéra l’accident comme une épreuve. Au demeurant, les épreuves furent son lot durant son existence entière.
Le jeune homme sentait une vocation irrésistible pour la prêtrise. Ses parents avaient réuni la somme nécessaire pour le faire entrer au séminaire, mais, un beau jour, le feu fut mis à la maison et la famille réduite à la misère. Il devint Oblat de Saint-François de Sales à Troyes. Mais il dut s’engager à servir l’Œuvre durant dix-sept ans, pendant lesquels il se prépara à la prêtrise ; cela n’allait pas tout seul ; il se désespérait et songeait même à suspendre les études qu’il faisait durant ses instants de loisir ; à ce moment, il eut une vision de saint Joseph ; voici comment le P. Lamy raconte l’évènement : « J’étais désespéré. C’est alors que m’est apparu saint Joseph. Il a fixé ma vocation. C’était à Troyes, dans la chapelle de Notre-Dame de l’Espérance, dans les premiers jours de mars. Il m’a parlé assez longuement et a déterminé ma vocation. Il a dit : “Soyez prêtre. Devenez un bon prêtre”... Ça a été très impératif, sur un ton très ferme. » Par deux fois le saint lui apparaîtra à La Courneuve et l’entretiendra de questions personnelles : « Il est très bon, mais il n’a pas la voix aussi douce que la Sainte Vierge ; il a l’accent de son pays, la voix un peu rauque d’un Oriental. » La troisième fois, dira le P. Lamy : « Il était comme je l’avais vu la première fois ; très grisonnant, portant presque les mêmes habits que Notre-Seigneur. Saint Joseph n’est pas le simple ouvrier, comme on a trop tendance à le dépeindre. Ceci est un côté de ce saint personnage. Il était très versé dans les psaumes, très fort en Écriture Sainte. Saint Joseph avait des mérites personnels d’intelligence... Il était capable de vivre en compagnie de la Très Sainte Vierge, et la Très Sainte Vierge était très lettrée, sortie de l’école de Jérusalem, de l’école du Temple. Elle avait des vertus naturelles, mais aussi les qualités scientifiques, et saint Joseph la comprenait. Ils étaient à l’unisson. »
Nous allons tout d’abord passer en revue quelques-unes des nombreuses interventions de la Très Sainte Vierge dans la vie du Père Lamy.
Chaque année, le P. Lamy se rendait en pèlerinage à Gray où il avait été guéri miraculeusement par la Vierge en septembre 1883, dans les circonstances suivantes : À cette époque, étant au régiment, ayant obtenu le grade de sergent, il prenait part aux manœuvres à la tête de sa section. Il dut coucher dans un lit aux draps maculés et se réveilla le matin avec un eczéma suintant généralisé. On le dispensa du port du sac et du ceinturon, mais, arrivé au campement, les plaies saignaient abondamment et la chemise n’était qu’un plastron de sang coagulé. Le sergent obtint de son major une permission de sortie. Il se rendit à l’église de Gray prier aux pieds de la Vierge. Exténué, il s’endormit. Le sang coulait encore de ses blessures, « et toute ma chemise faisait une plaque qui s’était durcie, raconte-t-il. J’ai été guéri tout à coup. J’ai passé ma main entre la chemise et la peau en me réveillant. J’ai ramassé quantité de peaux ; elles étaient toutes sèches. Au lieu de cette douleur lancinante, je sentais presque du bien-être. Quand on sait combien l’eczéma suintant est difficile à guérir, on peut comprendre la surprise du médecin devant cette guérison miraculeuse. Le sergent fut déclaré guéri lors de la visite du matin ; cependant, par précaution assez superflue, étant donné la nature de la guérison, on le déclara exempt de sac jusqu’à la fin des manœuvres.
Dans d’autres occasions, l’intervention de la Très Sainte Vierge fut moins spectaculaire, mais tout aussi utile : chaque fois que le P. Lamy se trouvait à court d’argent dans son patronage, la caisse se remplissait de dons inattendus ; et l’abbé de dire : « Quel serait ce bas monde si on laissait faire la Très Sainte Vierge ? Si nous ne mettions pas d’obstacles à Ses bontés, à Son empire sur nos âmes ? Nous l’empêchons d’agir en notre faveur. Pour ceux qui s’adonnent à Elle, Elle a toutes les prévenances. Elle s’occupe de toute chose. »
Un soir, alors que le P. Lamy se trouvait dans la chapelle de La Courneuve en train de balayer, il s’appuya contre l’harmonium pour dire un Ave Maria. Il entendit la voix du saint Archange lui dire : « Faites attention ! Vous allez prier devant la Vierge Marie. » À ce moment, le prêtre aperçut des vieux journaux qui traînaient par terre. Il se mit à quatre pattes pour les ramasser au plus vite, mais voilà, la Très Sainte Vierge était présente. Elle dit aux saints qui l’entouraient : « Tenez ! Regardez-le, le voilà, c’est lui... » Et le prêtre de nous dire : « Je ne savais où me mettre. J’ai enlevé ma barrette, mais pour le tablier, je tirais sur les cordons sans parvenir à l’enlever ; je rougissais. Voyant que je me démenais, Elle a dit encore : “Tenez, le voilà tout rouge.” » C’était une petite leçon que la Très Sainte Vierge voulait donner à son prêtre qui s’était attardé à bavarder au lieu de mettre son église en état. Et devant son agitation inutile, le P. Lamy conclut : « Le ciel n’est pas le pays de la bile. »
Grâce aux prières du P. Lamy, la protection de la Très Sainte Vierge et celle des anges s’étendit à tous les habitants de La Courneuve. Un jour, on avait décidé en haut lieu d’établir un champ de courses sur le territoire de la commune. Le P. Lamy y voyait un grand danger pour les âmes par l’afflux d’un monde hétéroclite et par le non-respect de la sanctification du repos du dimanche : « Je demande à la Très Sainte Vierge qu’il n’en soit rien. On organise le champ de courses. Ils y avaient fait passer beaucoup de tuyaux. C’était en mars. L’ouverture avait été décidée. Des pluies viennent : le Crould, la Fontaine-Saint-Lucien, la vieille Mer enflent... Tout éclate et l’eau monte... Les saints anges avaient fait pleuvoir. » Une seconde fois, même inondation, puis la guerre est venue. On a cependant cherché à monter des tribunes, qui se sont écroulées. Et le prêtre de conclure : « La Sainte Vierge sait mieux faire que personne. Les gens n’y voient que du bleu, mais c’est fait quand même. Cela leur avait coûté les yeux de la tête. »
Une apparition de la Sainte Vierge est à retenir, car elle a pour but d’être un enseignement sur la valeur de la récitation du chapelet. Écoutons-en le récit fait par le P. Lamy :
Sur Sa poitrine m’est apparu un chapelet avec les Pater et les Ave, dont les grains ressemblaient à des perles blanches. Il était disposé en forme de cœur, mais se terminait par rien. En dessous, comme s’il y avait une petite plaie ouverte à l’endroit du cœur, sortaient, à chaque instant, une flamme rouge et une flamme verte qui montaient et qui marquaient Sa respiration, et ce détail m’a profondément touché, m’a rendu bien reconnaissant. Le chapelet est le symbole de la Foi ; une flamme rouge, c’était la Charité ; une flamme verte, c’était l’Espérance. La flamme montait et s’éteignait, montait et s’éteignait. Je compris que la prière en union avec la Très Sainte Vierge avait un grand pouvoir sur le cœur de Dieu. « Je n’ai qu’à demander, dit-Elle, j’entends la prière humble et confiante des petits. » En me montrant ce chapelet sur Son cœur, la Très Sainte Vierge a voulu montrer combien Elle est attachée à la prière du chapelet. « Nous nous unissons aux anges pour le réciter. »
Une autre fois, la Sainte Vierge apparut dans la chapelle de La Courneuve avec saint Lucien, patron de l’église et une soixantaine d’anges. Elle s’entretint avec le P. Lamy d’affaires personnelles et, avant de partir, elle dit encore : « Oui, je lui donnerai beaucoup. »
Nouvelle apparition un dimanche de l’été 1913 ou 1914 avant les vêpres. Les enfants avaient récité le chapelet avec plus d’attention et chanté le cantique que le P. Lamy avait appris dans son enfance :
Mère de la Sainte Espérance
Ô Vous, dont le nom est si doux,
Sensible à notre confiance,
Reine des Cieux, priez pour nous.
Le P. Lamy sent la Sainte Vierge présente, mais, par humilité, il n’ose pas la chercher du regard. Il annonce cette présence aux enfants qui demandent : « Comment la sentez-vous, mon Père ? » – « Oh ! Sa Présence se sent bien. Elle est pour l’âme comme le parfum est pour le corps ; on ne s’y trompe pas. » Lucifer, qui était là lors d’une autre apparition de la Vierge, Lui demanda, faisant allusion à cette scène : « S’il avait regardé, qu’auriez-Vous fait ? » Elle a répondu : « S’il avait levé les yeux, il m’aurait vue. » Elle a ajouté en riant : « Mes anges ont chanté au ciel un cantique sur l’air de celui que je venais d’entendre. » Et le Père de préciser : « C’était pourtant un pauvre cantique, avec de piètres paroles ! Au ciel, les anges ont répété l’air, mais point les mots. Du jour où Elle m’a eu dit cela, nous avons chanté ce cantique tous les dimanches à La Courneuve. »
Le P. Lamy a laissé entendre qu’il avait eu de très nombreuses conversations avec la Très Sainte Vierge, mais il n’en a révélé qu’une infime partie, le reste étant trop personnel ou hors de saison. Un exemple entre plusieurs : « La Très Sainte Vierge m’a dit que sans Elle, je me serais tué cent fois quand je faisais des cabrioles dans le poirier près de notre maison. Puis, Elle m’avait sauvé la vie quand j’avais la fièvre typhoïde. Ni le médecin, ni ma mère n’ont connu la maladie, qui fut guérie en un jour par de l’eau panée. Elle m’a dit aussi qui avait mis le feu à notre maison. »
Chez un brocanteur, le P. Lamy avait vu une statue dorée de la Vierge qui lui avait plu tout particulièrement. À son toucher, elle s’illumine sur le comptoir du marchand, ce qui lui valut de la payer plus cher. Une fois placée dans la chapelle de La Courneuve, souvent cette statue s’est illuminée et quand il avait quelque chose de difficile à demander à la Sainte Vierge, le P. Lamy venait auprès de la statue et il était exaucé. Comme les fidèles avaient tendance à trop toucher la statue, qui risquait de se dédorer, on la mit sous une cloche de verre. Celle-ci se trouvant trop exiguë, il fut demandé à la Vierge de l’allonger un peu et le miracle se produisit.
La Très Sainte Vierge avait donné à son prêtre la mission de lui élever un autel dans une petite chapelle au Bois Guyotte ; le P. Lamy obtempéra à cet ordre et, dans les premiers jours d’avril 1914, il entendit les saints anges dire : « Il va bientôt porter la statue de notre Reine au Bois Guyotte. Il faut préparer une belle journée. » Ce fut le cas, en effet, le jour de la translation de la statue ; dès lors un pèlerinage eut lieu à Notre-Dame-des-Bois et de nombreuses guérisons ou bénédictions y furent obtenues par le canal de la Très Sainte Vierge.
Une protection toute spéciale de la Sainte Vierge fut accordée au P. Lamy durant la première guerre mondiale. Au début de la guerre, les saints anges avaient parlé au Père et l’avaient averti qu’une catastrophe menaçait La Courneuve ; le bon prêtre supplia la Sainte Vierge d’épargner son peuple, demandant qu’il n’y eût pas de morts. Et de fait, en 1918, une explosion formidable détruisit l’église et quantité de maisons ; il y eut cinq cents blessés, mais aucun décès. Et le prêtre avait quitté son église quelques instants avant l’explosion. À ce propos, un avertissement voilé lui avait été donné. Le curé avait trouvé que les vitraux de son église étaient trop couverts de poussière. Il voulait se mettre en devoir de les nettoyer, ce qui aurait eu pour résultat qu’il aurait été écrasé sous les décombres de l’église. Mais il entendit le saint Archange Gabriel et son ange qui disaient entre eux : « C’est inutile. » Le P. Lamy, sur cet avis, remit la chose à plus tard. Peu d’heures après se produisait l’explosion et les vitres volaient en éclats. Et le prêtre de bien spécifier : « Le jour de l’explosion, inspiré par les anges, je quittai l’église plus tôt. » Il fait remarquer encore une méthode éducative et prémonitoire utilisée par les anges, les archanges et la Sainte Vierge : « Lorsqu’ils veulent me donner une leçon, ils se parlent ensemble et ainsi m’avertissent de ce que je dois faire ou ne pas faire. »
Voici quelques guérisons spectaculaires accordées par la Très Sainte Vierge, à la demande du P. Lamy : Une femme vient et dit au curé : « Ma fille est folle depuis deux ans. Je veux qu’elle soit guérie. » Et comme elle insistait et importunait le P. Lamy, disant : « Il me faut cette guérison, M. l’abbé ! » celui-ci, pour se débarrasser de cette femme, lui dit : « Allez, elle sera guérie dans six mois. » La Sainte Vierge le prit au mot et, six mois après, la fille était guérie. Toutes les demandes de guérisons qu’il recevait, il les présentait en bloc à la Sainte Vierge, sachant bien qu’Elle saurait mieux que lui ce qui était utile à ceux qui demandaient des faveurs. Quand on remerciait le P. Lamy pour les bénédictions reçues, il demandait d’envoyer un rapport sur le cas avec les certificats médicaux au curé Violot dont dépendait la chapelle de Notre-Dame-des-Bois. Il priait la très Sainte Vierge de ne pas guérir sur-le-champ, afin qu’on ne soit pas tenté de le remercier, lui, et de fait, Elle guérissait très souvent.
Le 16 janvier 1924, vint une jeune fille de 18 à 19 ans, fort digne d’intérêt. Elle avait perdu ses dents de devant qui étaient devenues noires et gâtées. Le P. Lamy l’envoya en pèlerinage à Notre-Dame-des-Bois, où elle pria et but un peu d’eau de la source. Les dents ont recommencé à pousser et sept ou huit mois plus tard, la jeune personne vint montrer à son curé sa mâchoire supérieure avec une rangée de dents saines. « Je lui ai dit : cela ne sert de rien, vous ne pouvez mâcher. Retournez et demandez à la Très Sainte Vierge les dents d’en bas. Elle y est allée et toutes les dents de la mâchoire inférieure ont repoussé ; la jeune fille eut alors une dentition nouvelle et complète. » Voilà un cas à rendre rêveur maint dentiste, voire plus d’un médecin !
Dans un autre ordre d’idées, la Très Sainte Vierge a levé pour son fidèle un coin du voile qui cache l’avenir. Le P. Lamy a eu de nombreuses visions dont il n’a révélé qu’une infime partie ; écoutons-le plutôt :
La paix sera rendue au monde, mais je ne verrai pas cela... Quand la paix aura été rétablie dans le monde, que de choses seront changées ! La grosse industrie, c’est la guerre. La fabrication des avions, l’exploitation des mines, le travail du fer, tout cela diminuera. Il n’y aura plus ces grandes usines où la moralité dégénère et disparaît. Les ouvriers seront bien obligés de se rejeter sur la terre. Le travail de la terre reprendra une grande extension. La terre reviendra très chère. Quand la paix sera rendue au monde, l’industrie se ramènera à des proportions moindres et y restera. Tout s’amoindrira. Ils vont devant l’inévitable ; ils y arriveront tout de même.
Il y aura un grand effort à donner pour la conversion des hommes après la paix rendue à la terre. Il y aura bien des difficultés... L’état d’âme du premier chrétien reviendra, d’ailleurs, mais il y aura alors si peu d’hommes sur la terre ! Et il y aura à nouveau une floraison magnifique des ordres et des congrégations.
Voici une indication sur l’utilité de la prière, même quelque peu inattentive : « La prière, même faite sans grande attention, est toujours une prière, et notre sainte Mère parachève ce qui manque. Si l’on demande à un saint dix francs et qu’il n’en ait que sept, cinq ou trois, cela n’importe pas ; il a recours à la Très Sainte Vierge, qui arrondit le chiffre et il donne les dix francs. »
Telle est la valeur de la récitation du rosaire, d’après ce qui a été révélé au Père Lamy : « Quand vous circulez en récitant le rosaire, vous n’avez rien à craindre. Vous pouvez circuler en toute confiance. On ne craint rien en le récitant. La Très Sainte Vierge enverrait un de Ses anges – Elle en a tant – pour nous protéger, s’il y avait péril. Moi-même je n’ai rien eu comme accident en circulant de jour et de nuit à La Courneuve dans un endroit si mal peuplé. »
À propos de la notion de péché, le P. Lamy a reçu des lumières spéciales ; il dit entre autres : « Les péchés de faiblesse humaine sont des péchés ; la Sainte Vierge y trouve des excuses. Mais le péché d’orgueil n’a pas d’excuse. Lucifer a péché par orgueil. Il voulait prendre la place de Dieu. » Durant toute sa vie, le P. Lamy eut le bonheur de voir des choses extraordinaires, d’obtenir des exaucements sensationnels, de converser directement avec le Christ, avec la Vierge et avec les anges ; ces faveurs spéciales de l’Au-Delà auraient pu l’inciter à en tirer une certaine satisfaction, tout au contraire ; et le curé de le bien spécifier : « Il est impossible d’en concevoir la moindre vanité. Alors seulement on réalise la distance qui sépare le ciel de la terre. On voit qu’on n’est rien, moins que rien devant Dieu et la Très Sainte Vierge. Alors seulement nous estimons ce que nous sommes en réalité, et nous voudrions être encore plus petits pour plaire davantage. Quand vous voyez le respect des anges pour Dieu, pour la Très Sainte Vierge, vous rentrez en vous-même. De quelle façon respectueuse le saint Archange Gabriel parle-t-il à la Très Sainte Vierge ? Il dit : “Reine”, et il s’incline. Elle répond sur un ton que je dirais presque maternel. »
Le P. Lamy a vu une fois la statue de la Vierge des Bois pleurer. C’était l’annonce pour lui de tribulations nouvelles. Le lendemain, les marques des larmes se voyaient encore sur le visage de la statue. Et l’abbé Lamy disait que les larmes de désespoir de l’archange déchu faisaient plus mal à voir que les larmes toutes pures de la Vierge. »
Il avait entendu entre la Vierge et le Démon, dira le comte Biver, d’étonnants dialogues (dont seule, croyons-nous, une théologie superficielle pourrait se scandaliser ; car les anges parlent entre eux et avec les bienheureux ; et la Vierge commande à son adversaire, exécuteur, à sa manière, des ordres de Dieu). Voici un dialogue entendu entre la Vierge et le Démon : « C’est à cause de vous que je suis tombé », disait Lucifer avec rage. Et la Vierge : « Pendant que je n’étais pas née... » – « Vous m’avez toujours combattu, toujours vaincu. » La Sainte Vierge avec tristesse : « Ce n’est pas sans déchet... »
Un jour Elle prévint le P. Lamy : « Faites attention, Lucifer vous suit à la piste. »
Il nous reste à étudier les multiples visions angéliques dont fut favorisé le P. Lamy dès son enfance. Selon leurs fonctions respectives, il distingue différentes espèces parmi les anges.
Les Anges du sanctuaire : « Je vois généralement les Saintes Espèces entourées de lumière. On en ressent une douceur, une suavité extraordinaires. Oui, à ces moments, on ne pense plus à la terre, on sent quelque chose de tellement céleste ! C’est l’effet de la présence de Notre-Seigneur. Je sens aussi la présence du saint Ange qui m’assiste à la messe, cependant pas toujours. »
« Quelle bonne odeur règne dans la chapelle, rue du Bac, où est apparue la Sainte Vierge ! Dans tous les lieux où Elle s’est arrêtée, on sent le parfum des vertus de la Très Sainte Vierge. Ce parfum n’a rien de terrestre, comme du reste celui des fleurs du ciel. On dit qu’il se rapproche de l’odeur des roses, des lis... Ce sont des figures grossières.
« Quant aux anges, ils sont bien mieux comme apparence que la Sainte Vierge. Avec ces beaux reflets, qui changent incessamment de place sur leurs vêtements blancs, ils ont l’air de brillants officiers autour d’Elle, si simple. Je parle de la Très Sainte Vierge indépendamment de Sa lumière. Quand Elle se montre dans ce que je pourrais appeler Sa Grande Gloire, Elle est un peu effrayante, car le soleil n’est qu’une lumière à côté. Ce que je disais, c’est qu’Elle conserve seulement Sa petite Gloire. »
« Avec quelle simplicité et quelle attention les anges l’entourent. Dieu Lui en a donné des milliers et des milliers. Elle les connaît tous par leur nom. Eux ne la connaissent que sous un nom : “Reine”. Chacun d’eux a sa physionomie particulière, mais tous sont aussi beaux. Les anges l’appellent « Reine » d’un ton très respectueux, et quand Elle s’adresse à l’Archange, Elle dit tout simplement : “Gabriel”, d’un ton très maternel. Elle considère les anges avec un regard doux et direct. »
Retenons cette affirmation du comte Biver sur la faculté de son ami, le saint prêtre, de voir les anges et de converser avec eux :
Le trait le plus remarquable de la figure du P. Lamy fut, après sa dévotion extraordinaire à Marie, la confiance qu’il avait dans les saints anges et la familiarité dans laquelle il vivait avec eux. Ses intimes l’ont tous vu parler à des êtres invisibles, et, à de rares exceptions près, tous aussi ont entendu les voix des esprits célestes qui lui répondaient ; parfois même, il leur a été donné de distinguer quelques paroles des saints anges.
Voici à ce sujet un cas typique vécu par le comte Biver, le 19 novembre 1924 ; notons que cette observation a bien la valeur probante d’un fait réel, car le témoin était à la fois Docteur ès lettres et licencié ès sciences, donc esprit ouvert et capable d’observer un fait sans idée préconçue.
Donc, ce soir de novembre, le comte et le P. Lamy se quittent pour regagner chacun leur chambre à coucher respective. « À dix heures un quart, déclare le comte, je suis au lit et j’éteins ma lumière. Il se passe peut-être deux à trois minutes, et, à travers les deux portes qui sont légères, j’entends une conversation animée dans la chambre du vieux prêtre. Trois voix d’hommes y prennent part, nettes et distinctes au possible dans le silence absolu de la nuit. Ce phénomène m’intrigue immédiatement au plus haut point et j’en saisis toute la portée. Malgré la température glaciale, je m’assieds sur mon lit pour mieux entendre. Aucun bruit, personne d’autre part... En quittant le vieillard, sur le seuil de sa chambre, j’ai vu celle-ci libre de tout occupant. » Il vaut la peine de reproduire en entier le passage de la relation du comte Biver où il est question du timbre des voix entendues :
Le P. Lamy parle de moment en moment, répondant à un interlocuteur dont la voix est nette, chaude, d’un timbre très viril et très agréable, qui s’exprime sans trace d’accent et sur un ton affirmatif. J’entends certaines syllabes, mais je n’arrive pas à saisir un seul des mots qu’il prononce. Par discrétion, je n’ose quitter mon lit pour écouter à la porte. Le troisième interlocuteur a une voix un peu sourde, et, partant, moins agréable, mais parfaitement normale ; il parle avec beaucoup plus de retenue ; ses paroles sont plus rares et dites sur un ton moins péremptoire. Mon hôte s’exprime très haut ; le diapason de sa voix est intermédiaire entre celui du premier et du second de ses interlocuteurs... J’entends nettement l’accent des trois interlocuteurs. Ils s’expriment tous en français ; une seule voix a le goût du terroir, celle du Père qui traîne sur les « a » et sur certaines syllabes.
Le lendemain matin, vers les cinq heures, sur le chemin de l’église, je pose la question : « Mon Père, hier soir, après m’avoir dit bonsoir, vous avez parlé. J’ai entendu aussi d’autres voix... C’étaient les saints anges ? » Il sourit et me répond : « Peut-être bien. Ils sont la consolation du soir. »
Dans la journée, à de nouvelles questions que je lui pose, mon hôte me répond que j’ai entendu les voix de saint Gabriel et celle de son ange gardien. « Seulement, dit-il, je les entends aussi fortes l’une que l’autre. Cela dépend de la façon dont ils ont voulu se faire entendre de vous... Quand le saint Archange veut parler confidentiellement, il parle bas. Ne dites pas un mot de ces choses que je n’aie passé le pont de l’au-delà. »
Et le comte Biver de conclure comme il avait commencé : « La dévotion du P. Lamy aux saints anges, aux anges gardiens, aux anges protecteurs de chaque foyer, de chaque ville, de chaque province, de chaque État, aux anges des catégories supérieures, communément appelés archanges, l’incitait à propager leur dévotion ; il avait l’habitude de dire : « Nous ne donnons pas aux anges l’importance qu’ils ont ; nous ne les prions pas assez ! Les anges sont très touchés quand nous les prions. Il y a une grande utilité à prier les anges. » Et de répéter encore en une autre occasion : « Nos anges gardiens, nous ne les prions pas suffisamment. Que fait-on pour eux ? Un petit bout de prière le matin, un petit bout de prière le soir ; voilà tout ! Leur miséricorde est bien grande à notre égard, et, souvent, nous ne l’utilisons pas assez. Ils nous regardent comme de petits frères indigents ; leur bonté à notre égard est extrême... Rien n’est plus fidèle comme un ange. Quelle mémoire ! Il se souvient de tout. Il vous raconte ce qu’on a fait il y a dix ans comme si c’était hier. Que d’amis nous retrouvons que nous ne connaissions pas ! Ils nous disent ce qu’ils ont à dire, puis ils disparaissent. D’ailleurs nous ne sommes pas grands devant eux ; (riant)... le bœuf et la grenouille ! Notre ange gardien nous sauve bien souvent des accidents. Nous lui laissons la liberté sur nous, mais les anges, que peuvent-ils, quand nous ne sommes pas en état de grâce ? Ils voudraient nous secourir, mais ils y sont impuissants. Quand nous refusons le respect à Notre-Seigneur, nous envoyons promener ses domestiques. Et, parmi nous, chrétiens, combien y en a-t-il qui leur demandent aide et protection ? Une petite prière : « Bonsoir, mon bon ange », etc... et c’est tout. Mais prions Notre-Seigneur, servons pareil Maître, et cela leur laisse la liberté d’action sur nous. Nous ne recourons pas assez aux saints anges. Ils sont là ; on les laisse tranquilles. On ne les dérange pas assez ! »
À retenir, la description circonstanciée que le P. Lamy donne des anges qu’il lui a été donné de voir, description recueillie et reproduite par le comte Biver :
Les anges, comme les saints, n’ont pas un corps semblable aux corps réels de la Vierge et de Notre-Seigneur ; ils ont des corps qui ne sont pas de chez nous. Chaque ange a sa physionomie spéciale. Les figures sous lesquelles les anges se montrent à nos yeux ont souvent les cheveux noirs ; ils ont les cheveux très bien coupés. Je n’ai jamais vu de cheveux bouclés aux anges. Mon ange gardien a une tête assez ronde, une très belle figure, les cheveux noirs et ondulés. L’archange Gabriel a les cheveux bien coupés et ondulés. Gabriel est plus grand d’une tête que les autres anges. C’est à cela que je reconnais d’abord un esprit d’une catégorie supérieure. Ce qu’ils ont de très beau, ce sont les plaques d’or de forme irrégulière placées en mosaïque, dont tout le haut de leur corps est revêtu ; l’une de ces plaques étincelle par-ci, puis l’autre par-là. C’est un va-et-vient constant et successif des plaques. Ils reçoivent la lumière de Dieu... Ces plaques d’or, qui remuent perpétuellement, on dirait autant de soleils ! Ce doit être, au ciel, un merveilleux spectacle que le vol des millions d’anges ! Je ne leur ai jamais vu d’ailes, toujours l’aspect de jeunes gens. Ils portent, empreinte sur leurs visages, leur bienveillance pour les hommes, tandis que les démons ont un aspect dur, cassant et farouche. J’ai entendu quelquefois trois, quatre anges ensemble dans l’église de La Courneuve.
Le P. Lamy a souvent confirmé qu’il avait été « soutenu par les saints anges quand il était épuisé de fatigue, et même transporté, grâce à eux, d’un endroit à un autre, notamment pendant la guerre, où le saint prêtre avait pour tâche de communier et réconforter les blessés qui revenaient du front. Pour cette tâche, il était assisté et vivifié par les saints anges. « Quelquefois, raconte le P. Lamy, il y avait six ou sept cents blessés. Le saint archange était avec moi, mon ange aussi. Quand il était là, je voyais clair. Il éclairait les consciences. »
Un épisode de la vie du P. Lamy où il fut particulièrement protégé par l’archange doit être reproduit intégralement d’après la relation du comte Biver :
Le récit d’un fait advenu sur la route de Rivières-le-Bois, au Pailly, est parvenu à l’auteur par les gens du village, répétant les dires de deux cyclistes intéressés dans l’affaire. À la suite de cette histoire fantastique, ils avaient été traités par les uns de menteurs et par les autres d’ivrognes.
Mis sur cette piste, le comte Biver questionna le P. Lamy, qui lui confirma l’authenticité du fait en donnant le récit détaillé de cette protection spectaculaire dont il avait été le bénéficiaire :
« Gardez-le ; il aura besoin de vous », avait dit la Très Sainte Vierge au saint archange. Et, en effet, je quittai Notre-Dame des Bois au soleil couchant, et la lumière rasante me gênait. Je cheminais penché en avant, pour ne pas avoir les rayons dans les yeux, et je ne voyais donc rien, à moitié aveugle comme je suis, de ce qui se trouvait dans mon chemin. Tout à coup surgit en face de moi, pas plus loin de moi que ceci, un bicycliste. J’aurais été aussitôt renversé en un tour de roue. Mais, voilà le saint archange Gabriel qui saisit la bicyclette par les deux roues et la dépose gentiment de côté. Il a levé la bicyclette et l’homme ; il l’a déposée sur l’herbe du bord de la route. Les poids ne comptent pas pour un ange. Tout leur est si aisé ! Je vois mon bonhomme, qui reste bouche bée, regardant l’ange et me regardant. J’avais une envie folle de rire en voyant la tête de ce pauvre garçon. J’ai réprimé un fou rire. Je m’éloigne d’eux en tirant mon chapeau au saint Archange, et je vois un autre bicycliste qui vient à toute allure. Le premier crie comme un fou : « Ils sont deux ! Ils sont deux ! » Je pense que cela signifiait le saint Archange et moi. Et l’autre n’y comprend rien. « Mais non », disait le second.
La Sainte Vierge a eu la bonté de me mettre sous la protection du saint archange Gabriel, de me confier à lui. Et, avec ma mauvaise vue, cette protection m’a été bien utile. Les dires de l’employé du chemin de fer et de son camarade sur l’apparition de l’ange ont donné cours à plusieurs versions... On m’a interrogé sur la chose, et j’ai fait semblant de ne pas comprendre.
Encore un cas de protection directe : L’été de 1923, alors que le P. Lamy, à moitié aveugle, passait devant un rucher avec, dans les mains, des fleurs cueillies pour la chapelle, il fut assailli par les abeilles en nombre ; il entendit distinctement : « Ne le piquez pas ! Ne le piquez pas ! Notre Reine ne serait pas contente. » Les abeilles ont été arrêtées et s’en sont allées.
Dès le temps des premiers apôtres, il a été recommandé d’avoir une tenue décente dans le temple de Dieu ; le P. Lamy nous en donnera une des raisons : « On voit les anges dans les sanctuaires, se détourner, tourner le dos devant les personnes vêtues immoralement. Je suis sévère, mais pas au point où je devrais l’être. On ne s’imagine pas la sévérité du tribunal de Dieu pour certains gestes, ce sera terrible. On va me répétant : “C’est la mode, c’est la mode !” Ce sera la mode de passer sous le pressoir. » À l’entrée de son église, le saint prêtre avait placé bien en évidence sur le dos d’une chaise un large mouchoir à carreaux dont il exigeait que les femmes, venues sans chapeau, se coiffassent ; à la longue, le bon pli fut pris et l’on avait de moins en moins recours au mouchoir du curé !
Une remarque du P. Lamy est à retenir ; elle nous renseignera sur l’étendue des facultés de vision du saint prêtre : « Je ne vous ai pas dit le dixième de ce que j’ai vu. Il y a bien des choses que je ne mettrai pas. Il y a des choses qu’il ne serait pas bon de dire, même dans quarante ans d’ici. Et puis, l’époque est peut-être la moins propice qui ait existé pour des révélations. Je ne parle pas d’une fraction du peuple, des catholiques fervents ; ceux-là justement n’ont pas besoin de révélations. »
En une autre occasion, le P. Lamy mettra en garde contre la propension manifestée par certaines personnes toujours à l’affût de visions et de phénomènes supranaturels : « Il ne faut jamais bâtir son existence sur des visions, et surtout sur celles des autres. Dans les choses matérielles, il ne faut connaître que le bon sens. Et dans les choses spirituelles, il faut encore du bon sens ; mais là, nous ne saurions nous tromper, ayant les règles infaillibles que Dieu nous a tracées. Il faut se défendre de la mystique. »
Le P. Lamy s’est toujours montré très défiant à l’égard des manifestations surnaturelles dont il était l’objet dès son enfance. « Je me méfie de ma méditation, disait-il, car l’âme travaille. Nous partons quelquefois avec une idée préconçue ; il ne faut pas que ce soit pris pour une conversation avec Notre-Seigneur. Je m’en garde toujours bien, car nous pourrions faire à la fois questions et réponses. Souvent nous pensons avoir une méditation corsée, et c’est du vague. »
Maintenant que nous connaissons la valeur intellectuelle, morale et même mystique (bien qu’il s’en défende), du saint prêtre, il nous sera profitable de relever quelques-uns de ses enseignements.
À propos d’éducation des enfants, le P. Lamy dira : « Au patronage, à l’œuvre de jeunesse, on se saluait par ces mots : “Vive Jésus dans nos cœurs !” On répondait : “À jamais.” Et cela même à la gymnastique. À certains enfants, la chose a fait du bien. Il est très difficile d’avoir l’idée constante de Dieu quand on n’y a pas été habitué enfant. »
Le souci majeur du P. Lamy a été le salut des âmes. « Les âmes, s’écrie-t-il, les âmes ne voient pas ce qu’elles ont coûté à Notre-Seigneur. Alors on les juge à un haut prix. »
Dans ses prières, le saint curé intercédait pour tous ceux qui l’approchaient, et la vue des âmes, dont il était souvent favorisé, l’y incitait continuellement. « L’état de mes voisins, disait-il, je le connais assez souvent, mais pas absolument toujours. Je frappe à la porte des âmes... » Et il ajoutait : « De voir les âmes, c’est un don que je ne vous souhaite pas. Rien n’est plus lourd que ce don-là... Quelquefois j’ai eu des tristesses à en mourir ! Quand je vois des âmes, à qui je souhaite tout le bien qu’on peut, des âmes qui m’apparaissent comme des bâtons desséchés. Je me dis de certains : “Ils sont entrés dans la ‘Maison de Dieu’ ; ils en sont sortis, qu’est-ce qu’ils ont ‘emporté’ ?” Combien de fois, j’ai demandé à la Très Sainte Vierge de ne pas le voir, de ne pas le constater. » À ce propos, le curé parlera de l’odeur de péché qu’il perçoit et qui l’incommode souvent quelques heures après le départ de la personne. Parfois, nous confie-t-il, cela le rend grognon pour toute la journée. Mais par-dessus tout, il faut avoir le respect des âmes, le respect de leurs fautes mêmes. L’âme du chrétien est un sanctuaire qui ne doit pas être violé.
Dans une de ses visions, le P. Lamy a réalisé que la plaie au côté du Christ n’était pas à droite, mais à gauche tout au bas des côtes ; la représentation picturale officielle serait donc défectueuse.
Voici un cas typique où le Curé de La Courneuve a fait preuve de voyance parfaite. En son temps, un sinistre aventurier, connu des occultistes, Léo Taxil, était en grande faveur auprès de certains cercles religieux à cause de ses prétendues révélations sensationnelles sur la franc-maçonnerie. L’abbé Garnier, qui patronnait l’individu, voulut imposer une conférence de Léo Taxil au P. Lamy ; il aurait parlé à l’Œuvre de la Jeunesse. Le Curé fut inflexible : « Il m’inspirait une défiance invincible. J’ai refusé. La chose a été devant l’évêque qui n’a pas insisté. »
Un épisode où le Curé de La Courneuve bénéficia d’une protection de l’Au-Delà est à relever, non seulement à cause de cette protection constante, mais encore pour l’à-propos d’une réponse du saint prêtre. Une émeute avait éclaté à Troyes ; un rassemblement d’environ trois mille personnes plus ou moins excitées était contenu par un cordon de gendarmes. Sur ces entrefaites, on demande au P. Lamy de porter les derniers sacrements au curé de Sainte-Savaine qui était à l’agonie. Bien qu’on ait averti le P. Lamy du danger qu’il courait en allant au travers de cette foule d’émeutiers, il décida de porter les Saintes Espèces à son collègue mourant. En traversant le pont du chemin de fer, il reçut quelques coups de couteau qui abîmèrent sa douillette, mais sans atteindre la soutane. On l’avertit qu’il ne peut passer et cependant il traverse le flot des grévistes. Mais il se heurte au barrage établi par la gendarmerie. Un lieutenant lui demande : « Que faites-vous là ? » Je lui ai dit : « Et vous ? » – « Mon devoir. » – « Et moi aussi ; je vais administrer un mourant. » Naturellement, il put continuer sa route et il donna la communion au curé qui ne mourut pas, mais fut guéri miraculeusement.
C’est par expérience personnelle que le P. Lamy en est arrivé à cette constatation : « Quand on veut établir une bonne chose on trouve toujours la croix. » Et les croix ne furent pas épargnées au bon curé. En 1930, il avait enfin obtenu l’autorisation de réaliser son aspiration de toujours : la fondation de la Congrégation religieuse des Serviteurs de Jésus et de Marie ; nommé Supérieur Général, il se rendit à la maison-mère, Notre-Dame de Chambourg. Avant de partir de Pailly, le P. Lamy rendit une dernière visite à Notre-Dame des Bois. C’est alors qu’il vit la Très Sainte Vierge très triste et qu’Elle lui dit : « Vos derniers jours sur la terre seront très pénibles, mais je serai là ! » Puis ce fut au tour de la statue de verser des larmes, vues par les assistants. Et de fait, une année plus tard, le P. Lamy libérait, après de pénibles épreuves, les derniers novices et postulants. Et lui-même était dispensé de rester à Chambourg : « Mon saint ange gardien, venu avec saint Gabriel, m’a dit de céder à l’orage. C’est pour ça que je suis parti. L’ange m’a dit de ceux qui ont détruit la Communauté : “Il n’y a plus de crainte de Dieu dans ces gens-là.” Ils m’ont laissé voir leur triste fin. Je prierai jusqu’à ma mort pour qu’ils ne soient pas si durement traités. »
Pour être complet, il nous reste à examiner comment le P. Lamy se représentait Lucifer, et les leçons qu’il a reçues à ce sujet. Tout le chapitre quatorzième du livre du comte Biver est à lire et à méditer à ce sujet et il nous apporte des notions inédites et précieuses :
Quant à la fin de Lucifer, elle est déjà connue des anges : « Le saint archange Gabriel m’a dit, en parlant de Lucifer : “Il joue son va-tout. Il croit la partie gagnée, en quoi il se trompe.” »
Le 9 septembre 1909, alors qu’il disait sa messe à Gary, en reconnaissance de la guérison miraculeuse dont il avait été le bénéficiaire en 1883, pour la première fois, la Très Sainte Vierge lui apparut dans toute Sa gloire, suivie de Lucifer. « Elle a échangé d’abord quelques mots avec le démon. Pendant la descente, Elle dit à Lucifer, qui est apparu derrière Elle : ”C’est vous ?” – “J’ai la permission du Père.” – “Soit.” Puis, comme Elle l’interrogeait : “Vous savez comment on obéit au Père ?” Il n’a rien répondu, mais j’ai cru que j’étais broyé. »
Durant le déroulement de la messe, le petit servant vit la Vierge dans Sa gloire ; il le dit à son curé qui le mit en garde : « Ne dis rien ! Tu la ferais partir ! »
Aux Memento, la Vierge recommanda au prêtre de demander davantage ; il y a abondance et surabondance pour donner. Elle annonça la guerre, me parla maternellement de mon enfance, fonda le pèlerinage de Notre-Dame des Bois, me dit qu’Elle désirait une congrégation nouvelle. Elle condamna avec grande énergie le modernisme, traita différents sujets, me défendant contre Lucifer. Elle était vêtue d’une robe bleu foncé, avec son voile blanc, les manches serrées aux poignets et pieds nus. Après le Credo, Elle a parlé de la guerre sur un ton très douloureux : « Elle sera lente à s’allumer, elle embrasera toute l’Europe, elle embrasera l’univers. Il y aura environ cinq millions de tués, mais – se tournant vers Lucifer – j’en sauverai beaucoup malgré vous. » Le démon Lui disait : « Ils passeront par la trouée des Vosges. » La Sainte Vierge : « Non, ils passeront par la Belgique. » Satan a dit : « Ils sont aussi coupables d’un côté que de l’autre. » Satan connaît très bien les culpabilités.
Et voici maintenant, en complément d’information, ce fameux chapitre ayant trait aux apparitions du démon :
Lucifer est grand avec une figure assez belle, amaigrie, barbue. Il a les yeux féroces, fulgurants, les cheveux blonds, une barbe frisée assez courte. Il a la structure d’un homme très solide, de forte taille. Il est vêtu d’un vêtement blanc, une sorte de péplum antique, qui descend jusqu’à mi-jambe. Constamment montent en serpentant le long de son corps et de son vêtement, à travers sa barbe, des pieds jusqu’au haut de la tête, des flammes de deux sortes qui semblent s’y coller ; les unes, les plus nombreuses, sont noires comme de la poix qui brûle ; les autres sont des langues de feu ordinaire. Il souffre en silence et ne crie pas ; cela n’entrave pas ses mouvements. Je l’appelle le Grand Roussi. Elle le fait voir dans sa souffrance : c’est pour lui enlever toute autorité.
La Très Sainte Vierge le domine, mais il est là. Nous sommes un grain de sable devant lui. Dieu lui a laissé l’extraordinaire puissance d’un archange, en y mettant cependant quelques limites ; sinon il pulvériserait dans le moment le monde entier. Vous ne pouvez pas vous figurer la puissance d’un archange, ni celle de la Sainte Vierge. La nature des esprits déchus est tellement remarquable. Notre pensée leur est cachée, mais ils devinent si facilement.
Quel mépris Lucifer a pour ceux qui succombent à ses tentations ! Je n’ai jamais vu se moquer comme lui se moque. Il voyait des âmes pieuses ; il eut un sourire satanique et dit : « Voilà la plus menteuse des trois », montrant du doigt et avec mépris la mieux habillée. Je fus extrêmement surpris de l’entendre dire ça. Si cette pauvre femme avait compris le mépris de Satan, elle eût fait un acte de contrition et serait sortie de l’église justifiée, corrigée.
Lucifer a la haine du prêtre, ce représentant de Jésus-Christ. Il dit : « Quand une âme a cessé de prier, je la considère comme mienne. » Lucifer me dit : « Cessez de prier et je cesserai de vous tourmenter. » Il peut dire ce qu’il veut, je m’en garderais bien. Je prierais rien que pour le faire enrager, si je n’avais pas l’amour de Dieu. La récitation du saint rosaire, c’est cela qui désole Lucifer. C’est l’ennemi déclaré du chapelet.
La seule lutte possible avec Satan, c’est par la prière.
Et voici une leçon à retenir :
Avant que le saint archange me prévînt, je ne me rendais pas compte de ce que je faisais en insultant Lucifer, je ne voyais pas la disproportion qu’il y a entre l’homme et l’ange. Il ne faut pas irriter même un archange mauvais. Il faut avoir le respect de l’œuvre de Dieu... (Riant.) On va à l’école tous les jours !
Lucifer était à la sacristie et il m’embêtait. Je lui dis : « Ah ! La sale bête ! » Saint Gabriel me dit : « N’oubliez pas que c’est un archange ! Ne discutez pas. Respect à Lucifer ; c’est l’archange déchu. » C’est comme un fils de famille très noble déchu par ses vices, mais il faut respecter sa famille en lui. On respecte le chef-d’œuvre du Créateur, même détruit. C’est d’ailleurs une meilleure méthode pour faire rentrer Satan en lui-même. Satan, comme un enfant, ramasse sur la route pierres et boue, tout ce qui lui tombe sous la main, pour nous les jeter ; mais, si on se met à lui répondre injure pour injure, c’est alors une vraie bataille de chiffonniers. Quand on respecte son caractère angélique, on le contriste davantage.
À La Courneuve, j’ai eu tellement maille à partir avec Lucifer !...
Il est assez ennuyeux quelquefois. Dans la sacristie de La Courneuve, il m’empêchait de lire mon bréviaire ; il faisait le cheval, le chien, le loup, la souris. Il tapait sur les vitres. Mon sacristain me disait : « Ils casseront toutes les vitres ! » Je lui répondais : « Laissez donc les gamins jouer au ballon ! » Et un fracas ! et pan ! Le sacristain courait dehors, croyant qu’il empêcherait de taper dans les carreaux.
Un dernier exemple instructif : Un jour Satan se montre devant le P. Lamy de l’autre côté de l’autel. « Il était là pour me narguer, dit le curé ; il sait que nous ne sommes pas deux frères. En le voyant me faire la nique, je me fâche et je lui jette à la figure : “Je ne dis pas ma messe ce matin !” lorsque la voix grave de Notre-Seigneur, sortant du tabernacle, m’a repris par ce mot : “Célébrez.” On la reconnaît bien, la voix de Notre-Seigneur. Je m’incline naturellement devant Sa volonté. Il est parti ; nous en avons eu, tous deux, pour notre argent. »
Et maintenant, en matière de conclusion, nous voulons encore une fois résumer la vie de cet admirable serviteur de Dieu, en donnant la façon dont R. Christoflour présente la personne, les enseignements et l’activité de cet incomparable Envoyé de Dieu.
Le P. Lamy voit les anges venir à Lui sous les traits de beaux jeunes gens, aux cheveux noirs et ondulés. Il ne leur a jamais vu d’ailes. Ce n’est pas à dire que c’est là le corps des anges, c’est seulement leur apparence qu’ils se sont donnée pour se rendre accessibles à l’infirmité de notre vision. Les anges ressemblent à des hommes, mais le P. Lamy dit : « Ils ont des corps qui ne sont pas de chez nous... la lumière qui les enveloppe est différente de la nôtre. »
Autour de l’autel où sont les Saintes Espèces, entourées de lumière, il voit la Sainte Vierge, les Anges et même le Démon.
La Sainte Vierge est la Reine des Anges ; ceux-ci la saluent avec grande révérence.
Alors que le P. Lamy s’en allait, portant dans ses bras la statue de la Vierge à la chapelle qui deviendra Notre-Dame des Bois, une procession d’anges et d’esprits l’accompagnait ; parmi les esprits, une centaine de bonnes gens de son enfance, devenus maintenant des saints dans le ciel, étaient présents. Il reconnut son père et sa mère, son grand-père, des amis de leur voisinage.
Devenu presque aveugle, le P. Lamy était guidé par les saints anges. Et, de fait, ces Envoyés de Dieu l’ont beaucoup aidé, et l’on s’explique aisément la dévotion du cher pasteur à leur endroit. Le bon curé ne cesse de rappeler que nous ne rendons pas suffisamment hommage à nos anges, spécialement à notre ange gardien. « Que fait-on pour eux ? À peine un bout de prière. » Ils voudraient sans cesse nous aider, comme on aide de petits frères indigents. On ne les dérange pas assez. On n’y prend pas garde, on a l’air de les oublier.
Le P. Lamy, lui, ne les oublie pas et ils lui rendent bien son amitié. On dirait qu’ils sont sans cesse à l’entourer de leurs prévenances. Quelquefois, il les entend sans les voir, et les reconnaît au son de leur voix. D’autres fois, ils tourbillonnent autour de lui comme des soleils. Ils le protègent contre les dangers, ils lui prodiguent des conseils dans les conjectures embarrassantes, ou simplement ils viennent le visiter dans sa chambre après la prière du soir et s’entretenir avec lui des choses célestes.
Saint Gabriel et les archanges se distinguent des autres par leur taille ; c’est le signe de leur supériorité. Tous sont admirablement beaux et leur visage rayonne de bienveillance pour les hommes.
En effet, rien n’est plus fidèle qu’un ange !
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SECTION VI : Léon Savary et les Anges gardiens.
C’est avec fruit qu’on lira la plaquette de Léon Savary, intitulée Les Anges gardiens, parue chez Georg, à Genève, en 1953. Cette étude sur l’angéologie et notamment sur la croyance en l’assistance de l’ange gardien est encore prétexte à un petit traité de l’amitié qui mérite attention et méditation ; certains « cuistres » ne goûteront peut-être pas le ton badin ou sarcastique adopté par l’auteur pour nous présenter un sujet si grave ; on ne pourra que les plaindre, car il y a de multiples leçons à tirer de cette brochure qui débute par une Épître liminaire à mon ange gardien, dont il vaut la peine de relever certains points illuminatifs ; en voici le début :
Cher Ange gardien,
Dois-je vous donner de l’Excellence, comme à Nosseigneurs les évêques qui, en revendiquant cette appellation diplomatique, sont devenus les égaux des ambassadeurs terrestres ?
J’avoue que je l’ignore. Le protocole céleste m’est inconnu. J’aurai toute l’éternité pour l’apprendre, et cela suffira, sans doute. Mais croyez qu’au moment de vous écrire, j’ai senti la difficulté de ma tâche. Ce petit détail – une formule de politesse que je ne sais pas – montre à lui seul combien il est malaisé de traiter avec les puissances d’En-Haut. Pourquoi les catéchismes ne nous enseignent-ils pas « la manière de s’adresser avec respect à son ange gardien » ?
Rendez-moi ce témoignage, cher ange, je n’ai pas abusé, jusqu’ici, de la conversation. Vous avez même pu vous dire que, de temps en temps, un gentil remerciement de moi à vous eût assez bien fait dans le paysage spirituel... Vous êtes renseignés. À quoi bon les vaines redites ?...
D’abord, je voudrais vous dire qu’en dépit de mon indifférence apparente, je me rends bien compte de ce que vous faites pour moi. Je vous admire pour votre sollicitude et votre patience, mais aussi pour vos belles qualités sportives.
Et l’auteur de raconter que, grâce à cette surveillance constante de son ange gardien, il a été souvent protégé d’être « écrasé par des automobiles, renversé et blessé par un de ces damnés vélocipèdes ». Et l’auteur de préciser en relatant le fait suivant : « Le 6 octobre 1934, à Genève, vers quatre heures de l’après-midi, alors que je traversais l’avenue du Mail, une auto déboucha soudain d’une rue latérale, à une vitesse folle. Elle m’eût fauché si, au même instant, un bras vigoureux, mais invisible ne m’avait tiré en arrière, avec une force peu commune, car je fus littéralement reporté sur le trottoir que je venais de quitter. Il n’y avait personne alentour. En même temps, une voix extraordinairement mélodieuse me dit, de façon très intelligible : “Prends garde ! L’heure n’est pas encore venue.” Il est certain que je n’avais pas bu. » Cet épisode peut être mis en parallèle avec celui qui arriva au P. Lamy, risquant d’être renversé par un cycliste, cas que nous avons rapporté à la section précédente.
Et l’auteur de s’adresser encore à son ange gardien : « Bref, vous vous occupez de moi avec un dévouement où je crois bien qu’il entre de la tendresse, et qui est désintéressé. – Saviez-vous, mon cher ange, que ces sentiments sont assez rares ? » Et plus avant nous lisons : « Je crains qu’à notre époque où chacun fuit ses responsabilités, vous donniez votre démission et que l’on ne décide, Là-Haut, de ne pas vous remplacer. – Cela ne ferait pas du tout mon affaire. Je tiens énormément à avoir un ange gardien et je veux que ce soit vous, et nul autre. »
Les anges ne sont pas empêtrés dans la matière comme nous, et Léon Savary de dire : « Souvent je vous envie. Un poète a dit : “La chair est triste, hélas !” Oui, la chair est triste, mais une certaine forme de vertu l’est davantage encore. C’est la condition humaine qui est misérable. Vous, vous voyez et vous savez. Nous devinons seulement, et nous en sommes réduits à croire. La sainteté vous est facile. Nous avons un immense désir d’être des saints (au fond, nous ne désirons vraiment que cela), et en même temps nous en avons une peur terrible. »
Une brève incursion dans la Bible renseigne sur l’intervention des anges dans l’économie humaine ; l’auteur considère surtout l’action des sept grands : Michel, l’archange guerrier ; Raphaël, ou Dieu guérit ; Gabriel, ou Mon Dieu fort : « Je suis Gabriel qui me tiens devant Dieu. Trois autres grands personnages sont encore nommés dans les livres non canoniques d’Hénoch et d’Esdras, et dans le targoum de Jonathan : Uriel, Raguel et Serakiel. Le septième, je ne le trouve nulle part. C’est l’archange inconnu. »
Voici une appréciation de M. Savary qui pourra soulever quelques remous dans le clan de la théologie officielle : « C’est vers la fin du Ve ou le commencement du VIe siècle que paraît le fameux traité Péri tès ouranias hierarchias, de cet attrayant et bizarre Denys l’Aréopagite – le « Pseudo Denys » – comme s’obstinent à l’appeler les cuistres, qui lui interdisent d’avoir existé. Il sera et restera l’angéologie par excellence. On le copiera, on l’interprétera, on le réfutera, mais on ne pourra plus se passer de lui... Clément d’Alexandrie avait, dès le IIe siècle, composé un ouvrage, Péri aggelôn, malheureusement perdu, ce qui nous est en grand deuil. »
L’auteur signale l’excellente traduction faite par Mgr Darboy de l’angéologie de saint Denys l’Aréopagite.
La question de l’ange gardien préoccupe surtout l’auteur qui se demande : « Chaque homme a-t-il un ange gardien ? » Les réponses des Pères ont varié à ce sujet : « Origène envisage aussi l’hypothèse selon laquelle les convertis, les pieux fidèles, les justes, les saints, jouissent du privilège d’un ange gardien, refusé aux pécheurs et aux infidèles. Nous voici dans de jolis draps. Fort heureusement pour ceux qui ne se targuent pas d’être justes et qui ont d’autant plus besoin d’être aidés, plusieurs Pères, libéraux et magnifiques, accordent des anges gardiens à tout le monde. C’est la thèse qu’on verra triompher. »
Pour saint Basile, l’ange gardien est un guide éveillé et prudent, qui, d’après saint Grégoire de Naziance, s’efforce de mener son filleul à une fin benoîte ; un bouclier contre le mal, d’après saint Grégoire de Nysse ; une forteresse, au gré de Siméon Métaphraste. « Les images abondent sous la plume de ces écrivains ecclésiastiques ; en ces temps révolus, les théologiens étaient poètes. » Les preuves ne manquent pas ; ainsi dira M. Savary : « L’auteur des Dialogues “attribués à saint Césaire” – et qui pourraient être, à la rigueur, de saint Césaire lui-même, malgré les scrupules des érudits – compare l’ange gardien à un médecin qui cautérise les plaies, à un jardinier qui arrache les mauvaises herbes, à un vigneron qui taille sa vigne. Ici, donc, l’ange gardien fait figure de censeur, de correcteur, plutôt que de compagnon de route. Pour saint Cyrille d’Alexandrie, c’est avant tout un précepteur ; en telle sorte que, même échappés à la discipline scolaire, nous sommes escortés jusqu’à la mort par un pion. »
Et M. Savary de conclure : « Quelles que soient leurs divergences, ces auteurs vénérables s’accordent à voir dans l’ange gardien un invisible ami qui écarte les erreurs et les tentations, prévient les chutes, au moral comme au physique. »
Après avoir noté que saint Basile prétend que l’ange gardien fuit le pécheur comme l’abeille la fumée, l’auteur émet cette spirituelle remarque : « ce qui revient à proclamer la grève générale et perpétuelle de la céleste cohorte ; car tous les hommes sont pécheurs ! »
Et M. Savary de noter encore :
Pour le pasteur d’Hermas, tout homme a deux anges, un bon et un mauvais : nous voici en plein manichéisme.
Revenons à Denys l’Aréopagite, au « Pseudo Denys » des professeurs. Il attribue à la troisième hiérarchie céleste, et notamment au dernier ordre de celle-ci, le rôle d’émissaires attitrés auprès des hommes. Ce qui revient à dire que nous sommes assistés par des sergents ou des caporaux, et non jamais par des officiers supérieurs.
Le Moyen Âge n’a pas douté des anges gardiens, soulignera M. Savary, et nous en avons amplement fourni la preuve d’autre part.
Constatation réconfortante que relève l’auteur : « L’ange gardien jouit de la béatitude : il ne saurait donc être contrarié des fâcheuses aventures qui nous arrivent. La volonté de Dieu est la règle de la sienne ; mais il déteste nos maux considérés en eux-mêmes, et absolument. »
L’auteur nous donnera l’opinion de Suarèz qui reconnaît six fonctions principales aux anges gardiens :
1. Ils éloignent les périls qui menacent notre corps ou notre âme et les causes qui s’opposent à notre progrès spirituel.
2. Ils nous incitent à faire le bien et à éviter le mal.
3. Ils repoussent les démons et diminuent la gravité des tentations que ceux-ci nous infligent. (Et que serait-ce, grand Dieu ! s’ils ne les repoussaient pas ?)
4. Ils présentent à Dieu nos prières.
5. Ils prient pour nous.
6. Ils nous punissent lorsque ce doit nous être salutaire.
Les théologiens ont écrit de très belles choses sur les anges gardiens, mais leurs réponses ne sont pas satisfaisantes au gré de M. Savary qui ne craindra pas de dire :
On avancera ici, sans crainte de déplaire à toute une rangée de docteurs, scandalisés sous leurs bonnets à quatre cornes, qu’il faut autre chose, autre chose encore que ces textes et ces témoignages, que ces hypothèses et ces gloses, que ces déductions et ces suppositions, pour expliquer humainement une croyance aussi ancrée, aussi tenace, aussi indéracinable, et, devant la raison, aussi absurde, que la croyance aux anges gardiens.
« J’entends bien qu’il n’est pas nécessaire qu’une croyance soit raisonnable pour être fondée. »
Ce n’est pas sans raison que l’auteur fait ressortir que lorsque nous sommes en proie au sombre désespoir, aux attaques d’ombres hostiles, de fantômes même, « il nous suffirait d’invoquer notre ange gardien. Aussitôt, il reviendrait. C’est son office, après tout ; il ne peut le quitter sans déserter ; et la désertion est punie aussi par le code des milices célestes. »
Enfin, pour parfaire le tableau, voici une simple et magnifique explication et une synthèse tout à la fois de l’angéologie ; rejetant tout mode dubitatif, l’auteur conclura :
Dieu s’est fait homme pour que nous puissions lui prêter un visage, des mains et des pieds. Il a pris les apparences du pain et du vin pour que nous puissions le manger et le boire. Il a placé près de nous des anges gardiens afin que nous eussions le sentiment de cette présence quasi humaine, que nous en ressentions le frôlement – je n’ose dire : la caresse – et que, même trahis et bafoués par ceux qui nous étaient chers, il nous restât ce dernier recours.
Je l’accepte, à la suite des Pères grecs et latins, à la suite des Docteurs du Moyen Âge, à la suite des mystiques de tous les temps. Du point de vue de Dieu, l’ange gardien est le protecteur qui nous aide à parvenir au salut. Mais je ne crains aucunement d’avancer que, du point de vue humain, qui est le nôtre, c’est l’image de l’ami parfait que nous avons cherché et que nous n’avons pas trouvé.
Dès lors, l’auteur abandonnera le sujet plus particulier de l’existence et de la mission de l’ange gardien pour écrire un petit traité très complet de l’Amitié. Nous en détacherons quelques passages qui donneront le désir de s’en rapporter à l’original, aux vues et réflexions si parfaitement enrichissantes. Voyons les pensées que suggère à notre auteur l’amitié du riche et du pauvre :
L’amitié suppose une série d’équilibres concomitants. Elle veut des ressemblances et des disparités, certaines égalités avec des différences. L’uniformité lui nuit autant que le violent contraste... Un pauvre peut, à l’extrême rigueur, être l’ami d’un riche : c’est à condition que le riche aime ce pauvre plus qu’il n’est aimé de lui et qu’il sache se faire pardonner son opulence avec beaucoup de délicatesse.
La réussite est rarissime... Le pauvre pardonne difficilement au riche d’être riche. Il ne peut pas. Il ne faut pas lui demander l’impossible.
Ce sont les biens temporels qui mettent le plus d’obstacles entre les hommes. Nous n’y pouvons rien changer.
En amitié, ou mieux en amour, la femme est des plus exclusives et cette exclusivité dégénère en une sourde et maladive jalousie ; or, le Maître Philippe a bien spécifié que la jalousie n’entre pas au ciel. À propos de réactions féminines en matière d’amitié, l’auteur brosse un vivant tableau qui veut être une mise en garde, si c’est possible ; il dira :
Selon ma sainte religion, la femme a, comme l’homme, une âme immortelle. Elle aura sa part à la félicité paradisiaque, qui sans elle, serait d’ailleurs monotone, encore que les âmes et les corps glorieux soient asexués, ce que je déplore.
La femme a un ange gardien. La femme a un peu de raison et beaucoup de sensibilité, de vie affective, de puissance d’attachement.
Toutefois, cet attachement est le plus souvent trop exclusif et égocentrique, et voici quelques réflexions et un petit tableau familial qui donnent à réfléchir :
Seulement, nous, il y a quelque chose qui nous intéresse prodigieusement : l’hostilité, tantôt sourde, tantôt éclatante, que les femmes vouent aux amitiés entre hommes. Pourquoi ? Parce qu’elles veulent tout pour elles, parce qu’elles pensent, non sans motif, que l’amitié leur enlève une parcelle de l’homme, et probablement la meilleure, et justement ce qu’elles n’acceptent pas de céder. On n’en saurait disconvenir : l’amitié jouit de privilèges dont l’amour peut à bon droit se sentir offusqué.
Deux amis, enfoncés dans des fauteuils profonds, bavardent profusément et intimement. La pièce est pleine de fumée. Le cognac emplit les verres. Deux mètres séparent ces hommes, en comptant à partir de la pointe des souliers ; mais leurs âmes se touchent. Ils ont discuté sur n’importe quel sujet, et s’ils ne sont pas d’accord, c’est sans importance, parce que l’amitié les unit.
Madame fait irruption. L’ami, qui est bien élevé, se lève, baise la main, se répand en compliments.
Mais elle, sèche, déclare :
– Quelle tabagie ! et va ouvrir la fenêtre, avec d’autant plus de plaisir sadique qu’il fait plus froid. Elle est furieuse. On n’a pas manqué d’égards envers elle. On ne lui donne aucun sujet vrai de plainte. Elle est furieuse parce que son mari a un ami, et qu’il a certainement dit à cet ami des choses qu’il ne lui dit pas, à elle, bien qu’il l’aime.
Encore quelques notations, très subtiles, qui méritent d’être retenues :
L’homme est violemment attiré par ce qui le dépasse ; et en même temps il en est terrifié. Nous avons peur de l’amour, car nous avons peur de souffrir. Nous avons peur de l’amitié.
Mais aussi nous en avons la nostalgie quand nous ne la possédons pas pleinement, parce que nous sommes impropres à posséder. C’est pourquoi nous croyons aux anges gardiens, ces amis de rêve, ces ombres invisibles, impalpables, qui nous suivent partout, qui ne disent rien, qui ne nous quittent pas, qui étaient penchés sur notre berceau, venus d’une jeunesse antérieure au monde, jeunes toujours, et qui se pencheront encore sur notre lit d’agonie, sur notre cercueil.
Et que dire de ce passage, où il est question des anges gardiens et de leur comportement :
Celui qui se laisse aimer, sans affection active, se tient lui-même pour un ami irréprochable. Il serait fort surpris si on l’accusait d’égoïsme. Nous croyons facilement qu’on prend plaisir à notre compagnie, que c’est une faveur d’être associé à nos divertissements, à nos tracas. Ne le voit-on pas dans une aveuglante clarté par l’image que nous nous faisons des anges gardiens ? Notre ange gardien est présent sans cesse auprès de nous. Il nous assiste dans les opérations les plus nobles comme les plus basses et les plus ridicules de notre vie d’homme. Il a pour mission de suivre tous nos gestes et le cheminement de nos plus intimes pensées. Mais qui d’entre nous ne s’est jamais demandé si cette mission, confiée à un pur esprit, à l’un de ceux qui « voient Dieu face à face », n’est pas indigne de lui ? Et s’il vaut la peine d’être d’une essence supérieure à l’homme pour accepter le dernier des asservissements, pour accomplir une tâche inférieure à celle d’un larbin, d’un flic, d’un esclave ?
C’est que nous sommes enclins à penser que notre ange gardien est un privilégié, puisqu’il jouit de l’ineffable bonheur de notre compagnie. Comme nous traitons nos anges, ainsi traitons-nous quelquefois nos amis.
Pour M. Savary, « l’ami moralisant et sermonneur est pire que tout ; c’est un ange gardien qui fait du zèle. Il est un peu trop ange et beaucoup trop gardien. Il donne des conseils quand on ne lui en demande pas ; et c’est une erreur... Le moralisant et sermonneur est un fâcheux. Ses discours distillent l’ennui. Ils sont vains aussi. » Les deux meilleurs amis de l’auteur sont deux prêtres « qui ne l’ont jamais sermonné ; ce sont des anges gardiens qui ont pris figure humaine ».
Tout en appréciant le mutisme de notre ange gardien qui nous ramène sans cesse vers l’esprit, l’auteur regrette qu’il demeure invisible et muet pour le commun des hommes. « Dieu, dit-il, nous a comblés en nous donnant des anges. Mais il nous a déçus en nous interdisant de les apercevoir autrement que par les yeux de l’esprit. » Il nous faut réclamer cette faveur, mais, attention ! « Si Dieu nous prenait au mot et nous rendait sensible la présence de nos anges, un moment viendrait où nous en serions lassés, et même excédés... Comme de nos meilleurs amis, hélas ! »
Et l’auteur, auquel a été donné de voir un jour l’ange gardien de son ami le plus intime et le plus cher, termine son petit traité par ces vœux :
Nos anges gardiens nous suivent, nous accompagnent, nous réconfortent. Nos amis font ce qu’ils peuvent et nous ne faisons pas toujours ce que nous devrions faire pour eux. Nous voulons que nos amis soient nos anges gardiens, mais nous songeons moins au devoir d’être les leurs. Nous avons besoin de nos amis et nous leur demandons beaucoup. N’oublions pas trop qu’ils ont aussi besoin de nous.
Et nous voilà au bout de l’analyse de cette remarquable plaquette sur les anges gardiens et sur l’amitié. Que le lecteur en fasse la lecture, il y a encore beaucoup à glaner.



SECTION VII : L’Angéologie du Padre Pio.
Avec le Padre Pio, nous assistons à des scènes fréquentes où le ministère des anges, notamment des anges gardiens, en faveur des personnes qui ont recours à leurs bons offices est à l’œuvre. Avoir recours à l’assistance des Anges est la première recommandation du P. Pio, qui nous dit : « Souvenez-vous que Dieu est en nous quand nous sommes en état de grâce, et hors de nous quand nous sommes en état de péché ; mais son Ange ne nous abandonne jamais, il est notre ami le plus sincère, même quand nous avons le tort de l’attrister par notre mauvaise conduite. »
Le 25 mai 1887, à Pietrelcina, province de Benevento (Italie), naissait, dans la famille des Forgione, un enfant que l’on baptisa François et qui plus tard devint, par sa dévotion, le premier prêtre stigmatisé, gratifié de tous les dons et charismes. Dès son jeune âge, l’enfant était porté à la prière et à la méditation. Comme il voulait devenir prêtre, son père s’expatria en Amérique pour réunir l’argent nécessaire à payer le noviciat ; en attendant on confia l’enfant à un prêtre défroqué qui lui donnait des leçons de latin ; mais François, qui avait déjà la connaissance directe des âmes, ne put rien apprendre avec un tel maître, en état de péché et de rébellion contre l’Église ; aussi, au bout de quelque temps, le maître dit à Mme Forgione que son fils était un incapable, bon tout au plus aux travaux des champs. Cependant la mère, qui connaissait le désir ardent de son enfant de devenir prêtre un jour, s’adressa à un religieux qui voulut bien enseigner les rudiments du latin à son fils ; et, fait à retenir, celui-ci n’ayant plus de répulsion envers ce maître vraiment pieux, fit de rapides progrès. François n’était plus rebuté par le contact avec une âme sale et noire, selon son expression imagée, c’est-à-dire une âme en état de péché. Au séminaire, François, devenu le Fra Pio, se fit remarquer par son application et sa ferveur ; dès l’âge de vingt ans il avait réalisé, par expérience personnelle, que les anges sont très obéissants. Jamais il ne fermait la porte de la maison lorsqu’il sortait, car disait-il, « c’est mon ange gardien qui garde la maison ». Malheureusement, François n’eut pas seulement à bénéficier de l’assistance des anges ; il fut aussi en proie aux attaques et aux sévices du démon ; il eut de fréquentes visions diaboliques et cela surtout durant son noviciat. Le diable, sous l’aspect d’un hideux chien noir, apparaissait avec un fracas épouvantable à la fenêtre de sa cellule, fracas perçu même par ses voisins de chambre. Les démons molestaient le jeune Frère, cherchant à le détourner de ses mortifications ; à l’occasion, ils le rouaient de coups, dont il gardait les marques douloureuses. Quand il rentrait, Fra Pio trouvait tout sens dessus dessous dans sa cellule, des taches d’encre partout et des objets cassés. Mortimer raconte le fait suivant qui illustre bien les ruses du démon : « Une nuit, il vit entrer dans sa cellule un moine qui rappelait par son allure le Padre Agostino, son ancien confesseur. Le soi-disant moine lui donna des conseils, l’exhortant à laisser là cette vie d’ascétisme et de privations, lui affirmant que Dieu ne pouvait approuver un tel mode d’existence. Padre Pio, stupéfait que le Padre Agostino lui tienne de tels propos, lui ordonna de crier bien haut, en même temps que lui : « Vive Jésus ! » Alors le diable, car c’était lui, disparut aussitôt en répandant une odeur puante et soufrée.
Voici encore un des tours diaboliques du malin : « Un jour, P. Pio apporta à Don Salvatore une lettre émanant du P. Agostino, son supérieur. Don Salvatore ne trouva qu’une feuille blanche dans l’enveloppe. Pensant qu’il s’agissait d’une distraction du Padre Agostino, il pria Padre Pio d’écrire à son supérieur pour lui demander ce qu’il lui avait écrit ou voulu lui écrire. Padre Pio répondit : « Oh ! c’est un des tours favoris de Satan ! Inutile de demander à Padre Agostino ce qu’il a écrit, je le sais. Mon ange gardien me l’a dit. » Et il révéla à Don Salvatore le message que devait transmettre la lettre. Renseignements pris auprès de l’intéressé, les dires de P. Pio furent trouvés parfaitement exacts.
De ce temps de probation et d’épreuves qu’eut à subir le Padre Pio, Maria Winowska rapporte la judicieuse remarque du père spirituel de Fra Pio : si le démon s’attaque avec une telle insistance à lui, c’est qu’il est destiné à de grandes choses, ce que la suite prouva abondamment.
En attendant, le jeune Frère devait se débrouiller seul. Eh oui, il y avait, comme de juste, son ange gardien, pour le dépanner ! Avec son bon sens robuste, Fra Pio savait recourir à l’aide toujours disponible de ces compagnons de voyage que nos piétés abstraites oublient d’invoquer. Les anges continuent à jouer un très grand rôle dans sa vie.
À ce propos, on m’a conté une histoire charmante. Une nuit, lorsque la partie avait été particulièrement dure, Fra Pio invoqua son bon ange en vain. Que voulez-vous ! Même les anges peuvent avoir quelques distractions... Mais Fra Pio ne l’entendait pas ainsi. On n’a pas, magari (plût à Dieu), un ange gardien pour des prunes ! Lorsque, vers le matin, enfin il se présenta, Fra Pio, fâché, lui tourna le dos. C’est que réellement ses nuits étaient mouvementées.
Comme le saint curé d’Ars, le Padre Pio fut en butte durant toute sa carrière aux sévices de Satan ; mais il avait puissance sur les esprits du mal et en délivrait les possédés. Ainsi une dame, complètement désespérée, avait fait appel au P. Pio. Elle le vit une nuit à son chevet et se sentit immédiatement soulagée. Plus tard, lorsqu’elle fut en présence du Père, elle le remercia et celui-ci de dire : « J’ai chassé les mauvais esprits. Je n’ai pas bouté les diables hors de vous, mais loin de vous. »
En une autre occasion, le P. Pio avait dit : « Le démon est comme un chien à la chaîne ; gardez vos distances, vous ne serez pas mordus. » Et encore cet autre avertissement : « Tentations, tracas, soucis, sont les armes de notre ennemi. Ne l’oubliez pas ; s’il fait tant de bruit, c’est signe qu’il est dehors et pas dedans. Ce qui doit nous effrayer, c’est que la paix et l’harmonie règnent entre notre âme et le démon. »
Voici une scène d’exorcisme à l’actif du P. Pio, telle qu’elle est rapportée par Mortimer :
En septembre 1947, une pauvre Italienne, possédée du démon, fut emmenée de force par ses fils à la messe du Padre Pio. Dès qu’elle fut dans l’église, elle se mit à pousser des hurlements comme chaque fois qu’elle voyait une église, une croix ou même une croisée de chemins.
Ses cris et ses blasphèmes déchirèrent le silence juste au moment où Padre Pio distribuait la sainte Communion aux fidèles.
– Faites-la sortir, commanda Pio.
– On me tuera plutôt, vociféra la possédée.
Alors, élevant l’Hostie consacrée au-dessus du ciboire, il dit solennellement :
– Il est temps que cela finisse.
La femme fut projetée à terre. Morte ? Non. C’était le diable qui était knock-out. Au bout de quelques secondes, la femme se releva, parfaitement calme, et alla s’asseoir sur un banc, délivrée des chaînes du Malin.
« Padre Pio est plus puissant que saint Michel », assure-t-elle chaque fois qu’elle raconte sa triste histoire.
Et Mortimer de conclure avec assez de raison : « Ne nous étonnons pas de ce pouvoir suprahumain accordé par Dieu à l’humble moine du Gargano. Étonnons-nous plutôt que tous les prêtres exorcistes ne le possèdent point. »
Nous avons dit que le Padre Pio est le premier prêtre portant dans sa chair les stigmates de son Maître, le Christ ; le fait se produisit le 20 septembre 1918, alors que le Padre Pio se trouvait en prière et ravi en extase devant le grand Christ de la chapelle ; ses condisciples entendirent un cri déchirant 10 et ils virent le P. Pio gisant inanimé sur le sol, ayant aux mains et aux pieds des plaies qui saignaient. Ces stigmates, « blessures d’amour », furent produites par la lance de feu d’un Séraphin.
Cet incident fait penser à la description de la stigmatisation de saint François d’Assise telle que la rapporte son disciple Celano :
« Saint François vit au-dessus de lui une apparition ineffable, un homme à six ailes étendues, comme un Séraphin, les pieds joints, cloués en croix... Plongé dans le ravissement, François sentit s’imprimer sur ses mains et ses pieds les marques des clous. »
En plus des douleurs inhérentes aux lésions qui saignaient continuellement et qui s’exacerbaient le vendredi, le Padre Pio fut livré, c’est bien le cas de le dire, aux médecins, obstinés à découvrir une origine pathologique et non spirituelle à ces lésions, qui cependant ne rentraient dans aucun cadre de la pathologie. On badigeonna les plaies, on scella des pansements occlusifs qui furent très douloureux, naturellement sans aucun succès ; les plaies persistaient dans leur état premier ; un médecin déclara que le bord des plaies était très douloureux au toucher et qu’on pouvait presque rapprocher la peau du dos de la main avec celle de la paume à travers le canal de la blessure ; et, bien que cet examen se fût révélé des plus douloureux pour le patient, il fut renouvelé à plusieurs reprises ; dans quel but, on se le demande. Et l’on pense tout naturellement à cette phrase du Dr Encausse disant que les faits, dons et pouvoirs supranormaux « déconcertent et irritent les médecins ». Les plaies des mains et des pieds, ainsi que celle du côté gauche (non droit, comme l’ont écrit certains auteurs), ont persisté sans changement jusqu’à présent et continuent de saigner, tandis que des plaies ordinaires de la peau, consécutives à une opération herniaire et à l’extirpation d’un kyste du cou, se sont guéries normalement par première intention, au grand étonnement des médecins. Le Dr Festa, un des examinateurs, le reconnaît loyalement dans son livre consacré au cas du Padre Pio, livre qu’il n’a pas craint d’intituler : Mystère de science et Lumières de la Foi. « Les plaies, tant dans leur aspect que dans leur évolution, dit-il, ne peuvent être expliquées par aucune loi anatomo-pathologique connue à ce jour par la médecine officielle. » Et, vouloir l’expliquer comme certains matérialistes impénitents l’ont tenté, en ayant recours à l’effet de la suggestion ou de l’autosuggestion chez une personne nerveuse, voire hystérique, n’est, dans le cas du P. Pio, que sinistre plaisanterie ou mauvaise foi insigne.
Dans le cadre des phénomènes incompréhensibles à la science moderne, mentionnons le pouvoir du P. Pio de se dédoubler et de se rendre invisible au milieu d’une foule qui le recherche. À noter aussi le fait que, jusqu’à ce qu’il en ait reçu l’ordre formel de ses supérieurs, il fut impossible de tirer une photographie du Père Pio, les pellicules les plus sensibles restaient vierges de toute image. Par contre, les nombreux livres, richement illustrés, parus par la suite, ayant pour sujet les faits et gestes du P. Pio, prouvent qu’il était parfaitement photogénique.
Nous allons maintenant analyser quelques ouvrages d’un jeune littérateur, Giovanni P. Siena, qui, une fois revenu au catholicisme grâce au Padre Pio, décida de consacrer sa vie à faire connaître le message spirituel de son libérateur ; né le 12 décembre 1914, à San Giovanni Rotondo, Giovanni P. Siena manifesta très jeune un certain talent littéraire ainsi que des idées d’émancipation qui l’éloignèrent pour un temps de l’Église. Il y fut ramené, comme nous l’avons dit, par le P. Pio. Il existe de G. P. Siena, traduits en français, trois ouvrages que l’on peut consulter avec fruit :
L’Heure des Anges, La Colombe, Paris 1957.
Padre Pio, Faits d’Hier et d’Aujourd’hui, 1. – id. 1958.
Padre Pio, Faits d’Hier et d’Aujourd’hui, 2. – id. 1960.
Retenons ces aveux de l’auteur que nous trouvons dans Padre Pio 1 : « Oui, j’ai vraiment beaucoup de chance, trop de chance, je crois (d’avoir un jour rencontré le Père Pio). Mon ange gardien peut bien témoigner que je me fais souvent cette réflexion : Grande bonté de Dieu ! » Et n’allez pas prétendre que c’est le fait d’une coïncidence, car « la coïncidence, surtout lorsqu’il s’agit d’une rencontre de deux hommes, n’est jamais accidentelle ou fortuite. Grâce à l’action invisible de nos anges gardiens, les rencontres sont préordonnées, organisées ou voulues par le juste, l’avisé, le sage esprit divin : ce sont des rencontres providentielles. » Donc pas de destin aveugle, ni de hasard, dans la rencontre du P. Pio avec G. P. Siena, et cette rencontre fut pour l’auteur l’occasion d’une transformation radicale ; écoutons-le plutôt :
« Ainsi, pour moi, ce fut une vie nouvelle, une expérience nouvelle et insolite, qui devait me transformer profondément ; l’homme que j’avais été, avec ses instincts et ses mauvaises habitudes, devait recevoir les premiers coups salutaires, pour céder la place à un être nouveau, moins indigne du regard de Dieu et du voisinage de son Ange Gardien. »
Voici quelques épisodes vécus par G. P. Siena auprès du P. Pio :
« Les pèlerins qui viennent à San Giovanni Rotondo savent que le Père les suit chacun pas à pas, liés à lui par des fils invisibles, solides et sûrs. Ils savent qu’ils ont avec eux les Saints Anges, Messagers fidèles, très obéissants et pleins de persévérance. »
Un jour, G. P. Siena ressentit une impulsion irrésistible qui le poussait à retourner à la librairie Abrescht où il avait été le matin déjà ; une voix intérieure insistante lui disait : « Vas-y ! vas-y ! » Je fus contraint de suivre cette voix, à contrecœur, pour me rendre compte peu après qu’elle m’était venue de l’extérieur ou plutôt – ce dont je suis absolument sûr – de mon Ange Gardien. Il y avait là un jeune journaliste venu pour « démolir le mythe du Padre Pio ! »
Au cours de l’entretien, le jeune reporter demanda à son confrère : « Pourquoi les communistes ne disent-ils que du mal de Padre Pio ? » G. P. Siena répondit par une propre parole de P. Pio : « Ils sont comme certains malades qui ne peuvent supporter la lumière du jour et aiment à rester dans la pénombre d’une chambre aux volets clos. »
Ce jeune rédacteur était venu, payé par deux journaux de tendance fort différente : une feuille communiste et un journal, organe de la maçonnerie. Une forte somme lui avait été promise pour des articles de « démolition » du P. Pio ; G. P. Siena remarque à ce sujet que : « Communisme et maçonnerie, ces deux forces qui se combattent sur bien des points, se coalisent pour lutter contre le même inquiétant ennemi : le Padre Pio et, à travers lui, contre Dieu, les valeurs de l’esprit et la religion du Christ. »
On sera frappé d’apprendre, ainsi que le dit G. P. Siena : « que le Père Pio, mondialement connu, respecté, sollicité et aimé, n’est pas aimé à San Giovanni Rotondo, où une moitié de la population se désintéresse des questions religieuses ». Sur une population de vingt mille âmes, il y a neuf mille électeurs dont quatre mille communistes. Cependant, ces derniers, comme le P. Pio l’avait prédit, n’eurent pas la majorité. Et G. P. Siena de dire : « Il n’est pas aimé de ceux qui, plus que les autres, devraient avoir conscience du devoir sacro-saint de l’aimer, car, au cours de la dernière guerre, grâce aux prières du P. Pio, ruines, massacres et bombardements furent épargnés à la ville. On connaît cette déclaration d’un officier aviateur, en mission de bombardement avec son escadrille : il vit, dans les airs, un énorme fantôme qui l’obligea à faire demi-tour et à lâcher sa cargaison de bombes dans un champ où elle ne fit aucun mal ; après l’armistice, l’officier reconnut en Padre Pio la forme qui lui était apparue dans le ciel. »
Ce n’est pas sans raison que G. P. Siena déclare : « Padre Pio nous a été donné par Dieu en une période particulièrement difficile de l’histoire humaine. Il est, avons-nous dit, à la mesure de notre temps bouleversé. Il n’a pas été suscité par la Providence pour que l’influence de sa grande personnalité se fasse sentir en Italie seulement. »
Un miracle où G. P. Siena voit l’intervention directe du P. Pio, ou de son Ange Gardien, nous est conté avec force détails : Le frère d’un directeur technique de la mine de bauxite qui se trouve au pied du Gargano était subitement tombé malade d’une inflammation de l’oreille, avec grave mastoïdite ; le médecin proposait une opération immédiate, vu le danger de méningite. Les lésions avaient été décelées par deux radiographies. Ne pouvant se décider à se soumettre à l’opération, le jeune homme écrivit à son frère d’aller voir le P. Pio et de le supplier d’obtenir sa guérison ; d’autre part une amie de la famille lui avait donné une photographie de P. Pio et lui avait conseillé de la laisser pendant la nuit sur son oreille. Au matin, un pus abondant et chaud sortit de l’oreille ; alors les douleurs cessèrent. Une nouvelle radiographie confirma l’entière guérison, et le docteur de reconnaître loyalement : « Voici un fait qui ne m’est jamais arrivé, au cours de ma longue carrière. Vous souffriez réellement d’une mastoïdite, les premières radios l’affirment sans équivoque. Mais vous n’avez plus rien. » Alors le jeune homme parla de la lettre envoyée à son frère et de l’apposition de la photographie du P. Pio sur l’oreille malade. Et le médecin de dire : « J’ai l’impression que vous pouvez remercier le Père Pio. Seul un miracle pouvait faire cela. » Le jeune homme vint à San Giovanni Rotondo pour remercier le P. Pio, mais il voulait aussi tenter une expérience pour acquérir la certitude que sa guérison était bien due à l’intercession du thaumaturge. Aussi, en abordant le P. Pio, il lui demanda la guérison de sa mastoïdite. Mais le prêtre lui tapota la joue et lui dit en souriant : « Mon fils, va remercier la Madone ; tu as déjà obtenu ta grâce. » On devine l’émotion du miraculé. De plus, la protection du Père Pio ou celle de son Ange Gardien s’étendit sur le jeune homme encore quelques instants plus tard ; il voulait prendre le car pour se rendre à la mine afin de voir son frère pour lui raconter sa guérison spectaculaire. G. P. Siena résume l’incident comme suit : « Les communistes, qui auraient refusé, en temps normal, une place dans leur car au fils du directeur, alors qu’il était piloté par un anti-communiste notoire, de mon espèce, acceptèrent sans rien dire l’hôte nouveau. Il faut croire que le P. Pio était avec nous ou l’Ange du Seigneur, car de tous les ouvriers, aucun ne fronça le sourcil, aucun ne se tourna interrogativement vers son voisin ; ils regardaient tous devant eux, dans notre direction, avec la plus sereine indifférence, comme si un voile s’était soudain abattu sur leurs yeux. Quant au conducteur, l’homme le plus discipliné, pointilleux à en être exaspérant, qui n’eût pas accepté, pour tout l’or du monde, de faire le moindre geste susceptible de provoquer la colère des ouvriers, il se mit en quatre pour nous satisfaire et fit une place à côté de lui au jeune homme. »
Encore une guérison spectaculaire rapportée par G. P. Siena ; il s’agit de Giuseppe Canaponi, un agent des chemins de fer italiens qui avait eu une fracture du fémur occasionnant une immobilité complète du genou ; tous les traitements médicaux avaient échoué et le malade risquait de se voir congédié par la Compagnie ; sur la demande de sa femme, il accepta, sans grand espoir, de venir à San Giovanni Rotondo réclamer l’assistance du P. Pio. Ce dernier le remarqua immédiatement au milieu de la foule et l’appela. Il le fit mettre à genoux au confessionnal, mais Giuseppe avait la langue comme paralysée. Il voulait pleurer et crier. C’en était trop. Le Père lisait en lui comme à livre ouvert, et il ne savait pas s’expliquer. Giuseppe ignorait encore la présence à son côté de son Ange Gardien, invisible témoin de ses actions, de ses paroles et de ses pensées, qui, à ce moment, parlait à l’oreille du Père. Il devait apprendre plus tard ce qui concerne les « intrusions » de ces « très aimables délateurs, comme nous avons eu d’autre part l’occasion d’appeler les anges ».
L’impotent, dans son trouble, ne s’était pas rendu compte qu’il s’était agenouillé et qu’il rentrait à son hôtel en portant sa béquille et sa canne sous son bras. Ce fut seulement là, dans sa chambre, qu’il réalisa sa complète guérison. On devine ses sentiments de reconnaissance envers le Père Pio qui lui dit : « Ce n’est pas moi qui ai accordé ta grâce, j’ai seulement prié pour toi. C’est le Seigneur qui t’a accordé cette grâce. Remercie donc le Seigneur, pas moi. »
Ce cas extraordinaire de guérison fut présenté au Congrès international des médecins, en 1953. Le Prof. Giuntini, en 1947, avait établi le certificat suivant : « Ankylose fibreuse du genou gauche, consécutive à une fracture de la diaphyse fémorale. » Comme toute thérapeutique médicale et physique se montrait aléatoire, on tenta la pliure forcée de l’articulation rigide, sous anesthésie locale, mais sans résultat ; et même pendant cette intervention, une nouvelle fracture fémorale se produisait. Le malade quitta l’hôpital avec le genou raide, comme lorsqu’il y entra. Et G. P. Siena de rapporter encore :
Le même Prof. Giuntini voulut examiner encore une fois Canaponi et le radiographier. Les plaques radiographiques furent étudiées attentivement par plus de cinquante médecins et spécialistes participant au Congrès, et tous confessèrent leur incapacité à expliquer le parfait fonctionnement du genou. Un genou au caractère bizarre, qui hier ne voulait rien entendre, refusait de céder à la science, préférait se briser plutôt que de subir l’humiliation de l’articulation forcée, et qui, aujourd’hui – comme pour être désagréable, pour confondre et humilier à son tour – se pliait avec une facilité déconcertante en faisant la nique à la science et aux lois de la nature elles-mêmes.
En effet, les radiographies parlaient un langage qui n’admettait ni réplique, ni objections : le fémur était et est toujours tordu, et le tissu calleux qui s’était formé autour du genou persistait et persiste encore aujourd’hui.
Dans les actes du Congrès, le cas fut cité comme étant celui d’un employé des Chemins de fer de Sarteano guéri « après s’être rendu à un sanctuaire fameux d’Italie ». Il fallait ménager l’opinion de certains scientifiques qui estiment que « Dieu n’existe pas et qui prétendent que les miracles sont des histoires ». Au vu d’un tel cas, il semble que la réaction toute naturelle aurait dû être un acte d’humilité de la part de la gent scientifique, placée devant le mystère, devant le miracle qui transcende nos lois matérielles.
Pourquoi toutes ces guérisons spectaculaires ? Ce n’est pas dans le but unique de rendre la santé au corps physique, mais c’est pour atteindre l’âme et la ramener dans la voie du Christ, car « l’homme sans Dieu est un être mutilé » et souvent le Père Pio s’est écrié : « Les âmes ! oh ! Les âmes ! Si l’on savait le prix qu’elles coûtent ! » Exclamation qui fait penser immédiatement à une profération similaire du Père Lamy.
Quant au Padre Pio, son immense charité est constamment en éveil ; voici ce que raconte à ce sujet Maria Winowska : « On dirait, m’a confié un de ses fils, que le P. Pio est tout le temps aux écoutes de ceux qui l’appellent. » Et il m’a raconté cette anecdote : Ils étaient plusieurs à parler du Père, un soir, car à peine arrivés à San Giovanni Rotondo, ingénument, ils récapitulaient les grâces qu’ils allaient lui demander et chargeaient leurs Anges Gardiens de les lui présenter au plus vite.
Le lendemain, après la messe, Padre Pio les rabroua rondement : « Birichini ! (Polissons !) Même la nuit vous ne me laissez pas tranquille ! » Son sourire démentait ses paroles. Ils se surent exaucés.
Encore un cas, rapporté par M. Winowska, qui montre jusqu’où pouvait aller la sollicitude du Padre Pio pour ses enfants ; le fait mérite d’être relaté dans le texte original :
Dans certains cas, les dépannages in extremis sont plus spectaculaires. À la Libération, une de ses filles fut arrêtée comme « fasciste » et condamnée à mort par la cour martiale du maquis. Elle était innocente des crimes qu’on lui imputait, mais comment le prouver ? Au moment où on lui mettait les menottes pour la conduire au lieu de l’exécution, elle saisit son rosaire et une photo de Padre Pio. « Père, sanglotait-elle, Père venez à mon secours ! »
Pendant le trajet, une foule délirante lui lançait des pierres et des bordées d’injures. Plus morte que vive, elle arriva enfin à l’endroit où l’attendait le peloton d’exécution lorsque, brusquement, le trafic fut arrêté net par une colonne de blindés, d’ambulances et de troupes qui remontaient vers le nord. Le chef de peloton ordonna de surseoir à l’exécution et attendit « comme hypnotisé », debout sur un char.
« Quand ils seront tous passés, pense la jeune fille, alors sonnera ma dernière heure. Ô Padre, Padre que n’êtes-vous là ! »
Le temps passe et le défilé continue. Excédés, et peut-être pas tellement sûrs de leur fait, les maquisards se dispersent. Seul le « commandant » reste là, debout, comme un point d’exclamation et roide comme un somnambule.
Or, ce sursis avait suffi aux amis de la jeune fille pour établir son alibi et prouver son innocence. Dégrisés, les délateurs commençaient à leur tour à trembler devant de possibles représailles, lorsque quelqu’un apporta la nouvelle que l’exécution avait été arrêtée par le passage des troupes. Au moment où les dernières colonnes étaient sur le point de s’écouler sur la route fatale, le bruit d’un moteur alerta la jeune fille. Un monsieur inconnu, arrivé en auto, lui déclara à brûle-pourpoint qu’elle pouvait se considérer comme libre et il la ramena tout bonnement à la maison.
Mais le plus joli de l’histoire reste à dire. En Italie comme en France, les bandes de pillards mettaient alors à sac les maisons des condamnés... sous prétexte de chercher des explosifs. Au moment précis où plusieurs de ces cambrioleurs déguisés étaient en train de dévaliser l’appartement de la jeune fille sous les yeux terrifiés de sa sœur, un « Basta ! » sonore et impérieux les fit arrêter net. Ils se regardèrent pleins d’épouvante, car la voix semblait émaner d’un puissant mégaphone dont ils ne voyaient trace. Un nouveau « Basta ! », encore plus courroucé et retentissant leur fit prendre sur-le-champ la poudre d’escampette. Lorsque la condamnée fut rentrée à la maison, sa sœur se précipita en sanglotant dans ses bras. « C’était la voix du Padre Pio ! dit-elle, c’est lui qui a mis en fuite les voleurs ! »
Quelques mois plus tard, lorsqu’on put circuler, la jeune fille en question prit le train pour San Giovanni Rotondo. Padre Pio l’accueillit en souriant :
« Ce que tu as pu me faire courir, ma fille, avec ta foi ! »
Et il coupa court à de plus amples explications.
Cette histoire qui aurait pu finir en tragédie, sans le secours immédiat du Padre Pio, fait penser à un enseignement qu’il avait coutume de répéter souvent : l’angoisse, l’inquiétude, la méfiance sont des chancres de l’âme dont il faut se garder. « L’angoisse est un plus grand mal que le mal lui-même... Marchez avec simplicité dans la voie du Seigneur et ne torturez pas votre esprit !... La pire insulte que nous puissions faire à Dieu, c’est de douter de Lui... Par conséquent, éloignons toute sollicitude et toute inquiétude dans le support des tribulations spirituelles ou temporelles, de quelque côté qu’elles arrivent... Cette anxiété inutile ne fera que vous fatiguer l’esprit et rendra votre pensée inapte à s’arrêter sur les points de votre méditation. Il faut chasser l’anxiété, car c’est un des pièges les plus redoutables de la vraie vertu et de la vraie vie intérieure. »
Un enseignement précieux du Padre Pio nous est transmis par Marie Winowska ; il s’agit de cette parole du Père à un universitaire :
« Dans les livres, on cherche Dieu. Dans la prière, on Le trouve. »
Le même auteur relate une méditation du Père Pio sur la passion du Christ, méditation qu’il composa tout au début de sa carrière. On y trouve déjà son ardent désir de vivre aussi exactement que possible la passion du Maître. On y lit une prière de ce genre : « Mon Ange Gardien, garde mes facultés toutes recueillies en Jésus souffrant afin que jamais elles ne s’en détachent. » Arrivé au point culminant de la Passion, P. Pio s’écriera : « Et voici que le Père envoie au Christ un Ange Consolateur. Quel réconfort un Ange peut-il offrir au Dieu Fort, au Dieu Invincible, au Dieu Tout-Puissant ?... Jésus prie son Père de l’exaucer, mais il doit mourir pour nous. Je pense que l’Ange se prosterna devant la Beauté Éternelle. »
Si le Padre Pio s’en remettait pour beaucoup de choses à l’assistance des Anges Gardiens, il insistait tout spécialement sur la nécessité de faire appel à la protection du Christ dont il portait les marques dans sa chair et dont il revivait la Passion chaque matin durant la messe ; d’un autre côté, il ne manquait jamais d’inciter à la dévotion envers la Très Sainte Vierge, avec laquelle il avait de fréquents colloques et dont il obtenait maintes grâces pour ses protégés.
Durant la dernière maladie du Padre Pio, en 1959, maladie qui fut très grave, mettant sa vie en danger, et dont le cours dérouta les médecins, il se serait agi d’une maladie expiatoire en faveur de la paix du monde et en rapport avec le voyage de la Vierge de Fatima en Italie. En effet, l’indisposition du P. Pio débuta dès le départ de la Vierge de Fatima pour prendre fin lors du retour de la Madone en Espagne. Voici une opinion bien révélatrice de la dévotion du Padre pour la Vierge de Fatima : « La céleste Voyageuse, descendue comme un “signe du ciel”, s’avance à travers les chemins du monde, attentive aux invocations et aux offrandes réparatrices des justes. Partout où elle paraît, entourée de myriades d’anges, les ombres de la mort se dissipent. »
Plusieurs fois durant cette maladie du Padre Pio, les médecins durent ponctionner la cavité pleurale qui se remplissait d’eau, opération fort douloureuse. Aussi, avec une pointe de malice, le bon Père appelait les hommes de l’art ses tyrans, ses bourreaux, et il ajoutait : « Trois maux affligent l’humanité : les médecins qui retardent la guérison des malades, afin de gagner davantage ; les avocats, intéressés eux aussi à faire durer les procès ; enfin les confesseurs scrupuleux. »
Bien que la maladie se fût présentée sous des aspects assez alarmants, dans l’entourage du Padre, on n’était pas trop inquiet, car d’après certaines voyantes, le P. Pio devait parvenir à un âge avancé. Voici ce que dit à ce sujet G. P. Siena :
Depuis quelques années, avec insistance, les prédictions s’étaient répandues. D’après l’une, le Père vivrait quatre-vingt-dix ans ; davantage encore selon une autre qui indiquait le chiffre exact de quatre-vingt-seize. Ces prédictions n’avaient jamais été démenties. Il semblait plutôt qu’elles fussent confirmées par le Père lui-même, si j’en crois un éminent ami digne de la plus grande foi, le chevalier Francesco Morcaldi. Le Père lui avait dit un jour sans détours ni réticence :
– Tu vivras plus de quatre-vingts ans, mais moi je te dépasserai.
D’autre part, une mystique, morte en odeur de sainteté en 1952 avait déclaré que le Seigneur lui avait révélé que le Padre Pio vivrait jusqu’à un âge avancé afin qu’il puisse amener beaucoup d’âmes à Dieu.
Durant sa dernière maladie, pour que ses fidèles ne fussent pas privés de recevoir la bénédiction du Père Pio, on avait disposé des haut-parleurs afin que le prêtre puisse distribuer son message à la foule, depuis sa cellule. Les exhortations qui reviennent comme un leitmotiv ont toujours trait à la confiance que l’on doit mettre en Christ, en la Madone et en les Anges.
« Prions la Madone, serrons-nous auprès de notre Maman du ciel. Tournons-nous vers la Madone. Faisons douce violence à Son Cœur miséricordieux de Maman. » Durant ce temps, fréquentes furent aussi les allusions à l’Ange de Dieu, comme pour approuver l’habitude prise par les fidèles de lui envoyer leurs Anges Gardiens afin que tous ensemble lui tinssent compagnie et qu’ils le réconfortent. »
Voici un modèle de ces fréquentes exhortations du P. Pio : « Que l’Ange de Dieu vous accompagne toujours, vous soutienne et vous guide. Celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé. Persévérons donc jusqu’à la fin, et ainsi nous attirerons toujours davantage les bénédictions de Dieu sur notre tête, celle de la Très Sainte Vierge et de tous les Anges. »
On sait que le P. Pio avait le don de discernement des esprits et des cœurs grâce à son commerce constant et sensible avec les Anges, mais il avait coutume de dire : « Ne laissons pas aux Anges seuls la tâche de veiller sur la simplicité et la pureté » (il faisait allusion au costume indécent de certains visiteurs et notamment de femmes en costume léger se promenant devant la chapelle). Et il ajoutait : « Se résigner au spectacle du mal peut aboutir à la perte même du sentiment du mal. »
Lorsqu’on fut enfin certain que le Père était bien guéri, ce fut un sentiment unanime parmi ses fidèles : « Il restera avec nous pour continuer à réjouir les Anges et l’Église, en ramenant les égarés parmi les croyants. »
Citons une parole du P. Pio qui peut surprendre si l’on n’a pas réalisé que les sacrements ne sont pas des symboles, mais des portes selon le mot de Maître Philippe ; Padre Pio avait coutume de dire : « Il serait plus facile à la terre de tourner sans le soleil que sans la sainte messe. »
Une déclaration du P. Pio doit donner à réfléchir : une personne charitable s’était offerte un jour à lui pour prendre sur elle une partie de sa souffrance. Il dit : « Pour parer aux coups comme je le fais, il vous faudrait une peau plus dure que celle du crocodile. »
Le bon Père a avoué une fois que la Vierge de Fatima, sur sa demande, l’avait rendu malade et qu’à son départ d’Italie, elle avait emporté le mal ; il s’agissait d’une pénitence pour parer à la déchristianisation actuelle du monde, en rapport avec le secret de Fatima qui veut mettre en garde les hommes du siècle ; en effet, la Vierge avait dit : « Si vous ne faites pas pénitence, vous périrez tous de la même manière. » Le P. Pio ne croit pas au conflit atomique si l’on se repent à temps ; un fidèle lui demanda un jour si le temps était venu de regagner la Russie au christianisme. Il répondit : « Attendez que les portes s’ouvrent ! » Mais il dit aussi : « Une autre épreuve encore plus pénible à mes fils spirituels... et nous arracherons encore cette grâce au Seigneur. »
S. S. le pape Benoît XV, qui appréciait beaucoup le ministère de l’humble Capucin, disait de Padre Pio : « C’est l’un de ces hommes que Dieu suscite de temps à autre sur la terre pour la conversion des hommes. » S. S. Pie XII disait également de lui : « C’est un vrai, un grand saint homme. » Lors de la première atteinte de sa maladie, alors qu’on désespérait de sauver le Saint Pontife, le P. Pio fit télégraphier de ne pas être inquiet, car la crise serait surmontée pour cette fois.
Un incident, qui a une certaine analogie avec la protection dont bénéficia le Père Lamy sur le point d’être renversé par un cycliste, est à signaler : Un jour, Mario Brasioli, cheminant sur la chaussée, fut projeté dans le fossé par un motocycliste. Ce dernier partit chercher du secours vers la ville voisine, mais quelle ne fut pas sa surprise de voir l’accidenté, soutenu par une personne inconnue (matérialisation du Padre ou de son Ange) qui disparut quand le malade eut été remis aux mains de ses parents. Lorsque, plus tard, Mario vint remercier le Padre pour son secours, il obtint cette réponse : « Remerciez la Madone pour le miracle qu’elle a opéré en votre faveur. »
Beaucoup se sont étonnés d’entendre le P. Pio se recommander aux prières de certains de ses visiteurs et cela avec une parfaite humilité. Le Dr Festa, dans l’ouvrage qu’il a consacré au cas du Père Pio, note cette profonde humilité du stigmatisé et donne la réponse du P. Pio à ce sujet : « C’est pour toi un grand étonnement que mon désir et ma supplication ? Tous ceux qui sont en présence du Seigneur ont besoin de prières. L’aide que l’on peut se prodiguer l’un l’autre est d’un grand secours ; notre cœur peut plus facilement parcourir la voie ascendante qui conduit au Dieu Suprême.
« Seul l’orgueilleux (le superbe) n’a pas le désir et ne sent pas le besoin de la prière d’autrui. »
Nous sommes bien préparés, maintenant que nous avons pénétré dans l’intimité du Padre Pio, pour aborder l’analyse du livre de G. P. Siena exposant l’angéologie d’après ce mystique si humble et si fervent.
L’Heure des Anges est divisée en vingt-quatre chapitres qui englobent tout ce qu’il est bon de savoir sur les Anges ; nous allons suivre cet enseignement pas à pas.
I. Entre ciel et terre.
On rappelle que la nature ne fait pas de saut, ainsi que l’enseigne la sagesse des peuples ; entre l’homme et Dieu, il manque un anneau à la chaîne si l’on néglige les Anges, ces êtres mieux faits à l’image de Dieu. La croyance aux Anges est un fait d’expérience personnelle et de révélation ; ce fut le cas pour la plupart des Pères de l’Église, pour tous les saints jusqu’à nos jours, où une Thérèse Neumann, un Père Lamy sont en parfaite concordance avec le Padre Pio.
II. Origine et nombre des Anges.
Les Anges sont de purs esprits. L’Écriture dit qu’il y en a des myriades de myriades et le fait est confirmé par les révélations qu’ont eues tous les saints et tous les mystiques gratifiés de visions angéliques.
III. Les purs Esprits.
Tous les théologiens sont parfaitement d’accord pour reconnaître la complète spiritualité des Anges. Un jour, le P. Pio, discourant sur les Anges, émit cette proposition qui surprend au premier abord ; il admet comme possible que des milliers de ces créatures puissent se loger sur la pointe d’une aiguille, car ce sont des entités impondérables. Voilà le vrai, le grand mystère de l’invisible !
IV. La Révolte.
Les Anges reçurent au début, avec la grâce sanctifiante, la liberté de choix. « À cet effet, les Anges furent placés dans une position telle qu’ils pouvaient se déterminer librement, vouloir et agir sans obligation ni contrainte d’aucune sorte. La liberté, qui est un des plus grands et des plus estimables attributs divins, était un des présents dont ils furent pourvus. Grâce à ce don, les Anges devaient gagner le Paradis, en y aspirant librement, dans un état d’esprit de complète humilité ainsi que de gratitude, de reconnaissance, d’amour et d’adoration envers leur Seigneur et Bienfaiteur. Telle fut l’épreuve. Il y eut cependant parmi certains anges un refroidissement, un manque d’amour qui provoqua leur chute ; mais voyons plutôt comment est décrite la chute de Lucifer et quelle en fut la cause :
Au-dessus de tous les esprits angéliques, il y en avait un encore plus splendide et puissant, « Sceau de ressemblance, plein de sagesse et d’une beauté parfaite », Lucifer. Ayant eu connaissance de sa propre dignité et de sa propre noblesse naturelle, il en jouit, les admira et finit par tomber amoureux de lui-même, allant jusqu’à s’en enorgueillir... Mais là où naissent la complaisance et l’estime de soi, où existent l’égoïsme et l’orgueil, s’éteint la générosité et diminue l’amour d’autrui. Lucifer se mit donc à ne plus aimer Dieu, à opposer l’amour de soi à l’Amour qui l’avait fait naître privilégié, insigne, au-dessus de tous les êtres créés.
L’orgueil croissant avec l’amour de soi lui fit oublier sa dépendance à l’égard de Dieu. Il crut pouvoir parvenir à la béatitude surnaturelle en se fiant uniquement aux propres ressources de sa nature, sans la grâce divine.
Puis ce fut la chute, saint Michel avec ses cohortes d’anges fidèles précipita Lucifer dans l’abîme au cri de « Quis ut Deus ? » Qui est comme Dieu ?
Par la loi de translation de la grâce, l’Archange saint Michel assuma le commandement des légions angéliques à la place de Lucifer et il fut, ainsi que les autres Anges fidèles, enrichi des grâces et des prérogatives que Dieu n’avait pu répandre sur les rebelles... Les Anges furent orientés vers les mystères de l’infini et ils eurent le privilège de voir Dieu face à face.
V. La Chute de l’Homme et l’Origine de la Garde angélique.
Outre les Anges, Dieu créa un être fait d’une âme et d’un corps, qui se trouvait être la synthèse et l’expression des deux mondes de l’esprit et de la matière, soit tout un petit monde, un microcosme : l’homme. Comme les Anges, l’homme était à l’image de Dieu. Il était exempt de la mort et destiné à vivre dans le Paradis. En vertu des dons qu’il avait reçus, il n’y avait pas en l’homme désaccord entre l’esprit et la chair ; l’esprit et la matière se fondaient en lui dans une parfaite harmonie ; pour pouvoir continuer à jouir de ce bonheur paradisiaque, l’homme devait, comme les Anges, mériter son sort en donnant des preuves de fidélité, de soumission, d’obéissance et d’amour à son Seigneur. Il ne devait pas goûter au fruit de l’arbre de la Science du Bien et du Mal. Poussée par la flatterie et les promesses de Lucifer, devenu Satan, c’est-à-dire l’Adversaire, Ève se laissa tenter et entraîna dans sa désobéissance Adam. Ce fut la chute irrémédiable.
Et G. P. Siena, suivant en cela l’enseignement de son Maître de relever :
D’un tout autre ordre était la responsabilité de l’homme. En effet, il avait péché à l’instigation du démon, auquel il était naturellement inférieur, et il n’avait pas agi suivant une décision absolument spontanée. Par contre, tandis qu’une fraction seulement des Anges s’était perdue, l’irrévocable et pleine condamnation d’Adam entraînait celle de l’humanité entière par la transmission du premier péché. Pour cela, disent les saints Pères, l’homme fut pitoyable au cœur de Dieu et partiellement pardonné.
Ce pardon implique un sacrifice hors de mesure, qui sera la preuve de l’amour infini du Seigneur. L’abîme creusé entre la créature et le Créateur sera comblé par l’incarnation, la Passion et la Mort du Verbe. Le prix du pardon sera donné au monde et à la Justice Divine par une femme :
La Madone, Vierge, Sainte, Immaculée, qui sera aussi appelée la Mère de Dieu.
Et pour que l’esprit du Mal ne profite pas de la faiblesse de l’homme, le Seigneur dans sa miséricorde confia sa défense aux soins attentifs de ses Anges fidèles. Ainsi fut constituée la Garde angélique.
VI. L’Archange Saint Michel, Gardien de la Chrétienté.
Dans une étude sur les Anges, notamment les Anges gardiens, il est naturel de commencer par prendre contact avec l’activité toute dynamique de saint Michel. Lui qui a été parfait amour pour Dieu ne se montrera pas différent sur terre une fois devenu gardien d’un peuple ou arbitre du monde. Ici se place une leçon d’angéologie cosmique :
Tout astre, tout système planétaire a son Ange qui le conduit selon un ensemble de mouvements établis par Dieu ; et le système tout entier, l’Univers, est aussi soumis au contrôle et à la garde spéciale d’un Ange. Cette doctrine, soutenue par les Pères et les Docteurs de l’Église, se fonde sur le principe selon lequel « tous les corps sont mus par un esprit vital doué d’intelligence ». Cela fait partie de l’ordre providentiel dans lequel toutes choses ont été faites par Dieu. Il existe même parmi les Anges du Ciel une disposition en Chœurs, comme quoi les Chœurs inférieurs reçoivent lumière et directives des Supérieurs.
À chaque peuple est préposé un Ange gardien. Ainsi, dans l’Ancienne Alliance, saint Michel est indiqué comme étant le protecteur du peuple hébreu. Après la venue du Christ, l’Église succède à la Synagogue, alors saint Michel devient le défenseur du Christianisme. Il interviendra contre les hordes barbares, contre Attila, et cela, disent les anciennes chroniques, sous l’aspect d’un guerrier ailé et resplendissant qui menaçait l’ennemi de son épée flamboyante. On le vit apparaître à Rome dans les circonstances suivantes, relatées par G. P. Siena :
En l’an 590 de notre ère, une terrible épidémie de peste s’était déclarée dans le peuple romain. Pour faire cesser le fléau, le souverain Pontife Grégoire le Grand suggéra une procession propitiatoire. Semant les rues de cadavres, cette procession s’était répandue dans la ville avec, à sa tête, le Pontife pieds nus et portant une image de la Madone, quand soudain le sommet de la Mole Adriana, où était arrivée la procession, s’embrasa. C’était saint Michel Archange ; on le vit faire le geste que l’on admire aujourd’hui dans la statue de bronze érigée sur le lieu même en souvenir du prodigieux évènement ; on le vit remettre l’épée au fourreau pour signifier que la Vierge, émue par les suppliques du peuple, avait obtenu du Seigneur la cessation du terrible fléau.
VII. Saint Michel sur le Gargano et les Anges gardiens des peuples.
Par trois fois saint Michel se manifesta sur le Gargano, où il voulut qu’une grotte profonde lui fût consacrée, où, mieux, il la consacra lui-même et où le clergé vint officier ensuite en grande pompe. Mais l’apparition la plus spectaculaire eut lieu alors que Siponte, ville maritime au pied du Gargano, était assiégée par une armée païenne. L’Archange promit à l’Évêque Maiorano la victoire. En effet, dès que les assiégés, enhardis par la promesse de l’Archange, tentèrent une sortie, la mer se déchaîna, la foudre et les éclairs mirent l’armée assiégeante en fuite après avoir subi de nombreuses pertes. Le fait que la grotte se trouve près du couvent du P. Pio n’est certes pas une simple coïncidence.
Quant aux Anges Gardiens des peuples, nous en trouvons déjà mention dans la Bible et nous en avons une ultime confirmation dans le fait de Fatima, où une apparition lumineuse se déclara Ange de la Paix, recommandant aux enfants de beaucoup prier, car Jésus et la Vierge les avaient choisis pour leurs desseins miséricordieux. Par leurs prières et leurs sacrifices de réparation, ils aideraient à la venue de cette paix tant désirée : « Faites en sorte d’attirer la paix sur votre patrie. Je suis son Ange Gardien. » Or, il est de toute évidence que les petits bergers de Fatima étaient fort loin d’avoir une connaissance quelconque de l’Ange Gardien d’un peuple. La communication venait donc d’une Entité venue du plan divin.
VIII. Les Anges et les Maisons de Dieu.
Il y a des Anges préposés à la garde des Maisons de Dieu. Nous en trouvons déjà une notion très nette chez saint Paul, qui recommande aux femmes d’avoir la tête voilée à l’église « par égard pour les Anges » (1 Cor. XI, 10). Il s’agit manifestement là des Anges préposés à la garde des Églises. Origène affirmait que chaque Diocèse était surveillé par deux évêques, l’un visible, l’autre invisible, l’un homme et l’autre Ange. Lorsqu’il part pour l’exil, Jean Chrysostome tient à prendre congé de l’Ange de son Église. Plus près de nous, saint François de Sales, dans l’Introduction à la vie dévote, recommande aux fidèles d’avoir un commerce régulier avec les Anges. D’autre part, il dit : « Aimez et révérez l’Ange de votre Diocèse ! » Nous avons déjà vu que le saint curé d’Ars, en arrivant dans la petite église du lieu qui lui avait été assignée pour son ministère, invoquait avec ferveur ses Anges gardiens pour qu’ils l’assistent de leurs bienveillants conseils. Il en fut de même pour le Père Lamy, qui déclare avoir entendu, dans son église de La Courneuve, trois à quatre anges parler à la fois.
Il se dégage des ruines des vieux temples abandonnés un sentiment de froid, de vide et de tristesse. Lorsqu’un lieu sacré est laissé à l’abandon et que les prières n’y sont plus proférées, les saints Anges sont dans la désolation et quittent ces lieux où ne demeure plus le Seigneur, enfermé dans la sainte Hostie. On sait combien saint François était ému à la vue des églises en ruine et combien il s’efforça de les restaurer et même de les reconstruire, afin que les Anges reviennent y prendre demeure.
IX. L’Ange de la Prière.
Rien n’attire plus et ne réjouit plus les Anges que la prière individuelle ou collective. Ils recueillent nos prières et les portent à Dieu ; c’est là leur vrai rôle de Messagers et c’est ainsi qu’ils interviennent le plus efficacement dans les affaires humaines. Ils assistent aussi à tous les sacrements de l’Église. Les Chrétiens sur la terre, qui constituent l’Église militante, demandent des grâces aux saints et aux anges du Ciel (Église triomphante) et prient pour les âmes du Purgatoire (Église souffrante).
Saint Bernard enseignait à ses moines que l’office divin est récité en présence de Dieu et des Anges. En effet, des déclarations unanimes des mystiques et des voyants, il ressort que les Anges sont toujours présents durant la célébration de la messe, car à ce moment le Fils de Dieu est sur l’autel, entouré d’une troupe innombrable d’Anges étincelants de feux divers. La Bienheureuse Angèle de Foligno, ravie en extase, a vu durant la sainte messe deux troupes distinctes d’Anges qui y participaient : une première, qui reste avec l’Officiant depuis le début du Rite sacré, une seconde, qui fait escorte à Jésus au moment solennel de la Consécration.
G. P. Siena résume, toujours d’après le P. Pio, le processus comme suit :
« À peine le prêtre commence-t-il à officier que des troupes d’esprits angéliques, pieds nus et parés de splendides vêtements, descendent du Ciel et se placent autour de l’autel, dans la même position que les guerriers en présence du roi. Ensuite, au moment de la Communion, les Anges entourent avec grand respect et vénération l’Évêque, les prêtres et les diacres qui distribuent les Hosties Sacrées aux fidèles. »
X. Votre Ange.
G. P. Siena commence par nous faire une confession ; il a acquis la certitude de l’aide de l’Ange gardien à la suite de l’expérience suivante : rentré vers les minuit, il aurait bien voulu assister à la messe du Padre Pio à cinq heures, mais, ayant un sommeil très profond, il craignait de ne pas se réveiller ; alors, mettant à profit l’enseignement du Padre, il confia à son Ange gardien la mission de le réveiller à quatre heures du matin, puis il s’endormit profondément. Et voici la suite du récit, nullement de nature à convaincre ceux qui pensent que tout est suggestion ou autosuggestion, mais qui fut, comme nous allons le voir, une expérience concluante et fructueuse pour l’élève du P. Pio :
À une certaine heure de la nuit, je ressentis une petite douleur insistante au côté droit. Au profond sommeil succéda un état de somnolence où tentait cependant d’affleurer le souvenir de la Messe à laquelle je tenais tellement à assister. Je pensais à l’origine probable de cette petite douleur insolite. Elle dépendait peut-être de quelque position incommode prise pendant le sommeil. Je me retournai dans mes couvertures, mais dans cette position, comme dans l’autre, la mystérieuse petite douleur continuait à me harceler le flanc. Bref, je dus m’asseoir sur mon lit et allumer ma lampe de chevet ; la pendule marquait quatre heures précises, pas une minute de plus, pas une minute de moins. Et chose étrange, la douleur cessa comme par enchantement.
Rien d’extraordinaire à cela, rétorqueront les partisans du grand pouvoir de la suggestion, et de citer des expériences personnelles qui semblent identiques ; mais ils seront bien embarrassés de prouver que, dans leur cas, ce n’est pas le bon Ange gardien agissant à l’insu de l’intéressé ? En tout état de cause, pour G. P. Siena, l’expérience fut non seulement concluante, mais fructueuse en bonnes résolutions ; écoutons-le plutôt :
« Tout ému, je remerciai le personnage invisible et, pour la première fois, je commençai à considérer sérieusement sa constante et réelle présence à mon côté. Et j’en éprouvai les premières conséquences utiles et bénéfiques... la certitude d’avoir près de moi un Être ami, secourable, affectueux, qui me suit partout sans me quitter un instant ; cette certitude m’est une source de joie indicible... J’écrivais ces paroles il y a quelques années, le matin même de ma « découverte », et je confesse que depuis ce jour, ma conduite a laissé moins à désirer. Je le dis sans crainte de manquer de modestie, car s’il y a eu un progrès, tout le mérite en revient à lui, mon Ange gardien, ainsi qu’au bon Père Pio qui m’a enseigné cette si utile et si belle et si ineffable vérité de notre Sainte Religion. »
L’Ange de Dieu ! Et l’auteur, certain de la présence constante de cet Ami, s’élève contre la suffisance de certains « coryphées du savoir », déniant toute existence réelle aux bons et aux mauvais esprits. G. P. Siena brossera le tableau de ces négateurs impénitents :
Il n’y a pas longtemps, un très éminent homme de sciences, couronné de l’auréole de l’impartialité et de l’omniscience, déclarait pour un journal célèbre qu’il « n’existe pas d’entités spirituelles en dehors de nous ». L’existence d’entités spirituelles en dehors de l’homme, qu’elles s’appellent Anges ou démons, est un argument gênant pour tant de personnes qui se sont affranchies, par l’étude, des scories des superstitions religieuses, comme elles disent ! Selon ces personnes, il conviendrait de laisser certains arguments aux enfants de la maternelle et des classes élémentaires, aux prêtres et aux textes du catéchisme. Ces arguments démodés, poussiéreux, dignes du Moyen Âge (le Moyen Âge obscur), sont incompatibles avec « l’évolution » et la « mentalité » de nos jours, et bons seulement pour les bigots, pour les âmes mystiques.
Et ces prétendus savants vont jusqu’à dire que les mystiques, les prêtres et le Pape devraient s’adapter aux connaissances scientifiques modernes et ne plus s’obstiner à enseigner des « stupidités ». Une seule réponse à de tels arguments : prier comme le fait le P. Pio, pour que l’entendement de ces négateurs ainsi que leurs yeux s’ouvrent à la Lumière d’En-Haut et qu’ils puissent réaliser eux aussi qu’ils ont un Ange gardien, leur Ami le plus sincère.
Une enquête menée par G. P. Siena auprès des nombreux visiteurs du Padre Pio, afin de connaître leur opinion sur l’existence de l’Ange gardien, lui a prouvé que fort peu de chrétiens avaient une certitude personnelle à ce sujet. Il y a donc encore beaucoup à faire pour réveiller en chacun la certitude de la présence et de l’aide de cet Ami si sincère et si dévoué auquel est assignée la garde de chaque homme.
XI. Les Anges dans les Écritures.
Eh ! oui, il se trouve de nombreux passages dans la Bible où il est question d’Anges ayant secouru, aidé et conseillé des personnes en danger ou se trouvant dans des conditions quasi désespérées, et cependant les chrétiens semblent l’avoir oublié ou n’en pas faire cas. Or, les secours sont de taille : un Ange protège les jeunes Hébreux dans la fournaise ; un Ange fait sortir Pierre de la prison au nez des gardes endormis, en dépit des portes de fer bien verrouillées, qui s’ouvrent toutes seules ; un Ange du Seigneur, préserve saint Paul du naufrage ainsi que tous ceux qui étaient avec lui sur le bateau. Et combien d’autres ; aussi est-ce avec raison que G. P. Siena conclut :
L’Ange de Dieu n’est pas une pieuse croyance destinée à attendrir les fidèles. Il n’est pas même, pour employer une expression plus indulgente, une aimable invention poétique autorisée pour disposer aux bonnes actions le cœur des enfants. Nous ne devons pas être induits à un tel sentiment parce que les textes élémentaires presque seuls font état du « Joli petit Ange », parce que nos chers curés ne nous en parlent presque jamais, et parce que, sauf quelques louables exceptions, les publications catholiques l’ont reléguée comme dans un coin.
L’existence de l’Ange gardien attaché à chaque homme est pourtant une croyance professée par les Prophètes, les Docteurs, les Pères et les Saints de tous les temps. Croyance acquise à la suite de leur propre expérience et confirmée par le Christ lorsqu’il dit que les Anges gardiens des enfants voient continuellement la face du Père qui est aux Cieux.
Nous pourrons donc être pleinement d’accord avec G. P. Siena lorsqu’il dira : « Notons d’abord – ce qui est très surprenant et riche de conclusions – que, de l’Ancien au Nouveau Testament, des écrits des premiers Apôtres à nos jours, cette doctrine de l’Ange Gardien, loin de s’affaiblir, a été consolidée, de jour en jour, par une floraison d’évènements souvent très impressionnants, qu’il serait impossible d’énumérer. » Nous en avons cependant administré la preuve, au cours de notre étude, en relatant pas mal d’exemples fort convaincants.
XII. Dans la Vie des Saints.
Certes les interventions des Anges dans la vie des Saints sont innombrables et l’on n’a que l’embarras du choix ; on pourra arguer que les cas anciens relèvent de la légende, qu’ils ont été mal étudiés ou amplifiés à plaisir pour les besoins de l’édification des fidèles, mais on n’en peut dire autant des faits contemporains, observés par de multiples témoins, comme ce fut le cas pour saint Jean Bosco, le curé d’Ars, le Père Lamy ou le Padre Pio. Vouloir les récuser, serait faire acte de parfaite mauvaise foi.
G. P. Siena ne manque pas de rappeler les nombreuses communications que le Père Lamy eut avec les Anges et qui sont relatées dans l’ouvrage du comte Biver (ouvrage analysé plus haut, v. chap. VIII, sect. V). À propos de saint Jean Bosco, l’auteur rappelle que le bon prêtre aimait beaucoup parler à ses élèves de l’Ange gardien. « Chers enfants, disait-il, devenez bons pour faire plaisir à votre Ange gardien. Dans toute affliction et dans tout malheur, même spirituel, courez à lui avec confiance et il vous aidera. » Et ce n’est pas seulement à ses enfants, à ses protégés, qu’il faisait cette recommandation. Un jour, il dit à la femme d’un ambassadeur portugais qui était venue lui rendre visite : « Recommandez-vous à votre Ange gardien et vous n’aurez pas à vous effrayer de ce qui vous arrivera. » Peu après, la dame comprit la portée du conseil. Sa voiture heurta un tas de cailloux et versa. La chute eût été mortelle si elle n’avait fait immédiatement appel à son Ange gardien qui amortit le choc. Au dire de tous, elle fut ainsi sauvée miraculeusement.
Un jour, un élève de saint Jean Bosco travaillait sur un échafaudage avec d’autres ouvriers. Il fut miraculeusement sauvé alors qu’il faisait une chute de la hauteur d’un quatrième étage, les planches du ponton ayant cédé. Se rappelant l’enseignement de Don Bosco, l’enfant fit appel à son Ange gardien qui, effectivement, amortit la chute, alors que les deux autres ouvriers furent assommés sur le coup.
Quant au cas de sainte Gemma Galgani, qui ne peut être frappé par la constance de son commerce avec son Ange gardien ? G. P. Siena, en relatant l’histoire de cette sainte, y consacre une page illuminative :
On peut dire qu’il n’y a aucun épisode de sa vie auquel ne participe son Ange. Gemma le voyait, le touchait ; comme avec un ami elle s’entretenait avec lui, elle priait, raisonnait sur Dieu, et entrevoyait les merveilles du Paradis. L’Ange lui apparaissait soit à genoux, soit flottant dans l’air...
Il n’y avait demande, doute, problème, auxquels il ne répondît avec une émouvante complaisance, le bon Ange gardien.
Le Père spirituel de Gemma, le P. Passionniste Germain de Saint-Stanislas, écrit : « Plusieurs fois, alors que je discourais avec elle et que je lui demandais si son Ange gardien était toujours à son poste, montant la garde à côté d’elle, Gemma tourna avec une charmante désinvolture son regard vers lui et, l’admirant, resta en extase, les sens aliénés, pendant tout le temps qu’elle le contempla. » Selon une vive expression de la sainte enfant, l’Ange « l’espionnait » continuellement.
En se mettant au lit, le soir, elle lui demandait de la signer au front et de veiller à son chevet, puis, en ayant reçu l’assurance, elle se retournait de l’autre côté pour dormir. Le lendemain, au réveil, elle avait la consolante surprise de le voir là, encore auprès d’elle.
Et si Gemma se réveillait pour une raison ou pour une autre, elle voyait toujours son Ange à son poste. Elle disait aimer son Ange parce qu’il lui enseignait l’humilité et maintenait la paix dans son cœur. Aussi G. P. Siena de dire : « Cher lecteur, demandez aux libraires catholiques le Journal, les Lettres et la Vie de Gemma écrits par le Père Germain. »
Cette lecture ne peut que porter de bons fruits pour le fidèle qui l’entreprendra. Cependant, malgré toutes nos recherches, il nous fut impossible de nous procurer ces ouvrages. Nous analyserons plus en détail le cas en Section VIII de ce présent chapitre.
On pourrait encore rappeler le cas de sainte Françoise Romaine, qui vécut en rapports étroits avec son Ange gardien ; celui-ci, rayonnant de lumière céleste, lui permettait de lire l’Office et de vaquer à ses occupations malgré l’obscurité. En plus de son Ange ordinaire, elle en voyait un second encore plus resplendissant, dont elle avait peine à supporter l’éclat et qui disait venir du second Chœur angélique.
Enfin, revenons, pour un temps, au début de l’ère chrétienne. G. P. Siena résumera le cas de Polycarpe qui eut un commerce constant avec les Anges. Comme jeune homme déjà, il avait été accusé de dilapider le bien de sa patronne Calliste. Il avait en effet distribué toutes les réserves à des nécessiteux, et lorsque sa maîtresse, poussée par un délateur, vint examiner la chambre aux provisions, les jarres étaient pleines et les sacs de farine remplis. « Voici, dit le jeune homme qui avait auparavant prié avec ferveur pour qu’un miracle soit accompli en sa faveur, voici, par son Ange, le Seigneur te rend tous tes biens pour que tu puisses les partager de nouveau avec les déshérités. »
Devenu Évêque de Smyrne, Polycarpe fut encore sauvé par l’intervention de son Ange. L’Évêque était descendu pour la nuit dans une auberge, mais, peu après minuit, il fut réveillé par une voix qui lui criait : « Fuis hors de cette maison qui va bientôt tomber en ruine ! » L’Évêque eut beaucoup de peine à réveiller son compagnon et à le convaincre de quitter la chambre. Alors, la voix se fit plus impérieuse. « Sans doute, dit Polycarpe, le Seigneur nous veut sains et saufs ; aussi nous a-t-il envoyé son Ange pour nous avertir du danger qui nous menace. » Pas plutôt sortis, les deux hommes virent la maison s’écrouler dans un fracas épouvantable. Et Siena d’en tirer cet enseignement : « Quand le Seigneur veut récompenser une créature qui le sert fidèlement et qui, par son parfait détachement du monde, et son ardent amour pour Lui et pour son prochain, s’est rendue semblable aux Anges du Paradis, il lui accorde souvent le privilège de voir ces derniers, de jouir de leur compagnie sensible et de bénéficier de leur aide. »
XIII. Les Apparitions.
Avant de relater quelques cas d’apparitions d’Anges ou d’entités de l’Au-Delà, G. P. Siena pose en principe que les mystiques distinguent trois sortes de visions : intellectuelles, imaginaires et corporelles.
Appartient à la vision intellectuelle celle où l’objet (le Christ, la Vierge, un Ange, un saint ou l’âme d’un défunt) est perçu par l’intellect sans intervention des sens externes ou internes. Dans ce cas, on ne voit rien, « mais l’âme, comme disait sainte Thérèse d’Avila, conçoit très clairement quel est l’objet qui se présente ». Saint Jean de la Croix, parlant de la vision intellectuelle, dira qu’elle « est plus claire et plus subtile que les autres ; la vision demeure si l’on ferme les yeux, elle reste vivement imprimée dans la mémoire pendant longtemps ; elle fait naître dans l’âme le calme, la lumière, une glorieuse allégresse, la suavité, la pureté, l’amour, l’inclination ou l’élévation de l’esprit en Dieu.
Les visions imaginaires sont différentes ; moins nobles, elles se produisent par la voie de l’imagination, en état de veille ou pendant le sommeil ; leur intelligence n’est pas immédiate ni parfaite comme celle des premières et elles peuvent être produites par un bon comme par un mauvais esprit.
À ce propos, G. P. Siena, toujours en accord avec le P. Pio, donnera la note suivante : « L’âme est un temple que les démons n’ont pas le droit de violer. Personne, sauf Dieu et les siens, ne peut en scruter les secrets et l’influencer. Voilà pourquoi les visions intellectuelles ne peuvent pas être provoquées directement par un esprit mauvais. Mais toutefois, celui-ci peut agir indirectement sur l’âme au moyen des sens internes et externes, par les visions imaginaires et corporelles. »
Les visions corporelles sont celles où, par le moyen des organes de la vue, l’objet, de par sa nature invisible, est perçu à l’extérieur sous une forme matérielle et sensible. Dans ce cas, les visions corporelles prennent le nom plus exact d’apparitions.
Et G. P. Siena de faire remarquer : « D’ordinaire lorsqu’ils doivent communiquer avec les hommes, les Anges prennent une forme humaine, non sans laisser transparaître dans la matière – qu’elle soit apparente ou provisoirement réelle – l’excellence de leur nature. Aussi se présentent-ils invariablement sous un aspect juvénile, entourés de lumière, avec des traits merveilleux, dégageant en outre une vigueur et une énergie exceptionnelles.
Cet aspect est en rapport avec ce qu’on peut lire dans les Écritures, où il est dit que les Envoyés du ciel se présentent dans une lumière fulgurante et avec des vêtements blancs comme neige. Les descriptions d’Anges, vus par les saints ou les mystiques, concordent donc bien avec ce que nous apprennent les Évangiles.
Voici la description donnée par sainte Thérèse d’Avila de l’Ange qui lui transperça le cœur d’un dard brûlant : « Il était tout petit, très beau, le visage si enflammé qu’il semblait être un des Anges les plus hauts, consumés d’Amour. Je crois qu’il est dit de ceux que l’on appelle Chérubins. »
Ces apparitions angéliques sont décrites par les intéressés comme produisant d’abord de la stupeur, de l’émotion, puis admiration, joie et ravissement, à l’encontre des apparitions diaboliques, qui causent frayeur, crainte, froid, et dépression. C’est même un bon moyen pour distinguer la vraie nature de l’apparition. La nécessité de bien établir la provenance et la nature d’une manifestation supranormale est déjà nettement indiquée par saint Jean : « Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits, pour voir s’ils sont de Dieu... » (1 Jean IV, 1).
G. P. Siena termine ce chapitre par un exemple de discernement des apparitions donné par Gemma Galgani ; il vaut la peine de le prendre en considération, car il est tout un enseignement.
Chaque fois que lui apparaissait son Ange, ou celui du Père Germain, sainte Gemma avait l’habitude d’en éprouver l’identité en leur faisant répéter le salut : « Vive Jésus ! Bénis soient les noms de Jésus et de Marie ! » Quand les apparitions répondaient seulement : « Vive, bénis », la sainte les repoussait énergiquement, sans hésiter un seul instant, certaine d’avoir affaire à des apparitions diaboliques. Un jour que son Ange se présentait à elle, Gemma le menaça :
« Si tu es envoyé par le diable, je te crache à la figure. » Et de fait, une fois, elle cracha vraiment, mais voilà ce qui arriva : « l’Ange ne bougea pas, et même, là où cracha Gemma, aux pieds de l’Ange naquit une rosée blanche ; sur ses pétales était inscrit en lettres d’or : « On reçoit tout de l’Amour. »
XIV. L’Incommensurable Secours angélique.
Dans ce chapitre, pour établir l’insigne secours que nous vaut la présence de notre Ange gardien, G. P. Siena commence par dresser le tableau des infinies ruses du diable pour nous précipiter dans l’erreur et le péché. Et les esprits forts, qui, du haut de leur science matérialiste déclarent que le diable existe seulement dans l’imagination déréglée des « bigots », ces esprits forts sont beaucoup plus près du diable qu’ils ne se l’imaginent ; de ce fait, ils sont plus vulnérables à ses insidieuses suggestions. Baudelaire n’a-t-il pas dit : « La plus belle astuce du Diable est de nous persuader qu’il n’existe pas. » Selon la parole imagée du P. Sertillanges, « le Diable contamine tout par sa néfaste influence, il se répand comme un gaz délétère qu’on absorbe sans le sentir ». Et voici un tableau dressé par G. P. Siena qui donne à réfléchir et qui doit retenir notre attention :
Le Diable sait qui il doit enflammer de cupidité, à qui il doit instiller le venin de la jalousie, qui il doit allécher par la gourmandise, qui il doit exciter par la luxure. Il sait qui peut être troublé par la tristesse ; qui peut être séduit par la joie, qui peut être gagné par le merveilleux. Il étudie les inclinations et les affections de chacun, découvre les soucis et trouve le moyen de nuire là où l’homme est le plus faible.
Saint Augustin écrit : « Dans la nourriture, il a caché l’hameçon de la gourmandise ; dans le travail, la paresse ; dans la correction, l’élan de la colère ; dans le commandement, l’orgueil. Il éveille dans l’âme les mauvaises pensées, il place sur les lèvres de mauvaises paroles, il pousse les membres aux actions iniques. Si nous sommes éveillés, il nous pousse au mal ; si nous dormons, il infeste notre sommeil de rêves honteux... En somme, tous les maux qui se commettent dans le monde dérivent de sa malignité. »
« Le Père Pio n’est pas de ceux qui sourient du Diable comme les esprits forts. Il est même celui qui sourit de leur sourire, avec une profonde pitié et une grande commisération. En effet, le Seigneur lui a permis de voir les “diables” de ses propres yeux, même de les subir. » Nous avons déjà signalé les luttes avec le Diable qu’eut à soutenir le P. Pio. Voici une description d’une de ces attaques décrite par le Père Ferdinand : « Surpris par un bruit qui venait de la cellule du Père Pio, il fit irruption dans la cellule. Il trouva le Père Pio méconnaissable, les cheveux et la barbe en désordre, haletant, livide et tremblant de peur. La couchette était défaite et sur le plancher gisait une chaise renversée et un balai cassé en deux. Le Père Pio avait eu un violent combat avec un démon. »
Encore à l’heure actuelle, les diables suivent à la piste le pieux Capucin. À San Giovanni Rotondo, dans le bourg de Sainte-Marie-des-Grâces qui se construit autour du Couvent pour abriter les étrangers désirant vivre dans l’ambiance directe du Padre, il y a là, d’après les propres déclarations du Père, « tout l’état-major des diables ». Et ces diables s’accordent à qui mieux mieux pour molester les fidèles ; à tel point même que certains songent à abandonner la place. Mais le P. Pio de les reprendre : « Veux-tu céder la place au diable ? »
L’homme, ayant été créé libre, doit mériter sa récompense par ses efforts constants vers le Bien, mais pour cela il faut qu’il fasse appel à son Ange gardien, qui n’a pas le droit d’intervenir si on ne l’en prie pas. Et voilà pourquoi Padre Pio ne se lasse pas de répéter que « l’homme qui prie est invulnérable. Le Diable ne peut lui nuire en rien, car son bon Ange se place à côté de lui et le défend. » Ce n’est pas pour rien que le Christ a dit : « Veillez et priez ! » En fait, l’homme qui ne prie pas est un faible, prédisposé à toutes les chutes, il est désarmé contre les embûches du Malin, qui profite immédiatement de n’importe quelle négligence. Il s’interpose alors entre l’Ange gardien et le pécheur.
La nécessité d’appeler notre Ange gardien par la prière est d’autant plus indiquée que chaque Ange est porteur d’une réserve personnelle de grâces qui nous sont directement utiles. Voilà pourquoi le Padre Pio exhorte constamment ses fils et filles à se recommander chaque jour et durant toute la journée à leur Ange gardien.
XV. L’Amour de l’Ange.
Une question se pose : « L’Ange de Dieu, notre Ange gardien, reste-t-il toujours avec nous ? »
Saint Basile prétend que lorsque l’homme persiste dans le péché, son Ange gardien se lasse et s’en va. Cependant il n’est pas suivi par les autres Pères de l’Église dans cette opinion ; et G. P. Siena résumera la croyance la plus constante : « L’homme seul ne peut rien, qu’il veuille s’affranchir du mal ou accomplir le bien ; dans un cas comme dans l’autre, il a besoin de quelqu’un pour le soutenir : l’Ange de Dieu.
« Une autre raison de croire à la constante sollicitude angélique nous est fournie par le devoir, confié à l’Ange gardien, de surveiller notre conduite. Il note chaque action, chaque parole, chaque pensée, la façon dont nous accomplissons nos devoirs, les propos qui nous viennent aux lèvres, les vues de notre imagination, les mouvements fugaces de notre cœur, louables ou blâmables... L’Ange préside au destin, suivant les hauts et les bas de notre conduite, ou, ce qui revient au même, suivant l’usage que nous faisons de notre liberté...
« Si l’on considère l’Ange sous ce nouveau et double aspect de témoin et d’exécuteur de la justice divine, il est évident qu’il doit nécessairement rester toujours près de l’homme qu’il garde. ... Il est toujours prêt en toute occasion à nous détourner des chemins du mal, à nous éviter une rencontre déplaisante, à nous prévenir contre tout danger, tant pour notre âme que pour notre corps. Et quand il nous voit dans l’inquiétude, la peine, ou victime d’une malchance, il est toujours prompt à nous consoler, à répandre dans notre cœur sa joie et sa paix. Il nous exhorte à la confiance en le Seigneur miséricordieux et bon, en la tendresse maternelle de la Vierge. »
Ce n’est pas pour rien que l’oraison finale de Complies fait appel à l’assistance tutélaire des Anges :
« Visite cette demeure, ô Seigneur, et chasse toutes les embûches du Malin ; que tes Anges habitent en elle et la gardent en paix ! »
Dès le début de notre vie jusqu’à son déclin, nous avons toujours un Ange avec nous pour compagnon fidèle et inséparable, même si nous le repoussons. C’est dans cet esprit que le P. Pio a donné cette assurance que nous avons déjà citée, mais qu’il est bon d’avoir toujours présente à l’esprit :
« Souvenez-vous que Dieu est en nous quand nous sommes en état de grâce, et hors de nous quand nous sommes en état de péché ; mais son Ange ne nous abandonne jamais... Il est notre Ami le plus sincère et le plus sûr, même quand nous avons le tort de l’attrister par notre mauvaise conduite. »
Et G. P. Siena de nous faire cette confidence, après avoir reçu du P. Pio le conseil ci-dessous :
Ces paroles frappantes du Père me furent dites un après-midi, au sortir du confessionnal, à une époque où le cher Ange de Dieu commençait à être l’objet constant de mes pensées, à cause de certains faits vécus. Et le Père ajoutait : « Si nous pouvions imaginer l’amertume de l’Ange quand il nous voit à la merci de son ennemi ! » Il s’était mis à parler de l’Ange de Dieu sans que je lui en eusse fourni l’occasion, comme pour approuver le projet que je caressais en secret : écrire un livre dont le héros serait notre Ami Céleste. Tandis qu’il parlait, le Père avait une expression tendre et triste à la fois, et sa voix tremblait presque. J’en demeurai stupéfait et je compris, non sans émotion, l’exquise délicatesse, la profonde humilité, la bonté et le grand amour que nous porte l’Ange qui nous aime comme seul sait aimer une créature céleste.
En conclusion : Qui prend le plus grand soin de nous ? C’est, sans contredit, notre Ange gardien !
XVI. Les Motifs de sa Joie.
À chaque naissance, un Ange descend auprès de l’enfant qui vient au monde ; il apporte avec lui un fragment de Paradis, une étincelle de la Lumière céleste. Au bénéfice de cette révélation, on comprendra maintenant pourquoi il est dit que les familles nombreuses sont bénies et cela en raison directe du nombre des Anges gardiens qui y ont élu domicile.
L’Ange gardien se réjouit notamment au moment du baptême du nouveau-né et G. P. Siena d’en donner une description d’après la vision de certaines mystiques : « Nous verrions l’Ange, qui a précédé joyeusement le petit cortège se dirigeant vers la paroisse, participer au rite du baptême avec une grande attention et un profond respect ; puis, à l’instant capital où le prêtre verse l’eau du salut sur la tête du bébé, nous le verrions devenir subitement deux fois plus lumineux et nous entendrions éclater son cri de joie. »
Saint Cyrille et saint Grégoire de Naziance déclarent que lorsqu’un homme, grâce au baptême, prend place parmi les héritiers du Paradis, les Saints Anges se réjouissent. Mais ce n’est pas seulement le sacrement du Baptême qui fait vibrer le cœur de l’Ange. Il en va de même lors de la Première Communion et de tous les autres sacrements, y compris les actes méritoires et charitables du sujet. Et c’est surtout dans l’Oraison que nous causons de la joie à notre Ange gardien qui peut alors nous aider plus efficacement. Origène enseignait dans son traité sur la Prière que le prêtre n’est pas seul à prier avec les fidèles, mais qu’il y a aussi les Anges du ciel qui s’en réjouissent.
Et de fait, les Écritures ne rapportent-elles pas cette affirmation de Jésus : « Je vous le déclare, il y a de la joie devant les Anges de Dieu, pour un seul pécheur qui se repent. » (Luc XV, 10.)
XVII. Maître de Sainteté.
Le but suprême de la garde angélique est de surveiller et d’accompagner l’âme dans sa vie spirituelle, de l’aider à marcher dans la voie de la sainteté et de la pousser à s’améliorer et à se perfectionner de jour en jour.
Sainte Marguerite de Cortone, qui avait de fréquents entretiens avec son Ange, lui demanda un jour quels étaient les parfaits amis de Dieu. L’Ange répondit par ces règles de sanctification :
« Sont parfaits amis de Dieu ceux dont le cœur est entièrement détaché des choses créées et qui, unis à Dieu seul, aspirent à Lui de tout l’élan de leur cœur. »
Et comme la sainte demandait quelles étaient les vertus qui leur étaient propres, l’Ange répondit :
« La première est une profonde humilité, en imitation et par amour de Celui qui s’est humilié jusqu’à la croix. La seconde est une parfaite charité. »
Sainte Marguerite-Marie Alacoque avouait ceci : « Mon réconfort, c’est la présence fréquente de mon fidèle Ange gardien, qui me reprend et me corrige. »
Un parfait exemple du fructueux ministère de l’Ange gardien chez une personne qui se met entièrement sous sa direction nous est donné par sainte Gemma Galgani. G. P. Siena en brosse un bon tableau :
La présence continuelle de l’Ange gardien à ses côtés fut pour Gemma une école qui la haussa rapidement jusqu’aux cimes les plus élevées de l’héroïsme et de la charité. Pendant les méditations dont elle était coutumière, son Ange lui accordait de très hautes illuminations et donnait de fortes impulsions à son cœur afin qu’elle pratiquât ce saint exercice. Voici l’une des si nombreuses leçons que lui donna son Ange : « Rappelle-toi, ma fille, que celui qui aime Jésus parle peu et supporte beaucoup. Je t’ordonne de la part de Jésus de ne jamais donner ton avis s’il ne t’est pas demandé et de ne jamais défendre ton opinion, mais de céder tout de suite... Enfin, n’oublie pas de mettre une garde à tes yeux et pense que l’œil mortifié verra les beautés du Ciel. » Et son directeur, le Père Germain de dire : « Son Ange fut simultanément un Gardien attentif et un excellent maître de perfection chrétienne. Toute occasion lui était bonne pour l’admonester, l’instruire et la diriger par des enseignements pleins de sagesse. »
De fait, l’Ange gardien se révèle, pour les fidèles qui veulent bien écouter et suivre ses conseils, comme le meilleur maître pour les diriger dans les trois voies de perfection dont parlent les mystiques : voie purgative, voie illuminative et voie unitive. C’est dans cette dernière voie qu’a lieu le mariage mystique, autrement dit l’apparition des stigmates visibles ou invisibles. Ces blessures d’Amour sont faites par des Anges appartenant aux Chœurs supérieurs, aux Séraphins, comme ce fut le cas pour saint François et pour le Père Pio.
Quant aux stigmates invisibles, nous en avons un exemple typique dans le cas de sainte Thérèse d’Avila, dont le cœur fut « transverbéré » par la lance d’un Séraphin ; au demeurant, voici comment elle décrit le phénomène : « Je voyais à la main du Séraphin un long dard en or qui semblait porter le feu à son extrémité qui, elle, était en fer. Il me sembla qu’il enfonçait plusieurs fois ce dard dans mon cœur, me blessant jusqu’au tréfonds. Quand il le retirait, j’avais l’impression qu’il m’arrachait les entrailles, me laissant tout ardente d’un grand amour de Dieu. » (Autobiographie, chap. XXIX, 13.)
XVIII. Les Anges solidaires des Élus dans le Service de Dieu.
Pourquoi ce chapitre spécial ayant trait à une mission déterminée des Anges ? Pour suivre et démontrer la vérité et l’actualité de la parole de saint Jean qui, dans l’Apocalypse, appelle les Saints Anges les compagnons des prophètes dans le service de Dieu. On se rappelle les déclarations du Père Lamy affirmant que, lorsqu’il était exténué par sa tâche de confesseur pendant la guerre, il n’avait qu’à faire appel à l’assistance des Anges qui le secondaient dans sa tâche et qui lui enlevaient la sensation de fatigue, en lui donnant une force nouvelle. Il lui suffisait souvent de dire : « Mon Dieu, que je suis fatigué ! » pour être immédiatement transporté à son but de façon inexplicable.
Pour leur permettre d’agir efficacement sur les hommes, quel est le parler des Anges ? Les mystiques s’accordent à reconnaître que les Anges parlent de trois façons : 1) par locutions auditives, 2) par locutions imaginatives et 3) par locutions intellectuelles. Dans le premier cas, la voix de l’Ange est entendue directement par l’ouïe ; dans le second cas, il s’agit de visions suscitées dans l’imagination et, dans le troisième, ce sont des idées imprimées dans l’esprit. Les voix de Jeanne d’Arc sont à classer dans la première catégorie. Les locutions sont à la base du don de discernement des esprits.
XIX. Le Discernement des Esprits.
Il s’agit là d’un chapitre très important de l’angéologie et l’auteur y consacre plus d’une dizaine de pages. Le discernement des esprits est en effet un don gratuit accordé à la plupart des mystiques et il est d’autant plus actif que ces mystiques sont en plus grande intimité avec les Anges, car tous s’accordent à dire que ce sont les Anges qui leur révèlent les faits et gestes, et même les pensées, du consultant et, naturellement, le meilleur informateur, c’est l’Ange gardien de la personne en cause.
Ainsi, sainte Marie-Madeleine de Pazzi lisait dans l’esprit de ses novices et leur révélait leurs mauvais penchants ; sainte Catherine de Sienne possédait ce don de discernement au point qu’elle connaissait les secrets du cœur de son confesseur mieux que lui-même et que parfois elle l’apostrophait : « Pourquoi vouloir me cacher une chose que je vois plus clairement que vous-même ? » Ce fut également le cas de saint Joseph de Copertino qui était renseigné immédiatement sur l’état mental de ceux qui l’approchaient ou qu’il croisait en rue ; et il ne manquait pas de les reprendre et de leur dire : « Va te laver le visage. » Expression que nous retrouvons chez le Padre Pio. Don Bosco était immédiatement renseigné sur les faits et gestes de ses petits et grands élèves, qui ne pouvaient commettre une faute sans que leur Père spirituel en fût informé. Quant au Padre Pio, voici ce qu’en dit G. P. Siena :
Des faits de ce genre (discernement des esprits) se produisent avec une fréquence presque quotidienne à San Giovanni Rotondo, dans le secret du confessionnal, à la sacristie, dans les escaliers et les couloirs du Couvent, partout où les pèlerins peuvent approcher le Père Pio et échanger deux mots avec lui.
De nombreux journalistes en firent l’expérience à leurs dépens ; Angioletti écrivait dans La Stampa de Turin (9 août 1950) : « Les hommes ne lui font pas peur, car une stupéfiante capacité de pénétration le met en mesure d’évaluer sur-le-champ leurs vertus et leurs faiblesses. » Artieri, rédacteur au journal romain Il Tempo, confesse qu’il fut sévèrement apostrophé par le P. Pio ; il fut traité de « catholique chancelant et non pratiquant, très mauvais chrétien, au cœur éternellement en lutte avec l’intelligence ».
Un autre journaliste, Attilio Crepas, s’entendit dire : « Pourquoi pensez-vous à votre bureau et à vos feuilles de papier ? Vous avez tort de faire du bruit autour d’un prêtre qui prie. » Et cependant le journaliste n’avait prononcé aucune parole.
Voici à ce sujet une petite histoire qui ne manque pas de piquant, nous la donnons telle que G. P. Siena la relate :
Très savoureuse est cette anecdote dont un paysan de Bénévent fut le protagoniste. Celui-ci, un soir, pris d’une violente rage de dents, saisit une chaussure et la lança contre la photographie du Père Pio qui était au chevet de son lit. Pourquoi ? Parce que le Père Pio restait sourd à l’insistance de ses invocations désespérées. Quelques mois après, le paysan était à San Giovanni. Il ne pensait plus à ce geste inconsidéré. Une fois au confessionnal, il allait dire ses premières fautes quand le Père, d’une voix dure et les yeux brillants, l’apostropha : « Et tu as cette audace, après m’avoir envoyé ce soulier qui est arrivé jusque dans ma cellule ! »
Ce qui surprend ici, c’est de voir le Père révéler un secret que le paysan avait déjà oublié depuis longtemps.
Un prêtre de Lille, l’abbé Benoît, avant son départ de San Giovanni, priait le P. Pio de bien vouloir contresigner pour lui une image pieuse qu’il emportait. Au lieu de signer le papier qu’on lui tendait, le Padre Pio demanda à l’abbé son bréviaire. Après avoir cherché une page blanche, le Padre y inscrivit quelques mots. Quelle ne fut pas la stupéfaction de l’abbé en trouvant dans l’écrit du P. Pio une réponse à un problème spirituel épineux qui, depuis des années, le tourmentait. Et, fait qui surprit doublement l’abbé Benoît, il n’avait plus pensé à son problème depuis qu’il était arrivé à San Giovanni. Et G. P. Siena de noter :
Le cœur humain n’a pas de secret pour le Père Pio. C’est pourquoi tous, grands et petits, sont si intimidés en sa présence. C’est pourquoi je me sens, moi aussi, toujours pris d’une sorte d’invincible tremblement quand je le rencontre et où que ce soit. Voilà dix ans que je le vois régulièrement presque tous les jours et je n’arrive pas encore à rester devant lui parfaitement tranquille et désinvolte.
Souvent, pendant la confession, le Père Pio aide à... retirer les marrons du feu, comme on dit ; il énumère lui-même les péchés du pénitent et va jusqu’à donner les circonstances exactes dans lesquelles ils ont été commis. Et si le pénitent a oublié une faute, il n’est pas rare que le Père la lui rappelle. D’autres fois, il diagnostiquera des maux physiques et suggérera le remède opportun mieux que n’importe quel spécialiste.
G. P. Siena a fait lui-même, à ses dépens, l’expérience de ce pouvoir de discernement des esprits et des pensées. Souvent le Père l’a traité durement pour lui « apprendre à encaisser » selon son expression imagée.
Ces facultés extraordinaires de discernement, les mystiques s’accordent à reconnaître qu’ils les doivent à l’action médiatrice des Anges. C’est par les voix ou locutions des saints Anges que les hommes de Dieu peuvent révéler les secrets du cœur humain.
Souvent le Curé d’Ars disait à un pénitent ou à une pénitente : « Ce péché, c’est votre Ange gardien qui me l’a révélé. » Thérèse Neumann, de son propre aveu, reconnaît que les renseignements qu’elle a sur les pensées intimes des gens qui viennent à son contact lui sont fournis le plus souvent par les locutions de son Ange gardien, qu’elle entend parler tout à côté d’elle.
Un cas bien typique de discernement du P. Pio est le suivant : Une fidèle qui voulait envoyer au Padre des vœux pour son anniversaire s’y prit trop tard, la lettre ne put arriver à temps. Cependant son ange, devançant l’envoi, avait averti le Père Pio du contenu de la missive et le Père répondit avant d’avoir reçu le message. Dans un autre cas assez semblable, on avait envoyé une lettre au Père pour lui demander un conseil urgent, mais l’enveloppe ne contenait qu’une feuille blanche, ce qui n’empêcha pas le Padre de répondre à la question qui devait être posée ; l’Ange gardien de la personne s’était chargé de transmettre le message au Père Pio. C’est pourquoi souvent le Padre disait à ses fidèles qu’ils n’avaient pas besoin de venir en personne présenter leurs requêtes, mais qu’ils n’avaient qu’à charger leur Ange gardien de transmettre directement leur demande.
Étant donné ces faits indubitables, observés et vécus par un grand nombre de personnes, G. P. Siena tient à bien souligner l’importance doctrinale et expérimentale d’un si grand nombre d’observations. Il dit :
C’est là un fait de révélation véritable et authentique qu’une fois de plus messieurs les rationalistes ne peuvent expliquer – qu’ils le reconnaissent au moins – et qui fait craquer les structures doctrinales de tous ceux qui nient Dieu, l’immortalité de l’âme et les entités spirituelles amies et alliées des hommes. C’est encore un fait qui ne peut s’expliquer que grâce à la lumière divine transmise aux Anges, et que ceux-ci, à leur tour, transmettent aux enfants de Dieu.
XX. Il est très obéissant.
Dès l’âge de vingt ans, on voit le futur Père Pio mettre l’accent sur l’action continuelle de l’Ange gardien qui, non seulement, est très fidèle, mais très obéissant. Il se charge avec grande diligence des messages qu’on lui confie. Jamais, nous l’avons déjà signalé, le P. Pio ne fermait la porte de son logis, car, disait-il, « mon Ange gardien garde la maison ». Il ne fait aucun doute que le P. Pio soit en rapports constants avec les Saints Anges qui coopèrent avec lui. C’est pourquoi, à tous ses fidèles, le Padre recommande toujours de tenir compte de la présence continuelle de l’Ange gardien qui ne demande qu’à obéir ; à tous il dit et répète : « Invoque souvent ton Ange gardien ! » Un étranger demandait un jour au Père si vraiment son Ange à lui pouvait servir d’intermédiaire, de messager bénévole et obéissant ? Il reçut cette simple réponse : « Oui, pourvu que tu me l’envoies. »
À une personne qui avait demandé au Père des directives pour la conduite de la vie, il répondit : « Que ceci te guide : sois toujours en présence de Dieu ; travaille et agis en sa présence. Souviens-toi de ton Ange gardien, toujours si proche de toi, que tu sois ou non en état de grâce ; quel plus grand ami peux-tu avoir que ton Ange gardien ?
« Demande-lui de t’aider à te maintenir dans la charité, l’humilité et la patience. »
« Quand tu en auras besoin, envoie-moi ton Ange gardien », dit le Père à Mme Banetti, de Turin.
Conseil donné à Mlle Sturla, de Gênes : « Prie ton Ange gardien et envoie-le-moi toujours en cas de besoin. »
L’Ange est très obéissant et plein de sollicitude, enseigne le Padre au Dr Zernar di Motta. À une personne pas encore très convaincue qui demandait au Père si vraiment il entendait ce qu’elle chargeait son Ange gardien de lui communiquer, il s’exclama : « Hé quoi ! Me crois-tu sourd ? » À une autre qui lui posait la même question dubitative, il répondit : « Est-ce que tu crois que ton Ange gardien est aussi désobéissant que toi ? » Et le Père répéta avec une surprenante exactitude le message confié à l’Ange gardien par cette personne.
Un dernier fait est rapporté par G. P. Siena. L’auteur estime ce fait si extraordinaire qu’il « ne permet plus aucun doute sur l’obéissance des Saints Anges, venant accomplir leur action de médiateurs entre le Père Pio et ses fils ou filles spirituels ». Il s’agit du cas de Mme Banetti, habitant à la campagne, à quelques kilomètres de Turin. C’était en 1945, les hostilités venaient de finir. Le 20 septembre au matin, jour anniversaire de la stigmatisation du Père Pio, elle voulut, selon l’habitude de tous ses enfants spirituels, envoyer des vœux par télégramme à San Giovanni. Mais elle ne put trouver personne pour porter le télégramme en ville. Tout à coup, elle se rappela la recommandation que le Père Pio lui avait faite lors de sa dernière visite au Couvent : « Quand tu en auras besoin, envoie-moi ton Ange gardien. » Elle se recueillit alors et adressa une fervente prière à son Ange gardien : « Mon saint Ange, fais parvenir toi-même mes souhaits au Père, puisqu’il n’y a pas d’autre moyen de les lui envoyer. » Et l’Ange partit, plus prompt que l’éclair. La preuve ? Quelques jours plus tard, cette dame reçut une lettre d’une amie de San Giovanni. Il y était dit expressément : « Le Père vous remercie pour les vœux spirituels que vous lui avez envoyés. »
« Les Anges gardiens sont très obéissants » ne se lassera pas de proclamer le Père Pio, mais il y mettra ce correctif : « à condition qu’on ne les envoie pas dire des stupidités. »
XXI. Tu as dormi.
Il s’agit dans ce chapitre d’illustrer l’immense sollicitude de l’Ange gardien et de montrer l’excellence du conseil donné par le Père Pio : « Confie-toi à ton Ange gardien. »
Voici un cas de protection des plus extraordinaires : l’avocat de Sanctis avait une dévotion toute particulière pour son Ange gardien ; s’étant endormi au volant de sa voiture, le véhicule parcourut plus de quinze kilomètres en évitant tous les obstacles, grâce à la protection de son Ange qui maniait le volant. Ainsi une terrible catastrophe fut évitée. Deux mois plus tard, se trouvant à San Giovanni auprès du Père Pio, l’avocat fut confirmé dans la certitude qu’il avait été miraculeusement protégé par son Ange gardien. Ayant demandé une explication au Père sur l’évènement, l’avocat obtint cette réponse : « Tu as dormi et ton Ange gardien conduisait la voiture pendant ce temps. – Parlez-vous sérieusement, Père ? C’est vrai ce que vous dites ? » Et le P. Pio de répondre : « Ton Ange te protège. » Puis, posant la main sur l’épaule de son interlocuteur, il ajouta : « Oui, tu as dormi et ton Ange gardien conduisait la voiture pendant ce temps. » G. P. Siena fait suivre ce récit extraordinaire, illustrant le merveilleux pouvoir de protection de l’Ange gardien par les remarques suivantes, parfaitement justifiées :
Autrefois, lorsqu’on voulait prouver la vérité d’une sentence, on avait recours à l’autorité du personnage qui l’avait prononcée. On disait : « Ipse dixit » ; il l’a dit, et on ne discutait plus. Aujourd’hui un témoignage de cet ordre paraît gratuit et l’on est tenté de se demander, à propos de ce récit : « Devons-nous croire que l’Ange a conduit la voiture simplement parce que le Père Pio l’a dit ? » Nous répondons : oui.
Si nous réfléchissons un peu sur ce qu’est le Père Pio, si nous le connaissons un peu, si, à l’exemple de saint Thomas, il nous a été permis de toucher pour croire, aucun doute n’est plus permis et c’est le cas de dire : Ipse dixit, il l’a dit.
XXII. Les anges et les phénomènes mystiques chez le Père Pio.
Le Père Pio a indubitablement le don de prophétie et il est en rapport avec le ministère des anges qui le renseignent. G. P. Siena en eut une preuve directe : il avait conçu un projet qui ne lui paraissait porter en lui-même ni complication ni danger. Lorsqu’il exposa son idée au Père, celui-ci lui dit seulement : « Qui est-ce qui t’a donné cette idée ? Attention ! Attention ! » Et pas un mot de plus, au grand ahurissement de son interlocuteur, qui cependant reconnaît l’exactitude de la prémonition du Padre : « Eh bien, le Père n’avait pas eu tort de s’y opposer, car, quelques mois plus tard, les circonstances évoluèrent de telle façon que si j’avais réalisé mon dessein, je me serais trouvé en face de conséquences désastreuses. »
Au début de 1948, s’élevait en Italie la grande vague du communisme qui semblait devoir tout submerger. Le Vatican était inquiet. Comment allaient se dérouler les élections ? L’Italie allait-elle être la proie d’une nouvelle dictature ? S. S. Pie XII demanda, par un homme de confiance, l’avis du Padre Pio. Le Père fut des plus affirmatifs : « Dites au Saint Père que la victoire sera pour nous et qu’elle sera éclatante. » On le sait, les faits lui donnèrent raison.
Le P. Pio cumule à son actif quantité de prévisions et de prédictions de toute nature : Retour de soldats du front ou de captivité, décès de telle ou telle personne, sexe des enfants à naître. En voici quelques exemples : Une dame de Venise était venue à San Giovanni pour voir le Padre. Une de ses amies avait chargé la pénitente de poser une question au P. Pio : « Quel nom devait-elle donner au garçon qu’elle allait mettre au monde dans deux mois ? » Après un instant de recueillement, comme s’il écoutait un renseignement venu de l’Au-Delà, le Padre répondit : « Un petit garçon ! Un petit garçon ! C’est une petite fille. » Et il ajouta : « Telle est la volonté de Dieu. »
Encore un fait des plus typiques : Un jour arrive un pèlerin du nord de l’Italie ; il se jette aux pieds du Père Pio et, la voix brisée de sanglots, il le supplie d’intervenir pour un parent qui était à fin de vie, condamné par les médecins. Le Père le regarde avec compassion, mais ne dit rien ; quand cet homme fut parti, le professeur Merla ne put cacher sa stupeur : « Père ! Même pas un mot de réconfort à ce pauvre homme ! – Tu ne sais pas, murmura le Père à l’oreille du professeur, tu ne sais pas comme je me suis senti le cœur déchiré en le voyant. » Et après un instant de silence, le Père reprit : « Il va vraiment mal. » Puis, secouant la tête, il murmura : « Il est mort. »
Un autre cas similaire relaté par G. P. Siena est exposé comme suit :
Un après-midi, je me trouvais à la sacristie, où j’attendais mon tour... Tout d’un coup le Père se leva du confessionnal et, la tête baissée, l’air à la fois soucieux et perplexe, il se dirigea rapidement vers l’une des petites portes de la sacristie donnant sur l’église. Il l’ouvrit et s’arrêta : il y avait devant le maître autel deux femmes qui priaient avec ferveur. Le Père les appela d’un geste : « Retournez chez vous le plus vite possible, et ayez confiance dans le Seigneur », dit-il, les mains et les yeux au ciel, « afin que vous n’arriviez pas trop tard pour le revoir ». Étonnement de ces femmes qui venaient d’arriver au Couvent et qui n’avaient encore parlé de leur requête à personne.
Dans ces cas, le Père Pio l’a confirmé à G. P. Siena, les Anges jouent un rôle effectif. Un jour qu’une de ses pénitentes lui demandait quel était le sort d’une personne décédée, le Père répondit seulement : « L’Ange n’est pas encore revenu. »
Quant aux parfums qui émanent du Père Pio et que perçoivent à de longues distances les fidèles, ils pourraient bien être un artifice des Anges au service du Padre, mais celui-ci n’en a jamais parlé à l’auteur.
Le parfum se fait sentir par vagues, comme s’il était soufflé ; voici ce qu’en dit G. P. Siena :
Les fidèles lui attribuent des sens différents. Certains affirment ou croient deviner que l’odeur du pain frais, par exemple, est une invite du Père à la Sainte Communion (cette interprétation mérite considération et je serais assez disposé à l’accueillir) ; que l’acide phénique est un appel à la mortification ou à la pénitence, et que toutes les odeurs agréables, sans distinction, veulent simplement indiquer la présence spirituelle du Père, un encouragement à la Foi, ou l’accueil favorable d’une requête. J’ai moi-même senti ces odeurs des centaines de fois, coïncidant toujours avec les moments les plus difficiles de ma vie. Les parfums agréables précèdent ou annoncent une grâce.
Quant au phénomène d’ubiquité, de dédoublement, il est généralement admis qu’il s’agit d’une intervention angélique. Le Cardinal Lépicier, par exemple, dit que, dans ces cas, un Ange est envoyé par Dieu. Le messager du Ciel prend les traits et l’apparence de celui qu’il doit représenter. Thérèse Neumann a déclaré nettement que ses dédoublements sont le fait de son Ange gardien, alors qu’elle demeure en son corps.
À ce sujet, le Père Pio a dit une fois à un Capucin qui faisait des réserves sur le processus de l’ubiquité : « On ne sait pas si c’est le corps ou l’esprit qui se déplace, mais on sait où l’on va et ce qu’on fait. »
Enfin dans une lettre du Père Pio, datée du 10 décembre 1914, nous lisons :
« Il y a quelques jours le Seigneur m’a accordé de rendre visite à Giovina ; par mon intermédiaire, le bon Jésus a répandu beaucoup de grâces sur elle... Je vous prie de ne rien faire savoir à Giovina sur ma visite » (il est bon de cacher le secret du roi). »
Une dernière anecdote sur la faculté d’ubiquité du Père Pio :
Il y a quelques années, à Bologne, un jeune garçon rencontre un inconnu barbu et vêtu d’un complet gris. Le jeune homme venait de sortir d’une librairie où il avait acquis à peu de frais des livres religieux de vieux tirage. L’inconnu s’approche de lui et lui demande avec un sourire très familier les volumes qu’il avait à la main. Le jeune homme les lui tend. L’inconnu regarde les titres, les feuillette pour voir ce qu’ils valent, et dit en les lui rendant : « Avec très peu d’argent, tu as acquis beaucoup de lumière », puis il s’en alla.
Quelque temps après, le jeune Béni Roversi se rendit avec sa mère à San Giovanni et reconnut à sa grande stupéfaction le P. Pio comme étant l’inconnu qui l’avait abordé à Bologne. Alors il s’écria : « Père, c’était vous ? – Oui, c’était moi », lui fut-il répondu. Il répéta deux fois sa question et obtint toujours la même réponse. Comme il subsistait un certain doute dans l’esprit de Roversi, sept ans plus tard, il apporta les fameux livres qu’il gardait précieusement. Il demanda au Père : « Vous les reconnaissez ? » Et le Père : « Avant, ils me plaisaient davantage. Avec leurs vieilles couvertures, ils avaient une autre saveur... » Et de fait, les couvertures originales avaient été remplacées par de nouvelles en cuir avec des titres d’or.
En conclusion de ce chapitre traitant des Anges chez le Père Pio, G. P. Silena dira :
Bref, en ce qui concerne le Père Pio, le rôle prépondérant que jouent les purs esprits dans sa mission terrestre est amplement démontré. C’est de notoriété publique, on n’en fait plus mystère. Et dans l’innombrable famille spirituelle du Père, personne n’ignore que l’Ange est obéissant, parfaitement obéissant. Voilà pourquoi ses enfants ne se plaignent pas trop des mers et des continents qui les séparent matériellement de leur Père. Ils disposent d’un expédient très simple, commode et infaillible : leur Ange est encore le moyen de communication le plus perfectionné. Lorsqu’on en a besoin, un élan de foi suffit pour franchir toutes les barrières spatiales.
Et à ce sujet, G. P. Siena donne un exemple entre mille :
Le célèbre acteur italien Carlo Campanini lui aussi me racontait qu’il avait envoyé un Ange de Milan à San Giovanni, en de très pénibles circonstances. Le Père Pio, déclara l’acteur, lui est apparu en rêve le soir du même jour où il avait envoyé son Ange, et lui a donné cette réponse inattendue qui s’appliquait exactement à son cas : « Mais tu ne veux donc pas comprendre qu’il est nécessaire que tu souffres et que, si je t’enlève toute souffrance, je t’enlève aussi tout mérite ? »
À retenir, l’identité d’enseignement du Père Pio avec celui de Maître Philippe, de Lyon, qui disait : « On est au bout de ses peines quand on est heureux de ses peines. »
XXIII. Jusqu’à l’Éternité.
Une dernière fonction très importante de l’Ange gardien est celle de faciliter la désincarnation de l’âme, à lui confiée, et de la conduire au lieu qui lui est destiné : Paradis ou Purgatoire. Surtout les Anges protègent l’âme qui se désincarne contre l’attaque des démons. Plus que jamais l’âme qui se trouve de l’Autre Côté a besoin d’un guide sûr, pouvant la conduire avec fermeté et en connaissance de cause dans le nouveau chemin qu’elle doit parcourir. L’Ange gardien en facilitant le passage de vie à trépas rend la mort plus douce ; les « affres de la mort » cèdent la place à une certaine euphorie ; à cet instant le moribond voit souvent son gardien à côté de lui qui lui tend la main. De nombreux prêtres ont été appelés au chevet de mourants par un inconnu qui, après les avoir escortés jusqu’au domicile mortuaire, disparaissait aussi merveilleusement qu’il était venu. Dans ces cas, il s’agit certainement d’une matérialisation temporaire de l’Ange gardien du moribond.
Et l’auteur de terminer son chapitre par ces mots : « L’Ange reste le compagnon inséparable de l’âme après même qu’il l’a conduite au Ciel, achevant ainsi sa mission de gardien terrestre et de consolateur au Purgatoire.
« Heureux qui aura tenu compte de cette promesse du Seigneur :
« Voici que j’enverrai mon Ange pour qu’il aille au-devant de toi, qu’il te protège en voyage et qu’il t’introduise dans le Royaume que je t’ai préparé. Honore-le, écoute sa parole, car en lui est mon nom. »
XXIV. « Quis ut Deus ? »
Quis ut Deus ? Qui est comme Dieu ? On se rappelle que c’est le cri de ralliement de l’Archange saint Michel, rassemblant les légions d’Anges fidèles pour combattre Lucifer et ses cohortes de démons. Et de fait, il est toujours à la brèche avec les bons Anges qui sont présents où la prière de la Foi les appelle. À ce sujet, le Père Pio aimait raconter à ses fils une histoire relatée dans les chroniques du Couvent de San Giovanni Rotondo par le Capucin Bernardini Latiano. Et le Padre exposait l’évènement d’une voix chaque fois émue :
Cette année-là, la neige tomba avec une telle abondance que les portes de l’église et du couvent étaient bloquées ; le frère quêteur ne pouvait donc absolument pas pourvoir aux besoins des religieux.
On était déjà venu à bout du pain et des légumes et, comme il n’y avait aucun espoir d’aide humaine, on eut recours au Seigneur ; vers le soir apparurent quatre jeunes gens de bonne mine, l’un portait du pain, l’autre du vin, le troisième et le quatrième différentes sortes de mets.
Personne au couvent ne les connaissait, si bien que le portier leur demanda qui on devait remercier de cette aumône. Mais ils répondirent : « Rendez grâce au Seigneur qui n’abandonne pas, dans le besoin, ses fidèles serviteurs. » Sur ces paroles, ils partirent immédiatement.
Dans son livre, Père Pio – Premier prêtre stigmatisé, Parente complète ce récit en disant que le narrateur était convaincu que ces quatre jeunes gens n’étaient autres que des anges envoyés pour secourir les moines à court de vivres. Parente dit en effet : « Quand la tempête cessa et qu’il redevint possible de descendre en ville, les religieux s’efforcèrent de découvrir l’identité de leurs bienfaiteurs, en vain. Comme la neige ne révélait aucune trace de pas, tous furent convaincus que quatre anges sous forme humaine étaient venus à leur secours.
Dans le même ouvrage, Parente raconte un fait digne d’attention ; une dame Vairo, convertie par le Père Pio, de mondaine qu’elle était fut complètement transformée. « Elle se soumit à des pénitences si rigoureuses qu’elle faillit ruiner sa santé. Ainsi un matin d’hiver, dans le vent et la grêle, elle alla pieds nus de la ville au couvent. Elle atteignit l’église, transie, trempée jusqu’aux os, les pieds en sang, complètement exténuée. Elle s’effondra en entrant à l’église et on la porta à la sacristie. Le P. Pio lui dit qu’elle allait trop vite sur le chemin de la pénitence. Il lui mit la main sur l’épaule. « Cette sorte d’eau ne mouille pas », dit-il en souriant, et immédiatement les vêtements de Mme Vairo séchèrent.
Sans être tout à fait similaire, cette disparition instantanée d’un liquide, opérée par les pouvoirs du Père Pio, fait penser à un cas extraordinaire de guérison d’une hydropique au dernier degré, guérison réalisée par Maître Philippe, guérison instantanée également, en présence de trois médecins. Sur le moment, sans qu’on sût où ni comment, l’ascite et l’œdème avaient disparu. Lire à ce sujet dans notre ouvrage La Réincarnation d’après Maître Philippe au chapitre III, où il est traité des pouvoirs supranormaux du Maître, le récit de cette guérison spectaculaire (v. p. 95 in fine).
On sait que l’Archange saint Michel est apparu par trois fois sur le Gargano. Sa présence s’y sent encore et ses images sont nombreuses sur les édifices publics et dans les églises. Les représentations modernes ne sont pas étrangères aux suggestions du Père Pio. C’est ce que G. P. Siena fait ressortir en matière de conclusion :
La présence répétée de ces images de l’archange, ici, ne me semble pas pouvoir être purement fortuite. Il n’est pas à exclure que certaines d’entre elles aient été suggérées par le Père Pio ; car ici rien ne se fait sans le consentement du Père. Et l’on sait sa dévotion toute particulière pour saint Michel. Combien de fois m’a-t-il donné des pénitences « en l’honneur de saint Michel Archange ».
Mais quel sens à donner à tout cela ?
Qu’on me pardonne si j’encours les foudres du Saint Office en exprimant une conviction que j’ai depuis fort longtemps : je pense que l’Archange saint Michel est le gardien et le coopérateur extraordinaire du Père Pio. En disant cela, je m’expose sans doute à être accusé de dépasser les limites de la prudence et des convenances, mais je me sens appuyé par la confidence que me fit Mme Anita Zanotti.
Cette dame, étant à Rome au château Saint-Ange, devant la statue de saint Michel, avait prié l’Archange de s’envoler vers le Père Pio et de lui porter son salut. À son retour à San Giovanni, elle demanda au Père si l’Archange avait obéi ? Elle obtint cette seule réponse : « Il est toujours ici. »
Quand on pense à la mission du Père Pio qui est de ramener des âmes, le plus d’âmes possible à Dieu, on comprend qu’il ait un tel protecteur. S. S. Benoît XV n’avait-il pas dit :
« Le Père Pio est un homme vraiment extraordinaire, de ceux que Dieu envoie de temps en temps sur la terre pour convertir les hommes. »
Saint Jean Chrysostome exprime la même pensée : « Il n’y a rien au monde de plus puissant qu’un homme qui prie. La prière est omnipotente. »
Que dire de ceux qui veulent à tout prix « expliquer » les miracles qui foisonnent sous les pas du Père Pio ? Il suffit de les considérer comme faits surnaturels, transcendant notre appartement de matière et découlant de lois et de forces, provenant des plans supérieurs, notamment du plan du Saint-Esprit. À ce sujet, cette pensée de Franz Werfel sera un trait de lumière : « Pour ceux qui croient, aucune explication n’est nécessaire. Pour ceux qui ne croient pas, aucune explication n’est possible. »
Prétendre vouloir tout expliquer à tous, indifféremment, c’est souvent « jeter des perles aux pourceaux ».
Retenons un dernier enseignement du Padre Pio, enseignement fort curieux, ayant trait aux manifestations des cohortes angéliques lors de la naissance du Sauveur.
Nous avons trouvé cette pensée dans une brochure : The Voice of Padre Pio (Éditions Abresch, S. Giovanni Rotondo, 1954). L’enseignement 68 est libellé ainsi :
« Une chose est nécessaire : Demeurer toujours près de Jésus. » Vous savez parfaitement qu’à la naissance de Notre-Seigneur, les bergers entendirent les chants angéliques et divins des Chœurs célestes. C’est ainsi que le relatent les Écritures. Toutefois, ce qu’elles ne disent pas, c’est que sa Mère, la Vierge, et saint Joseph, qui étaient auprès du berceau de l’Enfant, entendaient eux aussi les voix des Anges et qu’ils contemplaient également ces miracles de splendeur. D’autre part, ils entendaient l’Enfant pleurer et voyaient, à la lumière d’une pauvre lanterne, les yeux tout baignés de larmes de l’Enfant divin, qui soupirait et tremblait de froid. Et maintenant, je vous demande : « N’auriez-vous pas préféré être dans l’étable sombre, toute pleine des cris du nouveau-né, plutôt que de vous trouver au milieu des bergers, ravis par les douces mélodies du ciel et par l’éclat de cette merveilleuse splendeur ? »
Cet enseignement du Padre Pio n’est-il pas une douloureuse préfiguration de la croix matérielle inévitable dont tout être se charge au moment de son incarnation terrestre ? Croix, c’est-à-dire épreuve et souffrances volontairement acceptées par le Christ, pour montrer aux hommes la voie de l’amour et du renoncement, voie unique qui conduit au royaume du Père.
Nous ne voulons pas terminer cette étude sans avoir mentionné le reportage de Fernanda Bianco sur le cas du Padre Pio. Son livre : L’Homme qui frappe à la Porte de Dieu, ne traite pas spécialement de l’angéologie du Padre, mais il débute par la relation d’un épisode riche en signification et des plus illuminatifs : Une femme avait demandé au Père Pio la guérison de son père gravement malade ; cependant, malgré les prières du Padre Pio, cette grâce ne fut pas accordée et la femme en conçut une profonde amertume, voire une vraie révolte. Elle ne pouvait comprendre que cette guérison tant sollicitée ait été refusée. Or, une nuit, elle rêva :
« Le Padre Pio tentait d’ouvrir une porte. Il y heurtait avec insistance de ses mains transpercées, mais la porte ne s’ouvrait pas. Il persistait, frappait toujours plus fort ; de ses mains blessées, le sang coulait le long de ses doigts et tombait jusque sur le sol. Mais la porte restait close.
« Je suis contente, pensa alors la femme, rêvant toujours. Tu ne m’as pas accordé la grâce demandée pour mon père, tu l’as laissé mourir... Toi aussi tu prends de la peine, n’est-ce pas ? Toi aussi tu t’épuises en efforts inutiles ? »
Et le moine continuait de frapper à la porte obstinément close ; alors il se tourna vers la femme et lui dit, le regard empreint d’une tristesse infinie : « En ce moment, tu ne comprends pas, mais tu comprendras dans cinq jours. » Et, de fait, cinq jours plus tard mourait le Dr Guillaume Sanguinetti, le converti et l’ami du Padre Pio qui avait supplié en vain pour la guérison du malade.
Et avec G. P. Siena nous terminerons cette étude sur la mission des Anges, dans la vie du Padre Pio, par ces conclusions toutes d’actualité :
« Brandissez l’étendard de saint Michel ! »
Sans doute les temps se préparent-ils où « Satan sera reconnu pour Satan, où l’Archange reprendra sa mission d’antimatière et où le Gargano sera le Sanctuaire de la bonté et de la vertu... Nous sommes persuadés que lorsque sonnera la diane de ce jour fatal, éclatera dans les cieux le cri qui fit frissonner les Anges de la révolte :
« Quis ut Deus ? »
et la terre sera pacifiée, et les sacrifices et les élans généreux des justes trouveront leur couronnement dans le début d’une ère nouvelle : celle si longtemps prédite, et tant attendue d’un monde meilleur.
Arrivés au terme de cette étude sur « l’Heure des Anges » où il y a encore beaucoup à glaner et à apprendre, nous ne pouvons qu’en recommander la lecture ; et tous y gagneront une meilleure compréhension du ministère des Anges en faveur des humains.
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SECTION VIII : Sainte Gemma Galgani et son commerce constant avec le Christ, la Sainte Vierge et les Anges.
La section précédente, consacrée à l’angéologie du Padre Pio, contient de larges emprunts au livre capital de Giovanni P. Siena : L’Heure des Anges. Nous y avons trouvé la mention de sainte Gemma Galgani et de son commerce constant avec Jésus-Christ, avec la Sainte Vierge et avec les Anges. L’auteur a puisé ses renseignements dans les Lettres, l’Autobiographie et dans l’acte de postulation établi par les Pères passionnistes et rédigé par le P. Germano de Saint Stanislas, pour établir la cause devant le tribunal de Rome. Malgré nos recherches, il nous a été impossible de nous procurer ces documents. Nous pouvons cependant résumer la vie de notre sainte, vie instructive et édifiante, d’après le livre de Marie-André : Sainte Gemma Galgani, paru aux Éditions Saint Paul, à Paris, en 1959.
La future sainte est née à Camiliano, en Toscane, le 11 mars 1878. Peu après sa naissance, la famille vint s’installer à Lucques, ville où le père avait repris la direction d’une pharmacie.
Dès sa jeunesse, Gemma fit montre de dons extraordinaires de piété et d’intelligence. Sa mère, femme très pieuse, avait eu à cœur d’élever ses huit enfants dans la voie du Seigneur, par la pratique des sacrements et surtout par celle de l’amour. « C’est ma mère, dira la sainte, qui, dès mon enfance, m’a fait désirer le paradis. » Gemma fut une enfant des plus ferventes. Chaque fois qu’elle le pouvait, elle se recueillait et priait devant une statue de la Vierge. Toujours elle fut douce, aimable, oublieuse d’elle-même, désireuse de faire plaisir aux autres. À Lucques, la Sœur directrice du pensionnat, où on l’avait placée pour parfaire ses études, dira de son élève : « C’est une petite fille qui ne pleure jamais, qui s’entend avec ses compagnes, qui mange à table sans faire de caprices et qui reçoit les observations gentiment. » Vraiment ce n’était pas une enfant ordinaire.
L’unique désir de Gemma était d’entendre parler de Jésus ; elle désirait grandir bien vite pour avoir droit de participer à la communion ; recevoir en elle Jésus était son vœu le plus ardent.
Un jour la fillette avait demandé à sa mère ce que représentait le ciel. La réponse fut : C’est là où sont Jésus, la Madone et les Anges. – Oh maman ! Je veux y aller aussi », s’écria l’enfant.
La mère, minée par la tuberculose, était à fin de vie. Elle pria et remit la garde de ses enfants au Saint-Esprit. Elle en fut largement exaucée, notamment en ce qui concerne Gemma. En effet, le 26 mai 1885, jour de sa confirmation, le Seigneur, pour la première fois, se fit entendre sensiblement à sa protégée. Voici comment Gemma racontait le fait : « J’écoutais de mon mieux la sainte messe, et je priais pour maman, lorsqu’une voix me dit soudainement au cœur : « Veux-tu me donner ta maman ? – Oui, répondis-je, à la condition que vous me preniez aussi. – Non, reprit la voix, donne-moi volontiers ta maman, je la conduirai au ciel. Toi, tu dois rester avec ton père. » Et l’enfant d’ajouter : « Il me fallait bien répondre affirmativement. » Quelque temps après, la mère rendit le dernier soupir en disant : « J’offre ma vie pour obtenir la grâce de revoir mes huit enfants en paradis. »
Durant les derniers jours de la maladie, les enfants avaient été placés chez des parents. Lorsqu’on annonça à Gemma la mort de sa mère tant chérie, elle fit montre d’un grand courage et de profonde compréhension : « Maman est en paradis ; pourquoi pleurer ? » La fillette était âgée de huit ans.
Sur la demande maintes fois répétée de l’enfant, qui était tombée malade, sa première communion fut avancée. Elle eut lieu le 17 juin 1887, jour de la fête du Sacré Cœur de Jésus. On avait enseigné à Gemma que celui qui se nourrissait du pain du Christ vivrait de Sa vie. Au moment de la communion, l’enfant déclara ressentir un feu intérieur qui l’embrasa.
Voici la première grâce obtenue par la prière fervente de cette enfant : Un jour, la religieuse dit à ses élèves : « Un mourant refuse le prêtre. Il faut obtenir du bon Dieu le salut de cette âme. Prions pour cet homme. » Durant la prière, ce fut Gemma qui fut la plus fervente et la plus recueillie. Aussitôt après, Gemma s’écria : « Ma Sœur, la grâce est obtenue. » Et, de fait, on apprit que l’homme s’était ravisé et avait appelé un prêtre à son chevet.
Un épisode caractéristique de la vie de la jeune fille montre combien, de l’Autre Côté, on la voulait exempte de toute petite vanité féminine, bien naturelle à son âge : La marraine de Gemma lui avait fait don d’une croix d’or avec une chaîne. La fillette s’en para, la mit à son cou dans le désir d’être complimentée. Or, son ange gardien, avec lequel elle vivait en grande intimité, se montra à elle pour la première fois et, la regardant sévèrement, lui dit : « Les seuls bijoux qui embellissent l’épouse d’un roi crucifié sont les épines et la croix. » Gemma se le tint pour dit : remettant le bijou dans son écrin, elle ne le porta jamais. Au demeurant, son costume fut toujours des plus modestes, robe noire avec pèlerine de même couleur.
De complexion délicate, l’enfant était souvent malade, souffrant de tuberculose héréditaire, caractérisée par des accès de fièvre alarmants. Gemma n’en était nullement effrayée ; au contraire, elle en était heureuse, pensant qu’ainsi elle serait bientôt près de Jésus-Christ. Elle guérit cependant et demanda au Maître pourquoi Il ne l’avait pas reprise à Lui ? Voici quelle fut la réponse : « Ma fille, c’est parce que pendant la vie je te donnerai beaucoup d’occasions de mérite en redoublant en toi le désir du ciel et en te donnant la grâce de supporter la vie avec patience. »
Au début de 1899, nouvelle maladie grave ; Gemma accepte de faire une neuvaine en invoquant l’aide de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, dans l’espoir d’en obtenir une prompte guérison parfaite ou une mort qui lui ouvrirait le ciel. Voici comment la future sainte raconte la grâce dont elle fut l’objet :
Quelques instants avant minuit, j’entendis un bruit de chapelet, puis une main se posa sur mon front et une voix commença neuf fois de suite un Pater, Ave, Gloria. C’est à peine si je pus répondre, tant j’étais faible. Ensuite, cette voix me dit : « Veux-tu guérir ? – Cela m’est indifférent, répondis-je. – Tu guériras, reprit-elle. Invoque avec ferveur chaque soir le Cœur de Jésus. Je viendrai près de toi tous les jours de la neuvaine et nous prierons ensemble. » C’était le Vénérable Gabriel qui revint, en effet, chaque soir. Il me posait toujours la main sur le front et nous récitions les prières au Sacré-Cœur de Jésus. Il m’y faisait ajouter trois Gloria en l’honneur de la Bienheureuse Marguerite-Marie. La neuvaine se termina le premier vendredi du mois. Je me confessai et le matin de bonne heure je reçus, toujours clouée au lit, la sainte communion. Oh ! Les moments délicieux que je passai avec Jésus. Il me répétait : « Gemma, veux-tu guérir ? » Moi, d’émotion, je ne pouvais répondre. Je dis alors du cœur : « Jésus, comme vous le voudrez vous-même. » La grâce était accordée, j’étais guérie. Deux heures ne s’étaient pas écoulées depuis la communion que j’étais debout. Ceux de ma famille pleuraient de bonheur. Moi aussi j’étais contente, non d’avoir recouvré la santé, mais parce que Jésus m’avait appelée sa fille. En effet, avant de me quitter dans cette matinée, il m’a dit au cœur d’une voix pénétrante : « Ma fille, après la grâce que tu viens de recevoir, tu me suivras avec plus d’ardeur encore. Je serai toujours avec toi, je te servirai de père, et ta mère, la voici (il me montrait la Vierge des douleurs). Mon assistance paternelle ne peut faire défaut à celui qui s’abandonne entre mes mains ; rien donc ne te manquera, lors même que je t’enlèverai toute consolation et tout appui sur la terre. »
Le Dr Tomassi, qui soignait l’enfant, la jugeait perdue ; il fut stupéfait par cette guérison inespérée et il ne craignit pas d’y reconnaître la main du Sauveur ; il prit congé de sa malade en lui disant : « Gemma, prie pour moi ! »
On retiendra que Gemma obtint cette faveur extraordinaire grâce à l’intercession du Vénérable Gabriel et de sainte Marguerite-Marie.
Un fait est à retenir encore en rapport avec cette guérison miraculeuse. Il est rapporté par la garde-malade qu’au moment de la communion de Gemma, qui coïncidait avec sa guérison, la chambre fut illuminée à tel point que cette personne, surprise et émerveillée, courut chercher d’autres témoins.
Notons que ce Vénérable Gabriel, mentionné ici, n’est pas l’Archange Gabriel, mais un jeune passionniste canonisé en 1920, sous le nom de saint Gabriel de l’Addolorata. Gemma, à qui on avait donné sa biographie à lire, affirmait qu’elle sentait sa présence auprès d’elle tout le long de sa lecture. Cette manifestation lui donnait la même sensation que celle de la présence de son ange gardien, soit joie, paix et lumière.
Le biographe de Gemma dira :
Il est difficile au narrateur d’expliquer comment le Seigneur, la Vierge Marie, l’ange gardien, les saints, et, à l’occasion, le mauvais esprit, se manifestaient à la sainte, puisqu’elle-même ne trouve pas de mots pour se faire comprendre. Il suffit de savoir que nous avons affaire à une âme comblée des faveurs surnaturelles.
Lors d’une épreuve particulièrement douloureuse pour Gemma (le refus des Sœurs de la recevoir), le Seigneur lui dit au moment de la communion : « Courage, Gemma, je t’attends au Calvaire sur ce mont vers lequel tu te diriges. » La sainte de répondre : « Mon Jésus, je voudrais vous aimer tellement ! Je ne puis vous aimer autant que je le voudrais. » Et le Seigneur de dire : « Si tu veux m’aimer, ne cesse pas de souffrir ; la croix est le patrimoine des élus. » Nous avons là l’énoncé de la grande loi occulte : « Sans le sacrifice, aucun effort n’est efficace. »
Tout au long de sa vie, Gemma ne chercha jamais à éviter les épreuves, ni la souffrance ; elle les acceptait avec résignation. Aussi fut-elle gratifiée d’une suite de communications Divines, Mariales et Angéliques ininterrompues et de l’ordre le plus élevé : Lumières éclatantes, attractions sublimes et puissants stimulants intérieurs vers la pureté parfaite.
Voici un signalé service rendu à Gemma par son ange gardien, tel qu’il est raconté par le biographe :
Il est d’usage en Italie, le vendredi-saint, d’assister à l’exercice appelé « les trois heures d’agonie », durant lesquelles un prêtre aide les fidèles à méditer sur les dernières souffrances du Christ crucifié. Gemma s’apprêtait à se rendre à la paroisse, lorsque les siens s’opposèrent nettement à cette sortie. La ferveur de l’ardente jeune fille la briserait, craignaient-ils, lorsqu’elle entendrait raconter la passion du Sauveur. Par condescendance pour eux, mais non sans verser des larmes, Gemma se résigna à faire chez elle les trois heures d’agonie. Elle n’y perdit rien. Son ange gardien lui apparut et lui reprocha de n’avoir pas obéi avec plus de générosité, puis il l’aida à s’unir aux souffrances du Christ et de sa Mère.
Ce jour-là, confia Gemma, le Christ se donna d’une façon si intime qu’elle en demeura comme hors de sens.
Le Christ avait dit un jour à sa fille : « Je t’attends au Calvaire. » Parole lourde de sens ; elle préfigurait les stigmates dont Gemma devait être gratifiée un jour. Voici, retracée par le P. Germano, comment Gemma lui raconta l’évènement : Elle s’était retirée dans sa chambre, la veille de la fête du Sacré-Cœur. Après avoir déploré sincèrement tous ses péchés, elle sentit « des flots de sentiments qui se pressaient dans son cœur : sentiments de douleur, d’amour, de crainte, d’espérance et de courage ». Puis Gemma de nous confier :
À ce recueillement intérieur succéda bientôt la perte des sens et je me trouvai en présence de ma céleste Mère. Elle avait à sa droite mon ange qui tout d’abord me commanda de réciter l’acte de contrition. Quand j’eus fini, ma Mère m’adressa ces paroles : « Mon fils Jésus veut te faire une grâce : sauras-tu t’en rendre digne ? » Ma misère ne savait que répondre. Marie continua : « Je serai pour toi une Mère ; te montreras-tu pour moi une vraie fille ? » Étendant alors son manteau, elle m’en couvrit. Au même instant parut Jésus. Ses plaies étaient ouvertes, mais il n’en sortait pas de sang, il en jaillissait des flammes ardentes. En un clin d’œil, ces flammes touchèrent mes mains, mes pieds et mon cœur. Je me sentis mourir et j’allais tomber, lorsque ma Mère me soutint, me tenant toujours dans son manteau. Je restai plusieurs heures dans cette position. Ensuite ma Mère me baisa au front et tout disparut. Je me retrouvai agenouillée dans ma chambre.
Une forte douleur persistait aux mains, aux pieds et au cœur, et je m’aperçus, en me levant, qu’il en coulait du sang. Je couvris de mon mieux les parties douloureuses ; puis, aidé de mon ange, je pus me mettre au lit.
On se figure l’étonnement et la joie de Gemma en voyant ses plaies saigner ; la joie était plus intense que la souffrance. Sa grande anxiété était de cacher à son entourage la faveur dont elle venait d’être gratifiée. Après avoir mûrement réfléchi, elle se confia à sa tante Caroline en lui disant : « Voyez tante, ce que Jésus m’a fait ! » On s’imagine sans peine la stupéfaction de la tante. Dès ce moment, l’enfant porta en permanence des gants de laine noire pour dissimuler ses plaies aux regards indiscrets. Commentant cette faveur insigne accordée à Gemma, son biographe dira :
Durant deux années, chaque semaine, dans la nuit du jeudi au vendredi, la jeune fille recevra la même faveur. Chaque fois, les plaies miraculeuses se reformeront, traversant de part en part les membres en quelques minutes. Le sang coulera plus ou moins abondamment ; il faudra parfois éponger les plaies pour que le sol n’en soit pas humecté. Une fois la première extase passée, la souffrance sera grande. Quant à la plaie au cœur, elle se formera soudainement comme si le fer d’une lance l’avait creusée, soit plus lentement, comme si la blessure faite à l’intérieur apparaissait progressivement à l’extérieur.
Malgré les admonestations de son ange gardien, Gemma mit plusieurs semaines pour se décider à parler de ses plaies à son confesseur habituel, Mgr Volpi.
Pour Gemma, ces stigmates furent cause de grandes douleurs, de plusieurs ennuis et même de dures mortifications. Un Provincial des Pères Passionnistes, de passage un mardi à Lucques, demanda au Christ comme une faveur spéciale de voir apparaître les plaies (bien que ce ne fût pas un vendredi) et de les voir saigner. Cette grâce lui fut accordée. Gemma tomba en extase et les stigmates apparurent, puis se mirent à saigner abondamment. Durant l’extase, le Christ révéla à Gemma la demande du Provincial. Si de l’Autre Côté on se montrait disposé à édifier les prêtres sur la réalité des stigmates, il n’en fut pas de même pour Mgr Volpi qui vint un jour inopinément avec un médecin pour examiner ces prétendus stigmates. Comme Gemma était encore en extase, le médecin réclama une serviette humide et essuya les blessures. Une fois le sang enlevé, il n’y avait plus trace de stigmates. Aussi le médecin, sûr de lui, de s’écrier : « Cette jeune fille est tout simplement une hystérique qui veut se rendre intéressante. » Au sortir de l’extase, Gemma comprit que quelque chose de spécial s’était passé, car l’assistance la regardait avec une certaine méfiance. Au cours d’une extase suivante, le Christ renseigna sa fille et lui dit : « Je ne donnerai aucun signe au médecin. » Or, malgré le verdict si péremptoire de la Faculté, les stigmates se reproduisaient et saignaient abondamment chaque jeudi et vendredi. Mgr Volpi, fort perplexe, revint un jour sans s’être annoncé et voulut répéter le geste du médecin. Mais cette fois, il eut beau laver les plaies, le sang coulait toujours. Alors, il comprit que le Christ n’avait pas approuvé son initiative d’amener un médecin, incapable de porter un jugement valable sur des phénomènes mystiques qui dépassent de beaucoup le champ d’observation matériel de la science médicale.
Gemma fut du reste gratifiée d’autres charismes. Un jour, elle fut vue en lévitation, embrassant un grand Christ en croix qui se trouvait sur la paroi de la chambre. Le visage de la jeune fille était irradié par un sourire angélique.
À plusieurs reprises, Gemma implora la grâce de nombreux pécheurs. À ce sujet, voici une page typique de son biographe ; la jeune fille était en extase, assise sur son lit :
Le P. Germano accourut sur l’invitation de la tante Cecilia. Sans doute devait-on avoir recommandé à la pieuse fille de prier pour un pécheur. Résolue à arracher cette âme à l’enfer, elle discutait avec le Sauveur. On entendait les supplications de la voyante et, d’après ses interjections, on devinait que Jésus, las d’attendre ce pécheur en révolte, voulait l’abandonner. Gemma luttait avec son Maître, lui rappelant sa miséricorde, disant à haute voix : « S’il vous a offensé en ceci et en cela (ainsi connut-on les fautes de ce malheureux), n’avez-vous pas offert à votre Père pour lui telle et telle satisfaction ?... Ne vous ai-je pas offensé bien davantage, moi que vous avez comblée de grâces ?... Et votre miséricorde ne se laissera-t-elle pas vaincre ?... Demandez-moi tout ce que vous voulez, mais sauvez ce pauvre pécheur. » Le Seigneur ne cédait pas. (Sans doute, était-il très heureux d’être combattu par les prières de sa servante, lui qui désire le salut de tous.) Gemma, angoissée, ne savait plus quel argument faire valoir. Alors, subitement, elle supplia : « Sauvez cette âme au nom de votre Mère qui vous le demande. Pourriez-vous lui dire non ? »
Le même soir, un homme se présenta au bureau du P. Germano. Il manifestait le désir de se confesser. Le pénitent s’agenouilla et s’accusa de toutes les fautes révélées à la voyante en extase. Ainsi l’ardente prière de Gemma avait reçu satisfaction, une âme était ravie à l’enfer.
Comme tous les vrais mystiques, futurs saints et saintes, Gemma fut en butte aux assauts répétés du démon et de ses acolytes, mais elle fut toujours protégée par son ange gardien. Un jour, afin de lui causer de graves ennuis, le démon chercha à faire passer Gemma pour folle. Elle s’en remit à son ange et en fin de compte, la lumière se fit. Le démon en fut pour ses peines inutiles.
Une autre fois, le démon s’ingénia à exciter les sens de Gemma qui, « épouvantée, courut au jardin où, sans hésiter, elle se jeta dans une pièce d’eau pour briser d’un seul coup la tentation. Son ange la repêcha et le diable, honteux de son échec, la laissa. » C’est ainsi que le biographe de la sainte raconte une de ces tentatives du diable pour perdre la jeune fille. Plusieurs fois le diable prit la figure d’un homme, accostant la jeune fille dans les escaliers de la maison et lui assénant des coups de bâton sur la nuque. Elle ne criait pas et se retirait promptement dans sa chambre. Le P. Germano crut reconnaître sous les traits de l’inqualifiable personnage la figure du démon qui se livrait à ces attaques successives. Gemma s’intéressait à la fondation des religieuses de Lucques, où une place devait lui être réservée ; « saint Gabriel de l’Addolorata lui indiqua le temps que durerait la construction du couvent, les épreuves qui l’accompagneraient et la bonne issue de cette fondation voulue de Dieu ».
Au demeurant, la Sainte Vierge l’avait assurée que tout finirait bien, malgré les attaques du démon pour entraver cette fondation.
Relevons au passage une définition suggestive des saints émise par le biographe de Gemma, « ce sont nos paratonnerres devant la justice divine ». Au reste, voici le fait qui a motivé cette appréciation du rôle protecteur des saints envers l’humanité tout entière :
Cette fille délicate et frêle qui, minée par la tuberculose, aurait eu mille raisons de veiller à sa santé, faisait en réalité tout ce qu’il fallait pour la détruire. On pourrait l’en blâmer si l’on ignorait que le Seigneur appelle certains de ses élus à faire contrepoids par leur martyre volontaire au débordement effréné des péchés d’autres hommes. Gardons-nous de critiquer les exagérations des saints, ils sont nos paratonnerres devant la justice divine.
Gemma avait conscience de son état et de la nécessité, ou mieux, de la valeur purificatrice de la souffrance : « Je jouis et je souffre en même temps, disait-elle, cependant je ne voudrais pas renoncer à vivre si intensément. »
Ce ne sont pas seulement les stigmates et les dons surnaturels de Gemma qui en font un sujet d’étude des plus intéressants ; comme nous l’avons déjà signalé au début, ce sont les rapports constants de cette mystique avec les entités de l’Au-Delà, avec le Christ, la Vierge, les Anges, tout spécialement avec son Ange gardien, et même avec le démon. Le livre du P. Germano nous renseignera pleinement à ce sujet : « La jeune vierge était largement favorisée d’intimes colloques avec le Seigneur, car il n’était presque pas d’extase où ne se fît entendre la voix divine. Le Verbe éternel lui découvrait ses grandeurs infinies, les desseins de sa providence, l’état de quelques âmes en particulier ; il lui indiquait une œuvre à établir dans l’Église, un abus à extirper. »
Au début, Gemma était fort troublée de ces fréquents colloques avec Jésus ; elle voyait bien le Seigneur, elle lui parlait, mais elle hésitait à croire à la réalité de ces apparitions et à la valeur de ces monitions ; et Jésus de la reprendre doucement, mais elle de répondre humblement : « Je doute parce que les autres doutent. Si vous êtes Jésus, faites-vous connaître comme on le désire... Le confesseur m’a dit que vous n’êtes pas Jésus. »
Gemma, dans son désir d’être toute à son Dieu, avait demandé à Jésus de n’être plus troublée par les sensations, gustatives ou autres ; elle fut exaucée. Dès ce moment, elle perdit toute sensibilité, les mets les plus fins, les boissons les plus agréables lui furent insipides. D’une modestie à toute épreuve, absorbée par son contact constant avec le Christ, avec la Vierge et les Anges, Gemma ne parlait que lorsqu’elle était interrogée.
Une fois, Jésus lui apparut crucifié, ses plaies béantes. Il dit alors à Gemma : « Regarde, ma fille, et apprends comment on aime. Tout est œuvre d’amour, d’amour infini... Voilà jusqu’à quel point je t’ai aimée. Veux-tu m’aimer maintenant ? Apprends d’abord à souffrir ; la souffrance apprend à aimer. » À la suite de cette vision, Gemma tomba en extase et resta inconsciente durant plusieurs heures. Cette nécessité de la souffrance rédemptrice reviendra à plusieurs reprises. Lors d’un colloque avec Jésus, Gemma dira : « Donc, Jésus, pour apprendre à aimer, il faut apprendre à souffrir. Ah ! Je vois maintenant que l’effusion de votre sang a été l’œuvre de l’amour. Oh ! Si vous me voulez, Jésus, je m’offre volontiers pour victime. » Et, de fait, pour sauver une mère de famille gravement malade, elle demanda de prendre sur elle les douleurs de cette mère ; la malade guérit, mais, pendant de longs mois, Gemma souffrit le martyre. D’une lettre à son directeur, nous relevons ce passage : « Je possède Jésus quand je me replie sur mon cœur. Je sens que je suis heureuse même au milieu des désolations. » De plus, elle se déclarait « heureuse, dans cette mer de désolations physiques et morales, de ressembler ainsi à l’Homme des douleurs », ce qui lui permettait ainsi de s’élever toujours plus haut dans la pure région de l’amour divin et d’expier pour sa part les péchés du monde. Un jour, après la sainte communion, Gemma demanda à Jésus pourquoi Il ne la prenait pas avec Lui ? Elle en obtint cette réponse : « Ma fille, je veux te donner dans le cours de ton existence beaucoup d’occasions de t’enrichir, de mériter ; j’aviverai toujours ton désir du Ciel. » Alors que notre mystique se plaignait à Jésus de ne plus pouvoir prier à cause de ses atroces souffrances physiques, son ange gardien qui était présent lui dit : « Si Jésus t’afflige dans ton corps, c’est pour mieux purifier ton âme ; prends patience ! » Un jour, Jésus avait dit à Gemma que, par l’exemple de son héroïque vertu, elle travaillerait au salut des hommes. Elle écrit à son directeur : « L’ange m’a dit que ce soir, Jésus me ferait souffrir quelque chose de plus en faveur d’une âme du purgatoire. »
En maintes occasions, le P. Germano eut recours à la faculté de Gemma de connaître l’état des âmes ; il fut ainsi renseigné sur l’état réel de ses pénitents. Elle ne se trompait pas, car les âmes souillées par le péché provoquaient chez Gemma une réaction physique répulsive, et sa physionomie trahissait ce sentiment. Quand elle le pouvait, sans faillir aux convenances, elle avertissait les pécheurs. Très fréquemment la voyante recevait dans l’extase, pour elle-même ou pour d’autres, des avertissements sur telle chose à faire ou à éviter. Elle disait au P. Germano : « Jésus a dit ceci. Écoutez-le, Père, et faites-lui plaisir ! » Et, sans se lasser, elle répétait le message jusqu’à ce qu’il fût exécuté.
De tout temps Gemma eut une dévotion spéciale pour la Sainte Vierge. À cinq ans elle en lisait déjà l’Office, associant ses louanges à celles de l’officiant. Et le P. Germano de relever : « Non moins que son divin Fils, la céleste Mère avait pour très agréables les ferventes communions de son angélique fille, et pour lui donner à son tour un témoignage de satisfaction et un encouragement, elle l’accompagnait parfois au saint banquet avec les anges de l’Eucharistie. »
Alors que sa santé déficiente ne permettait pas à Gemma de se rendre à l’église, son biographe note que, par trois fois au moins, elle reçut des mains du Sauveur la divine hostie.
Un Vendredi-Saint, alors que Gemma était très malade, elle voulut cependant se rendre à l’église, pour y passer les trois heures des ineffables douleurs du Christ. Voyant l’état grave de Gemma, la famille s’opposa à cette sortie. Elle ne céda pas aux pleurs de la malade ; celle-ci s’enferma dans sa chambre pour les trois heures d’oraison. Alors qu’elle était à genoux, elle vit son Ange gardien s’approcher d’elle ; après lui avoir reproché les abondantes larmes qu’elle venait de verser, il pria avec elle. Et Gemma fut contrainte par son ange de faire part de cette expérience à son confesseur ; comme elle hésitait à le faire, son ange la menaça de ne plus revenir si elle n’obéissait pas ; alors elle avoua à son directeur que ce fut le premier vendredi où Jésus se fit sentir si fortement à son âme. Dans son extase, elle fut hors de sens, mais elle vit nettement auprès d’elle Jésus et la Sainte Vierge.
Voici encore deux épisodes rapportés par le P. Germano qui sont de nature à illustrer les intimes rapports de la Vierge avec Gemma. Un jour, on l’entend dire à la Vierge : « Ah ! Ma chère Maman, je t’aimerai toujours, toujours. » Une autre fois, Gemma de s’écrier : « Oh ! Qu’elle était belle, la sainte Mère. » Et d’ajouter : « Bien qu’elle soit souvent venue me rendre visite, je conserve un ardent désir de la revoir. » Très souvent la Vierge apparaîtra d’une manière sensible à Gemma, Elle lui parlera et obtiendra de son Fils d’innombrables faveurs pour sa protégée. Un jour la Sainte Vierge lui apparut avec l’Enfant divin sur les bras ; elle Le posa sur les bras de Gemma et après qu’il lui eut donné un enseignement spécial, Il la bénit, puis retourna dans les bras de sa Mère.
Ces faveurs toutes spéciales et répétées, loin d’être une cause d’orgueil pour notre mystique, la rendent encore plus humble, car la vertu caractéristique de Gemma fut « une simplicité angélique qui rayonnait au dehors, embellissant ses actions et lui gagnant tous les cœurs ». Elle savait que seuls ceux qui marchent dans la simplicité sont agréables à Dieu. De plus le Seigneur n’a-t-il pas enseigné qu’il faut redevenir comme des enfants si l’on veut avoir accès au royaume des cieux.
Bien que n’usant d’aucun cosmétique, un parfum très suave se dégageait de la personne de Gemma et des objets qu’elle avait touchés, cela surtout quand Jésus, la Madone ou son Ange gardien se trouvaient auprès d’elle. Dans le cas de cette mystique, il est à retenir « la douce, familière et presque continuelle présence de son Ange gardien. » D’autres Anges et plusieurs saints lui apparurent également.
Le premier souci de Gemma, au début de chaque jour, était de se rendre à l’église pour y communier ; à ce moment, elle ne parlait plus, sa pensée étant fixée entièrement sur Jésus ; et, nous dira son biographe, « si son Ange gardien lui-même lui apparaissait, il était amicalement prié de suspendre tout entretien pour la laisser toute à Jésus ».
Lorsqu’elle doit souffrir, c’est son Ange gardien qui lui indique le temps et la durée de la tribulation ; et lorsqu’elle est dans la peine, c’est encore son Ange gardien qui « dans de suaves visites lui apportait un précieux encouragement » ; toutefois, au gré de Gemma, ces heureux moments étaient de trop courte durée.
À l’instant de la mort, notre mystique fut réconfortée par la présence de Notre Seigneur Jésus-Christ, par celle de la Vierge, ainsi que par son Ange gardien.
Dans sa biographie de Gemma, le P. Germano consacre tout un chapitre aux multiples communications angéliques reçues journellement par cette mystique. Ainsi il nous apprend : « Pour Gemma, la foi ne paraissait plus la foi, mais l’évidence ; dans ses mystères les plus cachés, elle se trouvait à l’aise et comme dans sa sphère naturelle, n’ayant nul besoin d’effort pour se sentir l’esprit et le cœur suavement pénétrés de ces grandes vérités. Dieu, l’humanité sainte du Verbe, Jésus-Eucharistie, les anges et les saints du ciel, elle leur parlait cœur à cœur, à leurs pieds s’humiliait, adorait, priait, pleurait, comme s’ils eussent apparu sans voiles à ses regards ; et ainsi en était-il, non seulement durant les extases, les ravissements et les plus vives illuminations de la contemplation, mais d’une manière pour ainsi dire habituelle, et jusque dans les temps de profonde aridité spirituelle. » Voici encore un dire du P. Germano qui complète le tableau : « La présence visible de son ange gardien était pour la vierge naïve une des choses les plus naturelles. Le matin, à son lever, si le céleste gardien était encore à son poste, à peine le remarquait-elle, dans son anxiété de se rendre à l’église pour y recevoir son Bien-Aimé, dont la pensée l’avait occupée presque toute la nuit. « J’ai bien mieux que vous, disait-elle à l’ange ; je vais à Jésus » ; et, sans retard, elle partait. Lorsque ensuite, l’ange, avec une grâce ineffable, prenait congé d’elle, Gemma lui répondait d’habitude : « Adieu, cher ange, saluez Jésus pour moi. »
Pour Gemma, l’homme, après sa chute, avait été mis par Dieu sous la protection de la Garde des anges, les ministres de la céleste Cour : chacun de nous est assisté par un bon ange. Il est de fait que l’ange préposé à la garde de Gemma eut d’elle un soin tout particulier. Il y a lieu de retenir que la jeune fille était admirablement préparée et qu’elle méritait bien les faveurs de son ange ; innocence, pureté, candeur, simplicité, telles étaient les vertus primordiales de Gemma, qui ouvraient toute grande la porte à l’assistance angélique. Pour Gemma, il s’agissait d’une présence sensible et presque continuelle de ce garde céleste ; elle le voyait, le touchait et conversait avec lui. Un jour l’ange lui dit : « Ne sais-tu pas qui t’a confié à ma garde ? C’est le miséricordieux Jésus. » Le plus souvent, l’ange et Gemma priaient et louaient Dieu ensemble. Aux heures de méditation, le saint ange l’instruisait et lui dévoilait les mystères de la passion de Jésus. Ces colloques, loin d’être le fruit d’hallucinations maladives, étaient bien réels : « L’ange renseigne sur ce qui va arriver, il donne une réponse au confesseur qui avait demandé par le canal de l’ange des précisions sur l’état d’âme d’un pécheur. » Par les bons soins de son ange gardien, Gemma fit transmettre de nombreuses lettres et suppliques à Dieu, au Christ et à la Sainte Vierge. L’ange fidèle s’acquittait avec diligence de tous les messages qui lui étaient confiés et souvent il rapportait les réponses aux requêtes ; pour sa part, le P. Germano déclare avoir reçu ainsi une vingtaine de communications ; toujours Gemma lui disait : « L’ange a fidèlement fait votre commission. »
Il y a lieu de retenir que souvent les messages remis à Gemma étaient sous pli fermé ; elle ne pouvait donc en connaître le contenu et cependant les réponses arrivaient claires et nettes ; l’ange s’était consciencieusement acquitté de sa mission.
En toute occasion, l’ange s’occupe de Gemma, il la protège et lui évite des chutes dangereuses ; souvent, lorsqu’elle entendait prononcer le nom de Dieu, Gemma tombait en extase et glissait de sa chaise ; alors l’ange soutenait la tête de la jeune fille afin qu’elle ne heurte pas le sol ; en rue, lorsque Gemma était plongée dans sa méditation et qu’elle ne prenait pas garde aux contingences extérieures, c’était encore son ange qui la gardait et lui évitait chutes et collisions.
Cependant cette assistance continuelle de l’ange ne fut pas seulement un ministère de protection ; à l’occasion, l’ange réprimandera Gemma pour toutes les fautes qu’elle pourra commettre, même fussent-elles des plus légères.
Comme tous les mystiques, Gemma fut en butte aux sévices du démon ; un jour que le diable l’avait tellement battue, Gemma ne pouvait plus faire aucun mouvement, telles étaient ses souffrances ; son ange vint à son secours ; il la réconforta, lui aida à se mettre au lit et, durant la nuit, il fit bonne garde à son chevet.
Voici deux interventions angéliques en faveur de Gemma, rapportées par le P. Germano :
Un jour, bien qu’elle fût très souffrante, Gemma faisait acte de contrition, « avec vifs regrets pour ses innombrables péchés ». L’ange vint tout près de son lit et lui dit : « Jésus te porte une grande affection, aime-Le beaucoup. » Puis après l’avoir bénie, il disparut.
Autre confidence de Gemma : « Tandis que je faisais mes prières du soir, l’ange gardien s’est approché de moi ; me frappant sur l’épaule, il m’a dit : “Gemma, comment apportes-tu tant de dégoût à la prière ? – Ce n’est pas de dégoût, ai-je répondu, voilà deux jours que je ne me sens pas bien.” Il a repris : “Fais ton devoir avec application, et Jésus t’en aimera davantage.” Je le priai d’aller demander à Jésus la permission de passer la nuit près de moi. Il disparut aussitôt, et, la permission obtenue, il revint à mes côtés. Oh ! Qu’il s’est montré bon ! Comme il était sur le point de partir, je lui demandai de rester encore. “Je ne puis, me répondit-il, il convient que je m’en aille. – Eh, allez, saluez Jésus pour moi !” »
Souvent Gemma parlait de « son ange qui l’épie ». Elle disait encore : « Il paraît que mon ange gardien lui-même a honte de se tenir à mon côté. Dites à mon ange de ne pas se faire voir ainsi aux autres. » Elle pensait en effet que tout le monde voyait son ange comme elle-même le percevait.
« Le véritable directeur de Gemma, avait coutume de dire le P. Germano, c’est l’Esprit-Saint, qui se plaît à prendre le gouvernement immédiat de certaines âmes privilégiées ; c’est le divin époux, Jésus avec sa céleste Mère, qui agissent par le canal de l’ange gardien. »
En effet, l’ange gardien était chargé de transmettre l’enseignement de Dieu qui se résumait ainsi : « Obéissance ! Obéissance aveugle ! Si tu ne te fais violence pour exécuter les ordres reçus, je ne t’apparaîtrai plus », disait l’ange gardien.
Un jour, l’ange gardien apparut à Gemma ; il tenait en mains deux couronnes, l’une d’épines, l’autre de lis d’une merveilleuse blancheur ; il lui offre le choix. Elle opte pour la couronne d’épines : « Je veux aller vers Jésus, elle seule me plaît. Vive la croix de Jésus ! » L’ange lui donna la couronne d’épines, qu’elle baisa avec ferveur. On se rappellera qu’en une autre occasion, alors que Gemma s’était parée de modestes bijoux, l’ange lui avait dit : « Les seuls bijoux qui embellissent l’épouse d’un roi crucifié sont les épines de la croix. »
Voici une communication reçue par Gemma où il est question des Anges de l’Autel et des graves péchés commis par certains ministres du saint Évangile ; lors d’une extase, le Seigneur dit à notre mystique : « J’ai besoin d’une expiation immense, particulièrement pour les péchés et les sacrilèges dont je me vois outragé par les ministres du sanctuaire... Si je n’avais égard aux Anges qui entourent mes autels, combien j’en foudroierais sur place ! »
Sur la demande de son confesseur, Gemma s’est efforcée de décrire l’état dans lequel elle se trouvait au moment de l’extase ou union mystique, état presque impossible à analyser et à décrire avec des mots humains. Gemma dira : « Aujourd’hui je ne suis plus en moi, je suis avec mon Dieu, toute pour Lui ; et Il est tout en moi et pour moi. Jésus est avec moi et tout mien... » Ceux qui ont vu Gemma au moment de ses extases s’accordent à dire qu’à ce moment elle n’est plus une créature humaine, son visage est celui d’un séraphin auréolé des clartés éternelles. On sait que l’extase est une attraction puissante de l’âme vers Dieu et cette attraction se manifeste parfois d’une manière visible en provoquant la lévitation du sujet ; ce fut le cas pour notre mystique. Chaque fois que l’on demandait à Gemma de décrire ce qu’elle ressentait au moment de l’extase, elle répondait que la parole humaine était impuissante à décrire cet état, comme elle est impuissante à rendre la notion de Dieu ; pour elle, la béatitude qu’elle ressent au moment de l’union mystique est une félicité comparable seulement à la béatitude éternelle des anges.
Écoutons Gemma s’efforcer de décrire cet état merveilleux et supraterrestre :
« Imaginez-vous une lumière d’une infinie splendeur, qui enveloppe tous les êtres, les pénètre et les éclaire, les anime et les vivifie ; ils n’existent que par cette lumière ; en elle et par elle, ils ont la vie ; c’est ainsi que je vois mon Dieu et les créatures en Lui.
« Imaginez-vous un incendie remplissant l’univers et s’étendant infiniment au-delà, qui embrase tout sans rien consumer, et en embrasant, illumine et répand sa vigueur ; ceux qu’entourent le plus ces flammes sont les plus heureux et désirent le plus ardemment d’en être brûlés ; c’est ainsi que je vois nos âmes en Dieu. » Au sujet de la Sainte Trinité, elle disait : « Il me semble voir trois personnes dans une lumière immense, unies en une seule essence ; trinité dans l’unité, unité dans la trinité ; et, comme unique est l’essence de cette trinité, unique aussi est sa beauté, unique sa béatitude. Au plus beau de la trinité, on reste sans paroles. »
Parlant des extases de Gemma, son biographe nous dira qu’on peut les diviser en trois catégories : imparfaites, parfaites, extraordinaires.
Les extases imparfaites, les plus fréquentes, se produisent plusieurs fois dans la journée, dès que son esprit est tourné vers Dieu, Jésus, la Sainte Vierge ou les Anges ; elles survenaient aussi durant la prière ou la lecture du bréviaire ; à ce moment, bien que paraissant insensible, Gemma tournait cependant les pages de son livre de messe selon son déroulement normal. Cet état durait peu.
Les extases parfaites étaient moins fréquentes, mais plus profondes et de plus longue durée ; elles se produisaient surtout après la sainte Communion, qui, pour Gemma, était une participation effective au corps de son divin Maître.
Les extases extraordinaires, beaucoup plus profondes, survenaient périodiquement deux fois par semaine, le jeudi soir vers huit heures et le vendredi vers les trois heures de l’après-midi. Durant ces moments, Gemma était « associée, même corporellement, dira le P. Germano, aux douleurs de la Passion du Sauveur ».
Entendre prononcer le nom de Dieu ou celui du Christ provoquait chez Gemma une extase plus ou moins profonde ; par contre, les blasphèmes provoquaient immédiatement des larmes de sang ; et ces larmes étaient d’autant plus abondantes et douloureuses que les injures étaient à l’adresse du Christ, son Bien-Aimé ; dans ce cas, le sang coulait lentement des yeux et se coagulait sur les joues, dont on le détachait par grumeaux.
Dans son chapitre consacré au don d’oraison de Gemma, le P. Germano mettra l’accent sur le fait que : « En rapprochant l’âme de Dieu, l’oraison la rend capable d’une vie spirituelle intense et l’achemine vers la perfection chrétienne. » Ce fut notamment le cas pour Gemma. Et ce chapitre important prend fin sur ces judicieuses conclusions :
« Le Seigneur, dans sa sagesse infinie, conduit les âmes dans des voies toujours harmonisées avec leur nature et la diversité de leurs facultés. À toutes, il départit la grâce, sous des formes et dans des mesures différentes et proportionnellement à leur fidélité.
« Sans doute, tous les chrétiens ne sont pas appelés à la contemplation mystique, mais il n’en est pas moins vrai, selon la remarque de l’auteur de l’Imitation de Jésus-Christ, que ce don sublime d’oraison n’est si rare aujourd’hui, que parce que très peu cherchent à s’en rendre dignes. » Nous avons là une lumineuse explication de la carence du monde moderne en vrais mystiques, aspirant à la spiritualité la plus haute.
Pour ce qui est des tentations et persécutions diaboliques dont nous avons déjà donné quelques exemples, il est à remarquer, d’après les dires de Gemma, que ces épreuves étaient permises et voulues ; voici à ce sujet une confidence qu’elle fit à son confesseur : Jésus lui dit un jour : « Prépare-toi, ma fille ; sur mes ordres, le démon va te déclarer la guerre, et mettre ainsi lui-même la dernière main à l’œuvre que j’accomplis en toi. » Et, de fait, les persécutions, voire les violences ne manquèrent pas. Satan lui apparaissait sous les formes les plus horribles : un monstre menaçant, un homme féroce, un chien enragé. Après avoir ainsi essayé de la terroriser, il se précipitait sur elle, la frappait, la déchirait, la jetait comme un paquet dans la chambre, la traînant par les cheveux et la martyrisant de toutes manières. Crucifix en main, Gemma faisait appel à la Vierge et à son ange gardien. Ces attaques du démon pouvaient durer des heures entières, voire même toute la nuit ; le matin, on en voyait les traces visibles sur le corps de la jeune fille. Lorsqu’elle écrit à son confesseur, le diable casse la plume et déchire le papier. « Un soir, disait-elle, ce “vaurien” a voulu me tuer. »
La violence demeurant sans effet sur le comportement de Gemma, le diable lui apparut sous les traits lumineux de son ange gardien, lui disant : « Jure de m’obéir ! » Malgré la resplendissante lumière qui auréolait l’apparition, Gemma sentit un malaise qui lui révéla la présence du malin ; épouvantée, elle fit appel à la Vierge et cracha à la figure de ce faux ange. Il disparut sous la forme d’une grande flamme rouge, laissant sur le parquet un amas de cendres.
Un autre jour, à l’église, le diable lui apparut sous les traits de son confesseur ; comme il lui conseillait de limiter ses austérités et ses macérations, elle eut des doutes sur l’identité du personnage ; elle lui jeta de l’eau bénite à la figure. L’apparition disparut à l’instant.
Ces perpétuelles vexations diaboliques ne parvinrent pas à troubler la paix intérieure de Gemma. « Bien qu’il me batte toujours, disait-elle, je n’ai plus peur du diable. Je sais que c’est Jésus qui lui permet de molester mon corps, mais il ne peut rien contre mon âme. »
Consciente de l’utilité des épreuves et de la souffrance, jamais Gemma ne se plaignit ou demanda un soulagement.
Plusieurs jours avant le décès de Gemma, le diable usa d’un curieux stratagème pour empoisonner les derniers moments de la vie terrestre de cette mystique. Son corps devint d’une telle pesanteur qu’un homme fort n’arrivait pas à le soulever, alors qu’en fait elle était d’une maigreur telle qu’elle pesait à peine une quarantaine de kilos. Sitôt la mort survenue, la dépouille mortelle reprit son poids normal. On la soulevait avec la plus grande facilité.
Sous prétexte de confession générale, par ordre de son directeur, Gemma avait, avec l’aide de son ange gardien, rédigé sa biographie. En fait, le directeur voulait avoir un document où étaient consignés tous les instants de la vie de cette mystique extraordinaire. Le manuscrit terminé avait été remis par Gemma à Mme Cecilia qui, avant de pouvoir le remettre au P. Germano comme il était convenu, l’avait serré dans un tiroir de son secrétaire. Au bout de quelques jours, le démon apparut à Gemma. Il avait un sourire sarcastique et tenait à la main le manuscrit de Gemma. Il criait : « Guerre, guerre, ton manuscrit est entre mes mains ! » Gemma fit part de sa vision à Mme Cecilia, sa mère adoptive. Recherches faites, le manuscrit, bien qu’enfermé, avait disparu. À la suite des prières et des exorcismes du P. Germano, le diable fut contraint de rendre le document. Il fut retrouvé à sa place dans le tiroir, mais dans un état lamentable, froissé, déchiré, noirci et brûlé en partie, surtout là où des secrets importants étaient révélés à Gemma par les entités de l’Au-Delà.
Gemma avait le discernement des âmes et des esprits, et son biographe consacre toute une section de son livre pour démontrer que Notre-Seigneur se servait de Gemma pour faire connaître à d’autres sa volonté. Voici ce qu’il dit à ce sujet et qui nous fera mieux connaître le comportement de la sainte :
Gemma, d’une réserve excessive, savait la vaincre quand Notre-Seigneur lui enjoignait de parler ou quand elle croyait devoir le faire de sa propre initiative. Que ce fut à un prêtre, à une supérieure de couvent, ou à quelque personne qu’elle ne connaissait pas, elle surmontait sa timidité et obéissait à sa conscience.
« Agissez avec plus de douceur dans votre gouvernement », disait-elle à une supérieure trop autoritaire.
« Si vous persévérez à résister aux inspirations que le Seigneur vous envoie, vous attirerez sur votre famille religieuse les châtiments du ciel », disait-elle à une autre.
Le don de lire dans les âmes lui était donné avec clarté : « Une lumière brille à mon esprit », disait-elle.
Les personnes en état de péché suscitaient en elle une répugnance et une douleur qui se manifestaient sur son visage.
Ce don de discernement amena l’un ou l’autre de ses confesseurs à la consulter sur leurs pénitents, et l’avenir prouvait que Gemma avait dit la vérité...
Gemma se voyait consultée par des personnes qu’elle ne connaissait pas : « Que dois-je faire pour me sanctifier ? » – « Qu’est-ce que le Seigneur désire de moi ? » La sainte se recueillait pour prendre conseil de Jésus et en toute droiture répondait quelques mots brefs, puis rentrait dans son bienheureux silence.
Blâmes ou louanges laissaient Gemma parfaitement indifférente. Quant à son caractère, telle est l’opinion d’un membre de sa famille : « Je ne pus jamais constater qu’elle eût péché contre l’humilité, la charité, la patience, la modération. Pendant tout le temps qu’elle habita chez nous, jamais je ne l’entendis prononcer un mot inutile ou superflu, ni faire sa propre louange, ni celle de sa famille. Dans tous les malheurs et les douleurs de sa vie, elle conserva toujours une égalité d’humeur étonnante. »
Gemma rendit son âme à Dieu le Samedi-Saint (11 avril 1903), à treize heures. De nombreuses guérisons et conversions posthumes eurent lieu grâce à l’intervention de la sainte, qui fut canonisée le 2 mai 1940, par S. S. Pie XII. À cette sainte s’applique parfaitement cette parole de saint Paul (Galates VI, 14) : Je me glorifierai dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
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CHAPITRE IX
Encore de l’Angéologie moderne
L’Angéologie du Cardinal Lépicier et du Père A. D. Sertillanges
NOUS voulons mettre en parallèle deux conceptions de théologiens catholiques modernes pour montrer leur façon d’envisager le mystère et le ministère des Anges. Dans l’exposé de ces deux auteurs, nous trouverons quelques notions qui compléteront le tableau que nous avons brossé jusqu’à maintenant.
SECTION I : Le Cardinal Lépicier et l’Angéologie.
Dans le cas de cet auteur, faisons d’emblée une remarque ; l’angéologie est traitée en fonction d’une idée préconçue, d’un but précis, soit la condamnation du spiritisme ; ce qui donne à l’exposé une allure de polémique qui nuit à la valeur de l’ouvrage. Sous le titre, Le Monde invisible. Le Spiritisme en face de la théologie catholique, le Cardinal Lépicier, de l’Ordre des serviteurs de Marie, a publié un gros volume de plus de cinq cents pages et cela dans le but de réduire à néant le spiritisme, œuvre du démon.
Cet ouvrage a été publié d’abord en anglais, en 1921 ; il a bénéficié d’une approbation de S. S. Benoît XV, puis, en 1931, parut une édition française par les soins de Ch. Grolleau.
Ne perdons pas de vue que les cent cinquante pages traitant de l’angéologie le sont en fonction d’une condamnation du spiritisme, ce qui en affaiblit beaucoup la valeur et l’intérêt. Aussi comprendra-t-on que la première question que se pose l’auteur est la suivante : Les phénomènes spirites doivent-ils être « attribués aux âmes des morts ou aux purs esprits que nous nommons anges ? » Retenons que, pour cet auteur, « dans les phénomènes spirites sont comprises deux sortes de pratiques occultes appelées respectivement hypnotisme et télépathie » ; plus tard viendra s’y ajouter le magnétisme. De telles assertions témoignent déjà d’une complète ignorance du sujet ou d’un esprit préconçu qui frise la mauvaise foi.
L’auteur posera en principe que, par la seule raison, on ne peut arriver à connaître avec certitude l’existence des purs esprits : il y faut l’aide de la révélation. De plus, un esprit réfléchi sera préparé à accepter une telle croyance comme une vérité fondamentale si elle lui est proposée par une autorité légitime. On doit comprendre qu’il s’agit de l’enseignement doctrinal catholique. En fait, l’existence de purs esprits est une chose concevable et naturelle, mais la réalité de purs esprits peuplant le monde invisible demeurerait cependant un problème insoluble pour nous, sans, comme il a été déjà dit, une révélation spéciale venant de Dieu.
Et le Cardinal de donner tout d’abord la définition de l’ange par le quatrième Concile de Latran : « Dieu, par sa Toute-Puissance, a créé à la fois, à l’origine des temps, les deux créatures, la spirituelle et la corporelle, c’est-à-dire l’angélique et la terrestre, et ensuite l’humaine, pour ainsi dire créature commune, composée d’esprit et de corps. »
Cette définition concorde avec ce que l’on trouve mentionné clairement dans la Bible, tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, et dans les écrits des Pères de l’Église.
Voici une affirmation de l’auteur qui, par son absolutisme, prête à discussion, surtout si l’on tient compte des visions du P. Lamy au moment de la translation de la statue de la Sainte Vierge à la chapelle de Notre-Dame des Bois : « En un mot, de même que chaque âme est numériquement distincte des autres âmes, ainsi est-elle distincte spécifiquement des purs esprits. Elle ne pourra jamais aspirer à devenir un pur esprit. »
Voici comment l’auteur définit ce que l’on doit entendre par pur esprit :
Par les mots purs esprits, nous entendons des êtres intelligents d’une nature si subtile qu’elle ne soit en aucune façon composée de matière, quelque raffinée ou éthérée que nous puissions la concevoir. De tels êtres sont ainsi en dehors de toute perception de nos sens, quelque parfaits et raffinés qu’ils soient, et transcendent l’ordre tout entier du monde matériel et visible. Ce serait donc une erreur de les concevoir comme appartenant à une classe intermédiaire entre des êtres doués d’une forme corporelle et ceux qui en sont exempts, tels que la crédulité du Moyen Âge a imaginé les Sylphes, c’est-à-dire des substances d’une nature aérienne possédant le pouvoir d’un mouvement léger et rapide...
Il n’y a, dans les anges, rien de matériel, pas l’ombre la plus légère d’un corps, si subtil et si impondérable que nous puissions l’imaginer. Un point est quelque chose de trop matériel pour représenter la simplicité d’un ange ; l’éclair qui passe dans le ciel ne donne pas même une idée de sa vigueur et de son énergie, et la force irrésistible d’un feu violent ne peut être comparée à la puissance de ces merveilleux esprits. Dieu a créé toutes choses en ce monde pour la manifestation extérieure de ses perfections infinies et les Anges sont, par nature, les plus beaux miroirs réfléchissant la spiritualité de la Divinité.
En conséquence, l’auteur ne craindra pas de poser en principe :
« Le monde des esprits se trouvant tout à fait au-delà de notre champ d’expérience », il faut avoir recours à « la théologie catholique, élaborée par les études des Pères et des Docteurs de l’Église, qui ont donné depuis longtemps sur tous ces points des explications précises, en dehors desquelles toutes les autres assertions se révèlent inadéquates, sinon tout à fait fausses. » Il serait intéressant qu’on nous dise comment il se fait que les Pères et les Docteurs de l’Église ont eu des révélations sur l’angéologie, révélations refusées au commun des mortels ? Au contraire, on nous affirmera : « Le lecteur doit donc être préparé à accepter l’interprétation que fournit la théologie catholique, si subtile qu’elle paraisse, ou abandonner tout espoir de parvenir à une compréhension exacte de la nature de la connaissance angélique. » De telles affirmations aussi absolues et peu nuancées ne sont pas de nature à apporter beaucoup de lumière sur la question du ministère des anges : il y a toujours danger à se croire le seul détenteur de la vérité absolue !
Quant à la nature et à l’étendue de la connaissance angélique, l’auteur nous dira : « La théologie catholique enseigne qu’outre leur connaissance naturelle, les anges, ou certains d’entre eux, possèdent aussi une somme de notions surnaturelles, dont la source se trouve dans la vision immédiate de l’Essence divine, vision qui n’est pas commune à tous les anges, mais qui n’est accordée qu’aux bons anges. »
Il y a une grande différence entre la connaissance de l’homme et celle des anges : « Nous passons graduellement d’un état d’ignorance à un état de connaissance. Les Anges, au contraire, ont possédé, dès le commencement de leur existence, la somme totale des connaissances naturelles propres à leur état. » Pour l’Ange, il n’y a donc pas de développement par croissance graduelle, comme chez l’homme ; les Anges sont toujours en possession de la lumière et de la science qui leur sont propres. Ce qui fait que : « L’intellect angélique est donc comme un tableau ou, mieux encore, comme un vivant miroir que l’ange n’a qu’à contempler pour connaître les choses naturelles de ce monde. »
Il y a au demeurant une différence entre les images perçues ou les représentations des anges les plus élevées et celles des anges d’un degré inférieur ; l’auteur nous dira :
La différence consiste en ce que, chez les anges d’un ordre supérieur, ces images sont plus universelles, et par conséquent d’une nature plus élevée, tandis que chez ceux d’un rang plus bas, elles sont plus particularisées et de moindre envergure. D’où il suit que tandis que la connaissance naturelle d’un esprit supérieur a plus d’unité et plus de simplicité, celle d’un esprit inférieur est plus divisée et pour ainsi dire fragmentée.
Qu’entend-on par illumination angélique ? On entend l’acte par lequel un ange supérieur manifeste à un inférieur quelque vérité de l’ordre surnaturel, vérité connue de celui-là par l’immédiate révélation du Verbe de Dieu, et communiquée par lui aux autres anges.
Il y a donc ainsi, tout au long de l’échelle de l’intelligence spirituelle, dans chaque esprit angélique, une influence à la fois active et passive, de telle façon, toutefois, que le premier esprit, tout en illuminant les autres, est lui-même illuminé directement par Dieu seul. D’autre part, le dernier être placé sur l’échelle de l’intelligence spirituelle, tout en étant illuminé, ne communique pas l’illumination aux autres esprits, mais seulement à l’homme...
C’est ainsi qu’un ange supérieur s’accommode à la capacité d’un ange inférieur, présentant à l’intellect de ce dernier, sous une force circonscrite, les vérités universelles, dont il a lui-même une compréhension plus universelle et par suite plus simple et sans division.
L’auteur tient à faire remarquer que cette illumination angélique joue uniquement pour les bons anges ; les mauvais esprits sont exclus de ce commerce intellectuel et illuminatif. Donc, en ce qui concerne les bons anges, un plus petit nombre d’images suffit à l’ange supérieur pour juger d’une situation, tandis qu’un plus grand nombre est nécessaire à l’ange inférieur.
D’après l’auteur, « les anges ne connaissent ni les évènements futurs, ni les secrètes pensées des cœurs des hommes » ; cette connaissance dépend de Dieu seul, mais dans certains cas Dieu peut déléguer à certains anges son pouvoir. De même, « suivant l’enseignement catholique, l’intelligence angélique ne peut, par exemple, par sa puissance naturelle, savoir si nous sommes en état de grâce et d’amitié avec Dieu ou bien en état de péché mortel et séparés de la source de tout bien. Ces choses surpassent la capacité naturelle de l’ange... L’ange ne peut connaître à fond nos pensées intimes sans notre consentement. »
Arrivé à ce point de son étude sur la connaissance angélique et sur leurs pouvoirs, l’auteur se rappelle qu’il écrit, non pour parler d’angéologie, mais de spiritisme, et il dit : « Et comme, en vertu du pouvoir que possèdent les anges sur les éléments de ce monde en général et sur le cerveau humain en particulier, ils peuvent communiquer cette connaissance à l’homme, il est facile de conclure que les révélations les plus extraordinaires pourront avoir lieu par l’intermédiaire des substances angéliques, révélations surpassant tout ce qu’il nous est possible de concevoir. »
Et l’auteur d’en arriver à cette conclusion qu’il y a lieu de retenir :
Ce que nous pouvons conclure du présent examen est que la connaissance angélique étant d’une si grande étendue, il n’est pas une seule des manifestations intellectuelles ou psychologiques, se produisant dans les séances spirites, qui ne puisse être attribuée à l’action de ces substances immatérielles que nous nommons purs esprits ou anges.
Voilà une affirmation de nature à réjouir certains spirites, mais l’auteur prendra soin de limiter la portée de son assertion en formulant le distinguo suivant : « Ce que nous aurons donc en outre à rechercher, ce sera de savoir si ces manifestations non seulement peuvent, mais aussi doivent être attribuées à ces intelligences spirituelles. Mais une étude ultérieure de la théologie catholique nous amènera à distinguer deux classes de substances angéliques : celles d’un haut degré de moralité que nous désignons par le nom commun d’anges, et celles d’un caractère moral dépravé que nous appelons démons. Après cela, il nous restera à rechercher à laquelle de ces deux catégories doivent être attribués les phénomènes spirites qui occupent si sérieusement de nos jours l’attention d’un grand nombre, même parmi les hommes de science. »
Mais avant d’en venir au verdict final, une étude plus détaillée sur les pouvoirs des Anges dans l’univers et sur la matière sera de nature à nous apporter quelques données intéressantes.
« Les anciens philosophes aussi bien que les Pères et les Docteurs de l’Église, dira l’auteur, enseignent unanimement que l’ordre physique de l’univers, en même temps que ses parties matérielles, est soumis à la direction d’êtres spirituels. » À cette affirmation, l’auteur ajoute ce correctif : « Cependant il ne serait pas exact de dire que le premier objet que Dieu s’est proposé dans la création des anges fût le gouvernement du monde... Nous dirons donc que le gouvernement de l’univers ne fut que le but secondaire de la création des anges. »
Si Dieu a doté les anges d’un grand pouvoir sur la matière, c’est pour la manifestation de sa plus grande gloire, et surtout pour que l’homme, mis en éveil par ces faits extraordinaires, puisse faire un retour sur lui-même et revenir dans la voie de la spiritualité. « Et c’est ainsi que les anges deviennent les ministres choisis du grand Roi, dont ils sont par suite les instruments pour la manifestation de sa gloire au genre humain. »
C’est de cette façon que les Pères et les Docteurs de l’Église admettent l’opération des anges spécialement préposés aux plantes, aux animaux et surtout à la société humaine. La Sainte Écriture parle aussi de l’ange ayant pouvoir sur le feu (Apoc. XIV, 18) et de l’ange qui domine sur les eaux (Apoc. XVI, 5)... C’est aussi l’enseignement de l’Église Catholique que chaque homme a, dès sa naissance, son ange gardien qui le protège et le défend pendant tout le cours de sa vie mortelle.
Disons, pour conclure, qu’aux anges appartient le droit de régir et de gouverner les éléments matériels du monde, en présidant non seulement aux évènements qui surviennent en accord avec les lois de la nature, mais aussi à ces dérogations aux lois naturelles que Dieu ménage au cours des temps pour la manifestation de sa gloire.
Sans avoir recours à l’explication d’une dérogation momentanée aux lois naturelles pour la production de certains effets spectaculaires, on pourrait tout aussi bien parler, non de dérogation aux lois naturelles, mais de mise en action de forces supérieures au plan matériel, provenant de l’utilisation d’énergies de plans plus élevés, y compris la force toute-puissante du Saint-Esprit.
L’ange a-t-il le pouvoir de changer les corps de place et de mouvoir la matière ? L’auteur donnera une réponse qui explique certaines actions des anges en faveur de leurs protégés (cas du Père Lamy et du Padre Pio).
L’ange peut certainement – et cela est admis par tous les anciens philosophes – transférer d’une place à une autre les corps même les plus pesants, et cela avec la plus grande aisance possible et avec une rapidité surpassant les plus parfaites inventions mécaniques qui nous soient connues. En réalité, s’il peut produire, dans les corps, un changement intrinsèque substantiel ou accidentel, la raison de cette possibilité est due au pouvoir qu’il possède de mouvoir dans l’espace les éléments matériels, et nullement à un pouvoir direct qu’on supposerait lui appartenir sur la substance même de ceux-ci... La raison de la possession de ce pouvoir par les anges réside dans cette loi générale que l’élément le plus élevé dans les choses d’un ordre inférieur est soumis à l’influence des êtres qui appartiennent à l’ordre supérieur. » Une remarque est à retenir : « On doit observer ici que, bien que l’énergie angélique déployée dans la force mouvante soit pour nous incalculable, il faut cependant la concevoir comme admettant divers degrés, suivant la position que chaque ange occupe dans la grande échelle des substances spirituelles. »
Ce mystérieux pouvoir accordé aux anges est-il de nature à troubler, dans certaines circonstances, l’ordre du monde ? La crainte est inutile si l’on parle des bons anges, et l’auteur aura une page qui mérite d’être reproduite :
Mais bien que la puissance de l’ange soit d’une telle ampleur, il n’y a pas à craindre qu’il intervertisse ou bouleverse la marche de la nature, vu qu’un tel privilège n’a pas été donné aux anges pour la destruction, mais plutôt pour le bon ordre et le gouvernement régulier de l’univers. Si donc il arrive parfois que des esprits angéliques d’une nature mauvaise et perverse causent un dommage réel à l’homme ou du désordre dans les éléments de la nature, cela est dû soit à un pacte explicite ou tacite avec eux, comme dans les cas de sorcellerie, soit à quelque disposition cachée de la part de Dieu, qui peut, pour des fins infiniment sages, permettre des bouleversements dans le monde...
Un bref examen des phénomènes qui ont lieu dans le monde physique suffira pour nous donner une idée des effets merveilleux dont sont capables les êtres angéliques. En premier lieu, de même que, par les forces de la nature, des masses énormes changent de place, ou que, par l’activité d’agents physiques, les éléments de la matière sont dispersés ou travaillent de concert pour faire naître des tempêtes, des trombes et des ouragans, de même aussi un ange peut, sans la coopération d’agents intermédiaires, transférer des corps énormes d’un endroit à un autre ; il peut les soulever et les tenir suspendus en l’air, et cela pendant une période de temps indéterminée ; il peut agiter et faire entrer en collision des substances pesantes, retourner de fond en comble des villes et des villages, susciter des tremblements de terre et des soulèvements de mer et faire naître des cyclones ou des ouragans ; il peut arrêter le cours des fleuves et même, s’il le désirait, faire s’entrouvrir la mer.
L’ange, substance spirituelle, est au-dessus du temps et de l’espace ; on ne pourra dire qu’il en occupe un lieu particulier, mais lorsqu’il exerce une action spéciale en un lieu déterminé, il l’occupe, le remplit de telle sorte qu’aucun autre ange ne peut l’occuper.
Les corps, revêtus par les anges pour se manifester en un lieu donné, pour se rendre visibles et même tangibles, sont purement mécaniques et n’ont rien de vital ; les actes qu’ils accomplissent dans cet état sont des actes mécaniques et non vitaux, puisque le corps fabriqué par l’ange pour sa manifestation est transitoire et ne fait pas partie d’une manière formelle de la nature angélique.
Parlant de la « télépathie, ce genre de spiritisme » (sic), l’auteur nous dira que l’ange « peut aussi modifier l’imagination d’un homme, au point de le rendre capable de décrire avec exactitude la topographie d’un lieu qu’il n’a jamais visité, ou les traits caractéristiques d’une personne qu’il n’a jamais rencontrée, comme cela se passe dans les phénomènes dits de clairvoyance. » Ici l’auteur se montre tout à fait ignorant de la question qu’il aborde. En effet aucun métapsychiste sérieux n’admettra que l’on fasse rentrer la voyance ou la métagnomie dans le cadre du spiritisme.
Pour montrer que l’influence de l’ange sur l’homme n’est pas fatale, l’auteur relèvera que « dans tous les cas, la volonté du sujet demeure intacte et que nous pouvons toujours résister à l’influence angélique, que celle-ci s’exerce pour le bien ou pour le mal ». L’homme, en tout état de cause, conserve toujours son libre arbitre. Ainsi est limité le pouvoir de l’ange. Cependant, il est patent que « les anges ne produisent des effets miraculeux et surnaturels que lorsqu’ils agissent comme ministres de Dieu ».
Un exemple est donné d’un cas où un même effet produit par deux anges différents est miraculeux dans un cas et pas miraculeux dans l’autre ; et voici le raisonnement : « La guérison d’un homme malade de la fièvre peut, dans un cas, être un miracle et ne l’être pas dans un autre. C’est un miracle s’il se produit sur l’ordre de Dieu par l’ange agissant comme son ministre ; ce n’est pas un miracle quand il se produit par l’ange agissant de son propre chef, cet effet restant dans la sphère de sa puissance naturelle. »
Que voilà une distinction subtile qui nous paraît plutôt difficile à établir dans la pratique courante, l’ange n’ayant pas l’habitude de dire à quel titre il agit en faveur de la personne confiée à sa garde.
D’après l’auteur, il est absolument impossible aux anges de produire le phénomène connu sous le nom de compénétration des corps. L’explication de ce fait nous paraît plutôt singulière :
La seule chose que les anges puissent faire dans ce domaine est de se servir des propriétés inhérentes aux éléments de la matière dont ils ont la parfaite compréhension, et, par d’ingénieux subterfuges, d’obtenir des effets surprenants, capables de faire croire que ces effets sont obtenus au moyen de la compénétration des corps, tandis qu’ils ne sont en réalité que le résultat d’une sorte de prestidigitation des plus habiles.
Nous avouons ne pas goûter beaucoup ces anges « prestidigitateurs » !
Nous apprécions encore moins la conclusion de l’auteur quand il nous dit une fois de plus que tous les phénomènes spirites « peuvent être attribués aux anges, c’est-à-dire aux anges déchus, aux esprits d’un ordre moral que nous appelons démons ».
Partir d’une idée préconçue est déjà fort dangereux, mais y persévérer envers et contre tout conduit à l’absurde.
Errare humanum est, perseverare diabolicum.
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SECTION II : L’Angéologie du Père A. D. Sertillanges O. P.
Dans son Catéchisme des Incroyants (Paris 1930), le théologien et philosophe A. D. Sertillanges a consacré tout un chapitre à l’exposition de l’angéologie (T. I, pp. 177-187). Le sujet est traité par questions et réponses, à la manière thomiste. Nous allons en reproduire quelques passages parmi les plus illuminatifs.
D. – Quels sont, par ordre, les bénéficiaires de la Création ?
R. – Les anges, que nous croyons avoir précédé la création matérielle ; la création matérielle elle-même ; l’homme, et, s’ils existent, les êtres raisonnables, habitants des autres mondes.
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D. – Revenons aux anges. Vous croyez, vraiment, à ces êtres qu’on ne voit pas ? N’est-ce pas une illusion, une duperie ?
R. – L’homme qui est dupe – la dupe de ses sens – c’est celui qui ne croit qu’à ce qui se voit.
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D. – Pourquoi ce monde surérogatoire, cette création d’êtres en supplément ?
R. – Vous refusez donc à Dieu de créer des échelons entre Lui et la chair terrestre ?...
L’antiquité philosophique a cru aux anges autant que l’antiquité instinctive. Aristote et Platon les font intervenir en cosmologie, Socrate en morale ; les anges gardiens figurent dans Hésiode et la chute des anges mauvais dans Empédocle.
D. – Ce qui m’étonne, c’est votre conception de l’esprit pur.
R– L’esprit pur est un intermédiaire tout naturel entre le super-Esprit et les esprits enténébrés de matière, ces « monstres » au sens pascalien, qui ont l’air d’appartenir à deux mondes.
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D. – Vous évoquez ainsi l’Échelle des êtres ?
R. – Cette antique notion éclairait beaucoup de problèmes. On a pu l’oublier, mais son actualité réelle n’est pas affaiblie. Les espèces d’êtres sont manifestement étagées selon un ordre de valeur croissante ou de valeur décroissante selon le point de vue où on les considère...
En nous, l’esprit éclôt à peine ; il est actif pendant une période bien réduite de la vie ; il est engourdi, durant cette période, la bonne moitié du temps ; englué, toujours, dans les pièges de l’imagination, s’échappant à lui-même jusqu’en son meilleur fonctionnement, que mainte erreur dérange. Comment croire que tout s’arrête là, et que l’esprit n’ait que ces maigres triomphes !
D. N’est-ce pas déjà bien beau que la matière s’éveille à l’esprit ?
R. – C’est si beau qu’elle ne saurait s’y éveiller toute seule.
D. – Vous dites que la nature est esprit.
R. – La nature est esprit en ce sens que l’important, en elle, ce sont les idées qui s’y font jour, ses inventions plutôt que ses réalisations matérielles, dont on voit qu’elle fait si peu de cas... Je cherche le monde de l’idée stable... plus proche de la Source idéale. Et je suis tout soulagé, comme philosophe, quand l’Église me dit : Voici votre monde : un échelonnement nouveau partant de l’homme au lieu d’y aboutir ; des degrés d’esprit en esprit, jusqu’au souverain Esprit, comme vous avez des degrés de corps en corps jusqu’au corps animé d’esprit ; voici mes célestes « hiérarchies » ; voici les « chœurs » des anges.
D. – Vos anges ne sont donc pas tous de même nature, ne sont donc pas égaux ?
R. – Ils sont égaux et de même nature négativement, c’est-à-dire que tous sont exempts de matière, tous de purs esprits. Mais au positif, il n’y en a pas deux de même nature, il n’y en a pas deux d’égaux ; car, ne différant que selon l’esprit, ils représentent chacun nécessairement une idée de nature différente, et une idée comme telle ne se répète pas.
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D. – Les anges ont-ils rapport à nous ?
R. – Tous les étages de l’être communiquent ; les règnes s’entre-pénètrent et se rendent des services mutuels. Les anges, placés entre nous et Dieu, sont comme les ambassadeurs de Dieu, Ses envoyés, ainsi que le mot ange le comporte. Ils sont aussi les nôtres, par la charge qu’ils prennent de nos prières et de nos vœux. L’état où ils se trouvent par rapport à nous crée en eux un mouvement inverse du nôtre. Nous cherchons ce que nous ne possédons pas ; nos regards vont de bas en haut, vers les régions souveraines. Eux, qui possèdent, tendent à communiquer avec bienveillance ce qu’ils possèdent à ceux qui y tendent encore et pourraient en manquer le chemin.
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D. – Il en est pourtant de mauvais ?
R. – Tous furent créés bons ; mais nous croyons en effet qu’il en est de déchus, c’est-à-dire qui ont rejeté le bien et choisi le mal, dans l’inévitable option proposée par la Providence à tout être libre.
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D. – Une telle croyance n’est-elle pas aujourd’hui un peu désuète ?
R. – Dites qu’elle est méconnue. Les vrais chrétiens savent qu’elle est actuelle plus que jamais ; les saints l’appuient sur leur expérience ; quant aux esprits forts, ils rient du diable et le servent à qui mieux mieux.
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D. – Comment peut-on servir le diable sans y croire ?
R. – Tandis qu’on ne peut servir Dieu qu’en croyant en Lui, le diable, lui, n’a pas besoin qu’on croie en lui pour le servir. Au contraire, on ne le sert jamais si bien qu’en l’ignorant.
D. – Nous sommes donc entourés d’êtres invisibles ?
R. – Notre vie est en plein ciel. Si nos yeux s’ouvraient, je veux dire si nous possédions cette intuition de l’esprit qui nous manque, nous serions comme Jacob dématérialisé par son mystérieux sommeil ; nous aussi nous verrions des multitudes montant et descendant l’escalier symbolique, et nous percevrions, avec les degrés de l’être, les échanges d’activité qui relient tout.
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Comme nous l’avons dit, ces quelques questions et réponses extraites du Catéchisme des Incroyants du Père A. D. Sertillanges sont illuminatives et situent bien ce que tout homme peut et doit savoir en matière d’angéologie ; le lecteur aura profit à s’assimiler cet enseignement si simple et si clair, peut-être aura-t-il le désir de recourir à la source originale.
Et lorsqu’on sait que cet enseignement sur la nature et le ministère des anges nous est donné par un philosophe averti, on sera encore plus porté à bien réfléchir et on assimilera mieux les notions qui nous sont présentées d’une façon si claire et si précise.
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SECTION III : Les Anges à la lumière de l’« Abrégé de la Doctrine Chrétienne », par l’Abbé A. Boulenger (1929).
Après le Catéchisme des Incroyants du P. A. D. Sertillanges, il nous paraît intéressant et instructif de donner connaissance de l’enseignement sur les Anges et leur nature que l’on trouve dans l’Abrégé de la Doctrine chrétienne de l’Abbé A. Boulenger. Développant le premier article du Symbole : « Je crois en Dieu le Père tout-puissant Créateur du ciel... » l’auteur motivera ainsi l’opportunité d’une étude du monde angélique :
« Après avoir démontré l’existence de la création, nous avons à parler des œuvres de Dieu. Or les œuvres de Dieu sont de deux sortes : les unes sont spirituelles : ce sont les Anges ; les autres, corporelles : c’est le monde et, en particulier l’homme. »
Voilà la raison d’un chapitre entier, le sixième, consacré à l’étude des Anges.
Anges : existence, nature et fonction.
1. Les Anges – Définition.
Les Anges sont de purs esprits créés par Dieu pour exécuter ses ordres et chanter ses louanges. De la définition qui précède découlent la nature et les fonctions des anges.
Nature : Les anges sont de purs esprits : il faut entendre par là qu’ils ne sont pas unis à un corps, comme l’âme de l’homme ; ils sont purement, uniquement, esprits. Quand la Sainte Écriture parle de la face et des ailes des anges, ce sont là expressions figurées : ainsi les ailes signifient la promptitude avec laquelle ils exécutent les ordres de Dieu. Les anges peuvent, il est vrai, prendre une forme corporelle lorsqu’ils apparaissent ici-bas, comme l’ange Raphaël qui guida Tobie dans son voyage, mais ce corps leur est étranger.
Les anges sont supérieurs à l’homme du fait même qu’ils ne sont pas liés à un corps. Dieu les a créés avec une intelligence beaucoup plus parfaite, vu qu’ils connaissent les choses directement et sans se servir comme nous des organes des sens, et avec une volonté libre comme la nôtre, libre de se porter vers Dieu ou de se détourner de lui, capable par conséquent de bien ou de mal.
Fonctions : les anges ont une double fonction : avant tout ils sont comme les serviteurs et les messagers de Dieu : d’où leur nom (grec, aggelos = messager) ; ils exécutent ses ordres et remplissent les missions qu’il leur confie auprès des autres créatures, et spécialement auprès des hommes.
Ils ont encore pour fonction de chanter les louanges de Dieu. Ayant le bonheur de pouvoir contempler les perfections infinies de Dieu, ils traduisent leur joie et leur reconnaissance par une adoration et des louanges continues.
Existence des Anges.
Le dogme de l’existence des anges s’appuie sur l’Écriture Sainte, sur la Tradition, et la raison.
Écriture Sainte :
Tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, il est souvent question des anges.
Dans l’Ancien Testament : un ange garde l’entrée du Paradis terrestre après l’expulsion d’Adam et d’Ève ; un ange apparaît à Abraham au moment où il va immoler Isaac ; un ange réconforte Élie dans le désert. L’ange Raphaël accompagne Tobie dans son voyage.
Dans le Nouveau Testament : l’archange Gabriel annonce à Zacharie la naissance de saint Jean-Baptiste et à Marie qu’elle serait la Mère de Dieu. Aux bergers, des anges annoncent la naissance du Sauveur ; un ange assiste Jésus dans son agonie au jardin des Oliviers ; ce sont encore des anges qui annoncent la Résurrection aux saintes femmes. Un ange délivre saint Pierre de la prison.
Tradition :
L’existence des anges nous est attestée : 1) par les symboles qui appellent Dieu « Créateur du ciel et de la terre », ou « Créateur des choses visibles et invisibles » ; le ciel et les choses invisibles désignent évidemment les créatures spirituelles, c’est-à-dire les anges ; 2) l’existence des anges est encore attestée par les écrits des Pères de l’Église et par les définitions des conciles (IVe concile de Latran et concile du Vatican).
Raison :
La raison, sans pouvoir démontrer le fait 11, trouve une certaine convenance dans l’existence des anges. Il nous est facile en effet de constater qu’il y a une gradation dans l’échelle des êtres créés ; au bas de l’échelle, les créatures purement matérielles, sous leur triple forme, gazeuse, liquide et solide ; puis les êtres organisés, les végétaux ; au-dessus des végétaux, les animaux, dont les espèces les plus perfectionnées se rapprochent de l’homme par le corps ; puis, l’homme composé à la fois d’un corps et d’un esprit. Pourquoi n’y aurait-il pas des natures purement spirituelles pour faire suite à la nature humaine et former ainsi un intermédiaire entre Dieu et l’homme ? On pourrait ajouter, d’autre part, que de nombreux phénomènes extraordinaires, comme les possessions, semblent bien révéler l’existence d’esprits invisibles.
Hiérarchie.
D’après une tradition qui s’appuie sur certains textes de la Sainte Écriture (Is. VI, 2 ; Éz. X, 3 ; Col. I, 16 ; Éph. I, 20, 21 ; 1 Thess. IV, 15 ; Rom. VIII, 38), les anges, dont le nombre est très grand, se divisent en trois hiérarchies, subdivisées elles-mêmes, chacune en trois chœurs. La première hiérarchie, qui contemple Dieu, comprend les Séraphins, les Chérubins et les Trônes. La seconde, qui s’occupe du gouvernement du monde, se compose des Dominations, des Vertus et des Puissances. La troisième, qui exécute les ordres de Dieu, est formée par les Principautés, les Archanges et les Anges.
Les démons ayant, après leur chute, gardé leur nature, il y a aussi parmi eux un certain ordre d’après leur degré de perfection naturelle.
Épreuve.
Aussitôt créés, les anges furent élevés à l’ordre surnaturel ; leur premier état fut donc un état de justice et de sainteté, l’état de grâce. Mais, avant de leur octroyer le bonheur du ciel (la vision béatifique). Dieu voulut les soumettre à une épreuve, pour qu’ils fussent à même de mériter leur destinée. Or de cette épreuve, les uns sortirent vainqueurs, tandis que les autres succombèrent. Quelle fut la nature de l’épreuve et quel fut le péché des mauvais anges ? On croit communément que ce fut un péché d’orgueil qui divisa ainsi les anges en deux camps : d’un côté, ceux qui, à la suite de Lucifer, firent entendre ce cri de révolte : « Je serai semblable au Très-Haut » ; de l’autre, ceux qui suivirent l’Archange saint Michel et répondirent : « Qui est semblable à Dieu ? »
Aussitôt après cette épreuve, les bons anges furent confirmés dans leur état de grâce et admis à la gloire éternelle. Les autres, les démons, désormais les ennemis de Dieu, furent précipités en Enfer, spécialement créé pour eux à l’heure de leur chute.
II. Les Anges gardiens.
Définition :
On entend par anges gardiens les anges qui sont préposés par Dieu à la garde des hommes.
Existence :
L’existence des anges gardiens nous est attestée par l’Écriture Sainte et par la Tradition.
Écriture Sainte :
Dans l’Ancien Testament, il est souvent question d’anges gardiens, soit à propos du peuple d’Israël, soit à propos d’individus (Jacob, Tobie).
Dans le Nouveau Testament, leur existence nous est attestée par Notre Seigneur : « Prenez garde de mépriser aucun de ces petits, car je vous dis que leurs anges dans le ciel voient sans cesse la face de mon Père. » (Mat. XVIII, 10.)
Tradition :
La croyance à l’existence des anges gardiens est si bien dans la tradition, que l’Église a institué une fête spéciale en leur honneur, le 2 octobre.
Les théologiens enseignent qu’il y a un ange gardien, non seulement pour chaque individu, juste ou pécheur, mais encore pour chaque nation, chaque ville, chaque diocèse, chaque communauté. Saint Michel est l’ange gardien de toute l’Église, mais chaque église particulière a aussi son ange gardien spécial.
Leur rôle :
Les anges gardiens veillent sur notre corps en nous protégeant contre les dangers et les accidents.
Ils veillent surtout sur notre âme en nous soutenant contre les tentations du démon et en nous portant au bien par de bonnes inspirations ; ils peuvent même parfois, si nous avons fait mal, nous infliger des épreuves pour nous faire expier nos fautes et nous ramener dans la voie du bien.
Enfin les anges offrent à Dieu toutes nos prières et nos bonnes œuvres.
Nos Devoirs envers les Anges :
En reconnaissance pour ses bons offices, nous devons aimer notre ange gardien comme un bienfaiteur ; respecter sa présence, et par conséquent, éviter d’offenser par le péché son regard très pur ; nous devons enfin suivre ses inspirations et le prier avec confiance, chaque jour, et particulièrement au moment de nos tentations.
III. Les mauvais Anges ou Démons.
Définition :
On appelle mauvais anges ou démons les anges qui se sont révoltés contre Dieu.
Existence :
L’existence des mauvais anges, enseignée par le IVe concile de Latran, s’appuie sur de nombreux textes de l’Ancien Testament (tentation d’Adam et Ève par le démon caché sous la forme d’un serpent, tentation de Job...) et du Nouveau Testament (tentation du Christ au désert, nombreux possédés délivrés du démon par Notre-Seigneur).
Influence des démons dans le monde :
De même que les anges gardiens usent de toute leur influence pour nous pousser au bien, de même les démons emploient tous leurs moyens d’action pour nous inciter au mal ; ils y sont déterminés par leur haine de Dieu et par leur jalousie à l’égard des hommes, qui sont destinés à occuper au ciel la place qui leur était réservée.
Leurs moyens d’action s’appellent : la tentation, l’obsession et la possession.
La tentation est leur moyen ordinaire et principal. Le démon, pour nous pousser au mal, agit sur nos sens et notre imagination et cherche à troubler notre âme en excitant nos passions. Toutefois il convient de remarquer que si la tentation peut être plus ou moins violente, jamais elle ne dépasse la mesure de nos forces et n’enlève notre libre arbitre, de sorte qu’il dépend toujours de nous d’en triompher, et d’en faire une occasion de mérite.
L’obsession est l’action du démon qui tourmente une âme par des tentations prolongées ou souvent répétées.
La possession est l’action du démon qui pénètre dans le corps d’un homme et lui fait faire des choses insolites. Très fréquentes du temps de Notre-Seigneur, les possessions se rencontrent encore de nos jours, surtout dans les pays infidèles où l’Évangile n’a pas pénétré. Il ne faut pas confondre toutefois les possessions avec les phénomènes de magnétisme ou d’hystérie.
Moyens de résister aux démons :
1. La prière, car Dieu ne saurait refuser les grâces nécessaires à ceux qui les lui demandent.
2. L’humilité, c’est surtout aux humbles que Dieu donne ses grâces.
3. La mortification, elle est en effet l’un des moyens les plus sûrs d’obtenir l’aide de Dieu.
4. La confiance en Dieu, qui ne permet jamais que nous soyons tentés au-dessus de nos forces.
5. Signalons enfin, comme moyens spécialement institués par l’Église à cet effet, l’usage des sacramentaux tels que l’eau bénite et les exorcismes.
Fêtes des Anges.
La liturgie romaine célèbre :
1. Une fête générale en l’honneur des saints Anges, le 2 octobre.
2. Saint Michel, vainqueur de l’Ange rebelle, le 29 septembre.
3. Saint Gabriel, le messager de l’Annonciation, le 24 mars.
4. Saint Raphaël, le guide du jeune Tobie, le 24 octobre.
Cet enseignement sur la nature et le ministère des Anges que vient de nous donner l’Abbé A. Boulenger, dans ce qu’il dénomme un « Cours moyen de Doctrine chrétienne », cours qui de plus a reçu l’Imprimatur, en mars 1926, est bien représentatif des croyances des Catholiques modernes en matière d’angéologie. Tous les Chrétiens, quelle que soit leur appellation, peuvent bénéficier de cet enseignement dont les bases reposent sur les données mêmes de l’Ancien et du Nouveau Testament.
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SECTION IV : La Commémoration des anges dans la liturgie catholique.
Il est intéressant et instructif de mettre en parallèle les enseignements de deux ouvrages traitant des « Vies des Saints pour tous les jours de l’année » ; le premier, le plus ancien, que nous désignerons par (A) est un grand ouvrage en douze volumes, dû à la plume d’Alban Butler, traduit de l’anglais par l’Abbé Godescard, édité à Pans, chez Barbou en 1784 ; la seconde Vie des Saints est l’œuvre de l’Abbé L. Jaud, parue chez Marne, à Tours en 1928 ; nous la désignerons par la lettre (B). Nous verrons que l’enseignement, pour être plus résumé dans le second ouvrage, ne diffère cependant pas dans le fond ni dans l’esprit ; nous avons là une bonne vue d’ensemble de l’angéologie. Nous allons passer successivement en revue l’enseignement donné pour les trois commémorations suivantes : 8 mai, Apparition de l’Archange Saint Michel ; 29 septembre, Saint Michel Archange et tous les Saints Anges ; 2 octobre, les Saints Anges gardiens.
(A) L’Apparition de l’Archange Saint Michel (8 mai).
L’auteur débute par de longues considérations sur la nature et le ministère des Anges ; c’est un vrai cours d’angéologie :
Le Seigneur déploie dans la production de ses créatures, les richesses de sa bonté, de sa puissance et de sa gloire ; elles sont comme un miroir qui réfléchit ses divines perfections. L’Univers est, pour ainsi dire, un vaste temple où il donne continuellement des marques visibles de sa présence... Fut-il jamais un plus puissant motif de le louer, de le bénir et de le remercier pour toutes ses œuvres !
Mais cet hommage, nous le lui devons surtout pour la création de ces purs Esprits sur lesquels il a plus spécialement empreint les traits de son image. En les enrichissant des trésors de sa grâce, il leur a communiqué le don précieux de la sainteté, et les a rendus dignes d’habiter éternellement dans son royaume.
La nature des purs Esprits est supérieure à celle des hommes. Ceux-ci n’occupent que le second rang dans les classes des êtres raisonnables ; s’ils ont des rapports avec le monde spirituel, ils en ont aussi avec le monde matériel ; par leur âme, ils tiennent aux Intelligences célestes ; mais par leur corps, ils participent aux qualités de la matière. Il est donc vrai de dire que les hommes sont essentiellement inférieurs aux purs Esprits du côté des perfections naturelles ; ce qui n’empêche pas que la grâce ne puisse élever les premiers au-dessus des seconds. Et ceci est arrivé à l’égard de la Sainte Vierge, que l’Église place dans un rang de beaucoup supérieur à celui des plus distinguées des intelligences célestes.
Dieu, en créant les purs Esprits, les mit dans un état où ils pouvaient mériter et démériter. Plusieurs, qui avaient Lucifer à leur tête, abusèrent de leur liberté et s’adonnèrent à l’orgueil. Leur crime fut puni sur-le-champ. Dieu les précipita du haut du ciel dans un abîme de misères ; et c’est à eux que l’on donne le nom d’Esprits malfaisants ou de Démons. Pour ceux qui persévérèrent dans la justice, ils reçurent l’immutabilité de cette persévérance. Ils furent confirmés en grâce et couronnés d’une gloire éternelle. On les appelle bons Esprits.
Il est évident, par plusieurs passages de l’Écriture, que Dieu emploie souvent le ministère des Esprits célestes dans l’exécution des décrets de Sa providence, par rapport au monde en général, et surtout par rapport aux hommes. De là le nom d’Anges ou d’Envoyés qui leur est donné ; nom qui ne désigne pas leur nature, mais leur office. Il est attribué cependant d’une manière spéciale à un certain Ordre d’Esprits bienheureux.
Ici l’auteur mentionne les neuf Ordres des Anges, d’après les Pères et les Livres Saints. Dans son énumération, les Principautés qui, selon la gradation généralement admise, sont à la tête de la troisième Hiérarchie, sont remplacées par les Vertus ; et les Principautés sont placées au milieu de la seconde Hiérarchie. Les Séraphins représentent l’amour infini de Dieu et les Chérubins glorifient la toute-puissance de Dieu. Quant au nombre des Esprits, il est innombrable ainsi qu’il ressort de l’enseignement des Écritures. Et l’auteur de préciser la nature des Anges :
Les Anges (et sous cette dénomination nous comprenons tous les Esprits bienheureux), les Anges sont des substances immatérielles, et qui par conséquent n’ont aucune des propriétés des corps, telles que l’étendue, la divisibilité, la figure, la couleur, etc.
Il suit de là que les Anges sont d’une nature plus excellente que tous les êtres qui habitent ce monde. Ils l’emportent encore sur eux par les propriétés de cette nature, et par tous les avantages qui en sont les suites, comme par la subtilité, la promptitude de leur pénétration, l’étendue de leurs connaissances. Il n’est pas moins certain qu’ils ont la faculté de se communiquer leurs pensées les uns aux autres...
Les Anges se parlent les uns aux autres par le désir intérieur ou par la volonté qu’ils ont de se communiquer leurs pensées et leurs sentiments. Comme ils s’entendent entre eux, ils entendent aussi le langage de nos âmes, surtout lorsque nous nous adressons à eux, et qu’il leur importe de connaître ce qui se passe en nous. Par la même raison, nos Anges Gardiens peuvent en un instant instruire de ce qui nous regarde les Esprits qui sont éloignés de nous.
Partant de l’affirmation que l’on trouve dans l’Évangile (Luc XV, 7-10) qu’il y a de la joie au ciel parmi les anges pour un seul pécheur qui se repent, l’auteur en conclut que les Anges s’intéressent charitablement à notre bonheur ; puis il continue son exposé :
Inutilement voudrions-nous concevoir l’activité des Anges. Ils ont le pouvoir de se transporter d’un lieu à un autre ; et ce transport se fait avec une rapidité dont il n’y a point d’exemple dans les choses visibles. Il leur faut infiniment moins de temps pour venir du haut du ciel dans les lieux les plus bas de la terre qu’il n’en faut à la lumière du soleil jusqu’à nous... L’emploi des anges pendant toute l’éternité sera d’adorer Dieu sans cesse, de louer, de bénir et de glorifier son nom.
Dans l’état d’imperfection où nous sommes, nous ne pouvons avoir qu’une très faible idée du pouvoir des Esprits. Mais la révélation a suppléé au défaut de nos lumières, et a tiré une partie du voile qui nous dérobait la connaissance du monde immatériel. C’est elle qui nous apprend que les mauvais Esprits emploient mille moyens pour nous faire tomber dans le péché, et qui nous ordonne en conséquence de veiller et de nous tenir sur nos gardes, afin que nous puissions nous garantir de la séduction de leurs ruses. C’est elle qui nous enseigne en même temps que Dieu charge souvent les bons Anges du soin de nous assister ; que ces saintes Intelligences s’intéressent vivement à notre sanctification, et que nous recevons de leur charité des secours efficaces.
Si nous avons mené une vie sainte, les Anges, à notre mort, nous conduiront au séjour de gloire.
Quant à Saint Michel, Archange, que l’Église honore en ce jour (8 mai), c’est le Prince des Anges fidèles qui s’opposèrent à Lucifer et à ses compagnons de révolte ; son nom en hébreu signifie : Qui est semblable à Dieu ? Devise qu’il adopta comme signe de ralliement contre les apostats qui se croyaient « semblables à Dieu ». Et c’est ainsi qu’il réprima leur orgueil. À l’heure actuelle, l’Archange protège encore les hommes contre les assauts du Démon. Saint Michel est aussi le protecteur de l’Église, d’abord de la Synagogue, puis de l’Église chrétienne. Elle lui attribue les nombreuses victoires qu’elle a remportées sur ses ennemis. De là cette dévotion avec laquelle les Fidèles invoquent son secours ; dévotion qui s’est accrue par les différentes apparitions du saint Archange. Une des plus célèbres est celle où il se manifesta sur le Mont Gargan. Il est dit dans les Écritures que Saint Michel viendra à la fin des temps défendre l’Église contre les persécutions de l’Antéchrist.
Combattons avec Saint Michel les Anges apostats ; mais souvenons-nous que l’humilité et la charité furent les armes qui lui assurèrent la victoire. Ces paroles, qui est semblable à Dieu, prononcées avec foi, mettront en fuite les Démons les plus acharnés à notre perte.
On le voit, l’enseignement donné pour ce jour commémoratif est complet ; il nous incite à ne jamais oublier que l’un des offices des Anges est de veiller à notre sécurité matérielle et surtout morale.
Voyons maintenant la deuxième leçon sur le même sujet, telle que nous la donne la source (B) contemporaine.
(B) L’apparition de Saint Michel (en 492, le 8 mai).
Nous trouvons dans les histoires ecclésiastiques le récit de diverses apparitions de l’Archange saint Michel, et nous voyons, tant en Orient qu’en Occident, un certain nombre d’églises consacrées en son honneur. Si Dieu veut que nous honorions tous les Anges, à plus forte raison est-ce sa volonté que nous rendions hommage à celui des Esprits célestes qui leva contre Lucifer et les mauvais Anges l’étendard du combat et de la victoire. Le nom de l’Archange Michel signifie : Qui est comme Dieu ? C’est en effet, le cri d’indignation par lequel il rallia autour de lui les Anges fidèles. On représente saint Michel comme un beau jeune homme, le pied levé sur la tête d’un dragon qu’il transperce de sa lance. Parmi les faits merveilleux qui nous attestent la protection de saint Michel sur l’Église, il faut mentionner son apparition à Rome, où saint Grégoire le Grand l’aperçut dans les airs, remettant son glaive dans le fourreau pour marquer la cessation de la peste et l’apaisement de la colère de Dieu. Mais le 8 mai est destiné à rappeler une apparition non moins merveilleuse, sur le mont Gargan, dans le royaume de Naples. En l’an 492, un homme, nommé Gargan, faisait paître dans la campagne ses nombreux troupeaux. Un jour, un taureau s’enfuit dans les montagnes, où on le chercha d’abord vainement. On finit par le rencontrer dans une caverne, où on lui tira une flèche ; mais cette flèche revint blesser celui qui l’avait tirée. Devant cette merveille, on crut devoir consulter l’évêque voisin. Le prélat ordonna trois jours de jeûne et de prières. Au bout des trois jours, l’Archange saint Michel apparut à l’évêque ; il lui déclara que cette caverne où le taureau s’était retiré était sous sa protection, et que Dieu voulait qu’elle fût consacrée sous son nom et en l’honneur de tous les Anges. Accompagné de son clergé et de tout son peuple, le pontife se rend à cette caverne, qu’il trouve déjà disposée en forme d’église. On y célèbre les divins mystères, et bientôt, dans ce lieu même, s’élevait un temple magnifique où la Puissance divine a opéré de grands miracles. De tout temps la sainte Église a eu la plus grande vénération pour ce glorieux Archange... Elle nous le montre présentant à Dieu les âmes des justes, trépasses et nous invite à l’invoquer pour obtenir à l’heure de la mort le dernier triomphe sur les esprits des ténèbres. Ses apparitions à la bienheureuse Jeanne d’Arc sont célèbres. Il est regardé comme l’un des grands protecteurs de l’Église et de la France.

Raphaël (1483-1520), Saint Michel terrasse le Diable (Musée du Louvre).
(A) Vingt-neuvième jour de septembre.
La Dédicace de l’Église de Saint Michel ou la Fête de Saint Michel et de tous les Saints Anges
La Fête dont nous allons parler s’est toujours célébrée le 29 de septembre, depuis le cinquième siècle. Elle était certainement établie dans la Pouille en 493. On rapporte son institution dans l’Occident, à la Dédicace de la célèbre Église de Saint Michel, sur le mont Gargan en Italie ; et c’est pour cela qu’elle est appelée la Dédicace de Saint Michel, dans les martyrologues de Saint Jérôme, de Bède, etc. On célébrait le même jour, en Occident, la Dédicace de plusieurs églises bâties sous l’invocation du saint Archange, notamment de celle qui était sur le Mole d’Adrien, à Rome. Le culte de saint Michel et des Anges ne fut pas moins célèbre en Orient.
L’auteur rapporte que Constantin érigea une Église en l’honneur de Saint Michel, église dénommée le Michaëllion, devenue célèbre par plusieurs miracles qui y eurent lieu. Et l’auteur de continuer son exposé de nature à illustrer la signification de la Fête :
Quoique saint Michel soit nommé seul dans le titre de cette fête, il paraît, par les prières de l’Église, que tous les saints Anges en font l’objet. Nous devons, pour la bien célébrer : 1. Remercier Dieu de la gloire dont il comble les Anges, et nous réjouir du bonheur dont ils jouissent. 2. Témoigner notre reconnaissance au Seigneur de ce que, par sa miséricorde, il a confié le soin de notre salut à ces esprits célestes qui nous font ressentir continuellement les effets de leur zèle et de leur tendresse. 3. Nous joindre à eux pour louer et adorer Dieu, pour lui demander la grâce de faire sa volonté sur la terre, comme les Anges la font dans le Ciel, et de travailler à notre sanctification en imitant la pureté de ces esprits bienheureux auxquels nous sommes unis d’une manière si intime. 4. Les honorer non seulement avec ferveur, mais implorer encore le secours de leur intercession.
Le culte suprême, dit de Latrie, n’appartient qu’à Dieu, et l’on ne pourrait le rendre à la créature, sans tomber dans la plus monstrueuse Idolâtrie, et sans devenir coupable du crime de haute trahison contre la Majesté Divine. On est Idolâtre lorsqu’on offre le sacrifice à un Être qui n’est pas Dieu, et qu’on lui attribue d’une manière directe ou indirecte quelque attribut de la Divinité. Mais il est un honneur d’un ordre inférieur que l’on doit à certaines créatures à cause de leur supériorité ou de leur excellence. Tel est celui que la Loi même de Dieu nous ordonne de rendre à nos parents, aux Princes, aux Magistrats, et à toutes les personnes confirmées en dignité ; tel est encore cet honneur mêlé de sentiments de religion qui, selon les livres saints et la loi naturelle, est dû aux Prêtres ou Ministres du Très-Haut, et que les Rois, même les plus méchants, rendaient souvent aux prophètes, quoiqu’ils fussent des hommes obscurs et méprisables aux yeux du monde.
Cet honneur, on le voit, diffère infiniment de celui qui n’appartient qu’à Dieu ; il ne peut lui être injurieux ; il se rapporte aux créatures, en tant que leurs perfections sont des dons de la bonté divine. Lorsque nous témoignons du respect à un ambassadeur, nous honorons le maître qui l’a fait dépositaire d’une partie de son autorité ; et c’est le maître qui est la fin ultérieure des sentiments que nous manifestons. L’Écriture vient, en ce point, à l’appui de la loi naturelle : Rendez à tous les hommes ce qui leur est dû... l’honneur, à qui l’honneur appartient. (Rom. XIII, 7.)
L’honneur étant un témoignage rendu à l’excellence de quelque objet, qui peut nier que nous ne le devions aux Esprits célestes, dont la nature est si parfaite, l’excellence si sublime, la sainteté si éminente, la gloire si éclatante ?... Le droit que les saints Anges ont à notre respect est fondé sur plusieurs raisons. La première se tire de l’excellence de leur nature qui les élève beaucoup au-dessus des hommes ; ce sont de purs esprits, dans lesquels il ne se trouve aucune trace de notre faiblesse ; ils sont doués de facultés plus nobles, et qui ne conviennent qu’à des êtres incorporels. Secondement, ils ont des dons surnaturels, proportionnés à leur excellence ; lorsque l’Écriture parle d’eux, elle leur accorde sur les hommes une supériorité absolue, quoique quelques Saints particuliers puissent jouir d’une plus grande félicité, comme la Sainte Vierge, qui est élevée en gloire au-dessus de tous les Esprits célestes. Ils ne peuvent cependant se vanter d’un honneur semblable à celui que nous a procuré le mystère de l’Incarnation ; le Fils de Dieu n’a point pris la nature Angélique, mais la nature humaine ; et c’est comme homme que son Père l’a établi Seigneur de toutes les créatures. Enfin les Anges méritent notre vénération, parce qu’ils jouissent d’un état de gloire et de félicité que rien ne peut leur ravir ; parce qu’ils sont sans cesse en la présence de Dieu, qu’ils environnent toujours son trône, et qu’ils exécutent fidèlement les décrets de sa volonté suprême.
Mais ce qui doit principalement exciter notre vénération pour les saints Anges, c’est leur invariable fidélité pour le Seigneur... l’ardeur de leur zèle pour sa gloire et pour l’accomplissement de sa volonté... Pénétrés de l’humilité la plus profonde, ils reconnaissent qu’à lui seul la gloire appartient... Toujours brûlants d’amour, toujours enflammés du désir de faire éclater leurs transports, ils répètent sans cesse leurs divins cantiques avec une ardeur toujours nouvelle.
À la vue de tant de perfections réunies chez les Anges, l’auteur estime que nous ne pouvons pas rester insensibles et que nous devons faire un retour sur nous-mêmes en pensant à la faiblesse de notre amour et de nos désirs. Puisse le feu sacré qui consume les Anges passer en nos cœurs et les embraser ! Nous devons nous unir aux Anges en tous nos actes de religion. Nous devons encore aimer les Anges pour le rapport intime que nous avons avec eux ; en effet, nos âmes sont comme eux, spirituelles et immortelles ; par la grâce sanctifiante, nous sommes devenus leurs cohéritiers et nous sommes appelés un jour à partager leur félicité et à remplir les places vides laissées parmi eux par la chute des Anges apostats. Aussi, en vertu de cette union, nous devons les respecter, mettre en eux notre confiance et attendre l’effet de leur intercession. Combien de mystères les Anges n’ont-ils pas révélés aux hommes, et surtout aux fidèles et à l’Église ? Que de grâces obtenues par leur moyen, que de fléaux n’ont-ils pas détournés ? En effet, la Foi nous enseigne que les Anges intercèdent souvent pour nous et que c’est une pratique pieuse de les invoquer. Les Écritures Sacrées nous rapportent de nombreux cas d’assistance angélique. Par le ministère des Anges, il y a un commerce ininterrompu entre le Ciel et la Terre. Saint Jean vit un Ange qui offrait à Dieu les prières de tous les Saints (Apoc. VIII, 3-4). Et l’auteur de conclure :
S’il est vrai, comme nous n’en pouvons douter, que les Anges prient pour nous, et offrent à Dieu nos supplications, afin de nous obtenir les grâces dont nous avons besoin, il ne l’est pas moins qu’ils connaissent nos besoins, et qu’ils entendent les prières que nous leur adressons...
Enfin, il est dit dans l’Écriture que les bons et les mauvais Anges se promènent sur la terre ; qu’ils exposent à Dieu les prières et les bonnes œuvres, ainsi que les prévarications et les péchés des hommes, non pour lui apprendre ce qu’il ignore, mais comme témoins de nos actions, comme ministres de sa Providence, comme défenseurs ou accusateurs de nos âmes.
Il ne faut jamais perdre de vue que le ministère des Anges en notre faveur est double : d’une part, ils portent nos prières devant le trône de Dieu et, d’autre part, ils en rapportent des grâces et des bénédictions.
Il est intéressant de noter que « les protestants d’Angleterre ont retenu dans leur Liturgie la Collecte de l’Office de ce jour, dans laquelle nous prions Dieu de nous faire ressentir l’effet de la protection des saints Anges qui exécutent si fidèlement sa volonté dans le Ciel ».
Enfin, dernière remarque importante : si nous aspirons à jouir de la compagnie des Anges dans le Ciel, une condition primordiale doit être remplie : « Nous devons entrer dans les dispositions où sont ces Esprits bienheureux, nous montrer les imitateurs de leur humilité, de leur égalité d’âme, de leur constance, de leur douceur, de leur patience, de leur charité, de leur zèle pour la gloire de Dieu. » Or, la pratique de ces vertus demande des efforts constants et répétés chaque jour. On le voit, pour l’auteur, la commémoration de Saint Michel et de tous les Anges nous place devant une sublime espérance et de nombreux devoirs.
(B) 29 septembre.
Saint Michel Archange et tous les Saints Anges
Le 8 mai, l’Église honore l’archange saint Michel en souvenir de son Apparition sur le mont Gargan. La fête du 29 septembre fut établie un peu plus tard pour rappeler la Dédicace de la basilique construite par l’ordre et en l’honneur du glorieux Archange, au lieu même de cette apparition. Avec saint Michel, l’Église, en ce jour, honore tous les bons Anges, dont il a été le chef et le modèle au jour de la révolte de Lucifer et des mauvais anges. Les saints Anges, d’après l’Écriture, sont divisés en neuf chœurs et trois hiérarchies. L’occupation de ces chœurs est de contempler Dieu, de l’aimer, de le louer et d’exécuter ses volontés pour la conduite de l’univers et pour le salut des hommes. Aussi les voyons-nous chargés de différentes missions sur la terre, auprès des personnes, des familles, des paroisses, des diocèses, des royaumes, de l’Église entière. Ceux dont l’Écriture fait une mention particulière sont, outre saint Michel, l’archange Gabriel, à qui semble avoir été confié le soin de tout ce qui regarde le mystère de l’Incarnation, et l’ange Raphaël, qui conduisit et ramena si merveilleusement le jeune Tobie. Saint Michel est non seulement Prince des anges, mais aussi Prince des âmes qui doivent remplir les places demeurées vides par la chute des démons. Son nom marque sa fidélité, car il signifie : Qui est semblable à Dieu ? Les Saints lui attribuent la plupart des apparitions mentionnées dans l’Ancien Testament. C’est lui, disent-ils, qui retint la main d’Abraham prêt à immoler son fils Isaac ; c’est lui qui apparut à Josué et le rendit maître de Jéricho par la chute de ses tours et de ses murailles ; c’est lui qui dirigea l’arche de Noé par-dessus les eaux du déluge ; c’est lui qui lutta contre Jacob et le bénit ; c’est lui qui donna la loi à Moïse sur la montagne du Sinaï ; qui rendit David victorieux de Goliath et le préserva de la persécution de Saül, etc. Il a été le protecteur de la Synagogue ; il est le protecteur de l’Église. L’histoire nous rapporte tant de merveilles de cet Ange sublime, qu’on ne peut douter qu’il ne soit, dans les desseins de Dieu, l’un des principaux instruments de sa puissance et de sa bonté. L’assistance que la France a souvent reçue de lui le fait regarder comme le protecteur spécial de ce royaume.
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Le 2 octobre, l’Église fête les Anges Gardiens. Voici comment le premier auteur (A) justifie l’institution spéciale de cette fête en l’honneur des purs Esprits qui sont commis à notre garde :
On doit compter parmi les plus précieux dons de la miséricorde de Dieu envers les hommes la communion ou le commerce spirituel qu’il a établi entre nous et les saints Anges, dont nous espérons partager un jour le bonheur et la gloire. De notre côté, nous honorons avec une vénération religieuse les saints Anges, que nous regardons comme des esprits glorieux, fidèles dans l’accomplissement de la volonté divine, et nous les conjurons de nous accorder leur intercession auprès du Seigneur ; de leur côté, ils s’intéressent, ils prient pour nous, et nous font ressentir en bien des circonstances, les effets de leur protection. C’est ainsi que Dieu, toujours infiniment sage, infiniment saint, infiniment miséricordieux, se plaît à employer les créatures supérieures pour l’exécution des desseins de sa Providence, par rapport aux créatures qui sont d’un ordre inférieur.
Divers passages de l’Écriture prouvent que le nom d’Ange est un nom d’office ; il signifie Envoyé ou Messager, parce que les Esprits célestes en ont souvent fait la fonction dans des occasions où il s’agissait de défendre et de protéger les hommes ; et ces occasions ont été fréquentes...
Mais la bonté de Dieu pour nous éclate surtout dans le choix qu’il a fait de ses Anges, pour être nos conducteurs et nos gardiens ; et c’est là le fondement de cette charité et de cette joie mutuelle qui régnera éternellement dans le Ciel entre les Anges et les Élus.
La Foi nous enseigne que Dieu a destiné un Ange particulier à garder chacun de ses serviteurs, c’est-à-dire des justes ou de ceux qui sont en état de grâce. L’Église ne s’est pas expliquée d’une manière aussi positive sur les pécheurs et les Infidèles ; mais les plus célèbres Docteurs ont toujours cru qu’ils avaient chacun leur Ange gardien ; et ce sentiment, appuyé d’ailleurs sur l’autorité de l’Écriture, est si solide et si universel, qu’il ne paraît pas possible d’en contester la vérité, surtout par rapport à ceux qui sont dans la Communion de l’Église.
Dieu oppose les bons Anges aux malices et aux attaques des Démons. Et l’auteur d’attirer notre attention sur ce ministère protecteur des Anges :
L’homme a été créé pour remplir la place des Anges apostats. Mais Dieu a permis à Lucifer et à ses complices de nous tendre des pièges, et de tourner contre nous les efforts de leur malice. Au reste, cette permission n’a pour objet que d’éprouver notre fidélité, et de nous fournir l’occasion de mériter par nos victoires le bonheur auquel nous sommes destinés. Les bons Anges, de leur côté, viennent à notre secours, conformément à l’ordre établi par la divine Providence. Ils veillent à la garde de notre âme, et nous protègent contre les assauts de nos ennemis. Ô mon Dieu, doit s’écrier chacun de nous, qu’est-ce que l’homme, pour que vous daigniez ainsi prendre soin de lui, et lui donner pour guides les Ministres et les Princes de votre Cour céleste ?
Nous devons aussi considérer le zèle avec lequel les Esprits bienheureux se portent à nous secourir. Ils exécutent avec autant de promptitude que de fidélité tous les ordres de Dieu, et se conforment en toutes choses aux décrets de sa volonté par rapport à nous. Avec quelle application ne veillent-ils pas à la garde de notre âme, dont Dieu lui-même les a chargés spécialement.
Un second motif qui nous assure la protection des bons Anges, c’est leur compassion, c’est leur charité pour nous. Ils considèrent que nous serons bientôt associés à leur bonheur ; que nous sommes présentement leurs frères par grâce et en vertu de l’adoption divine ; que nous avons le même Dieu qu’eux ; que ce grand Dieu nous aime, parce que nous avons été rachetés par le sang de Jésus-Christ, son Fils.
Saint Bernard avait coutume de dire que nous devons rendre à notre Ange gardien un triple hommage : celui du respect, celui de la dévotion et celui de la confiance.
Nous devons à notre Ange gardien le respect pour sa présence ; la dévotion pour sa charité, la confiance pour sa vigilance. Pénétrés de respect, marchez toujours avec circonspection, vous rappelant sans cesse que vous êtes en la présence des Anges, chargés de vous conduire dans toutes vos voies. Dans quelque lieu que vous soyez, quelque secret qu’il puisse être, respectez votre Ange gardien...
Malheur à nous si nous offensons par notre négligence ceux qui combattent notre ennemi, et si nous nous privons de leur visite ! Nous devons fuir tout ce qui les attriste, et pratiquer tout ce qui leur cause de la joie...
Sur toutes choses, les Anges de paix attendent de nous l’union et la concorde.
Non seulement nous devons respecter, mais encore aimer et honorer notre Ange tutélaire. C’est un gardien fidèle, un véritable ami, un protecteur puissant. Malgré l’excellence de sa nature, sa charité le porte à se charger du soin de nous défendre et de nous protéger. Il veille à la protection de nos corps, auxquels les Démons ont quelquefois le pouvoir de nuire. Mais que ne fait-il pas pour nos âmes ? Il nous instruit, il nous encourage, il nous exhorte intérieurement, il nous avertit de nos devoirs par des reproches secrets. Il exerce à notre égard l’office qu’exerçait à l’égard des Juifs cet Archange qui les conduisait dans la terre promise ; il fait pour nous ce que fit Raphaël pour le jeune Tobie ; il nous sert de guide au milieu des dangers de cette vie. De quels sentiments de reconnaissance, de respect, de docilité et de confiance ne devons-nous pas être pénétrés pour notre Ange Gardien ? Pourrions-nous assez remercier la divine miséricorde du don inestimable ?
Que voilà un catéchisme complet sur le ministère de l’Ange gardien ! Voyons maintenant l’enseignement plus récent de la source B :
(B) 2 octobre : Les Saints Anges Gardiens.
C’est une vérité de foi que les Anges, tout bienheureux qu’ils sont, reçoivent une mission de Dieu auprès des hommes ; les paroles de Notre-Seigneur, l’enseignement des Docteurs et des Saints, l’autorité de l’Église, ne nous permettent pas d’en douter. Si les démons, en légions innombrables, rôdent autour de nous comme des lions prêts à nous dévorer, selon la parole de saint Pierre, il est consolant pour nous de songer que Dieu nous a donné des défenseurs plus nombreux et plus puissants que les démons. C’est au plus tard dès sa naissance que tout homme venant au monde est confié à la garde d’un esprit céleste ; les païens, les hérétiques, les pécheurs eux-mêmes, ne sont pas privés de ce bienfait de Dieu. Il est même certain que divers personnages, en raison de leur situation, comme les rois, les pontifes, ou en raison des vues spéciales de Dieu sur eux, comme nombre de saints, ont parfois plusieurs Anges gardiens. Il semble indubitable que non seulement les individus, mais les sociétés et les institutions sont confiés aussi spécialement à la garde des Anges ; l’Église, les royaumes, les provinces, les diocèses, les paroisses, les familles, les ordres religieux, les communautés, ont leurs angéliques protecteurs. Les Anges nous préservent d’une foule de maux et de dangers, ils éloignent de nous les occasions de péché ; ils nous inspirent de saintes pensées et nous portent à la vertu, nous soutiennent dans les tentations, nous fortifient dans nos faiblesses, nous animent dans nos découragements, nous consolent dans nos afflictions. Ils combattent avec nous contre le démon et nous prémunissent contre ses pièges ; si nous tombons par fragilité ou par malice, ils nous relèvent par le remords, par les pensées de la foi, par la crainte des jugements de Dieu, et nous procurent divers moyens de conversion ; ils portent nos bonnes œuvres et nos prières à Dieu, réparent nos fautes, intercèdent pour nous auprès de la divine miséricorde, suspendent la vengeance céleste au-dessus de nos têtes ; enfin ils nous éclairent et nous soutiennent dans la maladie et à l’heure de la mort, nous assistent au jugement de Dieu, visitent les âmes du purgatoire.
En conclusion, l’auteur reprend l’enseignement de saint Bernard qui résume en trois mots, comme nous venons de le voir, nos devoirs envers les Anges : respect, amour, confiance. Il y a lieu d’y ajouter un quatrième devoir : la docilité aux inspirations des Anges.
Cette petite incursion comparative dans le calendrier catholique nous aura appris avec plus ou moins de détails, selon l’auteur, quel devait être notre comportement à l’égard des saints Anges et notamment à l’égard de notre Ange gardien.
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SECTION V : L’Angéologie de Swedenborg (1688-1772).
À titre documentaire, et, bien que s’éloignant fort de l’angéologie chrétienne officielle ou scripturaire, nous voulons donner quelques aperçus de l’angéologie du fameux « Prophète du Nord » : Swedenborg. Porté aux nues par les uns qui voyaient en lui un nouvel envoyé de Dieu pour le salut du monde, en proie au matérialisme négateur, il fut violemment pris à partie par les rationalistes du dix-huitième siècle, les moins mal intentionnés le considérant comme un doux rêveur ; cependant la critique alla beaucoup plus loin. Le Dr Gilbert Ballet, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, dans une étude publiée en 1899, ne craint pas de faire de Swedenborg « un fou, victime de ses hallucinations visuelles et auditives ».
Par contre M. Matter en a donné une biographie beaucoup plus pondérée et impartiale. Il rapporte l’opinion du curé du village où habitait Swedenborg ; on avait demandé à cet ecclésiastique ce qu’il pensait des visions de ce voyant et de la façon dont il interprétait les textes bibliques : « C’est à Dieu qu’il appartient d’en juger ! Quant à moi, je ne puis partager à son égard l’opinion émise par beaucoup de gens ; par les entretiens que j’ai eus avec lui, et dans les sociétés où je l’ai rencontré, j’ai reconnu que c’était un homme pieux. »
Matter note que Swedenborg se disait conscient d’être doté de quatre privilèges hors ligne : l’illumination intérieure, la dictée divine, la dictée angélique, la perception directe ou l’intuition dans le monde spirituel. Voici comment, en 1771, Swedenborg justifiait ses droits à la crédibilité : « Il lui était donné depuis vingt-sept ans d’être en même temps dans le monde spirituel et dans le monde naturel, de parler avec les anges comme avec les hommes, de connaître l’état des plus illustres d’entre les morts de tous les temps. »
De nombreux adeptes de la pensée de ce voyant existent encore à l’heure actuelle ; ils constituent l’Église swedenborgienne, qui commente et explique l’abondante littérature mystique de Swedenborg, dont la compréhension en est assez ardue et demande une étude approfondie ainsi que la connaissance de certaines clés verbales.
Dans son ouvrage capital, Arcanes Célestes (seize tomes et deux index), Swedenborg a donné de nombreux renseignements sur les anges et sur leur nature. Ces renseignements, d’après les propres déclarations de l’auteur, ont été obtenus par voyance ou audition directes. Nous allons résumer cette angéologie particulière d’après l’article Ange, paru dans l’Index datant de 1863.
Anges en général. Il n’existe point d’anges qui ne proviennent du genre humain. Tous les esprits et tous les anges ont été des hommes. Les esprits et les anges sont des substances organisées. Les anges sont des formes de l’amour et de la charité ; ils sont en forme humaine. Les anges sont les récipients de la vie ; aucun ange n’a la vie par lui-même. Leur vie est la vie du Seigneur en eux ; elle consiste dans les biens de la charité et dans l’usage. Tous les anges apparaissent comme hommes avec une face et un corps d’homme, avec des organes et des membres ; et cela parce que leur intime conspire pour une telle forme. Les anges apparaissent dans un éclat de flammes et dans la blancheur, à la ressemblance du Seigneur dans la transfiguration. Ils sont enveloppés d’une nuée légère et convenable, afin qu’ils ne soient point blessés par l’influx divin. Ils apparaissent revêtus d’habits diversement resplendissants selon les vrais, ainsi selon l’intelligence. Ils sont d’une beauté ineffable, et ils sont comme des amours et des charités dans une forme, parce qu’ils sont dans la forme du ciel. Ils ignorent ce que c’est que la vieillesse, car ils tendent sans cesse vers la vie de la jeunesse et de l’adolescence. Les anges sont dans le Seigneur, parce qu’ils sont dans la sphère du divin vrai procédant du Seigneur. Ils ont continuellement le Seigneur devant la face ; ils ne se tournent pas vers le Seigneur, mais le Seigneur les tourne vers lui. Ils reconnaissent que tout bien vient du Seigneur, et que rien de bien ne vient d’eux-mêmes, et que chez eux le Seigneur habite dans ce qui lui appartient et non dans leur propre... Les anges sont plus près et plus loin du Seigneur, ou intérieurs et extérieurs. Les anges des trois cieux sont subordonnés les uns aux autres, mais ce n’est pas une subordination de commandement. Les anges d’un ciel supérieur peuvent voir tout ce qui se fait au-dessous d’eux dans un ciel inférieur, mais non vice versa, à moins qu’il n’y ait un médium. Les anges sont dans les causes elles-mêmes ; ils éloignent toutes les idées de la personne et restent dans les idées des choses. Il y a des choses innombrables qui sont saisies par les anges et ne le sont pas par les hommes. Chez les esprits et les anges, tous les sens, excepté le goût, sont plus exquis que les sens humains... Des changements d’état se manifestent sur les faces des anges selon les sociétés dans lesquelles ils viennent. Les anges, quand le Seigneur parle par eux, ne savent autre chose sinon qu’ils sont le Seigneur.
L’homme est ressuscité des morts par les anges ; ils n’abandonnent pas l’âme ressuscitée... Les Anges se connaissent comme s’ils s’étaient connus dès l’enfance, à savoir, ceux qui sont dans le même bien. Ils sont nommés d’après l’office qu’ils remplissent. Il y a deux sortes d’anges : les célestes et les spirituels.
Anges célestes. Sont appelés anges célestes ceux qui sont dans l’amour envers le Seigneur, au point d’avoir la perception de l’amour, et d’être par suite dans toute sagesse. Ils sont plus que les autres dans le Seigneur et par suite plus que les autres dans l’état de paix et d’innocence... Ils sont distingués en internes et externes ; les internes sont plus célestes que les externes. Ce sont les anges du troisième ciel ou ciel intime. Ils sont les réceptions du divin vrai dans leur partie volontaire ; ce divin est appelé bien céleste.
Anges spirituels. Sont appelés anges spirituels, les anges qui sont dans la charité à l’égard du prochain, sans avoir la perception de l’amour envers le Seigneur. Ils placent le plaisir de la vie à pouvoir faire du bien aux autres sans rétribution ; pour eux, la rétribution, c’est qu’il leur soit permis de faire du bien aux autres. Ils sont dans l’amour mutuel, qui est tel que l’un aime l’autre plus que lui-même. Ils sont appelés intelligences et sont aussi distingués en internes et externes ; les internes sont plus spirituels que les externes, ce sont les anges du second ciel ou ciel moyen.
Différence entre Anges célestes et Anges spirituels. Les anges célestes ne font pas de raisonnements sur les vrais de la foi, parce qu’ils les perçoivent en eux-mêmes, mais les anges spirituels font des raisonnements pour savoir si telle chose est un vrai ou n’est pas un vrai. Les anges célestes disent au sujet des vrais : « Oui, oui » ou « Non, non » ; mais les anges spirituels en raisonnent pour savoir si la chose est ainsi ou n’est pas ainsi. Les anges célestes ne pensent pas et ne parlent pas d’après les vrais, comme les anges spirituels, parce qu’ils sont par le Seigneur dans la perception de toutes les choses qui appartiennent au vrai.
Swedenborg mentionne encore l’existence des Anges célestes-naturels et des Anges spirituels-naturels ; ils appartiennent au premier ciel ; le naturel leur étant encore adhérent, ils sont aussi dans l’amour mutuel ; cependant ils aiment les autres, non pas plus qu’eux-mêmes, mais comme eux-mêmes. Ils sont dans l’affection du bien et dans la connaissance du vrai. Il y a encore les Anges intermédiaires, qui constituent un médium unissant deux cieux ; ces anges forment des sociétés angéliques. Quant aux Anges du ciel intime, ce sont des anges célestes les plus sages de tous ; chez l’homme, ils correspondent aux provinces du cœur et du cervelet.
La sagesse des anges et leurs pensées viennent toutes de la lumière du ciel, dans laquelle ils voient et perçoivent des indéfinis que jamais l’homme ne peut comprendre ni énoncer. Les anges savent que tout leur vient du Seigneur et qu’ils sont continuellement perfectionnés par lui.
Puissance des Anges. Les anges sont dans la puissance par le vrai d’après le bien. Ils exercent leur puissance chez l’homme en le défendant parfois contre plusieurs enfers, et cela de mille et mille manières. La puissance angélique est si grande, qu’un seul des moindres anges peut chasser des myriades d’esprits infernaux, et les précipiter dans leurs enfers. Cette puissance angélique, procédant du Seigneur, est si grande qu’elle dissipe en un moment toutes les opérations magiques des mauvais esprits.
Joie des Anges. La joie des anges consiste principalement à s’entretenir des choses qui sont contenues dans le sens interne de la Parole. Ils sont dans la perception de la joie intime, quand les historiques de la Parole, qui décrivent comment le Seigneur a fait divin son naturel, sont lus par l’homme. L’intime de leur joie consiste à transporter au ciel quelqu’un qui ressuscite d’entre les morts.
Le langage des Anges varie selon la catégorie à laquelle ils appartiennent. Le langage des anges célestes est plus incompréhensible que celui des anges spirituels ; il est beaucoup plus abondant. Dans le langage angélique, il y a une consonance musicale. Le langage des anges est décrit par Swedenborg comme étant une lumière enflammée. Au demeurant, ils ne parlent pas d’après eux-mêmes, mais d’après le Seigneur.
Swedenborg insiste beaucoup sur l’action des anges chez l’homme ; il dira entre autres :
L’homme est gouverné par le Seigneur au moyen des esprits et des anges. Pour que l’homme puisse vivre, des anges du ciel et des esprits de l’enfer doivent lui être adjoints. Il a été créé de manière à ce qu’il puisse parler avec eux. Chez chaque homme il y a deux anges parce qu’il y a deux genres d’anges, les célestes et les spirituels. Les anges habitent dans l’affection de l’homme ; ils habitent dans ses biens et ses vrais. Les anges chez l’homme sont des sujets par lesquels il y a communication avec les cieux. Quand la Parole est lue par l’homme, les anges qui sont chez lui la perçoivent dans le sens spirituel. D’après la Parole lue par l’homme, les anges sont dans leur félicité de sagesse... L’influx des anges se fait dans la conscience, il est comme la lumière d’un fleuve de flamme.
Les anges ne font attention qu’aux fins ; ils perçoivent d’une manière exquise ce qui entre chez l’homme ; ils observent soigneusement et continuellement ce que les mauvais esprits et les mauvais génies tentent et machine chez l’homme, et autant que l’homme le souffre, ils tournent les maux en biens, ou aux biens, vers les biens... Les anges ne perçoivent rien de plus agréable, ni de plus heureux, que d’éloigner de l’homme les maux et de les conduire au ciel. Les anges par qui le Seigneur conduit et protège l’homme sont près de la tête. Les anges célestes agissent dans les volontaires de l’homme, et les anges spirituels agissent dans ses intellectuels... Les esprits et les anges perçoivent les intérieurs des pensées de l’homme.
Les anges défendent l’homme par divers moyens ; ils inspirent les biens, et cela, d’après l’amour qui procède du Seigneur. Ils tournent chez l’homme les maux en biens. L’ange reçoit du Seigneur de voir clairement tous les changements d’état chez l’homme, tant quant aux volontaires que quant aux intellectuels... Les anges considèrent l’homme comme un frère, mais les esprits mauvais le considèrent comme un vil esclave. Il est en quelque manière conforme à la doctrine des églises que, chez l’homme, il y ait des esprits de l’enfer et des anges du ciel. La tentation et la douleur de la conscience viennent du combat des mauvais esprits et des anges. Les mauvais esprits ne supportent pas que les anges les inspectent.
Les anges chez l’homme ne peuvent être dans les terrestres ; quand l’homme est dans les terrestres, ils se retirent. Ils ne peuvent nullement être chez l’homme dans son plaisir corporel et mondain avant que ce plaisir ait été réduit à l’obéissance. Il leur est défendu d’agir violemment, et par conséquent de briser les cupidités et les principes de l’homme, mais ils doivent agir avec douceur.
Il y a, dit Swedenborg, des anges spécialement préposés à la garde des femmes enceintes. Les anges ont également la mission importante de s’occuper des âmes des hommes qui viennent dans l’autre vie ; ils les dirigent et les mènent au lieu qui leur est assigné ; des anges sont envoyés vers ceux qui sont en enfer, afin qu’ils ne se tourmentent pas les uns les autres. Ils modèrent les peines dans l’autre vie, mais ils ne peuvent les enlever complètement. Les anges ont domination sur les mauvais génies et sur les mauvais esprits. Les méchants ne peuvent pas soutenir la présence d’un ange. Il y a des sociétés d’Anges selon les qualités et les buts poursuivis par ces groupements. Swedenborg a donné quelques explications au sens qu’il faut attribuer à « anges », lorsque ce terme apparaît dans la Parole. En effet, dans la Parole, le Seigneur est appelé « ange » ; le pluriel, « anges », est également appliqué au Seigneur, lorsqu’il s’agit de quelque divin procédant du Seigneur ; et c’est pour cela que, d’après la réception du divin vrai et du divin bien procédant du Seigneur, les anges sont appelés dieux. L’ange de Dieu signifie le divin vrai ou quelque chose du divin du Seigneur.
Le pasteur Charles Byse, de Lausanne, fut un disciple convaincu de Swedenborg ; il a publié de nombreux ouvrages pour faire connaître toute la pensée du célèbre Voyant du Nord : « Nous avons essayé, dit-il, dans la préface de sa biographie de Swedenborg, d’attirer de nouveau l’attention des personnes intelligentes sur le merveilleux théologien qui, au cours du dix-huitième siècle, a donné de l’Évangile une interprétation toute nouvelle, à la fois philosophique et profondément positive, inconnue encore aujourd’hui à la plupart de nos chefs religieux. » À propos de l’angéologie de Swedenborg, le pasteur Byse relate le récit que fit le voyant de l’expérience qu’il lui fut donné de vivre pour comprendre ce qui se passe au moment de la mort et la part que les anges y prennent :
Je fus rendu insensible quant aux sens corporels, ainsi presque réduit à l’état des mourants, ma vie intérieure demeurant toutefois entière avec la pensée, pour que je pusse percevoir et retenir dans ma mémoire ce qui allait se passer pour moi, et ce qui se passe en ceux qui sont ressuscités des morts. Je perçus en effet que la respiration du corps avait été presque enlevée, la respiration intérieure, qui est celle de l’esprit, restant conjointe avec une faible et tacite respiration du corps. Alors il me fut premièrement donné communication, quant au pouls du cœur, avec le Royaume céleste, parce que ce royaume correspond au cœur chez l’homme ; je vis même des anges de ce royaume, quelques-uns dans l’éloignement et deux assis auprès de ma tête. En conséquence, toute affection propre me fut enlevée, mais il me restait toujours la pensée et la perception. Je fus dans cet état pendant plusieurs heures. Alors les esprits qui étaient autour de moi se retirèrent, croyant que j’étais mort. Une odeur aromatique, semblable à celle d’un cadavre embaumé, se fit même sentir ; car, lorsque les anges célestes sont présents, ce qui est cadavéreux est senti comme aromatique. Quand les esprits sentent cette odeur, ils ne peuvent approcher ; ainsi les mauvais esprits sont chassés de l’esprit de l’homme au moment de son introduction dans la vie éternelle.
Les anges assis près de ma tête gardaient le silence, se bornant à mêler leurs pensées aux miennes ; quand leurs pensées sont reçues, les anges savent que l’esprit est prêt à être retiré du corps. La communication de leurs pensées se faisait par leur regard dirigé vers ma figure, car c’est ainsi que dans le Ciel les pensées se communiquent.
Quand les anges célestes sont auprès du ressuscité, ils ne l’abandonnent point, car ils aiment tous les hommes ; mais quand l’esprit est tel qu’il ne peut rester plus longtemps dans la compagnie des anges célestes, alors il désire lui-même se séparer d’eux. Dans ce cas, des anges du Royaume spirituel s’approchent, et ce sont eux qui lui donnent l’usage de la lumière ; car auparavant il ne voyait rien, il ne faisait que penser.
Ces anges semblent dérouler la tunique de l’œil gauche et peu à peu on sent comme quelque chose qui se déroule mollement de dessus le visage après quoi la pensée spirituelle est introduite à la place de la pensée naturelle.
Les anges veillent avec le plus grand soin à ce que le ressuscité n’ait aucune autre idée que celles qui procèdent de l’amour ; alors ils lui disent qu’il est un esprit. Les anges spirituels, après avoir donné au nouvel esprit l’usage de la lumière, lui rendent tous les services qu’il peut désirer dans cet état, et l’instruisent des choses de l’autre vie selon qu’il peut les comprendre. Si toutefois le ressuscité n’est pas tel qu’il veuille être instruit, il désire s’éloigner de la société de ces anges ; mais, dans ce cas même, les anges ne l’abandonnent point, c’est lui qui se sépare d’eux. Car les anges aiment chaque homme, et leur plus grand désir est de rendre des services, d’instruire et de conduire au Ciel ; c’est en cela que consiste leur plaisir suprême.
Quand l’esprit se sépare ainsi des anges, de bons esprits le reçoivent et lui rendent aussi de bons offices.
Pour parvenir au Ciel auprès d’une société angélique, on ne peut y arriver que par un étroit chemin dont l’accès est soigneusement défendu ; ce sont ces issues et ces entrées que la Parole de Dieu dénomme « Portes de l’Enfer » et « Portes du Ciel ».
Dans la vaste littérature swedenborgienne, nous trouvons encore un ouvrage important qui nous donne un complément d’information sur la façon dont Swedenborg comprenait la nature et le ministère des Anges. C’est dans son livre : La Sagesse angélique sur le Divin Amour et la Divine Sagesse, que nous glanerons les précisions suivantes :
Première question : D’où procèdent les Anges et quelle est leur nature ?
Le Seigneur est Amour dans son essence ; le Divin Amon apparaît devant les Anges du ciel comme soleil d’où procède chaleur et lumière. Ce soleil n’est pas le Seigneur Lui-Même, mais il procède du Seigneur ; le soleil est le Divin Amour. Le soleil apparaît devant les yeux des Anges comme igné, c’est parce que l’Amour et le Feu se correspondent. Le Divin Amour est senti comme un feu par les spirituels.
Il y a deux Mondes, le Spirituel et le Naturel, qui sont entièrement distincts.
Dans le monde spirituel, où sont les esprits et les Anges, apparaissent des espaces semblables aux espaces sur terre, mais néanmoins ce ne sont pas des espaces, ce sont des apparences, car ils ne sont ni fixes ni déterminés comme sur terre... Ils peuvent être changés et variés.
Les hommes et les Anges sont des récipients de vie.
L’Amour et la Sagesse font l’Ange, et ces deux appartenant au Seigneur, les Anges sont Anges par le Seigneur et non par eux-mêmes.
De là vient que les Anges ne sont point Anges par eux-mêmes mais qu’ils sont Anges par leur conjonction avec le Dieu-Homme... Toutes les choses de l’Univers Créé sont des récipients du Divin Amour et de la Divine Sagesse du Dieu-Homme.
Jusqu’à présent, on a ignoré que les Anges et les Esprits sont dans une tout autre lumière et une tout autre chaleur que les hommes. Les Anges et les Esprits sont absolument au-dessus et en dehors de la nature, et dans leur Monde qui est sous un autre Soleil.
Les Anges ont comme les hommes un interne et un externe. C’est leur interne qui pense et qui est sage, qui veut et qui aime ; c’est leur externe qui sent, voit, parle et agit.
Les Anges respirent, parlent et entendent dans le monde spirituel comme les hommes dans le monde naturel. Il y a chez eux toutes et chacune des choses qui sont chez les hommes.
Les Anges apparaissent dans le lieu où est leur pensée. Tout ce qui apparaît autour d’eux est comme produit et créé par eux.
Les Anges tournent continuellement leurs faces vers le Seigneur comme Soleil.
Quand les Anges parlent avec l’homme, c’est dans une langue naturelle, qui est la langue propre de l’homme.
L’Univers est divisé en deux Mondes : Spirituel et Naturel ; les Anges et les Esprits sont dans le Monde Spirituel. Ils sont dits Spirituels et parlent spirituellement.
Il est évident que l’homme, tant qu’il vit dans le Monde, et est par là dans le degré naturel, ne peut pas être élevé dans la sagesse même, telle qu’elle est chez les Anges, mais peut seulement être élevé dans la lumière supérieure jusqu’aux Anges, et recevoir l’illustration par leur lumière qui influe et éclaire par l’intérieur.
Le mental naturel peut être élevé jusqu’à la lumière du ciel, dans lequel sont les Anges, et percevoir naturellement ce que les Anges perçoivent spirituellement, ainsi, non aussi pleinement que les Anges ; mais néanmoins le mental naturel de l’homme ne peut pas être élevé dans la Lumière Angélique même. Par son mental naturel élevé à la lumière du Ciel, l’homme peut penser avec les Anges, et même parler avec eux, mais alors la pensée et le langage des Anges influent dans la pensée et le langage naturels de l’homme, et non réciproquement. C’est pourquoi les Anges parlent avec l’homme dans une langue naturelle, qui est la langue propre de l’homme.
Il y a des degrés de l’Amour et de la Sagesse chez les Anges des trois Cieux. Les Anges du Troisième Ciel l’emportent en amour et en sagesse sur les Anges du Second Ciel, et ceux-ci sur les Anges du Dernier Ciel, au point qu’ils ne peuvent pas être ensemble ; les degrés de l’Amour et de la Sagesse les distinguent et les séparent ; de là vient que les Anges des Cieux inférieurs ne peuvent pas monter vers les Anges des Cieux supérieurs ; et s’il leur est donné d’y monter, ils ne les voient point.
La science des degrés est comme une clef pour ouvrir les causes des choses et y entrer.
Il m’a été donné de voir quelquefois que des Anges du Dernier Ciel montaient vers le Troisième Ciel ; et lorsqu’ils y étaient élevés avec effort, je les entendais se plaindre qu’ils ne voyaient aucun Ange.
Il m’a été donné de voir de mes yeux la Lumière spirituelle dans laquelle sont les Anges. La Lumière chez les Anges des Cieux Supérieurs est d’une blancheur si éblouissante qu’elle ne peut être décrite, pas même par la blancheur de la neige, et en outre si éclatante qu’elle ne peut non plus être décrite, pas même par l’éclat du Soleil du monde ; en un mot, cette Lumière surpasse des milliers de fois la lumière de midi sur la terre. Mais la Lumière chez les Anges des Cieux inférieurs peut en quelque sorte être décrite par des comparaisons ; néanmoins elle surpasse la lumière la plus grande de notre monde.
Encore une fois, il y a trois degrés chez les Anges : Céleste, Spirituel et Naturel. Le Degré Céleste correspond à l’Amour, le Degré Spirituel, à la Sagesse, et le Degré Naturel, aux Usages.
Il m’a été donné de connaître par expérience qu’entre les Anges des Cieux supérieurs et les Anges des Cieux inférieurs, il y a une telle différence des affections et des pensées, et par conséquent du langage, qu’ils n’ont rien de commun, et que la communication se fait seulement par des correspondances, qui existent par l’influx immédiat du Seigneur dans tous les Cieux, et par l’influx médiat par le Ciel suprême dans le Ciel infime. Comme ces différences sont telles, elles ne peuvent être exprimées par une langue naturelle, ni par conséquent être décrites, car les pensées des Anges ne tombent point dans les idées naturelles, puisque ces pensées sont spirituelles ; elles peuvent seulement être exprimées et décrites par eux dans leurs langues, leurs mots et leurs écritures, et non par les langues, les mots et les écritures des hommes ; de là vient qu’il est dit que dans les Cieux l’on entend et l’on voit des choses ineffables. Ces différences peuvent être saisies quelque peu par ceci, que les pensées des Anges du Ciel suprême ou troisième Ciel sont les pensées des fins ; les pensées du Ciel moyen ou second Ciel, les pensées des causes ; et les pensées des Anges du Ciel infime ou premier Ciel, les pensées des effets. Il faut qu’on sache que autre chose est de penser d’après les fins, et autre chose de penser sur les fins ; puis autre chose de penser d’après les causes, et autre chose de penser sur les causes ; et aussi autre chose de penser d’après les effets, et autre chose de penser sur les effets ; les Anges des Cieux inférieurs pensent sur les causes et sur les fins, mais les Anges des Cieux supérieurs pensent d’après les causes et d’après les fins, et penser d’après les causes et d’après les fins appartient à la sagesse supérieure, tandis que penser sur les causes et sur les fins appartient à la sagesse inférieure. Penser d’après les fins, c’est de la sagesse ; penser d’après les causes, c’est de l’intelligence ; et penser d’après les effets, c’est de la science. Par ces explications, il est évident que toute perfection monte et descend avec les degrés et selon les degrés.
Le plaisir de la sagesse des Anges est de communiquer aux autres ce qu’ils savent.
Pour les Anges, le langage de l’homme est révélateur ; d’après le son du langage, les Anges connaissent l’amour de l’homme, d’après l’articulation de son, sa sagesse, et d’après le sens des mots, sa science ; de plus, ils disent que ces trois choses sont dans chaque mot, parce que le mot est comme le conclusum, car en lui il y a le son, l’articulation et le sens. Il m’a été dit par les Anges du troisième Ciel que, d’après chaque mot d’un homme qui parle en série, ils perçoivent l’état commun de son esprit (animi), et même quelques états particuliers.
L’Ange du Ciel et l’homme de l’Église font un par correspondance.
Les Anges perçoivent l’Église ou les hommes d’Église quant à leurs états.
Swedenborg a reçu, de la part d’Entités supérieures avec lesquelles il a été en communication, des révélations importantes sur les émanations fluidiques et sur le rayonnement lumineux des êtres et des choses ; son enseignement est à prendre en considération :
Je me suis beaucoup entretenu sur ce sujet avec les Anges, écrit-il ; ils m’ont dit qu’ils perçoivent cela clairement dans leur lumière spirituelle, mais qu’ils ne peuvent pas le présenter facilement devant l’homme dans sa lumière naturelle, parce qu’il y a une telle différence entre l’une et l’autre lumière et par conséquent entre les pensées ; ils m’ont dit cependant que cela est semblable à la sphère des affections et des pensées qui entoure chaque Ange, par laquelle sa présence est manifestée à ceux qui sont près et à ceux qui sont loin ; et que cette sphère ambiante n’est point l’Ange lui-même, mais qu’elle provient de toutes et de chacune des choses de son corps, d’où des substances émanent continuellement comme un fleuve, et celles qui émanent se pressent autour de lui ; et que ces substances contiguës à son corps, continuellement mises en action par les deux sources du mouvement de sa vie, le cœur et le poumon, excitent les atmosphères dans leur activité, et par là manifestent une perception comme de sa présence chez les autres ; et qu’ainsi il n’y a pas une autre sphère des affections et des pensées, quoiqu’on la nomme ainsi, qui sorte et soit continuée, parce que les affections sont de purs états des formes du mental en lui.
Ils m’ont en outre dit qu’il y a une telle sphère autour de chaque Ange parce qu’il y en a une autour du Seigneur, et que cette sphère autour du Seigneur vient pareillement de Lui, et que c’est elle qui est leur Soleil, ou le Soleil du Monde spirituel.
Il m’a été très souvent donné de percevoir qu’il y a une telle sphère autour de l’Ange et de l’Esprit, et aussi une sphère commune autour de plusieurs dans une société, et en outre il m’a été donné de voir sous diverses apparences, parfois dans le Ciel sous l’apparence d’une flamme légère, dans l’enfer sous l’apparence d’un feu épais ; et parfois dans le Ciel sous l’apparence d’une nuée légère et blanche, et dans l’enfer sous l’apparence d’un nuage épais et noir ; et il m’a aussi été donné de percevoir ces sphères sous diverses apparences d’odeurs ou agréables ou infectes.
Par là j’ai été confirmé que chacun dans le Ciel, et chacun dans l’Enfer, est entouré d’une sphère consistant en substances dégagées et séparées de son corps.
J’ai aussi perçu qu’une sphère émane, non seulement des Anges et des Esprits, mais aussi de toutes et de chacune des choses qui apparaissent dans ce Monde-là, comme des arbres et de leurs fruits, des arbustes et de leurs fleurs, des plantes et des herbes, et même des terres et de toutes leurs parties ; par là j’ai vu clairement que, tant dans ce qui est vivant que dans ce qui est mort, il y a cet Universel, que chaque objet est environné de quelque chose de semblable à ce qui est intérieurement en lui, et que cela émane continuellement de lui. Qu’il en soit de même dans le Monde naturel, cela est connu par l’expérience d’un grand nombre d’érudits ; par exemple, que des flots d’effluves émanent sans cesse de l’homme, et de tout animal, et aussi de l’arbre, du fruit, de l’arbuste, de la fleur, et même du métal et de la pierre ; le Monde naturel tient cela du Monde spirituel, et le Monde spirituel le tient du Divin.
Il est à retenir qu’il y a des dons gratuits pour les Anges comme pour les hommes ; Swedenborg estime qu’on le voit très clairement d’après l’état des Anges dans les Cieux. En effet, « les Anges ont un Corps, un Rationnel et un Spirituel, comme les hommes de la terre ; ils sont nourris gratuitement, car chaque jour il leur est donné de la nourriture ; ils sont vêtus gratuitement, car il leur est donné des vêtements ; ils sont logés gratuitement, car il leur est donné des maisons, et ils n’ont aucun souci pour toutes ces choses. »
Swedenborg a créé un mot qui lui est propre : l’Angélique, mot qui doit signifier la réception et le don aussi bien de l’Amour que de la Sagesse par égale quantité. L’Angélique du Ciel est justement le Divin Amour et la Divine Sagesse.
Terminons ce résumé de l’angéologie selon Swedenborg en relatant comment, d’après notre voyant, se fait le jugement après la mort : « Quand les actions d’un homme sont dévoilées après la mort, les Anges informateurs examinent sa face et l’inspection se poursuit par tout le corps, en commençant par les doigts de l’une et l’autre main et en continuant de la sorte pour toutes les parties. Comme je m’étonnais de ce genre d’inspection, la cause m’en fut expliquée ; la voici : « Comme toutes les choses de la pensée et de la volonté ont été inscrites dans le cerveau – où sont leurs principes – de même elles sont inscrites dans tout le corps. »
On le voit, bien que fort spéciale, cette angéologie de Swedenborg mérite d’être étudiée ; on y trouve, en effet, de nombreuses vues illuminatives.


SECTION VI : Un Ange déchu, un Ange pourtant...
Sous ce titre, curieux à première vue, Henri-Irénée Marrou, professeur d’histoire ancienne du Christianisme à la Sorbonne, a fait paraître dans les Études carmélitaines de 1948 une mise au point de la notion du Démon qui s’apparente directement avec la leçon que le Père Lamy reçut de l’Archange Gabriel, leçon que nous avons rapportée d’autre part.
Tout d’abord, l’auteur fait remarquer qu’à l’heure actuelle, la notion de Démon, voire d’Ange, est fort vague chez la plupart des Chrétiens qui profèrent le Credo, sans en réaliser le sens exact, notamment lorsqu’ils répètent la phrase : Dieu créateur des choses visibles et invisibles, sans réaliser que ce terme « invisible » couvre la notion des êtres du plan astral et spirituel : anges bons ou mauvais, larves astrales.
Voici au demeurant la pensée de l’auteur à ce sujet :
Je suis persuadé qu’une analyse de la croyance au démon mettrait en évidence une difficulté très générale devant laquelle butent la plupart des consciences religieuses de notre temps. Mis à part, bien entendu, les théologiens de profession, ces professeurs habitués à parcourir d’un pas égal et méthodique l’encyclopédie du dogme, traité par traité et question après question ; mises à part également les âmes privilégiées, assez avancées dans la voie de la perfection et la vie de l’esprit, pour en connaître, si je puis dire expérimentalement, tous les aspects, on peut assurer que bien rares sont, parmi les Chrétiens de notre temps, ceux qui croient réellement, effectivement, au Démon, pour qui cet article de foi est un élément actif de leur vie religieuse.
Même, j’y insiste, parmi ceux qui se disent, et se pensent et se veulent, fidèles à l’enseignement de l’Église, on en rencontrera beaucoup qui ne font pas de difficulté de reconnaître qu’ils n’acceptent pas de croire à l’existence de « Satan ». D’autres ne s’y résolvent qu’à condition d’interpréter aussitôt cette croyance de façon symbolique, identifiant le Démon au Mal (aux forces mauvaises, au péché, aux tendances perverses de la nature déchue), auquel ils confèrent de la sorte une existence propre, détachée de tout suppôt, de tout être personnel subsistant. Au plus grand nombre, ce thème paraîtra gênant : il n’est que de voir les précautions oratoires que prennent, avant d’en parler, les écrivains les mieux intentionnés. C’est un sujet que minimisent systématiquement, si elles ne le passent pas simplement sous silence, l’apologétique contemporaine et même la catéchèse, devenue si pusillanime, si attentive à ne point trop exiger.
Il y a danger à concevoir Satan comme étant opposé à Dieu, conception dualiste, manichéenne ou gnostique qui est contraire à la toute-puissance et à l’unicité de Dieu, ce joyau de la Foi : le monothéisme. D’après H. Marrou, la vraie notion consiste :
À savoir que Satan, comme les autres démons, car il n’est que l’un d’eux, encore que le premier, est un ange. Ange rebelle prévaricateur et déchu, soit ; un ange pourtant, créé par Dieu avec et parmi les autres esprits célestes et à qui sa chute même, la déchéance qu’elle a entraînée, n’ont pu enlever cette nature angélique qui définit son être.
Pour le théologien, les démons ressortissent au traité de Angelis ; c’est là une doctrine qui appartient à la tradition la plus solidement établie ; elle apparaît, nettement exprimée, dès les Apologistes du IIe siècle ; l’Église n’a pas cessé de la réaffirmer avec force, chaque fois qu’un renouveau du péril dualiste l’a amenée à préciser sa frontière de ce côté.
Et l’auteur de bien insister encore une fois que si de nos jours, « autour de nous, on a tant de peine à croire au Démon, c’est qu’en fait on ne pense plus guère aux Anges ». La constatation est capitale et éclaire lumineusement la carence actuelle de la croyance au ministère des Anges ; à ce sujet, nous ne saurions mieux faire que de laisser la parole au professeur Marrou, qui montre sans équivoque la déficience du monde moderne en ce qui concerne la croyance à la mission des Anges envers le monde et les hommes :
Une fois réservé, ici encore, le cas des théologiens et des âmes spirituelles, comment ne pas constater l’effacement du rôle des Anges dans la pensée et la vie chrétienne de notre temps ? Seule la dévotion à l’Ange gardien conserve peut-être quelque vitalité, mais elle apparaît comme à l’état isolé, coupée du reste de la théologie des Anges. Qu’on songe à ce qu’a été, par exemple, au Moyen Âge, le culte de saint Michel, à tous les témoignages qu’en conservent nos monuments, la toponymie, l’onomastique, le folklore ! La fête du 29 septembre est toujours cataloguée, par nos liturgistes, « double de 1re classe », mais que signifie-t-elle, en général, pour le Chrétien, surtout instruit, de nos jours ? Il y a là, certainement, un effet du « matérialisme » caractéristique du milieu culturel de notre époque, disons, plus précisément, de la valeur trop exclusive donnée à la seule expérience sensible au détriment de tout ce qui relève du monde interne, intelligible, spirituel.
L’auteur insistera encore sur le fait que l’historien d’aujourd’hui a le devoir de bien faire ressortir que, pour les hommes du IVe siècle, la croyance en l’existence des Anges bons et mauvais était générale et fondée sur l’expérience ; pour beaucoup, ces êtres de l’Au-Delà n’étaient plus des entités invisibles, mais s’étant parfaitement manifestées et rendues visibles dans certaines conditions, notamment aux Saints et aux bons Pères du désert. Et l’auteur de bien faire ressortir que « loin de minimiser, comme nous avons inconsciemment tendance à le faire, l’importance du monde invisible par rapport à celui des sens, les Chrétiens des premiers siècles insistaient sur le caractère innombrable des cohortes angéliques ». En ces temps, le rapport entre le nombre des Anges et celui des hommes peuplant la terre était considéré comme étant de 99 à 1, rapport à mettre en parallèle avec celui de la parabole de la brebis perdue. Aussi l’auteur de déplorer notre ignorance moderne en matière d’angéologie : « Les récits des anciens Pères, nous dit-il, paraissent nous dire : vous ne savez plus sentir la présence des Anges, les voir ni les entendre ; mais c’est parce que vous n’osez plus croire en leur réalité : ils sont toujours là pourtant ! » Juste remarque dont chacun peut faire son profit !
Pour ce qui est du Démon, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un Ange déchu qui, bien qu’il ait perdu sa béatitude, a cependant conservé la nature qu’il possède en commun avec tous les Anges. Au demeurant, il ne faut pas perdre de vue que la tradition des premiers siècles de l’ère chrétienne attribuait aux bons Anges un corps de feu subtil et aux Démons un corps d’air obscur ou épais. La chute pour un Ange est de perdre son corps subtil et d’être précipité dans un corps obscur. Ainsi, « avec saint Grégoire et les Pères, le Démon reste un Ange et, dans sa déchéance, conserve les privilèges de sa nature, inchangée, où transparaît toujours sa grandeur originelle ». Encore une fois, retenons combien cette notion est conforme à la leçon donnée au Père Lamy par le canal de l’Archange Gabriel.
C’était aussi la croyance de saint Augustin : « En condamnant la nature déchue, Dieu ne lui a pas enlevé tout ce qu’il lui avait donné, car alors elle aurait été anéantie... La nature du Diable lui-même ne subsiste que par l’action de Celui qui, étant pleinement l’Être, fait être tout ce qui de quelque façon est... » Le professeur Marrou clôt son exposé si judicieusement documenté par une constatation pleine et riche de sens :
« Le Mal est ce qui aurait pu ne pas exister ; il est le résultat d’une Histoire, imprévisible comme tout évènement, et plus tragique que toute histoire, car il révèle dans toute sa profondeur et son ambivalence le mystère de la liberté : Satan est cet être libre, cet Ange, qui, le premier, a choisi de s’éloigner de la source de tout être et de se rapprocher du néant d’où il avait été tiré. »
Cet article du professeur Marrou a, nous le voyons, un double but : réveiller l’intérêt des Chrétiens modernes pour l’angéologie et assigner une juste place à Satan et aux Anges infidèles.
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SECTION VII : E. Peterson : Le Livre des Anges (1954).
Erik Peterson, professeur de littérature chrétienne ancienne à l’Institut pontifical de Rome, est un spécialiste de tout ce qui touche à la littérature des Pères de l’Église ; il a été naturellement amené par ses lectures à étudier en détail l’angéologie telle que la comprenaient et l’enseignaient les Pères ; il a consigné le fruit de ses lectures dans un livre de haut intérêt par son abondante documentation : Le Livre des Anges, avec une préface de Jean Danielou, qui affirme que nul n’était mieux qualifié que le professeur Peterson pour parler avec compétence d’un tel sujet. « C’est un traité de liturgie, dit Danielou ; l’idée principale du livre est en effet que le culte chrétien est une participation à la liturgie des Anges. Et aussi que les Anges sont présents au culte chrétien. Sur ce dernier aspect, si important pour l’intelligence de la liturgie, Peterson apporte de nombreux témoignages des auteurs chrétiens anciens, en particulier en ce qui concerne l’assistance des Anges au baptême, leur rôle dans l’Eucharistie. C’est tout un aspect de la vie liturgique, oublié et méconnu, qui est ici dévoilé. » Cette première constatation est des plus importantes, car elle met en lumière la valeur et l’utilité du livre de Peterson ; de plus, la grande valeur de cet exposé est de bien faire ressortir l’aspect mystique de la question ; et Danielou de le bien noter : « Peterson a toujours été attiré par les questions de spiritualité. Or l’angéologie comporte un aspect spirituel. En effet, pour toute la tradition ancienne, la vie mystique est une participation à la vie des Anges. Non pas que l’homme devienne un Ange, comme l’a cru Origène. Il garde sa nature propre. Mais il mène une vie semblable à celle des Anges et il devient leur compagnon. La vie spirituelle est déjà une anticipation de la vie céleste. »
Une première affirmation de Peterson sera de nature à faire réfléchir : « Au milieu de toute la souffrance de ce siècle, parmi tous les changements et les luttes démoniaques qui se livrent à l’intérieur de ce temps, il y a quelque chose d’éternel et d’immuable : le culte que les Anges rendent à l’Éternel, et auquel participe l’Église terrestre. Le “monde éternel” dont parle l’Apocalypse est “au ciel”, où se trouve le trône de Dieu. » Et là, les Anges chantent continuellement le Sanctus. Et, de fait, le « monde éternel » converge vers la louange de Dieu. À ce sujet Peterson émet une constatation à retenir : « Ce ne sont pas les Séraphins, qui restent à une certaine distance de Dieu, qui chantent le Trisagion (le trois fois Saint), mais les quatre animaux qui portent le trône de Dieu et sont par conséquent beaucoup plus près de Lui. La louange de Dieu est immanente au monde éternel, où trône Dieu, et c’est pourquoi ils disent sans cesse, jour et nuit : « Saint, saint, saint est Dieu, le Seigneur. » Dans l’Apocalypse, ce sont les Anges du Trône – et non les Séraphins – qui disent : « Saint, saint, saint. »
L’auteur insiste sur un fait qu’il dit « important à retenir : La liturgie de l’Église terrestre s’unit à l’Église céleste ». Et cela par le ministère des Anges. Commentant le chapitre V de l’Apocalypse, Peterson dira : « Un Ange demande : “Qui est digne d’ouvrir le Livre et d’en rompre les sceaux ?” Personne n’est capable de les ouvrir : nul Ange, nul homme, nul démon. Jean fond en larmes, mais un Ange le console : “Le Lion de Juda a vaincu.” Lorsque l’“Agneau immolé” prend le livre dans sa main, les quatre Anges du trône et les vingt-quatre vieillards se prosternent devant l’Agneau. » Cela signifie que « le culte de l’Église, au ciel comme sur la terre, a sa source dans le fait que l’Agneau a pris le volume de la main droite de Dieu et en a ouvert les sceaux ». Et ainsi, la cité céleste est fondée par la victoire de l’Agneau. De plus, « à la louange des Anges du trône, des vieillards et de tous les Anges s’associe la louange de l’Univers tout entier. Il s’agit du monde visible qui s’associe à la louange du monde des esprits célestes. L’univers, lui aussi, prononce une doxologie en forme d’acclamation ; il se joint ainsi aux myriades d’Anges... Enfin la louange qui a commencé par les Anges du trône et s’est terminée dans la création visible ne peut, cela est évident, être entérinée que par l’« Amen » des Anges du trône. C’est lui qui termine la description du culte céleste aux chapitres IV et V de l’Apocalypse. » De l’analyse de ces chapitres de l’Apocalypse, l’auteur en tirera les conclusions ci-après :
Il y a selon l’Écriture Sainte, un culte rendu à Dieu, au ciel, par les Anges et les bienheureux. Mais par l’intermédiaire des vieillards, ce culte est en relation avec l’Église terrestre. L’office divin de la Jérusalem céleste, qui est décrit dans l’Apocalypse, comporte le chant du Sanctus, des hymnes de victoire, des psaumes, l’« ode nouvelle », est aussi, comme le montre le chapitre XIX, le chant de l’Alléluia. Enfin, le culte du ciel connaît aussi les acclamations : « Amen. » Il est donc hors de doute que nous avons affaire à une liturgie : les formules culturelles qui s’y rencontrent en si grand nombre le prouvent. Notre thèse, suivant laquelle il y a au ciel un culte auquel participe l’Église terrestre, se trouve donc confirmée par l’Écriture.
Dans cette première partie de son étude, l’auteur a voulu établir « la preuve qu’au témoignage de l’Écriture Sainte, le culte de l’Église est une participation à la liturgie que célèbrent au ciel les Anges et les Bienheureux » et il avertit qu’il va arriver à la même conclusion en se basant sur la Tradition de l’Église.
Pour montrer la participation de l’Église au culte angélique, Peterson donne tout d’abord le Sanctus de la Liturgie de saint Marc :
La liturgie alexandrine qui porte le nom de Liturgie de saint Marc comporte la prière suivante, qui servira de base à notre analyse :
« Tu es élevé au-dessus de toute principauté et de toute Puissance, Force et Domination, et au-dessus de tout nom qui est nommé non seulement en ce monde, mais aussi dans le monde futur. Autour de toi se tiennent mille fois mille et dix mille myriades de saints Anges et les armées des Archanges. Autour de toi sont les deux êtres les plus vénérables, les Chérubins aux yeux multiples et les Séraphins aux six ailes, qui de deux ailes couvrent leur visage, de deux ailes couvrent leurs pieds, et volent de deux ailes. D’une bouche infatigable, louant Dieu sans jamais se taire, ils se clament l’un à l’autre l’hymne de victoire trois fois saint, clamant, glorifiant, criant et disant, à ta grande gloire : Saint, Saint, Saint est le Dieu des armées, le ciel et la terre sont pleins de ta gloire. Toujours, tout te sanctifie ; accepte donc aussi, Seigneur Dieu, nos louanges à ta Sainteté, que nous chantons et disons avec tous ceux qui te sanctifient. (Le peuple) : Saint, Saint, Saint est le Seigneur Sabaoth, le ciel et la terre sont pleins de ta gloire. »
« Le morceau central de cette pièce est tiré d’Isaïe, chapitre VI (vision du Prophète dans le Temple). » Cependant, dans la liturgie chrétienne, cette vision d’Isaïe a subi une modification significative ; alors que le Prophète voit la gloire du Seigneur « dans le Temple », la liturgie chrétienne la voit « dans le ciel » ; et cela en rapport avec le fait que l’Ascension du Christ, qui est élevé au-dessus de toute dénomination, a eu lieu.
La vision d’Isaïe est élargie et la liturgie chrétienne y ajoute les Anges, les Archanges, les Chérubins en plus des Séraphins. Il y a encore une autre différence entre la liturgie juive et la chrétienne : « Le judaïsme (nous pensons ici au judaïsme orthodoxe) n’a connu qu’une organisation militaire du monde angélique, mais non point une véritable hiérarchie des Anges.
Pour les Juifs, le Sanctus des Anges est lié au Temple de Jérusalem, tandis que, pour les Chrétiens, depuis l’Ascension du Christ le Sanctus retentit dans la Jérusalem céleste. Or l’Église dans sa liturgie se joint au Trisagion des Anges, car depuis la mort et l’Ascension du Christ, « la gloire de Dieu n’habite plus dans le temple de Jérusalem, mais dans le temple du corps du Christ, qui est monté au ciel ». À ce propos, Peterson émettra la remarque suivante :
Il est également remarquable que la liturgie chrétienne ne se soit pas contentée de répéter simplement l’expression du Prophète (Isaïe), suivant laquelle les Séraphins « clament et disent : Saint, saint, saint est le Seigneur Sabaoth » ; au lieu de cela, l’expression a une richesse verbale frappante : « D’une bouche infatigable, avec des louanges qui ne se taisent jamais, ils se clament l’un à l’autre l’hymne de victoire, trois fois saint, en chantant la gloire, en chantant, glorifiant, criant et disant : Saint, saint, saint est le Dieu des armées, le ciel et la terre sont pleins de ta gloire. » Par rapport à Isaïe, c’est la durée éternelle du Trisagion qui est mise en relief ici... L’expression verbale elle-même de la « sanctification » de Dieu par les Anges est bien plus différenciée dans la liturgie que dans Isaïe. Nous trouvons : « Ils clament, glorifient, crient et disent. » Cette richesse de l’expression n’est pas un produit tardif de l’évolution de la liturgie ; nous rencontrons ce phénomène curieux dès les débuts du christianisme.
Cette richesse d’expression correspond à celle de l’Apocalypse de saint Jean, où il est dit : « Gloire, honneur, et action de grâces », et encore : « Bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, force et puissance. » Maintenant « les Séraphins ne sont plus seul à “sanctifier” Dieu, tout le monde angélique y participe ». L’Ascension du Christ ayant ouvert le ciel, Peterson en arrivera à cette conclusion :
Le ciel des Anges n’est-il pas, si l’on peut s’exprimer ainsi, la partie la plus centrale, la plus spirituelle de l’univers ? Aussi, même si la louange du soleil, de la lune, des étoiles, etc., peut être supprimée de la liturgie (comme dans les Préfaces de la messe romaine), jamais l’hymne des Anges ne pourra disparaître du culte de l’Église, car c’est lui qui donne à la louange de l’Église la profondeur et la transcendance qu’exige le caractère de la révélation chrétienne. Le culte de l’Église, culte eschatologique, est issu, non pas d’une nature fermée sur elle-même, mais de l’être de l’homme, transcendé par une hiérarchie d’êtres plus élevés, celle des Anges, et qui, pour se mettre à louer Dieu, a besoin d’y être incité par la louange du monde des esprits.
Dans le Pater, ne demande-t-on pas que le « Nom de Dieu » soit « sanctifié » sur la terre, comme il est déjà « sanctifié » au ciel par les Anges ? Et Peterson d’ajouter : « La différence entre la liturgie céleste et la liturgie terrestre a son fondement ici : la sanctification de Dieu dans la louange de l’homme n’est pas aussi spontanée que dans le Sanctus des Anges. » Cette constatation amène l’auteur à ces considérations :
Mais si l’Église s’associe au Sanctus des Anges, cela signifie que la liturgie de l’Église s’insère dans une grande hiérarchie, puisque les Séraphins, dont l’Église reprend le chant, s’insèrent eux-mêmes dans la hiérarchie des autres Anges. Cette tendance à intégrer, à hiérarchiser, que manifeste le culte de l’Église, ne vient donc pas d’un besoin humain d’ordre, mais de la volonté ordonnatrice de Dieu, qui intègre l’homme racheté, en qualité de dixième « ordre » aux neuf « ordres » d’Anges.
De ces premières constatations découle une conclusion importante et de grande valeur illuminative :
De même que cette volonté d’ordre exclut de la liturgie l’arbitraire des créations purement individuelles, elle tend aussi, on le comprendra tout de suite, à transformer le culte de l’Église en un culte analogue à celui des Anges. Néanmoins cela n’est possible que si, à l’intérieur du culte, s’insère un hymne de louange analogue dans son essence à celui des Anges, en d’autres termes, si le nombre des hiérarchies angéliques s’augmente de la hiérarchie des prêtres et des moines, qui, les uns et les autres, ressemblent aux Anges.
Que voilà une lumineuse justification de l’utilité transcendantale du moine qui, dans l’Église visible, est la réplique de la louange perpétuelle des Anges dans l’Église invisible ! La louange du moine est donc analogue à celle de l’Ange. Et il ne faut pas oublier que « l’hymne des Anges résonne dans l’infini de l’éternité ». Poussant son étude plus avant, Peterson en arrive à quelques considérations importantes ayant trait à la nature du chant liturgique :
Mais cela implique en même temps la dernière conclusion : le chant des moines a un caractère essentiellement différent de celui du peuple. Le peuple chante d’une voix naturelle, dans l’ordre naturel des choses ; et rien n’est évidemment changé à cela si, par exemple, c’est un chœur exercé qui tient la place du peuple, avec un chant polyphonique savant. Le chant des moines, lui, sera toujours le chant d’êtres dont l’existence tout entière est dégagée de l’ordre naturel des choses, et qui se sont rapprochés de l’être angélique. Aussi y aura-t-il toujours dans leur chant quelque chose de l’harmonie de l’univers et de la louange des Anges.
Le chant de ceux qui ressemblent aux Anges n’est pas polyphonique. C’est un fait qui a son fondement dans l’ordre angélique : car les Anges chantent tous « d’une seule voix ». De plus, comme le culte qui est rendu à Dieu au ciel a pour unique organe la voix des Anges (si l’on peut s’exprimer ainsi), à l’exclusion de toute musique instrumentale mécanique, il est impossible que le chant des moines, qui ressemblent aux Anges, ait un accompagnement instrumental. On sait avec quelle sévérité l’Église ancienne a banni du culte chrétien tous les instruments de musique... On ne peut comprendre cette exclusion de tout instrument que si l’on a bien vu que les Apôtres ont quitté la Jérusalem terrestre et la musique du temple pour s’approcher de la Jérusalem céleste, dans laquelle il n’y a plus d’instruments d’aucune sorte, mais où l’Ange, par son existence même, est l’unique organe de la louange divine.
Quant à la participation des Anges à la liturgie de l’Église, l’auteur est formel : les Anges des Sacrements existent bien. À propos de l’eau baptismale, Peterson dira : « Le témoin le plus ancien de cette relation entre l’eau baptismale et l’Ange est Tertullien ; dans son Traité sur le baptême, il dit : « Les eaux ont été en quelque façon guéries par l’intervention de l’Ange », et, plus loin : « Purifiés dans l’eau, sous la conduite d’un Ange, nous sommes préparés pour l’Esprit-Saint. » Il continue : « L’Ange qui préside au baptême aplanit les voies pour l’Esprit-Saint qui va venir en détruisant les péchés. »
Dans le Sacramentaire gélasien nous trouvons cette prière pour la consécration de l’eau baptismale :
« Sur ces eaux préparées pour purifier et vivifier les hommes, envoie l’Ange de sainteté, afin qu’il fasse pour le Saint-Esprit une demeure pure... »
De même dans le Missel des Goths, nous trouvons des prières qui demandent : « Que l’Ange de ta bénédiction descende sur ces eaux » ou encore : « Daigne faire que l’Ange de ta bonté soit présent auprès de ces saintes fontaines. » Dans la liturgie hispanique, on trouve : « Envoie de ta demeure ton saint Ange pour qu’il sanctifie ces eaux baptismales. »
Saint Ambroise, dans son livre sur les Mystères, affirme que les Anges sont présents au baptême. « Tu as parlé en présence des Anges », disait-il au néophyte. Dans l’Église ancienne, on enseignait que le sacrement du baptême mettait le sujet en relation interne avec le monde des Anges. Il en va de même pour ce qui est de l’Eucharistie où l’Ange, voire les Anges, sont présents et interviennent directement ; ils entourent le prêtre qui officie. En l’honneur de Celui qui se trouve sur l’autel, des multitudes de l’armée des Anges remplissent le sanctuaire. Saint Jean Chrysostome, dans son Traité sur le sacerdoce, dit que ces Anges ont été vus « tout autour de l’autel, s’inclinant vers la terre, comme on voit les soldats se tenir en présence du roi ». Saint Ambroise dit qu’on ne peut douter qu’un Ange soit présent lorsque le Christ est immolé.
Les Anges jouent également un rôle dans le sacrement de pénitence et cela, non seulement pour assister le pénitent, mais encore pour révéler ses fautes, que l’Ange a inscrites dans le livre de vie. À retenir, la présence des Anges durant l’Extrême-onction et dans la chambre mortuaire pour diriger et protéger l’âme dans le monde nouveau où elle arrive et où elle est désemparée. Ce qu’il faut bien réaliser, c’est que les Anges ne sont pas seulement les compagnons du Christ, mais ils sont aussi les nôtres. Et pour conclure, l’auteur nous dira : « Les Anges sont plus qu’un décor poétique du répertoire de la poésie et des contes populaires. Ils sont dans la sphère de Dieu, du Christ et du Saint-Esprit, mais ils sont aussi dans la nôtre. Ils représentent pour nous une possibilité de notre nature, un degré plus élevé et plus intense de notre être... Il est beaucoup de chemins par lesquels l’homme va vers l’Ange ; non qu’il se propose consciemment de devenir un Ange, mais parce que l’être qu’il vit n’est qu’un être provisoire et que ce que nous sommes n’est pas encore révélé. Et si nous ne nous hâtons pas de ressembler à l’Ange qui est devant Dieu, nous nous dirigeons à coup sûr vers celui qui s’est détourné de Dieu, nous nous rapprochons du démon. Car l’homme n’existe jamais qu’en se dépassant lui-même et donc en se rapprochant soit de l’Ange, soit du démon. »
Voilà le but final de l’homme, et plus spécialement du mystique : s’élever degré par degré, hiérarchie par hiérarchie pour ressembler à la pureté angélique, jusqu’à atteindre l’état séraphique et à s’associer à la louange du Seigneur trois fois saint.
Retenons enfin la conclusion finale de Peterson :
« Ainsi la vie mystique de l’Église ne pourra jamais se développer qu’en liaison intime avec le culte de l’Église. C’est seulement de la vie de l’Église, qui célèbre Dieu avec les Anges et tout l’univers, que peut naître et croître la louange qui témoigne, dans le culte comme dans la vie mystique, que le ciel et la terre sont pleins de la gloire de Dieu, depuis que la gloire de Dieu a fui le temple de Jérusalem pour élire domicile dans le temple du corps de Jésus, dans cette Jérusalem qui est celle “d’en haut”, notre mère à tous. »
Et voilà le ministère des Anges dans l’univers et dans l’humanité qui s’éclaire d’un jour nouveau, ministère d’assistance et de spiritualisation ; les Anges sortent du domaine de la légende pour devenir les messagers et les conducteurs de l’humanité en marche vers la Jérusalem céleste.
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SECTION VIII : Ania Teillard : La Dimension Inconnue
Expériences de l’Au-Delà (La Baconnière, Neuchâtel 1960).
Sous le titre un peu abstrus, c’est-à-dire obscur et assez difficile à comprendre : La Dimension inconnue, Mme Teillard a publié un ouvrage des plus intéressants, voire capital, relatant par le détail ses expériences de l’Au-Delà. Notons en passant que le titre anglais du présent ouvrage est beaucoup plus explicite : Spiritual Dimensions.
Mme Teillard a été la bénéficiaire de nombreuses visions et apparitions des entités des mondes supérieurs. Ces constatations, dans leur ensemble, s’apparentent avec celles faites par les occultistes sérieux et par les vrais mystiques.
L’auteur, d’origine balte, française par son mariage, vit tantôt à Paris tantôt sur la Côte d’Azur ; son activité spéciale s’est surtout tournée du côté de la psychologie et notamment de la parapsychologie selon C. G. Jung. Qu’on en juge plutôt par les titres de quelques-uns de ses livres : Le Symbolisme du Rêve (Paris 1944), Le Rêve, une porte sur le réel (Paris 1951), L’âme et l’écriture (Paris 1948).
Graphologue de valeur, Mme Teillard s’est attachée surtout à l’étude de « la psychologie des profondeurs de l’âme », étude en rapport direct avec son activité dans le domaine de la psychanalyse ; l’auteur tient compte des rêves, envisagés tant pour leur signification personnelle, que prémonitoire ou parapsychologique.
Dans le domaine pratique, la science graphologique de Mme Teillard est notoirement connue, appréciée et utilisée par de nombreuses banques ou administrations qui lui soumettent l’écriture des personnes qu’elles se proposent d’engager comme employés, afin d’être renseignées sur leurs qualités, défauts, déficiences ou possibilités.
Ce préambule était nécessaire pour bien faire comprendre que l’auteur n’a rien d’une visionnaire ordinaire, d’un simple médium ou d’un sujet métagnome. C’est plus spécialement par l’étude des rêves que Mme Teillard en est arrivée à faire une discrimination nette entre les rêves ordinaires ou prémonitoires, entre les visions et apparitions d’entités de l’Au-Delà ; pour sa part, Mme Ania Teillard a eu de nombreuses visions et apparitions plus ou moins matérialisées du Christ, de la Vierge, des anges, et, fait intéressant, ces visions et apparitions ne se sont pas limitées au domaine christique, elles se sont étendues à toutes les entités de l’Au-Delà, que ce soient des manifestations de défunts ou des apparitions de dieux de l’Olympe, de l’Égypte, de dieux et de déités de l’Inde et manifestation de quelques gourous notoires.
Pour l’auteur, la réalité de la réincarnation n’est pas un fait de croyance plus ou moins bien fondée, mais un fait d’expérience. Dans l’astral, l’auteur a revécu des épisodes d’existences antérieures ; elle dira : « J’ai rencontré des êtres que j’avais connus dans d’autres existences », car il ne faut pas oublier que des dettes karmiques lient les âmes entre elles, pour leur bonheur ou pour leur malheur, selon la nature de leur Karma. À ce sujet, Mme Teillard cite un cas qu’elle a tout d’abord élucidé par la psychanalyse : une dame, nullement peureuse de nature, est atteinte de claustrophobie (peur des lieux fermés) ; l’analyse psychanalytique ramène dans la conscience une peur de jeunesse ; la malade, jeune fille, s’était enfermée dans les lavabos d’un train ; à l’arrêt, devant descendre, elle n’arriva pas à ouvrir la porte ; cependant la racine de la peur était encore plus profonde et remontait à une vie antérieure. « Un jour, cependant, dira Mme Teillard, cette femme eut une vision, non un rêve : elle se vit comme religieuse, au Moyen Âge, le visage hagard, crispé par la peur ; elle allait être emmurée vivante. Cette nonne, elle-même, avait péché, péché selon l’optique du monastère, non selon celle de la vie. » Et l’auteur ne craindra pas d’affirmer : « Mes expériences m’ont donné la certitude que notre vie n’est pas une fin, mais qu’il y a une suite de vies, une continuité dans notre existence. Elles m’ont convaincue de la réalité de la Réincarnation. » À retenir, cette déclaration de l’auteur : « Mes visions gagnaient en puissance avec les expériences renouvelées et devenaient toujours plus grandioses. »
Des personnes décédées sont apparues à Mme Teillard, soit dans leur naturel, rappelant la figure terrestre, soit sous forme symbolique ; ainsi le père de sa belle-sœur lui apparaît tel qu’il était de son vivant ; elle en fait la description détaillée, qui fut reconnue exacte par la fille du défunt ; or les détails donnés par Mme Teillard ne lui étaient pas connus. Mme Teillard appréciait beaucoup les travaux du Dr René Allendy, mais elle avait été péniblement impressionnée par l’aveu du Docteur d’après lequel il résultait qu’il n’était pas arrivé à la certitude de l’existence d’un Au-Delà après la mort ; comme Mme Teillard était attristée à la pensée du sort qui attendait ce médecin dans l’autre monde, elle vit un jour ce dernier lui apparaître lumineux et serein : maintenant il vivait et comprenait.
Une des apparitions très lumineuses fut celle de Sri Chaïtanya, pour les Hindous, un avatar de Krishna, qui n’avait pas voulu monter dans une sphère plus haute afin de pouvoir porter secours aux humains.
Les corps glorifiés des grands initiés se distinguent par leur luminosité, qui dépasse toute expression ; à retenir que la luminosité varie avec le degré d’évolution de l’entité qui se manifeste.
À propos de l’apparition de Ramakrishna, dont elle fut plusieurs fois gratifiée, Mme Teillard nous dit : « Quand je fus invitée aux Indes, en 1952, pour résoudre un problème psychologique et donner des conférences à la radio, j’avais déjà un lien intérieur intense avec Ramakrishna. »
Après avoir vu Ramakrishna lui apparaître plusieurs fois en Europe, Mme Teillard avait lu tout ce qui avait été écrit sur lui, aussi ses amis les yoghis de Pondichéry la considéraient comme une des leurs ; à retenir, cette constatation, lourde de signification, faite par l’auteur : « En Inde les gens “Mûrs” sont dominés par le sentiment religieux, la déesse des jeunes a nom Science. »
« Aux Indes et aux Indes seulement, dira Mme Teillard, me sont apparues les divinités hindoues : Brahma, Krishna et Radha. » Visions identifiées par les yoghis de Pondichéry. L’auteur se demande si ces apparitions ont été facilitées par sa présence en Inde. C’est possible, dit-elle, mais pas nécessaire ; en effet, elle a eu de nombreuses visions des dieux de l’Olympe sans jamais avoir été en Grèce.
Reçue chez Dilip Kumar Roy, Mme Teillard y a rencontré une voyante extraordinaire : Indira Devi ; ce sujet métagnome reçoit continuellement des messages de l’Au-Delà ; Indira est en communication intime avec Mira, la princesse mendiante hindoue du XVe siècle ; inspirée par Mira Baï, Indira compose des poèmes en langue sanscrite médiévale ; ces poèmes sont d’une grande beauté et d’inspiration mystique la plus haute. Par le truchement de cette voyante, qui avait été avertie par Mira de la venue en Inde de Mme Teillard, l’auteur en a reçu des messages personnels. À noter que sept ans plus tard, en Europe, Mme Teillard a été favorisée d’une apparition de cette princesse, avec laquelle elle fut liée lors d’une incarnation antérieure. Et voici une certitude apaisante à laquelle l’auteur est parvenue à la suite de ses expériences de l’Au-Delà : « Certains êtres célestes nous guident avec une sûreté sans défaut. Quand on pose une question d’ordre spirituel, on ne reste jamais sans réponse. Celles-ci sont souvent exprimées symboliquement, en images ou en paroles, dans des rêves et des états appropriés, parfois immédiatement après notre demande, parfois plus tard. Tout dépend de notre réceptivité, de notre concentration... Tout ce qui existe dans ces régions, tout ce qui y vit, est l’expression d’une valeur psychique. Cette valeur, cette existence, ces impondérables, ne sont à saisir autrement que par des moyens psychiques, jamais par la voie intellectuelle. Comme le dit Aurobindo : « Le supraconscient ne peut être mesuré qu’avec le Supraconscient. » L’auteur a la conviction qu’on est toujours secouru au moment où l’on en a vraiment besoin, soit par la découverte d’un livre utile, la venue d’une personne secourable ou un conseil judicieux donné au moment propice. « La vie, dit l’auteur, est pleine de miracles, car la sphère supérieure, celle qui contient la clé de la vie terrestre, commence à pénétrer dans la vie quotidienne. » Et cela surtout quand par la prière, par la méditation, par la charité, on s’ouvre à l’action de cette force de Vie.
Pour Mme Teillard, les données de l’astrologie sont relativement, mais pas absolument valables, car lorsqu’un être se détourne de la vie quotidienne pour s’orienter vers un but spirituel, les prédictions astrologiques cessent d’être justes. Il y a une puissance qui vient des Sphères supérieures sur laquelle les lois du Destin sont sans effet. L’auteur eut confirmation de ce cas par la déclaration d’une astrologue catholique ayant fait la même constatation : « Après une conversion authentique, un horoscope n’était plus vrai, tout en ayant indiqué auparavant des dates justes. »
Il est intéressant et instructif de prendre connaissance des qualifications des différents dieux olympiens et planétaires, réalisées par les visions et expériences métanormales de Mme Teillard ; qu’on en juge plutôt :
Jupiter : Dieu à l’éternelle jeunesse, d’une grande bonté et chaleur de cœur ; gaieté et joie de vivre. D’une beauté virile, il est le prototype de l’harmonie des formes et des couleurs ; c’est le dieu qui préside au génie artistique et à la grandeur cosmique.
Eros : Dans le magnifique jardin de Jupiter, Eros ravit les dieux par les sons enchanteurs de sa flûte ; il est le plus jeune des dieux, aussi profond que léger, il unit et détruit, émerveille et désole.
Uranus : Le plus intellectuel, le plus nuancé, le plus insaisissable des dieux. Dieu solitaire, il ne veut rien posséder, n’être attaché à rien ni à personne ; il vit selon l’inspiration du moment ; il est doué d’un esprit lucide et impitoyable ; c’est un inventeur génial, révolutionnaire, créateur et destructeur à la fois, car il aspire à créer toujours du nouveau. Il n’aime pas les honneurs, les regardant avec un sourire de pitié, un peu moqueur.
Neptune : Dieu des rêves et de toutes les ivresses ; d’une sensibilité extrême, c’est le voyant et le poète.
Saturne : Ce dieu n’est pas le vieillard de la tradition, c’est un homme dans la fleur de l’âge, en relation intime avec les destinées humaines. « Ce dieu d’une sombre grandeur n’est pas une force maléfique ainsi décrite par de nombreux astrologues. Il veut que l’homme retrouve sa vraie nature, son moi profond, et cela à travers les souffrances et la solitude. Il ne punit pas, mais incorpore la pesanteur, le Karma si lourd à porter, le calice à boire jusqu’à la lie. Nos épreuves ne sont pas des punitions, mais la suite logique de nos actes et de nos pensées, connus par Saturne ; or il ne les oublie jamais. Il est Chronos, le Temps qui dévore ses enfants dans l’idée de les faire ressusciter un jour. Grand alchimiste, il transforme le plomb humain en or de la connaissance. Seigneur du Karma, il donne la pauvreté volontaire du mystique. Il est sombre, pensif et sévère, mais rayonne cependant l’Esprit et l’Amour... Dans l’Astral, Saturne apprend aux enfants la voie à emprunter pour pénétrer dans le sein d’une nouvelle mère, et, surtout, comment ils doivent choisir leurs parents. »
Mercure : Ce dieu a une certaine parenté avec Saturne ; il est doté d’une intelligence brillante et vaste comme Saturne également, mais cette intelligence est plus facile, plus élégante, la pensée est plus fluide, elle comprend et unit spontanément les êtres et les choses. « Sous la grâce de Mercure, le plus angélique des dieux, se cache le Psychopompe, la divinité mystérieuse qui guide les âmes de la vie terrestre à la renaissance, à travers la mort. » Il y aurait là un parallèle intéressant à faire avec les enseignements du Bardo Thödol, le Livre des Morts tibétain ; on y apprend qu’un lama se tient auprès du mourant ou du mort et qu’il lui souffle à l’oreille des conseils judicieux, indiquant à l’âme le chemin à suivre une fois séparée du corps.
Lucifer : C’est l’Archange, roi des ténèbres ; il est d’une beauté resplendissante ; il apparaît brillant ainsi qu’un soleil d’or ; le plus élégant parmi les personnages célestes, il est plein d’ironie et de dédain pour les allures pathétiques de certains dieux ; il dissimule sa sensibilité extrême sous un orgueil agressif. Son palais est somptueux ; avec Apollon et les Muses, il est l’esprit de l’art ; il représente une puissance créatrice dans le domaine de la musique et des arts plastiques ; il est l’âme de la Nature, l’Esprit des éléments, l’Esprit dionysiaque ; aimant la vie, il la protège et cherche à la perfectionner. Il ne faut pas le confondre avec le Satan chrétien, dira Mme Teillard. De Lucifer, elle a eu cette définition : « Saturne désire l’humanisation de Dieu et moi je veux la divinisation de l’homme. » À plusieurs reprises, Mme Ania Teillard a eu des visions de Lucifer ; elle résumera son impression ainsi : « C’était le visage de Lucifer, dans son essence angélique, éternelle, dans sa pureté d’Archange. »
Lilith ou Déméter : C’est la grande déesse-mère, la Shakti des Hindous ; elle incarne la fécondité de la création, la force cosmique, et Mme Teillard de nous dire : « J’ai souvent vu cette déesse, si belle, si royale dans sa simplicité, au centre de son royaume, une sorte de ferme divine, où elle fait le pain et le vin, afin que les mondes ne manquent jamais de ces éléments essentiels à la vie humaine. »
Vénus : Déesse de l’Amour, aux boucles blondes et au profil grec ; elle est la plus belle de tout le panthéon céleste. Et Mme Teillard de spécifier : « Vénus, comme Saturne, le Seigneur du Karma, force les humains, à travers la souffrance, à faire un retour sur eux-mêmes, à s’intérioriser, elle les élève au sommet de la vie, par l’amour, la gloire et la création artistique et les projets dans les abîmes du désespoir et de la solitude... Vénus est un instrument du Devenir éternel, non un amour serein et détaché, Agapé ou Caritas, mais l’amour complet, absolu qui englobe la totalité, le corps aussi bien que l’âme. »
Pour ce qui est des divinités de l’Olympe et des recteurs astraux, ne voilà-t-il pas toute une moisson de renseignements intéressants et dignes d’être médités ; le lecteur curieux d’en savoir plus long aura tout avantage à se reporter au livre de Mme Teillard, qui nous affirme que ces visions d’êtres extraterrestres sont du plus haut intérêt ; ces entités étaient presque toujours bienveillantes et d’une grande beauté ; l’auteur n’a connu que deux expériences véritablement effrayantes. Certaines de ses visions ont amené Mme Teillard à mettre en parallèle, quant à leur signification ésotérique, la naissance virginale de la Vierge Marie et ce que les Écritures sacrées hindoues rapportent de la naissance du Bouddha. Dans les deux cas, une entité spirituelle supérieure annonce la conception miraculeuse : l’Archange Gabriel et l’Archange Avalokitesvara.
Et l’auteur de dire : « Lors de ces deux naissances, une chose extraordinaire se produit : les sphères s’interpénètrent. Il ne s’agit pas d’une réincarnation, mais d’une naissance par l’esprit, de l’incursion d’une haute sphère dans une sphère inférieure. » Nous avons là un archétype de la naissance surnaturelle, tradition millénaire qui se révèle au cours des siècles, véritable fécondation spirituelle. Aussi l’auteur de conclure : « Le conseil des dieux, où fut décidée l’incarnation du futur Bouddha, a une éternelle présence, seuls les noms changent. Les dieux, instruments de l’Être Suprême, peuvent porter les noms de Saturne ou Jupiter, de Vichnou ou d’Indra. Ils exercent leur ministère dans les mondes comme font les anges, les archanges et toute la milice céleste. »
Il est bon de savoir que les sphères supérieures contiennent en même temps les racines des évènements terrestres et leur signification profonde.
Avant d’avoir étudié l’angéologie chrétienne, Mme Teillard a eu de nombreuses visions d’anges. À part quelques légères différences de détail et de nuances, ces visions concordent avec celle des mystiques chrétiens. « J’ai vu, dit-elle, évoluant dans le royaume, les divinités planétaires, ces forces cosmiques qui régissent les astres et les destinées des hommes ; j’ai rencontré les anges et les démons, et plongé dans la hiérarchie incommensurable des mondes, où l’homme aussi a sa place et sa mission. »
Pour que ces manifestations supranormales puissent se produire, un certain calme de l’ambiance extérieure est nécessaire.
Faisant allusion à l’état d’esprit dans lequel ses visions sont reçues, l’auteur dira : « Je ne perdais rien de ma substance – comme il en va pour les médiums lorsqu’ils produisent des matérialisations – au contraire, il s’ajoutait quelque chose. Je n’ai jamais été en transe 12. »
Et l’auteur de poursuivre : « Après avoir vu des défunts, j’étais fatiguée. Ces êtres se servaient probablement de ma vitalité pour se matérialiser. Par contre, quand je voyais des êtres surnaturels, j’étais chargée d’énergie. La lucidité de mon esprit était toujours la même. »
Combien intéressantes sont les visions astrales où l’on assiste à la deuxième mort, que d’instructions à en tirer : « Dans ces mondes qui se révélaient à moi, évoluaient des êtres de toutes sortes, des divinités anciennes, hindoues, égyptiennes, grecques et autres, des personnalités historiques ou inconnues, appartenant à tous les pays, à toutes les époques, à toutes les cultures. » Rien de chaotique dans ces visions, un ordre hiérarchique s’y manifeste ; l’évolution y est caractérisée par un accroissement de connaissance, non de savoir intellectuel, le tout se résolvant en Sagesse et Amour.
Le même être peut se manifester sous des formes variables selon la pensée du moment, car, dans ces sphères, la pensée est créatrice. L’auteur n’a pas vu de formes ovoïdes, de coques ou d’êtres entourés d’une aura, ainsi que les décrivent certains voyants et occultistes. Mme Teillard a vu des hommes et des animaux pareils aux nôtres, mais plus beaux et plus expressifs. Point capital à relever, dans ces mondes le mensonge ne peut exister, car toutes les pensées sont transparentes, et chacun peut les lire.
À la question : retrouverons-nous dans l’astral les êtres qui nous sont chers ? L’auteur répondra : « La chose est possible ; dans ces mondes tout se passe suivant les affinités. D’après mes expériences, chaque âme suit sa voie, irrésistiblement, sans regarder en arrière. Les liens terrestres tombent en général avec l’enveloppe terrestre. Ce processus de détachement se produit plus ou moins rapidement, selon l’évolution de l’individu. Mais je sais que des couples unis sur terre par les liens les plus forts d’amour, de compréhension et de même travail en commun, se sont retrouvés dans l’astral, où ils continuent à vivre une union encore plus heureuse. L’évolution de l’homme se poursuit dans les sphères ; il n’est donc pas à conseiller de lier un défunt à son passé par une tristesse trop aiguë, car le détachement nécessaire est ainsi rendu difficile. Mais si nous lui adressons des pensées affectueuses, en comprenant qu’il a maintenant une tâche nouvelle à accomplir, nous pourrons l’aider sur son chemin. »
Et voici quelques détails sur la vie dans les sphères supérieures : « Dans le monde astral, les habitants travaillent : on lit, on acquiert des connaissances ; on construit des temples et des maisons. Les êtres de ce plan connaissent encore les sentiments de haine et d’amour.
« Ce plan, l’Astral, est le lieu de transformation et de la décision par excellence. C’est ici que les morts se réveillent. C’est ici qu’ils se reposent pour continuer leur évolution. Selon le degré de leur développement et de leurs affinités, ils s’élèvent dans une sphère plus haute, ou bien ils retournent sur terre, dans une nouvelle incarnation.
« J’ai vu des hommes au moment de leur arrivée dans l’autre monde, entre autres des soldats morts à la guerre. Et j’ai également vu d’autres habitants du monde astral qui se désintégraient pour rentrer dans le sein d’une mère terrestre. »
Il y a une interpénétration constante entre le monde terrestre et le monde astral ; souvent on entend une voix qui dit, contre notre volonté : « Fais ceci ! Fais cela ! » On peut être certain qu’il y a manifestation et inspiration de l’astral.
Mme Teillard a vu sa mère dans l’astral à plusieurs reprises, elle a pu suivre ainsi son évolution ascendante ; musicienne accomplie, ce fut par la musique, notamment par celle de Beethoven, que sa mère put s’élever dans une sphère supérieure.
On connaît les parfums subtils émanés par certains mystiques et par certains saints personnages ; le P. Pio, gratifié de clairvoyance sur tous les plans, émane d’exquises senteurs ou d’acres parfums, en rapport avec la nature du message transmis.
Quant aux apparitions angéliques, elles sont souvent précédées ou accompagnées de subtiles senteurs.
Lors de son procès, les enquêteurs avaient posé à Jeanne d’Arc une question relative à ce sujet : « Les anges sont-ils accompagnés de senteurs ? » Sans hésitation aucune, la réponse fut : « Oui. » Mais ce qui caractérise surtout les visions angéliques, ce sont leur luminosité ; et ces rayons éclatants ne sont pas de notre terre ; les couleurs sont beaucoup plus vives, plus pures, plus expressives, variant avec le degré d’évolution de l’entité qui se manifeste et chargées d’un sens profond.
Les visions multiples de dieux et d’anges sont de nature à surprendre. Or, l’auteur éclairera le problème par cette réflexion : « Si la vision des dieux est une grâce merveilleuse, cette expérience est-elle plus étonnante que l’apparition de la Vierge ou du Christ ? » Et l’auteur d’ajouter ceci : « André Bonnard, dans son beau livre : Les Dieux de la Grèce, n’a pas craint de débuter par cette affirmation : “Les dieux existent.” » En rapport avec ce sujet, Mme Teillard nous dira : « Un prêtre, lui-même un vrai mystique, m’expliqua qu’une expérience polythéiste des mondes était une voie toute naturelle pour concevoir enfin le Dieu Un. »
Et voici ce que ses expériences de l’Au-Delà ont appris à Mme Teillard pour ce qui est de la nature des dieux et des anges : « Les dieux et les anges diffèrent de par leur essence même. Un dieu est une individualité dans le sens le plus vaste du mot, les anges sont des rayons impersonnels du Divin. Ils ne détiennent pas la connaissance, ils sont des parcelles de la connaissance pure. Ils échappent à la dualité entre celui qui connaît et l’objet de la connaissance. »
Toutes les divinités ou forces astrales sont nécessaires pour que les mondes puissent accomplir leur destin. Toutes les divinités, sans exception, interviennent dans les destinées humaines. Elles constituent des échelles d’une sphère à l’autre, de haut en bas et de bas en haut.
Les dieux, eux aussi, comme tout ce qui vit, sont soumis à la transformation, ils ont un destin à accomplir ; ils participent à la ronde des incarnations ; non seulement ils ressentent des émotions, mais ils peuvent en être bouleversés, et ces ébranlements se propagent dans les mondes. Lorsque Saturne est en colère, tous les saturniens le ressentent et vibrent avec lui. Les métaux eux-mêmes vibrent à l’unisson. Quand Mars et Vénus, son épouse éternelle, s’unissent dans un élan de tendresse, une vague de sentiments amoureux passe à travers les mondes : un artiste crée une statue merveilleuse, un poète célèbre l’amour dans un sonnet d’une éternelle beauté.
Tous les dieux ne sont pas aptes à voir les hommes. Quelques-uns d’entre eux se sont même détournés du globe terrestre.
Les anges, les sages et les dieux savent tout ce qui se passe sur terre. Ils aperçoivent les couleurs des âmes et peuvent suivre de loin ou de près l’évolution d’un être d’après les variations de sa tonalité lumineuse.
Et voici les couleurs que peuvent prendre les âmes : le jaune très brillant est l’indice de la plus haute spiritualité ; puis de l’orange par toute une gamme on passe au bleu calmant, adoucissant, qui nous ouvre le ciel. Le rouge dans toutes ses nuances exprime la passion dévorante jusqu’à la plus délicate tendresse, le rosé très clair est le symbole de l’amour psychique et spirituel ; quant au vert, c’est l’indice de la fertilité et de la croissance, entendues également comme croissance des facultés spirituelles.
Les dieux perçoivent les humains non seulement par leur forme extérieure, mais encore et surtout par la couleur et l’odeur des âmes ; et il est à retenir que les dieux ne voient pas seulement la perle isolée de notre existence actuelle, mais le rang entier des perles du collier, soit l’individu ou l’âme dans la totalité de ses existences.
Quand il monte dans une sphère supérieure, un dieu peut quitter ses fonctions cosmiques et les transmettre à un successeur.
De ses nombreuses expériences supranormales, Mme Teillard en est arrivée à cette conclusion : « Il y a une liaison constante entre les différents plans ou mondes, mais les médiateurs par excellence entre les sphères sont les anges. » Aussi, vu l’importance du sujet, l’auteur y consacre une trentaine de pages, soit le dixième chapitre de son ouvrage ; nous allons en donner un résumé aussi fidèle possible. Et tout d’abord cette déclaration : « Lorsque je me trouvai pour la première fois en présence d’un ange, j’ignorais tout de la réalité de ces êtres. Cette ignorance me fut plutôt favorable, car je pouvais m’ouvrir à cette expérience sans idées préconçues. Plus tard, en évoluant, j’approfondis mes connaissances en lisant tout ce que je pus trouver ayant trait aux hiérarchies célestes. » Mme Teillard commence son chapitre par cette déclaration préliminaire, notant la difficulté qu’il y a de rendre en mots humains les visions angéliques ; cette difficulté a été signalée par tous les mystiques, à commencer par saint Paul, qui ne sait au juste dans quel corps il a été ravi au troisième ciel (II Cor. XII, 2-4).
« Pour dépeindre les anges, il faudrait une palette toute spéciale : leurs visages ont la pureté du cristal, la douceur de l’albâtre rosé pâle, la nacre et l’opale pâlissent à côté d’eux... Les anges sont au-delà des valeurs terrestres.
« Les anges sont bisexuels, mais pas hermaphrodites ; étant androgynes, ils sont au-delà de la polarité masculin-féminin ; ils ont consommé le mariage sacré intérieur. Plus je plonge dans l’atmosphère angélique, plus je considère les anges comme d’essence masculine. Ils ont parfaitement assimilé le “féminin” dans le sens le plus vaste du mot. Ils sont Yang et Yin, selon la conception chinoise ; le Yin, l’essence féminine réceptive, est le pôle opposé cosmique, biologique, suprapersonnel et personnel du Yang, l’élément créateur masculin.
« En présence d’un ange, on n’a qu’un seul désir : le voir encore, entendre indéfiniment le messager divin, sa voix cristalline emplissant le cœur de joie, de crainte et de nostalgie. Je n’ai jamais vu d’anges adultes non vêtus, mais j’ai vu souvent des anges enfants, leur corps parfait rosé et nu, tels que les dépeignaient les artistes. Le vêtement des anges adultes comporte des variantes infinies quant à la forme et la couleur. »
Faisant allusion à un jugement du P. J. Danielou qui estime « imprudentes tentatives » les efforts de ceux qui abordent ces questions par la voie de la théosophie ou du spiritisme, alors que la seule voie d’accès est le Christ, Mme Teillard dira : « Aux yeux du P. Danielou, je serais coupable de deux erreurs mentionnées par lui, car je viens par le côté de la psychanalyse, et la théosophie, le spiritisme même, ne me sont pas inconnus.
« Pourtant, toutes les voies conduisant vers les sphères célestes ne sont-elles pas valables ? Peut-être les anges utilisent-ils des moyens et modes de pensées modernes pour s’approcher d’un humain qui n’aurait pas pris le chemin de l’église ? Ne serait-ce pas là, au contraire, une preuve de leur puissance... La mission des anges a commencé dès le début du monde, bien avant la venue du Christ. »
Les anges ont un dynamisme extraordinaire. Ils sont la vie condensée sous une forme élevée. L’Esprit et la Vie sont fondus en eux.
« Les anges sont présents à toutes les occasions importantes, de nature cosmique ou humaine. Ils prédisent les évènements et y participent, en tant qu’êtres actifs et exécutants... L’action des anges s’intensifie au fur et à mesure que la figure humaine de Jésus disparaît pour faire place au Christ surhumain... À la Résurrection du Christ, ils ont une grandeur et une autorité indicibles... La nature essentielle de l’ange est de guérir et adorer, c’est l’annonciateur, le gardien et l’inspirateur. »
Nous avons vu, dira encore Mme Teillard, les grands évènements cosmiques accompagnés par les anges ; dans des proportions plus modestes, le même phénomène se produit dans la vie des hommes. L’ange gardien surveille toute l’existence d’un humain, il lit ses pensées, mais il ne lui est pas permis de porter à sa place le poids de sa vie, car le destin doit être achevé. Quand son protégé souffre, dans son âme et dans son corps, l’ange gardien est chargé d’un dynamisme tout particulier. À l’instant de la rupture entre le physique et le psychique, c’est lui qui arrache l’âme du corps. Mais sa mission n’est pas terminée : elle survit à la mort. L’ange gardien accompagne l’homme à travers toutes les sphères. »
L’ange gardien porte des noms multiples : préposé, intendant, surveillant, pasteur.
« Ici, nous dit l’auteur, je voudrais intercaler ce qu’une entité des autres sphères m’exprima, à l’aide de la planchette : Chacun des humains n’a qu’un seul ange et chaque ange n’a qu’un seul être humain. Il est toujours là – mais si tu penses à lui, tu peux le voir. De tous les habitants des cieux, les anges me semblent pour l’homme les plus proches, et le contact avec eux d’un intérêt capital. L’ange gardien nous transmet les courants de force qui l’interpénètrent. »
Il y a des anges blancs et noirs ; les anges noirs sont des forces de la nature ; ils ne sont pas dirigés vers un but précis, comme les anges blancs ; les noirs servent la Vie, la Nature, et non l’esprit. Toutefois, ils n’appartiennent pas aux démons.
Les neuf ordres de la hiérarchie chrétienne sont formés d’anges lumineux. L’ange peut être aussi terrifiant. Ce n’est pas en vain que la Bible parle d’anges exterminateurs et d’anges au glaive flamboyant.
Les peintres croyants, tels Fra Angelico, Filippo Lipi et Giovanni Bellini, ont vu les anges ; l’ange du Titien est l’un des messagers les plus célèbres que créa jamais un artiste... Il serait erroné de croire que seule une époque ou une croyance religieuse détient la grâce d’apercevoir les messagers divins. Aujourd’hui comme par le passé, les anges sont prêts à l’incursion dans notre sphère.
Lorsqu’un homme est apte à recevoir la vision pure, alors l’ange apparaît dans les songes. Il est étonnant de voir le nombre de personnes qui reçoivent des visiteurs célestes dans leurs rêves.
L’ange connaît nos capacités de compréhension ; il a le pouvoir de peser nos âmes.
Anges incarnés : Il existe des anges qui vivent sur terre, inconnus. Ils se reconnaissent entre eux, mais les hommes, en général, ignorent tout de leur passage. Bien des destinées énigmatiques à nos yeux s’éclairent tout à coup si nous admettons que les anges peuvent s’incarner. Ceci peut leur arriver par erreur : égarés, ils sont tombés dans la matière ; mais ils peuvent aussi descendre délibérément sur terre ; l’homme seul pouvant accéder à la connaissance, les anges doivent, pour atteindre ce but, emprunter la voie douloureuse de l’humain. Leur lutte avec la matière est terrible ; ils meurent jeunes. Souvent ce sont des créateurs, des génies. Des drames, des suicides éclatent autour d’eux, car les hommes se brisent en essayant d’atteindre leur substance angélique indestructible, soit pour la posséder, soit pour l’anéantir. Qu’on pense à la vie tourmentée de certains génies : Raphaël Sanzio, Mozart, Chopin, Wagner, Jeanne d’Arc, Edgar Poe, Byron, Shelly, Verlaine, Rimbaud, et combien d’autres encore.
Celui qui porte en lui la substance angélique ne peut la celer entièrement, même lorsqu’il tente de la dissimuler à la curiosité humaine. Cette essence se révèle dans l’œuvre de nombre d’artistes et de poètes et donne la clé de certaines biographies.
L’auteur estime qu’il convient de méditer un peu sur le cas extraordinaire de la Pucelle : « On trouve réunis chez Jeanne tous les attributs des anges guerriers, et ne fut-ce point l’archange Michel lui-même, le chef de la milice céleste, qui lui apparut pour lui transmettre sa mission divine ? Si Jeanne n’avait été qu’une simple mortelle, les cohortes angéliques se seraient-elles mises sous ses ordres ? Les anges ne pouvaient obéir qu’à un être de leur rang ou à quelqu’un de supérieur à eux, de même que Jeanne obéissait, quand ses Voix le lui demandaient.
« Même lorsque ses Voix lui prédisent qu’elle tomberait entre les mains de l’ennemi, elle se soumit, pleine de douleur et d’angoisse. En fin de compte, l’essence angélique en elle remportait toujours la victoire sur la faiblesse humaine. Mais, que cette faiblesse existât fait la figure de la Pucelle encore plus émouvante. »
À retenir le fait que l’ange gardien protège notre âme contre les dangers venant de l’extérieur comme contre ceux venant de nous-même. Il nous procure la paix intérieure, il nous exhorte à la prière et à la pénitence. Enfin, il nous conduit vers l’illumination.
L’ange apporte toujours une consolation, mais il transmet aussi un ordre impérieux. Il demande le maximum de ce que peut l’humain ; il lui rappelle qui il est et exige qu’il développe le meilleur en lui. La force angélique qu’il transmet doit être transposée sur terre.
Les anges apparaissent en sauveteurs au moment du danger, qu’il s’agisse d’une souffrance physique, morale, mystique ou des douleurs déchirantes de la création. Qui pourra jamais évaluer la lutte de l’ange pour sauver en l’homme le germe créateur, menacé d’étouffer sous la quotidienne misère !
Chaque être angélique a son caractère propre. Comme nous l’avons déjà mentionné, les anges ont eux aussi leur parfum ; ces émanations odorantes sont, pour certaines personnes, plus faciles à capter que l’image visuelle des visiteurs célestes.
Expériences de Mme Teillard avec les anges.
« Quand je me penche sur les évènements décisifs de ma vie, je vois qu’ils furent toujours accompagnés d’anges, ou au moins en rapport avec le monde angélique. »
L’auteur a vu les anges grandeur nature, ou seulement leur tête.
À quoi reconnaît-on qu’on se trouve en face d’un ange ? « C’est qu’à tels moments règne en nous une émotion unique, qui ne saurait tromper, une douce voix intérieure que connaissent tous ceux qui ont eu des expériences semblables. Le message angélique nous frappe comme un éclair. »
Sept visions d’anges sont plus spécialement décrites par Mme Teillard. Elles eurent lieu du 19 mai 1955 au 31 octobre 1956, donc il y a fort peu de temps, et le souvenir en est encore vif.
Revenant sur le cas d’une incarnation angélique sur terre, l’auteur dira : « La nature angélique, quand elle s’incarne dans un humain, reste constante à travers toutes les existences, comme tout ce qui est essentiel dans un être : un poète, un voyant toujours voyant. »
Il est impossible de prévoir si un visiteur céleste reviendra vers vous une seconde fois ; le désir le plus ardent n’y peut rien. Une expérience peut être unique ; on ne saurait attendre plus.
Parmi les multiples visions intéressantes dont fut favorisée Mme Teillard, citons celle de Bernadette, qui, de simple paysanne, se transfigura sous les yeux de l’auteur ; la petite bergère changea de substance au point de ressembler à un ange.
L’apparition de la Sainte Vierge remplit l’âme d’une béatitude indicible : « Il n’y a pas de mots pour rendre la grâce divine de Marie, pour exprimer le rayon d’amour de son sourire. »
Un jour, Mme Teillard eut une vision extraordinaire ; elle vit une figure qui, par sa rondeur, ressemblait au disque solaire ou lunaire ; un œil ouvert, l’autre fermé. « Était-ce le visage de Dieu ou l’Esprit divin devenu vie pour une fraction de seconde ? Cet œil ouvert alors que l’autre est fermé n’est-ce pas le symbole de la dualité dans l’unité, la dualité qui, seule, permettrait qu’il y eût vie ? »
En conclusion de ses expériences, Mme Teillard affirmera sa croyance en l’existence de nombreuses entités dans l’Au-Delà et notamment en celle des anges, qui sont les médiateurs entre les sphères, les vrais messagers chargés de transmettre aux hommes la vérité. L’auteur dira encore : « Les anges m’ont rarement parlé. Souvent, je pouvais deviner, ou parfois simplement sentir, le sens de leur venue, d’après les couleurs, les gestes et l’expression de leur visage. Le Mystère de leur apparition est déjà assez bouleversant. »
Arrivé au terme de cette analyse du livre capital de Mme Teillard sur la dimension inconnue, nous ne pouvons qu’engager le lecteur à se reporter à l’original, car il y a encore beaucoup de données enrichissantes à glaner dans cet ouvrage.
Pour notre part, le fait que Mme Teillard arrive à la certitude de l’existence des cohortes angéliques unissant les mondes, à la croyance en l’existence de nombreuses entités peuplant les mondes supraterrestres (et y arrivant par un canal autre que celui de la mystique pure), constitue un enseignement précieux et illuminatif ; il nous montre à l’évidence que la vérité est une et qu’on peut l’atteindre par des voies diverses ; au demeurant, le Christ n’a-t-il pas dit qu’il y avait plusieurs demeures dans la maison du Père ; donc qu’il devait y avoir plusieurs chemins qui y conduisaient.
Mme Teillard a conscience de la valeur et de la portée de ses expériences de l’Au-Delà, valeur non seulement personnelle, mais encore enseignement pour un chacun que préoccupe la question de la destinée et du devenir des âmes. Et voici la conclusion finale, en accord avec les déclarations et données de tous les mystiques et en fin de compte avec celles de tous les occultistes sérieux :
« Je crois qu’une donnée essentielle ressort de ces expériences, celle que nous sommes capables, à travers notre psychisme, de vivre des choses auxquelles nous ne pouvons pas participer à travers l’intellect. »
Autrement dit, ce n’est pas à l’intellect qu’il faut s’adresser si nous voulons être renseignés sur la nature, l’existence et le devenir de notre âme.
Par contre, lorsqu’on arrive à éliminer du champ de la conscience les préoccupations et les soucis du plan terrestre, alors, au moment de la méditation silencieuse, l’âme se libère de sa prison de matière, l’intuition se réveille, se développe et nous met en contact direct avec la force toute-puissante de l’Esprit et avec les êtres qui peuplent les mondes supérieurs : Anges, Archanges et autres entités en voie d’évolution ou de transformation.
C’est là, la seule, la vraie conquête de « la Dimension inconnue ».


CHAPITRE X
Tableau synthétique des Attributs et Charismes
des
Neuf chœurs des Anges
NOUS pensons être utile au lecteur en rassemblant en un seul tableau synthétique les attributs et charismes des neuf chœurs des Anges tels que nous les trouvons épars dans la Bible ainsi que dans les écrits des Pères et des Docteurs de l’Église. On aura ainsi une meilleure vue d’ensemble du ministère des Anges dans l’économie céleste et terrestre.
La première notion donnée par tous les auteurs est qu’il y a parmi les Anges trois Hiérarchies, composées chacune de trois Ordres ou Chœurs.
La Première Hiérarchie, la plus proche de Dieu, est dite aristocratie céleste ou assistante, agissant dans le plan céleste ; elle est formée de trois Ordres :
1. Séraphins 2. Chérubins 3. Trônes.
La Deuxième Hiérarchie, composée des hauts fonctionnaires de la cité de Dieu, est dite dirigeante, agissant dans les plans mental et astro-karmique (astral) ; elle est formée de trois Ordres :
4. Dominations 5. Vertus 6. Puissances.
La Troisième Hiérarchie, formée par les exécuteurs ordinaires des décrets divins, est dite réalisante, agissant dans le plan physique et dans le plan astral ; elle se compose de trois Ordres :
7. Principautés 8. Archanges 9. Anges.
Voici, d’après saint Denys, le fonctionnement normal de ces Ordres successifs :
« C’est pourquoi l’ordre hiérarchique étant que les uns soient purifiés et que les autres purifient ; que les uns soient illuminés et que les autres illuminent ; que les uns soient perfectionnés et que les autres perfectionnent ; il s’ensuit que chacun aura son mode d’imiter Dieu. »
Au travers des Ordres, il y a un double courant, l’un descendant, procédant de l’Amour de Dieu pour aboutir à la terre, à l’homme, et l’autre ascendant partant de l’homme, pour porter nos prières à Dieu par le canal angélique. Il est une loi, connue des occultistes et des mystiques : l’esprit se revêt, c’est-à-dire se matérialise, pour descendre, et se dévêt, donc se spiritualise, pour monter.
Voici maintenant les caractéristiques des différents Ordres ou Chœurs angéliques :
Séraphins (Hiérarchie I, Ordre 1).

Fig. 40. Dieu entouré de Séraphins.
Bible historiée. Manuscrit de l’Arsenal ; XVe siècle.
Les Séraphins sont tout Amour, éternel Amour, enflammés d’Amour divin.
Ils sont les premiers bénis d’entre les êtres ; urnes d’amour, ils exhalent la Toute-Puissance divine.
Séraphim signifie : esprits brûlants de zèle et ardents.
Génies du feu, brillants comme le feu.
Ils nous purifient par le feu céleste et nous enflamment d’amour pour Dieu. Ils chantent sans se lasser les louanges de Dieu, répétant sans cesse le Trisagion, le trois fois Saint.
Ils sont détenteurs de la sagesse et des sciences sacrées.
Ils correspondent à l’élément feu des alchimistes et des occultistes.
Référence scripturaire, Bible : Ésaïe VI, 1-2.
Chérubins (Hiérarchie 1, Ordre 2).

Fig. 41. Chérubin.
Psautier manuscrit
du XIIe siècle.
Bibl. nat.

Fig 42. Ange entourant Dieu.
Du XIIe siècle.
Bibl. nat.
Psautier manuscrit.
Les Chérubins (fig. 41) sont des Esprits sublimes, des cerveaux d’omniscience, brillant par l’intelligence, la plénitude de science et de sagesse. Ils sont lucides et voyants, premiers confidents des desseins du Créateur. Témoins de la grâce, ils excellent par le silence et se fortifient par la contemplation.
Ils sont les ministres de bonté et de miséricorde de la Providence.
Chérubim signifie : ministre du feu astral, puissance fécondante.
Cherub équivaut à fort, puissant.
Pour rappeler leur vigilance, les Chérubins sont dits pleins d’yeux.
Ils correspondent à l’élément air des alchimistes et des occultistes.
Réf. script. Bible : Gen. III, 24. Ézéch. X, 3-8. Ézéch. XXVIII.
(Chérubin protecteur, voir I Rois 4 ; PS. 99, I ; Esaïe 37, 16.)
Trônes (Hiérarchie I, Ordre 3).

Fig. 43. Les Trônes.
Athènes. Peinture grecque du XIIe s.
Variantes : Thrônes, Théophores ou Porteurs de Dieu, repos et Sainteté de Dieu (fig. 43).
Ce sont de grands Esprits puissants et forts, remarquables par leur foi, leur soumission et leur résignation.
Ils sont toujours aptes à recevoir Dieu : Aux Chérubins, Dieu est assis comme Gouverneur, aux Trônes, comme Juge.
Ce sont les êtres célestes qui reçoivent les décisions divines et qui sont chargés d’en exécuter les jugements.
Ils veillent toujours et président à l’avenir de l’Univers, dont ils ont le soin rythmique.
Saint Denys les dit remarquables par leur constance et leur fixité.
Péladan en un style lapidaire les décrit : « Roues immobiles au char du triomphe divin, roues ardentes de l’amour qui montrez les ailes séraphiques et les yeux chérubins, symbole de l’amour et de l’esprit unis pour le siècle des siècles. »
Réf. script. Bible : Coloss. II, 11 ; Ps. 9 ; Math. XIX.
Dominations (Hiérarchie II, Ordre 4).
Dominations ou domaine de Dieu.
Ces Esprits réfléchissent la pensée rectrice divine, édictée par les Trônes. L’enthousiasme et l’élan mystique caractérisent ces Esprits de liberté. D’une façon souveraine, ils exercent une autorité sur les hommes, leur domination et puissance s’étend aux Anges des Ordres inférieurs.
Ces Esprits divins établissent la domination de Dieu dans les âmes et sur tout être créé. Ils brillent par leur zèle ; ils ont le don de prophétie ; leurs oracles sont à prendre en considération, car ils sont de source divine.
Parlant des Dominations, pour les qualifier, saint Denys dira : « En elles resplendit le suprême pouvoir de Dieu sur toutes choses créées. Elles affranchissent de tout ce qui est faux et vil et incitent à la spiritualité la plus sublime. »
Les Dominations correspondent à l’élément terre des alchimistes et des occultistes.
Réf. script. Bible : Éphés. III, 10-12.

Fig. 44. Ange du Grand Conseil.
Manuscrit de Saint-Gall, VIIIe siècle.
Vertus (Hiérarchie II, Ordre 5).
Les Vertus sont les forces morales suscitant de divines habitudes, codifiées dans les règles des saints, aux salutaires austérités.
Vertus ou force de Dieu, énergie nécessaire pour commander.
Saint Denys insiste sur la discipline, le courage mâle et invincible que les Vertus déploient dans leurs fonctions sacrées.
Les Vertus sont comblées de grâces et en sont les dispensatrices ; de ce fait, elles accomplissent des miracles, notamment des guérisons miraculeuses.
Aux Vertus est attribué l’élément eau des alchimistes et occultistes.
Réf. script. Bible : I Pierre II, 9. L’apôtre parle du « peuple que Dieu s’est acquis afin que vous annonciez les Vertus de Celui qui vous a appelés des ténèbres ».
Puissances (Hiérarchie II, Ordre 6).
Ce sont des Esprits célestes de toute tendresse et de toute douceur. Ils ont puissance sur les Anges des Ordres inférieurs.
Péladan en donne une vue synthétique illuminative : « Génies des causes secondes, habiles alchimistes qui tirez du ciel tous les éléments de la vie, qui avez reçu le feu des Séraphins, l’air des Chérubins, l’eau des Vertus et la terre des Dominations ; Œlohim de la Genèse, ordonnateurs de l’Univers ; maîtres des formes et régents des séries. »
Les guérisons sont un charisme imparti aux Puissances ; ces Esprits chassent les Diables, car ils ont un pouvoir despotique sur les Démons dont ils combattent l’influence. Ils limitent les tentations des esprits mauvais et les empêchent de nous tuer ; ils freinent et préviennent les catastrophes. Ils éloignent les influences néfastes capables de troubler l’harmonie de l’univers. Ils sont dits aussi : les glaives de la justice divine.
Saint Denys rappelle la force de l’autorité des Puissances et le bon ordre dans lequel elles se présentent à l’influence divine.
Réf. script. Bible : Coloss. II, 10. « Le Christ est le Chef de toute Puissance. »
Principautés (Hiérarchie III, Ordre 7).
C’est encore Péladan qui nous donnera un bon aperçu des Entités spirituelles que représentent les Principautés :
« Guerriers resplendissants, cuirassés d’or, aux boucliers de diamant et aux manteaux de pourpre ; ils ont l’arc-en-ciel pour étendard et la foudre pour glaive, et le tonnerre pour trompette ; capitaines de la justice divine et chevaliers du droit. Génies des races, des empires et des cités, représentants du royaume céleste. »
Les Anges de l’Ordre des Principautés exécutent les mandements de Dieu, par le canal des Anges inférieurs sur lesquels ils ont prise.
Ils veillent au gouvernement temporel et spirituel des villes, des provinces et des royaumes.
Doués d’un parfait discernement, ils gardent l’Univers contre toutes les entreprises maléfiques des Démons ; il en va de même pour les hommes, car dira saint Denys : « Les Principautés savent se guider elles-mêmes et guider les autres vers Dieu. »
Réf. script. Bible : I Pierre III, 22, où nous lisons : « Le Christ s’est assujetti les Anges, les Principautés et les Puissances. »
Archanges (Hiérarchie III, Ordre 8).

Fig. 45. L’Archange Gabriel.
D’après un médaillon de la croix byzantine conservé à Namur.
Les Archanges sont considérés comme étant les sept Officiers de la suprême volonté de Dieu. Ce sont les sept que Jean vit toujours présents et toujours prêts à l’ordre du Très-Haut. Ce sont les ordinaires officiers de sa pitié ou de sa colère. Les plus et les mieux connus, souvent cités dans les Écritures saintes sont :
Michel, le peseur d’âme qui a terrassé Satan à l’aurore des âges. Michel, le clément et patient, prince des anges.
Raphaël qui guérit les yeux du vieux Tobie ; il adoucit les blessures et les douleurs des hommes.
Gabriel qui annonça à Marie son Fils, le Sauveur ; il préside à tout ce qui est puissant ; héraut de la lumière.
Devant ce trio auguste, Péladan s’exclamera : « Ternaire merveilleux du héros, du thérapeute et de l’initié. Et vous quatre tellement identiques au Verbe, que vous êtes sans nom, confondus aux œuvres mêmes que vous faites, vous êtes les sept assistants du Seigneur. »
Saint Denys les qualifiera de « Gouverneurs des Anges et parfois Messagers », mais aux Archanges sera réservé le rôle d’annoncer les grandes choses, les grands évènements ; ils sont chargés des messages importants, aux Anges sont départis les messages courants.
Les Archanges doivent être considérés comme les Ambassadeurs de Dieu, annonçant Ses grands desseins sur le genre humain. En plus de leurs missions spéciales, ils dirigent les Anges dans leurs divers ministères.
Leurs charismes sont le don d’interprétation ; ils s’efforcent d’être des imitateurs parfaits de la perfection divine ; ils sont dépourvus de tout orgueil, d’où aucune rivalité entre eux, et leurs exploits sont à titre commun ; ils n’en tirent aucune vanité personnelle ; toute leur activité est axée à promouvoir la gloire de Dieu.

Fig. 46. Saint Michel terrassant le démon.
(D’après une gravure de la Légende dorée, édit. de Lyon 1488.)
Voici deux tableaux des sept Assistants, l’un vu par un psychiste, le Dr Rozier, l’autre par un occultiste, savant kabbaliste et martiniste, Michel de Saint-Martin.
Les Sept Archanges.
Michel = Quis ut Deus ? soit : Qui est comme Dieu ?
Gabriel = Force de Dieu. Homme de Dieu ou Homme-Dieu.
Raphaël = Force médiatrice de Dieu. Dieu guérit ou Médecin de Dieu.
Uriel = Lumière, Feu de Dieu ou Feu du Seigneur.
Seatiel = ?
Jehudiel = ?
Barachiel = ?
⁎
Les Sept Archanges. Classement alphabétique
(M. de Saint-Martin).
Chamaliel 13 = Indulgentia Dei
Gabriel = Foritude Dei
Michaël = Quis ut Deus ?
Ouriel = Ignis Dei
Raphaël = Medicina Dei
Tsaphiel = Indulgentia Dei
Chamaliel = Absconditus Deus
Zérachiel = Oriens Dei
Dans Hénoch est mentionné Phanuel, archange présidant au repentir, à la pénitence et à l’espérance de ceux qui doivent hériter de la vie éternelle.
M. l’Abbé Delmas, vicaire à Saint-Michel (Batignolles, Paris), a consacré, en 1862, une étude à Saint Michel et les Saints Anges (Humbert, Paris). D’après l’auteur, Jésus, au Jardin des Oliviers, est réconforté par un Ange du Seigneur (Luc XXII, 40-43) ; dans ce cas, il ne peut s’agir que de Saint Michel, qui par ses fonctions est bien l’Envoyé de Dieu, établi par le Seigneur comme Chef suprême des Anges ; Gabriel lui vient en second, car alors que Michel est envoyé auprès de la première majesté divine, Gabriel est délégué auprès de Marie, deuxième majesté divine. Il faut relire le premier chapitre de Zacharie pour être renseigné sur la mission des Anges et notamment sur celle de l’Ange du Seigneur (Saint Michel) ; il est dit que ce dernier se tient parmi les myrtes (Zach 1, 8 et sq.) ; or le myrte est symbole de gloire, de joie.
Saint Michel porte aussi nos prières à Dieu et intercède pour nous.
« L’Écriture Sainte, dira l’Abbé Delmas, nous montre Gabriel et Raphaël subordonnés au glorieux Archange Michel ; lors de l’apparition des trois Anges à Abraham, Michel se trouve au milieu. Il représente le Seigneur. Seul il parle et débat au nom de Dieu les conditions du salut de la ville coupable. »
Le prophète Daniel fournit d’autres preuves de cette suprématie de l’Archange Michel. Trois fois Gabriel nomme Saint Michel par son nom : « Et voici Michel, le premier entre les premiers princes qui vient à notre aide » (Dan. X, 13). Et plus loin nous lisons : « Contre ces adversaires, il n’y a personne qui me soutienne si ce n’est Michel votre chef » (Dan. X, 21). Deux chapitres plus loin, l’Archange sera encore qualifié comme suit : « En ce temps-là, surgira Michel, le grand chef qui protège les enfants de son peuple (Dan. XII, 1).
L’Abbé Delmas attire l’attention sur une fonction spéciale des Anges et notamment de l’Archange Michel : ensevelir les Saints, Moïse entre autres. On sait que Michel et le démon eurent une contestation au sujet du corps de Moïse ; cependant Michel et les Anges eurent le dessus et Moïse fut enterré dans le pays de Moab et personne n’a jamais su où était sa tombe (Deut. XXXIV, 6).
Les Écritures Sacrées nous apprennent qu’il y a sept Archanges qui se tiennent debout devant le Seigneur. Dans l’Arche antique, ils étaient symbolisés par le chandelier à sept branches. Gabriel les dénomme comme étant les sept premiers Princes ; trois sont révélés nommément par les pages inspirées de la Bible (Michel, Gabriel, Raphaël), les quatre autres sont appelés par tradition : Uriel, Séaltiel, Jéhudiel et Barachiel.
Pour ce qui est du nom des Archanges, l’Abbé Delmas fait état d’une découverte archéologique importante :
« L’an 1516, dit-il, on trouva à Panorme (Sicile) dans une église dédiée aux sept Archanges, les noms de ces Princes, suivis de l’épithète qui révèle l’attribut propre à chacun d’eux :
Michel, le Victorieux,
Gabriel, le Messager,
Raphaël, le Médecin,
Uriel, le brave compagnon,
Jéhudiel, le Rémunérateur,
Barachiel, le Protecteur,
Séaltiel, l’Orateur.
Il ne faut pas oublier une fonction importante dévolue à Saint Michel, soit la pesée des âmes, moment où il se trouve en contestation avec le diable qui triche et s’efforce de faire pencher la balance en sa faveur (figs. 47, 48, 49).
Il existe un panneau de Francesco Signorelli, vers 1550, où Saint Michel est représenté une balance à la main, jugeant le mérite des âmes.
En conclusion de son étude, l’Abbé Delmas fera remarquer que « des Livres Sacrés, il ressort que l’intervention des Esprits angéliques dans les affaires humaines est de chaque jour ». Conclusion dont il y a lieu de ne pas oublier le sens profond : l’assurance d’une assistance angélique de tous les instants pour celui qui y fait appel d’un cœur pur et débordant d’amour.

Fig. 47. La Vierge à la balance.
L’Enfant Jésus jouant avec la balance de saint Michel (École de Léonard de Vinci, attribuée à César de Sesto : Musée du Louvre.

Fig. 48. Saint Michel pesant les âmes.
(Psautier de Louis et Blanche de Castille – Arsenal, Ms 1186, fol. 169.)

Fig. 49. Saint Michel pensant les âmes.
(Cathédrale de Bourges.)
Anges (Hiérarchie III, Ordre 9).

Les Anges, ainsi que l’indique leur nom, en grec, sont des Messagers ; ils volent au premier signe de la volonté divine. Ce sont les Gardiens fidèles des royaumes, des provinces, des cités, des familles et des individus.
Ils sont préposés tout particulièrement au soin des âmes.
Chaque homme a son Ange Gardien. D’après Me Philippe, au fur et à mesure que l’homme s’élève en Spiritualité, il change d’Ange Gardien.
Leur vertu primordiale est l’humilité ; ils sont contents d’être les derniers, de pouvoir aider directement et d’être secourables aux hommes qui font appel à leur ministère fraternel.
Péladan les caractérise comme suit : « Messagers du mystère ; invisibles soldats des batailles divines. Porteurs de grâces et manieurs d’épée. Différents chacun d’éclat et de prestige. Porteurs de grâces et de bénédictions, mais aussi messagers de châtiments.

Fig. 50. Ange protecteur. Bibl. nat. XIIe siècle.
« Délicieux et terribles, suaves et tragiques, car vous poussez d’un même mouvement les purs au Ciel et les mauvais à la géhenne. Annonciateurs de naissances bénies. »
L’office permanent des Anges est d’œuvrer sans se lasser, d’être des messagers préposés spécialement à l’assistance et à la garde des hommes.
Réf. script. Bible : Math. XVI, 53, où il est parlé des « Légions d’Anges » qui sont toujours au service du Sauveur.

Fig. 51. La prière des Anges. Fresque de Benozzo Gozzoli.
Florence, Xe siècle.
Nous terminerons notre exposé sur le ministère des Hiérarchies et des Chœurs angéliques par une citation de Péladan, qui, sous une forme concise, résume parfaitement la question :
« Chœurs enivrés de la contemplation divine, échauffés et illuminés par le reflet de la Trinité. Amour puisé au cœur de l’Amour même. Incessante extase. Adorateurs directs. Échos vibrants du Saint des Saints. » (Trisagion.) Voilà ce que sont les Anges des différents Ordres.
En matière de conclusion, Péladan donnera encore cette lumineuse explication du mécanisme de l’épanchement d’Amour et d’action tout au travers des Chœurs :
« Une victoire dans l’ordre surnaturel est le fruit d’une triple opération : L’amour des Séraphins et l’intelligence des Chérubins s’unissent pour convaincre les Trônes. Ensuite les Dominations harmonisent le vœu avec leur indépendance et l’obéissance des Vertus ; alors les Puissances s’émeuvent. Enfin les Principautés se concertent et les Archanges lancent à l’action les légions des Anges. »

CHAPITRE XI
Brève iconographie de l’angéologie
du début du XIXe siècle
À TITRE indicatif des croyances en matière d’angéologie d’une bonne partie des chrétiens du début du XIXe siècle, il nous a paru intéressant et instructif de donner ci-après quelques reproductions de vignettes destinées à illustrer les multiples manifestations des Anges, telles qu’elles sont rapportées tout au long des Saintes Écritures.
Ces documents proviennent du livre de M. de Royaumont, Prieur de Sombreval ; son ouvrage, paru en 1812, chez Marne, à Paris, avait pour titre : Histoire de l’Ancien et du Nouveau Testament, avec des explications édifiantes des Saints Pères. Édition stéréotype, ornée de 267 gravures.
À l’époque ce travail fut très apprécié et communément désigné sous le nom de Bible de Royaumont.
On réalisera en examinant les reproductions qui suivent, combien, au début du XIXe siècle, la croyance en l’intervention des Anges dans les affaires humaines était encore des plus vivaces, ayant pour base l’enseignement de l’Écriture.
Les figures I à XVI illustrent, mieux qu’une longue description, quelques scènes où les Anges, missionnés par Dieu, sont intervenus dans les affaires humaines.
Par ce dernier exposé, on verra que nous rejoignons notre propos du début, tel qu’il est développé au chapitre premier, soit :
Le ministère des Anges d’après la Bible.
Punition d’Adam
Genèse, Chap. III.

Fig. I. Dieu chasse Adam et Ève du Paradis et met un chérubin à la porte du Jardin pour leur en défendre l’entrée de son épée flamboyante.
Fuite d’Agar
Genèse, Chap. XVI.

Fig. II. L’Ange de l’Éternel parle à Agar qui s’est enfuie dans le désert et il lui ordonne de retourner vers Sara, sa maîtresse.
Le sacrifice d’Abraham
Genèse, Chap. XXII.

Fig. III. L’Ange de l’Éternel arrête le bras d’Abraham au moment où il s’apprête à sacrifier son fils.
Scène à mettre en parallèle avec celle du Chevalier Ogier dont l’épée fur immobilisée par un Ange (v. Chap VI, Sect. VII). À rapprocher également de l’arrêt d’une bicyclette qui allait renverser le P. Lamy (v. Chap. VIII, Sect. V).
Échelle de Jacob
Genèse, Chap. XXVIII.

Fig. IV. Jacob, fuyant la colère d’Ésaü, le soir venu, s’endormit dans la campagne, ayant une pierre sous sa tête. Il vit en songe une échelle dont le pied était sur la terre et qui allait jusqu’au ciel ; elle était pleine d’anges qui montaient et descendaient, et Dieu était en haut. La vision signifiait qu’en toute occasion les anges étaient prêts à apporter nos prières au ciel et à en rapporter les grâces et les consolations.
Lutte de Jacob avec l’Ange du Seigneur
Genèse, Chap. XXXII.

Fig. V. Tout cède à la piété, après qu’elle-même a cédé à la violence. Dieu règle avec une admirable sagesse la qualité et la durée des maux de ceux qu’il n’afflige que parce qu’il les aime. Il change en leur faveur, quand il lui plaît, les ennemis les plus déclarés et amollit les cœurs les plus endurcis.
Balaam et son ânesse
Nombres, Chap. XXII.

Fig. VI. Balaam frappe son ânesse qui se refuse à avancer, arrêtée qu’elle est par l’épée de feu d’un Ange du Seigneur. Elle se plaint à Balaam qui finit par voir l’Ange, lui aussi.
Fuite d’Élie dans le désert
I. Rois, Chap. XIX.

Fig. VII. Menacé de mort par l’impie Jézabel, Élie s’enfuit dans le désert ; il reçoit sa nourriture de la main d’un Ange.
L’Ange guide Tobie
Tobie, Chap. V.

Fig. VIII. Sur ordre de Dieu, l’Archange Raphaël sert de guide et de protecteur au jeune Tobie durant tout son voyage.
Isaïe, le Prophète
Isaïe, Chap. VI.

Fig. IX. Le prophète Isaïe reçoit ses révélations par le canal d’un Séraphin.
Daniel dans la fosse aux lions
Daniel, Chap. XIV, vers. 29-42.

Fig. X. Daniel jeté dans la fosse aux lions est protégé par un Ange et il est nourri par Habacuc qui reçoit d’un Ange du Seigneur l’ordre de porter à Daniel le repas qu’il préparait. Habacuc est transporté par un Ange de Judée jusqu’à Babylone au-dessus de la fosse aux lions et il donne son repas à Daniel.
Héliodore battu de verges pour deux Anges
II. Macchabées, Chap. III.

Fig. XI. Le roi d’Asie Sélencus envoie Héliodore avec des hommes armés pour s’emparer des richesses du Temple de Jérusalem. Répondant aux prières des prêtres et du peuple, Dieu envoya un cavalier d’aspect terrible ; le cheval, richement harnaché et furieusement emporté, lançait vers Héliodore les sabots de devant. Celui qui le montait paraissait avoir une armure d’or. En même temps apparurent deux autres jeunes gens d’une force extraordinaire, éclatants de lumière et revêtus d’habits magnifiques. Se plaçant à côté d’Héliodore, ils se mirent à le flageller sans répit. Emporté mourant sur une litière, Héliodore fut rendu à la santé par les deux anges, en réponse à la prière du Grand Prêtre, qui avait imploré le pardon d’Héliodore qui n’avait agi que par ordre supérieur.
L’Évangéliste saint Matthieu

Fig. XII. D’après Saint Jérôme, Matthieu écrivit son Évangile en hébreu pour les Juifs de Jérusalem. Cet original hébreu s’est perdu et il en est resté une traduction grecque. Saint Mathieu aurait composé son Évangile avec l’aide et sous l’inspiration de l’Ange de l’Éternel.
Annonciation de la Vierge
Luc I, vers. 26-38.

Fig. XIII. L’Ange Gabriel annonce à Marie, de la part de Dieu, qu’elle enfantera le Sauveur. Salutation de l’ange : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; vous êtres bénie entre les femmes. »
Annonciation aux bergers
Luc II, vers. 8-20.

Fig. XIV. Il y avait dans les environs de Bethléem, des bergers qui veillaient la nuit aux champs pour garder leurs troupeaux. Un Ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux, et ils furent saisis d’une grande crainte. Mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car je vous annonce une bonne nouvelle, qui fera la joie de tout le peuple : aujourd’hui vous est né dans la ville de David un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur... Et soudain se joignit à l’ange une troupe de l’armée céleste louant Dieu et disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur terre paix aux hommes de bonne volonté. »
Délivrance de saint Pierre
Actes, Chap. XII.

Fig. XV. Hérode fait arrêter Pierre et le met dans un cachot sous la garde de quatre escouades de quatre soldats chacune. Tout à coup survint un Ange du Seigneur et une vive lumière éclaira le cachot. L’ange réveilla Pierre, le fit s’habiller et lui ordonna de le suivre. Les soldats sont plongés dans un profond sommeil et les portes de la prison s’ouvrent d’elles-mêmes. Une fois engagés dans la rue, l’ange disparut brusquement et Pierre de dire : « Je vois maintenant que le Seigneur a vraiment envoyé son ange pour me soustraire à la main d’Hérode et de tous les maux dont le peuple juif me menaçait. »
Le Dragon enchaîné
Apocalypse, Chap. XX.

Fig. XVI. « Je vis descendre du ciel un ange, qui tenait à la main la clef de l’abîme et une grande chaîne. Il saisit le dragon, l’antique serpent, qui est le Diable, Satan, et il l’enchaîna pour mille ans. Il le jeta dans l’abîme et il en ferma l’entrée qu’il scella sur lui... »


CONCLUSIONS
Arrivé au terme de notre étude sur le Mystère et le Ministère des Anges, nous pensons que le lecteur qui nous aura suivi, pas à pas, tout au long de notre exposé y aura gagné une certitude, source de courage, de paix et de joie, certitude qu’il existe bien de nombreux intermédiaires entre l’homme et Dieu ; les cohortes angéliques sont une réalité, de même que l’existence de notre Ange Gardien, dont la mission de tout instant est de nous assister, de nous guider à travers les embûches de la vie et de nous protéger efficacement contre les attaques du malin.
Lorsqu’on a réalisé la présence constante de notre Ange gardien qui note dans le livre de vie, nos actions, les bonnes comme les mauvaises, il devient de plus impensable et impossible de transgresser les Lois de Dieu ; car, c’est alors que nous réalisons toute la portée de cette parole de Jésus : « Il n’y a rien de secret qui ne doive être manifesté, ni rien de caché qui ne doive être mis en évidence » (Marc IV, 22).
Fait à bien retenir : Notre Ange gardien n’est pas uniquement placé auprès de nous pour prendre note de toutes nos actions ; il a pour mission principale de nous protéger spirituellement et même matériellement (on se rappellera le cas du P. Lamy, préservé miraculeusement, grâce à l’intervention de l’Archange Gabriel, d’une grave collision avec un bicycliste qui allait le renverser).
L’Ange gardien n’est pas seulement un guide, un observateur et un protecteur, il est encore un messager tout à notre service ; il porte nos prières à Dieu et il nous transmet en retour Sa grâce et Ses bénédictions.
Comment ne pas être frappé de l’universalité de la croyance innée, que l’on retrouve chez tous les peuples, en l’existence d’entités peuplant l’Au-Delà, soit Dieux, Esprits ou Anges, qui sont les hôtes tant du plan astral que du plan spirituel.
La Bible (aussi bien l’Ancien que le Nouveau Testament), est infiniment riche en citations d’interventions angéliques plus ou moins spectaculaires et l’on peut s’étonner et même déplorer que les chrétiens modernes fassent si peu cas de ces Messagers du Père, dont les manifestations efficientes se remarquent tout au cours de l’histoire ; elles sont attestées comme étant réellement vécues par les Pères de l’Église, les Pères du désert, par les saints et par tous les vrais mystiques.
Saint Denys ou Pseudo-Denys, comme on voudra, a le premier codifié la montée ascendante, par hiérarchies et chœurs successifs, de ces innombrables habitants des Cieux ; saint Thomas d’Aquin en a établi rationnellement l’existence et la nature ; il a été lui-même au bénéfice d’apparitions et de communications angéliques.
Tout au long des âges, ces manifestations n’ont pas cessé d’avoir lieu, et, à notre époque, nous avons eu un Père Lamy qui fut en commerce constant avec le Christ, la Sainte Vierge et les Anges ; il en est de même, encore actuellement, avec un mystique de la trempe du Padre Pio, le premier prêtre stigmatisé.
Les chrétiens modernes auraient tout avantage à reconsidérer la question, toujours actuelle, du mystère et du ministère des Anges ; avec un peu d’étude, d’attention et de compréhension, ils arriveraient à savoir que Dieu créa les Anges, ces Entités célestes, pour être des intermédiaires, des messagers entre terre et ciel. Ils réaliseraient que le Christ est le chef des chœurs et des cohortes angéliques, que la sainte Vierge en est leur Reine, et que les Archanges sont à son service pour exécuter ses ordres. On le sait, la Reine des Anges est apparue à de nombreux mystiques, en de multiples lieux. Elle a même parlé et donné d’utiles conseils ou des réprimandes justifiées (la Salette, Lourdes, Fatima, cas du Père Lamy).
À l’adresse de certains protestants qui accusent les catholiques d’être des « mariolâtres », Péladan eut cette exclamation motivée : « Ah ! La Vierge, la sainte Vierge, comme je la sens et que je plains ces malheureux protestants qui n’ont pas de Mère dans le ciel. » Et toujours à propos de la sainte Vierge, Péladan a émis cette parole illuminative : « L’art est vraiment un don divin, car il crée ; il rend visible l’invisible et permanentes les choses fugaces. »
« Le théologien n’en finit pas d’expliquer la Vierge-Mère. Si nous la peignons, tout le monde la comprend et l’honore. »
Le Nouveau Testament nous révèle que les Anges ont été les compagnons et les serviteurs de Jésus dès sa naissance, durant tout son ministère ici-bas et jusqu’à sa mort ; après sa résurrection et son ascension au travers des chœurs angéliques, le Christ en fut proclamé le Chef.
La croyance en l’assistance des Anges, en celle de leur Chef et en celle de leur Reine, n’est pas à regarder comme une aimable fiction poétique ; au contraire, c’est bien là une réalité, un fait d’expérience, dont, avec un peu de foi, d’humilité et de charité, chacun peut avoir la preuve. Cette bénédiction a été promise à tous les croyants sincères qui ont cherché à réaliser, en eux et par eux, le « commandement nouveau » du Maître : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »
Maître Philippe n’a-t-il pas montré, lui aussi, le chemin qui facilite et qui nous ouvre la voie du monde angélique ? Il nous a dit en effet : « Si vous n’allez pas vers les pauvres et les petits, comment les Anges viendraient-ils vers vous ? »
On nous reprochera, peut-être, d’avoir attribué trop d’importance aux paroles de Maître Philippe ; cette critique ne peut provenir que de l’ignorance ou de la mauvaise foi, car celui qui a pris la peine d’étudier le cas de l’apparition sur terre de cet Envoyé de Dieu, sait combien son enseignement et ses pouvoirs étaient identiques à ceux du Christ. C’est avec raison que Maître Philippe s’appelait « le plus vieil esprit de la terre » et qu’il ne craignait pas d’affirmer dans une lettre à son ami, le Dr Gérard Encausse : « Vous savez bien, mon digne ami, que Dieu nous a remis plein pouvoir et qu’il a armé notre main du vent, de la grêle, du feu, de la foudre, de la mort et de la vie. Qui peut nous faire trembler ? Rien à notre avis. » Et ce n’étaient pas là propos en l’air ! Toute la vie de Maître Philippe a été une démonstration spectaculaire de ces pouvoirs métanormaux, voire miraculeux. Or, l’enseignement d’un tel Envoyé de Dieu doit être pris en sérieuse considération. Rappelons les ouvrages parus sur Maître Philippe que l’on peut consulter avec fruit : Dr Ph. Encausse, « Le Maître Philippe de Lyon. Thaumaturge et Homme de Dieu » ; Michel de Saint-Martin, « Révélations. Entretiens spirituels sur le Maître Philippe, de Lyon » ; Alfred Haehl, « Vie et Paroles du Maître Philippe » ; Dr Éd. Bertholet, « La Réincarnation d’après le Maître Philippe de Lyon » (voir Bibliographie).
Des esprits, en mal de critique, nous reprocheront certainement de trop abondantes citations, de trop fréquentes répétitions qui leur sembleront inutiles ; elles sont voulues, car, par ces répétitions, le tableau de l’angéologie se complète et se parachève petit à petit. Nous avons cherché à réaliser ainsi une modeste Anthologie de l’angélisme ; elle évitera à beaucoup de lecteurs des recherches longues et souvent fastidieuses d’ouvrages épuisés ou introuvables dans les bibliothèques non spécialisées.
La notion de l’assistance angélique est encore vivace dans le folklore des peuples. Nous en citerons un cas entre plusieurs, tiré des Traditions et Légendes de la Suisse romande, par un groupe d’auteurs, A. Daguet, etc., Lausanne 1873. Voici le récit intitulé :
La Pierre meurtrière.
Trois petits bergers faisaient un jour paître leurs troupeaux sur l’alpe Stuffel, vallée de Viège. Vers l’heure de midi, comme les vaches, fatiguées de paître, étaient couchées sous les arbres de la forêt, occupées à ruminer, les enfants étaient assis sur l’herbe, à l’ombre d’un sapin. Chacun de ces bambins s’amusait pour lui seul, sans appeler ses camarades à partager son jeu.
Le premier des enfants, couché au milieu d’une touffe de rhododendrons, creusait dans le gazon des petits trous, pour le chemin des âmes.
Une excavation pratiquée dans le sol représente ce bas monde. De petits escaliers indiquent le chemin du ciel ; d’autres marches qui descendent dans le sol, sont la voie du purgatoire et de l’enfer. Le travail achevé, on jette en l’air le couteau, comme au jeu de hasard on jette un dé et d’après la façon dont il tombe, l’âme monte vers le paradis ou descend vers l’abîme. Les enfants des montagnes aiment beaucoup ce jeu, mais ils s’en amusent loin des yeux de la maman qui n’aime pas à voir badiner sur un sujet aussi grave.
Le second enfant raccommodait sa chaussure qui offrait de nombreuses solutions de continuité, tandis que la troisième – une fillette – tricotait un bas.
Le cordonnier-amateur rompit tout à coup le silence et dit à ses compagnons en leur montrant un bloc de rocher qui menaçait le théâtre de leurs jeux : « Si cette grosse pierre se détachait subitement du sol et qu’elle roulât sur nous, que ferions-nous ? » L’autre bambin répondit : « Je me sauve, car je ne suis pas encore en purgatoire. » L’interpellateur répondit : « Moi, je remets mon soulier et je me sauve. » La fillette pensa : « Moi, je me recommande à mon ange gardien. »
Au même instant la pierre se détacha et roula sur le groupe d’enfants. Elle broya les deux garçons. La jeune fille seule échappa comme par miracle.
⁎
Dans le même ouvrage, on trouve relatée une légende de Gruyère : Les Cygnes du Lac Noir. Nous y relevons ce charmant passage :
« Il y avait une heure que l’enfant sommeillait à l’ombre d’un sapin ; sous le charme d’un rêve délicieux, il voyait de doux visages, pleins de sourires, se pencher vers lui.
« Son ange gardien agitait ses ailes pour rafraîchir l’air qu’il respirait, et trois autres anges lui présentaient des bouquets si brillants qu’ils semblaient faits de pierreries. »
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Notre conteur vaudois, M. le pasteur Alfred Cérésole, dans Légendes des Alpes vaudoises, a consigné une prière particulière, en patois, qu’il a recueillie dans certains hameaux écartés des Ormonts :
Dans mon blanc lit je me couchai ; trois anges y trouvai qui me dirent que dormisse bien, que ne me donnasse peur, ni de feu, ni de flamme, ni de mort subite, ni d’acier trempé, ni de bois pointu, ni de pierre brisée...
Dieu bénisse les lattes et les chevrons et tout ce qu’il y a dans la maison.
Dans le même ouvrage, on trouve tout un chapitre consacré à l’étude du diable et des démons, tels qu’ils étaient alors compris et craints parmi le peuple.
Puisque nous en sommes aux citations littéraires, voici, dans Sagesse (I/XXI, strophes 4 et 5), comment Verlaine comprenait la mission de l’Ange gardien :
Va ton chemin sans plus t’inquiéter !
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Simple comme un enfant, gravis la côte,
Humble comme un pécheur qui hait la faute,
Chante, et même sois gai, pour défier
L’ennui que l’ennemi peut t’envoyer,
Afin que tu t’endormes sur la voie.
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Ris du vieux piège et du vieux séducteur,
Puisque la Paix est là, sur la hauteur,
Qui luit parmi les fanfares de gloire.
Monte, ravi, dans la nuit blanche et noire,
Déjà l’Ange Gardien étend sur toi
Joyeusement des ailes de victoire.
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Et Victor Hugo, le voyant, le poète, n’a-t-il pas magnifié la mort du juste persécuté et méconnu (Jean Valjean) ? En effet, « Les Misérables » prennent fin sur cette vision sublime et consolante :
« La nuit était sans étoiles et profondément obscure. Sans doute, dans l’ombre, quelque ange immense était debout, les ailes déployées, attendant l’âme. »
Penchons-nous encore une fois sur l’enseignement de saint Denys l’Aréopagite qui nous dit :
Ainsi ce sont les Anges qui en premier lieu et à plusieurs titres sont admis à la participation de la Divinité et expriment moins imparfaitement, et en plus de manière, le mystère de la Nature infinie ; de là vient qu’ils sont spécialement et par excellence honorés du nom d’Anges, la splendeur divine leur étant départie tout d’abord et la révélation des secrets surnaturels étant faite à l’homme par leur entremise.
Ainsi, avant et après la loi, les Anges conduisaient à Dieu nos illustres ancêtres, tantôt en leur prescrivant des règles de conduite, et les ramenant de l’erreur et d’une vie profane au droit chemin de la vérité, tantôt en leur manifestant la constitution de la hiérarchie céleste et en leur donnant le spectacle mystérieux des choses surhumaines, en leur expliquant au nom du ciel les évènements futurs.
On pourrait nous reprocher de n’avoir pas réservé une section spéciale de notre étude sur le Mystère et le Ministère des Anges, au cas extraordinaire de sainte Thérèse d’Avila (1515-1582), mystique qui durant toute sa vie fut en rapports constants et intimes avec le Christ, la Vierge, les Saints et les Anges. La vie de cette mystique est si riche en visions, colloques divins et angéliques qu’il faut avoir recours à son Autobiographie ou à l’ouvrage que Louis Bertrand, de l’Académie française, a consacré à Sainte Thérèse, pour avoir une vue d’ensemble et complète du sujet ; notamment il faut se reporter au quatrième chapitre traitant des Grandes Grâces, où nous lisons : « Thérèse a vécu dans l’intimité du Christ... Pendant les vingt-cinq dernières années de sa vie, il ne s’est pas passé un seul jour où elle n’ait entendu Sa Voix et où elle ne L’ait senti à côté d’elle. C’était l’Ami de tous les instants. » Bertrand relève l’affirmation de sainte Thérèse ayant trait à la difficulté qu’éprouvent tous les mystiques de décrire, en mots humains, leurs sensations dans l’état d’extase et d’union avec Dieu. « Ceux que Dieu a élevés à l’état d’union, dit-elle, auront seuls quelque intelligence de ce langage. »
Il est à noter que chez Thérèse d’Avila, les extases survenaient surtout après la communion. Voici quelques visions de cette mystique, telles qu’elle les a consignées dans son Autobiographie : « La veille de la Saint Sébastien, comme on commençait à chanter le Salve, je vis la Mère de Dieu, entourée d’une grande multitude d’anges, descendre vers la stalle de la Prieure. »
Un jour que Thérèse assistait à l’Office des morts, célébré pour une religieuse très pure, morte en odeur de sainteté, notre mystique vit le Christ et les Anges qui se joignaient aux Sœurs durant l’office : « C’est, dit-elle, parce que Dieu honore les corps où ont été des âmes justes. »
Une fois, le Christ avait dit à Thérèse cette phrase lourde de sens : « Que deviendrait le monde sans les religieux ? »
Comme saint François d’Assise, sainte Thérèse d’Avila a eu le cœur « transverbéré » par le dard d’or d’un Chérubin 14, et l’on voit encore sur ce cœur, qui est conservé religieusement par les Carmélites d’Avila, la cicatrice, confirmant les sensations et les dires de la sainte. Au demeurant, voici comment Thérèse rapporte le fait dans son Autobiographie :
« Le Seigneur voulut, à plusieurs reprises, que j’eusse cette vision : Je vis un ange près de moi, du côté gauche, sous une forme corporelle, ce qui ne m’arrive que par un miracle extraordinaire. Bien que, souvent, des anges m’apparaissent, je ne les vois pas, sinon par une vision intellectuelle analogue à la première que j’ai rapportée. Cette vision, le Seigneur voulut que je la visse ainsi : il n’était pas grand, plutôt petit, très beau, le visage tellement enflammé qu’il me semblait être un ange d’un rang très élevé, de ceux qui ne sont que feu. Ce doit être ceux qu’on nomme Chérubins, car ils ne me disent par leurs noms. Mais je vois bien que, dans le ciel, il y a une telle différence d’un ange à l’autre et de ceux-ci à ceux-là que je ne saurais le dire. Je lui voyais dans les mains un long dard qui était d’or, avec une pointe de fer qui me semblait avoir un peu de feu. Il me parut qu’il me le plongeait dans le cœur, à plusieurs reprises, et que ce dard me pénétrait jusqu’aux entrailles. » La douleur était si forte que Thérèse poussait des gémissements et qu’en même temps elle se sentait tout embrasée du feu de l’amour divin.
Il va de soi que ces extases et ces visions extraordinaires ne pouvaient être comprises par ses Sœurs en religion, pas plus que par son confesseur ; on parlait de déséquilibre mental ou d’hystérie ; ces jugements désespéraient notre mystique ; on prétendait que c’était fantasmagorie diabolique et non divine ; pour faire échec au trouble de Thérèse, le Christ lui dit au cours d’une extase : « Je ne veux plus que tu converses avec les hommes, mais avec les anges. » On ne peut imaginer plus sévère et radicale condamnation de la dialectique humaine appliquée au jugement discursif des manifestations angéliques et divines.
Il est enfin une page de saint François de Sales qui mérite une attention toute particulière :
Entre la bête et l’Ange.
Les philosophes anciens ont reconnu qu’il y avait deux sortes d’extases, dont l’une nous portait au-dessus de nous-mêmes, l’autre nous ravalait au-dessous de nous-mêmes, comme s’ils eussent voulu dire que l’homme était d’une nature moyenne entre les Anges et les bêtes, participant de la nature angélique en sa partie intellectuelle (spirituelle), et de la nature bestiale en sa partie sensitive, et que néanmoins il pouvait, par l’exercice de sa vie et par un continuel soin de soi-même, s’ôter et déloger de cette moyenne condition, d’autant que s’appliquant et s’exerçant beaucoup aux actions intellectuelles, il se rendait plus semblable aux Anges qu’il ne l’était aux bêtes ; que s’il s’appliquait beaucoup aux actions sensuelles, il descendait de sa moyenne condition, et se rapprochait de celle des bêtes. Et parce que l’extase n’est autre chose que la sortie qu’on fait de soi-même, de quelque côté que l’on sorte, on est vraiment en extase.
Ceux donc qui, touchés des voluptés divines et intellectuelles, laissent ravir leur cœur aux sentiments d’icelles, sont voirement hors d’eux-mêmes, c’est-à-dire au-dessus de la condition de leur nature, mais par une bienheureuse et désirable sortie, par laquelle entrant en un état plus noble et relevé, ils sont autant Anges par l’opération de leur âme, comme ils sont hommes par la substance de leur nature, et doivent être dits ou Anges humains, ou hommes angéliques... Ainsi ces hommes angéliques, qui sont ravis en Dieu et aux choses célestes, perdent tout à fait, tandis que leur extase dure, l’usage et l’attention des sens, le mouvement et toutes actions extérieures.
D’après saint François de Sales, Élie, le prophète, est le prototype de ces hommes angéliques ; or, Élie fut ravi en haut sur le char enflammé entre les Anges.
Devenir et être un de ces hommes angéliques, tel est l’idéal final vers lequel nous devons tous tendre ; c’est dans cette direction et à ces fins que notre Ange gardien s’efforce de nous conduire. Que par notre froideur ou notre indifférence nous ne découragions pas notre bon Ange !
Enfin, en matière d’angéologie, ayons toujours présent à l’esprit l’enseignement donné par deux grands mystiques contemporains : le Père Lamy et le Padre Pio. Ces deux serviteurs de Dieu ont eu, en effet, tout au long de leur vie, de nombreuses manifestations angéliques et ils ont particulièrement attiré l’attention des chrétiens sur la nécessité qu’il y avait pour eux de s’adresser plus souvent et avec plus de confiance à leur Ange gardien dont ils pourraient à tout instant recevoir aide et protection ; pour cela, il suffit de faire appel à leur assistance qui jamais ne nous laisse sans secours. Écoutons encore une fois ce que ces mystiques ont à nous apprendre, résultat de leur propre expérience et de leur communion constante avec les Anges du Seigneur :
Nous ne donnons pas aux Anges l’importance qu’ils ont.
Nous ne les prions pas assez !
Rien n’est plus fidèle qu’un Ange.
(Le P. Lamy.)
L’Ange gardien est l’ami le plus sincère
et le plus fidèle,
même quand nous avons le tort de le peiner
par notre mauvaise conduite.
(Padre Pio.)
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POSTFACE
ALORS que nous étions occupé à corriger les épreuves de notre présent ouvrage sur le Mystère et le Ministère des anges, nous avons eu connaissance d’un livre qui mérite une attention toute spéciale ; en effet, il est de nature à renforcer notre conviction que le Christ et les anges se manifestent encore aujourd’hui, comme aux premiers temps du christianisme ; pour cela, il suffit d’avoir la foi, une foi active et agissante : Dieu leur parla. Ce livre en est une preuve péremptoire, car cet ouvrage est un recueil de témoignages réunis par le pasteur Gordon Linsay, rédacteur et éditeur de The Voice of Healing. Nous avons là, réunis, vingt-trois témoignages de mystiques, évangélistes et pasteurs méthodistes, ayant eu des visions divines et angéliques, accompagnées de dons de guérisons extraordinaires. Nous allons en donner quelques exemples et l’on sera frappé par la similitude des visions, dons et charismes de ces mystiques modernes avec les faits que nous avons relevés tout au long de notre travail.
L’évangéliste H. E. Hardt raconte « comment Dieu a agi dans sa vie » ; il fut gratifié de nombreuses visions divines et angéliques et reçut de l’Esprit messages sur messages ; ainsi le 22 janvier 1923, il note : « Je fus plongé dans la gloire du Seigneur. Les chœurs célestes commencèrent à chanter et les anges accompagnaient sur leurs flûtes dans les hauteurs. Les mots ne peuvent pas exprimer ma joie. J’avais reçu la vie éternelle. »
L’évangéliste et guérisseur par la foi et le jeûne, Stanley Karol, dans « Mon témoignage et mon appel », nous parle de la vertu guérissante du Christ qui le remplit et lui permet d’obtenir des guérisons nombreuses et spectaculaires. Il sent le Christ à ses côtés et remercie Dieu pour ce ministère de Délivrance. « Avant, dit-il, je m’étonnais, mais, maintenant, je sais que l’évangélisation du monde ne peut se faire qu’au travers des ministères de guérison divine et de délivrance. »
Le Rev. W. B. McKay et sa femme ont eu de nombreuses visions christiques et angéliques. Un épisode rapporté par Mme McKay sous le titre : « J’ai vécu sept heures dans le ciel », perdrait à être résumé ; il demande à être reproduit dans son intégrité :
Le Seigneur me parla, me poussant à la prière. Je fermai les rideaux de la chambre pour voiler l’éclat du soleil.
Comme je priais, de profondes ténèbres tombèrent sur moi, mais peu à peu la chambre s’éclaira de nouveau. Elle était maintenant inondée d’une clarté que je ne connaissais pas. Subitement, la porte s’ouvrit et, sur le seuil, je vis le Seigneur Jésus lui-même, avec une multitude d’anges.
Il n’est pas possible de vous donner une description détaillée de la personne de notre bien-aimé Sauveur, le Seigneur Jésus. Il portait une robe blanche immaculée et ses cheveux bruns tombaient sur ses épaules. Le regard de ses yeux gris, remplis de compassion, me tenait captive. Il entra dans la chambre, portant une robe blanche dans ses mains. S’avançant vers moi, Il mit cette magnifique robe sur moi et, à cet instant précis, mon âme sortit de mon corps. Je voyais mon corps reposer immobile à l’endroit où je m’étais mise à prier.
Alors Jésus me dit : « Je suis venu pour te montrer les splendeurs des cieux. » Les anges commencèrent à se retirer de la chambre. Ils étaient petits, sauf celui qui les guidait. Hors de la pièce, ils nous entourèrent, Jésus et moi, et nous nous élevâmes ensemble, en décrivant une spirale. Un rayon de lumière perçait l’atmosphère brumeuse et faisait un chemin glorieux à cette armée céleste, au centre de laquelle nous nous trouvions, Jésus et moi, pour ce voyage vers les cieux.
Nous nous arrêtâmes à un certain endroit et Jésus dit : « C’est le premier ciel. Nous ne voulons pas nous y attarder, car nous devons aller plus haut. » L’ange qui conduisait commença à s’élever encore plus haut et tous, nous le suivîmes. Nous ne montions pas en droite ligne, mais nous décrivions des cercles, montant toujours plus haut et formant une spirale. Il est impossible de décrire la musique et les chants des anges pendant cette ascension. Nous nous arrêtâmes de nouveau. Jésus disait : « C’est le second ciel. Nous ne voulons pas nous y arrêter. » Et nous continuâmes de monter.
Une dernière fois nous nous arrêtâmes. Jésus disait : « C’est le troisième ciel. » L’ange qui avait conduit le voyage me prit par la main et me conduisit vers la Cité de Dieu... Une grande porte était largement ouverte et je la franchis avec l’ange, foulant une route d’or lumineux. Il y avait des clochers, brillant comme des diamants, qui pointaient. L’ange me prit par la main et me montra un grand arbre qui portait des fruits et, à côté, une rivière claire comme du cristal...
Alors l’ange me plaça devant un trône, qui semblait aussi grand qu’une montagne et fait d’or pur. Sur ce trône, Jésus était assis. La lumière de sa face était si éclatante que je tombai à ses pieds. Il m’adressa des paroles de réconfort et dit à l’ange : « Apporte-moi le vase d’huile. » À ce moment mon mari se trouva à mes côtés. Jésus versa l’huile sur nos deux têtes en disant : « Je vous ai oints tous les deux pour une œuvre particulière. Vous apporterez la Délivrance au peuple dans la souffrance. J’ai un travail spécial à faire par vous... La maladie devra sortir lorsque vous prierez pour les malades et les tourmentés. Vous devez rester humbles pour que je puisse travailler au travers de vous. »
L’âme de notre mystique aurait bien voulu rester à goûter les délices du troisième ciel, mais elle devait redescendre pour accomplir la tâche qui lui était dévolue ; et voici comment le retour dans le corps terrestre se passa :
Nous sommes redescendus de la même manière que nous étions montés. Je rentrai dans mon corps et je me trouvai à la place où je m’étais agenouillée.
Quand j’ouvris les yeux, je vis mon mari avec le Président de l’École et un docteur. Le docteur déclara qu’il n’avait trouvé aucune pulsation avant que j’ouvrisse les yeux et il était des plus troublés.
Dès lors, durant les nombreuses campagnes de Réveil, multiples et variées furent les guérisons obtenues par l’imposition des mains de ces deux mystiques qui ne se font pas faute de répéter et de proclamer que « le Seigneur délivre le peuple de toutes sortes d’infirmités et de maladies, confirmant Sa Parole par des prodiges et des miracles ».
L’évangéliste Wilbur R. Ogilvie lui aussi a vu le Seigneur, mais il ne sait comment l’exprimer, « car cela dépasse nos possibilités humaines... Il m’est impossible de vous le décrire, les mots me manquent. Des prophètes et des apôtres ont essayé de le faire et ils se trouvaient bien vite à bout d’expression. » Dans la présence du Seigneur, il ressent une grande crainte ; ses amis étaient étonnés de son comportement et étaient désappointés de ne rien voir, car cependant ils déclaraient avoir senti puissamment la présence du Seigneur. Ogilvie a eu plusieurs visions semblables : toujours le visage du Seigneur était « resplendissant et le rayonnement de sa Personne plus blanc que neige ». Fait à retenir, lorsque l’évangéliste était favorisé de la vision et d’un colloque avec le Seigneur, il en revenait avec « le visage brillant », comme la face de Moïse avait resplendi lorsqu’il parla avec le Seigneur sur le Mont Sinaï (Exode 34, v. 29-39).
T. L. Osborn nous raconte l’histoire merveilleuse de sa vie et de son appel au ministère de guérison. Né dans une ferme, près de Pocasset (Oklahoma), il était le septième fils d’une famille de treize enfants. À l’âge de quatorze ans, alors qu’il allait à travers bois à la recherche de ses vaches, il fut saisi d’angoisse. « Je m’arrêtai pour prier, dit-il, m’agenouillant près d’un vieux bloc de rocher. Le Seigneur parla à mon esprit et me fit connaître qu’il m’avait choisi pour prêcher sa Parole. » Après avoir suivi quelques Réveils, le jeune homme se consacra à l’évangélisation. En juillet 1947, un matin, « il fut éveillé par une merveilleuse vision : premièrement la Croix, puis l’ange Gabriel avec sa trompette et la Personne du Seigneur Jésus-Christ... Aucune langue n’est suffisante pour décrire Sa splendeur et Sa beauté. »
Assistant à une réunion de Réveil avec le fameux Rev. William Branham, il fut frappé par le fructueux ministère de guérison exercé par ce mystique. « Je ne puis oublier, dit-il, l’émotion qui s’empara de mon cœur en entendant l’exposé des merveilleux dons de guérisons donnés par la révélation de l’Ange à ce frère. »
Un jour Osborn, non content de ses succès d’évangéliste, décide de se retirer à la chambre haute de sa cure et d’y attendre dans le jeûne et la prière les ordres du Seigneur ; vers le milieu du troisième jour, l’Esprit lui parla :
Mon fils... c’est à toi de te lever... Tu chasseras les démons, tu guériras les malades, tu ressusciteras les morts, tu nettoieras les lépreux. Voici, je te donne le pouvoir sur toute la puissance de l’ennemi. Ne t’effraie pas. Sois fort. Aie bonne audace. Je suis avec toi comme j’étais avec les grands guérisseurs qui sont morts. Aucune puissance démoniaque ne tiendra devant toi tous les jours de ta vie si tu diriges les gens pour qu’ils croient ma Parole. J’ai utilisé de tels hommes dans leur temps, mais aujourd’hui c’est ton tour.
Depuis le printemps 1948, les Réveils se sont succédé ainsi que les guérisons et des milliers de pécheurs ont été amenés à accepter Jésus-Christ comme Sauveur, démontrant ainsi que « le Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement » (Hébr. 13, v. 8).
Le cas du Rév. Everett B. Parrott est à retenir, car il nous éclaire sur « son expérience personnelle du baptême du Saint-Esprit ». Élevé dans une « très bonne famille méthodiste », Parrott fut éduqué en vue du ministère ; pendant dix ans, il fut évangéliste et pasteur dans une église méthodiste. Ayant entendu parler d’un Réveil où des guérisons spectaculaires se faisaient (entre autres, disparition d’une tumeur cancéreuse), il décida de se rendre lui-même à la réunion. Il y fut témoin de plusieurs guérisons (gros goître disparu sur-le-champ). Fort impressionné, notre pasteur déclare :
Je suivis les rencontres un mois entier et je m’occupai de guider les âmes vers le Seigneur pour leur salut. Je ne pensai plus à moi-même et je ne réalisais pas que Dieu voulait aussi faire quelque chose pour moi. Un après-midi, comme j’étais assis dans la rangée des pasteurs, subitement et sans m’y attendre, je vis Jésus, mon Seigneur ressuscité. Il vint directement vers moi. Personne d’autre ne semblait Le voir. Sa belle main percée toucha mon épaule. Ses yeux profonds et pleins d’amour pénétrèrent mon âme. Il disait : « Je désire que tu reçoives le baptême du Saint-Esprit. »
Je ne suis pas d’un tempérament démonstratif, mais la vue de mon Sauveur ressuscité brisa mon cœur. Je pleurai comme un enfant. Je dois avoir sangloté bruyamment, car je troublai le prédicateur. Il se tourna vers moi et demanda : « Qu’y a-t-il, frère Parrott ? » Je répondis : « Docteur, j’ai perdu dix ruinées de ma vie en essayant de prêcher sans le Saint-Esprit. » Il répondit : « Dieu merci, vous n’avez plus rien à perdre maintenant. »
Dès lors le pasteur pria chaque jour avec ferveur pour recevoir le baptême du Saint-Esprit ; un matin, il le reçut ; et le récipiendaire de déclarer : « Depuis ce moment, j’ai vu plus d’âmes venir au Seigneur pendant quatre semaines de campagne de Réveil que pendant les dix années qui précèdent mon baptême du Saint-Esprit.
« Amis, je ferais volontiers le sacrifice d’une partie de ma vie, plutôt que de renoncer à ce que Dieu fit pour moi lorsqu’il me baptisa de Son Saint-Esprit. »
Le Rev. A. C. Valdez Jr. nous raconte ses visions du Seigneur, les ordres et messages qu’il en reçut ; voici comment il rapporte sa première prise de contact avec l’Au-Delà, qu’il intitule : Un message à minuit :
Une nuit, vers minuit, je fus tiré d’un profond sommeil. Je sentis une présence dans ma chambre et j’en fus effrayé. J’entendis alors des pas légers et le calme revint en moi. Une voix retentit, claire et distincte : « Fils ! » Je regardais, mais ne vis que la nuit. La voix retentit une seconde fois : « Fils ! » Cette fois je réalisai que Dieu me parlait et je me mis à trembler de crainte... J’étais en présence du Roi des rois...
Comme je sentais la nécessité d’être secouru dans cette heure présente, je criai à Dieu de m’accorder la force de subsister. Aussitôt des anges du ciel entourèrent mon lit et m’assistèrent. Je sentis quelque chose de chaud sur le sommet de ma tête et qui pénétra dans ma poitrine et descendit jusqu’à la plante des pieds. Une force divine m’envahit et aussitôt je me sentis réconforté et à l’aise.
Une troisième fois, la voix disait : « Fils !... Je te donne les dons de guérison. » En même temps, il lui fut ordonné de quitter sa paroisse pour des missions de Réveil, mais le pasteur, attaché à son troupeau, ne pouvait s’y résoudre ; à cause de cette désobéissance, il fut puni par une grave maladie de sa femme, maladie qui la conduisit aux portes du tombeau ; les sommités médicales consultées étaient unanimes à déclarer le cas incurable et fatal à brève échéance. Le secours des hommes de l’art se révélant inopérant, le pasteur cria à Dieu et promit d’obéir à l’avenir. Alors un jour la voix lui dit : « Mon fils, sois dans la joie, car la guérison est faite ! » Un téléphone pour appeler l’hôpital et l’infirmière de service d’annoncer joyeusement : « Rev. Valdez, votre femme revient à la vie. » Peu après ces évènements, le pasteur fut gratifié d’une vision symbolique ; subitement tiré de son sommeil, il entendit une foule qui chantait sur un ton mineur ; c’était la foule des malades et des désespérés qui demandait assistance.
Cette fois le pasteur avait compris. Il ne résista pas à l’ordre divin. Il prit congé de sa paroisse pour se consacrer au ministère de guérison, qui fut des plus fructueux pour les corps et les âmes, car la toute-puissance curative du Saint-Esprit lui avait été rendue.
Le cas du pasteur Richard Vinyard est à retenir ; il est instructif à plus d’un point de vue : Au début de son ministère, ce mystique était fort préoccupé par le fait de la carence du ministère de guérison et de délivrance parmi les religieux. « Cependant, dit-il, lorsque j’exprimais mes désirs et mes sentiments, on m’engageait à être prudent, car si je devenais trop ferme au sujet de la guérison divine, je risquais de nuire à mon ministère. »
Cependant, pensait-il, les promesses du Seigneur sont formelles : les charismes, notamment celui de guérison des maladies, sont promis à ceux qui ont la foi. Alors pourquoi n’était-il pas à même, lui aussi, de guérir par l’imposition des mains ? Sa foi était-elle à ce point déficiente ? Il en venait à faire de la dépression nerveuse. Le médecin ordonnait six mois de repos, mais les moyens financiers du pasteur ne lui permettaient pas de telles vacances ; c’est alors qu’il assista aux réunions du Rev. William Branham, à Kansas City. Il y vit de nombreuses guérisons spectaculaires. Sa foi fut vivifiée et il cria à Dieu pour obtenir sa guérison. Une fois exaucé et rétabli, il se consacra entièrement à son église. Mais la Providence avait d’autres vues sur son serviteur. Alors que pendant ses vacances il assistait à un Réveil, le Christ lui apparut et lui dit qu’il devait abandonner le service de son église et se consacrer au ministère de guérison ; il le promit, cependant il était anxieux à la pensée d’en faire part à sa femme. Mais celle-ci avait été divinement avertie de la chose.
Ces quelques extraits de « Dieu leur parla », les visions angéliques et divines qui y sont relatées sont de nature à confirmer la parole du Christ, donnée en conclusion de son témoignage, par le Rev. Vinyard : Il est le même hier, aujourd’hui et éternellement.

La grande foi de saint François d’Assise (1182-1228) en l’assistance du Christ et en celle de Sa Vierge et des Anges.
UNE nuit d’été de l’année 1216, François en prière reçut l’ordre d’aller demander la grâce suivante au Pape Honorius : Celui qui visiterait, après s’être confessé, la petite église (la Portioncule), obtiendrait que toutes les peines temporelles dues à ses péchés lui fussent remises. Comme le Pape hésitait à accorder ce privilège, François lui dit alors : « Monseigneur, la demande ne vient pas de moi-même, mais de Celui qui m’a envoyé, Notre Seigneur Jésus-Christ. » Honorius ayant enfin accordé l’indulgence, François s’inclina pour prendre congé et il allait s’éloigner quand le Pape lui dit : « Simple d’esprit, où vas-tu ? Comment vas-tu prouver que tu as reçu cette indulgence ? » François répondit : « Je ne demande pas d’autres documents. La Sainte Vierge est le document, le Christ est le notaire, et les Anges sont les témoins 15. »
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Puisque nous revenons une fois de plus sur les rapports intimes du Poverello avec les cohortes angéliques, pourquoi ne pas citer la Prière de Saint François, prière dont l’inspiration est parfaitement christique et des plus angéliques :
PRIÈRE DE SAINT FRANÇOIS
Seigneur, faites de moi
un instrument de votre paix.
Là où il y a de la haine, que je mette l’amour ;
Là où il y a l’offense, que je mette le pardon ;
Là où il y a la discorde, que je mette l’union ;
Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité ;
Là où il y a le doute, que je mette la foi ;
Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance ;
Là où il y a la tristesse, que je mette la joie ;
Là où il y a les ténèbres, que je mette votre lumière.
Ô Maître, que je ne cherche pas tant
À être consolé...........................qu’à consoler ;
À être compris..........................qu’à comprendre ;
À être aimé...............................qu’à aimer.
Car :
C’est en donnant.......................qu’on reçoit ;
C’est en s’oubliant.....................qu’on trouve ;
C’est en pardonnant..................qu’on est pardonné ;
C’est en mourant........................qu’on ressuscite.
À LA VIE ÉTERNELLE.
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Sainte Colette de Corbie (1381-1447) secourue par les Anges.
À CE sujet, il faut lire le curieux récit de Pierre de Reims montrant jusqu’où pouvait aller le ministère des anges envers sainte Colette de Corbie :
« Quand, après un jour de tribulations et de peines, après le départ de ceux qui avaient coutume de rendre visite à Colette, la nuit, lorsqu’elle était “seulette”, adoncque les benoîts angles (anges) de paradix la venaient visiter et administrer, et la couchoient et couvroient et luy faisoient tous les aultres humbles et charitables services, comme on polvoit faire humainement à l’ancelle (servante) et espouse de notre Souverain Seigneur. »
Un jour, ce fut la Sainte Vierge elle-même qui vint et la guérit sur-le-champ d’un grave mal de gorge. Voici comment son biographe relate cette cure miraculeuse :
« À la suite des grandes peines et douleurs tant au par dedans comme au par dehors que Colette avoit souffert et porté, la langhe luy retrahy et descendi en la gorge tellement que elle ne pooit parler ne ne vocalement orer et à grande difficulté pooit elle respirer. Ainssy comme elle estoit actuellement en la dicte paine, ungne josne fille de moult grande doulceur et bénignité vint joyeusement à l’encontre d’elle, laquelle moult doulcement la petite ancelle salua, puis s’aprocha si près d’elle que très famillierement la mist entre ses bras, et en la bouce très gracieusement la baisa. Par lequel baisir soudainement la langhe malade fust toute entièrement sanée et gharie et retourna à son propre lieu dont elle estait descendue. Et incontinent celle josne fille de si grant biaulté et si grant doulceur et bénignité s’esvanuy. »
Le confesseur de Colette, le Frère Henry de Bausme, déclara que cette belle jeune fille n’était autre que la glorieuse Vierge Marie.
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Enseignements donnés à sainte Marguerite de Cortone par l’Ange préposé à sa garde.
L’ANGE préposé à la garde de sainte Marguerite de Cortone lui apparaît. Il lui montre son nom gravé en lettres d’or au livre de vie. Puis s’engage entre eux un colloque qui tient plus du ciel que de la terre :
« Ange de Dieu, lui demande-t-elle avec une exquise simplicité, faites-moi connaître, je vous prie, à quels signes je puis distinguer les personnes pieuses et les amis de Dieu, en un mot, les élus ? »
« Celui-là est un élu, répond l’envoyé céleste, dont le cœur, dégagé de toute convoitise terrestre, est uni à son Créateur, tend sans cesse vers Lui et ne soupire qu’à Lui. »
« Mais quelles vertus doit-il posséder ? »
L’Ange de répondre :
« Celui-là est un élu qui possède les trois vertus suivantes : une humilité profonde, à l’exemple de Jésus crucifié ; une charité parfaite, une extrême pureté de cœur.
Celui-là est un élu qui se renonce lui-même, se crucifie, non par le fer, mais par la mortification de la volonté propre, et est prêt à souffrir, à verser son sang s’il le faut, pour affirmer sa foi.
Celui-là est un élu qui, à la compassion pour les pauvres, joint l’horreur du mensonge et la pureté des mœurs.
Enfin, celui-là est un élu qui prend sur soi les peines des autres et s’afflige ou se réjouit avec eux, sans jamais céder à l’envie. »
À ces mots, l’Ange reprit son vol vers la cité de la paix, et Marguerite, redoublant de gratitude envers lui et de vigilance sur elle-même, s’appliqua sur-le-champ à mener une vie conforme aux enseignements qu’elle avait entendus.
(In : Sainte Marguerite de Cortone (1247-1297) par le R. P. Léopold de Chérancé. Plon-Nourrit, Paris 1888.)
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Padre Pio : « C’est un miracle de Dieu.
Et à Dieu tout est possible. Il suffit d’avoir la Foi. »
TOUT au long de notre étude sur le mystère et le ministère des Anges, sur leurs apparitions et manifestations dans notre plan matériel, nous avons été amené à exposer des faits qui dépassent notre entendement, limité par les perceptions de nos cinq sens matériels. Ne pouvant « expliquer » ces faits par les lois de notre monde physique, beaucoup préfèrent les nier plutôt que de reconnaître notre limitation spirituelle ; or ces faits procèdent justement du plan spirituel ou divin, plan supérieur dont fort peu de personnes ont la notion ; plan d’où découle la force toute-puissante du Saint-Esprit.
Tous les mystiques qui ont eu la faveur de pouvoir pénétrer dans ce plan suprême, qui ont été ravis, en extase, comme saint Paul, ont déclaré que les mots humains étaient inadéquats à décrire et à expliquer la splendeur de ce qu’ils avaient vécu dans les courts moments d’ouverture de leur œil spirituel et de leur union avec le divin. Ils ont tous déclaré que seule la foi, non la raison, nous rendait aptes à pénétrer dans le plan divin.
À ce propos, nous ne pouvons résister au désir de reproduire une argumentation de Raoul Villedieu que nous trouvons dans son intéressant livre : Le Secret du Padre Pio. Son argumentation s’adresse aux sceptiques et aux négateurs du mystère angélique et divin, elle s’adresse surtout à tous ceux qui veulent une « explication », là où il n’y a pas d’explication humaine, car nous sommes dans le seul domaine de la foi.
Parlant du Padre Pio, de ses stigmates, de ses pouvoirs métanormaux, de ses guérisons miraculeuses, de ses fréquentes bilocations, de ses nombreux colloques avec le Christ, avec la Vierge et avec les Anges, Villedieu a écrit quelques pages remarquables dont chacun de nous peut faire son profit. Écoutons-le :
Notre pauvre raison ! Elle résiste. Elle essaye malgré tout de trouver à tout une explication. Nous, Occidentaux, nous surtout les Latins, nous voulons tout expliquer, tout démontrer. Nous sommes des maniaques de l’explication, des intoxiqués de la logique. La logique : ce péché mortel que nous ont fabriqué nos pères Aristote et Descartes, ce péché qui doit assouvir les sottes exigences de notre esprit 16.
Nous avons, à ce sujet, une telle déformation intellectuelle que nous voulons tout expliquer, tout « comprendre », tout définir. Même les faits mystiques, les phénomènes surnaturels... Et si nous ne réussissons pas à les comprendre, nous les nions ! Ah ! Pourquoi donc vouloir toujours tout expliquer, tout comprendre naturellement, alors qu’il est si facile, si simple, de croire à l’intervention de Dieu ?
Voici devant nous un homme (Padre Pio), d’origine humble et pure, un homme dont la longue vie, les pensées, les actions, dépassent notre entendement. Nous voyons autour de lui et par lui se produire à chaque instant des faits prodigieux ; des faits créateurs de santé, de moralité, de piété ; des faits qui ne rentrent dans aucune catégorie de définition matérielle et de classement physique ; des faits qui font éclater les minces parois de notre pauvre esprit. Et tout de même, nous voulons les soumettre à la tyrannie de notre raison, les ramener à nos communes mesures, à nos règles de système métrique et d’ordonnances administratives. Sans vouloir admettre que devant l’infini de Dieu, notre raison est plus frêle que la fumée de nos toits emportés par la tempête dans l’immensité du ciel.
Devant les manifestations surnaturelles comme celles qui fleurissent, innombrables, autour de Padre Pio, raisonner n’est rien. S’incliner devant le fait est tout.
Notre raison cette prison ! Notre foi : cette joie !
Raisonner est à base d’orgueil ; croire est à base d’humilité. L’orgueil perd le monde ; l’humilité le sauve. Raisonner provoque la différence d’opinion, d’où naît la discussion, d’où naît la guerre. Croire donne la certitude, qui engendre la joie, qui engendre la paix. La raison se représente le monde comme susceptible d’être, tout entier, saisi et possédé, compris et connu ; la foi accepte l’infinité de l’inconnu. La raison se réduit toujours au mot odieux et glacé : « Moi » ; la foi se fond dans ce nom éblouissant et brûlant : « Dieu. » La raison est sœur de la haine ; la foi est mère de l’amour.
Les martyrs, les saints, les héros, ne furent pas des raisonneurs, mais tout simplement, magnifiquement, des croyants.
Mais d’ailleurs, à quoi bon tant d’efforts, à quoi bon laisser notre raison s’épuiser en vaines tentatives d’explication à tout prix ? N’est-il pas plus simple, tellement plus simple, de savoir ce que pense, sur un tel mystère le Padre Pio lui-même ?
Padre Pio n’est, lui, ni un théologien officiel et patenté, ni un spécialiste de la métaphysique et du supranormal. Le supranormal, il ne le raisonne pas : il le vit, c’est l’air qu’il respire... Pour lui il n’existe qu’une vérité : tout est miracle. Et il sait, par la force de ses souffrances et le délice de ses visions, il sait qu’il est un très modeste instrument de ces miracles.
Le Padre Pio a horreur qu’on parle devant lui des miracles qu’il accomplit journellement, et lorsque ses amis le mettent sur ce sujet, il détourne aussitôt la conversation. Un jour qu’on lui demandait, à l’occasion de la fête de saint Antoine de Padoue, ce qu’il pensait des bilocations de ce saint, il répondit : « Ce sont des miracles dont Dieu se sert pour arriver à ses fins. » On insista et on lui demanda si les saints en bilocation avaient conscience de leurs déplacements : « Sûrement, dit-il, ils s’en rendent compte. Ils peuvent ne pas savoir si c’est leur corps ou leur âme qui se déplace, mais ils sont très conscients de ce qui leur arrive et ils savent où ils vont. » Les amis du Padre, non encore satisfaits, insistèrent ; alors le Père excédé, laissa tomber sur eux, de très haut, ces mots : « Imbéciles ! Il ne convient pas de faire appel à la raison. C’est un miracle de Dieu. Et à Dieu tout est possible. »
« C’est un miracle. Il suffit d’avoir la foi. »
Et comme cette affirmation n’appelle aucun commentaire,
ce sera là notre propos de la fin,
tout aussi bien
PROMESSE, ESPOIR que CERTITUDE.

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Articles « Anges » dans les Dictionnaires :
Dictionnaire de la Bible (Vacant).
Dictionnaire de Théologie catholique (Vaicant, Bareille et Parisol).
Dictionnaire pratique des Connaissances religieuses (Jean Rivière).
Supplément du Dictionnaire de la Bible (Lemonnyer et Touzard). – Lire les articles : Angéologie et Anges.
Mgr Darboy. – Traduction des Hiérarchies Célestes du pseudo-Denys.
Somme Théologique de saint Thomas d’Aquin (I pars. qu. 50-64 et 106-114).
Commentaire sur la Somme de P. Pègues.
Sermon de saint Bernard sur les Anges gardiens. P. L. 183, col. 225-138.
Sermon de Bossuet sur les Anges gardiens. Œuvres oratoires (t. II, pp. 9-115).
Newman. – Le Monde invisible, trad. Bremond.
Apparitions angéliques, voir les Bollandistes, au 29 septembre, et Dom Meunier, sous la garde des saints Anges. 1930.
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Iconographie des Anges :
Article « Anges » du Dictionnaire d’archéologie et de liturgie (Dom Leclerc).
Villette. – L’Ange dans l’Art d’Occident. Laurens, Paris 1939.

Pentacle de protection.
TABLE DES MATIÈRES
Préface
Chapitre I. Le ministère des Anges d’après la Bible.
Section I. 1. Les Anges créés par Dieu ; 2. Les Anges célèbrent les louanges de Dieu et l’adorent ; 3. Les Anges se tiennent en la présence de Dieu ; 4. Les Anges ne doivent pas être adorés.
Section II. Les Anges composent l’armée des cieux.
Section III. Les Anges sont des Esprits serviteurs de Dieu ; ils obéissent à Sa volonté.
Section IV. 1. La Loi a été donnée par le ministère des Anges ; 2. C’est l’Ange de l’Éternel qui a conduit les Israélites hors d’Égypte.
Section V. 1. Les Anges exécutent les desseins et les jugements de Dieu ; 2. Rôle des Anges des sept Églises.
Section VI. 1. Les Anges ont servi Jésus-Christ avant et pendant son incarnation, puis après sa Résurrection ; 2. Séparation des justes d’avec les méchants ; 3. Il y a de la joie parmi les Anges pour un pécheur qui se repent.
Section VII. Les Anges font connaître la volonté de Dieu et du Christ.
Section VIII. Nature des Anges : 1. Les Anges sont immortels ; 2. Ils sont puissants ; 3. Ils sont saints ; 4. Ils sont sages ; 5. Ils sont des exemples de douceur ; 6. Ils sont innombrables ; 7. Ils sont de différents Ordres ; 8. Ils sont capables de fautes ; 9. Anges rebelles.
Section IX. Les Anges ont annoncé : 1. La conception de Jésus-Christ ; 2. La naissance de Jésus-Christ ; 3. La résurrection du Seigneur ; 4. L’Ascension et la seconde venue du Seigneur ; 5. La conception de Jean-Baptiste.
Section X. Anges gardiens et Anges exterminateurs.
Section XI. Fidèles ayant reçu la visite des Anges.
Section XII. Les fidèles sont semblables aux Anges après la résurrection. Les méchants ne croient pas à l’existence des Anges.
Section XIII. Satan et les Anges rebelles. Les mauvais Anges combattent contre les saints. Condamnation de Satan et des Anges rebelles.
Section XIV. Nécessité et utilité de la pratique de la charité, parfois on la fait à un Ange de Dieu sans le savoir.
Section XV. Les Anges du Jugement.
Chapitre II. Les Anges tels qu’ils sont définis par les Dictionnaires : 1. Moreri ; 2. Migne ; 3. Trousset ; 4. Nouveau Larousse.
Chapitre III. Les Apocryphes et l’angéologie : 1. Le livre d’Énoch ; Le Protévangile de Jacques ; 3. Histoire de Joseph, le charpentier ; 4. Évangile de Nicodème ; 5. Histoire de saint André ; 6. Jacques le Majeur ; 7. Histoire de saint Jean, l’Évangéliste ; 8. Le Testament du Bienheureux Job ; 9. Légendes et fragments sur l’Histoire de Joseph ; 10. Le Livre de Tobie ; 11. L’Évangile de la Paix de Jésus-Christ ; 12. Le Livre de la Naissance, de la Vie et de la Mort de la Bienheureuse Vierge Marie ; 13. Le Livre du passage de la très-sainte Vierge Marie ; 14. L’Évangile de la Naissance de Notre-Seigneur ; 15. Daniel Rops et les Évangiles de la Vierge ; 16. L’Évangile de la Vie parfaite ; 17. Ascension d’Isaïe.
Chapitre IV. Les Pères de l’Église ont cru à l’existence des Anges.
Section I. 1. Tertullien 2. Justin ; 3. Origène ; 4. La Prière de sainte Marcine ; 5. Saint Denys, l’Aréopagite ; 6. Palladius. Histoire lausiaque.
Section II. Jean Danielou : Les croyances des Pères au Ministère des Anges.
Section III. Encore la croyance des Pères au Ministère des Anges.
Section IV. R. Draguet : Les Pères du désert et les Anges.
Chapitre V. Le Moyen Âge et l’Angéologie.
Section I. 1. Saint Thomas d’Aquin et l’Angéologie ; 2. Le R. P. Berthier et son étude de la « Somme » : Les Anges.
Section II. Le R.P. Thomas Pègues : La « Somme » en forme de catéchisme ; 2. Étienne Gilson et l’Angéologie.
Section III. 1. Dante et l’Angéologie ; 2. Jean Tauler : Un Aveuglement ; 3. Saint Raymond Nonnat.
Section IV. Saint Bernard de Clairvaux et ses visions angéliques.
Section V. Sainte Jeanne d’Arc, ses Voix et Visions angéliques.
Section VI. Saint François d’Assise et ses Visions angéliques.
Chapitre VI. La Renaissance et l’Angéologie.
Section I. Ars bene moriendi.
Section II. Saint Philippe de Neri.
Section III. Robert Fludd : Le Rempart mystique de la Santé.
Section IV. Le P. Maldonat : Traité très docte des Anges.
Section V. Un théologien du XVIIe siècle, Guillaume Sherlock et sa conception de l’Angéologie.
Section VI. L’Angéologie de Bossuet.
Section VII. La Chevalerie et l’Angéologie.
Section VIII. La Nativité de Notre-Seigneur.
Chapitre VII. Temps modernes et manifestations angéliques.
Section I. 1. Apparition de l’Archange Raphaël à un laboureur de la Beauce 2. Mlle Couédon et ses multiples manifestations de l’Archange Gabriel.
Section II. Le curé d’Ars : Manifestations angéliques et diaboliques.
Section III. 1. Jean Raynaud : Terre et Ciel. 2. Sœur Marie de la Croix ; 3. Marie-Thérèse Nobelet ; 4. A. van Mons : L’Angéologie et les Béatitudes.
Section IV. Les Enseignements du Maître Philippe de Lyon sur les Anges.
Section V. Le Sâr Péladan et l’Angéologie.
Section VI. Charles Sauvé : L’Ange et l’Homme intime.
Section VII. Le Dr Rozier et l’Angéologie.
Section VIII. 1. Les Visions d’Anne-Catherine Emmerich. 2. Sainte Lydwine de Schiedam.
Chapitre VIII. L’Angéologie du Vingtième siècle.
Section I. L’Abbé Feigne : L’Ange gardien.
Section II. Irmin Sylvan : Le Monde des Esprits.
Section III. Joy Snell : La Mission des Anges.
Section IV. Le R. P. Régamey : Anges.
Section V. Le Père Lamy, Apôtre et Mystique.
Section VI. Léon Savary : Les Anges gardiens.
Section VII. L’Angéologie du Padre Pio.
Section VIII. Sainte Gemma Galgani et les Anges.
Chapitre IX. Encore l’Angéologie moderne.
Section I. Le Cardinal Lépicier et l’Angéologie.
Section II. Le P. Sertillanges : Le Catéchisme des incroyants.
Section III. Les Anges à la lumière de l’Abrégé de la Doctrine chrétienne par l’Abbé Boulenger.
Section IV. La Commémoration des Anges dans le Calendrier catholique.
Section V. L’Angéologie de Swedenborg.
Section VI. H. I. Marrou : Un Ange déchu, un Ange pourtant.
Section VII. E. Peterson : Le Livre des Anges.
Section VIII. Ania Teillard : La Dimension inconnue. Expériences de l’Au-Delà.
Chapitre X. Tableau synthétique des attributs et charismes des neuf Chœurs des Anges.
Chapitre XI. Brève iconographie de l’Angéologie du début du XIXe siècle.
Conclusions
Postface
1. L’assistance angélique et la prière de la foi guérissent les malades. 2. La grande foi et la Prière de Saint François. 3. Sainte Colette de Corbie secourue par les Anges. 4. Sainte Marguerite de Cortone et son Ange gardien. 5. Padre Pio : « C’est un miracle de Dieu. Et à Dieu tout est possible. Il suffit d’avoir la Foi ! ».
Bibliographie

1 Les créatures (M) ; les êtres (L).
2 Après avoir reçu la soumission (M) ; après avoir soumis (L).
3 Pour de plus amples renseignements sur cet Évangile de la Vie parfaite, on pourra s’adresser directement à M. R. Müller, château de Vallamand-Dessous, Vaud, Suisse.
4 Assumer, de sumerer = prendre sur soi, se charger de.
5 Du grec daïmon, esprit guide, génie inspirateur.
6 Pour plus de détails sur le cas de cette mystique divinement inspirée, voir un résumé de l’étude de Péladan sur le cas de la Pucelle, dans notre livre La Pensée et les secrets de Péladan (T. II, p. 212-228. Éditions Rosicruciennes, P. Genillard, Lausanne 1952).
7 1. Dans son live La voyante de la rue du Paradis (Mlle Couédon), Gaston Méry donne sur ce M. Legros, voyant et mystique, les renseignements suivants :
« M. Legros voyait l’intérieur de tous les personnages qui occupaient la scène du monde. C’est que la lumière divine luisait en son âme, ainsi que le disait l’abbé Charvoz.
« Un incident à noter dans la mission de M. Legros, c’est qu’il eut ordre d’en haut de solliciter dans la maison royale de Charenton un emploi qu’il occupa de 1814 à 1816, et qu’il eut ordre aussi de quitter pour revenir à Paris, quand la circonstance pour laquelle Dieu l’avait envoyé dans cet hospice fut passée. On sait qu’un paysan de la Beauce, Thomas Martin, de Gallardon, vint un jour, envoyé, affirmait-il, par l’ange Raphaël, avertir Louis XVIII... Il importait aux gouvernants de l’époque de donner pour fou ce laboureur indiscret. Le ministre de la police, M. Decaze, le fit donc conduire à Charenton. Et c’est, d’après les fidèles de Vintras, pour l’y recevoir, le soigner, le consoler que Dieu avait d’avance fait prendre à M. Legros un emploi dans cette maison. »
Au demeurant, nous allons analyser, dans un instant, le livre de Gaston Méry sur la Voyante de la Rue de Paradis, sur ses visions et sur ses rapports constants avec l’Archange Gabriel.
8 Voir Inconnues, P. Genillard, éditeur, Lausanne 1960, vol. 14, p. 11.
9 Note de Biblisem : Non pas par le clergé, mais par une partie seulement de celui-ci. Voir le livre de l’abbé Déléon : La Salette-Fallavaux ou la vallée du mensonge, 1re partie (1852) et 2e partie (1853).
10 Pour ce qui est de la réception des stigmates par notre mystique, voici un récit quelque peu différent donné par Raoul Villedieu dans son beau livre : Le Secret de Padre Pio (pp. 31-32) :
« Le Padre Pio, ce jour-là, est à la tribune de la petite église du couvent... il n’y a avec lui qu’une seule personne, un autre moine, le P. Archangelo. »
« Le Padre Pio s’abîme en Dieu. Il contemple le crucifix... Les minutes s’écoulent. La prière ardente. Le silence... On ne voit rien. On n’entend rien. Pas un pleur. Pas un cri. Rien...
« Les deux moines sortent ensemble. Ils se rendent chez un frère du couvent, malade, à qui Padre Pio faisait chaque jour des frictions.
« Le P. Archangelo et le Frère voient les deux mains du Père qui saignent : “Père, Père, ces taches de sang ? Vous vous êtes blessé ?” Et cette réponse immense : “Mêlez-vous de vos affaires.”
« C’est tout. Pour l’éternité, dans le silence, est né Padre Pio, le Stigmatisé, le premier prêtre stigmatisé.
« Et jamais, à personne, il n’en a parlé. »
Et Villedieu ajoutera en note :
« Vedete agli affari vostri. Ce récit a été fait à l’auteur par le P. Archangelo, seul témoin oculaire. Précis, formel, il laisse apparaître inexacts tous les récits (cri, évanouissement, transport du corps saignant, etc.) imaginés et reproduits dans divers ouvrages. Moins romantique, mais combien plus beau dans sa nudité terre à terre. »
11 Si la raison ne peut démontrer le fait de l’existence des anges, elle doit en bonne logique admettre le fait que nombreux sont les saints et les mystiques qui ont vu les anges et qui se sont entretenus avec eux. C’est là un fait d’observation à ne pas négliger ni oublier. (Dr B.)
12 Ici, il y aurait peut-être une réserve à faire, une précision à donner au sens que l’on attribue à ce terme. La mise en action des dons supranormaux ne peut-elle pas aussi être considérée comme une transe paranormale ?
13 Fonction n’existant pas avant la Révolte ; à sa place était « Lux Dei », Lucifer, qui par sa révolte devint Satan.
14 Le P. Dominique Banès, confesseur de sainte Thérèse et son conseiller habituel, a noté en marge du manuscrit de Thérèse : « Il semble plutôt que ce devait être l’un de ceux que l’on nomme Séraphins. »
La sainte était âgée de quarante-quatre ans lorsqu’elle reçut, au monastère de l’Incarnation d’Avila, une faveur si extraordinaire.
Les Carmes réformés d’Espagne et d’Italie obtinrent, en 1726, du pape Benoît XIII un Office propre pour la fête de la Transverbération du cœur de sainte Thérèse, leur fondatrice. Cet Office est célébré le 27 du mois de mai, tandis que la fête de la sainte a lieu le 15 octobre.
15 Voir : Stanislas Fumet, Walter Hauser et Léonard von Matt, François d’Assise, Sur les traces du Poverello. Desclée De Brouwer, Paris 1952, pp. 101-102.
16 Les Orientaux au contraire, surtout les Asiatiques, n’expliquent ni ne démontrent. Ils suggèrent, évoquent, parlent non pas à la raison, mais à l’imagination, à l’intuition, à la sensibilité.